‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 4)Chapitre 48 sur 75 · LITE · texte numérisé non relu

LITE

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AFRIQUE OCCIDENTALE, 19 ment Banza-Loango, est située à unc forte lieue de la côte, dans une ande plaine très-fertile. Elle renferme 15,000 habitants fort indus trieux. On y fait commerce de belles étoffes de feuillage fabriquées dans la ville, d'ivoire, de cuivre, de bois de teinture, et de provisions de tout genre. Les naturc::, par politique, au moyen du poison qu'ils gavent perfiitement administrer, ont donné à leur territoire une réputation d'instiubrité qui a toujours ôté aux Européens l’idée de s'y fixer ou seulenient de coucher à terre.

Un fait digne de l'attention des voyageurs, c’est qu'il existe, selon Oldendorp, dans le Loango, des juifs noirs qui vivent épars dans le pays. Ils sont méprisés des nègres, qui dédaignent même de manger avec eux; ils s'occupent de commerce, et rélèbrent le sabbat si rigoureusement qu'ils observent cc jour-là un silence absolu. Ils ont un cimetière particulier et trés-éloigné Ucs habitations. Les tombeaux sont construits en maçonnerie, et ornés d'inscriptions hébraïques qui excitent le rire des nègres. Si le fait était incontestable, l'hypothèse la plus vraisemblable sur la présence des juifs dans un pays aussi éloigné serait celle de Sprengel, qui les regarde comme des descendants de juifs portugais qui, après avoir quitté leur patrie, n’ont plus craint de professer publiquement la foi de leurs pères.

Le royaume de Cacongo, nommé plus communément par les noirs Malembé, d’après son principal port, abonde en fruits, légumes, cabris, cochons, gibier et poisson. Le roi dine seul en public, entouré d’une suite nombreuse; mais, dès qu'il s'apprête à boire du vin de palme, tout le monde est tenu de se jeter à terre, de crainte qu'il ne mourût, si quelqu'un de ses sujets le voyait boire. Kinguelé, la capitale, à environ 30 lieues de la côte, se compose de plusieurs mihiers de huttes. Malembé ou Malemba est plus importante par sa population, son port et son commerce; mais elle est insalubre pour les Européens.

La baie de Cabinde, située à cinq lieues au sud de Malemba, donne nuvent son nom au royaume de WGoyo, autrement Engoyo. C’est un rès-bon port, surnommé le Paradis de la côte, et l’endroit le plus riant de tous les environs. La mer y est constamment belle, et le débarquement très-facile. Le pays, en géméral, est délicieux et de la plus grande fertilité. La capitale, Cabinde, est à @eux jours dans l’intéricur des ter. res. Parmi les esclaves que jadis on amenait au marché de Cabinde, on

498 CHAPITRE NEUVIRME.

distinguait surtout cenx qui appartenaient à la tribu des Mondongonès, Ces nègres sont fort beaux, mais ils ont la coutume de s'inciser la figure pour y faire de larges cicatrices; leurs dents sont rendues pointues à l’aide de la lime. Il se déchirent encore la poitrine en dessins symé. triques, font gonfler les chairs avant de les cicatriser, de manière qu'el. les surmontent les bords de la blessure, et forment une broderie dont ils se montrent très-vains. Les femmes surtout se déchirent impitoyable. ment la gorge, pour cette prétendue beauté. Elles ont encore la manie de s’inciser le ventre de trois larges blessures, et de faire renfler les chairs, de manière à former transversalement trois gros boudins sur cette partie. Elles ne cessent de redéchirer et de cicatriser la blessure jusqu'à ce qu'elle ait atteint la grosseur désirée. Beaucoup de noirs, principalement parmi les Mondongonès, sont circoncis; mais ils ne paraissent y attacher aucune idée religieuse.

En traversant le Zaïre ou Coango, on entre dans le royaume de Congo, qui est borné au sud par la rivière Danda, par les déserts sablonneux ct les hautes montagnes d'Angoia. Le territoire da Congo est d’une grande fertilité, et produit deux récoltes dans l’année : l'une en avril, l’autre en décembre. Les Portugais sont parvenus à soumettre ce royaume à leur suzeraineté. Afin de familiariser les nègres avec les formes de la civili. sation européenne, il n’ont rien imaginé de mieux que de faire adopter aux grands, en place de l’ancien nom de Mani ou seigneur, les titres de ducs, comtes et marquis, et de diviser le royaume en six provinces, Sgno, Pemba, Batta, Pang», Bamba et Sandi. Ces provinces ont chacune un ÿanza, ou résidence de premier chef. La capitale, appelée San-Salvador par les Portugais, forme, avec sa banlieue, un district particulier soumis immédiatement au roi. Elle est située bien avant dans l’intérieur, sur une haute montagne, et sa position est vantée comme l’une des plus salubres de l’Afrique. Elle a des rues larges, et plusieurs belies places symétriques plantées de palmiers dont la verdure contraste agréablement avec la blancheur des massons peintes à la chaux. Le sommet de la montagne est couronné d’un fort construit par les Portugais, et qui renferme aujourd'hui le palais roval avec ses dépendances. On voit encore dans la ville quelques restes des premières églises qu'ils ÿ bütirent. Maintenant, les Européens, dont on porte le nombre à 40,000, se trouvent dispersés dans tout le pays.

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La province de Sogno, entre le Zaïre, l'Ambris et la mer, a un sol 5ahlonneux et aride, mais excellent pour les palmiers, et de riches salines à la côte. Les habitants, selon Grandpré, sont hargneux, traîtres et làches; ce qu’il y à de certain, c’est qu’ils sont mal disposés pour tous les bancs. Bamba, également sur la côte entre les rivieres Ambriset Loz, est wedes plus grandes et des plus fertiles provinces du royaume. Ellea des galines abondantes ct des pêcheries de cauris. Ses montagnes, riches en métaux, se pr'olongent jusqu'en Angola. La province de Pemba, située au centre de l'empire, est fertilisée par les rivières de Lelunda, Kaï et Ambris, Batta, à l'est de la précédente et au nord des Montagnes-Brülées, est fort étendue. On assure que les habitants, 2ppelés communément osombi, grâce à leur boñté et à leur douceur naturelles, ont aisément adopté le christianisme. Néanmoins et peut-être à cause de ces sentiments, ils sont presque continuellement en guerre avec les païens du voisinage, notamment avec les redoutables Jaggas ou Giagos. Aussi, leur gouverneur a-t-il seul la permission d'entretenir quelques fusiliers pris parmi les naturels, tandis que tous les autres chefs de province sont obligés d'employer des soldats portugais. La province de Sandi, au nord-est de San-Salvador, est un pays bien arrosé et riche en métaux, surtout en fer. Les montagnes situées au nord de Zaïre, près de la grande cascade, renferment du cuivre jaune qu'on vend à Loanda. La pro. vince de Pango, bornée à l’ouest par le Batta, à l'est par la rivière Barbeli, etau nord par le Sandi, n'offre rien d’intéressant. Outre ces six provine ces, on en nomme encore d’autres plus ou moins considérables, mais en grande partie incultes, désertes et occupées par des nations sauvages, qui mènent une vie errante au sein des forêts ou dans des montagnes inaccessibles.

Le territoire d’Ovando, sur les confins d’Angola, dépendait autrefois du roi de Congo ; mais les chefs se sont sousiraits à l'autorité de leur souverain, pour se mettre sous la protection des Portugais, qui leur donnent le titre de duc.

Leroyaume de Dongo, d'Angola ou N’Gola, chezles géographes, est borné au nord par la rivière de Dar.da , au sud par le Benguela et à l’est par le Mattemba. C’est un pays très-montueux et peu cultivé. Depuis le mois de mai jusqu'à la fin d'octobre, il n’y tombe point de pluie. Les

montagnes, arides et pierreuses, manquent de sources, rt t'eau fraîcheest

partout très-rare. L'idée de construire des citernes passe l'esprit des naturels; les plus prévoyants se bornent à creuser, avec le tronc de l'aliconda, des auges dans lesquelles ils conservent l’eau de pluie. N'ayant pu les convertir au christianisme, les Portugais se sont contentés de les enrôler pour le service militaire. Les garnisons de la majeure partie de leurs forts sont formés d’Angolais, qu’ils se gardent néanmoins d’instruire dans l’usage des armes à feu. Le sel, la cire et le miel sont les principales productions du pays.

En arrivant du nord sur la côte d’Angola, on rencontre d’abord h ville de Loanda-San-Paolo, chef-lieu des établissements portugais dans l'Afrique occidentale. Située au fond d’un golfe, à l'embouchure du Zenza ou Bengo, elle possède un bon port, défendu par des batteries et une garnison de malfaiteurs. La ville est en partie sur le bord de la mer, en partie sur une éminence qui domine la plage. Des brises de mer régulières adoucissent les chaleurs de l’été. Sa population est estimée à environ 7,000 individus, dont un dixième de blancs. Les nègres esclaves forment la principale richesse des habitants; un seul en a quelquefois plus de 100 à son service. Comme presque tous savent un métier, ils travaillent au profit de leurs maîtres. Les citoyens opulents ont bâti sur les rives du Bengo, du Coanza et du Dodda de belles maisons de campagne, qui diversifient les sites dans une circonférence de 40 lieues. L'ile de Loanda abrite le port et fournit de bonne eau à la ville, Cette place paraît être le siége d’un commerce assez actif, mais la jalousie soupçonneuse des Portugais en fait un mystère. On prétend, d’après des données assez positives, que Loanda communique par terre avec Mozambique, au moyen de caravanes qui côtoient le fleuve Zambèze. Les diverses provinces qui dépendent d’Angola, telles que le Soumbi, le Dembo et le Galoungo, ne possèdent qu’une population peu nombreuse, Cette dernière province renferme le mont Muria, le plus haut sommet mesuré de toute cette côte : il a 5,200 pieds.

Le Benguela, quoique soumis également au joug des Portugais, a conservé le titre de royaume et quelques priviléges insignifiants. Il s'étend depuis le Coanza jusqu'au cap Negro, L'intérieur, montuenx et âpre, recèle une quantité prodigieuse d’éléphants, de rhinocéros, de zèbres et d’antilopes. Les bœufs et les moutons y sont fort gros; mais

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que des maisons construites en terre et en paille. Sa population ne dépasse pas 2,000 âmes, presque tous noirs, soit libres, soit esclaves.

La province de Quissama est l’une des plus importantes du royaume. Elle est située à l'embouchure du Coanze, fleuve rapide et profond que les vaisseaux peuvent remonter pendant 40 lieues, et qui fourmille d'hippopotames. La province de Lubolo, sur les confins de Quissama, est fertile en palmiers. Celle de Rimba produit beaucoup de graines et a de bonnes pêcheries. Scela, à l’ouest de Rimba, est un pays montueux et bien arrosé, riche en pâturages et en fer excellent. Les provinces de haut et bas Bemba abondent en bêtes à cornes, tant privées que sauvages. La rivière de Latano, appelée aussi Guavoro ou Rio-San-Francisco, qui les traverse, fourmille de poissons, d’hippopotames et de crocodiles. Les Bambis parlent un idiome particulier et très-diflicile. Des peaux d'animaux et de serpents, percées d’un trou pour y passer la tête, leur servent de vêtements. La province de Tamba a un territoire uni, coupé de rivières et de marécages, et celle d’Oacco est formée de coilines et de riantes vallées.

Le royaume de Mattemba s'enfonce entre les limites du Congo et du Benguela : à l’est, il présente de hautes montagnes et des forêts épaisses. Les chefs de ce pays, jadis tributaires du Congo, sont aujourd’hui indé-

à pendants. Les bords et les îles du Zaïre et du Coanza sont presque les seuls endroits cultivés. Les naturels sont peu industrieux. Ils ne savent pas travailler le fer qu’ils trouvent dans leur territoire.

Telles sont les contrées connues et en quelque sorte civilisées de {a partie méridionale de l'Afrique occidentale. Maintenant disons quelques mots des peuples qui l’habitent. Les nègres du Congo paraissent inférieurs en intelligence à beaucoup d’autres races africaines. Leurs

mœurs, leurs habitudes, leur manière de vivre sont si près de l’anima É lité, qu’il n’y a pas de quoi s’étonner s’ils ont eux-mêmes regardé les singes comme appartenant à leur race. Leur ineptie est telle, qu’on n'a jamais pu leur faire comprendre l’usage du moulin. Ils ne sont habiles ni à la pêche ni à la chasse. Ils manquent complétement de courage ;

suivant Grandpré, une armée de 200 hommes est très-considérable et vie 26

rès-rare, Ces êtres dégradé:, mais pétris d’orgueil, sont de tous les maîtres les plus barbares et ies plus capricieux: leurs esclaves ne les approchent qu’à genoux. Tous admirent, comme les plus grands mo. narques du globe, leurs rois, fiers de la prérogative de chausser des bottes lorsqu'ils e2 ont, et souvent encore ridiculement affublés de

4 quelques débris d’uniformes européens qui couvrent mal leur dégoi. à tante nudité. La polygamie la plus effrénée règne au Congo, et toute

D 1 Fe eV. sus , « . 0 bé l'influence de la religion chrétienne s’est bornée à faire défendre les

unions incestueuses. Entouré d’une nombreuse postérité, le Conguc ne montre aucun attachement à ses enfants. L’ivrognerie, une musique bruyante, des danses grossières et le sommeil, voilà ses jouissances, Les travaux utiles sont déléguésaux femmes et à de nombreux esclaves,

Parmi les usages bizarres du pays, nous ferons remarquer celui qui prescrit aux hommes dese mettre au lit lorsque leurs femmes viennent d’accoucher. Le mari reçoit ainsi les félicitations de ses parrr's et amis sur l'accroissement de sa famille. Il reste au lit tant que es visites durent, et même, par paresse, quelques jours après. Pour qu’il nv meure pas de faim, la femme le nourrit et le soigne pendant cette ridi. cule comédie. Du reste, cette singulière coutume n’est pas uniquement propre au Congo. Les auciens en attestent l'existence chez les Corses, chez les Cantabres et chez les peuples du Pont-Euxin ; et les modernes l'ont observée dans le Béarn, dans la Tartarie, dans les Indes et dans une grande partie de l’Amérique.

La cour du roi de Congo est une mauvaise copie de l’ancienne cour

par des comtes et des marquis noirs, dont le costume étale des ornements grossièrement imités de ceux d'Europe. Tous les rois des provinces situées entre le cap Lopez et le Zaïre rendent hommage au roi de Loango et lui paient un tribut en femmes. Ils exercent d’ailleurs un pouvoir despotique ; ils disposent de la vie et de la liberté de tous les sujets, qu'ils taxent suivant leur bon plaisir. Le trône est partout héréditaire, à l'exception du royaume de Loango, où tous les princes-nés Ù des divers États dépendants peuver! aspirer au suprême pouvoir, selon PR Ve le choix du corps électoral, composé des principaux officiers de la couronne. Pour être prince-né, il taut être issu d’une princesse ; c’est la mère qui anoblit et non le pére, qu'on n'est jamais sûr de connaitre.

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aussi les princesses ont le pouvoir de prendre pour mari qui elles veulent et de le répudier à volonté, pour appeler un autre à l'honneur de leur couche. Les princes font de même, mais leurs enfants n’ont pas de qualité, s’ils ne sont pas nés d’une princesse, et ils peuvent être vendus par leurs frères ou sœurs, si ceux-ci possèdent cet avantage. Le mari d’une princesse est prince tout le temps qu'il vit avec elle, et il conserve toujours son rang si elle meurt dans cet intervalle. Lorsqu'un prince s’uuit à une princesse, les époux perdent la faculté de divorcer. Les princes jouissent en général de grandes prérogatives ; toutefois ils ne peuvent remplir aucune charge dans le gouvernement.

Les superstitions indigènes des Congues sont trop variées pour pouwir être indiquées ici. Ils croient à quelques divinités qu’ils nomment Zambi : ils ont des images de ces divinités qu’ils appellent des moskisso, etqu'ils conservent dans des temples; mais les objets de leur culte habituel sont diverses espèces de fétiches. Les prêtres s’appellent gangas; eur chef, nommé Chitomé, est censé posséder une autorité divine; il reçoit en sacrifice les prémices des fruits et en entretient constamment un feu sacré dans sa demeure inviolable. Devient-il malade, on lui choisit un successeur, qui aussitôt l’assomme d'un coup de massue, afin de l'empêcher de mourir de mort naturelle, ce qui serait d’un sinistre augure. Bien d’autres pontifes subalternes exploitent la créduiité des nègres : l'un guérit toutes les maladies, l’autre commande aux vents et à la pluie; celui-ci sait ensorceler les eaux, et celui-là prétend conser-

Ever la récolte. Les N’Quits sont membres d’une confrérie sacrée qui,

dans les profondeurs des forêts, célèbrent d'affreux mystères, mêlés de danses lascives. Enfin une espèce de magiciens, nommés les atombala, prétendent savoir ressusciter les morts.

Les missions chrétiennes ont lutté avec peu de succès contre ces superstitions grossières. Il y eut un temps où les apôtres de la foi s’applau-

Bissaient de compter tous les princes de la Guinée Méridionale, et

notamment ceux du Congo, parmi leurs ouailles, et d’en rassembler également Îles sujets autour du signe de la croix. En effet, les nègres, naturellement imitateurs, se conforment aisément à l’exemple de leurs chefs. Ils emhrassent la religion que ceux-ci leur ordonnent de suivre ; mais ils l'abandonnent dès que le prince, aussi inconstant que son peu pl, retourne à son ancien culte. Cependant il est très-vraisemblable

que les rapports des missionnaires ont toujours été religieusement exagérés. Un voyageur moderne, Grandpré, assure posilivement que les habitants du Congo n’ont en aucune manière répondu au zèle que les Portugais ont montré pour leur conversion. Suivant lui, ces noirs, naturellement traîtres et lâches, ne se sont fait connaître que par l'empoisonnement et l’assassinat des missionnaires. Un prêtre français, dit cet auteur, remplissait son ministère avec ardeur ; mais le tableau de la vie éternelle quelque brillant qu'il essayât de le rendre, ne séduisait point les Congos. Le séjour du Paradis leur paraissait d'autant plus ini. pide qu’on ne leur promettait pas d’y boire de leau-de-vie. Ils s’en plaignaient beaucoup et auraient préféré le voyage de France, d’où leur venait celte précieuse liqueur ; aussi le missionnaire ne faisait point de prosélytes. Enfin l’un d'eux, vaincu par les instances du prêtre, consentit à entrer en composition, ei promit d’aller en paradis, en demandant combien cela lui vaudrait de marchandises. « Mais aucune, lui répondit le prêtre. — Entendons-nous, répliqua le noir, je te demande combien de marchandises tu me donneras pour le voyage que tu me proposes. » Le missionnaire lui réitéra avec onction sa réponse négative, en l’accompagnant de tout ce qui pouvait séduire le nègre. L'autre lui répondit en mauvais français : « Haben qui ça. Toi croire, moi va courir pour rien la ? baille marchandises. » Le missionnaire insista au moins pour le baptême, maisil n’en put obtenir d’autre réponse que « baïille marchandise, baille l'eau-de-vie. »

Quand on considère l’abrutissement de ce peuple, on est étonné de trouver que la langue du Congo, dont celles de Loango et d’Angola paraissent des dialectes, se distingue par des formes grammaticales très. riches et très-cempliquées. Les divers articles ajoutés à la fin du sub. stantif dont ils déterminent le sens, la formation régulière des mots dérivés, ies nombreuses modifications que subissent les pronoms, l grande variété des modes et des temps que présentent les verbes, et par lesquels s'expriment tous les rapports de personne et de localité, le nombre étonnant des verbes dérivatifs, l'abondance des voyelles sonores, l'absence de consonn’s dures, et la douceur de la prononciation tout fait de cette langue d’un peuple barbare une des plus belles de l'univers. | Nous aurions maintenant à parler de divers. Etats situés à l'est du

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AFRIQUE OCCIDENTALE. ODä Congo, qui appartiennent à l’intérieur de l’Afrique trans-équatoriale. Mais cette vaste région est complétement inconnue, car nous ne possédons à leur sujet que des renseignements fournis par des nègres esclaves amenés de l'intérieur, ou des relations de voyages extrêmement suspectes. Parmi les Etats plus ou moins puissants que mentionnent ces relations, nous nommerons les royaumes de Bihé, de Hols-ho, de Cancobella, de Ho, de Humé, de Cassange, de Bumba, de Mikoko ou Angiko, et des Molouas.

Le royaume d’Anziko est, dit-on, riche en métaux ct en bois de sandal. À en croire de vieilles relations, les habitants seraient plus barbares encore que les nations noires dont nous avons parlé jusqu’à présent. Les Anzikois, a-t-on prétendu, livrent leurs prisonniers invaliäes aux bouchers, qui en étalent la chair dans les marchés publics. Quelquefois même les naturels, dégoûtés de la vie, s'offrent eux-mêmes à la boucherie. Ces assertions paraissent, à bon droit, plus que douteuses aux yeux d’une critique éclairée. Faut-il ajouter plus de confiance aux renseignements qui suivent? Les Auzikos, dit-on encore, sont courageux, intrépides, et manient l’arc et la hache d’armes avec beaucoup de dextérité. Ils montrent beaucoup de loyauté dans les transactions. Ils fabriquent de belles étoffes avec des feuilles de palmier et d’autres matiéres, et font un commerce assez actif en ivoire et en esclaves, en retour desquels ils prennent des cauris, du sel, des soieries, des toiles, des verroteries, et autres produits de l’industrie européenne. Les femmes sont vêtues de la tête jusqu'aux pieds; les grands portent des robes de soie ou des habits de drap; les gens du peuple ont la partie supérieure du corps nue et les cheveux nattés.

La situation de cet Ktat n’est pas déterminée d’une manière satisfaigante. Dapper place Honsol, la capitale, à 300 lieues de la côte, et rend le pays limitrophe du Gingiro, royaume voisin de lAbyssinie. Pigafetta fait couler dans l’Anziko une rivière nommée Unbre, qui se jette dans le Congo. Douville donne à ce royaume le nom de Sala, et dit que le roi porte le nom de Hikoko.

Ce même voyageur, parlant du royaume des Molouas qui occuperait presque le centre de l'Afrique trans-équatoriale, prétend que la souverainelé du roi des Molonas est reconnue même par des peuples qui habitent le long de la côte orientale. Suivant lui, ce royaume offre la siu-

206 CITAPITRE NEUVIEME,

gularité d’avoir deux capitales distinctes : Yanvo, où réside le roi, ct Tandi-Avoua dite aussi Agattou-Yanvo (la ville des femmes), où réside 1 reine. Ge voyageur accorde 43,000 habitants à la première de ces villes, Ses maisons sont bâties en briques cuites au soleil ; il y a des places pu. bliques, de grandes prisons, deux forteresses carrées construites en briques. Le palais du roi est vaste, mais n’a qu’un rez-de-chaussée, Le strail est aussi très-grand, et contient environ 700 femmes qui parta. gent la couche royale. Tandi-Avoua a aussi des places publiques, une forteresse et un vaste palais où réside la reine; mais Douville ne porte sa population qu’à 16,000 âmes. On comprend que tous ces renseigne. ments ont besoin d'être vérifiés.

Pour compléter l2 parcours de la côte de l'Afrique occidentale, il nous faut encore jeter un coup d'œil sur cette longue région qui s'étend depuis le cap Frio jusqu’à la rivière Fisch. Toute cette plage a été visi tée en détail par deux expéditions anglaises, chargées d’y choisir un lieu de déportation. On y trouva pas un seul endroit qui offrit quelque espoir à la culture, et qui ne parût pas trop affreux, même pour des eriminels. L'eau potable y esi tres-rare; les rivières n’ont à l'embouchure que de l’eau saumâtre; on ne voit que par-ci, par-là quelque trace de verdure.

Derrière cette côte inhospitalière erre, dit-on, la tribu nomade des Cimbebas, d’où le pays a reçu des géographes le noin de Cimbébusie, On nomme encore une autre tribu, appelée les Macasses où Makosses. L’existence même des Cimbebas repose sur des témoignages équivoques. Voici ce qu'on rapporte au sujet des Makosses. Leur pays a une trenlaine de lieucs détendue. Le bétail à cornes forme la richesse de ces nomades; les semences douces d’une plante qui s’élève rapidemen! à dix ou douze pieds de haut leur servent à faire une espèce de gâteau; une autre graine leur fournit uue boisson enivraute. Les Makosses paraisseut jouir d’une sorte d'aisance ; ceux qui ont deux à trois mille bestiaux ne passent pas pour être riches. [ls punissent très-sévèrement le vol, et dans leur extérieur regne une assez grande décence. Tout porte à croire que cctle tribu appartient à la grande nation des Cafres dout nous allons parler.

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SECT, 17, — Tableau général de cette région,

La région qui forme la partie méridionale du continent africain, présente un caractère particulier et bien tranché. Les premiers traits physiques que nous ayons à considérer sont les grandes chaînes de montagnes qui la traversent. Ces chaînes sont au nombre de trois. La première, appelée Lange-Klvof, est séparée de la mer par une plaine qui a de huit à vingt-quatre lieues de largeur ; c'est dans la partie occidentale que cette plaine a sa plus grande largeur. La seconde chaîne, nommée Zwaarte-Berg où Montagnes-Noires, s'élève à peu près à autant de distance de la première que celle-ci de la mer. Les Montagnes-Noires sont beaucoup plus hautes et plus escarpées que celles de Lange-Kloof . elles présentent souvent une double ou même triple rangée de moutagnes. Plus au nord, à une distance de trente-deux à quarante lieues, court la troisième chaîne, appelée Nieuweldts-Gebirgte : c’est la chaîne la plus élevée de l'Afrique méridionale. Un grand nombre de ces sommets sont couverts de neiges pendant plusieurs mois de l’année : cette circonstance à fait donner le nom de Sneuwberg, ou Montagnes-Neigeuses, à le partie orientale de cette chaîne où se trouvent les pics les plus élevés : ces derniers n’ont pas moius de 10,000 pieds de hauteur. La plaine, qui est baignée par la mer, est très-fertile, bien arrosée et couverte d’une brillante végétation : le climat y est doux et agréable. Les plaines qui s'étendent entre les chaînes que nous avons nommées constituent des plateaux élevés, dépourvus de toute eau courante, qui sont connus sous la dénomination spéciale de Karrous.

Ces Karrous ne sont pas des déserts absolument stériles, ainsi que Pont dit des voyageurs peu exacts. Le sol de ces regions est une couche

d'argile et de sable coloré en jaune d'ocre par des particules ferrugi. neuses ; à un ou deux pieds de profondeur, on trouve le roc solide dont “ cette couche paraît être une décomposition. Dans la saison sèche, leg rayons du soleil réduisent ce sol à la dureté d’une brique; les mésem. Pis bryanthèmes et les autres plantes grasses conservent seules un reste de verdure; les racines des gor'*ria, les aste, les berkheya, ainsi que les oignons de lis, armés d’une aveloppe presque ligneuse, vivent sous cette #4 croûte brûlée. Nourries par la pluie, dans les saisons humides, ces ra- (NE cines se gonflent sous terre; les jeunes pousses se développant tout à je # coup et toutes à la fois, souvrent en un instant la plaine, naguère si ; aride, d’une verdure éclatante; bientôt les calices des lis, at les couron. nes des mésembryanthèmes étalent partout leurs couleurs brillantes ct rempiissent l’air des parfums les plus délicieux. Alors, les antilopes et les autruches descendent en foule des montagnes voisines. Les colons “ IT y amènent de toutes parts leurs troupeaux, qui, dans ces riches pâturame ges, prennent des forces nouvelles. Point de dispute sur la jouissance CET de ces prairies naturelles ; elles sont assez vastes pour que tout le monde ALES s’y trouve à l'aise. La vie du Karrou est, pour les colons du Cap, l’image ie | du siècle d’or. De légers travaux en interrompent seuls l’uniformité, et la rendent très-lucrative. Mais la magnificence de ces plateaux ne dure qu'un mois, à moins que des pluies tardives n’y viennent prolonger la ! i al vie végétale. La longueur croissante du jour, au mois d’août, donne d aux rayons solaires une puissance destructive; les plantes sont desséchées, le sol s’endurcit, le désert reparaîit, et les hommes et les animaux abandonnent ces lieux désormais inhabitables. Le Grand-Karrou comprend presque tout le plateau qui existe entre les chaînes appelées Zwaarte-Berg et Nieuweldts-Gebirgte ; on lui donne envion 120 lieues de longueur et 40 de largeur. Cependant, au pied de la partie de la chaîne qui a reçu le nom de Sneuwberg, on trouve une assez grande étendue de pays qui est bien arrosée et qui renferme de magnifiques pâturages.

EL Au delà, c’est-à-dire au nord de la troisième chaîne, le sol est pendant ds un certain espace complétement aride et stérile; mais, peu à peu, il change de nature, et enfin il présente de vastes plaines couvertes de prairies qu’occupent les Betjouanas avec leurs immenses troupeaux. Plus on avance vers l'équateur, au moins autant que l'ont constaté les

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AFRIQUE MÉRIDIONALE. 209 aplorations faites jusqu’à présent dans cette direction, le pays devient wujours plus fertile ; cependant, il existe vers l’ouest un déscrt d’une uè-grande étendue. La côle orientale, quoique entrecoupée de pluscurs chaînes dont la direction a été jusqu'ici peu étudiée, préscute également de vastes plaines propres aux pâturages, et qui sont habitées par diverses tribus de race cafre,

Les principaux cours d’eau de l'Afrique méridionale sont le Fisch ou Puisson, et le Gariep où Orange : tous deux coulent également de Pe:t

a l'ouest. Le cours entier et les sources du premier ne sont pas exactement connus. Quant au fleuve Orange, il est formé par la réunion de deux branches qui prennent naissance daus la chaîne voisine de la côte orientale. La septentrionale porte le nom de fleuve Jaune, et la méridionale celui de fleuve Noir. Après leur réunion, le fleuve poursuit «marche à l’ouest en traversant le pays des Hoitentots, et va se jeter, après un cours d'environ 500 lieues, dans l'Océan Atlantique, par une æule «mbouchure. Vers le milieu de son cours, il forme une chute de 400 pieds de hauteur et de 1,500 de largeur. L’Atlantique reçoit encore l'Olifant ou l’Eléphant, rivière qui prend sa source au mont Win-

trhock. Quelques autres rivières, qui descendent du nord au sud, sortent des flancs latéraux des dernières terrasses du plateau, pour se je- Lier dans l'Océan Austral; aussi leur cours est-il peu considérable. Telles

sont le Gaurits, 10 Camtoos, le Zonducs où Dimanche, 1e Grand-Poisson ou Groote-Visch, et le Keissi, Le Grand-Poisson, bien que le plus important de tous ces fleuves, n’a pas plus de 80 lieucs de cours. Le Lorenzo-Mar=

ques et le Mafumo, qui coulent de l'ouest à l'est. et se déchargent dans la baie de Lagoa, sont les deux rivières les plus considérables que PArique australe envoic à l'Océan Indien.

L'Afrique méridionale n’est pas tout à fait dénuée de richesses minérales, La pierre calcaire manque; des minerais de fer ont été rencontés en bien des endroits, miis on n’en a encore tiré aucun parti. Dès 158, on connaissait les mines de cuivre faiblement exploitées par les Hotientots-Damaras, et qui ont donné leur nom aux Montagnes de Cuivre. Les sources de pétrole ne sont pas rares. Où vient de découvrir une mine de houille dans le territoire de Port-Natal. 11 y a, dans l’inrieur de la colonie, différentes eaux minérales ; mais les plus renomitus sont celles vulgairement appelées les Bains-CUhauds , qui se trou- File 27

vent pres des Montagnes-Noires, à trente lieues de la ville du Cap. Ony a fait construire un bâtiment spacieux pour ceux qui veulent prendre les bains : il est divisé en deux parties, l’une destinée aux blancs, & l’autre aux nègres.

La région dont nous venons d’examiner le sol jouit d'une tempéra. ture des plus douces, puisque le thermomètre ne s'élève presque jamais au-dessus de 37 degrés centigrades; mais les vents produisent ici des effets désagréables. Rien ne peut garantir des sables qu’entraîne le vent du sud-est, et qui pénètrent dans les appartements les plus clos, dans le malles les mieux fermées. Alors o 1 ne peut prudemment sortir qu’ave des espèces de lunettes qui metten. les yeu . à l'abri de tout danger. L'ap. proche de ces vents est annoncée par la montagne de la Table, dont ls sommet se couvre alors d’un nuage que le vulgaire appelle le Manteay du Diable. Rien n’est plus remarquable que la certitude des présages météorologiques fournis par cette montagne. Disons en passant qu’elle doit son nom au plateau que présente son sommet, qui a 3,500 pieds de longueur de l’est à l’ouett, mais dont la largeur variable n’excède

nulle part 1,600 pieds. Ce plateuu est élevé de 3,500 pieds au-dessus du aiveau de «4 mer.

L’enthauciasme des botanistes exalté par la multitude des plantes now velles, remarquables soit par leur éclat, soit par leur élégance, que présente l’Afrique australe a peint la végétation de cette région avecles cou. leurs les plus brillantes. C’est, en effet, de ce pays que sont venues les plus magnifiques plantes qui ornent nos jardins c‘ nos serres. La classe des plantes bulbeuses peut étre regardée comme un des caractères parti: culiers de la flore du Cap; nulle partelles ne sont en telle abondance, s diverses et si éclatantes. Rien n’égale l'élégance des innombrables espi. ces de bruyères (on en a compté plus de 500) que l’on foule sous ses pieds. Plu: de 200 espèces de protéacées offrent leurs fleurs magnifiques et singulières à l'admiration de l’homme le moins curieux. La protée à feuilles argentées, qui atteint la taille d’un arbre de moyenne grandeur, donne aux bosquets du pays un éclat métallique. Les mésembryanthèmes sont plus multipliées encore; le catalogue des espèces dépasse 300. Ces plantes, qui appartiennent presque exclusivement a la flore de cette

région, sont merveilleusement propres à fixer les sables mouvants, et, durant les mois de sécheresse, sont presque les seules qui survivent

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dans les karrous, à la mort rapide de tous les autres végétaux. Les sta pélies, dont les feuilles charnues contiennent un liquide rafraîchissant, croissent en abondance dans les sables brûlants de la côte occidentale. Les euphorbiacées sont aussi en grand nombre; on remarque surtout l'euphorbe meloforme, l’euphorbe tête-de-Méduse, et le bizarre amuse dephantopus, appelé dans le pays pain des Hottentots. Le bulbe de cette espèce croît à la surface du sol, et atteint parfois un volume énorme, c'est-à-dire trois pieds de hauteur et autant de diamètre. Les protubé= rances anguleuses que présente sa surface lui donnent un aspect assez semblable à celui d’une écaille de tortue. L'intérieur consiste en une substance charnue qui, cuite sous la cendre chaude, offre de l’analogie avec l’igname des Indes-Orientales. Les iridées comptent une foule d’espèces magnifiques dans l'Afrique australe. La tribu des aloës n’a pas moins de 170 espèces; la famille des orchidées offre des genres aussi merveilleux que dans l'Amérique tropicale; les composées sont extrèmement répandues, surtout les asters, les gnaphaliums et les xéranthè-

| mes. Nommons encore, parmi les familles botaniques le plus large-

ment représentées dans la flore africaine méridionale, les restiacées, les borraginées, les ombellifères, les géraniacées, les polygalées, et enfin les légumineuses. Dans cette dernière, les genres qui dominent sont les indigotiers et les acacias. Les espèces appelées acacia vrai et acacia du Cap donnent en abondance une gomme limpide et excellente, qui pourrait devenir une source de richesses pour les indigènes, si on leur apprenait qu’ils pourront toujours se procurer du tabac en échange de ce produit. Les deux rives du fleuve Orange sont couvertes d’acacas sur une étendue de plus de 300 lieues. L'acacia du Cap se distingue par ses fortes épines, qui ont de deux à quatre pouces de longueur. L'espèce particulière qui forme la nourriture favorite de la girafe abonde dans le pays des Beljouanas. Le territoire qui avoisine la baie d'Algoa offre encore au botaniste des végétaux particuliers : nous nous contenterons de citer l’arctopus echinatus, plante renommée pour ses vertus anti-syphilitiques ; le myrica quercifolia, dont les baies sont enveloppées d’une croûte de cire qui se détache, quand on les fait bouillir dans l’eau, et se précipite par le refroidissement; enfin, le zamia cycadifolia, nommé arbre à pain des Hottentots, parce que ce peuple mange la moelle farineuse du tronc, et même la racine de cet arbre.

212 CHAPITRE DIXNIEME.

Comme on le voit, les richesses végétales de l'Afrique australe sont plus intéressantes sous le rapport de la science, que sous celui de l'in. dustrie et de la satisfaction des hesoins de l’homme. Par exemple, ler bois de construction et de chauffage manquent généralement : on dit cependant qu'il existe de magnifiques forêts de chênes auprès de False. Bay. Il paraît aussi qu’il existe, dans la partie orientale de la colonie, de belles forêts dont les espèces de bois n’ont pas été bien examinées Les arbres fruitiers et les plantes succulentes ont été apportés de l’Europe et de l'Asie. On y voit réunis le châtaigner, le pommier, le cerisier, avec le figuier, lamandier, l’abricotier, l’oranger, le bananier, le fram. boisier, et autres arbres de la zône torride. Les fruits de l’Europe septentrionale, tels que les cerises et les pommes, ont un peu dégénéré; mais les figues, les abricots, les oranges, etc., y sont délicieux. Les légumes viennent trés-beaux; on possède tous ceux d'Europe ; le blé, l'orge, l’avoine se cultivent avec succès; le riz n’y vient point. Le lin donne deux récoltes par an, le chanvre prospère également. La culture du thé, essayée par les Hollandais, promettait de beaux résultats; mas les Anglais l'ont interdite dans la crainte de nuire à leur commerce avec la Chine.

La colonie du Cap est la région du continent africain où la vigne réussit le mieux. Les plants, apportés primitivement de Madère, produisent un vin cajiteux. Ceux venus du midi de la France ont prospéré, ct les vins de Frontignan et de Lunel qu’on tire du Cap, sont presque égaux à ceux que donnent les vignobles français de ce nom. Enfin, le fameux Constance, qui tire son origine des plants apportés de Schira en Perse, a un bouquet que l’on ne trouve à aucun de ‘nos vins.

Ici, comme partout, les animaux féroces se sont retirés devant l’homme civilisé. Les lions ne se montrenr que vers la rivière de Dimanche, et encore rarement : mais les déscrts, même voisins du Cap, retentisscnt du mugissement des loups et des hyènes. Le chacal du Cap et le chat-ligre sont communs. La mangouste et la gerboise sont répandues partout. Les nombreuses espèces d’antilopes sont poursuivies par les bêtes féroces et par les chasseurs. La plus belle de toutes, ap pelée spring-bok et, par les naturalistes, aniilope pygarga, est si commune vers la rivière du Poisson, qu’on en voit quelquefois des troupes de 2,00: individus. Dans les forêts de l'intérieur se promènent plusieurs espèces

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AFRIQUE MÉRIDIONALE. us de singes de la tribu des babouins. On doit remarquer parmi les animaux de ces contrées l'oryctérope, ou fourmilier du Cap, nommé par les Hollandais cochon de terre. Les zèbres et les couaggas, moins grands et moins robustes que ceux-ci, sont devenus fort rares dans la colonie. Les éléphants ont également fui devant les Européens; le rhinocéros bicorne se montre encore moins, et la girafe paisible cherche des déserts plus reculés. Les buffles sauvages sont chassés par les Hottentots et les Cafres, dont les troupeaux se composent en grande partie de buflles apprivoisés, de moutons de Barbarie et de chèvres. Sparmann reconnut le premier une espèce particulière dans le bœuf ou buffle du Cap, qu’il nomma bos caferi : il se distingue par la petitesse de sa tête, lh grandeur de ses cornes et son naturel féroce. Le sanglier de ces contrées et de tout l’intérieur de l’Afrique australe, cst le phascochère ou sus œthiopicus de Linné. Les chevaux sont assez rares dans la colonie. Les races que l’on y trouve ont été importées de l'Europe, de l'Amérique du Sud, et même de la Perse. Cette dernière a été conservée assez pure dans les districts du nord de la colonie : sans être d’une beauté extraordinaire, ces chevaux sont de haute taille, forts, et supportent bien la fatigue ; leurs sabots deviennent si durs qu’il est inutile de les ferrer. L'étude des oiseaux, des poissons, des insectes et autres animaux d'ordre inférieur que possède l'Afrique méridionale, offre encore un vaste champ aux naturalistes, quoiqu’un grand nombre d'espèces ait déjà été l’objet d’explorations suivies. L’autruche ne se trouve que dans les déserts de l’intérieur. Les oiseaux de proie sont nombreux. Parmi les espèces d’oiseaux remarquables par l'éclat de leur plumage ou la singularité de leurs mœurs, nous citerons seulement le coucou indicateur (indicators parmannü), et la loxie sociale (loxia socia). Le premier de ces oiseaux se nourrit d’abeilles et de miel, et a ’instinct de prendre l’homme pour collaborateur dans ses chasses continuelles. Les loxies vivent en nombreuses sociétés : elles unissent leurs nids sous un toit commun, et forment ainsi une sorte de cité. Un compte quelquefois jusqu’à 800 et 1000 nids de cette espèce groupés sous le même abri. Ces villages ornithologiques ont plusieurs entrées où aboutissent des rues régulières, de chaque côté desquelles se trouve une rangée de nids séparés l’un de l’autre par un intervalle d'environ deux pouces. Ces constructions deviennent parfois si nombreuses et si lourdes, qu’elles déter-

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214 CHAPITRE DIXIÊME.

minent la chute de l'arbre qui les porte. Cette région partage. ‘vec le reste de l'Afrique, l'inconvénient d’être exposée à l'invasion des sauterelles; le vent du sud chasse ces hôtes destructeurs.

SECT. 2e, — Description topographique de l'Afrique australe,

Tout le monde sait que ce fut un navigateur portugais, Barthélemy Diaz, qui, le premier, en 1486, atteignit l’extrémité méridionale de l'Afrique. Il la nomma le Cap des Tourmentes; mais le génie du roi JeanIl lui imposa le nom de Cap de Bonne-Espérance. Bientôt après, en 1497, Vasco de Gama doubla ce cap fameux, et visita une partie de la côte de Cafrcrie, qu’il appela Côte de Natal, parce qu’il la découvrit le jour de Noël. Cependant, les Portugais qui rêvaient alors les richesses et la conquête de l'Inde, dédaignèrent ce coin de l'Afrique, où il ne se trouvait que des peuriles sauvages et point d’or; mais, lorsque les Hollandais commencèrent à leur tour à dominer dans l’Océan indien, ils comprirent toute l'importance politique, maritime et commerciale de ce point. En conséquence, ils y envoyèrent des colons européens, et fondérent la ville du Cap en 4652. Après la conquête de la Hollande par les armées révolutionnaires de la France, l'Angleterre, au mois de septembre 1795, s’'empara de la colonie du Cap. Le traité de paix d’Amiens la rendit pour quelquesjours à la Hollande ; mais, en janvier 4805, la Grande-Bretagne s’en rendit de nouveau maîtresse, et, à la conclnsion de la paix générale, le congrès de Vienne lui en conserva la possession. |

La population blanche de la colonie se compose principalement de Hollandais et d’Anglais. Les premiers en bien plus grand nombre que les seconds. Les colons hollandais, presque tous pasteurs ou chasseurs, occupent généralement des fermes isolées. où ils vivent dans un état “out à fait patriarcal. Ils sont vulgairement connus sous le nom de Boers ou paysans. Les hommes sont d’une taille gigantesque ; les femmes ont le teint le plus frais et les formes les plus majestueuses. Cellesci, jusqu’à l’âge de 20 à 25 ans, restent charmantes : des yeux bleus, des cheveux d’un châtain clair, un teint de rose et leur extrême propreté, voilà des charmes qui font oublier leur mise peu élégante ; après cet âge, elles perdent ordinairement leur légèreté; un embonpoint épais

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remplace la finesse de leur taille ; elles deviennent alors très-dignes de à jours maris, dont le flegme, l’air gauche et la démarche lourde contrastaient auparavant avec leur délicatesse. L'éducation des Hollandais de À a colonie est fort négligée ; ils sont peu instruits, mais ils excellent tous dans les exercices du corps. Quoique très-bons écuyers et adroits chasseurs, ils passent les trois quarts de leur vie à fumer, et s’endorment même la pipe à la bouche ; ils buivent continuellement du thé, du café et du genièvre. Leur hospitalité envers le voyageur est dépourvus de grâces, mais elle est en général cordiale et rarement intéressée.

Les Anglais qui habitent la colonie sont en Afrique ce qu’ils sont chez eux : nul peuple ne se dépouille plus difficilement de sa morgue et de ses habitudes. On y rencontre encore des individus d'origine française ; ce sont des descendants de protestants français, qui, après s'être réfugiés en Hollande, après la révocation de l’édit de Nantes, émigrèrent au Cap. Ils peuplent un petit canton appelé le Coin Français. ls n’ont conservé que quelques noms français défigurés, et ont, en toutes choses, adopté les usages hollandais.

Différentes causes de mésintelligence étant survenues entre les deux races européennes, les Anglais et les Hollandais, le gouvernement britannique s’est vu obligé, en 1847, de partager la colonie en deux gouvernements, celui du Cap et celui d’Huttenhagen. Le territoire du premier est principalement occupé par les colons d’origine anglaise ; celui du second est habité surtout par les Boers. Chacun de ces gouvernements est divisé en districts.

La capitale de la colonie porte le nom de Cep. Elle est située près de l'isthme d’une péninsule formée par la baie de la Table à l'ouest, et une autre baie, nommée False-Bay, à l’est. La ville est bâtie sur la première, Y immédiatement au pied de la montagne de la Table ; de chaque côté s'élèvent deux autres montagnes appelées le Mont-du-Diab!e et la Têtedu-Lion. Quoique profonde, la baie de la Table est un mouillage peu sûr ; les vaisseaux n’y viennent que depuis septembre jusqu'à la mi- Æ avril; ils relâchent le reste de l’année à la baie False, où ils sont à

| l'abri des vents du nord ouest. Celle-ci devient à son tour dangereuse, | lorsque, dans la saison opposée, les vents soufflent du sud-est. Malgré œ désavantage, le Cap est un des ports les plus fréquentés du globe; ce qui s'explique aisément, quand on considère sa position et les facilités

34e CILATRE DIXIÈME,

qu'y trouvent les navires pour s'y ravitailler. La ville est bien bâtie dependant les édifices publics ont peu d'apparence. La population est d'environ 30,000 âmes.

Les autres villes de la colonie sont en général fort peu intéressantes, par l'agriculture est la principale occupation des habitants. Il suffit de les nommer. Constance et Simon’s Tewn , dans le voisinage du Cap, doivent leur importance, la première aux vignobles renommés qui l’entourenut, et la seconde à ses chantiers. Stellenbosch, Zwellendam, Graaf- Reynet, Huitenhagen, Gnadenthal et Graham's Town sont après ces derniéres, les villes ou plutôt les villages les plus considérables de la colonie

Les indigènes de l'Afrique australe habitent les vastes distriets qui s'étendent à l’est et au nord du territoire qui constitue la colonie proprement dite. Ils appartiennent à deux familles, la famille Hottentote ct la famille Cafre. Cependant, nous y distinguerons quatre races, à cause des différences qui se remarquent entre les Boschismans et les Hottentots, ainsi qu'entre les Betjouanas et les Cafres proprement dits,

Les Hottentots, habitants originaires de toute cette région, sont une race distincte à la fois des Nègres ct des Cafres. Une couleur brune foncée ou d'un jaune brun leur couvre tou le corjs; leur tête est petite; leur visage, fort large d’en haut, finit en pointe ; ils ont les pommettes très-proéminentes, les yeux en dedans, le nez plat, :es lèvres épaisses, les dents très-blanches, la main et le pied petits en comparaison du reste du corps; ils sont droits, bien faits, d’une grande taille ; leurs cheveux, de couleur noire, sont frisés ou laineux; ils n’ont presque pot de barbe. Les femmes ont réellement la difformité connue sous le nom de tablier. Quelques-uns de ces traits les rapprochent plus de la race mongole que d'aucune ration africaine connue. La langue hottentote, malheureusement peu étudiée, nous a présenté quelques synonymies très-remarquables avec le petit nombre de mots mongok et kalmouks que nous avons eus sous les yeux. Déjà Barrow, qui de même que Grandpré, avait remarqué les veux chinois ou mongols des Hottentots, y a vu sur-le-champ une colonie de ja Chine ; mais cette in duction nous semble prématurée.

Les Hottentots sontravisés en plusieurs tribus. Les Damaras demeurent le plus au nord ; le 1r pays commence au delà des monts de Cuivre, et s'étend jusqu'à I contrée des Makosses. Les Grands Namaquas ont te

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AFRIQUE MÉRIDIONALE 217 monté les bords de l’Orange, en se dirigeant au nord-cst. On remcrque sur leur territoire le village de Pella, ainsi que les missions de Æomr.agas et de Steinkopf. Les Petits Numaquas demeurent au sud du même fleuve. Les A'abobiquas et les Geissiquas paraissent être des branches de Namaquas. Les Koranas où Kora-Hottentots occupent une contrée centrale trèsétendue et riche en pâturages. Moins sales que les autres tribus, ils montrent dans leurs constructions, dans leur habillement, quelque tendance à la civilisation. On trouve dans leur pays plusieurs villages fondés par des missionnaires, tels que Hardcastle, Konnah, Campbell, et même une ville de 3,006 habitants, appelée Griqua ou Klarwater,Un vaste karrou protége leur indépendance contre les Européens. Au sud-est, sur les limites orientales de la colonie, demeurent les Gonaquas ou Channaquas, tribu distinguée par des traits plus beaux ct un esprit plus étendu. Beaucoup d’autres tribus, nommées avec soin par les observateurs, ont disparu à mesure que la colonie envahissait leurs cantons. Les descendants de ces tribus éteintes, vivent parmi les colons dans une sorte de servage, quoiqu'ils ne puissent être vendus.

Couvert d’une peau de mouton, inordé de graisse mêlée d’une couleur noire ou rouge, armé d’une courte massue, le Hotteutot sauvage erre, en chantant et en dansant, au milieu des troupeaux qui forment toute sa richesse. Les mœurs primitives se sontmodifiées par la proximité des Européens. Ainsi, selon Kolbe, jadis tous les Hottentots privaiené leurs enfants d’un testicule ; mais aujourd’hui cet usage ne paraît subsister que parmi les Koranas et les Boschismans.

Cet auteur les accuse de manger les insectes dégoüûlants dont leur chevelure est peuplée; mais il paraît du moins certain qu’ils dévorent avec délices un insecte semblable, qui habite entre les crins des chevaux et entre les poils des bœufs. L'usage le plus bizarre, dont le prenier historien des Hottentots ait fait mention, c’est la cérémonie dans laquelle un magicien ou jongieur sanctitic l'union des nouveaux époux, en les aspergeant de son urine : les observateurs modernes en avouent là réalité ; c’est par la même opération que les hommes faits initient à kur compagnie l’adolescent parvenu à sa dix-huitième année. Le tempérament des Hottentots les éloigne de la polygamie; il: ont en horreur l'inceste et l’adultère. La veuve qui veut se remarier est obligée de se faire couper une phalange d’un doigt.

Vi. 28

218 CUAPITRE DIXIÈME.

Les Boschismans, qui, chez les Koranas, portent le nom indigène de Saabs, raraissent une branche très-anciennement séparée des Hottentots. 1ls occupent les vallées les plus inaccessibles des deux chaînes appelées Sneuwberg et Nieuweldt-Gebirge, ainsi que les contrées désoléeg qui s'étendent de là jusqu'au fleuve Orange. Les Saabs se trouvent incontestablement au dernier point de dégradation où l’espèce humaine puisse descendre : un regard farouche, incertain ct sinistre, des traits confus, mous et insidieux, un embarras visible dans toute leur manière d’être et d’agir, annoncent la dépravation de leur âme. Leur excessive maigreur fait singulièrement ressortir dans leur figure les caractères propres à la race hottentote. La couleur naturelle jaunâtre de leur peau n’est reconnaissable qu’au-dessous des yeux, où les larmes, provoquées par la fumée du feu autour duquel ils aiment à se blottir, enlèvent quelquefois l’enduit épais de suif et de cendres qui recouvre leur corps entier. Pourtant, comparés avec leurs femmes, les hommes peuvent, en quelque sorte, passer pour beaux : celles-ci font vraiment horreur. Des seins flasques, pendants et allongés, un dos creux, rentrant et décharné comme le reste du corps, en contraste avec des fesses gonflées et très-éminentes, où, de r:ême que chez les brebis d'Afrique, toute la graisse du corps paraît s'être concentrée » voilà une femme soschismane. Munis d’un arc, de flèches, d’un bonnet et d’un ceinturon, de sandales de cuir, d’une toison de mouton, d’une calebasse pour porter de l’eau, de deux ou trois nattes d’herbe, qui, étendues sur des bâtons, forment leurs tentes, ces êtres dégradés traînent l'existence la plus déplorable, en rôdant seuls ou par petites bandes dans ces déserts arides. Ils y vivent ordinairement de racines, de baies, d'œufs de fourmis, de larves, de sauterelles, de souris, de crapauds, de lézards et du rebut de la chasse des colons.

Tantôt mendiants, tantôt voleurs et brigands, toujours lâches et cruels, sans domicile fixe, sans gouvernement, sans forme sociale, et vivant au jour le jour, ils ont fait échouer, jusqu'à présent, toutes les tentatives pour adoucir leurs mœurs brutales ; aussi la hains des peuplades voisines s’appesantissait sur eux, longtemps avant l’arrivée des Européens. Ceux-ci, loin de leur donner régulièrement la chasse, comme on l’a gratuitement supposé, accueillent au contraire ceux d'entre les Saabs qui circulent près des confins de la colonie, et leur

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font volontiers des largesses en bestiaux, volailles, tabac, eau-de-vie en corail, pour les engager à la paix. Récemment encore, les colons septentrionaux s'étaient cotisés pour distribuer à une seule troupe de Saabs 30 pièces de gros bétail, et 4,600 brebis. En peu de temps il n’n restait plus trace, grâce au concours des hordes éloignées, qui accoururent pour partager le festin, et ne désemparèrent que 1* que tout fut mangé. Ce sont les tribus même des Hottentots les plus civilisés, et surtout les Cafres, qui leur font sans relâche une guerre à mort; la vue seule d'un Boschisman les met en fureur. Les Saabs sont le seul peuple de l’Afrique australe qui se serve de fieches empoisonnées; c’est avec celte arme qu'ils guettent les passants dans les karrous, en se cachant derrière des roches ferrugineuses, d'avec lesquelles on les distingue difficilement, Souvent, après avoir reçu l’espèce de tribut qu'on est forcé de leur payer, ils viennent la nuit aux habitations dont ils ont reconnu les anuroches, enlèvent le bétail, et se sauvent avec la plus grande rapidité dans ieurs montagnes inaccessibles. S'il leur arrive d’être atteints dans leur fuite, ils n’abandonnent leur butin qu'après avoir tué ou estropié tous les bestiaux dérobés; quelquefois même ils se contentent de massacrer tout ce qui se trouve daus le parc, chevaux, bœufs, moutons, chiens et berger, sans en tirer le moindre profit. On dirait que la vue du sang et l’odeur des cadavres leur procurent des émotions agréables.

Le langage des Hottentots se fait remarquer, d’après Lichtenstein, par une multitude de sons rapides, âpres, glapissants, poussés du fond de la poitrine avec de fortes aspirations, et modifiés dans la bouche par un claquement singulier de la langue. Les diphthongues eou, aao et ouou yprédominent, et la phrase se termine fréquemment par la finale ing, prononcée d’une voix chantante. Dans ce claquement de langue, il y a surtout trois nuances de force progressive. La construction particulière

| des organes de cette race facilite beaucoup la formation, d’ailleurs très-

difficile, de cessons. L’enveloppe osseuse du palais, chez eux, est en général plus étroite, plus courte, et à proportion moins cintrée dans la partie postérieure, que chez les peuples d'Europe et d'Asie. La langue de toutes les tribus hottentotes, y compris celle des Boschismans, esi une ; c’est un fait aujourd’hui prouvé par les singularités qu'elles ont de commun, et par la ressembiance d’une grande quantité de mots. Ces

pendant l’idiome des Boschi:mans présente des différences bien plus trunchantes qu’on n’en remarque entre les divers dialectes des Hotten. tots, et même assez fortes pour que les deux peuplades ne puissent communiquer que par signes.

Les Cafres occupent la côte qui s'étend à l’est de la colonie jusqu'à Ja baie de Lagoa. Le non sous lequel ils sont aujourd’hui connus, leur a été imposé par les Arabes musulmans de la côte orientale de l'Afrique; il veut dire infidèle (Kair); les Portugais ont emprunté aux Arabes cette dénomination primitivement injuricüse qui, depuis lors, a été universellement employée.

Les Cafres ont en général la stature haute, la tête belle, les formes ré. gulières, la taille svelte, les bras nerveux, tous les membres parfaitement développés, le port noble, la démarche ferme et assurée. La couleur de leur peau est un gris noirâtre ou de fer nouvellement forgé, qui ne dé. plaît qu’au premier abord; mais, pour renchérir sur la nature, ils se pei. gnent le visage et le corps, en se frottant d’une couleur rouge délayée dans l’eau , à laquelle les femmes ajoutent souvent le suc de quelque plante odoriférante. Afin de mieux fixer cet enduit, on le recouvre, lorsqu'il est séché, d’une couche de graisse qui Pattache intimement À la peau, et rend celle-ci plus souple. Le rouge, en général, est la coulenr favorite des Cafres. Leurs cheveux sont noirs, courts, laineux, rudes au toucher, et réunis en mèches éparses. Il est rare de voir un Cafre avec une barbe pleine ; ordinairement, le menton seul est semé de petits flocons; il en est de même des autres parties du corps. Ils sont tous cir-

concis, quoiqu'ils semblent n’attacher à cette opération aucune idée religieuse. Les femmes, beaucoup plus petites, atteignent rarement la hauteur d’une Européenne bien faite; mais, à la différence de la taille près, elles sont aussi bien dessinées que les hommes. Tous les membres d'une jeune Cafre ont ce contour arrondi et gracieux que nous admirons dans les antiques. Leur gorge élastique a les plus belles formes ; le contentement, la gaieté, se peignent sur leur physionomie. Les deux sexes ont la peau unie et parfaitement saine. Le phénomène découvert d’abord chez les Hottentotes existe de même chez les femmes Cafres; seulement le prolongement des nyrj hes y est beaucoup moindre. Du reste, grâce à leur manière de vivre simple et naturelle, on voit peu de Cafres contrefaits ou difformes, De nombreux troupeaux de vaches leur

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AFRIQUE MÉRIDIONALE, 24 fournissent, en abondance, le laitage, qui fait leur principale nourriture. Ils le mangent toujours caillé et le conservent dans des paniers de jonc d’un travail admirable. Leurs autres aliments sont la viande, le millet, le maïs ei les melons d'eau, L'eau est leur unique boisson; ce n'est que rarement qu'ils préparent une boisson cnivrante avec de la farine de millet fermentée. Tous aiment passionnément le tabac.

Les Cafres sont wès-actifs. Ils ont un goût particulier pour les longs voyages, qu'ils entrepreanent souvent sans autre motif que d'aller voir leurs amis, ou même un.quement pour occuper leurs loisirs. Après une course de 30 à 40 licues, achevée en aussi peu de temps qu'il est possible, ils ne donnent aucune marque de lassitude extraordinaire, et une légère récompense suffit pour les engager encore à danser.

Leurs habits sont faits de peaux de mouton, qu’ils préparent avec beaucoup d’art et qui descendent jusqu'au gras de la jambe. Des anneaux d'ivoire, qu’ils portent au bras gauche, sont leur principal luxe. Toutes hs femmes ont le dos, les bras et le milieu de là poitrine sillonnés de lignes parallèles. Ces incisions, dans leur opinion, servent à relever la beauté. Il règne beaucoup d’ordre dans les ménages. La pluralité d2s femmes est permise ; mais il n’y a que les geus aisés qui en prennent deux et rarement davantage. Lis femmes, en général, sont très-fécondes. L’habitation de chaque famille consiste en une cabane de forme circulaire et très-basse ; sa construction est l'ouvrage de la mère et de ses filles. Le bétail tient lieu de tout au Cafre; ilest, pour ainsi dire, l'unique objet de ses pensées et de ses affections. Quelquetois le beuglement particulier d’une vache à quelque chose de siflatteur pour son oreille, qu’il n'a pas de repos qu'il n’en ait fait l’acquisition, et que, pour l'avoir, 11 la paie beaucoup au-dessus de sa valeur. Aussi le chien le mieux dressé n'obéit pas plus pouctuellement à son maitre, que les bêtes à cornes w’obéissent, chez les Cafres, à la voix de leur conducteur. Un coup de siflet arrête soudain un nombreux troupeau de bœuis ; un autre coup de sifflet suffit pour les remettre eu mouvement.

La culture des terres fournit aux Cafres une partie de leur subsistance : Le: femmes sont chargées de cette besogne. A l'âge de 12 aus, les enfants des deux sexes reçoivent une sorte d'éducation aupres du chef de la horde. On les partage en baudes qui se relèvent à mosure que 16 service l'exige. Les garçons sont chargés (2 la garde des troupeaux, en

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