EUROPE : POLOGNE
SECT. 4r°. — Description physique générale de la Poiogne. — Tableau politique et moral.
Le nom de Pologne (Polska) signifie une plaine. Cette nation, comme tant d'autres, a pris dans la nature du pays qu’elle habitait le motif de la dénomination particulière par laquelle elle se distingue des autres branches de la grande race slavonne. En effet, la plus grande partie de la ci-devant Pologne s’étend comme une plaine inimense des bords de la Bale tique aux rivages du Pont-Euxin, ou du moins jusqu’aux petites chaines de collines qui, au sud de la Volhynie, traversent le bassin du Dnieper, et qui, au sud de Lemberg, s'unissent aux premières terrasses des Karpathes. Ces terrasses, quoique bien abaissées, se reproduisent encore vers Zamosc dans la région entre le Boug et le San, et vers Kielce et Konskie dans la région entre la Vistule et la Pilica. Au nord de cette limite, on ne trouve dans toute cette vaste contrée que des collines. La Lithuanie, la Courlande, la Russie-Blanche et Noire, la Podlésie et la Podlaquie, presque toute la Grande-Pologne, la Pomérellie et même toute la Prusse sont couvertes d’un sable profond qui occupe les plaines et les hauteurs voisines des eaux courantes. Ce sable est blanchâtre dans l'intérieur, noir et rougeûtre sur les bords de la mer. Mais cette bande
[ sablonneuse est comme parsemée de petits plateaux de terre glaiseuse
ou marécageuse. La même nature de terrain, la même succession de plaines, de collines, de tourbières et de lacs sans nombre, la même varation du sable à l'argile et à la glaise, règnent aussi en Poméranie, en Brandebourg, en basse Saxe, et dans une partie du Dancmarck. Ces plaines sarmatiques et germano-cimbriques sembient posées sur un fondement de granit qui, par intervalles, élève ses pointes vers la surface, et dont les débris isolés se montrent partout. Les îles flottantes sont ici un phénomène assez commun; les Polonais les appellent pliques de lacs, et ce sont en effet des tissus de racines et d’herbes, semblables àla plique des cheveux.
Ces grandes plaines aquatiques, à l’est et au sud de la mer Baltique,
h alteignent et dépassent la ligne des points qui marquent le partage des | eaux entre les diverses mers. Ce partage n’offre, dans sa plus graude | étendue, que des marais e‘ des étangs. Tel esi l’état de la Podlésie et
d’une grande partie de la Russic-Noire ou Blanche, ou des voivodats de Novogrod”ck, de Minsk et de Polock. Les grands fleuves de la Pologne, quoiqu'ils s’écoulent vers deux mers diverses, communiquer dans les grandes pluies par quelques-unes de leurs rivières tributaires, et confondent ensemble leurs eaux. Aussi quelques coups de pelle sut. fisent pour former des canaux entre toutes les petites rivières, depuis Wlodäwa en Pologne jusqu’au delà de Sloutzk en Russie. Mais comme il manque des terres un peu fermes pour arrêter les sables, ces communications disparaissent presque aussitôt qu’elles sont formées. C’est surtout le Priepetz, affluent du Dnieper, qui communique avec le Bug et le Niemen, en printemps et en automne, par les inondations qui font alors un lac de toute la Podlésie.
Les inégalités du sol, qui séparent les terrains crayeux de la Wolhynie des riches plaines de la Podolie, deviennent vers Lemberg une chaîne de montagnes, ou plutôt un plateau très-élevé. Le Boy preud sa source au midi de ce plateau; le Dniester prend naissance sur le plateau même au picd des Karpathes. Ces rivières, qui l’une et l’autre s'écoulent vers le Pont-Euxin, sont profondément encaissées et bordées de rochers calcaires tendres qui recèlent du gypse et servent de support à une couche épaisse de terre noire et grasse. Sur les revers septentrioraux de cette même crête, naît le Bouy, qu'ilne faut pas confondre avec le Boug. Il roule des eaux noirâtres, et perd son nom en se mênt avec la Narew, qui vient des plaines de la Lithuanie, La Vistule, des céndue des montagnes de la Silésie, entraîne le Boug, le San, la Pilier, et la plupart des autres rivières de la grande ct dela petite Pologne. La Wartha, roulant, comme la Vistule, dans un lit large et mal encaissé, ravage souvent les champs voisins, et, apres avoir pris l'aspect d'un grand fleuve, finit cependant par porter à l’Oder le tribut de ses euux,
Les fleuves polonais, dans leurs débordements, déposent quelquefois un limon fertile qui engraisse les prairies inondées. Le Niémen, qui hnite le royaume de Pologne, est le seul, parmi les fleuves polonais, qui roule paisiblement dans son lit cylindrique ; ses eaux, tranquilles, ne minent point leurs bords et n’entraînent point les forêts déraciuées.
Pour se former une idée du climat de la Pologne proprement dite, il faut se rappeler que cette contrée est placée entre deux régions d'un froid considérable ; à l’est et au nord, le plateau central de la Russie; au sud,
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EUROPE : POLOGNE. 195 les monts Karpathes, où, à cause de l'élévation du sol, il règne un hiver fort long. L'influence de ce dernier climat de montagnes se fait sentir dans les contrées qui en sont les plus rapprochées; ainsi, l’on a eu à Lemberg ct à Cracovie des froids de 20 et de 22 degrés. En 1654, une gelée subite brüla tous les blés aux environs de Cracovie, le jour même de la Pentecôte. La grèle ravage fréquemment les contrées situées au pied des Karpathes.
Simaintenant nous considérons le reste de la Pologne en masse, c’est le veut d’est qui y apporte les plus fortes gelées s il souffle de dessus le plateau de la Russie et les monts Ourals. Le vent du nord est moins froid et plus humide. A Varsovie du moins, les vents occidentaux apportent un air pluvieux, épais et malsain; ils y soufflent les trois quarts de l’année. Les vents du midi, passant par-dessus les Karpathes, ne peuvent que joindre du froid au froid. L'hiver polonais est donc effectivement aussi rigoureux que celui de la Suède centrale, malgré une différence de 10 degrés de latitude. La comparaison des observations thermométriques met ce fait hors de doute.
Au surplus, le climat de la Pologne est très-capricieux. On a vu, en l'an 974, selon Dlugossi, toutes les rivières rester prises depuis la fin d'octobre jusqu'à l’équinoxe du printemps. On vit une autre fois la Baltique gelée, de sorte qu’on allait de Dantzick à Lubeck sur la glace. Quelquefois les mois d'hiver présentent le phénomène d’une seconde végélation, provoquée par la douceur de la température. En 1568, on vit à Dantzick tous les rosiers fleurir de nouveau vers la fin d'octobre ; la mème chose eut lieu en 1588, au mois de décembre; en 1659, la douceur de l'hiver fit sortir les abeilles par essaims, L'historien de la Lithuanie donne des détails curieux sur les hivers de 1414 ct de 1492; on vit, sous le 55° de latitude, les champs se couvrir de fleurs au mois de janvier; les blés levaient et formaient des épis; les oiseaux faisaient retentir partout leur gazouillement et construisaient des nids. Le mois de mars amena tout à coup les froids les plus rigoureux. En une «eule nuit, toutes les richesses de cet été précoce furent anéanties.
L'air de 1a Pologne réunit en général l'humidité et le froid à un assez fort mélange d’exhalaisons impures qui s’élèvent du fond des sombres forêts et de la surface des vastes marais. Aussi, quoique les indigènes le trouvent sain, il a toujours eu une influence très-funeste sur les
étrangers. L’insslubrité naturelle d’un air humide et froid est beaucoup diminuée par la violence des vents qui parcourent sans obstacles ces plaines immenses Les pluies tombent tantôt avec une ahondance, tan. tôt avec une violence extrême.
Le territoire de la Pologne est peu remarquable sous le point de vue minéralogique. Le sel gemme seul abonde dans la partie méridionale : une immense couche de sel, capable de fournir le monde entier, s'étend le long des monts Karpathes. Quant aux métaux proprement dits, ils ne se trouvent qu’en quelques lieux et en médiocre quantité. Dans le xviie siècle, on exploitait avec succès, près d'Olkuss, dans le voyvodat de Cracovie, une mine de plomb argentifère qui a donné jusqu'à 42,250 marcs d'argent et 13,580 quintaux de plomb; mais aujourd’hui celte exploitation est abandonnée. A Ligots, on exploite une mine de calamine. Aux environs de Czarnowa ou trouve du plomb blanc spathique combiné avec du sable; ce minerai donne 54 pour 100 de plomb, A Drzevica, on tirait jadis jusqu’à 70 quintaux de fer brut par semaine d'un minerai qui se rencontre dans du grès sablonneux. A Suchedniow, à Jedrow, à Samsonow, il existe des hauts fourneaux ct des forges. Le fer de Brin, près Wochoc, serait excellent, si, par suite d’une mauvaise préparation, on n’y laissait une portion de cuivre. A Chencyn, un filon perpendiculaire de pyrite de cuivre, traverse une colline comrosée de marbre. De ce filon on a tiré de la lazulithe, et le polatin Bidzinsky offrit même au pape Innocent IX une table de cette matière
précieuse. Il y a de beaux marbres en plusieurs endroits; et un trouve d'excellentes pierres meulières à Mniow.
Le royaume actuel de Pologne ne participe pas sans restriction à l'immense fertilité de l'Ukraine, et peut-être n’atteint-il pas celle de la Lithuanie. Le Polonais voit néanmoins toutes sortes de blés et de grains prospérer dans ses plaines sablonneuses entremélées d’un terreau léger. Le sol devient plus fertile lorsqu’on remonte la Vistule vers Sandomir et Cracovie; mais les moyens d'exportation sont aussi plus dispendieux. Les terres des particuliers, trop vastes pour être cultivées avec soin, sont souvent dépourvues du nombre nécessaire de cultivateurs; car le paysan, libre de sa personne, trouve plus d'avantages à se fixer sur les terres de la couronne, où plus d’un tiers de la popula-
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EURCPE : POLOGNE.
tion de la Masovie. Parmi les autres provinces, il y en a pou qui en manquent. Les pins de toutes les variétés occupent les plaines sablonneuses ; le sapin ot le hêtre aiment les montagnes; le chêne vient partout où il trouve un sol fort. Les mélèses, les tilleuls, l’orme et le frène, mélant ensemble leur ombre hospitalière, donnent à plusieurs forèts un aspect agréablement varié.
Les abeilles fourmillent tellement que, dans plusieurs forêts, none seulement les troncs des vieux arbres en sont remplis, mais le sol même est couvert de leurs ruches, s’il faut en croire les anciens auteurs polonais.
La Pologne ne manque pas de poissons; toutes les rivières et les lacs en sont peuplés ; mais dans la haute Pologne on a, comme dans la Gallicie, creusé de très-grands étangs ou viviers. Dans les lacs on pêche des brochets, des perches, des turbots, des brêmes, des tanches, des anguilles; dans les viviers, on élève surtout des carpes; les rivières fournissent des truites, des barbeaux, des lamproies, des saumons, des esturgeons et beaucoup d’autres espèces.
Les oiseaux les plus communs sont l'aigle, le faucon, le cygne, la grue, la perdrix, la caille, l’étourneau; les grives sont plus rares. On voit arriver et disparaître avec la neige un petit oiseau, nommé sniégula | en polonais ou poule de neige; on le recherche beaucoup comme un mets délicieux.
Parmi les quadrupèdes, la Pologne peut encore vanter ses bœufs, | quoique inférieurs à ceux de la Podolie et de l'Ukraine. Les chevaux à polonais sont bien faits, de moyenne taille, vigoureux, sûrs de pied L etlégers à la course. Les brebis nombreuses ne portent qu’une laine grossière. Les animaux sauvages trouvent encore un vaste asile dans | les forêts de la Pologne, et surtout de la Lithuanie. Les cerfs et les
daims sont devenus rares; les sangliers sont encore communs, ainsi | que les renards, les écureuils, les lièvres, les lapins et les castors, qui h construisent leurs cases isolément. L'animal le plus destructeur de la Pologne, c'est le loup, et après lui, le glouton.
Quelques Polonais, mais surtout des Lithuaniens, font métier de | donner à l’ours une sorte d'éducation ; ils le mènent prisonnier de ville | en ville, et, à force de mauvais traitements, obligent cet animal, moins | stupide et moins féroce qu’on ne le pense communément, à faire des
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sauts et des simagrées propres à amuser la populace. On assure que l'ours, pris très-ieune, et élevé en domasticité, se montre très-docile, et qu'on lui apprend même à servir à table, ou du moins à apporter les objets qu'on lui désigne, comme le font nos caniches; mais avec l’âge son bumeur sauvage se développe, et l’on ne garde pas longtemps cette singulière sorte de page.
En général, les véritables Polonais sont grands, forts, et ont beaucoup d'embonpoint : leur physionomie est ouverte et douce; leur taille est bien proportionnée ; ils ont seulement le cou plus gros que ne l'ont ordinairement les autres nations européennes. Les cheveux blonds ou châtains ne sont pas très-rares, et prouvent, ainsi que la langue, le friquent mélange des races gothique et esclavonne. Les hommes de tous les états portent des moustaches, et se rasent la têle, de manière qu'il ne reste qu’une touffe de cheveux sur le sommet, ce qui leur donne, aux yeux des autres Européens, un air étranger et presque asialique, La beauté des femmes les a rendues célèbres dans le Nord; clles sus passent du moins celles de Russie, pour la noblesse des formes, et celles d'Allemagne, pour le teint. Elles ont la taille svelte, le pied petit et joli, et de beaux cheveux ; elles ont des manières plus agréables et plus animées que les dames de Russie.
Outre la force et la vigueur naturelles aux Polonais, l'éducation et la manière de vivre du peuple ont dû encore nécessairement les endurcir : cependant cette nation est proporlionnellement exposée à bien plus de maladies que ses voisins. Elles sont occasionnées, soil par la qualité de l'air, que de vastes et nombreux marais rendent malsain; soit par la disette d'eau bonne à boire, ou la manière de vivre malpropre de h plus grande partie des habitants. C'est à la malpropreté et à un régime vicieux, qu'il faut attribuer cette dégoûtante maladie du cuir chevet connue sous le nom de plique et qui est particulière à la Pologne.
Sœur de la russe, de la bohème et de la wende, ainsi que des idiomne: slavons de l'Illyrie, la langue polonaise se rattache plus intimement à la bohème dont elle conserve les consonnes accumulées et les son: siflants; mais, en dépit de et extérieur effrayant pour les yeux de tout étranger. elle s'adoucit teliement par la prononciation dans la bouche de la bonne société, qu’une conversation polonaise, surtout entre dis dames, ressemble au gazouillement des oiseaux. Une quaulilé incaleu
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