LIT
dre, il a recours à un autre expédient, il a recours au Mummo-Jumbo, cet épouvantail du beau sexe africain. Mummo-Jumbo, averti, revêt sa longué robe fantastique qui reste, en temps ordinaire, suspendue à un arbre voisin; il couronne sa tête d’un bouquet de paille, et à la tombée de la nuit, s’avance sur la place du marché. Il appelle la femme coupable, qui n’ose jamais désobéir, et toutes ies autres femmes du village se hà. tent d’accourir pour être témoins de la scène qui va se passer. Aussitôt Mummo-Jumbo saisit la coupable, la dépouille de ses vêtements, :! lui inflige une sévère fustigation, au milieu des rires et des applaudissements de tous les spectateurs. Les Mandingues montrent un goût fort prononcé pour la poésie; ils ont des improvisareurs et des rhapsodes
qu’ils se plaisent à entendre réciter des vers; c’est même là un de leurs |
amusements favoris. Le pays originaire de cette race est le plateau de Manding; mais, à cette heure, elle est répandue dans toute la Sénégambie et particulièrement le long des bords de la Gunbie. |
La lroisième grande race de ce territoire est celle des Yolofs, appelés aussi Jaloys et Qualofs. Elle occupe presque toute la contrée comprise entre les deux fleuves, et dont l'étendue est évaluée par Golberryà 4,800 lieues. Une grande partie des Yolofs obéit à un prince puissant, qui prend le titre de Bourb-y-Yolof, et qui se vante de descendre d’une famille qui 8 possédé jadis toute cette région de l'Afrique. Les Yolofs sont les plus beaux nègres de tout le continent : ils ont les cheveu laineux, la lèvre épaisse ; mais ils sont grands et bien faits, leurs traits sont réguliers, leur couleur est noire comme du jais. Suivant Golberry, ils sont doux, hospitaliers, généreux et fidèles; et leurs femmes ont autant de charmes qu’il est possible d’en avoir avec une peau d'ébène. Ces peuples se disent mahométans; mais leur religion est mêlée d’un peu d’idolâtrie et de beaucoup de superstition, ils parlent une langue gracieuse et facile; ils fabriquent des cotonnades assez jolies et les teignent parfaitement ; ils sont aussi excellents cavaliers que les Maures; ils se montrent chasseurs habiles et intrépides ; en un mot, ils méritent d’être placés, sous plusieurs rapports, au premier rang parmi les races noires.
Après ces trois races principales, nous nommerons encore les Feloups. tribu grossière et sauvage, qui habite les bords de la mer au sud dela Gambie. Leur pays est fertile ; il abonde en riz, en volaille et en miel,
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Les possessions européennes, dans la Sénégambie, se réduisent à peu de chose en tant que territoire. Celles de la France sont situées en partie sur le Sénégal, en partie sur la côte, depuis l’île de Gorée jusque vers l’embouehure de la Gambie. A l’embouchure du Sénégal, la France possède les îles de Saint-Louis, de Babagh4, de Safal et de Gheber. La première renferme la capitale de même nom. C’est une petite ville assez bien bâtie, qui est la résidence du gouverneur général des établissements français et l’entrepôt du commerce qu’on fait sur le Sénégal et surtout de celui de la gomme. Elle compte 6,000 habitants; mais dans ce nombre il n’y a pas 300 Européens, tant négociants qu’employés civils e: soldats. Les autres endroits sont bien moins importants. Bakel, sur le Sénégal, n’a que 400 habitants tous noirs ; Daghana, village de nègres, en compte 4,200 ; Makana est unc station à peu près aussi importante. Portendick, dans le pays des Maures Aoulad-Ahmed-Daman, n’a d’habitants qu’au moment de la vente de la gamme aux bâtiments européens. Les principales escales ou lieux de marchés pour cette denrée sont l'Éscale du Coq, près de Podor, celle des Damanhours, au-dessous de Saint-Louis, et celle des Trarzas, au-dessus de Daghana. L’ilot de Gorée, à une lieue au sud du cap Vert, a un port, deux forts, et une popu-
lation d'environ 5,000 âmes, dont 50 blançs seulement. C’est un lieu de
relâche très-important pour les navires français qui vont dans l’Inde. Nommons ensore le comptoir d’Albréda, sur la Gambie septentrionale.
La gomme, dite du Sénégal, est l’un des principaux objets du commerce dont ces établissements sont le siége. Elle est produite par une espèce d’acacia qui croît dans les territoires presque déserts situés au nord et à l’ouest du Sénégal. Cette mimose est un arbre triste et rabougri, aux branches épineuses, aux feuilles d’un vert sale. Lorsque l'harmattan vient à souffler, l'écorce se fendille de toutes parts et laisse suinter la gomme sous forme de gputtes transparentes, qui se dessèchent,
et s’attachent à la surface de l’arbre. La récolte se fait au mois de dé cembre. A cette époque les tribus maures, parmi lesquelles celle des Trarzas est la plus puissante, viennent, avec leurs chefs à leur tête, planter leurs tentes au milieu des forêts de gommiers. La cueillette dure environ six semaines ; la gomme est mise dans des sacs de cuir, chargée sur des chameaux et apportée aux diverses escales, dont la prin. cipale est celle du Coq. On voit alors cette plaine, qui est un des endroits les plus désolés de l'Afrique occidentale, couverte d’une multitude d'in. dividus qu’enveloppent des nuages de poussière. Les chefs paraissent montés sur des chevaux magnifiques ; leurs femmes sont assises dans des paniers suspendus sur le dos des chameaux; la foule les suit à pied ; l’air retentit des cris des hommes, des femmes, des enfants et des animaux. Un coup de canon annonce l'ouverture du marché ; alors commence une scène animée que nous n’essaierons pas de décrire, Les négociants français achètent annuellement 125 à 150 mille kilogrammes de gomme environ, qui se vend en Europe au prix de 3 à 4 francs le kilogramme. Les retours se font presque entièrement en espèces de cotonnades bleues, appelées toiles de Guinée, ou simplement guinées. Le total des importations de la France dans l'Afrique occidentale s’élève, chaque année, à 6 millions de francs environ, et celui des exportations à 4 millions.
Le royaume de Bambouk, situé près de la source du Sénégal, est tel. lement resserré entre le cours principal du fleuve et celui de ses grands affluents, le Kokoro et le Faleme, qu’il forme pour ainsi dire une île intérieure. C’est une contrée montagneuse, arrosée de nombreux cours d’eau qui tous roulent des sables aurifères. Mais les principaux gîtes de ce métal précieux sont deux montagnes appelées Natakon et Semayla. La première, dit-on, consiste presque en une masse d’or mêlée avec de la terre et des minerais de fer. La surface du sol est formée par une couche de terre grasse de 4 pieds d’épaisseur ; il suffit, pour obtenir les particules d’or qu’elle contient, d’agiter cette terre avec de l’eau dans une calebasse. Au-dessous de cette couche superficielle, le métal commence à paraître en petits grains ou paillettes, et, à la profondeur de 20 pieds, en petits fragments de 2 à 10 grains. Les fragments deviennent plus volumineux à mesure que lon creuse plus avant ; mais les indigènes ne sachant pas soutenir les terres, il se fait des éboulements qui ense-
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AFRIQUE OCCIDENTALE, 181 selissent parfois les travailleurs. La montagne de Semayla, qui est haute de 200 pieds, présente une structure différente. Là l'or est enveloppé dans une pierre friable qu’il faut réduire en poudre, pour recueillir le précieux métal. Ce dernier se trouve encore dans une espèce de marbre rouge, que les nègres du pays sont incapables d’attaquer. On prétend que le Bambouck a été jadis conquis par un peuple musulman, et plus rééemment par les Portugais; mais tous deux n’ont pu s’y maintenir. La France étend son commerce jusque dans ce royaume ; néanmoins ellen’a jamais fait aucun effort sérieux pour y fonder des établissements. llsuffirait, a-t-on dit, de 4,200 hommes pour faire la conquête de ce riche trritoire ; mais les difficultés du sol et l’insalubrité du climat rendraient difficile la conservation d’une semblable possession. D’ailleurs, le meilleur moyen que possèdent les Européens pour conquérir les plus belles régions de l'Afrique, c’est d’y établir de grandes relations commerciales, et d’y jeter par le commerce les germes de la civilisation. Il serait d’une haute importance de créer un large marché commercial sur le haut Sénégal ; car, lorsque les marchandises sont parvenues à ce point, il ne faut plus que quelques jours pour franchir les montagnes et les transporter jusqu’au bassin du Niger. Aujourd’hui, le commerce du haut Sénégal et de la partie supérieure du Niger est presque tout entier entre les mains des Serrawoulis, qui habitent le pays de Galam et dont l'habileté commerciale surpasse même celle des Mandingues.
En descendant le fleuve du Sénégal, on rencontre plusieurs États assez peuplés, parmi lesquels on remarque le Fouta-Toro, qui s'étend considérablement au nord et au sud du fleuve, mais dont l'intérieur n’a pas été exploré par les Européens. Le roi est un zélé mahométan et, sous prétexte d'opérer des conversions, il fait de grands efforts pour subjuger le Damel ou Bourb des Yolofs, qui est presque idolâtre. Cependant, ce dernier, protégé par la force de son tcrritoire et aidé par un sage système de défense, a su déjouer les tentatives de son ennemi. Sur le moyen Sénégal, le chef le plus important est le Siratic, qui tient
y Sa cour à Ghiorcel, ville située à une assez grande distance au nord du
fleuve. Sur la côte de la mer, vers l'embouchure du Sénégal, s'étend le royaume de Oualo ou Hoval, gouverné par un petit prince qui prend le tre de grand Brak, nom qui dans la langue du pays signifie le Roi des tois. Ce monarque cependant reconnaît la suzeraineté de la France.
182 CHAPITRE NEUVIÈME, La cbte entre la Gambie et le Sénégal est pour la plus grande partie occupée par le royaume de Cayor. D’après Golberry, il a 30 lieues de longueur et une population de 180,000 habitants, presque tous Yolufs, La Gambie est une rivière pour ainsi dire anglaise, en ce sens que presque tous les établissements fondés depuis deux siccles sur les bords de ce fleuve l'ont été par les Anglais. Leurs principaux établissements sont le Fort-Jumes, qui est construit au milieu du fleuve et en com. mande l'entrée ; la station de Pisania, à une quarantaine de lieues plus haut, et celle de Jonkakonda, à 7 lieues de Pisania.
Plusieurs petits royaumes assez florissants s'étendent au nord de l1 Gambie. Celui de Barra touche immédiatement à la mer : on lui ac. corde 200,000 habitants. La capitale est Barra-Inding ; mais la ville la plus importante est Djellifrey, où le roi a établi une douane qui perçoit un droit sur les bâtiments qui remontent ou descendent le fleuve, Le royaume de Bour-Saloum est plus considérable encore ; il est situé sur une petite rivière qui se décharge dans la Gambie, et renferme, dit-on, u::e population de 300,000 âmes. Plus haut, on rencontre les deux pe. tits royaumes d’Yant et de Woulli. Le territoire de tous ces États est plat et fertile ; il abonde en riz, grains et autres produits utiles, mais qui ne conviennent pas à l’exportation. Les habitants appartiennent pour h plupart à la race mandingue et font un commerce considérable avec l'intérieur de l'Afrique. A Barrakonda, à environ 150 lieues au-dessus de l'embouchure de la Gambie, il existe des cataractes ou plutôt des rapides, puis des bancs de sable, qui rendent la navigation très-difficile, taudis qu’une multitude de crocodiles, d’hippopotames et de bêtes féroces rendent dangereux les débarquements.
Au sud de la Gambie on ne trouve rien de digne d’être signalé, jus: qu’à ce qu’on soit arrivé aux terres d’ailuvion au milieu desquelles sont les embouchures du Rio-Grande, ainsi nommé parce qu’on supposait que ces larges canaux appartenaient à un fleuve considérable; mais le capitaine Owen a constaté que ces prétendues embouchurés étaient des bras de mer qui ne recevaient que des cours d’eau médiocres. À ce point, on voit une foule de petites îles qui, avec un groupe vis-à-vis, situé en pleine mer, a reçu le nom d’Archipel des Bissagos. Il est habité par les Bissagos, appelés aussi Bijougas, race de nègres grands, vigoureux et braves, qui en ont chassé la tribu pacifique des Biafaras,
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AFRIQUE OCCIDENTALE. 183 qui l'occupait avant eux. Les Biafaras se sont retirés sur le continent, aux bords du Rio-Grande. Une autre tribu, également belliqueuse et entreprenante, les Papels, habitent Bissao, la plus grande de ces tles. Eu 1792, les Anglais essayèrent de fonder une colonie dans l'ile de foulama : ils s'en emparèrent d’abord sans rencontrer de résistance ; mais bientôt l'hostilité des peuplades voisines les força de renoncer à cet établissement.
Le pays où le Rio-Grande prend sa source est le Fouta-Djalo, l’un des royaumes les plus puissants et les plus policés de l'Afrique occidentale, On lui donne 140 lieues de longueur sur 80 de largeur. Ses habitants appartiennent à la race des Foulahs ; ils professent le mahométisme sans être intolérants, et leurs marabouts jouissent d’une haute réputaion de savoir. Ils fabriquent des cotonnades remarquables par leur finesse ; ils travaillent avec habileté le fer qu'ils extraient des mines du pays ; ils sont également adroits à travailler l'or, l'argent, *: bois et les cuirs ; enfin, ils se distinguent par leur activité commerciale et conduisent de grandes caravanes dans l'Afrique centrale, jusqu’à Tombouctou et Cassina. Là, comme ils sont le peuple dominant, les Fou= lbs ne montrent nullement ces habitudes pacifiques qui caractérisent les tribus de la même famille établies sur la Gambie et le Sénégal. Ils peuvent mettre en campagne 16,000 hommes, et, quand la traite était en vigueur, le roi faisait sans cesse la guerre à ses voisins, afin de se procurer des esclaves à vendre aux Européens. Deux envoyés anglais lui ayant présenté des observations à ce sujet, il répondit qu’il n’avait pas d'autre moyen de se procurer des marchandises de l’Europe, et que, sans cela, il abandonnerait volontiers ce trafic violent et criminel. Timbo, la capitale, renferme une population de 7,000 âmes ; Laby, la seconde ville du royaume, en a 5,000.
Au sud du Fouta-Djalo s'étend le royaume de Soulimana, C’est aussi un État puissant, dont les habitants sont très-belliqueux. Le territoire de Soulimana confine au cours supérieur du Niger, quoique les sources de ce fleuve se trouvent dans le pays ennemi des Xissi. Le roi est musulman ; néanmoins la masse du peuple conserve encore ses croyances idolâtres. Les Soulimas sont une race de nègres gais, insouciants et aclifs. Les deux sexes semblent ici avoir fait échange de travaux. Ce sont les femmes qui cultivent la terre, bâtissent les maisons, et font
l'office de barbiers et de chirurgiens, tandis que les hommes traient les bestiaux, préparent le lait, cousent et mème lavent les vêtements, Le roi exprima au major Laing les mêmes idées et les mêmes sentiment que celui du Fouta-Djalo, au sujet de la chasse aux esclaves et de h traite. Sur le bord oriental du Niger s’étend le pays de Sangara, plus vaste que le Soulimana, et habité par un peuple plus belliqueux encore, Lorsque les Soulimas entreprennent une guerre quelconque, ils tirent aisément une armée auxiliaire de 40,000 hommes d’au delà du Niger,
En retournant à la côté, on traverse le territoire de Æourango, habité par des Mandingues, qui se montrent, là comme partout ailleurs, gai, insouciants, hospitaliers et entreprenants. On trouve ensuite les Timmamis, race plus dépravée, que l’on représente comme perfide & cupide. Les Timmamis ont été longtemps les principaux agents du commerce des esclaves. Le capitaine Laing y a vu une femme qui
accusait ses deux enfants de sorcellerie, et, sous ce prétexte, offrait de À
les lui vendre à bas prix. L'agriculture est plus négligée chez eux que chez les autres nations nègres, et les cotonnades qu’ils fabriquent sont des plus grossières. C’est chez ce peuple que l’on observe la singulière institution du Pourrah. On appelle ainsi une association secrète, asce semblable au tribunal vehmique du moyen àge. Parmi les voyageurs, les uns regardent cette association comme un instrument de tyrannie, les autres comme un excellent moyen de maintenir l’ordre et la justice, Chacun des cantons qui forme la nation a son Pourrah, dans lequel les hommes ne sont admis qu’à l’âge de 30 ans; l'élite des membres qui ont au delà de 50 ans forme le supréme Pourrah. Les mystères de l'ini tiation, accompagnés d’épreuves terribles, se célèbrent au sein d’une forêt sacrée. Tous les éléments sont mis en usage pour éprouver le courage du récipiendaire. On assure qu’il se voit assailli par des lions rugissants, mais retenus dans des liens cachés; un hurlement épouvantable se prolonge danstoute la forêt, un feu dévorant brille autour de l’inviolable enceinte. Le membre qui a commis un crime ou qui a trahi les secrets de l’association voit subitement arriver des émissaires armés et masqués. Au cri « le Pourrah ‘envoie la mort!» ses amis, ses parents s’éloignent et l’abandonnent au glaive vengeur. On a même vu des tribus entières qui se faisaient la guerre, au mépris des ordres du grand Pourrah, être mises au ban et être punies sévèrement par un
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corps d’armée envoyé contre elles par tous les neutres. A notre avis, cette institution suppose une intelligence peu commune ; elle ressemble beaucoup, il est vrai, aux sociétés secrètes quiexistent au sein du monde civilisé; mais le but n’en est évidemment pas le même, puisque celle-là est avouée par la religion, les lois et l'esprit public du pays. Un tel rapprochement est du reste assez singulier.
Le territoire des Timmamis est limitrophe de cette partie de la côte où la Grande-Bretagne, dans un but tout à fait philanthropique, a fondé la colonie de Sierra-Leone. Le principal établissement est à Freetown (ville libre), sur le côté sud de la baie où se décharge la rivière de Rokelle, qui prend sa source dans le pays de Soulimana. Les premiers colons furent des nègres libres qui, ayant été congédiés du service à la fin de la guerre d'Amérique, avaient accueilli avec joie la proposition qu’on leur avait faite de les ramener dans leur patrie pour y fonder un Étatlibre. Mais ces hommes étaient peu propres à une tâche aussi difficile. Les pluies survinrent, une grande partie des colons furent emportés par des fièvres de mauvais caractère, et le reste, attaqué par un chef voisin, fut obligé de se réfugier sur l’île Bance. Le nouvel établissement à peine commencé allait donc périr ; mais, en 1787, il se forma à Londres une société philanthropique, sous le nom de Compagnie de Sierra-Leone, à laquelle le parlement accorda une charte de 31 ans. Elle expédia aussitôt cinq navires chargés de provisions et d’articles de commerce, et transporta, en outre, dans la colonie un assez grand nombre de nègres libres qui se trouvaient dans la Nouvelle-Écosse. Cependant les difficultés restaient toujours les mêmes ; les dissensions intestines, les guerres continuelles contre les tribus voisines empèchaient tout progrès. En 1794, une escadre française qui se trouvait à embouchure de la rivière, ne comprenant pas le but particulier de cette colonie, n’y vit qu’un établissement anglais et la détruisit. La compagnie se vit obligée de renoncer à son entreprise ; le gouvernement s’en chargea lui-même. Pour accroître sa population, il prit le parti d’y envoyer tous les nègres pris par les croisières sur les bâtiments négriers ; mais il était difficile d’initier ces nouveaux citoyens aux habitudes de la vie civilisée. Des missionnaires anglicans vinrent s'établir dans la colonie, et y ouvrirent des écoles où l’on vit bientôt réunis
plus de 2,000 enfants. La population de Freetown et de ses faubourgs VIL 24
186 CHAPITRE NEUVIÊME.
s'éteva à 5,000 âmes, et 8 à 10 villages furent fondés dans ses environs. Toute la population de la colonie présenta un total d'environ 20,000 iudividus. Malgré tous les efforts faits par l'Angleterre et les sommes énormes qui ont été dépensées, la colonie de Sicrra-Lecne n’a pas produit les résultats qu'on en cspérait; elle n’est nullement devenue, comme on le comptait, un foyer de lumières et de civilisation pour les nations noires d'Afrique. L'insalubrité du climat, qui tue presque tous les Européens, et sa position au milieu de tribus barbares et turbulentes, sont les causes avouées de cet insuccès. Nous croyons qu’il en est d’autres encore. On ne transforme pas subitement une race, quelle qu’elle soit; il y faut du temps, et il faut surtout procéder par gradations. Les prédicateurs musulmans réussissent mieux en Afrique que les missionnaires méthodistes, parce qu’ils n’ont pas la prétention de changer en sectaires rigides uue race insoucieuse, ardente au plaisir et adonnée à la polygamie la plus illimitée.
La côte qui s'étend de Sierra-Leone jusqu’au commencement de la côte des Graines a une longueur d'environ 80 lieues. On y remarque les embouchures de deux fleuves assez considérables, le Cherbro et le Mesurado. Le preiuier peut se remonter jusqu’à la hauteur de 20 lieues, et présente à son embouchure une île assez large; on pêche sur ses bords une espèce d’huître perlière. Le Mesurado a un plus grand volume d’eau et son cours est très-rapide. A en croire les indigènes, il faudrait 3 mois de navigation pour le remonter jusqu’à sa source. Cette dernière se trouverait alors dans les monts Kong, et serait voisine de celle du Niger. Les bords de ce fleuve sont, dit-on, bien boisés, fertiles et, dans quelques endroits, bien cultivés. Les Etats qui occupent cette région sont purement nègres, sous tous les rapports. L'influence du mahométisme n’a pas encore pénétré jusque-là. Les voyageurs citent les royaumes de Boulm, de Quoja, de Monon et de Folga. Leurs souverains jouissent en général d’un pouvoir absolu, et leurs obsèques sont accompagnées de sacrifices humains.
En 1890, les Américains ont fondé sur cette côte un établissement auquel ils ont donné le nom de Liberia. Le but de cette fondation a élé
de créer un asile pour les nègres affrauchs qui, nonobstant leur libération, sont toujours traités eu parias par les républicains blancs et
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a eu à vaincre, la colonie a réussi au moins jusqu’à un certain point. La capitale, nommé Monrovia, en l'honneur de Monroe, ancien président des Etats-Unis, est bâtie sur une île » ‘embouchure du Mesurado. La population totale de la colonie dépa 3,000 individus, dont un millier habite Monrovia. Le reste est distribué en une huitaine de stations qui s’étendent le loug de la côte, depuis le cap Monte jusqu’à Tradetown. Ce territoire est salubre et fertiles la colonie a été bien dirigée, et entretient des relations amicales avec les nations voisines, dont plusieurs même se sont placées sous sa protection.
On donne le nom de Côte des Graines où de Côte Malaghetta à ce long espace qui s'étend de l'embouchure du Mesurado au cap Palmas ou cap des Palmes. L’espèce de poivre (poivre malaguette) auquel ce territoire doit sa dénomination, est produite par une petite plante parasite, qui a de belles feuilles vertes et un fruit semblable à la figue. Quand on ouvre le fruit, on le trouve plein de graines aromatiques. Lorsqu'on les apporta pour la première fois en Europe, on leur donna le nom de Graines de Paradis; mais le poivre de l’Inde les supplanta bientôt, et comme cette côte n'offre aucun autre produit propre à l'exportation, les navires européens cessèrent de la fréquenter. Les deux rivières de Sestro et de Sanguin, qui se déchargent près du centre de la côte, sont assez considérables; leurs bords passent pour fertiles et peuplés. L'état social des nations qui habitent cette région est à peu près le même que celui des autres peuples nègres, dont nous venons de parler. Le pouvoir des chefs est absolu, les sacrifices humains y sont ordinaires; on y voit en outre certains cas de suicide religieux, la femme étant souvent obligée de s’immoler elle-même sur le tombeau de son mari. Une classe particulière de prêtres, nommés Belli, y possède une influence particulière. Le jeune homme qui aspire à entrer dans ce corps doit subir une longue initiation. Pendant sa durée, on le tient séquestré de tous ses amis et on le relègue dans les profondeurs d’une forêt sacrée, où il reste dans un état de nudité complète. Au nombre des preuves des progrès du récipiendaire, on remarque des danses d’un caractère tout à fait extravagant et souvent fort obscène. Néanmoins, oa suppose qu’il a acquis, pendant l'initiation, d’autres connaissances d’un ordre plus élevé. car ceux qui sont jugés dignes d’être admis dans l'association sont désignés comme marqués du Belli et considèrent le reste de leurs
concitoyens comme des quolga ou idiots. Les membres de cette corpo. ration ne s'occupent pas seulement des choses de la religion ; ils sont chargés aussi de l’administration de la justice, pour laquelle on a souvent recours à certaines espèces d’ordalies ou épreuves judiciaires, Quoique les Portugais aient perdu tous leurs établissements sur cette côte, on y voit bon nombre de leurs descendants, mais qui se sont tout à fait croisés avec la race nègre. Ces individus de sang mêlé sont encore traités avec respect par les noirs de race pure.
Au delà du cap Palmas, la côte tourne à l’est. La partie qui va jusqu’au cap Apollonia porte le nom de Côte d'Ivoire, à cause du commerce considérable auquel donne lieu la multitude d’éléphants qui habitent le pays. L’ivoire est de bonne qualité, et les dents sont quelque fois tellement grosses, qu’elles pèsent jusqu’à 90 kilogr. Vers l’est, à Issiné et à Apollonia, il se fait aussi un commerce considérable en poudre d'or, Les principaux marchés de la côte, pour l’ivoire, sont le port du cap Lahou, et ceux appelés Grand-Bassam et Petit-Bassam. Iln'existe aucun établissement européen sur toute cette côte, à l’exception du fort anglais d’Apollonia, qui appartient peut-être plutôt à la Côte d’Or. La navigation, le long de la Côte-des-Graines et de la Côte d'Ivoire, exige beau. coup de prudence, à cause de la violence du ressac et de l’absence de tout point de repère apparent. Les anciens navigateurs représentent les habitants de cette région comme féroces et inhospitaliers; on les à même accusés d’anthropophagie, et on a dit qu’ils se méfiaient tellement des blancs, que rien ne pouvait les déterminer à monter à bord d’un navire européen. Il est vrai que leurs dents, limées en pointe, leurs ongles d’une longueur démesurée, leur langage rude, guttural et assez semblable aux cris des bêtes féroces, sont peu faits pour prévenir l'observateur en leur faveur. Cependant, il faut dire que le plus récent de tous, le capitaine Adams, donne de ces peuples une idée bien meilleure. Il dit que, toutes les fois qu'il est descendu à terre, il a été accueilli avec hospitalité, et que toutes les transactions commerciales faites avec les habitants ont eu iieu à bord de son bâtiment.
Depuis Apollonia jusqu’au Ria-Volta, la côte est désignée sous le nom de Côte d’Or. Elle présente l'aspect d'une immense et épaisse forêt, et l'on n’y voit qu’un petit nombre d’endroits défrichés et cultivés. Le sol, près de la mer, est iéger, sablonneux et impropre à la culture des pro-
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AFRIQUE OCCIDENTALE. 189 duits tropicaux, le coton excepté. Mais à deux ou trois lieues dans l'intérieur, il devient bien meilleur et pourrait donner d’abondantes récolte: de sucre et autres denrées coloniales, si les habitants étaient moins paresseux. Le maïs est l'espèce de grain la plus répandue. La Côte d'Or a été longtemps la contrée de l’Afrique la plus fréquentée par ies navires européens, qui y venaient chercher ce précieux métal, ainsi que des esclaves. L'or vient des districts montagneux, lesquels sont situés fort avant dans les terres. La nation qui domine sur cette côte est celle des Fantis, race rusée, active et turbulente. Ils font preuve de plus d'intelligence que les autres peuples de l'Afrique occidentale, dans la construction de leurs demeures et de leurs canots. La forme de leur gouvernement est républicaine : on trouve dans chacun de leurs villages un grand hangar où se tiennent les assemblées populaires pour discuter sur les affaires publiques. Cependant les Pynims, ou anciens, possèdent une autorité considérable, et l'administration de la justice est entre leurs mains. Les Fantis se distinguent par leur humeur processive; les procès iniques et les fourberies des avocats parviennent toujours à ruiner le citoyen riche qui n’a pas su, par sa modération ou sa popularité, désarmer l'envie publique. L’épouvantable coutume d’immoler des victimes humaines sur la tombe des principaux de la nation est générale; ces sanglantes funérailles sont suivies de plusieurs jours de fêtes tumultueuses et d'ivresse. Ainsi qu’il est ordinaire dans un pareil état social, tous les travaux sont dévolus au sexe féminin, à l’exception de la pêche, qui est une occupation trop noble pour lui. Cependant les dames fantis trouvent le temps de consacrer chaque jour une ou deux heures à leur toilette, Elles emploient différents cosmétiques, et se peignent généralement le visage en blanc. Les hommes sont pubères à douze ans et les femmes à dix; lorsque celles-ci ont donné les premiers signes de nubilité, l'usage veut qu’elles sortent de leurs maisons et qu’elles marchent en public d’une certaine manière. Elles sont bien faites, et ont en général les traits délicats, les pieds petits, les formes arrondies et gracieuses. Elles vont le haut du corps nu, et leurs jupes forment par derrière une protubérance plus ou moins volumineuse, suivant leur rang.
Le chef-lieu des établissements anglais sur cette côte est le Château du Cap-Coast, construit sur un rocher, et défendu par de fortes murailles
en pierre eten brique, qu’arment dix-neuf pièces de canon. L'approche par mer serait difficile, mais le fort a l'inconvénient d'être trop près d’une ville indigène qui compte 8,000 habitants. En outre, le climat est très-malsain. A l’ouest du cap Coast, les Anglais possèdent encore Dix Cove et Succondi, dans le district d’Ahanta, dont le sol est fertile et dont les habitants sont très-paisibles. Mais c’est à l’ouest que sont les principales stations britanniques. Le fort d’Anamaboe est régulier; il a soutenu, en 1809, avec une garnison de 12 hommes, l’attaque de 15,000 Aschantis. Ouinnebah, dans le terroire d’Agouna, a élé abandouné, malgré l’agrément de sa situation; mais celui du Fort-James, dans le pays d’4k krah, est le mieux placé pour le commerce avec l’intérieur. Ce fort et celui du cap Coast sont actuellement les seuls dans lesquels la Grande- Bretagne maintient une garnison.
El-Mina est le chef-lieu des établissements hollandais. Il est situé à quatre lieues du cap Coast, dans un pays ouvert, près d’une ville nègre de 15,000 habitants. Le fort est bien bâti, et les bâtiments de 100 tonneaux peuvent venir mouiller sous ses murailles. Les Hollandais y en. tretiennent une garnison de 150 hommes : ils ont encore plusieurs autres stations fortifiées sur la côte, mais nous croyons superflu de les nommer. Les Danois y ont aussi deux forts assez respectables, l’un à Akkrah, appelé Christianborg, et l’autre à Ningo, non loin de l'extrémité est de la côte,
Le pays qui s’étend au nord de la Côte d’Or était, lorsque les Européens en prirent pour la première fois connaissance, divisé en plusieurs royaumes plus ou moins considérables; on nommait surtout ceux de Dinkira, d’Akim, de Ouarsa et d’Agouambe:; mais l'indépendance de tous ces États a disparu par la conquête des Aschantis. Cette nation belliqueuse a également soumis les pays de Gaman , Inta, Dagoumba et autres situés plus avant dans les terres, quoique quelques uns de ces États fussent plus étendus et plus peuplés que le territoire du peuple vainqueur luimême. On prétend que le royaume d’Aschanti a une surface de 44,000 milles carrés, et près d’un million d'habitants; mais ce dernier chiffre serait quatre fois plus fort, si Pon y ajoutait la population de tous les peuples soumis ou vassaux. Le monarque et les principaux chefs dé ploient un luxe barbare, mais extraordinaire; leur corps entier est char.,é d’auneaux d’or, de plumes flottantes et d’umulettes. Cependant
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ce peuple mérite, sous divers rapports, d’être placé au premier rang parmi les nations noires de l'Afrique maritime. Les maisons sont plus grandes, plus commodes et mieux décorées; les étoiles qu’ils fabriquent sont plus fines; leurs mœurs sont plus policées, et un meilleur ordre règne dans le pays. Le roi jouit d’un pouvoir absolu. Les Aschantis sont passionnés pour la guerre, mais ils la font avec une barbarie sans égale. ls célèbrent chaque année deux grandes fêtes, dans lesquelles le roi et les principauxchefs cherchent à se rendre propices les esprits de leurs ancétres en leur sacrifiant une multitude de victimes humaines. On choisit d’abord pour les sacrifier les prisonniers de guerre et les criminels; mais, lorsqu'ils ne sont pas en nombre suffisant, on saisit les premiers individus que l’on rencontre dans les rues. A la mort d’un membre de la famille royale, il faut verser le sang de plusieurs milliers de victimes ; il en est de même lorsque le roi veut se rendre propices les puissances d'en haut pour quelque grande entreprise. L'abus de la polygamie est aussi porté chez les Aschantis au dernier excès. La loi accorde au roi 3,333 épouses, et ce nombre est toujours tenu au grand complet; bien entendu qu’il a soin de choisir les plus jolies femmes de son royaume. Ces malheureuses sont de véritables esclaves, et sont souvent traitées avec la plus grande cruauté. Au moindre caprice du roi, elles sont mises à mort.
A l’est du Rio-Volta, commence le pays que les Européens ont nommé la Côle-des-Esclaves. Ce qui lui a valu plus particulièrement cette dénomipation, c’est que les esclaves qu’y achetaient les négriers se distinguaient par leur douceur et leur docilité. Cette côle était jadis partagée entre les deux royaumes de Ouidah et d’Ardrah, et formait la partie la plus peuplée et la mieux cuitivée de Afrique occidentale. Tout le pays n'était qu’un vaste jardin couvert de récoltes et d’arbres fruitiers. Mais, au commencement du dernier siècle, il fut envahi par le roi du Dahomey, qui le dévasta complétement et en fit presque un désert.
Le royaume de Dahomey, aujourd'hui maitre de la côte, s’étend dans les terres jusqu’à une distanee de près de cent lieues. Le système du gouvernement y est le mème que dans l’Aschanti; peut-être est-il encore plus exécrable. La férocité des tyrans de ce pays dépasse toute croyance. Le gouverneur anglais, Dalzel, trouva le chemin de la cabane du roi semé de cränes humaius, et les iuurs ornés de mâchoires qui y
étaient comme incrustées : des crânes forment le pavé de sa chambre à coucher. Le roi marche en cérémonie sur les têtes sanglantes des princes vaincus ou des ministres disgraciés. A la fête des tributs, où tous ses sujets apportent leurs dons, on sacrifie une foule de victimes hu. maines, dont les têtes sont plantées sur des pieux, tandis que les cadavres sont suspendus aux murailies, où on les laisse pourrir. Le sang de ces victimes est présenté au roi qui y trempe le bout d’un doigt, et le lèche ensuite. On mêle le sang humain à l’argile pour construire des temples en l'honneur des monarques défunts. Les veuves royales se tuent les unes les autres, jusqu’à ce que le nouveau souverain mette un terme au massacre. Le peuple, au milieu d’une fête joyeuse, applaudita ces scènes d'horreur, déchire avec joie les malheureuses victimes, mais s’abstient pourtant de dévorer leur chair. Le nombre des épouses du roi s'élève à plusieurs milliers, et toutes les femmes de ses domaines sont à sa disposition. Sa garde se compose de plusieurs milliers de Jeunes filles armées de fusils et de flèches. Ces amazones déploient dans toutes les circonstances un courage indomptable, mais aussi une férocité révoltante : elles constituent :a plus grande force de son armée, et ont été les principaux agents des conquêtes du Dahomey.
La ville de Ouidah, plus communément appelée Grioui, peut être considérée comme le port de Dahomey. Une route d'environ 40 lieues conduit par Favies et Toro à Abomey, la capitale. Grioui est situé dans un endroit fertile et bien cultivé. Adams estime sa population à 7,000 âmes, Ardrakh est plus considérable encore et plus florissante ; le même observateur lui donne 10,000 habitants. Elle est situee à 10 lieues dans les terres sur une longue lagune qui est parallèle à la mer et communique avec elle à son extrémité orientale par la rivière de Lagos. Les habitants d’Ardrah se distinguent par leur industrie : ils fabriquent des tissus de çoton mélangés de soie, du savon, de la vannerie, de la poterie et travail. lent le fer avec habileté. Leur marché est le mieux approvisionné de toute la côte ; on y voit tous les produits de l’Europe, des Indes et de l'intérieur de l’Afrique qui sont recherches dans le pays. Malgré sa proxiraité du Dahomey, le pays d’Ardrah paraît avoir un gouvernement républicain. On y remarque un grand nombre de Mahométans qui sont venus s’y établir, et ont apporté avec eux l’art de l'équitation et l’usage du lait, deux choses que les nègres ignorent en général. Sa-
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La côte qui de là s’étend à l’est a été appelée cdte de Benin, du nom du principal royaume que l’on y rencontre, Elle a plus de 80 lieues de longueur. Ce qui la caractérise, c’est une succession de larges canaux que l’on sait aujourd'hui être les branches du Niger, qui, comme le Nil, a formé à son embouchure un vaste delta. Les branches principales sunissent fréquemment entre elles par des rameaux secondaires. Grâce aux faciles communications qu’elles offrent au commerce, les habitants sont devenus les plus actifs commerçants de toute l’Afrique occidentale ils s’enrichissaient naguère par le trafic des esclaves; mais depuis que la traite est supprimée, au moins de droit, sinon absolument de fait, l'huile de palme constitue le principal objet de leurs exportations. Ils recueillent, dans les lagunes que présente la côte, une immense quantité de sel, qu’ils transportent dans l’intérieur de l’Afrique. Malheureusement les eaux qui convertissent en marais cette intéressante contrée et les épaisses forêts qui la couvrent en font un lieu pestilentiel pour les Européens.
La ville de Benin, capitile du royaume de ce nom, est située sur le fleuve également nommé Benir, mais qui n’est que le bras oriental du
delta du Niger. C’est la plus grande cité de l'Afrique occidentale, sa po-
pulation doit dépasser 20,000 âmes. Le vaste palais du roi, hors de la ville, est fermé de murailles : on y trouve d’assez jolis appartements et mème de belles galeries soutenues par des piliers de bois. Le marchè de la ville n’excite pas l'appétit des Européens : on y étale de la chair de chien, des singes rôtis, des chauve-souris, des rats et des lézards; mais eu y trouve aussi des fruits délicieux et toutes sortes de marchandises, vi 25
Gatto, ville assez importante située sur la même rivière, à 20 lieues au. dessous de Benin, est le port de cette dernière : elle est accessible pour les navires de 60 tonneaux.
Le roi de Benin n’est pas seulement absolu comme celui de Daho. mey, il est encore fétiche, ou dieu, aux yeux de ses sujets. Il est cens vivre sans nourriture ; s'il meurt en apparence, c’est pour ressusciler sous une autre forme. Les sacrifices humains font partie du culle ex. piatoire qu’on rend au mauvais principe. Les victimes, immolées an bruit des chants épouvantables du peuple entier, montrent une stupide indifférence : ce sont pour la plupart des prisonniers de guerre. A h fète des coraux, le roi et tous les grands trempent leurs colliers de çv. rail dans le sang humain, en priant les dieux de ne jamais les priverde cette marque de leur haute dignité.
Le royaume d'Ouari ou Awéri comprend les pays plats et marée. geux au sud de Benin, où coulent diverses rivières, probablement de; branches du Niger. La capitale, qui a le même nom, est bâtie dans ue Île. Le roi jouit d’un pouvoir absolu.
Lorsqu'on a doublé le cap Formose et passé devant plusieurs canaux qui font partie du delta nigritique, l’on arrive à celui que les Portugai avaient appelé rivière de Nun. Comme ce bras est dans la directin même du fleuve et que c’est par lui que Lander est entré dans PAtlanique, on s'accorde à le regarder comme le bras principal, quoiqu'il en ait de plus considérables ; inais sa navigation est gèuée par une barre dangereuse située à son embouchure. Après lui vient le large bras appel Bonny ou Rio San-Domingo. Sur les bcrds opposés et un peu au-dessus de son embouchure, s'élèvent les deux villes de Bonny et de Nouvewr Kalabar, entourées de marais pestilentiels. Les habitants font le cowmerce du sel et de l’huile de palme. La première de ces villes était ne guère un grand marché pour les esclaves ; les marchands remontaier avec leurs canots jusqu’à Eboe, qui était l’entrepôt central des esclarn ameués dans l’Afrique centrale. Le petit tyran qui règne à Bonny n'a pas moins orgueilleux et féroce que ses confrères eu royauté de la cbk.
Après Bouny, on rencontre la rivière appelée Vieux-Kalabur ou Bonp, C’est le plus large des bras du Niger. Les gros navires peuvent le remonter jusqu’à une distance de 24 lieues. Les autres points de la côte de Guinée offrent rien qui mérite de nous arrêter longtempe, On voit d'
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On remarque dans le golfe de Benin quelques iles que nous ne pouvoos passer sous silence. L'ile Fernando-Po est une belle île, de 45 lieues de long sur 3 de large, qui naguère était habitée par une population de bandits, composée d'esclaves et de criminels de la côte voisine. Son aspect montagneux et pittoresque fit présumer aux Auglais qu’elle devait jouir d’une grande salubrité : en conséquence, ils y fondèrent un établissement en 1827 ; mais leurs espérauces ont été déçues. L’{le du Prince n’a que 4 lieues de longueur et 2 de largeur; elle est haute, fertile et assez salubre, elle renferme un millier d’habitants, Saint-Thomas est longue de 12 lieues et large de 7, a une population de 20,060 individus, la plupart nègres ou mulâtres; sa prodigieuse fertilité fait passer sur les inconvénients de son climat. Panoasan ou Chaves, ville de 3,000 habitants, en est le chef-lieu. Cette île, ainsi que celle du Prince, appartient au Portugal. Saint-Thomas est commandée par un gouversœur mulâtre et administrée par un conseil de douze indigènes. Tout y respire le plaisir et la mollesse. Les esclaves ne connaissent pas les
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maux de la servitude et travaillent à peine deux ou trois jours par ge. maine. Des prêtres noirs desservent les églises ou chapelles, dissémi. oées au nombre de 8 à 9 dans l’île. La plupart sont d'une grossière igno. rance et vivent très-peu régulièrement. Quelques capucins blancs ou mulâtres, fixés dans un petit couvent, n’ont pas des mœurs plus rigides. Des évêques, que la cour de Lisbonne avait résolu d’y en. voyer à plusieurs reprises pour rétablir la discipline, moururent tous en peu de jours. La jolie petite île d'Anno-Bon, qui a 7 à 8 lieues de cir. conférence, est habitée par des noirs indigènes. Ces trois Îles se trouvent sur une ligne qui, en partant du Rio-Kalabur, se dirige au sud. ouest.
Il nous reste à parcourir cette partie de l'Afrique occidentale qui 54. tend depuis le cap Lopez jusqu’au cap Frio. Elle est communément désignée dans le commerce sous le nom générique de Côte d'Angol; mais les géographes lui donnent en général celui de Guinée Méridiona, il semble plus naturel de donner à cette région le nom de Congo, qui est celui d’un royaume qui l’a jadis embrassée presque en totalité, et dont la langue paraît être la souche de tous les idiomes qu’on y parle.
Près du cap Lopez, on remarque d'abord les embouchures de l’Avonge, qui vient d’un lac situé à peu près à 250 lieues de la côte, et qui pré. sente, au moment où il descend du plateau des montagnes dans la ri. gion maritime, une grande chute dont les indigènes font une descrip. tion pompeuse. Depuis ce cap jusqu’à Ja baie de Sainte-Catherine, où ily a un port de ce nom rarement visité, la côte, peu connue, paraît basse et couverte d’arbres. Les naturels sont misérables et passent pour trai. tres; leur chef reconnaît la souveraineté du Loango. A l'embouchure de la grande rivière de Banna est la baie de Mayomba, où il se fait quel. que commsrce. * es habitants sont doux, hospitaliers et plus intelligeuts que ceux des autres lieux de la côte ; ils procurent la majeure partie de l’ivoire qu’on traite dans les ports du voisinage ; ils savent travailler le cuivre, et connaissent le gommier. Leurs chefs relèvent du Loangn,.
Le royaume de Loango a environ 50 lieues marines du nord au et 60 de l’ouest à l’est; mais, avec ses dépendances, il renferme tout au plus 600,000 âmes, tant la traite a épuisé la population. La côte, autour de la baie de Loangc, nrésente des montagnes rouges assez escarpées et couvertes de palmis’s. La capile, appelée Boual:, ou plus communt-