‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 12 sur 31 · L. Des agates ro · texte numérisé non relu

L. Des agates ro

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fidélité. Le palais de l’empereur consiste en un grand nombre de logements, et occupe un espace immense. Le salon des cent nattes a 600 pieds de long sur 300 de large. Le palais a une tour carrée, marque de prééminence qui, dans cette ville, est interdite aux autres grands. quoique chacun d’eux jouisse de la même prérogative dans ses propres domaines. Les toits sont ornés de dragons dorés. Les : ‘onnes et les plafonds éclatent de cèdre, de camphrier et d’autres sois précieux. Mais tout l’ameublement consiste en nattes blanches, garnies de franges d'or. Les maisons des particuliers sont de bois, mais peintes en blanc, de manière qu’elles semblent être de pierre ; l'étage supérieur sert de garde-meuble et de grenier; le rez-de-chaussée n’est composé que d'une grande pièce, qu'on peut diviser à volonté en divers appartements, par des cloisons à coulisses. On n’y fait usage ni de siéges ni de tables ; on s’assied sur des nattes: même l’empereur, pour donner gcs audiences, ne s’assied que sur un tapis. Cette ville est sujette à de terribles incendies; l’un d’eux, en 1703, dévora 100,000 maisons. Les auteurs japonais attribuent à Yedo 280,000 maisons. En comptant six personnes seulement par maison, on trouve que la population s'élève à près de 4,700,000 habitants.

Miyako, ou, comme disent la plupart des géographes européens, Miaco, est la seconde ville de l'empire. Elle est située dans les terres, à environ 54 lieues au sud-ouest d’Yedo, dans une plaine unic. Miyako est la capitale spirituelle, la Rome du Japon; car c’est dans cette ville que réside le Daïri où grand pontife. Elle est en même temps le principal siége de l'industrie et de la science japonaise. C’est là que se fabriquent les plus magnifiques étoffes de soie brochées d’or et d'argent, les vernis les plus précieux, les plus beaux papiers peints, la meilleure porcelaine; c’est là que l’on travaille le mieux l’or, l'argent et le cuivre; c'est là que se frappe la monnaie impériale. Enfin c’est à Miyako que se publient et s’impriment tous les grands ouvrages japonais. Miyako possède un grand nombre d’édifices publics, parmi lesquels on cite le palais du Daïri et celui du Séogoun, et plusieurs temples magnifiques. Le palais du pape japonais est inaccessible aux étrangers : il est, ainsi que celui du Séogoun, surtout remarquable par sa vaste étendue. Suivant Kæmpfer, on compte à Miyako et dans ses environs 3,893 ternples, des-

servis par 37,093 prètres ou souikkou. Quelques-uns sont richement ul, 51

dorés ct placés dans les situations les plus pittoresques. Mais la plupart consistent en simples huttes de bois, à l’intérieur desquelles on no trouve qu’un miroir et quelques morceaux de papier blanc. Le temple de Fokñsi, quoique construit en bois de cèdre, surpasse en richesse tous les édifices du Japon. Il contient une statue colossale de Daïbout, c'est. à-dire du Grand-Bouddha. Le Dieu est assis à la manière indienne sur uno fleur de lotus. Cette statue était primitivement en bronze doré ; mais elle fut renverséc par le tremblement de terre de 4662, et on la rem. plaça par une statue en bois doré. Ce colosse a 24 mètres de hauteur dont 21 pour la statue et 3 pour la fleur de lotus. Le temple cest pavé en marbre et orné de 96 colonnes en bois de cèdre. On voit suspendue dans un édifice voisin la plus énorme cloche qui existe au monde : elle a 5 mètres 60 centimètres de hauteur et pèse près d’un million de kilogrammes. Le temple de Kwannon rivalise de magnificence avec cclui de Fôkôsi : il est remarquable par la multitude des statues de toutes grandeurs qu’il contient. A en croire les Japonais, leur nombre s’éloverait à 333,333 ! La population de Miyako doit dépasser 500,000 Amr:, car, à la fin du xvir siècle, elle s'élevait déjà à 477,000 ümnes, non comme pris 52,000 prêtres composant la cour du Dairi.

Après ces deux capitales, nous ne cilerons plus, dans l’île de Niphon, que les villes de Nara et d’Osakka. La premicre est siluée à une dizaine de lieues au nord-est de Miyako. Elle a été jadis la résidence des cmpereurs. Aujourd’hui elle est l’objet de la pius grande vénération de la part des Japonais et très-florissante par le nombre de ses temples, qui yattirent une foule de dévots sectateurs de la religion de Bouduhu, Tous les deux ans, il part de cette ville une nombreuse troupe de pèlcrins qui vont, sous la conduite de certains bonzes, visiter le fameux temple de Siaka pour y expier leurs péchés. Après une course longuo ct pénible, pendant laquelle les pèlerins sont soumis par leurs bonzes à toutes sortes d’austérités, on arrive sur un rocher élancé au milieu des nuages. Au sommet de ce rocher les bonzes ont établi une maclune qui soutient une large balance. Là, sur un plateau suspendu au-dessus de l’abime, se placent tour à tour les peélcrins, tandis que do l’autro côté on pose un poids équivalent pour les tenir en équilibre, Dans cette position, il faut que chacun d’eux fasse une confession enlière, et si les bouzes soupconnent la moindre réticence, ils sceuucnt

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le fléau, ct le malheureux fanatique roule précipité dans l’abtme, Osakka, à quelques lieues au sud de Miyako, est la ville maritime la plus importante du Japon, après Yedo. Les canaux dont elle est coupée, et que l’on passe sur des ponts de cèdre, rappellent Venise. Elle egs peuplée de riches négociants, de courtisanes, d’indolents voluptueux, Tous les seigneurs de l'empire veulent avoir un pied-à-terre à Osakka, surnommée en japonais le thédtre du plaisir ; mais il ne leur est pas permis d’y passer plus d’une nuit. La population de cette Sybaris japonaise paraît être d’à peu près 200,000 âmes. Nous avons déjà nommé le jardin botanique d’Osakka. Nous devons encore mentionner sa citadelle, l’une des forteresses les plus remarquables de l'empire, Nous ne connaissons aucune des villes de l'île Sikokf, cette Île n’ayant été parcourue par aucun voyageur européen. La ville la plus célèbre et l'une des plus florissantes de l’île de Kiou-siou est Nengasaki où Nagasaki, Son port est le seul dans lequel il soit permis aux vaisseaux étrangers de jeter l'ancre, privilége aujourd’hui réservé exclusivement aux Hollandais et aux Chinois. Les approches de la ville du côté de la mer offrent des points de vue tels qu'on cn chercherait en vain dans nos jardins pittoresques les plus fameux. Le petit îlot de Dezima, qui n'est séparé de Nangasaki que par un étroit canal, est le siége de la factorerie hollandaise; c’est un rocher de 600 pieds de longueur sur 120 de largeur. Les Hollandais y ont construit de vastes magasins à l'épreuve du feu, Le gouvernement japonais prend des précautions inouïes pour empêcher toute contrebande commerciale ou politique. Néanmoins on prétend que toutes ces précautions sont souvent déjouées, et que le commerce de contrebande s’y fait sur une assez grande échelle. Dezima est pour les Hollandais une véritable prison. A la nuit, les Japonais ferment les portes et laissent l’ilot sous la garde d’un poste de soldats, Nous citerons encore, dans l’île de Kiou-siou, Sanga, célèbre par ses belles femmes et ses fabriques de porcelaine presque transparente ; et Kangosima, où les Portugais débarquèrent lors de la découverte du pays. L'île d’Yeso diffère considérablement sous le rapport du climat, de la végétation et de la zoologie, des autres grandes îles du Japon. Elle pré sente de tous côtés des montagnes élevées couvertes d’une belle verdure: les sapins, les saules, et d’autres arbres du nord y abondent; les lussilages et les Lys sarannes yprospérent, il ya beaucoup de plantes sar

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menteuses; les roseaux y prennent des dimensions énormes: toute cette végétation indique uh climat froid et humide, Parmi les cultures essayées par les Japonais, le millet, les pois et les fèves oat réussi. Leg animaux de l’île sont les aigles, trois sortes de faucons, des ours et des cerfs. Les loutres, les chiens marins, les phoques, sontindiqués sous beaucoup de noms divers. Les baleines chassent dans les baies et dans les embouchures des rivières d'immenses essaims de nising, espèce de sardine ; le saumon fourmille au point de pouvoir être pris avec la main. La sangsue de mer est recherchée et vendue dans le reste du Japon. La lenulle marine et probablement beaucoup d’autres lucus scrvent de nourriture.

Les Japonais n'occupent que la péninsule sud-ouest «2 l'ile d’Yeso, où se trouve Matsmaï, Le reste de l’île est habité par une race particulière appelée Æïnos, dont nous parlerons plus loin. 11 se divise encore en deux parties ; l’une, qui comprend les côtes méridionales et oricutales, est vassale des Japonais; l'autre, qui embrasse l’intérieur aiusi que les côtes nord et ouest, est entièrement indépendante.

Matsmaï, ou la ville du Détroit, est bâtie vers l'extrémité méridionale de l’île, sur une vaste baie. C’est une ville grande, bien bâtie et florissante par son commerce. Son port est fréquenté par un grand nombre de navires. Golowine dit qu’elle possède un thédtre japonais et lui accorde une population de 50,000 âmes. Atkis et Endermo sont deux villages habités par les Aïnos, dans la partie de l’île vassale du Japon,

Il serait trop long de décrire ou même d'énumérer la multitude de petitesiles qui dépendent politiquement ou géographiquement de l’em- Pire japonais. Nous nous bornerons à en citer quelques-unes. En longeant la côte occidentale d’Yeso, on rencontre les îles d’Oo-sima, de Koo-sima et qui renferment chacune in volcan en activité. Celui de Koo-sima est, selon le docteur Tilesiis, le vol-in le plus petit du globe,

son cône en effet n’ayant pas plus uv 0 meues de hauteur. L'ile de

Riosiri renferme également un volcan qui a reçu de La Pérouse le

nam de Pic de Langle. L'ile de Sado, la plus considérable de toutes les

îles secondaires du Japon, est située à quelques lieues à l’ouest de

Niphor. Elle a une vingtaine de lieues du nord au sud sur douze de

l’ouest à l’est. Les îles de Férandoet d’Amakousa, près de la côte sud: vuest de celle de Kiou-siou, eurent, à l’époque de la découverte du

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Japon par les Portugais, quelque célébrité, comme ayant été les pre micrs asiles de la religion chrétienne. L'ile de Tsou-sima, entre: Kiousiou et la Corée, forme une principauté qui a été tributaire des Coréens avant de l’être des Japonais, Au midi, l’île de Likeo, qu'il faut distinguer des fles Lieou-Khicou, n’est séparée de Kiou-siou que par un canal étroit ; elle est gouvernée par un daïri ou pontife indigène, vassal du prince de Satsouma ; les habitants récoltent du riz deux fois dans l'année ; ils cultivent leurs champs aux sons de la guitare et au bruit os chants joyeux. Le détroit de Van-Diémen les sépare de l’île de Tanega-sima et d’une chaîne de moindres îles qui s'étend dans la direc= tion de l’archipel de Licou-Khicou. Au sud-est, la domination japonaise embrasse un petit archipel dans lequel on distingue un volcan encore brûlant, et plusieurs foyers étcints de feu souterrain. L'ile la plus considérable se nomme Fatsisio, Élevée de 480 pieds et escarpée de toutes parts, elle n’est accessible qu’au moyen d’échelles de corde attachées au haut des rochers. C'est ici que les courtisans disgraciés et exilés s'occupent à tisser des étoffes de soie si précieuses par leur beauté que l'empereur s’en réserve l'usage.

Les Japonais sont bien faits, libres et aisés dans leurs mouvements, d’une structure robuste, et d’une taille moyenne. Leur teint jaunûtre tire quelquefois sur le brun, et d’autres fois il se perd dans un blanc pâle. Les femmes de distinction, en s’exposant rarement à l'air sans être voilées, conservent le teint aussi blanc que nos Européennes. C’est l'œil qui caractérise le Japonais ; il s'éloigne plus de la forme ronde que chez aucun autre peuple ; oblong, petit, enfoncé dans la tête, il paraît constamment clignoter. Leurs paupières forment un sillon plus profond, et leurs sourcils sont placés un peu plus haut qu’on ne le voit ordinairement chez les autres nations. Ils ont assez généralement la tête large &tle cou court, le nez gros et comme tronqué, les cheveux noirs, épais et brillan's, ce qui pourrait n'être dû qu’à l’huile dont ils les oignent,

A ces traits physiques on croit reconnaître le mélange d’une race chinoise avec une tribu mongole ou mandchoue. En effet, l’histoire japonaise, après avoir étalé une suite de dieux et de demi-dieux, finit par avouer que les Japonais doivent à une colonie chinoise les premiers progrès de leut @vilisation, Leurs annales remontent à un monarque

chinois nommé Sin-Mousa. Ts le représentent avec unc têle de taureau, parce qu’il enseigna l’agriculture ct la manière de former des troupeaux,

. Mais la langue japonaise, monument plus authentique, ne fournit au-

cune preuve en faveur d’une origine étrangère de ces insulaires. Elle ne renferme que peu de mots chinois, elle n'a aucun rapport ni avec le mandchou, ni avec l’ieso ou kourilien. Les mots Japonais ne sont pas monosyllabiques comme ceux des Chinois; les conjugaisons ct la 5yntaxe ont une marche originale. Le japonais ou l’yomi est employé dans la poésie et la conversation ; les Honzes écrivent leurs ouvrage de théologie en chinois.

Les Japonais sont probablement, comme toutes les nations principales du monde, des Aborigènes, ou des peuples dont l’origine dépasse la naissance de l’histoire. S'ils sont venus du continent, ils l’ont quitté

‘avant la formation des langues. Ils savent ohscurément qu’outre leur

race, il y en avait deux autres dans l’île même de Niphon : les AMo-sin ou Kouriliens velus au nord, et une nation de Nègres au sud ; ceux-ci étaient peut-être des Haraforas des îles Philippines.

Ea 4143, le daïri ou empercur-pontife, descendant des dieux rationaux, eut la faiblesse de placer à ses côtés un chef militaire nommé Foubo ou Séogoun; la puissance de ce grand fonctionnaire, consolidée par la succession héréditaire, s’accrut par les victoires et les intrigues; en 4585, le koubo enleva au daïri la dernière ombre d’autorité politique. Depuis cette révolution, on peut considérer le gouvernement du Japon comme une monarchie héréditaire absolue, soutenue par une foule de princes héréditaires absolus, dont la jalousie mutuelle, et les otages qu'ils livrent, garantissent la soumission au pouvoir suprême. Chaque prince dispose des revenus de son ficf ou de son gouvernement; ils lui servent à défraycr sa cour, à entretenir une force militaire, à réparer les routes, et à subvenir à toutes les dépenses de l'état civil. Les damios ou princes du premier ordre, ctles siomios, qui sont d’un rang inférieur, possèdent les uns et les autres une dignité héréditaire ; les siomios sont non-seulement forcés de laisser leur famille dans la capitale, mais encore d’y résider six mois de l’année.

Les voyageurs admirent les lois du Japon; Kæmpfer les préfère à celles de l’Europe. La justice est expéditive; les parties elles-mêmes comparaissent devant le juge, qui prononce sans délai. Mais ce voya-

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geur ne parle d’aueun code de lois. Selon Thunberg, les lois sont en petit nombre dans cette contrée, mais on les y exécute à la rigueur, sans aucun égard aux personnes; toutefois les amendes pécuniaires sont des grâces accordées aux coupables riches. De simples délits sont punis de mort; mais la sentence doit être signée par le conseil privé de l'empereur. L'éducation morale des enfants étant un devoir politique, les parents répondent des crimes de ceux dont ils auraient dû corriger les vices naissants. La police est vigilante. Non-sculement il y a dans chaque ville un magistrat principal, appelé nimban, qui est chargé de la faire; maisles habitants de chaque rue, étant responsables en masse des crimes commis par un d'eux, nomment un commissaire qui vcille à la sûreté des personnes et des propriétés. Il y a dans chaque village un emplacement entouré de palissades, au milicu duquel est une inscription qui offre, en gros caractères, un petitcode de police.

Le savant Hollandais Varénius donne des lois japonaises une idée moins favorable. Les peines, dansle xvu® siècle, y portaient le caractère de la plus grande cruauté. Hacher en pièces un coupable, lui ouvrir le ventre à coups de couteau, le suspendre au moyen de crocs de fer enfoncés dans les côtes, le faire cuire dans de l'huile bouillante; voilà les punitions les plus communes. Valentin peint aussi la législation du Japon comme féroce et sanguinaire. Quand on nous dit que les crimes sontrares dans ce pays, ce n’est pas faire l'éloge des lois : comment pourrait-il en être autrement dans une contrée où chaque citoyen cest responsable des délits commis par son voisin? où des familles, des villages entiers sont livrés aux derniers supplices pour expicr la faute d'un seul? Mais si de semblables institutions diminuent le nombre des crimes, elles ten! aussi à l'innocence sa tranquillité, à la société ses agréments. Ne vaut-il pas micux courir risque d’être volé une ou deux fois dans la vie, que de craindre à chaque moment d'avoir le ventre coupé pour expicr les vols commis par un de vos voisins?

Lorsque le coupable d’un crime capital est noble, il sollicite la fa veur de ne pas périr par les mains du bourreau et de s'ouvrir luimême le ventre. Cct ustge de s'ouvrir le ventre est banal au Japon comme le duel l’est chez nous. Pour un mot, pour la moindre querelle, le Japonais se coupe le ventre. Dans leur jeunesse, les enfants de famille s'excrcent au suicide, afin de s'en acquitter, à l’occasion, avec grâce ct

dextérité ; cette direction d’idées leur inspire, dès leur plus bas âge, un profond mépris pour la mort ; ils la préfèrent à la plus légère insulte, Aussi la susceptibilité est devenue un des côtés les plussaillants du carac. tère national ; elle y a remplacé cette énergie qui ne pouvait que s’amollir dans de longues années de paix. La loi elle-même a prévu le suicide et en a réglé les circonstances. Pour qu’il se consomme d’une façon légale, il faut que la victime ait sa robe blanche, et son vêtement spécial sans armoirie, sans ornement. Quand le noble en est revêtu, on garnit l'extérieur de la maison de tentures blanches pour cacher les écussons où sont brodées ses armes; puis, après avoir fait ses adieux à sa famille assemblée, la victime se découvre le ventre et s’y fait deux incisions en croix avec un poignard. Les nobles et tous les officiers civils et militaires s’attendent si bien à cette éventualité, qu’ils portent toujours avec eux, même en voyage, l'appareil nécessaire pour accomplir légalement ce sacrifice. Un jour, deux seigneurs attachés au palais du Séogoun se rencontrèrent dans l'escalier ; l’un descendait les degrés avec un vase vide, l’autre les montait avec un plat destiné à la table impériale. Le hasard fit que leurs sabres se heurtèrent. C'était un bien misérable accident. Au lieu de passer sans y prendre garde, celui qui descendait s’en formalisa. L'autre fit des excuses, ajoutant qu'après tout, le malheur était petit, qu'il n’y avait au fond de cela que deux sabres qui s'étaient touchés, et que l’un valait l’autre. « L’un vaut l'autre, reprit l’offensé ; vous allez voir que non. » Et, tirant son arme, il s’ouvrit le ventre. Sans dire un mot, le second enjambe l'escalier, court poser son plat sur la table de l’empereur, et revenant essoufflé vers son adversaire qui agonisait : « Sans le service du prince, s’écriat-il, je n'aurais pas tant tardé. Un sabre vaut l’autre, » ajouta-t-il après s’être aussi fendu le ventre.

On assure que la population du Japon est prodigieuse, que les montagnes même, dont se composela plus grande partie de cette contrée, sont mises à profit par d’industrieux cultivateurs, et que le Tokaido, la principale des sept grandes routes de l'empire, présente quelquefois plus de voyageurs que les rues les plus fréquentées des capitales de l’Europe n’offrent de passants. Varénius, d’après les meilleures autorités, évalue le nombre des troupes entretenues par les princes et les gouverneurs à 268,000 hommes d'infanterie, et à 38,000 de cavalerie, Selon le même

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La marine des Japonais ne mérite pas qu’on en parle; leurs navires, étant plats à l'arrière, ne peuvent résister à l'effet des lames dans un gros temps ; et quoique, à l'instar des Chinois, ils se servent de la boussole, ils sont des navigateurs très-maladroits et très-peu instruits. On ne peut même concevoir de quelle manière ils s’y prenaient autrefois pour se rendre, commme on prétend qu’ils le faisaient, à Formose, ou même à Java. Leur navigation au nord s’étendait, selon quelques artes japonaises, jusqu’à la côte d'Amérique voisine du détroit de Behring, qu’ils appelaient Fousang ; aujourd’hui, ils ne dépassent guère lle d'Yéso.

Varénius a indiqué les revenus du Japon, province par province. Il ks porte à 670,000,000 francs, sans compter les provinces et fes villes qui dépendent immédiatement de l’empereur. Ces revenus ne doivent pas néanmoins être considérés comme nationaux, vu qu’ils sont payés à différents princes. Cependant l’empereur, outre le gros revenu de son domaine ou de ses provinces particulières, a un trésor considérable en or cten argent.

Les Japonais se partagent entre deux religions principales, celle de Sinto et celle de Bouisdo. La première reconnaît un Élre suprême, trop élevé pour daigner recevoir les hommages des humains et soigner leurs intérêts ; mais elle admet, elle vénère, elle invoque comme médiatrices des divinités d’un ordre inférieur. Les Sintos croient que les âmes des hommes vertueux occupent des régions lumineuses voisines de l’empyrée, tandis que les âmes des méchants errent dans le vague des airs jusqu’à ce qu’elles aient expié leurs offenses. Quoique la doctrine de la

à métempsycose soit étrangère à cette croyance, les rigides adhérents du

Sinte s'abstiennent de toute nourriture animale, abhorrent l’effusion du sang et n’oseraient toucher un cadavre. Ils appellent leurs dieux Siu ou Æami, et leurs temples Mia. Les derniers consistent en plusieurs appartements et en galeries, formés par des coulisses qu’on peut enlever

etreplacer à volonté. Des nattes de paille sont étendues sur les plan- Ille 38

chers, ct les toits forment de chaque côté une saillie suffisante pour recouvrir une sorte d’estrade qui entoure le temple et qui sert de promenoir. On ne remarque dans ces temples aucune figure qui soit cun. sée représenter l'Étre invisible et suprême; mais on y conserve quel. quefois, dans unc boîte, une petite image de quelque divinité secondaire, Placé au centre du temple, un large miroir de métal rappelle que, si les taches du corps se peignent fidèlement dans cette sorte de glace, de

même les défauts de l’âme ne peuvent demeurer cachés aux regards 4 des immortels. Les fêtes et les cérémonies du culte sont agréables, ct

même gaies; car ce peuple considère les dieux comme des êtres qui se plaisent à dispenser le bonheur,

La religion de Boutsdo est originaire de l'ndoustan; c’est la même que cel! de Bouddha. Au Japon, elle adopte quelques maximes étrangi. res; mais elle conserve le dogme de la transmigration des âmes; elle menace les impies d’un enfer effroyable où l’on retrouve le pont des

âmes, les abîmes d'eau et le feu, et d’autres images nées dans les Alpes !

thibétaines; elle offre aussi la peinture d'un paradis divisé en pays, villes et maisons, comme celui de Swedenborg; ce paradis nommé

Gohurak, est Suuverné par le dieu 4mida. Le boudhisme s’est tellement |

mêlé avec le Sinto ou l’ancienne religion japonaise, qu’il est difficile, et qu'il sera peut-être un jour impossible de distinguer ce qui appartient à chacun de ces systèmes.

Le Japon a ses moralistes, ou des philosophes dont la doctrine est appelée Siouto ; elle a des rapports avec celle des épicuriens, quoique les individus qui font profession de la première reconnaissent, avec Confucius, que la source la plus pure du plaisir est la vertu. Ces ph losophes croient à une âme de l’univers, mais n’adorent point de dicux inférieurs, et n’ont ni culte ni temple. On prétend que ces déistes « sont montrés amis du christianisme, et que leur nombre a diminué lors de la persécution exercée centre les chrétiens, attendu que, pour Cétourner les soupçons, ils se sont empressés de reconnaître ostensiblement les dieux de leur pays.

Depuis 1549 jusqu’en 1638, des missionnaires de l’ordre des jésuites

répandirent le christianisme dans le Japon; deux grandes persécutions |

anéantirent l'Église naissante. En 1590, il y périt 20,000 chrétiens, selon les missionnaires; en 1638, on en massacra 37,000. Les préten-

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sent que les intrignes politiques des jésuites amenèrent cette sanglante catastrophe, ajoutent que la'jalousie commerciale des Hollandais contre les Portugais y eut peut-être quelque part, Depuis cette mémorable époque, la religion catholique n’a plus été tolérée au Japon. Pour ne plus l’y laisser pénétrer, on a fermé l'entrée du royaume à tous les étrangers, et l’on a mis aux relations commerciales des conditions que l'esprit mercantile a pu faire accepter aux Hollandais, mais que l’orgueil américain paraît décidé à ne plus souffrir.

La civilisation des Japonais paraît stationnaire comme celle de la Chine. Mais des germes de perfectibilité laissent encore au Japon la perspective d’une révolution morale. Un caractère plus mâle et un plus haut degré de liberté politique rapprochent plus des Européens le brave et intelligent Japonais. Leur langue savante est, dit-on, l’ancien chinois, et les caractères de leur alphabet paraissent avoir une plus grande ressemblance de figure avec ceux des Chinois; mais ils désignent des lettres, et non pas des mots entiers. Les Chinois ne savent pas lire un livre japonais, tandis qu'un livre chinois est lu par tout Japonais instruit. Titsingh a rapporté des livres imprimés qui font honneur à l’habileté de cette nation. Leurs caractères ne sont pas mobiles; ils n’impriment que d’un côté. Titsingh possède un superbe herbier, dessiné et colorié avec autant de soin que de goût. I] a rapporté des cartes et des plans, très-joliment lavés, et qui ne seront pas sans utilité pour la chorographie, quoiqu’ils soient dénourvus de longitudes et de latitudes. Les Japonais ont fait graver les monnaies de leur empire depuis l’an 600 avant J.-C., et les armoiries des principales familles. On lit et parle le hollandais dans cette contrée asiatique ; la médecine et l’histoire naturelle commencent à être enseignées d’après des ouvrages hollandais, jusqu'à présent, leurs médecins étaient fort ignorants. Les astronomes conservent une division incommode du temps; l'année, qui cst lunaire, commence tantôt en mai, tantôten février; sept fois en 49 ans, un mois intercalaire ramène ces années au cours del’année solaire. Les écoles ou colléges paraissent pourtant surpasser tout ce qu’on voit ailleurs en Asic; elles ne retentissent point de coups üe verges ou de fouet, mais de chants solennels en l'honneur des héros et des dieux nationaux. La poésie est honorée. Dans quelques arts, les Japonais surpassent même l’industrie européenne. Ils ont d'excellents ouvriers en

300 CHAPITRE VINGT-DEUXIÉMT.

cuivre, en fer, surtout en armes blanches. Les verrerices sont communes au Japon ; on y fait même des télescopes. Les tableaux des Japonais, chargés de couleurs brillantes, manquent de composition et de dessin,

Leurs habitations, qui, à cause des tremblements de terre, n’ont que deux étages, peuvent, ainsi queles meubles, les vêtements et les voitures, ne pas flatter le goût européen, mais dans tous ces objets on reconnaît un peuple industrieux et ingénieux. Partagé en divers appartements, aumoyen de clôtures mobiles, l’intérieur des maisons est orné

de peintures et de papiers dorés ou peints; les meubles brillent d’un 4

vernis éclatant et inaltérable; les vêtements, amples, mais en partie relevés avec une sorte d'élégance, sont en bonnes étoffes de coton ct de soie, la plupart fabriquées dans le pays. Ce soni encore eux-mêmes

qui font les bijoux, agrafes et boucles qui entrent dans l'habillement | des femmes, les souliers de paille qu’ils déposent à la porte des maï- |

sons, les chapeaux d'herbe qu’ils portent en voyage; en un mot, presque tout ce qui sert à leur luxe ou à leur commodité. Les voitures des femmes paraissent élégantes et commodes. Ils préparent une espèce d’eau-de-vie de riz, nommée sakki, qui est très-enivrante.

Un Japonais prête sans doute souvent à rire; sa tête, rasée à moiit, lc reste de ses cheveux relevés sur le sommet, l'énorme couverture de papier huilé dontil s’enveloppe en voyageant; ses salutations, qui con sistent à s’incliner plusieurs fois jusqu’à terre; l'éventail qu'il porte

constamment à la main; tout cela forme un coup d'œil extraordinaire, |

Mais le Japonais, fier de sa propreté minutieuse, traiteles Européens de peuple sale; il ne conçoit pas notre vivacité dans les disputes; accablé

d'injures, il n’y répond jamais par une seule parole véhémente ; mais |

son arme inséparable, le poignard, lui sert à se venger au moment où l’on n’y pense plus, ou à se donner la mort, sila vengeance cit impossible.

La loi ne permet aux Japonais qu’une seule épouse, mais les concubines vivent dans la maison; la femme est absolument à la disposition du mari, et elle n’a rien à prétendre dès qu’elle encourt sa dis grâce. Aussiles intidélités sont-elles rares, quoique les femmes ne soient point renfermées. Dans le cas de répudiation, elles sont condamnées à porter toujours la tête rasée. Les cérémonies du mariage ont une aimable simplicité. La fiancée, debout aux pieds de l'autel, allume

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On brûle au Japon le corps des gens de distinction; les autres sont enterrés. On célébre la fête des lanternes comme à la Chine; mais on yajoute la coutume de visiter les tombeaux à certaines époques; les epritssont régalés d’aliments et de boissons ; on leur adresse des chants et des compliments. Les amusements publics consistent en spectacles dramatiques, qui, dit-on, ne sont point inférieurs à ceux des nations policées. Des danseuses en grand nombre, ct surtout des danseurs plus qu'efféminés, y annoncent le relâchement de la morale publique, consiaté encore par un grand nombre de maisons de prostitution, plus scandaleusement protégées que dans aucune autre contrée.

Des routes bien entretenues rendent les communications faciles ; aucun impôt n’y gêne la marche du commerec intérieur. Quoique fermés à l’avidité européenne, les ports sont couverts de grands et de petits vaisseaux. Les boutiques et les marchés regorgent de toutes sor-

L tes de denrées. Dans les villes, de grandes foires attirent un nombreux

concours de peuple. Le commerce avec la Chine est le plus important, On importe de la soie écrue, du sucre, de la térébenthine, des drogucs; les Japonais exportent du cuivre cn barres, des vernis, de la isque. Selon Titsingh et Thunberg, les profits du commerce hollandais avec le Japen ne sont pas très-considérables ; la compagnie n’y employait que deux vaisseaux. Les monnaies japonaises sont d’une forme singulière : Titsingh en possède qui ont la figure d’un ovale convexe; les pièces d’or se nomment kobangs; celles d'argent, appelées Æodama, représentent quelquefois Daïkok, le dieu des richesses, assis sur deux barriques de riz, avec un marteau dans sa main droite, et un sac dans sa main gauche. La collection de Titsingh remonte à l'an 600 avant Jésus-Christ.

Nous avons dit que la plus grande partie de l’île d'Yeso était habitée par une peuplade particulière tout à fait distinete de la race japonaise : nous ne pouvons nous dispenser d’en dire quelques mots. Les Japonais donnent aux hommes de cette race le nom de Ac-sin qui signifie les corps velus. Il parait que les Mo-sin occupérent jadis la partie septentrionale de Niphon, mais qu’ils furent repoussés dans leur propre île, où ils furenteux-mèêmes subjuguës à plusieurs reprises. Cependant ils

jouissent encore d'une complète indépendance dans la partie nord et ouest de leur ile, ainsi que dans la partie méridionale de ia terre de Sagbalien. Selon Krusenstern, les Mo-sin s'appellent eux-mêmes 4ïnos, Cette nation a la taille un peu plus haute et le corps plus robuste que les Japonais; une barbe noire très-épaisse couvre leur visage; elle se confond avec une chevelure noire et un peu crépue. Hommes et femmes se tatouent ou se p1gnent sur les lèvres diverses figures de fleurs et d'animaux. Les vêtements des riches sont de toiles du Japon ou de la Chinc; le peuple s’habille d’une étoffe faite avec le fil qu’on tire de l'écorce d’unc espèce de saule. Dès l’âge de dix ans les enfants apprennent à plonger dans la mer, et à sauter par-dessus une corde tendue,

Les Aïnos excellent dans ces deux exercices; on en voit qui sautent à !

la hauteur de 6 à 7 pieds; ils suivent les cerfs à la course; l’are et les

flèches sont leurs principales armes; de petits détachements japonais |

battent des milliers d'Afnos. Les chefs héréditaires des villages, vassaux du prince japonais de Matsmaï, lui payent un tribut en peaux de loutres et de chiens de mer, d’ours, d’élans et de castors, de saumons, de faucons ct d’autres productions de leur pays. Ils vivent entre eux sans loi ct presque sans culte; du moins, des libations et des feux allumés en l’honneur de Æamoï, divinité japouaise, sont les seuls actes religieux

Mioffes d’e

qu’on leur connaisse. Point d’alphabet, point de monnaie : le commerce |

sé fait par échange; ils se rendent dans une des îles Kouriles, déposent leurs marchandises, et se retirent à bord de leurs bateaux; les Kouriliens descendent, examinent les marchandises, et mettent les leurs à côté : c’est par une suite de semblables négociations muettes que les marchés se concluent. La polygamie est admise; l’adultere est vengé ; mais l’homme qu’une femme mariée essaye de séduire exige d’elle ses anneaux d'oreille, et, en représentant ce gage, ilest l'abri des attaques de l’époux outragé. Les frères épousent les sœurs ; les tribus ne sont qu'autant de famiiles qui rarement s’unissent entre elles. Le deuil pour les morts s'exprime par des combats simulés entre les parents, dans lesquels souvent on donne et recoit des blessures sanglantes Chaque famille a son ours domestique. On prend l'animal lorsqu'il esttoutjieune, les feinumes lui donnent leur sein à téter; il estélevé comme un chien favori. Mais lorsqu'il est grand, il est mis en cage, ét tant de soins n’aboutissent qu’à le Luer dès qu'il paraît assez gras, La fas

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