‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 7 sur 31 · PRET · texte numérisé non relu

PRET

| àmes. Leterritoire qui en dépenc Y'a que 16 lieues de long sur8 ae large.

SECTION 4e. — Partie méridionale de l’Inde,

La partie sud de l'Inde, à compter des limites méridionales du Visa-

| pour et du Concan jusqu’au cap Comorin, se divise en plusieurs petits | royaumes qui avaient toujours été indépendants iusqu’à {eur absorp-

tion par la puissance toujours envahissante de l'Angleterre. Nous commencerons notre description par la côte de Malabar. Ce nom

! appartenait primitivement, c'est-à-dire à l’époque de l’arrivée des pre-

micrs navigateurs portugais, à un royaume dont la capitale était Calicut

et qui obéissait à un souverain qui portait le titre de Zamorin. Les Portugais appliquérent d'abord le nom de Malabar à la côle ouest de linde au sud du Concan, et plus tard les géographes l'étendirent abusivement à toute la côte au nord jusqu'au golfe de Cambaye. En réservant ce uom À la côte occidentale de l'Inde depuis le Concan jusqu'au ip Comorin, où trouve qu’elle forme un vaste territoire de 200 lieues «ie léngueuret: 42 à 16 de largeur, int:rposé entre l'Océan mdien é6i la chne jiesqu continue des Gates occidentales. Gräce à sa situation. cette conirée cs! copicusement pourvue d'esu, et, quoiine sa surfoce soit inégalr et montagneuse, elle peut donner, si elle est cultivée avec soin, des produits abondante : or, c'est ce qui a lieu généralement. Lile produit des quantités énormes de riz que l’on exporte à Bornbay et pour les ‘8les septentrionales. Maisla denrée qui constituele principal objet de ss expor- {ations our l'Europe est le poivre : nulle part, il n’est d'aussi bonne qualité et ue croit aussi abondamment. Le Malabar produit égaleraent, et eu quantité considérable, le béler et la noix d’arec dont il se fait un: si graude consommation dans l'Inde. Le gingembre, le cardamome et diverses autres sortes d'épices viennent aussi dans ce pays. Les districts supérieurs abondent en bois dit de sandal, en bois de teinture, en bois d’ébénistcrie, etenfin en bois de charpente. Parmi ces derniers, on distingue surtout le bois de teck, si précieux pour là marine. L'industrie manufacturière n’est nullement développée dans le Malabar, mais il échange les produits de son sol contre les belles étoffes de colon du Guzerate.

Le Malabar est resté hors de l'atteinte des grands conquérants qui ont profondément altéré l’aspect primitif de la civilisation indouc; cependant le contact de quelques émigrations accidentelles a modifié sous quelques rapports les institutions indigènes. Les tyranniques préjugés de caste se déploient d’une maniere plus violente et plus inhumaine dans le Malabar que dans tout le reste de l'Inde. Si un tiar (cultivateur) où un moucoua (pêcheur) ose toucher un naïr (individu de sa caste militaire), celui-ci a le droit de tuer sur le champ l’'audacieux. Le même sort atteint le paria qui a l’imprudence de regarder en face un naïr, et ne prend pas la fuite aussitôt qu’il le voit paraître. Ici 1es parias sont tous esclaves, quoique l’esclavage soit chose peu commune dans le reste de l'Indostan. âjais il existe dans le Mala-

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ASIE : INDOSTAN, 65 bar une classe d'êtres plus misérables encore. Les Niadis sont exclus de toutesrelations avec les autres hommes: ils sont forcés d’errer dans les lieux infréquentés, sans aucun moyen de subsistance, si ce n’est les rares aumônes des passants. Pour appeler leur attention, le malheureux Niadi se poste à une petite distance de la grande route, «a et hurle comme un chien affamé » jusqu’à ce que le voyageur charitable ait posé à terre son aumône : le Niadi accourt pour s’en saisir, mais cependant pas avant que le voyageur ne se soit éloigné.

Pendant que ces races méprisées vivent ainsi dans la plus affreuse misère, les Naïrs ou nobles vivent dans les fêtes et au milieu d’une pompe extravagante. Toutefois le trait le plus singulier et le plus ca-

! ractéristique de la caste des Naïrs, c’est le système qu'ils suivent à | l'égard des femmes. On marie les jeunes filles à l’âge de 7 ans.

L'épouse reçoit une pension alimentaire de son mari; cependant elle

: ne doit ni le voir ni avoir de relations avec lui : une seule infraction à | cette règle serait considérée comme une chose scandaleuse. La femme | demeure avec sa mère, et, après la mort de celle-ci, avec son frère. En

revanche, il lui est permis, et elle Le regarde même comme un honneur, d'attirer autant d'amants qu'il lui est possible, à la condition

| que ces amants soient d’un rang égal ou supérieur au sien. Avec un

pareil système, nous n’oserions dire de mariage, on conçoit aisément que ce soit une question ridicule que de demander à un Naïr qui est son père. Il n’y a de parenté réelle qu'avec le frère de la femme; aussi

| les enfants de celle-ci sont-ils considérés comme lui appartenant. Par

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| la même raison, les propriétés et les titres du frère passent aux en-

fants de la sœur.

Un phénomène particulier à la côte de Malabar, c’est l’existence d'anciennes colonies chrétiennes et juives, qui forment encore aujourd'hui une partie considérable de sa population. Les premieres sont tellement nombreuses que, dans certaines localités, le Malabar préscnte l'aspect d'un pays chrétien : elles représentent en effet un chiffre

| de 400,009 à 150,000 âmes. Ces chrétiens s’autorisent d’une tradition

: plus que douteuse pour prendre le nom de Chrétiens de Saint-Thomas. ! Quoiqu'il en soit de cette tradition, il y a lieu de croire que leur ori- | gine remonte en effet à une époque très-reculée. Les formes de leur

: culic étaient, lorsque les Poriugais se rendirent maitres de cette côle,

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d’une simplicité plus que primitive ; mais les nouveaux conquérants,

qui ne voyaient dans un tel culte qu’une altération grossière de la re-

ligion chrétienne, mirent tout en œuvre pour amener ces populations

à embrasser les dogmes et les pratiques du catholicisme. Cependant on

ne put les déterminer à se conformer aux rites latins et l’on dut to-

lérer l'usage des termes syriaques et chaldaïques dans la liturgie malabare. Le docteur Buchanan, qui a pénétré dans l’intérieur du Travancore, y a découvert encore plusieurs petites communautés qui auraient conservé le culte des soi-disant chrétiens de Saint. Thomas, Là-dessus il parle avec éloge de l'intelligence des hommes, des vertus des femmes qui cependant jouissent d’une grande liberté, et do l'aspect général de ces petites sociétés. La population, selon lui, était pauvre à cause de l'oppression portugaise, mais aujourd’hui elle jouit d'une liberté à peu près complète.

Les Juifs du Malabar sont au nombre d’environ 30,000. On les distingue en Juifs blancs et en Juifs noirs. Ces deux communautés vivent complétement séparées, et les premiers regardent les seconds comme appartenant à une race inférieure. On suppose que ces Juifs blancs sont arrivés dans l'Inde peu de temps après la destruction de Jérusalem. En 490, ils obtinrent le don de la ville de Cranganore; mais, ayant encouru le déplaisir d’un souverain voisin, leur établissement fut dispersé. Les Juifs noirs passent généralement pour être des Indous convertis ; Buchanan pense, au contraire, que ce sont de véritables Israëlites qui ont émigré à l’époque de la captivité de Babylone. Ces Juifs de l'Inde possèdent des manuscrits hébraïques de l'Ancien Testament, dont le texte parait être dans un état de pureté tolérabie.

Nous commencerons notre revue topographique de cette côte par le Canara, qui s’étend le long de la mer sur une longueur de 75 lieues. Sa partie nord est très-montagneuse, et son produit principal consiste en bois de tek; mais la partie sud, appelée Toulava par les indigènes, est bien cultivée et exporte une grande quantité de riz. La première contient environ 7,000 maisons, et la deuxièrne 80,400. En comptant en moyenne ÿ personnes par maison, on trouve que la population totale du Canara s'élève à 435,000 habitants. Parmi eux, on compte un grand nombre d’Indous appartenant à la secte particulière des Djains. Les chrétiens y sont également nombreux; mais les bords de

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ASIE : INDOSTAN, 67 la mer sont principalement occupés par les Aoplays où Mapoulets, Ce sont les descendants de ces Arabes qui, dans ie vine siècle, quittèrent la ville de Moka et vinrent s'établir dans le sud du Dekkan. C’est avec leur aide que Hyder-Ali et Tippou-Saïb se rendirent maîtres du Ca-

| nara, et que ce dernier exerça une violente persécution contre toutes

les autres religions, Mais après sa chute, en 1799, le Canara fut annexé aux possessions britanniques, et la tolérance y fut rétablie.

La ville principale du Canara est Mangalore, qui fut longtemps une place de commerce florissante : mais elle a beaucoup souffert dans la guerre entre l’Angleterre et les souverains de Mysore. Les Anglais y soutinrent un siége contre loutes lies forces de Tippou. Un traité la rendit bientôt à ce prince qui démantela ses fortifications. Depuis qu'elle fait partie des possessions anglaises, Mangalore s’est relevée de tous ses désastres. Cette ville est située sur uue péninsule formée par un trèsbeau bras de mer, et sur le bord d’un fleuve considérable. Le port ne peut pas admetire des vaisseaux tirant plus de 10 pieds d’eau, mais lancrage à l'embouchure du fleuve est excellent. Les villes d’Onore, de Carwar et de Barcelore avaient perdu. 5ar les dévastations de Tippou-Saib, le commerce qui les faisait jadis fleurir : mais la domination anglaise, il faut le reconnaître, leur a permis de réparer leurs pertes,

Le territoire au sud du Canara est le Malabar proprement dit, qui occupe une étendue d’environ 80 lieues le long de la côte, et possède une

: population de plus de 600,000 âmes. Le sol qui borde immédiatement

merest pauvre et sablonneux; mais l’intérieur du pays se compose de montagnes peu élevées entrecoupées de vallées fertiles. Le poivre croit en abondance dans les forêts qui couvrentces montagnes, et donne lieu à un commerce des plus étendus. Calicut, qui donna à Vasco de Gama la première idée dela splendeur des villes de l’Inde, était, à celte

. époque, la résidence du Zamorin, dont l'empire s’étendait sur les diverses

parties du Malabar. Sa puissance se trouva singulièrereg£ réduite à la suite de ses gucrres malheureuses avec les Portugais ; et, vers la fin du dermer siècle, elle fut complétement anéantie par les mvasions d'Hyder-Ali et de son fils. Dans la guerre qui amena :a chute de Tippou-£aib, l'Angleterre fut secondée par les chefs indigènes, et, en récompense, elle leur abandonna le gouvernement du pays, non toutes

fois sans imposer à ces chefs un tribut régulier. Mais la bonne intelligence ne régna pas longtemps entre eux et les Anglais. De là une lutte inégale qui se termina en faveur de la Grande-Bretagne, et l'annexion du Malabar à la présidence de Madras. Le Zamorin, comme le Grand- Mogol, est réduit à l’état de pensionnaire de l’Angleterre.

L'ancienne et magnifique capitale du Malabar, Calicut, fut entièrement détruite par Tippou-Saïb : mais aussitôt que les armées anglaises eurent pris le dessus, les habitants se hâtérent d’y retourner. On lui accorde une population de 30,000 âmes, et elle fait un commerce assez considérable. Néanmoins, Cananor est aujourd’hui la ville la plus remarquable de toute la province. Elle est la résidence d’un puissant souverain femelle qu’on nomme la Biby. La position de Cananor en fait une ville presque imprenable ; aussi est-elle regardée comme la place principale des Moplays ou Mahométans du Malabar. La Biby administre Cananor et le magnifique pays qui l'entoure. Elle entretient des relations commerciales fort étendues avec le Bengale ct l'Arabie. En outre, elle comprend dans sa souveraineté l’archipel des Laquedives, qui fait face à la côte du Malabar. Tellichery a été longtemys le siége du principal établissement militaire et de commerce de la Grande-Bretagne sur cette côte. Elle renferme encore quelques riches marchands ct une société polie.

Mahé, ville d'environ 6,000 habitants, exporte du poivre. C'est la seule possession française sur la côte de Malabar.

La petite province de Cotchin est au sud du Malabar proprement dit. Elle offre le même aspect général que le reste de la côte, et abonde surtout en bois de tek, quoique les plus beaux arbres aient été coupés sans que l’on prit soin de les renouveler. Les colonies juives et chrétiennes sont nombreuses dans ce territoire. Cotchin, capitale de cette province, est le premier endroit où les Portugais éievérent un fort. En 1663, elle fut prise par les Hollandais qui en firent une des cités les plus florissantes de l’Inde. Le rajah avait maintenu son indépendance beaucoup mieux que la plupart des princes indigènes. Sous Tippou-

Saïb, il n’était que simple tributaire ; et aujourd'hui même l’Angleterre, | tout en exigeant de lui un lourd tribut, lui abandonne l'administra- |

tion intérieure du pays. Le commerce de Cotchin est encore im-

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ASIE : INDOSTAN. 69 avaient établi un évêque dont la juridiction embrassait 89 églises. Lacôtequi s’étendde Cotchin aucap Comorin, forme le domaine durajah de Travancore, Elle possède une population d’environ 2 millions d’âmes et jouit de tous les avantages qui sont propres à la côte de Malahar, Lesdistricts extéricurs en particulier sont remarquables par ieur beauté et leur fertilité Leur aspect est excessivement varié et pittoresque. On y trouve des montagnes chargées de hautes forêts, de nombreux cours d’eau et des vallées qu'embellit une verdure perpétuelle. Les forèts sont parfumées par une foule de plantes aromatiques. Indépendamment du poivre qui constitue le principal objet d'exportation, le Travancore produit du gingembre, du turmeric, des noix muscades et de la cannelle : mais ces deux derniers articles sont de qualité inférieure. Le rajah, comme celui de Cotchin, conserve l'administration intérieure du pays, mais sous le contrôle du gouvernement anglais. Travancore, l'ancienne capitale, est située dans un territoire sablonneux et de couleur blanchâtre. Elle a beaucoup perdu depuis que le rajah a fixé sa résidence à Trivadapatam où il habite un palais construit à la maniere européenne, et orné de tableaux, de pendules et autres objets d'arts venus de l’Europe. Les villes de Trivanderam, Coulam, Andjengo et Coleshy possèdent des havres convenables pour le commerce, quoique la force des courants qui régnent le long de la côte rende la navigation difficile.

A l'extrémité du territoire de Travancore s'élève le cap Comorin qui termine majestueusement la côte de Malabar etla chaine des Gates. Le sommet, élevé de 1184 mètres et couvert 'de la verdure la plus brillante, domine sur une belle cascade et une plaine remplie de forêts ; mais les rochers semés le long du rivage obligent les navires à se tenir à distance.

Lorsqu'on a doubié Le cap Comorin, on entre dans ce vaste territoire auquel les Européens ont donné le nom de Karnatic. Son étendue le long de la côte est d'environ 200 lieues, et sa limite septentrionale est un peu au sud du grand fleuve de la Krichna. Le Karnatis est divisé en deux parties par la chaîne des Gates orientales qui, corame celle des Gates occidentales, court parallelement à la côte. L'une de cesdivisionsest appelée Karnatic supérieur (aux Gates), et l’autre Karnatic inférieur, Nous décrirons la première sous le nom de Haïssour ou Mysore qui est plus gé“

10 CHAPITRE QUATONZIÈME,

néralement usité, et la seconde, qui forme le territofre r ‘sg la côte, sous celui de Karnatic proprement dit. On donneégalement à ce dernier le nom de côte de Coromandel, Quoique cette côte ressemble en général à celle de Malabur, elle présente néanmoins quelques traits particuliers, Les montagnes sont à une bien plus grande distance de la mer. Au lieu d'étrerevêlues de vastes et majestueuses forêts, elles sont en beaucoup d’endroits compiétement nues etles rochers qui les forment se montrent à découvert. Le Karnatic est traversé par plusieurs grands fleuves qui viennent des Gates occidentales: le plus considérable de tous est le Cavery. Malgré cela, on y rencontre de vastes plaines arides, que l'industricux cultivateur a bien de la peine à arroser, avec ses réservoirs et ses canaux. Les Gates oricntales, par leur trop grande élévation, interceptent les pluics que la mousson procure à la côte occidentale ; dans le Karnatic, quelques pluies d'orage viennent seulement, de mai en juin, féconder le sol et diminuer l'intensité de la chaleur, Aussi ce territoire est-il, dans les années de sécheresse, exposé à des famines plus crucelles que dans tout le reste de l'Inde.

On estime que le Karnatic posséde 5,000,000 d'habitants. La trèsgrande majorité de cette population se compose d'Indous de race pure, parce que ce pays n’a pas été atteint par la conquête musulmane avant le xive siècle. 11 ne fut même entièrement souinis que sous le règne d’Aurengzeb. Des vice-rois mogols furent alors établis à Arcot; mais, à la chute de l'empire, ils se rendirent indépendants. Plus tard, pressés

par les forces supérieures des souverains de Mysore, ils se virent obligés .

d'implorer l'assistance de l'Angleterre, qui s'empressa d'intervenir et qui, après une lutte longue et désespérée, renersa le trône de Tippou- Saïb. Cependant le Nakab du Karnatic trouva bientôt qu'il était à la merci de ses défenseurs; mais ses tentatives pour recouvrer son indépendance lui furent fatales. A la mort du Nabab régnant, en 1801, son fils fut forcé de signer un traité par lequel la souveraineté de ses Etats était transférée à la Grande-Bretagne. On ne lui réserva que 2 ou 3 lacs de pagodes, environ 4,600,000 à 2,400,000 francs, et une partie des terres domaniales. Le Karnatic fut alors partagé en 8 districts administrés par des officiers anglais.

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ASIE : INDOSTAN., 71 venus de l'Arabie; mais ces colonies sont bien moins nombreuses que celles de la côte de Malabar. Les Indous forment le reste de la population. Les usages et la religion de l'Inde primitive se sont conservés chez eux dans un état de pureté remarquable. Les pagodessont excessivement nombreuses et rivalisent en magnificence avec celles de Bénarès et d'Allahabad. Les Brahmes, n'étant pas opprimés comme dans la plus grande partie de l'Inde par les conquérants musulmans, se sont emparés de la plupart des emplois civils et administratifs. Une autre classe presque spéciale à ce district, est celle des Polygars. Dans l’origine, les Polygars étaient des oficiers indous au service du gouvernement anglais. {ls proftèrent des moments de faiblesse de ce dernier, pour se construire des châteaux, d’où, comme les barons féodaux du moyen âge, ils s’élançaient pour piller et dévaster les environs. Le gouvernement a souvent été obligé de leur concéder une autorité indépendante, à la condition de cesser leur vie de brigandage, ou même d'acheter leur soumission à prix d'argent Le Karnatic est beaucoup plus manufacturier que le Malabar; cependant il ne fabrique ras ces beaux tissus de soie ou de coton qui distinguent le Bengale et les Circars.

La capitale actuelle du Karnatic est Madras. Le choix de la Compagnie qui en a fait également le chef-lieu des possessions anglaises sur la côte orientale de l'Inde, a été des plus malheureux. Ce sont là de ces fautes que ne commettait pas le gouvernement français. Madras n’a pas de port, mais une simple rade qui est traversée par un fort courant et qui est exposée à des vents dangereux. La mer éprouve contre la berge un ressac si violent et si continuel que l’on ne peut aborder qu’à l’aide d’une espèce particulière de bateaux larges et légers que les naturels du pays dirigent avec une extrême adresse. Pour le service des lettres et des dépèches, on emploie encore ce qu'onappelle un catamaran. Le catamaran consiste tout simplement en deux planches solidement attachées ensemble. Avec cette espèce d’embarcation, les Indous affrontent la mer ia plus mauvaise, et lorsque la vague les enlève, ils rega gnent à la nage leur catamaran. Malgré les difficultés que Madras pré. sente au commerce maritime, les sommes qu’on y a dépensées pour y triger des bâtiments magnifiques et en faire la capitale de la présidence, sont trop considérables pour qu’on puisse maintenant songer à transfés

rer ailleurs le siége du gouvernement. Le fort Saint-George, élevé à peu de distance de la mer, est une belle et bonne forteresse. Elle n’est pas aussi grande quele fort William à Calcutta ; mais elle est mieux situce et n’a pas besoin d’une garnison aussi nombreuse. Les bureaux de l’administration et les magasins publics forment une belle rangée d'édifices le long de la côté. Les rez-de-chaussée sont ornés d’arcades, et les étages supérieurs présentent d’élégantes colonnades. Si l’on exccpte ces bâtiments, Madras n'offre qu'un assemblage de maisons bâties au milieu de jardins et semées çà et là sur une superficie de plusieurs milles. Les maisons n’ont en général qu’un seul étage ; maiselles sont construites avec goût et élégance. Elles sont ordinairement décorées de portiques et de verandahs ou balcons soutenus par des colonnes, et elles sont revêtues d’une espèce de stuc blanc très-poli qu’on nomme chounam. La manière de vivre des Européens est à peu près la même qu’à Calcutta. La ville noire, ou la ville des fndous, est très-vaste. Ses pagodes et ses minarets qui s'élèvent au milieu des arbres et des jardins, lui donnent de loin un aspect des plus pittoresques; mais quand on pénètre dans l’intérieur, on n’y voit guère que de misérables chaumières de bambous recouvertes de feuilles. Çà et là cependant, on rencontre quelques magnifiques habitations construites dans le style oriental, qui appartiennent à de riches négociants indigènes. Le commerce de Madras cst loin d’être aussi étendu que celui de Calcutta et de Bombay. Les étoffes de coton fabriquées dans les Circars et dans le sud du Karnatic forment le principal article de ses exportations. On évalue la population de cette ville à 500,000 âmes environ.

Dans le voisinage de Madras, est le district de Tchinglepout qui, primitivement, était un Djaghire ou ficf relevant du Grand-Mogol. Quoique le sol soit généralement sec, l'industrie des hebitants lui fait produire d’abondantes récoltes de riz. La ville de Tchingleput est un peu dans l’intérieur des terres. Elle est d’ailleurs de médiocre importance. A 14 lieucs au sud de Madras, sur le bord de la mer, on trouve une montagne avec de nombreuses mmes. Cet endroit, connu des marins sous le nom de Sept-Pagodes, est appelé par les Indous Yahabalipour ou la ville du Grand- Bali. La montagne, vue d’une certaine distance, offre l’aspcct d’un édifice antique et majestueux. En approchant du pied du rocher vers le uord, l'œil embrasse une si grande quantité de figures et d'ouvrages

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niqué avee un autre édifice élevé sur le rocher; dans d’autres endroits

! on trouve divers morceaux de sculpture qui ont rapport à la mythologie

indoue, entre autres une figure gigantesque de Vichnou endormi surune espèce de lit, un éléphont de grandeur naturelle, deux pagodes et autres monuments, tous taillés “ans le rocher. Il a fallu des siècles pour tailler et creuser dans le rocher tant d’objets étonnants; la mer en a déjà englouti une partie : il est probable qu'il a existé dans cet endroit une ville très-florissante. Selon Wahl, c’est la Waliarpha de Ptolémée. Tripetty, située dans l’intérieur, possède un temple qui attire une multitude de pèlerins indous. Aucun Européen, dit-on, n’a été admis à voir les cérémonies qui s'y pratiquent.

En continuant vers le sud, on arrive à Pondichéry, chef-lieu de nos possessions dans l’Inde. Elle renferme beaucoup de belles maisons bàties à l’européenne. L'hôtel du gouverneur, le nouveau bazar et l’église des missions sont ses principaux édifices. Son jardin botanique est l'un des plus considérables de l'Inde. Pondichéry est le siége d'un tribunal de première instance et d’une cour d’appel. Sa population s'élève aujourd’hui à près de 40,000 habitants. La rade de Pondichéry est la meilleure de toute la côte de Cororiandel.

A quelque distance de Pondichéry, se trouve Cuddalore, située à l'embouchure du Pounneir. C’est une ville assez bien bâtie qui fait un commerce considérable.

Le Royaume de Tandjore se compose principalement du delta compris entre les branches du Cavery, l’un des plus grands fleuves de l’Inde méridionale. Les Indous ont une extrême vénération pour les eaux de ce fleuve. Le Cavery prend sa source dans les Gates occidentales, traverse le Mysore, et, arrivé à Tritchinopoly, à 40 lieues de la mer, se divise en deux branches, dont l'une conserve le nom de Cavery, et l'äutre reçoit celui de Coleroun. Une multitude de canaux répaudent

leurs eaux sur toute la surface du Delta, dont la fécondité égale celle ul 10

des lieux les plus fertiles de l’inde et de l'Égypte. Les principaux produits agricoles sont le riz, les noix de coco et l’indigo, dont il s’exporte des quantités considérables. La population presque tout entière est indoue. Les seuls mahométans qui s’y trouvent sont venus de l'Arabie, En conséquence, les croyances et les mœurs issues du brahmanisme se sont maintenues dans ce pays presque sans altération. On vante la

magnificence de ses pagodes et des autres édifices consacrés au culte |

religieux. Le Rajah indépendant de Tandjore fut obligé, en 4799, de résigner l'administration de ses domaines. L’'Angleterre lui accorda en échange une pension d’un lac de roupies, environ 250,000 francs, et quelques autres revenus qui peuvent s'élever à la même somme.

La ville de Tandjore peut être considérée comine la capitale indoue de l'Inde méridionale. Elle est la rivale de Bénarès en savoir, en splendeur et en ancienneté. Sa pagode est célébre, et passe pour le plus magnifique édifice de ce genre qui existe dans l'Inde. Elle a la forme d’une prranide et se compose de douze étages en retraite. Un collége brahmanique y est annexé. La ville, quoiqu’elle ne possède que 30,000 âmes, occupe une surface assez étendue. Elle contient deux forteresses. La plus petite est entourée d’un fossé large et profond taillé dans le roc. La pagode dont nous avons parlé s’élève dans l’un de ces forts; l’autre renferme le palais du Rajah. ‘

Trilchinopoly est une grande ville fortifiée située sur la rive droite du Cavery. Les Anglais y ont établi une de leurs plus importantes stations militaires. Vis-à-vis de cette ville, s'étend l’île de Seringham

formée par les deux bras du fleuve. Elle renferme une pagode fameuse |

par sa grandeur et sa sainteté. Elle à sept enceintes successives, dont la plus extérieure n’a pas moins de 7,000 metres de tour. Le sanctuaire intérieur est orné avec magnificence. Une multitude de pénitents x viennent en pélerinage de toutes les parties de l'Inde, et, en retour du pardon de leurs péchés, ils font au temple d’abondantes aumônes qui font, vivre dans l’aisance et le luxe les Brahmes atiachés à son service.

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Les districts de Madourek, de Dindigoul et de Tinevelly occupent, avec le Travancore, la région la plus méridionale de la presqu'île. Ils sont naturellement moins fertiles que le Tandjore et, en outre, ils ne sont pas aussi bien cultivés. Ils sont moins abondamment arrosés, et en grande partie couverts de djungles. Pendant longtemps ils ont été exposés aux dévastations des Polygars; mais aujourd'hui l’ordreetl’industrie renaissent sous la protection britannique. Les capitales qui donnent leurs noms à ces districts ne sont remarquables ni par leur grandeur ni par leur importance. #adoureh, la Madura de Ptolémée, est regardée par les Indous comme une ville sacrée. Elle possède des restes de beaux édifices. Sa grande pagode est célèbre dans l'Inde entière par sa vaste étendue et sa magnificence.

La partie septentrionale du Karnatic est généralement inférieure à celle que nous venons de parcourir, soit sous le rapport de l’industrie, soit sous le rapport des productions du sol. Arkot, qui ect située dans l'intérieur des terres, à l’ouest de Madras, est entourée :!'un pays stérileet de montagnes granitiques nues. La ville maritime de Pallicate a joui longtemps d'une grande prospérité, alors qu'elle était le siége principal du commerce hollandais sur la côte ©e Coromandel. Elle exportait pour l'Amérique une grande quantité de mouchoirs qui se fabriquaent dans ses environs. Mais depuis qu’elle appartient aux Anglhais, elle est considérablement déchue. Dans la partie la plus méridionale de ce district, Nellore, sur le Pennar, et Ongole, jadis forteresse fameuse, ne sont, à cette heure, importantes que par leur cammerce de sel qui est considérable.

Le plateau de Mysore où Maïssour occupe le centre de la partie mé-

ridionale de l'Inde, et a pour limites, d’un côté, les Gates orientales, de l’autre, les Gates occidentales. Son élévation générale au-dessus du niveau de la mer est d'environ 950 mètres 11 est en outre traversé par un grand nombre de montagnes qui ne sont que des ramifications de la chaîne des Gates. Le Mysore doit à cette configuration physique d'être la contrie la plus agréable ct la plus salubre de l’Inde entière. Indépendamment de cet avantage, il est susceptible de produire nonseulement tous les fruits et toutes les denrées agricoles propres à l'Inde, mais encore quelques-uns de ceux qui appartiennent aux climats tempérés, Les cultivateurs indigènes n’ont que des instruments imparfaits; mais ils mettent tous leurs soins à arroser leurs champs, et à recueillir les engrais. La culture du riz est la plus importante de toutes, et on le sème partout où l'on peut se procurer de l’eau en quantité suflisante. Le sucre, le bétel, lopium, les noix de co£o, sont aussi l'objet d’un commerce considérable, Le minerai de fer y est abondant, mais les Indous ne savent pas le traiter comme il convient.

Vers la fin du dernier siècle, le Mysore constituait un royaume puissaut qui se montra l'ennemi le plus redoutable de la Grande-Bretagne. Hyder-Ali, fils d'un officier musulman, é! :gré du Pundjab, commença par se distinguer au serviée du Baÿah de Mysore et finit par déposer son maître. Il conquit où sowrgit à us tribut les territoires de Canara, de Calicut, et toute la côte de Makahar. 8#ww la côte de Coromandel, il rencontra une résistance plus sérieuse ; #ais, avec l’appui de la France, il remporta sur les Anglais plusiwrs avantages importants. En même temps qu'il faisait la guerre à l'Angleterre, Hyder-Ali s’occupait avec soin de l’administration intérieure de son royaume, qu’il éleva à un haut degré de prospérité. Son fils, Tippou-Saïb, hérita de son courage, mais non de sa prudence et de son habileté politique. I ruina ses sujets par ses exactions, et s'efforça par tous les moyens possibles de convertir au mahométisme une population presque universellementattacnee au culte brahmanique. 11 fut presque constariment en guerre avec la Grande-Bretagne, et, malgré sa valeur, il fut obligé de céder à Ia masse de troupes disciplinées que cette puissance lui opposa. En 1792, il éprouva une défaite complète et fut Gépouillé de la moitié de ses États. En 1799, une nouvelle guerre éslata entre lui et VAngleterre, et son issue fut fatale à ce prince. Sa capitale fut prise

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Parmi les villes du Mysore, nous remarquerons d’abord Seringapatam, ou mieux Sir-Ranga-Patam, c’est-à-dire ville de Sri-Ranga, l’un des noms de Vischnou. Seringapatam est située dansune île du Cavery. On v voit un beau palais, de superbes pagodes et d’autres édifices remarquables. Sa vaste citadelle tombe en ruines. Auprès de la ville, s'élève le magrifique mausolée de Hyder-Aii où l’on a enseveli tous les membres de sa famille. Sous le règne de Tippou-Saïb, Seringapatam renfermait des trésors immenses, une grande bibliothèque et d’autres objets trescurieux dont une partie a été transportée en Angleterre. La population, qui paraît être tombée à une dizaine de mille âmes, Sera alors à 50,000 habitants. Bangalore, ville ancienne et forte, résidence favorite de Hyder-Ali, est devenue, par les soms de ce prince, une place commerciale importante. Elle ne renferme aucun édifice remarquable, si ce n’est le palais royai ou Mahal bâti par Tippou-Saib. Les jardins du palais sont vastes, divisés en carrés séparés par des allées. cacun . ces carrés, selon la mode des musulmans, est exclusivement destiné à une seule espèce de fleur ou de plante. Les raisins, les pommes, les pèches y sont cultivés avec succès. On y remarque aussi de beaux cyprés, La ville de Mysore, 8 ‘rois lieues et demie «le Seringapatam, avait été la résidence de l’ancienne dynastie. Négligée sous Hyder et son fils, elle s'est relevée depuis que le Kajah installé par les Anglais l’a choisie nour sa demeure. La citadelle et le palais royal ont été rebâtis, etautour d'eux s'est déjà groupée une population d'environ 50,000 âmes. Les autres villes du Mysore sont trop pe considérables pour que nous nous ÿ arrêtions. Maïlkotta est célèbre par ses temples que visitent chaque année un grand nombre de pèlerins. Sravana-Belgala n’est qu’un gros village, mais il posséde le temple principal de la secte des ROME Nous terminerons en citant la forteresse de Tchitteldrouk, construite sup un rocher à cinq pointes, de plus de 2,000 mètres de hauteur. Ces fortifications fornmmdables sont occupées par les Anglais.

Les monts Nilgherris occupent l'extrémité sud du Myscre. C'est dans

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ces montagnes que se. trouvent les sommets les plus élevés de l'Inde méridionale, Quelques-uns dépassent 2,400 mètres. A cette élévation, le climat est si tempéré que l’on y envoie les personnes dont la constitution a été affaiblie par les chaleurs excessives des plaines. La verdure des montagnes, les lacs et les chutes d’eau donnent à cette haute région un aspect des plus pittoresques. Les monts Nilgherris sont habités par les Toudas, race simple et énergique, qui se livre à la vie pastorale. Les

Toudas parlent une langue particulière et sont presque complétement |

étangers au culte et aux usages du reste de l’Inde. SECTION 5°. — Région septentrionale ou himalayenne.

Pour terminer notre description topographique de l'Indostau, il nous reste à parcourir la région qui touche à l’Hiinalayah. L'aspect de cetle région differe essentiellement de celui que nous offrent les autres parties de l'Inde. L’immense chaîne de l’Himalayah, quirenferme les montagnes les plus imposantes, les nius inaccessibles et les plus élevées du monde entier, enceint les fertiles plaines de cette région. Au nord, l’'Hymaleyah donne naissance au plateau du Thibet ; au sud, il descend par étages successifs au niveau du territoire de Delhi et du Bengale. Aussi la partie de la chaîne qui regarde l'Inde présente-t-elle toutes les variétés de climat, depuis celui de la zone glaciale jusqu’à celui de la zone tropicale.

Parmi les territoires qui longent l’Himalayah, le plus important estle royaume du Népaul; mais, pour plus de méthode, nous commencesons par décrire celui qui est le plus oriental, c'est-à-dire par le Boutan. Le Boutan ou Bhotan est situé au nord-est du Bengaie, et les sommets couverts de neiges éternelles de l’Himalayah le séparent du Thibet. Aucun pays ne présente au voyageur des scènes plus variées, plus imposantes e! rarfo: même plus terribles; des pics qui se perdent dans les nuages, des collines chargé + de forêts magnifiques, des précipices escarpés, des ahimes sans fond, de sombres vallées, des cascades qui s’élancent d’une hauteur prodigieuse. Près de la frontiere septentrionale du Boutan domine le pic du Tehoumalouri que l'on voit des plaines du Bengale et qui pourtant ne parait pas très-élevé quand on l’'examine du plateau qui lui sert de base. Au delà de ce point, le

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Le Boutan est Séparé du Bengale par un territoire d'environ huit licues de large, qui est couvert de forêts et de marécages. Sous l’in« fluence de lextrème chaleur ci de l'extrème humidité du sol, la végéation s’y développe avec une rapidité prodigicuse : mais en même temps l'atmosphère est infecté par les miasmes déiétères qui se dégagent des marais. Un détachement anglais. qui y séjourna en 1772, périt presque tout entier. Les habitants eux raèmes portent l'empreinte de influence fatale du climat, Ils sont petits, maladifs et sans vigueur.

Les Boutias où Bautaniens sont une race entièrement différente de la race indoue. Ils ont {es cheveux noirs, les veux petits, le menton pointu, la barbe rare, le visage large et les pommettes saillantes. En un mot, ils offrent tous les caracteres de la race mogole. Leurs armes sont Parc et les flèches; ils empoisonnent ces dernieres et les lancent avec beaucoup d'adresse.Quoiqu'ils soient des ennemis fort redoutcs des Indous, les Boutias ne font pas preuve d’un grand courage dans les guerres qu'ils se font entre eux. Dans ces combats, dit le major Turner qui en a été témoin , les Boutias se cachent derriere des broussailles, puis s’élancent pour faire à la hâte une décharge de leurs fleches et reviennent aussitôt se mettre à l'abri, Mais si cette race n’est pas remarquablie par sun intrépidité, elle mérite nos éloges pour l'énergie qu'elle déploie dans ses travaux et dans la lutte qu’elle a à soutenir contre un sol dont la culture offre souvent de grandes difficultés. Partout le Boutan offre le contraste d’une nature sauvage et d'une laboricuse industrie.

Ils ne laissent pas le moindre coin de terre cultivable sans en tirer parti. Plusieurs des montagnes les plus élevées du pays portent sur ieur sommet et sur leurs flancs des villages populeux entourés de vergers et d’autres plantations. L’irrigation des champs est l’objet de soins tout particuliers. Ils conduisent les eaux au moyen d'aqueducs d’une simpiicité extrême; car ils consistent en branches d'arbres creusées et jointes bout à bout. Les ponts qu'ils jettent sur les torrents et sur les profonds ravins de leurs montagnes, exigent une grande habileté. Ils les construisent ordinairement en bois ; mais parfois ils les suspendent avec des chaînes de fer, lesquelles sont solidement fixées dans des massifs de maçonnerie. On voit dans le Boutan des palais et des monastères remarquables par ieur grandeur et leur beauté ; mais, comme ils sont dépourvus de cheminées, on allume le feu au milieu de la aece et l'on ne tarde pas d’être enveloppé par un nuage de fumée sufiocante, Les Boutias sont robustes, et vigoureux ; malheureusement le goitre, ce fléau des pays de montagnes, est excessivement commun, Le climat leur impose la nécessité de se vèur plus chaudement que nie le sont les Indous : aussi l'usage des vêtements de laine et même des fourrures est-il général. Les habitants ne partagent aucunement les préjugés des Indousrelativement à la nourriture animale et aux liqueurs spiritueuses ; néanmoins le thé est leur régal favori. Ils ne le prennent pas comme nous en simple infusion : ils le mélangent avec de l’eau, de la farine, du sel et du beurre, et font ainsi une espèce de bouillie qui flitterait peu le goût des Européens. Le Boudhisme et le Lamismese partagent la population du Boulan.

Tassisuudon, résidence du Deb-Rajah, est située dans une vallée trèsfertile qui a un peu plus d’une lieue de longueur et qui est entourée de montagnes couvertes de belles forêts. Au centre de la ville s'élève un paiuis ou mieux un château qui n’a pas moins de sept étages. Le quatrieme étage esthabité par le Deb-Rajah, qui est le gouverneur laïque du pays ou le lieutenant du souverain pontife : celui-ci que l'on nomme Dharma-Rajah et que l’on regarde comme une incarnation divine, habite le septieme étage. Ce château renferme encore 1,509 moines. Dans son voisinage emiste une manufacture considérable d'idoles cu bronze et d’ornements religicux. Pounakha est une petite ville qui doit à la douceur de son climat d’avoir élé choisie par le Deb-Rayah et le

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ASIE : INNOSTAN. 81

Dharma-Rajah pour leur résidence d’hiver. Ghassa, capitale de la partie occidentale du Boutan, est bâtie au milieu de montagnes couvertes de neige. Ouandi pore, capitale d'une autre province, passe pour une place tres-forte et renferme de nombreux couvents de moines. Bouzadiouar est une forteresse importante qui commande le passage qui conduit de l'Inde dans le Thibet. Mouritchom est un petit village bâti sur une montagne : il mérite d’être cité pour la beauté de sa situation et pour l’industrie que déploient ses habitants dans la culture des terres qui l’environnent.

Le Boutan, ainsi que nous l’avons dit, est un pays vassal de l'empire Chinois.

Depuis la frontière occidentale du Boutan jusqu’à celle du Pundjab, c'est-à-dire jusqu’au Sutledge, s'étend un vaste territoire montagneux dent les diverses parties ont été réunies en un seul royaume par les conquêtes de la maison de Gorkha, C’est le Népaul ou Neypal. Comme nous l'avons vu dans le Boutan, l’üspect du pays change à mesure que l’on quitte la plaine de l’Indostan, etqu'on se rapprochede l'Himalaya. Entre l'ndostan pro,rement dit etle Népaul, s'étend une large lisière, appeléo Tarryani, qui est couverte de djungles et de forêts. L’extrême humidité de cette région combinée avec l’élévation de la température engendre deseflluves pestilentielles qui, dans certaines saisons, sont fatales aux armées qui prennent ce territoire pour théâtre de leurs opérations. En conséquence, il est presque inhabité et sert de repaire aux bêtes féroces. Au-dessus de la plaine s'élève une série de collines basses, qu’arrosent les nombreux cours d’eau qui descendent des montagnes, et que séparent de larges vallées. Quoique cette partie du Népaul puisse être trèsproductive, elle est très-négligée et presque entièrement couverte de vastes forêts. Parmi les nombreuses espèces d’arbres qui composent ces forèts, on remarque surtout une espèce de cannellier, et la mimosée qui donne le caoutchouc. En avançant plus au nord, on pénètre dans une région décidément montagneuse qui comprend le Népaul proprement dit, et les principaux districts qui en dépendent. Ici, les montagnes présentent une longue série d’escarpements entrecoupés de vallées étroites. Le fond mème de ces vallées est, dit-on, situé à 4,200 mètres au dessus de la plaine de ! Indostan. Partout où la terre végétale a une épaisseur

cuflisante, le sol est extrêmement fertile, car les eaux sont abondantes ul, 11

82 CHAPITRE QUATORZIÈME. | et le climat est celui du midi de l'Europe. L’agriculture est l’objet d' travaux assidus. Les irrigations sont faciles, et nulle part au monde les récoltes ne sent rnoins incertaines. Les forêts sont remarquables par leur beauté. Quant aux fruits, à l’exception de l’oran£: et de l'ananas qui viennent en perfection, ils sont médiocres. Au-dessus de cette contrée montagneuse, domine encore une autre région presque inaccessible, que l'on nomme Katchar. C’est dans le Kat:har que s'élèvent les pics les plus hauts et les plus escarpés de l'Himalayah sunérieur. Il renferme d'immenses rochers qui tantôt s’élancent en ais ?s pointues revêtues de neiges perpétuelles, et tantôt se déchirent, ‘:rdonnr naissance à des précipices effrayants. Le Katchar a de 12 à 16 lieues de largeur, et communique avec le plateau du Thibet, au moyen de défilés épouvantables qu’ont formés les torrents et que bordent des abime: sans fond.

La chaîne de l’Hirmalaya aboude en richesses minérales. Le cuivre, le fer etle plomb y sont très-repandus et d’excellente qualité. Le cuivre étant plus rare en Orient qu’en Europe, son exploitation donne un beau profit. Le soufre et le plomb se trouvent partout, mais principalement dans le Katchar. Mais on n’exploite pas le premier à cause de l’action

délétère de l’arsenic avec lequel il est combiné. Pour les mines de À

plomb, teur produit est peu abondant : ce qui tient à ce que le gouvernement s’est reservé le monopole de la vente. Le fer est de qualité supérieure à cc point, dit-on, que l’on peut en fabriquer des armes san: qu’il soit nécessaire de le transformer d’abord en acier, On prétent aussi que le Népaul a des mines d’or et d'argent; mais presque tou! l'or qu’on] tire de ce pays vient d’au delà les monts Himalayah. Quant à l'argent, les indigènes sont trop peu habiles en métallurgie pour extraire la petite proportion de ce métal que contient le minerai de plomb. On ne trouve pas une seule pierre dans toute la vallée du Né-

paul ; et les habitants, plutôt que de se donner la peine d'aller cher- |

cher les excellents matériaux de construction que leur tourniraient les montagnes voisines, préfèrent bâtir leurs maisons en briues. Leur argile est du reste excellente.

La population du Népaul offre un mélange singulier de races différentes. Placé sur la limite de deux grandes divisions de l'espèce humaine, les induus et les Tartares, il a recu des colonies de l'une et ce

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l'autre. On ne sait à laquelle des deux il faut rapporter les Niouars qui forment la base de la population. Cependant le Dr Hamilton qui les a étudiés en observateur intelligent, les considère comme appartenant à la race mongole, mais considérablement modifiés par le sang indou. Ces Niouurs sont une race jacifique et laboriceuse. C’est surtout à leur activité et à leur énergie que le pays doit sa prospérité. Ils sont toutefois exposés aux plus dures exactions de la part du gouvernement militaire établi par les tribus moins civilisées. Les Brahmes, \ une époque que la sciencchistorique n'a pas encore déterminée, p nombre dans le Népaul. Leurs connaissances «1 bientôt en état de jouer un rôle important

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: culte brahmanique, Gelte lâche offrait une difficulté toute particulière : c'était de persuader à des montagnards laborieux et vivant au milieu d’un air vif de renoncer à la viande que leur fournissait leurs nombreux troupeaux, La nation tout entière est encore soupçonnée d’aimer la nourriture animale ct de saisir toutes Îles occasions favorables pour transgres-

tif, La population a été complétement convertie

ser la loi : néanmoins, il paraît qu'à cette heure ils s'abstiennent complétement de la chair du bœuf. Pour toutes les autres observances extérieures, les Népalau:s montrent plus de zèle que les Indous eux-mêmes. D'après le colonel Kirkpatrick, on voit dans le Népaul presque autant de temples que de maisons et autant d’idoles que d'habitants. Ces temples sont plus remarquables par leur nombre que par leur richesse ou leur beauté, Le sanctuaire le plus révéré, celui de Sumbounah, bâti sur une hauteur qui domine la vallée du Népaul, présente à l’intérieur plutôt l'aspect d'une misérable cuisine que celui d’un temple magnifique. Les voyageurs disent encore que les mœurs, dans le Népaul, forment un contraste fàcheux avec l’extrème dévotion des habitants.

Ce territoire tout entier est soumis au gouvernement militaire de: Rajahs de Gorkha qui jadis ne possédaient que le petit canton de c: nom, situé à l'est du Népaul, au milieu des montagnes de l’Himalayal: supérieur. 1, était cependant occupé par les Wagars, race hardie et guerrière, qui Gpprimaient la population lahorieuse des vallées. En 1761, Pritwi Narayan, soit par conquête, soit autrement, obtint ia possession du Népaul propre. Il employa alors toutes les forces dont il disposait

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