‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 4)Chapitre 51 sur 75 · AFRIQUE CENTRALE OU TAKROUR · texte numérisé non relu

AFRIQUE CENTRALE OU TAKROUR

Considérée dans son ensemble, la région que nous allons parcourir ! représente une immense plaine, arrosée par de grands fleuves et ceinte, du moins à l’ouest et au sud, par de hautes chaînes de montagnes, tandis qu'au nord elle est séparée, pour ainsi dire, du reste du monde par ls vaste désert de Sahara. Quant à sa limite du côté de l'est, elle n’est pas nettement déterminée, parce qu'elle n’est constituée par aucun grand

caractère physique. Cependant, avec presque tous les géographes, nous À

regarderons le Donga et le Kordofan comme formant sa frontière la plus naturelle; car ces deux derniers pays appartiennent au bassin du vrai | Nil ou Bahr-el-Abiad. Cette région, prise ainsi depuis la chaîne des mon: tagnes qui la sépare de la Sénégambie, à l’ouest, jusqu’à la frontière | orientale du Darfour, à l’est, n’a pas moins de 750 lieues de longueur; et sa largeur, du nord au sud peut être approximativement estimée à 250 en moyenne : ce qui donne pour surface le chiffre de 187,000 lieues carrées.

On désigne parfois cette partie centrale du continent africain sous le nom de Nigritie ou de Belad-es-Soudan, qui signifie Pays des Noirs. Maïs si l'on considère que la race Peule y domine, on voit que cette dénomination n’est nullement convenable. C’est donc avec raison que d’Avezat a proposé de lui substituer celle de Takrour, que lui donnent générale ment les peuples de l'Afrique centrale,

SECT. 4", — Description générale de l'Afrique centrale.

Une chaîne non interrompue de montagnes, célèbres chez les anciens sous le nom de Monts de la Lune, traverse toute l'Afrique de l'est à l’ouest, et forme , ainsi que nous venons de le dire, la limite di

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œul système avec celui des montagnes de la Lune. Les monts Kong, outre les ramifications qu'ils projettent dans la direction de l’Atlantique, envoient également quelques branches dans l’intérieur. La partie de la chaîne où le Sénégal, la Gambie et le Niger prennent naissance, n'est pas fort élevée, mais elle présente un aspect varié et très-pittoresque. Mungo-Park, en traversant la chaîne dans les pays de Konkodou et de satadou fut frappé par la beauté pittoresque de ses vallées et de ses préipices, ainsi que par la variété des formes qu’offraient les rochers, qui représentaient des châteaux ruinés, des flèches, des pyramides. Il admira surtout unie masse de granitqui figurait une abbaye gothique, avec des niches et un escalier en ruine, La même chaîne fut traversée par chpperton, dans le royaume de Yarriba; les plus hauts sommets avaient de 2 à 3,000 pieds; mais les passages qui conduisaient à travers «es montagnes étaient étroits et difliciles et étaient bordés d’éncrmes masses granitiques dont la hauteur allait de 6 à 700 pieds. Cependant ls plateaux qu'il y rencontra étaient couerts de belles récoltes d’ignames, de millet, de coton, et des villes considérables étaient bâties sur le sommet de la crête. Plus à l’est, là où le Niger s'ouvre un passage à travers la chaîne et roule son énorme masse &’eau sur un lit de rochers, les montagnes surplombent le fleuve. Plus à l’est encore, au sud de la vaste plaine du Haoussa, il existe, à ce qu’apprit Lander, une région fort élevée qu’habite une race sauvage. Mais c’est au sud du Bornou que paraissent se trouver les sommets les pius hauts de ce système de montagnes. De la plaine du Mandara aux environs de Mora, sa capitale, on aperçoit des pics élevés, dont cependañi la hauteur n'excède pas 2,:00 pieds; mais on prétend que ces moniagnes s'étendent fort loin dans la direction du sud, et que lecr hauteur va sans cesse croissant. Ce récit paraît confirmé par la vue de quelques pics éloignés qui s’aperçoivent dans cette direction : l’un d’eux qui était, dit-on, à la distance dc 16 lisues présentait un caractère tout à fait alpestre et ressemblait beaucoup aux aiguilles du Mont-Blanc, telles qu’on les voit de la mer de glace, Les indigènes leur donnaient eux-mêmes le nom classique

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242 CHAPITRE DOUZIÈME, Montagnes de la Lune. C'est à ce vaste système de montagnes que l'A. frique centrale doit les eaux qui l’arrosent et sa fécondité : sans lui elle serait nécessairement condamnée à la même stérilité que tant de vastes régions qui font partie du continent africain.

Parmi les fleuves auxquels ces montagnes donnent naissance, le M. ger est le plus important sous tous les rapports. Ce fleuve mystérieux, qui a donné lieu à tant d’hypothèses et de discussions scientifiques, à

enfin été complétement explore, Appelé à sa source Tembie, Bà, Djoliba, 4 ve entre le Soulimana et le !

etc., il descend du mont Loma, qui sé:

Sangara, traverse, sous le nom de Djolia, le Sangara, le Kankan, le Ouassoulo et le Bambarra. Dans le E«2kan, il forme déjà, suivant Cail. lié, un fleuve rapide et considérable, et à Ségou, dans le Bambarra, il est aussi large que la Tamise à Westminster. Au delà du Bambar. ra, il traverse le lac Dibbie, et arrose le territoire de Tombouctou. Jusqu‘à Tombouctou, !e fleuve court dans la direction nord et nord-est; mais au delà de cette ville, il se dirige au sud-est et au sud, sous le nom

de Couarra ou Quorra. À partir de Yaouri, le Niger décrit plusieurs di- f

nuosités ; toutefois, sa direction générale est toujours au sud jusqu'à

Kirri, à 75 lieues de la mer où il se divise en plusieurs branches qui, | courant au sud-est, vor: former le vaste Delta dont nous avons déjà |

parlé eñ décrivant la côte occidentale de l'Afrique. Le cours du fleuve, en tenant compte de toutes ses sinuosilés, ne saurait être évalué à moins de 4,200 lieues. Le Niger, soit par l’étendue de son cours, soit par le volume de ses eaux, peut donc rivaliser avec les fleuves les plus magnifiques de l’ancien continent ; cependant il est bien inférieur aux prodigieuses masses d’eau du Nouveau-Monde, telles que le Missouri et le Maragnon.

Le Niger est grossi dans sa longne course par plusieurs affluents considérables. A peu de distance de l’endroit où il se bifurque, il reçoit le Tschadda qui après avoir traversé de vastes et fertiles régions, où il estle siége d’une navigation fort active, lui verse un volume d’eau presque égal au sien. A quelques lieues au-dessus, un autre affluent moins important, la Coudounia, s’unit au Niger après avoir, suivant Lander, arrosé un pays fertile et bien cultivé. Beaucoup plus haut, le fleuve reçoit

la Coubbie, large rivière qui baigne la ville et le pays du même nom; |

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AFRIQUE CENTRALE. 213 finie et de Sackatou. La rivière qui sc jette dans le Niger près de Tombouctou n’est pas très-importante : tous les affluents que nous venons denommer, débouchent sur la rive gauche du fleuve. A la frontière œcidentale du Bambarra, Mungo-Park cite deux nouveaux affluenis considérables qui viennent du sud, et qui portent les noms de Maniana et de Nimma. Les autres cours d’eau qui vont grossir le Niger, dans la partie supérieure de son cours, sont fort nombreux, mais iis sont en général de médiocre importance.

Les rivières qui arrosent la partie occidentale de l'Afrique centrale, & déchargent dons l’espèce de mer intérieure qui porte le nom de Loc Tchad. La principale est le Schary, qui vient du sud-est; mais la

= nutie supérieure de son cours n’est pas connue. À son embouchure,

œetic rivière a environ 900 mètres de large, selon Denham. Le Yeou naît dans les collines de Dull, au sud de Haoussa, coule d’abord au aord, puis à travers le Bornou, et se jette dans le lac Tchad par son bord occidental. Même à son embouchure, le Yéou n'a que 150 pieds environ, dans la saison sèche. Il est très-poissonneux, mais il ne rend pas de très-grands services au commerce.

Le lac Tchad a environ 90 lieues de longueur sur 65 de largeur, il serait de forme ovale assez régulière sans une espèce de golfe qu’il présente au sud. Ce lac est assurément l’un des plus grands amas d’eau douce qu’il y ait au monde; mais, pendant la période des pluies, ses dimensions sont encore plus considérables, car alors il inonde ses rives à une grande distance. ‘.e pays ainsi inondé, se couvre, lorsque les eaux se retirent, d'herbes et de broussailles impénétrables, qui deviennent l'asile d’une foule de bêtes féroces. Ce lac renferme plusieurs grandes Îles qui sont occupées par des tribus particulières. Le 126 Dibbie ou lac Sombre formé par le Niger entre Djenny et Tombouctou, es! heaucoup moins étendu. Caillié, qui l’a traversé, rapporte qu'il ne perdit ja terre de vue que d’un seul côté. Parmi les autres lacs qu’on rencontre dans cctte vaste région, il en est plusieurs de très pittoresques ; mais aucun d'eux ne mérite une mention spéciale.

Les richesses minérales, botaniques et zoologiques de l'Afrique centrale sont fort peu connues. Lorsqu'il y aura licu, nous parlerons des productions diverses de celte région, à mesure que nous décrirons les diflérents territoires entre lesquels clle est partagée.

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L'histoire de l’intérieur «a continent africain est restée tout à fait ignorée de l'Europe jusqu'au xu° siècle, c'est-à-dire jusqu à l'époque où les géographes Arabes déerivirent les «'ablissements que leurs com. patriotes avaient fondés au sud du granit désert. Les migrations des Arabes dans l'Afrique centrale paraissent avoir été nombreuses, Ce mouvement semble avoir d’abord été déterminé par la lutte qui eut liey entre la dynastie des Abassides et celle des Ominiades ; une foule d'individus du parti vaineu allèrent chercher un refuge presque au fou des déserts de l'Afrique. Comme ils se trouvaient bien supérieurs aux indigènes dans Part militaire , les Arabes défirent sans beaucoup de peine les armées indisciplinées de ces derniers, et fondèrent de puissants Etats sur les bords d'un fleuve auxquels ils connèreut le nom de \il des Nègres; mais ce fleuve n’était pas le véritable Niger, c'était sans doute le Zirmie où Quarrama, tributaire du grand fleuve. Les priner. paux royaumes fondés par fes Arabes étaient ceux de Ghana (Kana) ei de Tokrour (Sackatou), tandis qu’à l’est s'étendait le puissant Etat nègre de Koukou (Bornou). La cour du ri de Ghana déployait une splenüceur telle, qu’elle étonnait même les herimes qui avaient vu les magnificences de Bagdad et du Caire. A la &our de Bornou, suivant Léon PAfricain, la vaisselle, les étriers, les éperons et même les chaînes des chien: de chasse étaient d’or pur.

Mais diverses révolutions, sans doute causées par Pambition des chef: les plus puissants qui prétendaient étendre leur domination sur les Etats voisins, agitérent l'Afrique centrale. Léon lPAfricain, qui visita Tombouctou, ai: xiv° siècle, rapporte que cette ville était au pouvoir d'Hchia, puissant chef du Maroc, qui dominait également sur Ghana et d'autres royaumes au delà du désert. Vers la fin du xviur° siècle, le royaume de Kaschenab avait réussi à établir sa domination sur les Etats musulmans de cette région. Au commencement du siècle actuel, Danfodio, chef des Fellatahs de Sickatou, non-sculement se rendit indépendant, mais encore se rendit maîire du Haoussa tout entier, puis fit la conquête du Bornou, et enfin étendit son empire jusqu'au Niger à l’ouest. Toutefois empire fellatah était trop vaste rour subsister longtemps et il ne tarda pas à se démembrer. Un natif de Kano, leva l’étendard de l'indépendance, chassa les Fellatahs de Bornou, et sous le titre de Scheikho-l-Kanemy, S’empara du pouvoir réel, en conservant au sul-

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