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pour étendre sa domination sur le vaste territoire soumis aux Chaoubisi, ou Vingt-quatre Rajahs, et sur les districts environnants. Les successeurs de Pritwi Narayan poursuivirent le cours de ses conquêtes, Le territoire de Sikkim, le plus oriental de tous les distnets du royaume, fut conquis en 1788, et, au commencement du siècle, la soumission du Gheroual porta la frontière ouest du royaume au delà de la Dyumna. Mais bientôt le gouvernement anglais, redoutant la formation d’un royaume puissant sur ses frontières, déclara la guerre au Rajah du Népaul, le défit, et l’obligea d'abandonner ses conquêtes occidentales, Actuellement, le royaume est borné à l’ouest par le Kali, laissant ainsi le Kemaoun, le Gheroual et les bords du Sutledge sous la protection britannique.
On remarque dans le Népaul quelques restes d’anciennes institutions qui tempèrent un peu le despotisme absolu du souverain. Dans les sirconstances critiques, on convoque une espèce d’assemblée des notables dans laquelle les orateurs s’expriment avec une grande liberté. Néanmoins, la cour tient fort peu de compte de ces discours : il semble, dit le D* Hamilton, que ce soit simplement un moyen de permettre au mécontentement de la nation de s’évaporer sans danger. La noblesse est très-considérée. Les trois grandes digmtés du royaume sont celles de Chateridja ou conseiller, de Karidje, ou administrateur, et de Sérdar
ou commandant militaire. Les individus revêtus de cette dignité la
conservent toute leur vie, et, après eux, le titre passe à leurs frères. Le
Chateridja a le rang de premier ministre, quand bien même il serait encore mineur. Dans les cas de ce genre, les titulaires n’exercent pas en réalité les fonctions de leurs charges. Au sein du peuple, il existe une ligne de démarcation bien tranchée entre ceux qui sont de pure race indoue, et ceux qui, sous le nom de Khas, cu infidèles, font naître dans l'esprit des Brahmes l’idée d’une chose vile et impure. Les premiers s'abstiennent de toute nourriture animale, et de toute liqueur forte: ils se distinguent en outre par une extrême propreté et par des manières plus polies. Les Khas au contraire affectionnent la nourriture animale ; leurs mœurs sont plus grossières et leur esprit moins cultivé: enfin, on les accuse d’une secrète partialité pour la religion du Dalai- Lana. La dynastie régnante, dont pourtant l’origine est douteuse, a R
adopté avec zèle la cause des Indous. Elle a interdit, sous les peine les
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La principauté de Sikkim, forme la partie la plus orientale du vaste territoire dont nous venons de tracer les caractères généraux. Elle confine immédiatement au Boutan. Elle est occupée par les Laptchas, tribu grossière, mais énergique. Leurs armes principales sont l'arc et l'épée : ils ont la barbare coutume d’empoisonner leurs flèches. Ce n’est pas sans peine que le Rajah du Népaul les a soumis et les a contraints de renoncer au bœuf, au porc, aux liqueurs fortes et à d’autres abomina1tions de ce genre dans lesquelles ils se délectaient. La moitié environ des Laptchas professe le Lamanisme. Le Sikkim ne renferme aucune ville qui mérite d’être citée. Le Kankayi ou Konki constitue la limite occidentale de cette petite province. Les Kiratas habitent le vaste territoire situé à l’ouest du Sikkim, entre le Konki et le Kousi. C’est une race énergique et belliqueuse qui, à l’époque de son indépendance pouvait mettre sur pied une armée de 90,000 hommes. Comme les Sikkimites, ils étaient adonnés au culte du Lama et à une nourriture animale. Depuis qu’ils sont sous la domination de la dynastie Gorkha, ils y ont renoncé, du moins ostensiblement; car ils sont soupçonnés de regretter leur ancien culte et leur ancienne manière de vivre; aussi sont-ils regardés par les Indous comme une race impure. Les étroites vallées qui partagent ce territoire forment autant de districts, avec des villes dont ils prennent le nom; comme Vizaypour, Tchayenpour, Khatany et Dalka; mais aucune de ces viltes n’est remarquable par son étendue.
En traversant le Kousi, on trouve entre deux rangées de montagnes élevées, la vallée du Népaul proprement dit, qui est, après le Kachemire, la plus belle et la plus fertile de toute la région septentrionale de l’Inde. La vallée principale a environ 9 lieues de l’est à l’ouest, et 8 du nord au sud, Son aspect est délicieux; car partout elle est magnifiquement boisée, bien cultivée et entourée de hauteurs qui lui forment un amphithéâtre pittoresque et qui sont dominées par des pics couverts de neiges éternelles. Le sol, tout entier d’alluvion, indique que la valléo a élé jadis ocoupée par un lac, dont on peut encore suivre les limites, et dont il est fait mention dans les anciennes traditions du pays. Les nombreux cours d’eau qui l’alimentaient vont maintenant grossir le
Gonduck, lequel, après s'être frayé un passege à travers les montau
gnes, continue son cours jusqu’au Gange. Les habitants du Népaul sont
les Niouars, que nous avons déjà décrits, et les Parbatiyas ou monta- È
gnards. Les villes principales sont Æathmandou, la capitale actuelle, Zalita Patan et Bhatgang. Elles sont construites en briques et assez bien bâties. Les palais sont assez vastes, mais ils n’offrent rien de remarquable sous le rapport architectural. Hamilton attribue à ces trois villes
20,000, 24,000 et 12,000 habitants. Il estime la population totale de là B:
vallée à 500,000 âmes.
Le Trisul-Ganga sépare le Népaul proprement dit, du territoire du \
Chaoubisi ou des Vingt-quatre Rajahs. Ce territoire, qui est traversé de l’ouest à l’est”..» le Gonduck, se compose de petites vallées, dont chacune était occupée par un Rajah soumis à une sorte de dépendance
féodale à l'égard du Rajah d'Youmila, jadis le chef le plus puissant de Bi l'Inde septentrionale. Parmi ces vallées, on remarque surtout celle qui È
a été le siége primitif de la dynastie Gorkhali, actuellement maîtresse absolue du pays. La vallée de Gorkha est beaucoup moins étendue que
celle du Népaul, mais elle jouit d’un climat plus chaud, et se distingue 1 par sa fertilité. Quoique la dynastie régnante soit aujourd’hui établie B dans la riche vallée du Népaul, ses partisans se font encore gloire du titre R
de Gorkhalis. Gorkhaa, la capitale, est une ville de 2,000 maisons. Avant E\
que la dynastie de Gorkha eut acquis la prépondérance complète qu’elle possède actuellement, les Rajahs de Palpa étaient regardés comme les plus puissants des 24, et étaient à le tête d’une nombreuse confédération.
A l’ouest des Chaoubisi, s’éten” ‘- territoire des Baÿsi Rajahs ou des Vingldeux Rajahs. Le plus considér: d’entre eux, était jadis le Rajah
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au pied des plus hau‘es montagnes de l’Himalayah. Cette vallée est
fertile en grains; mais elie n’est propre ni à la culture du riz ni à celie Bu 8 ; p
de la canne à sucre. Elle exporte dans tous les pays voisins, une grande quantité de sel que l’on recueille dans un endroit nommé Moukhola, 1
capitale de cette vallée s’appelle Tchinatchin. Le Rajah d’Youmila, est Bi
un Radjepoute. Longtemps il a été le chef d’une espece de confédération fécasi$ formée par les Rajahs qui occupent ces pays montagneux.
En cette qualité, il avait le droit d’interposer son autorité pour empê- Fi
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Lo limite occidentale du territoire d'Youmila et des Vingt-deux Rajahs, est formée par le Kali, qui, depuis le dernier traité, borne à l'ouest les États du Népaul. En franchissant le fleuve, on se retrouve dans un pays purement indou. Le premier district qui se présente est celui de Aemaoun où Kouman. Quoique montagneux, il est couvert de beaux pâturages et de vastes forêts, et, dans quelques localités, il produit d’abondantes récoltes de riz. La population se compose principalement de Radjepoutes avec un mélange de Soudras et de Brahmanes, les races impures ayant été ou expulsées ou converties. Almora, la capitale, est une ville d’un millier de maisons, dispersées sur une haute crête de montagne; elle est le siége d'un commerce considérable. Le Kemaoun fait actuellement partie des possessions britanniques.
Le territoire appelé aujourd’hui Gheroual, mais plus connu sous le nom de Sirinagur, est à l’ouest du Kemaoun. Il est considéré par les Indous comme la Terre sainte de l’Himalayah; car il renferme les sources du Gange et cina prayagas, c’est-à-dire cinq confluents de riviéres avec ce fleuve sacré. Les scènes grandioses de roches escarpées, de précipices insondables, de montagnes entassées sur d’autres montagnes, qu'offre toute celte contrée, ne pouvait manquer d'imprimer un sentiment de terreur superstitieuse dans l’âme des pèlerins qui la visitaicnt. On n’y rencontre pas de ces profondes et fertiles vallées qui permettent aux territoires, dont la description précède, de nourrir une nombreuse population. Les seuls endroits susceptibles de culture sont quelques petites crêtes, ou plateaux situés au sommet des montagnes. Les chemins sont souvent taillés dans les flancs de rochers perpendiculaires, et l’on passe les torrents au moyen de cordes tendues au travers. La vilie de Sirinagur est bâtie sur un plateau très-élevé d'environ une demie lieuecarrée, faute de trouver ailleurs un espace suffisant. Diverses circonstances, mais surtout l'invasion et la domination des Gorkhalis, ont réduit Sirinagur à l’état le plus déplorable. Cependant elle est encore le rendez-vous des dévots pèlerins qui, après avoir fréquenté la foire d’Hurdwar, s'aventurent à visiter le lieu trois fois sacré où le Gange, enfant, descend des pentes neigeuses de l’Himalayad. Ge voyage s'accompagne de beaucoup de difficultés et de dangers, et un grand
nombre de pèlerins périssent en route. La première ville au- dessus de Sirinagur est Djosimath, célèbre par ses nombreux temples. Elle est située sur l’Alakananda, l’une des deux branches qui concourrent à former le Gange. En le remontant, on rencontre Manah, grand village qui renferme 44 à 15,000 habitants. De l’autre côté du fleuve, on trouve Bhadrinath, où se voit un temple fameux que visitent chaque année des milliers de pèlerins. Ce temple est de forme conique ; sa toiture est revêtue de cuivre. Il est orné d’une aiguille que surmonte une boule dorée. Les voyageurs n’ont pu qu’entrevoir l’intérieur du sanctuaire où l'on aperçoit l’image de Bhadrinath, sous la figure d’une pierre noirc, haute d'environ trois pieds et couverte d’une riche draperic de brocard d’or et d'argent. Il existe dans cet endroit plusieurs sources froides et chaudes : chacune d’elles a une vertu sanctifiante; mais le pèlerin n’en veut user qu’en sacrifiant pour cet objet une partie de ses biens terrestres. Cette exploitation de la superstition indoue accroîtrait sans mesure les trésors du temple, si les chefs n'avaient trouvé le moyen d’alléger les prêtres d’une partie de ces richesses. Il est vrai que la sainteté du lieu empêche que les chefs ne pillent purement et simplement ces trésors
sacrés ; mais ils atteignent leur but à l’aide d'emprunts ou d’échanges dont ils dictent eux-mêmes les conditions.
A douze lieues à l'ouest de Bhadrinath, ontrouve Gangoutri, village peu éloigné de la source du Bhagirati que l’on considère aujourd’hui comme l'origine principale du Gange. A quelques lieues au-dessus, le fleuve n’a que 12 à 18 mètres de largeur, et 4 mètre et demi de profondeur. En remontant encore, il coule au-dessous d’un lit de neige si épais que l’on n'entend pas le bruit de ses eaux. Enfin on aperçoit un mur de rochers
dont un angle présente un orifice, appelé par les Indous la Bouche de la Va- È
che, d’où sort le Gange. Suivant Fraser, « rien ne peut surpasser lagrandeur de cette scène. Les pics nus de l’Himalayah s’élancent jusqu’au ciel ; d’énormes masses de rochers détachés des montagnes gisent à leur pied , comme des vestiges du chaos ; quelques arbres, en petit nombre, animent seuls ce tableau ; le sombre pin lui-même plonge rarement ses racines dans les fentes profondes que le temps a creusées. »
Le principai tributaire du Gange, la Djumna, prend naissance dans les mêmes montagnes et à peu de distance des sources du fleuve.
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L'étroite et profonde vallée, près de Bunderpoutch, où coule la Djumna, est ainsi décrite par un voyageur. « Cet abîme apparait comme les ruines de la nature, et ilest impossible d'y pénétrer. On n’y distingue rien, si ce n’est de sombres rochers. Peut-être les amas de neige que l'on rencontre et qui contrastent par leur éclat avec l'obscurité générale de la scène, contribuent-ils à augmenter l'aspect de désolation qu’elle présente. On n’y voit aucun être vivant ; on n’y aperçoit d'autre mouvement que celui des eaux; on n’y entend d'autre bruit que leur mugissement. »
Le territoire de Sirmore et celui des Douze Seigneuries, qui s’étendent le long du Sutledge, appartenaient à plusieurs Rajahs indépendants qui avaient été contraints de subir l’ascendant de la dynastie de Gorkha. L’Angleterre a rétabli ces chefs et les a placés sous sa protection. La vallée du Sutledge est stérile et peu susceptible de culture. Cependant les montagnes du district de Djoubul sont couvertes de forêts magnifiques : on y trouve des sapins, des chênes, des sycomores qui offrent parfois des dimensions gigantesques. Le pays est cultivé avec soin ; les flancs abruptes des montagnes ont été laborieusement appropriés à l'agriculture, de sorte que cette contrée, naturellement peu fertile, est devenue capable d’exporter des grains. D'après Fraser, l’aspect extérieur des habitants prévient en leur faveur; mais leur caractère est loin de répondre à cette impression favorable. Ils umissent les mœurs grossieres et les habitudes violentes d’une race barbare à l'esprit bas et rampant des peuples soumis au despotisme asiatique. Le territoire situé entre le Sutledge et le Pundjab est occupé par plusieurs Räjahs indépendants souvent en guerre les uns avec les autres. Les principaux sont ceux de Bischur, Sirwore , Djoubul, Kahiar et Hindour. Ces territoires occupent les profondes vallées du Sutledge, de la Tonse et du Pahur. Les capitales ne sont que de petites villes, souvent bâties par étages sur les flancs escarpés des montagnes. Telle est la situation de Rampour, capitale du Bischur, sur une hauteur qui domine le Sutledge. Nahn, capilale du Sirmore, est bâtie sur les flancs d’une montagne si abrupte que ses rues sont taillées dans le rocher. Malgré la stérilité du territoire qui les entoure, ces petites villes ont acquis un certain degré de prospérité, grâce à leur commerce avec le Thibet et iu rartarie,
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Pepe FT ” = DR . :
Après avoir escaladé le puissant rempart naturel qui forme la limite châles, po de l'Inde occidentale, le voyageur pénètre dans l'immense vallée de Ka- JR GOUVER chemyr ou Cachemire que la nature a profusément ornée de tous les attri. admirable buts du paradis terrestre. Le Cachemyr est ceint de tous côtés par des 16,000. I montagnes élevées qui le séparent, au nord, du Thibet, et, à l’ouest, du ne plus € Caboul et du Candahar. Une multitude de ruisseaux qui descendent pricant pe de ces montagnes répandent de tous côtés la vie et la fertihté, et font, voie hom: pour ainsi dire, de la vallée toutentière, un jardin toujours vert. Le riz, ‘ As 8 0 le froment, l’orge, les grains et les fruits des climats tropicaux et tem- vor sen pérés, y viennent en abondance et en perfection. Le platane y étale par- ne
tout la pompe de son feuillage. Mais la gloire du Cachemyr réside dans ses roses, qui, sous le rapport de l’éclat et du parfum, sont, dit-on, sans rivales. Les nombreux cours d’eau qui l’arrosent se réunissent dans le
qui signifi deur. Elle
k ; x È jelam st
Djelam qui, après avoir formé plusieurs petits lacs, coule à l’ouest, se Dje “
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ords du
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Les Cachemyriens appartiennent à la race indoue ; muis ils en diff. rent sous plusieurs rapports. Ils sout actifs, industrieux, et, en même temps, spirituels, ingénieux et pleins de goût pour la poésie et les sciences. D’un autre côté, on les représente comme légers, perfides, livrés à la plus extrême dépravation, cupides et prodigues à la fois. La beauté des femmes du Cachemyr est célèbre dans tout l'Orient. Cependant Victor Jacquemont affirme que les femmes du peuple sont d’une laideur repoussante, toutes les petites filles qui promettent d’être jolies étant vendues dès l’âge de 8 ans pour l’Inde et le Pundjab.
Ce pays d’ailleurs est bien déchu depuis l’époque où il était la résidence favorite de la dynastie mogole qui la regardait comme le paradis de l'Inde. A la chute de cette dynastie, les Afghans s’emparèrent du Cachemyr ct eurent bientôt presque anéanti son ancienne prospérité. Rundjet-Singh leur enleva à son tour cette fertile vallée que sc: successeurs ne pourront sans doute pas conserver.
Les Cachemyriens , avons-nous dit, sont industrieux. Ils travaiiient ic bois avec une grande habileté; ils fabriquent le meilleur papier de l'Orient, et excellent dans la fabrication de la coutellerie et des objets en laque. Mais l’industrie capitale du pays, celle qailui à acquis dans le monde entier une réputation inconteslée, c’est la fabrication des
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châles, pour laquelle ils emploient le duvet de la chèvre du Thibet. Mais le gouvernement tyrannique des Afghans a porté un rude coup à cette admirable industrie : de 40,000 , le nombre des métiers était tombé à 16,000. I} paraît que les manufactures de châles sont établies sur une plus garnde échelle que dans le reste de l’Inde; souvent un seul fabricant possède un grand nombre de métiers. Chaque métier occupe trois hommes, et on met quelquefois une année pour faire un seul châle, Pour les châles de qualité supérieure, c’est bien travailler que d’en tisser trois centimètres par jour. Quant à ceux de qualité ordinaire, leur fabrication marche beaucoup plus rapidement.
La ville de Cachemyr, appelée anciennement Sirinagur, mot indien qui signifie habitation du bonheur, n’est remarquable que par sa grandeur. Elle est située dans une vaste plaine et s'étend sur les bords du Djelam sur une longueur de plus d’une lieue. Le seul édifice qu’on y puisse citer est le palais que les Grands-Mogols avaient fait bâtir sur les bords du lac Dak qui, auprès du faubourg, se réunit au Djelam par un canal étroit. En 1809, on accordait à cette ville 150,000 habitants ; mais les émigratinns causées par les troubles qui depuis lors ont agité le pays, ont dû considérablement réduire sa population. Les autres villes de la vallée sont Islamabad, Paper et Moudzafferabad.
SECT. 6°— Ceylan, Lakedives, Maldives.
Il nous reste à jeter un coup d’œil sur lesfles que jisnr situation géographique rattache à l'Inde même. Ceylan, qui se pres te la première, constitue un véritable prolongement de l'Inde méridionale dont elle n’est séparée que par le détroit de Manaar. Elle est longue de près de 420 lieues et en a 60 dans sa plus grande largeur. Les côles de Ceylan, pourvues d’une quantité de bons ports, sont entourées de bas fonds et d’écueils. La partie occidentale est occupée par une vaste plaine au delà de laquelle des rangées de collines, puis de montagnes s’élèvent en amphithéâtre ies unes derrière les autres et couvrent une grande partie de la surface de l’île. Ces montagnes cependant ne sont pas d’une hauteur extraordinaire; car la plus haute de toutes, le Pic d'Adam, ne s'élève qu’à 1875 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elles sont en
99 CHAPITRE QUATORZIÊÈME.
général couvertes d'immenses forêts et de broussailles épaisses qui transforment en djungles la majeure partie de Ceylan,
Quoique située très-près de l'équateur, Ceylan jouit d’un climat tem. ptré. Elle n’épronve pas ces chaleurs excessives qui desséchent la côte de Coromandel. Dans l’intérieur, où souvent ne pénètrent pas les brises de mer, les montagnes et les forèts concentrent la chaleur, empêchent la circulation de l’air et servent de séjour à des brouillards épais et à des vapeurs malsaines.
Le nom de cette île varie beaucoup selon les temps et les auteurs. Celui de Selan, d’où nous avons fait Ceylan, se trouve chez Cosmas, au vi‘ siècle, sous la forme Sielen-Diva, ou île Sielen. Mais comme Ammien Mar. cellin appelle les habitants Serandives, et comme le nom arabe Serandib n’est qu’une corruption de Selan-Div, ce dernier doit remonter à une époque très-ancienne. Mais les anciens n’ont connu ni le plus ancien nom sanscrit Langa, ni celui qui est le plus en usage, Singala ou Chingala. Ce dernier signifie île des lions.
L'histoire de Ceylan, avant l’arrivée des Portugais en 4505, est à peu près inconnue. L'île était alors divisée en six royaumes, savoir : Candy, Cotta, Sieta-Reca, Dambadam, Ramnadapour et Jaffnapatnam. La discorde qui régnait entre les rois de ces Etats, favorisa l’établissement des Portugais; mais ils s’engagèrent bientôt dans une série d’hostilités contre les habitants, et forcèrent ceux-ci à abandonner Colombo et les autres villes de la côte et à se réfugier dans l’intérieur. Un grand nombre de Portugais se fixèrent dès lors à Ceylan, et l’on y trouve encore aujours d'hui des descendants des anciens conquérants, qui se sont mêlés avec les indigènes. Cette Île éprouva toutefois le sort des autres possessions du Portugal dans les Indes orientales, et, dans le cours du xvir* siècle, les Hollandais, après une longue et sanglante lutte, enlevèrent Ceylan aux Portugais. Ils voulurent ensuite se rendre maîtres de l’intérieur de l'île, mais tous leurs efforts furent vains. Ces tentatives coûtèrent à la compagnie beaucoup de soldats et des sommes énormes, tandis que ses employésacheverent de détruire ses espérances parleur cupidité effrénée. A l'exception d’une courte occupation de Trincomali par les Anglais en 1782, les Hollandais restèrent en possession de Ceylan jusqu’en 1796, où une expédition britannique renversa la puissance hollandaise. Cette conquête de l'Angleterre lui fut confirmée par la paix d'Amiens. En 1815,
les troupe capitale sit sesseurs al tient pas à
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05, est à peu Avoir : Candy, . La discorde ent des Portilités contre et les autres 1 nombre de 1core aujours nt mêlés avec s possessions u xvir siècle, serent Ceylan l’intérieur de oûtérent à la andis que ses idité efrénéec.
rles Anglais isqu’en 1796, idaise. Cette ns. En 181,
ASIE : INDOSTAN. 93 les troupes anglaises défirent le roi de Candy, s’emparèrent de sa capitale située dans les montagnes de l’intérieur, et devinrent ainsi possesseurs absolus de l’île entière. Le gouvernement de Ceylan n’appartient pas à la compagnie des Indes orientales : il dépend uniquement de la couronne.
Quoique la surface de Ceylan soit en grande partie inégale et montagneuse, et quoiqu'il y ait le long des côtes de vastes espaces sablonneux
M ct stériles, l’agriculture, l'industrie et le commerce sont encore bien loin
de tirer de cette Île tout le parti qu'on en pourrait tirer. Les montagnes renferment une grande variété de minéraux précieux ; on y trouve des améthystes, des topazes, des rubis et même des diamants : toutefois, ces pierres ne sont pas de qualité supérieure. Ceylan possède une source de richesses plus précieuses : ce sont des mines de fer, de plomb, d’étain et de mercure; mais elles sont peu exploitées.
Lesproductions du règne végétal constituent la principale richesse de l'île. Le riz, bien qu’étant la seule céréale cultivée par les indigènes, ne suffit pas à la consommation. On exporte une assez grande quantité de café, ainsi qu’une espèce d’ipécacuanha inférieure à celle qui nous vient
“ de l'Amérique. Des forêts de cocotiers s'étendent le long de la côte,
surtout depuis Negombo jusqu'au delà de Matoura. Les fruits de cet arbre ainsi qu’une espèce de cordages qui se fabriquent avec les fibres de son enveloppe et à laquelle on donne le nom de coir, forment un objet d’exportations considérables. Les immenses feuilles du talipot (corypha umbraculifera) servent de papier et d’éventails ; le sagoyer, le kettula, le palmier à sucre, le borassus flabelliformis et d’autres espèces voisines des palmiers, composent la plupart des forêts du pays plat. L'arbre à pain fournit aux habitants un aliment précieux. Plusieurs voyageurs vantent l'orange du roi comme le fruit le plus délicieux de Ceylan et de la terre entière. Cette île produit aussi du bois d’ébène d'une belle qualité. Le cardamome et le bétel prospèrent à Ceylan. On y remarque encore plusieurs arbres à gomme, le théier et le camphrier. Parmi les fleurs, on distingue le grand lis, le sindrimal dont la coroile s'ouvre à qustre heures du matin et se ferme le soir à la même heure, la mussende, qui couvre d’une grande feuille blanche ses fleurs d’un pourpre foncé.
La bandoura (nerenthes distillatoria) renferme dans une espèce de
RE Le 2
’ -… F4 CRE sær-es sf es,
ès; se" ES ï
4 CHAPITRE QUATORZIÈME, bourse cylindrique suspendue à l’extrémité de ses feuilles, une ca: fraîche et limpide.
Le principal objet d'exportation de Ceylan est la cannelle, L’arh qui la produit appartient à la famille des lauriers, I est haut seulemen de 4 à 10 pieds. Il croît spontanément dans la plus grande partie d lle ; mais la cannelle la plus estimée est fournie par les arbres cultivés aux environs de Colombo. En 1830, il a été exporté 380,000 livres pesant de cannelle, ayant une valeur de 3,%90,000 francs.
La pêche des perles se fait dans le détroit de Manaar à environ trois lieucs de la côte ceylanaise. Ce sont surtout des barques venues de la côte de l’Inde qui s’y livrent. Cette pêche, qui était autrefois fort lucrative, se réduit à peu de chose aujourd’hui. Avant l'arrivée des Portugais, la pêche n'avait lieu que tous les 20 ou 24 ans. Les Portugais réduisirent cet intervalle à 40 ans, et les Hollandais, pour multiplier un gain précaire, affermèrent la pêche tous le: 7 à 8 ans. Actuellement elle a lieu tous les 2 ans. L'heure à laquelle la pêche doit commencer est déterminée d'avance, Au signal donné, les bateaux qui y ont pris part rentrent dans la baie, et débarquent leurs huîtres ; on en fait des lots, que l’on vend ensuite à l'enchère au plus offrant. Ce sont des chances à courir que d’en faire l'acquisition. S'il y a beaucoup de perles ou seulement deux perles de la première qualité dans le lot, la fortune de l’acquéreur est presque assurée; mais il arrive aussi que tout le lot ne vaut pas la centième partie du prix pour lequel on l’a acheté. Les plus riches joailliers de l'Inde se rendent à Ceylan à l’époque de cette pêche. L'amour du gain s’offre ici sous lestraits les plus hideux. Lesinfortunés plongeurs étouffent quelquefois sous l’eau ou expirent en vomissant le sang, dès qu'ils sortent de la mer. Les huitres, en pourrissant, exhalent l’odeur la plus infecte ; l'air en est corrompu à plusieurs lieues à la ronde. On voit l’avide chercheur de perles remuer ces immondices pestilentielles, pour y découvrir quelque irésor négligé. En 1804, la pêche était affermée au prix de 3,000,000 de francs ; en 1898, le fermage n’était plus que de 765,300 francs.
On prend aussi, sur les côtes de Ceylan, beaucoup de cauris, dont une partie passe sur le continent. Parmi les animaux indigènes de cette île, on remarque l'éléphant. L’éléphant de Ceylan est plus estimé que celui du continent, quoiqu'il soit de plus petite taille; maisonle recherche
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à cause de son activité, de sa patience et de sa docilité, On ne s’occupe pas de la reproduction des éléphants; on n’élève que ceux qui l’on: prend à l'état sauvage. C'est au moyen de fosses creusécs à cet effet que l’on parvient à s'en emparer sans difficulté et sans danger. Il ne faut en-
! suite que 8 ou 10 jours pour les habituer à la domesticité. Les buflles
sauvages, après avoir été apprivoisés, servent au labour. Les chevaux de Ceylan sont d’une belle race. On en exporte un grand nombre pour l'Inde, où ils servent à la monte. Ceylan possède nos animaux domes-
| tiques; mais les brebis, selon Wolf, ont du poil au lieu de laine, Lo | même auteur prétend qu’il n’y a point de lions dans l'ile, quoique Knox
assure qu'il en existe. Les forêts de Ceylan renferment des daims, des
| lèvres, un animal à muse, des tiges, des chacals, et diverses espèces de | singes. Les oiseaux y sont très-normbreux, ainsi que les abeilles et les
fourmis. Les sangsues et les araignées venimeuses se font redouter.
| Les fleuves fourmillent de poissons. Dans les contrées marécageuses il
L ya des serpents énormes.
Les Ceylanais ou Chingalais paraissent descendre d’un peuple étranger qui est venu s'établir dans l'ile. Leurs mœurs, leur religion et leur langage sont ceux des Indous, Ils sont bien füits et ont beaucoup d’agilité. Leur vêtement ordinaire consiste en une étoffe dont ils entourent les
| reins, et en une camisole avec des manches à grands plis. Leur tête est | coiffée d’un bonnet à double pointe ; ils portent un sabre au côté gauche
et un poignard dans le sein. Leurs doigts sont ornés d’anneaux d’ar-
gent et de cuivre jaune. Les riches portent deux camisoles de coton,
… dont l’une est blanche et l’autre bleue, et un coutelas à manche doré.
| Les femmes se revêtent d’une camisole rouge et bleue, dont la longueur
' dépend du rang où elles sont placées. Elles ont la tête, le cou et les | bras chargés de divers ornements. Elles ont les mauaières aisées des
européennes, et jouissent d’une liberté inconnue aux autres orientales. Les hommes et les femmes vont pieds nus. A table, la femme sert le mari, et après que celui-ci a mangé seul, elle s’assied avec ses enfants.
Les Cningalais, quoique d’un caractère très-doux, surpassent en in-
‘ telligence beaucoup d’autres nations indiennes. Très-rusés à la guerre
ansi qu'à la chasse, ils ont porté les métiers et les arts à un certain
k degré de perfection. Ils fabriquent entre autres de bonnes étoiles de * coton. Ils tirent aussi une espèce de sucre brut des cocotiers et des pal:
miers. Une preuve que leurs ancêtres ont aussi cultivé les beaux arts, c’est le grand nombre de monuments que l’on trouve encore dans l'ile, particulièrement sur la frontière septentrionale de l’ancien royaume de Candy. Ce sont d'énormes ruines de palais, de temples, de colonnades de marbre et de pierre, d'inscriptions taillées dans le roc, et de ponts avec des arches voûtées. Aux environs de Topary, on a découvert des temples circulaires de 100 pieds de hauteur, surmontés d’obélisques et entourés de tumulus. Un soubassement en talus de 30 picds de hautsur 80 de large supporte deux statues bien proportionnées, dont l’une est haute de plus de 50 pieds. Ces statues ainsi que leur soubassement sont taillés dans le roc.
A côté de cette race, il s’en trouve une autre qui vit à l’état purement sauvage, et que l'on nomme Beddahs. Les Beddahs paraissent appartenir à la race nègre. Ils habitent les contrées montagneuses et couvertes de djungJles de l’intérieur de l’île, vont presque tout nus, vivent principalement de leur chasse, et couchent où le hasard les conduit. Ils échangent de l’ivoire, du miel, de la cire et des peaux contre des couteaux et les autres instruments de fer dont ils ont besoin. La polygamie est admise chez eux; mais ce n’est pas tout. Suivant Domeny de Rienzi, ils peuvent épouser leur mère et leurs sœurs; néanmoins, le mariage du père et de la fille estinterdit. Pourachever de pein-
dre cette peuplade, on l'accuse de se livrer quelquefois à l’anthropopha- À
gie. Le seul côté par lequel on puisse louer les Beddahs, c’est leur hos-
pitalité et leur passion pour l'indépendance, Ils n’attaquent jamais
leurs voisins, mais ils joignent toutes leurs forces pour défendre leur liberté,
Il reste encore à Ceylan des descendants des anciens maîtres de l'île, c’est-à-dire des Portugais et des Hollandais, Ils conservent leurs habitudes européennes, mais considérablement modifiées par l'adoption de plusieurs des usages propres aux indigènes. La majeure partie des
bitants.
{l nous reste à jeter un coup d’æil sur les principales villes. Colombo, EF: sur la côte occidentale, est la capitale de l’île ct le siége de presque tout le commerce étranger. Elle doit cet avantage à ce qu'elle est située au D
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L Cequiajor … la côte de | deleurss | n'ayant p | blissemen | quelques Anglais qui y résident appartiennent à l’armée royale. La population ! totaie de l’île est généralement évaluée de 900,000 à 1,000,000 d'ha- Re | cours, le
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milieu de la partie la plus fertile et la plus productive de Ceylan. Cependant elle n’a pas de port, et sa rade n’est tenable que durant quatre mois de l’année. La ville, qui a été construite rar les Portugais, est bien bâtie. Ses rues sont larges et régulières. On lui accorde plus de 60,000 habitants, appartenant à presque toutes les races asiatiques. Elle est défendue par un vaste fort, entouré d’un fossé large et profond. Colombo est remarquable par la salubrité de l’air et la constance de sa température. Le thermomètre ne descend jamais au-dessous de 23° et ne s'élève pas au-dessus de 30 degrés centigrades. A quelques lieues au nord, on trouve Negombo, puis Tchillau, deux petites villes importantes par leurs pêcheries. A l'extrémité sud de Ceylan, Punta de Gale ou Point de Galle possède un port vaste et assez sûr. La population indigène y est nombreuse, mais il y a peu d'Européens. Matoura et Tangale sont sans importance. C’est sur leur territoire que l’on fait la chasse aux éléphants
Bellegam, dans le voisinage de Matoura, est célèbre par son vaste temple
consacré à Bouddha, où l’on voit une statue colossale de ce dieu.
Les côtes sud-est ne présentent que des marais salants, derrière lesquels on n’aperçoit que forêts et rochers. A Battikalo, fort situé dans une
L, très-potite île, on voit reparaître toute la magnificence du règne végétal.
Le pays est parsemé de fermes dont les arbustes les plus charmants forment la clôture. Trincomali ou Trinquemale au nord-est estsituée dans
; un territoire montagneux, excessivement pittoresque, mais peu fertile. } Elle possède l'avantage d’avoir le plus beau port des mers de l’Inde; | plus de 40 vaisseaux de ligne y peuvent mouiller à l'abri des tempêtes. F Cequiajoute à l'importance de ce port, c’est qu’il n’existe pas, sur toute |. la côte de Coromandel, un mouillage sûr, et que tousles navires chassés ns maîtres de E nservent leurs È par l'adoption ure partie des La population |,000,000 d'ha-
de leurs stations sur cette côte, viennent se réfugier ici. Trinquemale,
, n'ayant pas d’autres ressources, est une ville petite et misérable. L’éta- . blissement d’un arsenal et de chantiers maritimes a cependant, depuis | quelques années, amélioré sa position. C’est dans le port de Trinque- É male que se décharge le Mavaliganga. le plus grand fleuve de Ceylan. Il descend du pic d’Adam; mais les nombreux rochers qui obstruent son } cours, le rendent inutile à la navigation. Ceylan est entouré d’un grand + uombre de petites îles ; il y en a surtout beaucoup du côté de l’ouest et du nord. Parmi ces dernières, nous citerons Jaffnapatuam, où s’élève la | ville du même nom, avec un port accessible aux petits navires. La baie
de Kondatchy est remplie d’ilots qui, de loin, paraissent charmants, mais qui, vus de près, ne présentent pour la plupart que des broussailles. L'ile de Manaar est située dans le petit golfe de ce nom. Entre cette île et la côte opposée de l’Inde, existe une chaîne d’ilots et de rochers, nommée Pont de Rama par les Indous et Pont d'Adam par les Arabes, parce qu’elle sert pour ainsi dire de passage du continent à Ceylan, où, suivant les Indous, Rama séjourna, et où, suivant les Musul. mans, Adam fut exilé après son expulsion du paradis terrestre.
Parmi les villes de l’intérieur, nous n’avons à mentionner que Kandy et Nouradjapoura. Kandy, naguère capitale du royaume de ce nom,
n’était, même avant 1815, qu’un village de 3,000 habitants. Les mai. sons ne sont que des cabanes. On y remarque seulement l’ancien palais K
du roi qui est vaste mais n’a rien de monumental, et plusieurs temples bouddhiques peints de couleurs éclatantes. Le gouvernement anglais
a fait construire une excellente route de cette ville à la côte. Noura- D
djapoura où Anouragbourro, paraît être identique avec l’Anurogrammun
de Ptolémée. Gette ville, où résidaient les anciens rois du pays, a été dé- à
truite par les Portugais. Parmi ses ruines, on remarque encore un grand nombre de colonnes de marbre et plusieurs pyramides de très-
grandes dimensions, élevées en l'honneur de plusieurs rois renommés
pour leur piété.
Nous avons déjà parlé du pic d'Adam, appelé en chingalais ham-a-lil
core une pierre dans laquelle on voit l'empreinte d’un pied gigantesque.
C’est, selon les uns, celui d'Adam ; selon les autres, celui de saint Tho-
mas ; mais les indigènes veulent que ce soit un vestige de Bouddha,
qui, après 999 métamorphoses, s’élança de ce lieu vers les demeures B
célestes. Les peuples de Ceylan, de Pégu, de Siam, de Malaca, accourent en pèlerinage auprès de ce monument sacré, Dans des pagodes voi: sines, ils vénéraient des images que les voyageurs euronéens ont prises
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| unesnes comme de la plus haute montagne de Ceylan. Cette montagne est située au sud de Candy et à l’est de Colombo. Sa forme est celle d’un cône: on gravitses flancs, escarpés mais ornés de forêts, au moyen d’escaliers 1 taillés dans le roc. Au sommet, on trouve sur une plate-forme de 150 Æ pieds de long sur 110 de large, un petit las d’eau limpide, source d’une rivière qui, de cascade en cascade, précipite ses ondes sacrées, dans B lesquelles les Bouddhistes se baignent avec dévotion. On y montre en- R
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pour celles & ‘am et d’Éve. Jadis on y conservait, comme la plus sainte des reiiques, une dent de singe qui fut enlevée, en 1554, par les Portugais; aussitôt les nations attachées à la religion de Bouddha offrirent au vice-roi de Goa 700,000 ducats pour la rançon de ce trésor ; le vice-roi trouvait que c'était vendre très-avantageusement une dent de singe ; mais le patriarche et l’inquisition aimérent mieux faire brûler cet objet d’un culte superstiticux.
A l'ouest de la côte de Malabar, on voit semées sur la surface de l'Océan indien les îles Laquedives. Cesîles, peu élevées, ceintes de rochers de corail, entourées de bas-fonds et de bancs de sable, sont couvertes de rizières et de cocotiers. La plus considérable de toutes est Ameny. On remarque encore l’île de Kalipini, qui a une rivière dont l’embouchure peut recevoir des vaisseaux de 200 tonneaux. Ces îlots sont habités par des Moplays et régis par un prince vassal des Anglais.
Entre les Laquedives et les Maldives est située la petite île de Malicut, entourée de falaises, et extrêmement fertile. Elle dépend d’un rajah du Malabar.
Les Maldives, qui tirent leur nom de alé, la principale île de ce groupe, s'appellent dans le pays même Male-Raque, et chez Edrisi, Robaihat. Elles sont, d’après le rapport des indigènes, au nombre de 12,000 ; mais la plupart sont si petites, qu’elles ne peuvent être habitées : les
, unes ne sont que des bancs de sable que le flux couvre tous les jours ;
d'autres portent des arbustes et des herbes. La nature a partagé tout le groupe en 47 groupes ou atollons, que séparent des canaux assez larges. Chaque atollon est ceiui d’un cordon de rochers qui :e protége contre la fureur des vagues : elles s’y brisent avec tant de force, que le pilote le plus intrépide n’ose en approcher.
Parmi les végétaux des Maldives, on distingue le candu, arbre dont le bois est léger comme du liége. Les noix des Maldives ou cocos de mer sont jetées sur ces îles par les flots qui les apportent des îles Seychelles ét autres. On recucille beaucoup d’ambre gris et de corail noir. La pêche des cauris, nommés ici boiys, est importante; un sac de 412,000 de ces coquilles vaut de 5 à 6 francs.
Les insulaires des Maldives, bien fuis et d’un teint olivâtre, paraissent tirer leur origine des Indous, mêlés d’Arabes. Ils ont le corps très-velu et la barbe épaisse. Il y a des femmes aussi blanches qu’en
Europe. Les Maldiviens parlent une langue particulière ; leur religion est celle des mahométans : mais ils ont conservé des traces d’une plus ancienne croyance. Les Maldiviens s’habillent d’une étoffe de soie ou de coton fort légère. Les plus savants parlent l'arabe, expliquentle koran, et possèdent quelques notions d’astronomie et de médecine. Pyrard, voyageur français qui ft naufrage sur les Maldives, en 1602, et à qu nous devons la seule relation détaillée sur ce pays. les représente comme une nation spirituelle et brave, industrieuse et adroite ; mais un tempérament ardent les entraîne dans la débauche la plus effrénée. Ils fabriquent et exportent de jolies nattes, et des étoffes de soie et de coton. Les Maldives sont gouvernées par un prince mahométan qui prend le titre de sultan et réside dans une jolie ville qui occupe toute l’île de Malé, laquelle a près de & kilomètres de tour et qui est regardée comme la plus grande de l’Arclupel. Pyrard trouva le palais royal bâti en pierre, mais peu élevé. La ville est ornée de deux belles mosquées. De son port partent tous les ans plusieurs petits bâtiments qui vont à Sumatra et dans l'Orissa. Il n’v a pas d’autre ville dans tous les flots habités de cet archipel. Les maisons, isolées au milieu des forêts de
cocotiers, ou groupées sans ordre, <ont pour la plupart en bois de cocotier et recouvertes avec des feuilles d'arbre.
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Indo-Chine.
Nous avons donné le nom d’Indo-Chine à cette vaste région qui est située entre l’Inde ct la Chine et qui participe, sauf certaines modifications, au caractère physiqueet politique de ces deux pays. Cette dénomination a été adoptée par plusieurs géographes du plus haut mérite : nous l’emploierons donc de préférence aux dénominations de presqu'le au delà du Gange, d’Inde extérieure et d'Inde transgangétique proposées avant nous.
L’'Indo--Chine a eu peu de part aux grands événements dont l’Asie a été le théâtre, quoiqu’elle comprenne plusieurs royaumes remarquables par leur étendue et leur importance, dont plusieurs ont été tantôt unis sous la même domination, tantôt séparés. Les royaumes ou plutôt les contrées distinctes comprises dans l’Indo-Chine sont connues sous les noms d’Ava, Arracan, Pégu, Siam, Cochinchine, Cambodge, Tsiompa, Laos et Tonquin.
La région que nous avons à décrire, baignée par la mer à l’est, au sud et à l’ouest, projette dans l’Océan indien une longue péninsule,
celle de Malacca, et présente de grandes échancrures qui forment les
golfes de Martaban, de Siam et de Tonquin. Elle est séparée de l’Indoslan, à l’est, par la baie du Bengale; mais au nord ses lirnites sont très-
| imparfaitement connues; on sait seulement que ce sont en partie des
chaînes de montagnes qui la séparent du Thibet et de la Chine. Sa surface, suivant le capitaine Low, nous présente une série de
| chaînes de montagnes qui se détachent du prolongement oriental de | lHimalayah et qui courent du nord #a sud. Entre chacune de ces chatn nes se trouve une large vallée, er Sénéral extrêmement fertile, et arro- | séc par un grand fleuve qui desærd des montagnes limitrophes de la | Chine et du Thibet. Chacune de ces vallées constitue ou a constitué un
royaume séparé; et quoique la conquête en réunisse quelquefois plu
sieurs sous une même puissance, le pays conquis recouvre bientôt son indépendance, grâce aux montagnes et aux djungles qui servent de refuge aux habitants. Les montagnes qui séparent chaque vallée sont couvertes de vastes forêts et d’épaisses broussailles ; elles sont en outre peuplées d'animaux féroces; aussi les connaît-on fort mal. Celles qui forment la frontière nord du territoire d'Assam sont extrêmement hautes, et ne le cèdent guère à l’Himalayah dont elles sont la continua: tion. Partout ailleurs, il paraît que leur élévation est fort médiocre; Crawfurd estime que la plus haute de la chaîne centrale qui longe le royaume de Siam n’excède pas 1,600 mètres. Les fleuves au contraire sont remarquables par la longueur de leur cours et le volume de leurs eaux. Le Mé-Nam, qui arrose la vallée de Siam et auquel les indigènes donnent le nom de mère des eaux, paraît naître dans les montagnes de V’Yun-nan. Après un cours d’environ 300 lieues, il se jette dans le golfe de Siam par trois embouchures dont la plus orientale peut recevoir des bâtiments de première grandeur. L'Iraouaddy ou le fleuve de la vallée d’Ava, n’est pas moins considérable : il est navigable pour de grosses barques sur une longueur de plusieurs centaines de milles. La partie supérieure de son cours est encore incertaine; toutefois le savant Klaproth a fait valoir d’excellents arguments pour établir que l’Iraouaddy estidentiqueavecle Sanpou ou Zzangbo-tchou que l’on regarde généralement comme la partie supérieure du Brahmapoutre. Le Mé-Kom ou Maykong qui traverse l’Yun-nan etarrose le Cambodgeest égalementun fleuve magnifique. On peut le remonter l’espace de 20 journées au--dessus de son embouchure. L’Indo-Chine possède encore plusieurs autres fleuves importants, ainsi qu’un grand nombre de rivières qui se jettent dans les trois principaux cours d’eau que nous venons de nommer.
A ces faibles notions sur la structure physique de la péninsule indochinoise, nous ne pouvons joindre que des renseignements encore plus incertains sur les autres objets de la géographie physique générale. Les voyageurs n’ont pu observer le climat de l’intérieur que d’une manière rapide, incomplète; sans doute il doit s’y trouver plusieurs régions tempérées. Telles sont celles du nord de l’empire Birman. Les côtes éprouvent de fortes chaleurs, que modèrent cependant les vents de
mer, plus frais et plus humides que dans }’Inde propre. L’inondation
périodique des vallées inférieures par la crue des fleuves, est une cir-
constance les différen plateaux où distance in C'est l’ac à la végéte de grandet d'une mar poussière 1 où les eau grande ab.
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constance commune à toutes les contrées de l’Inde extérieure. Mais les différentes époques de ces crues indiquent que les montagnes ou plateaux où ces rivières prennent leur source doivent se trouver à une distance inégale.
C’est l’action réunie de cette chaleur et de cette humidité qui donne à la végétation de l’Indo-Chine un caractère particulier de vigueur et de grandeur. Les contrastes de fertilité et de stérilité se marquent ici d'une manière extrêmement tranchée. Un soleil brûlant réduit en poussière légère ou en une croûte dure comme la pierre, les terrains où les eaux pluviales ne s'arrêtent pas assez longtemps ni en assez grande abondance. Mais le long des rivières et sur le flanc des monta-
| gnes, une verdure éternelle, un port plus noble, des tiges plus élancées, . des ombrages plus étendus distinguent les grands arbres de ces cli-
mats, auprès desquels les rois de nos forêts ne paraîiraient que d’hume bles vassaux. Au pied de ces géants du règne végétal, les arbrisseaux et les plantes herbacées présentent dans leurs fleurs et leurs fruits les figures les plus variées et les plus singulières, les couleurs les plus vives, la saveur et l’odeur les plus exquises.
Dans les forêts s'élèvent avec magnificence le bois d’aigle ou l’aloëxylum verum et le sandal blanc, qui parfument tous les palais de l’Orient.
: L'arbre de teck surpasse ici le chêne d’Angleterre pour la durée de son
bois dans les constructions navales. Le bois de fer est très-commun.
. Le véritable ébénier est indigène de la Cochinchine. Partout on trouve : le sycomore, le figuier d'Inde, le bananier, qui forme à lui seul un bos-
quet par l'abondance de ses larges feuilles. D’autres arbres les rivali-
F sent en beauté et en élévation; tels sont les bignonies, les palmiers-
éventails, le calophyllum, qui s’élance plus haut que le pin, les nauclées
|. d'Orient, et l’agailoche de Cochinchine, dont les feuilles ont le dessous L d’une couleur de pourpre clair.
L’Indo-Chine est singulièrement riche en plantes aromatiques, médicinales et utiles aux arts. Le gingembre et le cardamome se trouvent
sauvages sur les bords des rivières, ou se cultivent en de vastes planta-
tions. Le cannellier croît en abondance sur les deux côtes de la pénin-
L sule de Malacca, et il est quelquefois accompagné du muscadier. Le
turmeric est employé par les habitants à colorer et assaisonner le riz ct leurs autres mets; les feuilles du bétel, le fruit du poivre long et
poivre noir, sont leurs épices favorites. Parmi les diverses drogues pro. pres à la teinture, on connaît surtout la carmentine qui donne une belle couleur verte ; trois espèces de royoc propres à teindre en jaune ; l'in digo et le bois rouge de lalawsonie épineuse et du sapan. L’écorce de la rhizophora gymnorhiza donne une belle couleur rouge. La gomme résine appelée sang-dragon paraît être le produit de plusieurs espèces de plantes, et entre autres du dracæna ferrea, et du rotang, originaires de Cochinchine. La gomme de Cambodge, qui est la principale production du pays de ce nom, donne une fort belle couleur jaune. L'industrie réclame encore divers végétaux, parmi lesquels nous remarquerons là pimelia olcosa, qui donne une huile qui entre dans la composition du vernis de la Chine; le sumac de Java, autre arbre à vernis; le croton lacciferum, sur lequel on recueille une précieuse laque rouge; enfin l'arbre à suif, dont le fruit donne une huile dense et très-blanche avec laquelle on fabrique des chandelles d’une belle apparence, mais d’une odeur désagréable.
Nous tirons encore de ces contrées, pour l'usage de la médecine, le jalap, la scammonée, l'écorce de nerium antidysentérique appelée code gapala, celle du laurier-culilaban, le fruit du strychnos vomica, la cassie, le tamarin, le jus épais de l’aloës, la résine du camphre, l'huile de ricin. La canne à sucre, le lambou, le nard, trois plantes célèbres de ka famille des roseaux, se trouvent dans toutes ces contrées; les deux premières dans des marais fertiles, et la dernière sur les collines sèches. La patate douce, la mélongène, les melons, les citrouilles, les melons d’eau, et une grande quantité d’autres plantes nourrissantes, enrichissent les plaines. Ce sont cependant le bananier, le cocotier, le palmier sagou qui fournissent le plus abondamment aux besoins des habitants. Ils possèdent une grande variété de fruits. La vigne vient dans les forêts, mais la chaleur ct ie défaut de culture vendent son fruit très-inférieur à celui de l'Europe. Ils ont en compensation l'orange, le limon, le citron, le délicieux mango, l'ananas, le litchi, le mangostan ct une multitude d’autres fruits iuconnus en Europe.
Les animaux les plus remarquables sont l'éléphant indien, le rhinocéros unicorne, le tigre, le léopard, l'ours, l’orang-outang, plusieurs autres espèces de singes, telles que le gibbon, le magot et le pithèque. Dansles forêts errent encore le bubale, le cerf, ct plusieurs espèces d’an-
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ASIE : INDO-CHINE, i0ù tilopes; le zibeth et le porc-épic se trouvent aussi dans ces contrées. Parmi le petit nombre d'oiseaux que les naturalistes y ont observés, il en est plusieurs remarquables par leur beauté. Nous citerons seulement l'argus ou luen, espèce de faisan qui a plus de 6 pieds et demi de long. Les deux plumes médianes de la queue ont à elles seules une longueur de 4 pieds; elles sont marquées de nombreuses taches d’un hlanc de neige sur un fond marron. Tout le plumage est parsemé de tac. s oculaires
| etles rémiges primaires ont leur tige du plus beau bleu de ciel. Ce ma- | gnifique oiseau s’accoutume difficilement à la privation de la liberté, et
ses yeux s’offusquent de la grande lumière du jour, ce qui le rend triste et immobile lorsqu'il y est exposé, et lui fait rechercher l'obscurité. L'Indo-Chine est riche en minéraux précieux ou utiles. Dans le nord del’Ava, et dans la Cochinchine, il existe des mines d’or et d'argent : lesfleuves du Pégu et de la presqu’ile de Malacca roulent des parcelles d'or. On trouve du fer dans l’Ava, la Cochinchine et le Tonquin ; du cuivre dans le Tonquin et le royaume de Siam; du plomb et de l’antimoine dans ce dernier pays et dans l’Ava. Mais le métal qui abonde surtout dans ces contrées, est l'étain. On le rencontre dans l’Ava, dans le Tonquin, à Siam et principalement à Maiacca. Dans cette presqu'ile les mines de Pérak sont célébres par leur richesse. L’Ava produit en outre des rubis. des saphirs, des améthystes, de superbes chrysolithes, du
| jaspe, etc. Les carrières aux environs d’Ammerapoura, ancienne capitale
de l’Ava, donnent un marbre magnifique, qui devient, pour ainsi dire, transparent quand il est poli.
Nous avons assez longuement discuté l'étendue des connaissances géographiques des anciens relativement aux contrées Indo-Chinoises pour n’avoir pas à y revenirici. Dans le moyen âge, Marc-Paul ei Oderic de Portenau sont les seuls voyageurs qui aient transmis quelques idées vagues à leur sujet. Les Portugais, dans leur vaste carrière de conquêtes, et d'établissements dans l'Asie orientale, n’essayèrent pas d'étendre leur domination sur ces pays: ils se bornèrent à fonder un établissement dans la péninsule de Malacca. Au xvire siècle, la France envoya à Siam une ambassade chargée d’une mission à la fois religieuse et politique. La Loubère, un de ses membres, recueillit quelques observations importantes sur l’état de cette grande monarchie. Des missionnaires
catholiques et des voyageurs ont accru la somme de nos renseigneui. 14
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ments : mais c’est surtout aux relations politiques de l'Inde anglaise avec ces contrées reculées que nous devons deconnaître aujourd’hui un peu mieux cette curieuse région. Toutefois, les lacunes de la science sont encore bien plus nombreuses que les faits acquis, et l’intérieur des divers États de l’Indo-Chine nous est aussi peu connu que la partie centrale de l’Afrique.
Parmi les différents États qui embrassent à cette heure la région de l'Indo-Chine, aucun n’a été le théâtre de plus de révolutions que l’Ava ou empire Birman. Il comprenait jadis trois États, naturellement et primitivement indépendants, Ava ou Birma, Arracan et Pégu, chacun d’eux luttant sans cesse pour la domination et l’emportant alternativement sur ses rivaux. A l’arrivée des Portugais, c'était le Pégu qui dominait. Vers le milieu du xvi° siècle, les Birmans se révoltèrent, et nonseulement ils secouèrent le joug, mais encore ils subjuguèrent leurs anciens maîtres. Cependant, un siècle après, les Hollandais et les Portugais ayant fourni des armes et des officiers aux Péguans, ceux-ci s’in-
.surgèrent à leur tour, remportèrent plusieurs victoires sur les Birmans,
s’emparèrent de leur capitale et firent prisonnier Dwipdi, le dernicrrejcton d’une longue suite de rois. Un peuple aussi énergique et aussi brave que les Birmans ne pouvait subir longtemps une domination étrangère, Alompra, homme d’une naissance obscure, réunit quelques-uns de ses compatriotes, et fit d’abord aux Péguans une guerre de guérillas. Ses forces s'étant peu à peu accrues, il attaqua subitement Ava, prit cette ville, et provoqua une insurrection générale des Birmans.
Une puissante armée envoyée par le roi de Pégu fut défaite, et Alompra, poursuivant ses succès, envahit le Pégu, se rendit maître de sa capitale et mit fin à la dynastie Tallieu ou Péguane. Son successeur, Shembuen, écrasa une révolte des Péguans, défit les Chinois dans une grande bataille, ets'empara de Siam. Mais il ne put conserver sa conquête, à l’exception des provinces de Mergui et de Tenasserim sur la côte ouest de la presqu'île de Malacca. Sou frère, Minderadji Prau, qui monta ensuite sur le trône, annexa l’Arracan à ses États. L'empire Birman se trouva alors à l’apogée de sa puissance ; car, indépendamrnent de ces trois grands royaumes, il embrassait encore les territoires de Catchar, de Cassay et d’autres districts contigus aux possessions anglaises. Deux puissances aussi considérables ne pouvaient rester longtemps en con-
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tactsans donner lieu à quelque collision. La mésintelligence éciata Menfin en rupture ouverte, et en 1826, toutes les forces disponibles de l'inde britannique furent embarquées pour envahir l'empire birman. La Moour d’Ava, accoutumée à vaincre tous ses voisins, vit sans crainte approcher une armée qui n'avait pas seulement un nom royal à sa tête; Imais elle ne tarda pas à reconnaîtrela supériorité des armeseuropéennes, {cependant les maladies, les obstacles naturels du pays, la difficulté de transporter les approvisionnements et les munitions, paralysèrent longtemps les efforts de l’armée d’invasion. Mais, quand les Anglais ‘commencèrent à se mettre en marche pour aller attaquer la capitale, Marésistance des Birmans, quelqu’énergique qu’elle fut, se trouva /vaine, et l’empereur, après plusieurs défaites, se vit contraint de signer ‘un traité humiliant, de payer une indemnité de 24,000,000 de francs pour les frais de la guerre, et de céder les provinces d’Arracan, de Martaban, d’Yeh, de Tavay, et de Tenasserim, qui font actuellement partie | des possessions britanniques.
| Le royaume de Siam consiste en une immense vallée située au fond > d'un vaste golfe et bornée tant à l’est qu’à l’ouest par deux chaînes de D montagnes qui ne sont pas très-hautes, mais qui sont très-escarpées et présentent de nombreux obstacles quand on veut les franchir. Siam a mieux réussi à maintenir son indépendance que les autres États de l'Indo- Li Chine. Il a été soumis, il est vrai, par les Birmans, à l’époque de la plus grande puissance de l'empire ; mais l’énergique sentiment national | des Siamois les porta bientôt à secouer le joug , et les Birmans, em- | barrassés dans des passages difficiles et attaqués par des maladies con- D tagieuses, furent obligés de se retirer.
| La Cochinchine, le Cambodge et le Tonquin sont trois vastes contrécs | situées à l’est du royaume de Siam: les territoires de Laos et de Tsiompa 4 ; peuvent être considérés comme des dépendances du Cambodge et de la * Cochinchine. Malgré leur étendue, ces pays, il y a un siècle, n'étaient | guère connus que denom en Europe : une révolution mémorable dont la . Cochinchine fut le théâtre nous a mis à même de les mieux connaître. : En 1774, N'guyen Choung, ou Gialoog, le jeune ror, fut détrôné et chassé “ de sa capitale par lestrois frères Tay-Song qui s’'emparèrent du pouvoir. À Le prince seréfugia dans l’île de Phukok où il vécut plusieurs années dans ; le plus complet abandon. Mais un prêtre français, l'abbé Pigneau
évêque d’Adran, qui l'avait aidé à s’échapper et qui jouissait de toutes confiance, n'épargna rien pour rétablir son élève sur le trône. Il vint même en France avec le fils aîné du roi pour y chercher du sccours : mais les orages de la Révolution ne permirent pas au gouvernement de donner suite à cette négociation. Cependant il repartit avec des armes et quelques officiers. N’guyen Choung débarqua, en 1790, sur le conti-
nent : les dissensions qui régnaient dans la famille de Tay-Song lui faci À
litèrent la reprise de l'héritage de ses pères. L'assistance qu'il avai trouvée dans les officiers français qui l’avaient accompagné l’engngèrc à introduire dans l’organisation de son armée et de sa marine d’inportantes innovations. Ses soldats furent disciplinés à l’européenne et il équipa une flotte composée d’une frégate et de 300 barques canonnières, Ces réformes lui ayant donné une supériorité incontestée sur les autres puissances de cette partie de l’Asie, il songea à s'agrandir. Il fit d’abord laconquête du Tonquin, royaume plus vaste et plus peuplé que le sien propre, et ensuite du Cambodge. Ainsi toute la contrée quis'étend entre les golfes de Siam et de Tonquin se trouva réunie sous son sceptre. Les géographes désignent le nouvel État sous le nom d'Empire d’Annam où Empire Annamitique.
Dans les trois Etats dont nous venons de parler, la forme du gouvernement est aussi simple que dans les autres contrées de l'Orient en général, En principe, c’est le despotisme pur. Dans l'empire Birman, les personnages appelés woundjis, wooudosk et attwouns, forment une espèce de conseil d’État ; maisils sont entièrement soumis au monarque, qui peut les révoquer à son gré. Les grands seigneurs tiennent du souvcrain certaines terres, en vertu desquelles ils sont astreints au service militaire. Mais ces sortes de fiefs sont révocables à la volonté du monarque; la concession cesse à sa mort, ou dr: rnoins eile doit être renouvelée par son successeur. En fait, néarmaine, à moins © :uotifgrave, la confirmation a toujours lieu. Les mubivs, suriout à Siam, témoignent la plus profonde soumission à l’égard du roi ; ils n’approchent du trône que prosternés la face contre terre et en se traînant sur le plancher. Le roi porte lestitres les plus pompeux ; mais la qualification qu’on lui anplique à tout propos est celle de scne, qui signifie fait en or: — «un oruit est narvenu aux orcilles d’or ; un courtisan s’est prosterné aux pieds d'o:'; un parfum a salué les narines d’or. » Il ne paraît en public
que dans le à ses nobles,
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\ ses nobles, À Siam, le monarque peut épouser, quand cela lui plaît, ss propres sœurs et même ses files; car il ne saurait s'unir à un sang ÿ plus auguste que le sien, Les lois de ces royaumes sont principale À ment empruntées à l’Indostan et à la Chine : elles sont bien conçues, | strictement exécutées, et la police s'exerce avec sévérité. La législation … des Birmans est d’origine indoue : leur code, appelé Dirma Sastra, est un commentaire des lois de Manou. A l’exception des jugements par
or 1lies ou épreuves qui sont admis par la superstition orientale, il est
d remarquable par sa sagesse et son bon sens. Presque tous les crimes |qu'on peut commettre y sont prévus, et un grand nombre de jugements | précédemment rendus sont annexés à chaque article. Les causes civiles }sont d’abord portées aux cours des maytwouns ou vice-rois; on peut en-
d suite appeler de leur décision au lotou ou tribunal suprême formé par
le conseil d’État, qui fait un rapport au roi. Dans la Cochinchine toutes
“les branches de l’administration sont confiées à des mandarins de ‘ diférentos classes, ainsi qu’on l’observe en Chine; mais le système
… politique n’est pas aussi régulièrement organisé que dans le grand | empire.
La force militaire de ces États se compose presque entièrement d’une | milice féodale. Tous les mâles d’un certain âge y sont enrôlés et | peuvent être appelés à servir sous le commandement des chefs de leurs districts respectifs. Les armes principales sont l’épée, la lance et l’ar- | balète. On y trouve un assez grand nombre de fusils ; mais, comme la plupart sont des rebuts des arsenaux anglais, ils sont peu en état de
\ servir. Il faut faire exception pour la Cochinchine, où les officiers eurohi péens ont introduit des améliorations considérables. Mais la partie la * plus importante de l'armement militaire de l'empire Birman et du » royaume-de Siam, consiste en barques de guerre destinées à agir sur les . grands cours d’eau qui forment les principales voies de communication « dans toutesces contrées. Les Birmans construisent les leurs avec un seul « tronc de teck ; quelques-unes ont de 80 à 400 pieds de long, quoiqu’elles À ven aient que 7 à 7 et demi de large. Les villes bâties sur les bords Ë des fleuves, sont obligées de fournir, outre leur contingent d’hommes, * un certain nombre de ces barques. On suppose que le roi peut en réunir à 500. Elles portent de 50 à 66 rameurs, armés d’une épée et d’une lance
et une trentaine de soldats armés de mousquets. Sur la proue, qui est
plate, est monté un petit canon pesant de 6 à 42 livres. Les arsenaur
maritimes que possède le souverain de Ja Cochinchine peuvent rivaliser avec ceux de l'Europe. Sa marine ge compose de deux frégates et d’environ 300 galères d’une construction excellente, longues de 40 à 100 pieds, et portant les unes 16 et les autres de 4 à 6 canons de cuivre de la plus belle fonte. Sur terre, les Birmans et les Siamois se confent surtout à leurs estacades, espèce de fortifications volantes qu'ils construisent avee une habileté et une promptitude singulières, et qui oï!
parfois résisté aux attaques les plus ‘mpétueuses de l’armée anglaise. È
Cependant, les troupes indigènes sont en général incapables de soutenir la charge d’une armée disciplinée, et, aussitôt que l’ennemi est
parvenu à franchir leurs estacades, elles prennent la fuite avec préci-
pitation. C’est dans l’Empire Annamitique seulement, comme nous l'avons dit, qu'il existe une armée régulière organisée et disciplinée à l’européenne : on l’évaluait, en 1800, à 140,000 hommes ; mais Crawfurd estime qu'aujourd'hui elle ne dépasse pas 50,000 soldats, et dar: ce nombre il comprend la garde royale qui s'élève à 30,000 hommc: environ.
Le revenu du souverain, dans ces divers États, consiste dans le pro: duit d’une taxe territoriale, ou plutôt d’une rente foncière, car, suivant l’idée dominante dans tout l'Orient, la terre est la propriété du monarque. Cette taxe est proportionnelle au produit du sol; chez les Birmans, elle est d’un dixième et se paie en nature. Une autre source de revenus provient du commerce étranger. Elle se lève non-seulement sous forme de droits de douane, mais encore sous celle bien plus ruineuse et plus improductive de mnnopole royal. A Siam, ce monopole s'étend à toutes les branches du commerce étranger, et, en Cochinchine, à celles que l’on suppose les plus productives. L'argent qui provient de ces différentes sources va inçessamment s’entasser dans ! coffres du roi, pour n’en plus sortir; car les services sont payés ai moyen de concessions de terres, de villages, de droits de douane, etc, dont le concessionitaire tâche de tirer le plus gros revenu possible. De cette manière, les souverains accumulent des trésors souvent considérables. Les récits faits au major Symes au sujet des richesses entassécs par l’empereur birman ont été jusqu’à un certain point confirmés par
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ASIE : INDO-CHINE. 411 ja promptitude avec laquelle il a payé l'indemnité exigée par les Anglais pour les frais de la guerre. On a également rapporté à Crawfurd que les trésors de l’empereur de Cochinchine s’élevaient à 36,000,000 en or, sans compter les sommes que ses coffres pouvaient contenir sous forme d'espèces d'argent.
Nous avons énuméré les richesses naturelles de l’Indo-Chine, malheureusement les habitants sont loin d’en tirer le parti qu’en pourraient tirer des peuples plus civilisés. L'agriculture est genéralement répandue. Dans les régions de l’ouest, ce sont les procédés indiens qui sont mis en usage ; dans l’est, au contraire, ce sont les procédés chinois ; mais les cultivateurs ne déploient ni l'industrie ni la patience des Chinois et des Indous. Le poivre et le sucre de Siam sont surtout cultivés par les colons chinois. On emploie peu les animaux domestiques dans l'agriculture, et, dans le royaume d’Ava, les principes brahmaniques interdisant toute nourriture animale. L'industrie estici dans l’enfance;s les matières brutes fournies par le pays sont mises en œuvre par les femmes pour l’usage de la famille. On n’y fabrique aucun de ces magnifiques tissus qui font la gloire de la Chine et de l’Indostan : ceux
qu'on y consomme proviennent de ces deux contrées. La seule fabrication considérable est celle des idoles.
Le commerce est également très-borné. Les principales relations commerciales de ces contrées ont lieu avec la Chine, Les habitants échangent leurs produits bruts, riz coton, bois de charpente, bois précieux et vernis, contre les beaux tissus du Céleste empire. Le coton et quelques autres produits de l'empire birman remontent l’Irraouady, et sont portés à un grand dji ou marché qui se tient dans la province limitrophe d’Yun-nan. L'Angleterre prend pour environ 5,000,000 de francs de bois deteck, maïs elle n’y trouve presque aucun débouché pour ses produits. Le commerce entre Siam et la Cochinchine se fait presque exclusivement par des jonques chinoises qui vont à Bankok, à Touranne, Hué et Saïgong. Suivant Crawfurd, 116 jonques du port de 20,000 tonneaux, vont annuellement à la Cochinchine, et un peu plus du double de ce nombre à Siam. Ces pays ont aussi quelques relations avec l'établissement anglais d2 Singapour ; mais les gouvernements nt repoussé toutes les ouvertures tendant à établir des relations commerciales régulières avec l’Inde anglaise et avec les États européens.
Les habitants des côtes de la Cochinchine se livrent à la pêche, et les poissons secs forment un article d'importation pour la Chine. On re. cueille encore sur ces côtes une grande quantité de ces nids gélatineux, et de ces holothuries, appelées tripangs ou biches de mer, dont les Chinois sont extrêmement friands.
Rien n’est plus incertain que le chiffre de la population de ces vastes contrées. On rapporta au major Symes que le nombre des villes, bourg: et villages de l’Empire Birman, non compris l’Arracan, s’élevait à 8,000: ce qui donnerait, en comptant 1,800 habitants en moyenne, un totil de 14, 400,000 âmes ; ou de 17.000,000, si l’on y ajoute la population
‘de l’Arracan. Le capitaine Cox regarde ce calcul comme fort exagéré, et évalue la population Birmane à 8,000,000, chiffre qui nous parait le plus probable. Crawfurd attribue 2,730,000 habitants au royaume de Siam, et décompose ce chiffre comme il suit : Siamois, 1,260,000 ; colons chinois, 440,900 ; Laociens soumis à Siam, 840,000 ; dépendances malaises, 190,000. Le même auteur ne porte qu’à 5,194,000 la population réunie de la Cochinchine, du Cambodge et du Tonquin ; mais Vannier, oflicier français qui a résidé longtemps dans ce pays et y a rempli des fonctions éminentes, estime qu’elle n’est pas inférieure à 10,000,000.
Quoique les Birmans ne soient séparés des Indous que par une étroite chaîne de montagnes, il y a entre les deux peuples une difitrence marquée. Les premiers sont vifs, inquiets, actifs, portés à la co- | lère : ils se distinguent surtout des seconds par une bravoure véritable.
et qui serait honneur à plus d’un peuple européen. Le portrait moral
des Siamois est moins avantageux. L'abbé Gervaise déclare « que,
comme ennemis, ils ne sont nullement à craindre, et que, comme amis,
on ne peut faire aucun fonds sur eux. » Ils méprisent en général toutes les autres nations, et sont persuadés qu’on leur fait la plus grande injustice du monde, quand on leur aispute la prééminence. Cette vanité est poussée au point qu’un Européen, quelque salaire qu’il soit disposé à offrir, a de la peine à obtenir d’un Siamois les services domestiques les. plus simples. Le dernier paysan se considère comme supérieur aux plus grands seigneurs des autres pays.
Le caractère des Cochinchinois et des T'onquinois a beaucoup d’anilogie avec celui des habitants de la Chine. Ils ont à peu près les mêmes qualités et les mêmes défauts. Cependant le vice capital du Cochinchi-
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nois, c’est la malpropreté, tandis que ie Chinois pousse fort loin le culte de sa personne. Les habitants du Tonquin sont plus braves que leurs voisins, les Chinois: ils ont l'habitude de les battre; et s’ils ont eux-mêmes été subjugués par Îles Cochinchinois, c’est grâce à l’organisation et à la tactique militaire de Europe introduites par Gyalong chez les derniers.
A l’exception des Malais qui forment une race particulière répandue principalement dans l’Océanie, les autres nations indo-chinoises, par leur taille, leur visage carré, leurs pommettes proéminentes, leur teint jaunûtre, leurs yeux bridés, leur barbe rare, et leurs cheveux roides, ressemblent à la race mongole et chinoise. En tirer la conclusion qu'iis ont la mème origine ne serait peut-être pas trop hasardé. Les Chinois se sont de tout temps répandus le long des côtes de l’Indo-Chine. Les Birmans, paraissent même avoir conservé le souvenir de l’arrivée d’une colonie de Mongols venus au nombre de 700,000 hommes en état de porter les armes. Cependant de semblables traditions même prouvent que la première masse de ces nations à dû habiter dans ces contrées depuis un temps immémorial.
Plusieurs tribus à peu pres sauvages occupent diverses parties de YIndo-Chine. Nous nous contenterons de citer les Moyes, peuplade noire, composée d'hommes forts et bien proportionnés, et qui offre la plus grande analogie avec le peuple mélanésien répandu dans un grand nombre d’iles de l'Océanie, Ils habitent les montagnes les plus ardues et les fourrés les plus épais de la Cochinchine, où ils mènent la vie la plusmisérable : mais de temps àautre ils font desexcursions hors de leurs retraites, ravagent les campagnes, incendient les villages et massacrent les habitants. Les Moyes seraient-ils les premiers habitants de la Cochinchine, repoussés et écrasés par une race plus civilisée ?
Le Bouddhisme est la religion dominante dans l'Indo-Chine. Cependant le nom le plus vénéré dans les pays au delà du Gange est celui de Gaudma ou Goutama, nom qui désigne Bouddha ou simplement l’un de ses disciples. Sammonacodom, le dieu des Siamois, est le même que Bouddha. Le major Symes regarde le grand kioum ou monastère qui sert de résidence au seredan, ou grand-pontife des Birmans, comme l'édifice le plus riche qui existe dans l'univers. Crawfurd observe qu'ici
les monarques n’exécutent aucun de ces travaux publics communs ui. 19
dans les autres parties de l’Asie, tels que ponts, citernes, caravansérails, etc.; quand ils prodiguent leurs trésors, c'est uniquement pour ériger des temples. Le principal temple de Bankok, élevé en 1795, a coûté, dit-on, 4,500,000 francs. Les temples, qui servent également de munastères, renferment un vaste espace consacré au culte, un lieu de dépôt pour les images de Goutama, une bibiiothèque, et des habitations pour les moines. Ils sont simplement construits en briques, et par conséquent ils coûtent peu à bâtir : c’est à orner les boiseries des portes et celles qui revêtent l’intérieur que l'on dépense des sommes énorines. Elles sont sculptées avec un travail infini, puis peintes, vernies ou dorées. Le grand temple d’Ava à 550 picds de long, et l’intérieur est décoré de plus de 200 piliers hauts de 45 a 55 pieds et entièrement revêtus de feuilles d’or. Mais le plus remarquable de ces édifices est celui que l’on voit à Pégu. Il porte le nom de Schomadou Pro, c’est-à-dire temple du Suprême d’or. Il s'élève sur deux terrasses successives ; l’inférieure haute de 10 picds au-dessus du sol, et la supérieure de 20 pieds au-dessus de la première. Le temple, construit en briques et en moruer, représente une pyramide de 358 pieds de hauteur. A sa base, qui a 1,278 pieds de circonférence, elle est octogone, et prend ensuite la forme circulaire; mais elle diminue rapidement de diamètre, de sortequ’elle ressemble assez à un immense porte-voix. Le sommet est surmonté d’un ty, espèce de parasol en fer doré qui a 52 pieds de tour. Les prêtres qui desservent ce temple prétenaent qu'il a éié bâti il y a plus de 2,000 ans,
La fabrication des images de Goutama est une des industries les plus importantes de l’Indo-Chine. Son siége principal est la ville de Kykok- Zeit. Ces images sont en marbre d'un seul bloc, que l’on polit ct que l’on dore ensuite. Les idoles destinées aux grands temples sont de dimensions gigantesques. Une statue plus grande que nature coûte de 300 à 350 francs ; mais pour les dévots pauvres il y a de petits Goutamas qui ne coûtent qu’une douzaine de francs.
Les prètres bouddhistes sont des moines qui habitent les monastère: annexés aux temples et qui vivent dans le célibat. Dans l’empire birman, ils sont nommés Rhahans, et, à Siam, Djankou par les indigènes et Talapoins par les Européens. Mais dans ce dernier pays, suivant Crawfurd, ils ne sont pas liés par des vœux, ct peuvent quitter l'ordre quand il leur plaît. La chose est même si habituelle qu'il n’y a
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ASIE : INDO-CHINE. 115 presque pas de Siamois qui n’ait été talapoin une partie de sa vie, ne fût-ce que quelques jours. La plus grande partie de leur temps est employée à des cérémonies insignifiantes ou absurdes; cependant leur ministère est utile sous certains rapports. Ce sont eux qui enscignent la lecture aux enfants, et ils s’en acquittent si ben qu’on rencontre fort peu d'individus qui ne sachent ire. Oncroit vulgairement que les Siamois adorent un éléphant blanc : c’est une erreur. La rareté de ces animaux cst sans doute le seul motif de la vénération superstitieuse qu’on leur porte. Les sectaires de Bouddha, dans leurs idées de métempsychose, ont dû croire qu’un animal aussi rare devait se classer au nombre des êtres mortels les plus purs et les plus parfaits. Le corps de l'éléphant blanc loge donc, suivant eux, une âme supérieure, à qui le préjugé populaire a donné sur-le-champ le titre et le nom de roi. Celui-ci est le roi pur; l’autre le roi terrible; un troisième le roi clément, et ainsi des autres. Les éléphants sont logés dans les écuries royales : chacun d’eux a une étable séparée avec dix gardiens pour son service. Les défenses des mâles sont garnics de clochettes d’or; une chaîne à mailles d’or leur couvre aussi le sommet de la tête, et un petit coussin de velours brodé est fixé sur leur dos.
La langue birmane est un composé de l'ancien pali avec le sanscrit, letartare, et le chinois. La difficulté occasionnée par cette complication est singulièrement accrue par la manière d'écrire. En effet, selon Judson, les mots ne sont ni divisés ni distingués, comme dans l°s langues oecidentales, par des espaces, des signes de ponctuation et des majuscules. On les lie entre eux de telle façon qu’ils forment une ligne continue, et qu’une sentence ou un paragraphe semblent ne constituer qu’un seul mot d’une longueur démesurée. Au lieu de caractères nets tracés sur du papier, on n’aperçoit qu’un grattage obscur sur des feuilles seches de palmier, qu’on attache ensemble pour faire un volume. Toutefois, dans la bibliothèque impériale, les volumes sont formés de feuilles d'ivoire; l'écriture est belle, et les marges sont ornées de fleurs d’or. Les livres sont renfermés dans des coffres de laque ou dorés. La plupart des livres qui composent cette bibliothèque sont relatifs à la théologie : cependant elle contient des ouvrages d'histoire, de musique, de médecine, et desromans. Les autres languesprincipales de l’Indo-Chine sont le siamois, le péguan, le laocien, le cambodgien, le cochinchinois
et le tonquinois. Dans le Siam, la littérature est plus négligée que chez les Birmans, car, les talapoins regardent l'étude de toute science, à l’exception de la théologie, comme incompatible avec leur profession. Les Siamois ont pourtant des chansons, des romans et une chronique nationale en vers qui n’a pas moins de 400 chants : aussi faut-il six semaines pour le réciter. Les langues du Tonquin et de la Cochinchine sont monosyllabiques comme le chinois. On dit que les Tonquinois ont consigné par écrit l'histoire de leur pays depuis six siècles.
Dans toutes les contrées indc-chinoises, les femmes jouissent de beaucoup plus de liberté que dans fes autres pays de l'Orient. Elles ne sont ni confinées dans un harem, ni voilées, ni privées de la compagnic et de la conversation de l’autre sexe. Malgré la hberté qui leur cst accordée, elles n’occupent pas le rang qui devrait leur appartenir dans une société civilisée. La polygamie est permise ; mais comme partout, les riches seuls en profitent. En outre, les femmes sont à peu prèstraitées comme des esclaves : non-seulement elles sont chargées des travaux du ménage, mais encore elles sont presque les seules ouvricres du pays. Chez les Siamois dont nous avons signalé l'incroyable vanité, la femme, humble et soumise, n'ose ni s’asseoir ni manger avec son mari. Jainais elle ne se promène dans le même bateau, et même lorsqu’elle est admise à l'honneur de la couche conjugale, on lui donne un oreiller plus bas, pour lui faire sentir son infériorité.
La conduite des femmes, du moins dans l’Ava, est, dit-on, généralement régulière. Cependant, elles se prêtent très-bien à un singulier arrangement fort usité dans le pays, et qui consiste à les louer aux étrangers qui viennent y séjourner mème pour fort peu de temps. Une jeune fille qui a été louée de cette façon n’en est aucunement déconsidérée ; et cela n'empêche pas qu’elle ne trouve un mari. Les Cochinchinois pratiquent ce même genre de trafic, mais d’une façon encore plus scandaleuse. Dans tous ces pays, les funérailles sont célébrées avec beaucoup de pompe. Les corps des grands sont exposés pendant quelque temps : dans le royaume d’Ava, on les cmbaume, tandis que l’on brûle les corps des individus de condition inférieure. Crawfurd mentionne une horrible coutume qui domine à Siam et que nous retrouverons dans d’autres pays où règne le culte bouddhique : on découpe en morceaux les corps des morts, et on leslivre en pâture aux oiseaux. Dans
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ASIE : INDO-CHINE. 117 ja Cochinchine, les funérailles sont l’occasion d’une grande fête qui dure dix à douze jours, et que l’on célèbre avec une joie indécente,
Les beaux-arts ne sont pas absolument négligés dans l’Inde transgangétique. On a déjà vu ce qu'étuient les temples bouddhiques de ces contrées, qui brillent par les détails infinis et la richesse de leur décoration, mais non par l'élégance ou le grandiose de l'architecture, Ces peuples aiment extrêmement la musique vocale. Les femmes ont de jolies voix et chantent avec expression des mélodies fort simples et assez semblables à celles de la Chine. Les spectacles dramatiques sont aussi très-goûtés : dans certaines piéces, il y a des récitatifs, des airs et des chœurscomme dans nos opéras-comiques. Cependant, il n’existe pas dans ces pays de théâtres réguliers comme en Europe. Les acteurs vont jouer dans les maisons où ils sont appelés : d’autres fois ils s'installent au milieu d’une place publique, et s’en rapportent pour leur rémunération à la générosité des spectateurs.
Les demeures des habitants sont construites en matériaux d’une extrème légèreté, mais elles sont commodes. Des bambous plantés dans le sol et liés horizontalement avec des lattes de rotang, voilà la charpente du bâtiment. Les murs sont couverts avec des nattes, le toit avec une légère couche de gazon; et voilà la maison terminée. De cette façon il suffit d’un jour pour construire une maison spacieuse; et de quatre heures pour élever une maison ordinaire. Ces habitations sont néanmoins assez confortables. Il est vrai qu'elles ne peuvent résister aux orages furieux qui se déchaînent parfois dans ces contrées; mais, en revanche, leur chute n’entraîne aucun danger pour les habitants : car le poids de tous ces matériaux n’écraserait pas un petit chien. Les dévastations causéos par les incendies qui dévorent souvent des villes entières, sont également vues avec beaucoup de sang-froid par les habitants. Dans le royaume de Siam, les maisons sont presque entièrement bâties le long du fleuve. En général, elles flottent sur les eaux comme de véritables radeaux, et sont simplement fixées à la rive par des cables. Le petit nombre de celles qui sont bâties sur la terre même s'élèvent sur des pieux plantés dans je sol marécageux du bord du fleuve. Suivant Finlayson, les maisons des Cochinchinois sont généralement construites avec des bambous et de l’argile, et leur toit est recouvert avec des tuiles. Néanmoins ces habitations sont spacieuses et
commodes. La moitié de la maison consiste en une salle ouverte, où sont reçus les visiteurs et où se traitent toutes les affaires. Au fond de cette salle s’élève un autel et d’autres emblèmes religieux : les appartements occupés par la famille sont disposés derrière cette grande pièce. White dit qu’ils se composent de chambres élevées sur des 10teaux, et où l’on monte à l’aide d’échelles.
Dans l’Indo-Chine, le c aume des habitants nous offre le même contraste que dans le reste de l'Orient. Celui des riches est remarquable par sa beauté: tandis que les pauvres sont vêtus de la façon la plus misérable. Chez les Birmans, l'habillement des femmes du peuple consiste simplement en une robe ou chemise large attachée sous les bras; et les hommes sont ordinairement nus jusqu’à la ceinture. Les nobles portent une longue robe de soie ou de velours, avec un manteau et un bonnet de même étoffe et souvent brodés d’or. Les ornements et les bijoux indiquent le rang de la personne, et ne peuvent être usurpés par les individus d’une classe inférieure. Des pendants d'oreilles en or, la boite à bétel, le crachoir et le gobelet d'or, désignent un noble de premier rang. Les vêtements des Cochinchinois sont plus riches et plus splendides que ceux de la plupart des autres peuples orientaux. Les riches sont couverts de la tête aux pieds de magnifiques étoffes de soie.
Chez les peuples qui habitent la partie ouest de l’Indo-Chine et cui ont reçu leurs institutions de l’Indostan, la nourriture animale est interdite en principe; mais toutes sortes de moyens sont employés pour éluder cette prohibition. Les Birmans pensent qu'il suffit de s’abstenir de la chair des animaux domestiques, et que la chair du gibier n’est pas comprise dans la prohibition. Sous cette dénomination de gibier, ils rangent les lézards, les reptiles et un grand nombre d’objets qu’un Européen ne pourrait voir sans dégoût. Les Siamois ont la conscience encore plus large. Ils regardent comme un péché de mettre un animal à mort; mais, une fois le péché commis, manger sa chair n’est plus, suivant eux, qu’une offense vénielle. Les plus scrupuleux se contentent de l’assertion que l'animal a péri par accident. Les nations plus orientales, dont les habitudes sont à peu près celles des Chinois, n’éprouvent pas de pareils scrupules; mais, à l'exemple de ceux-ci, ils se nourrissent de tout ce qu'ils trouvent, rats, souris, vers, grenouilles, ete.
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Ils se régalent même de la chair du caïman; et uneespè «le larve blanche qui se rencontre dans les bourgeons du palmier, passe chez eux pour une friandise digne d’une table royale. Les intestins des ani-, maux etautres débris que les vaisseaux anglais jetaient à la mer, étaient avidement dévorés par les Cochinchinoïis, que plusieurs voyageurs ac-' cusent même de manger la vermine dont ils sont couverts. Dans le. Tonquin, la chair du chien est regardée commeun mets des plus délicats,
Ainsi qu. nous l'avons vu plus haut, l’Indo-Chine comprend trois grands États : le royaume d’Ava, ou l'empire Birman; le royaume de Siam; et l'empire d’Annam ou de Cochinchine comprenant aussi le Cambodge et le Tonquin. Depuis la dernière gucrre de l'Angleterre avec les Birmans, la première de ces puissances, par suite des cessions de territoire qui lui ont été faites, doit prendre rang parmi les nations dominantes de l’Inde transgangétique.
Les TERRITOIRES CÉDÉSA LA GRANDE-BRETAGNE SsOnt l’Assamavecquelques districts qui en dépendent; l’ancien royaume d’Arracan; les provinces d'Yeh, de Tavay, de Merghi, de Martaban qui s’étendentle long de lacôte occidentale de la presqu'île de Malacca; et enfin la province de Malacca elle-même.
L’Assam estun pays étendu, montagneux et sauvage, situé au nord de l'Ava et à l’est du Bengale. Sa possession est surtout avantageuse aux Anglais, en ce qu’il couvre leurs possessions de l’Indostan. Ce territoire, borné au nord par la chaîne élevée qui forme le prolongement de l’Himalayah, estarrosé par plus de 60 cours d’eau, parmi lesquels le Brahmapoutre est de beaucoup le plus important. Une grande partie de sa surface, grâce à l'abondance des eaux qui l’arrosent, jouit d’une fertilité prodigieuse; mais les habitants rendent vains les dons de lanature, et les neuf dixièmes du sol consistent en djungles et en déserts, Les sables des rivières roulent une grande quantité d’or ; cetor, ainsi que les dents d’éléphants et une soie grossière récoltée dans le pays, formentles principaux objets d'exportation.
Au sud-ouest de l’Assam, on trouve le pays des Garrows, race presque sauvage, féroce dans la guerre,etmême accusée de manger la tête de ses ennemis ; le territoire des Æoukis ou Lunctas, tribu sauvage de chasseurs et de guerriers ; le pays de Djentiah occupé par les Kossayah, qui offrent encore à leurs dieux des sacrifices humains. Au sud, nous ren-
controns le Catchar, district assez semblable à l'Assam, mais plus peuplé; ses habitants font encore des sacrifices humains à la déesse Kali. Sa capitale, Kaspour, est nommée Kospetir par l'historien portugais Juan de Barros. Au midi du Katchar, cst le territoire de Cassay ou Metchley, habité par les Moitay, race plus douce et plus industrieuse que toutes celles dont nous venons de parler, et qui ressemble davantage aux Indous. Lorsquele Cassay appartenait auroyaume d’Ava, c'était les Moïtays qui fournissaient presque tout l’empired’armes à feu et qui formaientles meilleurs cavaliers des armées birmanes. Munnipour, leur capitale, a été presqueentièrement détruite par les Birmans pendant la dernière guerre. L'ancien royaume d’Arracan embrasse presque toute la côte orientale de la baie de Bengale ; il a une étendue d’environ 200 lieues. Il est borné à l'est par une haute chaîne de montagnes, appelée Anopectomiein, ainsi que par des djungles et des marais pestilentiels. La largeur de la plaine entre les montagnes et la mer varie de 5 à 40 lieues, Quoiqu'elle soit très-fertile en riz et autres productions tropicales, on ne suppose pas qu’elle renferme plus de 100 à 126,000 habitants. Arracan, la capitale, à l'embouchure du fleuve de même nom, est une assez grande ville dont le commercen’est pas sans importance. Les Anglais ont fondé un nouvel établissement à 4kiab. Des barques qui descendent le fleuve apportent le bétel etles autres productions de l’Ava. pour être ensuite exportées au Bengale. Les autres objets principaux d'exportation sont les lingots, le riz, le sel, la cire, et l’ivoire. Le culte de Bouddha, sous le nom de Goutama, domine complétement dans le p2ys. L'un des temples de la ville d’Arracan possédait naguère une figure colossale de Goutama extrêmement révérée et qui attirait de nombreux pèlerins : mais les Birmans l’ont transférée à Ammerapoura. On trouve encore dans P'Arracan un assez bon nombre de mahométans qui s’y sont établis pour ” yfaire le négoce. Les Arracanais indigènes sont souvent appelés dans le “Bengale, og ou Moghs, du nom de Hogo qu'ils appliquent avec beaucoup de respect à leurs prêtres et aux nobles. Le royaume d’Arracan a longtemps joui d’une existence indépendante ; cependant les Birmans s’en rendirent maîtres sans difficulté. La possession de cette côte est surtout utile à l'Angleterre, parce que ses ports et ses rades sont sûres, tandis que celles de la côte orientale de l'Inde n’ont pas un mouillage sûr où les vaisseaux puissent se mettre à l'abri.
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La province de Martaban embrasse lesembouchures du Saluen etle pays
; qui borde le golfe de Martaban à l’est. Tout ce territoire n’a pas été cédé | aux Anglais : la partie que ceux-ci possèdent ne renferme guère plus : de 30,000 âmes. La ville d’Amherst-Town, fondée en 1826 sur le cap qui : domine la vaste baie de Martaban, a déjà une population d'environ 115,000 habitants, un grand nombre d’indigènes de l'empire birman
\) étant venus y chercher les avantages qui résultent d’un gouvernement
l civilisé. Moulmein, ville de création également récente, et bâtie sur le fleuve Saluen, est une place commerciale importante.
La province d’Yeh, contiguë à celle de Martaban, ne compte que | 3 à4,000 habitants ; celle de Tavay, 15,000; et celle de Merghi ou Tenus- | serim, 10,000 à 42,000. La ville de Merghi s'élève sur les bords du Tenas- | serim, près de son embouchure. Elle est importante par sa position ct
” la bonté de son port. La ville de Tenasserim, l’ancienne Thinæ, est égale-
. ment située sur lefleuve, mais à quelques licues dans l’intérieur. Cesprovincessontbornées à l’est parles montagnesarides de l’intérieur
, qui s'étendent sur toute la longueur de la péninsule. Elles ne sont pas
| remarquables par leur fertilité; mais elles jouissent du climat le plus
salubre des Indes orientales. En outre, leur possession a pour les Anglais un avantage immense: elle leur ouvre un facile accès daus les plus belles
| provinces intérieures de l'empire birman et du royaume de Siam.
| L'Angleterre posséde encore la province de Malacca dans la partie
| sud-ouest de la presqu'île. Cette province, qui avait été rendue aux Hol=
| landais par le traité de 1814, a été cédée, en 1895, à la Grande-Bretagne
L. en échange des possessions de cette dernière dans l'ile de Sumatra. La
ville de Malacca a été un des premiers établissements fondés par les Por | tugais. Ellea eu longtemps une grande importance commerciale et a été le lieu de ravitaillement de tous les navires qui se rendaient en Chine; mais depuis les développements prodigieux de George-Town et de Singa-
| pour, son port est beaucoup moins fréquenté , et la vilie a déchu en pro-
portion. La population de la ville est d’environ 5,000 âmes ; celle de la province ne dépasse pas 40,000.
Plus loin nous citerons encore d’autres possessions anglaises en décrivant les îles qui dépendent de l’Indo-Chine.
L’EMPIRE BIRMAN se compose de deux divisions importantes : l'ancien
royaume de Pégu, jadis son rival, qui comprend toute la côte maritime ct it. 16
les embouchures des fleuves ; le royaume d'Ava ou Birma, qui occupe h vallée supérieure de l’Irraouaddy. Le Pégu est une sorte de delta travers: par les nombreuses branches des fleuves Irraouaddy, Pégu et Saluen, Ses vallées sont extrêmement fertiles et produisent surtout une énorme quantité de riz : aussi cette contrée est-elle considérée comme le gre. nier de l'empire. Elle renferme en outre d'immenses forêts abondantes en bois de teck, qui exige un sol à la fois riche et humide, 1/Ava con. siste en vre plaine environnée de montagnes. Cette plaine est moin étendue et moins fertile que le Pégu. Mais elle est aussi bien cultivée, et abonde également en bois de charpente.
La ville de Rangoun, le principal marché de l'empire, est située sur l’une des branches du Pégu, et s’étend l’espace de 4,600 mètres le long de ses bords. Elle n’est pas aussi bien bâtie que la capitale, et ne repri. sente qu’un vaste assemblage de huties en bois. La douane est le seul édifice qui soit construit en briques. D'après le nombre des maisons qui est de 5,000, Symes évalue sa population à 30,000 âmes. Cette population se compose en grande partie d'étrangers, attirés par l'excellente police du gouvernement birman.On y voit des Arméniens, des Parsis, des Musulmans, et des représentants de toutes les nations commerçantes de l'Orient. A une demi-lieue de Rangoun, sur le sommet d’une colline, s'élève Le grand temple de Scho-Lagon, assez semblable au famen Scho-Madou. Quoiqu'il ne soit pas tout à fait aussi élevé que ce dernier, il n’est pas moins chargé d'ornements. Il contient dans son enceinte 4,500 rhahans attachés au service de Goutama. Tout auprès du temple, est une énorme cloche en bronze qui a 7 coudées de hauteur, 5 de largeur et 11 pouces d'épaisseur. Elle sert à annoncer les offrandes faites au temple et les cérémonies qui s'y pratiquent. Une inscription en pali, gravée autour de la cloche, indique qu'elle a été inaugurée, vers 1780, par un prince du pays. L
Pégu, naguère capitale du royaume, est bâtie sur le fleuve de mène nom. Lorsqu’Alompra fit la conquête, il rasa toutes les maisons, et démolit les murailles de la ville qui, à en juger par les fragments, paraissent avoir eu 9 mètres de hauteur et 12 de largeur : il n’épargna que les temples. Le souverain actuel, adoptant une politique plus moilérée, s’efforce de s'attacher ses sujets Péguans. Dans ce but, il leur a p'rmis de releverleur capitale. Lesanciens habitants ont été invités à yrescnir,
tdes encourage L1 résidence du *omme Pégu n Arantages d'un pulation actuell déjà décrit le { hisons donc q1 En remontan Avant d'arriver
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ASIE : INDO-CHINE, 199 ktdes encouragements ont été accordés à ceux qui viendraient s’y établir, La résidence du maywoun ou vicc-roi y a été transférée de Rangoun. Mais, tomme Pégu ne possède ni la splendeur d’une résidence royale, ni les hrantages d'une bonne situation au point de vue commercial, sa poulation actuelle se réduit à quelques milliers d'habitants, Nous avons fgjà décrit le célèbre temple de Pégu, appelé Scho-Madou; nous ne Maisons donc que le rappeler.
En remontant l’Irraouaddy, on rencontre plusieurs villesimportantes Qrant d'arriver à Ava. Meyahoun est une ancienne ville péguane, dont h splendeur s'annonce par ses pyramides dorées et ses nombreux cou- Vents. Le pays qui l’entoure est remarquable par sa fertilité, principa- Jement en riz. Aussi l’exapereur y a-t-il établi de vastes dépôts de prains. Prome, ou Paaï-Miou, sur la frontière de l’Ava et du Pégu, a été pendant un certain temps la résidence des rois péguans. Elle fait un Peranc commerce de bois de charpente. On la dit plus peuplée que Ranboun; mais elle ne renferme aucun édifice remarquable. De Prome à Ppeassin ou Paghan, on trouve une série non interrompue de villages et de villes, parmi lesquelles AMiaday est la plus considérable. C'est aux environs de Yeinang-Ghzoun, ville assezimportante sur la rive gauche du fleuve, que se trouvent lessources de pétrole les plus abondantes du
monde. Elles occupent ensemble un espace de 16 milles carrés, et ont
une profondeur qui varie de 200 à 250 pieds. L'huile qui jaillit par les ouvertures, aunc température de 32 degrés centigrades, et coule dans un “bassin dont le fond, disposé en tamis, laisse échapper les parties aqueus es pendant que le pétrole se coagule au contact de l'air. Ces sources forment l'une des principales branches de revenus de l’empire. On em-
Mploie le pétrole pour l'éclairage, ainsi que pour garantir les bois de
charpente contre les insectes. À Baghan, qui a été jadis la capitale du royaume de Birma, on remarque des restes magnifiques de temples et d'édifices royaux, qui témoignent qu’alors l’art de l'architecture était
bylus florissant qu'aujourd'hui.
Les capitales de l’Ava s'élèvent vers la fin de la plaine de l'Fr-
raouaddy, à l'endroit où la vallée du fleuve commence à €. : resserrce Ppar les chaînes de montagnes. La capitale primitive qui portait le nom
national d’Ava ou Aungwa, fut abandonnée par Alompra pour Ammera-
Lpoura. À cette époque elle offrit à Symes l'aspect de désolation que
présente toute capitale asiatique dès qu’elle cesse d’être la résidene du souverain. La plupart des maisons avaient été, sur l’ordre de l'em. pereur, transportées dans la nouvelle métropole; la végétation re prenait son empire dans cette surface déserte; les murs de la ville tom baient en ruines, et les temples se dégradaient sous l’action silencieux du temps. En remontant le fleuve, une buitaine de lieues, le voyagew apercoit les flèches et les tours majestucuses de la nouvelle capital, qui s'élève entre la rive gauche de l'Irraouddy, et les bords romanti ques d’un lac. À l'époque des débordements, Ammerapoura semble, comme Venise, sortir du sein des eaux. La partie principale de la vilk est la forteresse qui renferme dans son enceinte tous les édifices remar quables, ainsi que le palais royal. Ce dernicr est simplement construit en briques; mais l'intérieur est d’une richesse extrême, orné de pilier dorés et d’ombreiles de soie blanche parsemées d'or. Quant aux temples, ils ne sont pas moins décorés à l’extérieur qu’à l’intérieur, et leurs longues flèches ou piasaths richement dorées produisent uneffet merveilleux, Lorsqu'il visita Ammerapoura, Franklin estima sa population à 475,00 âmes, d'après le nombre officiel des maisons qui était de 25,000, Mi cette splendeur n'a pas été de longue durée. Fondée en 1783, Ammcrapoura a été à son tour abandonnée; et, en 1804, le siège de l’empirea été de nouveau transféré à Ava qui ainsi doit être redevenue ce qu'itait Ammerapoura quelques années auparavant, tandis que cette der. nière éprouve le sort auquel Ava paraissait condamnée, Déjà, en 182, la population d'Ammerapoura était tombée à 30,000 âmes.
Vis-à-vis Ava, c’est-à-dire sur la rive droite de l’frraouaddy s'élève la ville de Saïgaïng qui, elle aussi, a été jadis la résidence impérial, Le nombre de ses temples, soit anciens soit modernes, est incroyable: presque toutes les cimes des collines aux environs sont couronnées de temples pour la plupart ornés de flèches et de toits dorés. L’rffet de cette vueest vraiment magique. Malheureusement, tous ces édifices tombent maintenant en ruines. Xikok-Zeit, que nous avons déjà citée comme le lieu où se fabriquent presque toutes les statues de Goutama, est une ville trés-peuplée. Elle est presque contiguë à Saïgaïng : aussi un st vant géographe fait-il observer que ces trois villes, Ava, Saïgaïng ct Kikok-Zcit, pourraient être regardées comme n'en formant qu'une seule, réunissant alors une population de 350,000 habitants,
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ASIE : INDO-CiINE. 495 | La ville de Mariaban, capitale de l’ancien royaume de ce nom, dont Are partie a été cèdée à l’Angleterre, appartient encore à l'empire Birhn. Malgré sa position vers J’embouchure du Saluen et les avantages Quofrent sa vaste et magnifique rade, cette viüle, jadis florissante, est Aujourd'hui pre:que déserte.
M La topographie du ROYAUME DE siaM nous est fort peu connue. L’an- Genne capitale Juthia, ou mieux Si-yo-thi-ya, la Siam des Européens, k bâtie dans une Île sur le Meïnam. Les géographes routiniers la dé- Givent encore telle qu’elle était au xvur siècle, c’est-à-dire comme une Nile magnifique et renfermant une nombreuse population. Cependant
de le a été abandonnée après la conquête birmane, lorsque Piatac, Doc d'origine chinoise, leva l'étendard de l'indépendance siamoise. Les
Merveilles décrites par Kæmpfer n'existent plus à cette heure. Siam &st réduite à un rôle secondaire et insignifiant. Ce chef transféra le siège du gouvernement à Bankok, située également sur le Meinam, mais plus bresdeson embouchure, et dansunendroitbeaucoup plus favorable pour le commerce. Rankok est, pour ainsi dire, une ville qui flotte sur les faux du fleuve. Les maisons représentent à peu près des boîies de bois, de Hbrme oblongue, et couvertes de feuilles de palmier. Elles sont rangées @ligne sur le fleuve mème à 8 ou 10 pieds du bord, et sont fixées à la rre au moyen de longs bambous. L'intérieur est divisé en plusieurs ttes pièces, dont la plus centrale est réservée aux dieux domestiques. Au-devant de la plupart de ces maisons s’éléve une plate-forme ur laquelle on étale le riz, les fruits, et autres marchandises, de façon M figurer un bazar flottant. Ces habitations, malgré leur petitesse, sont lisez commodes, et offrent l'avantage de pouvoir se transporter avec la us grande facilité d’un endroit à l’autre. Chacune d'elles a sa barque, auclle est presque l’unique moyen de transport quand on veut paï- Mourir la ville. L'habitude constante de ramer donne aux bras des hom- Dies et des femmes des dimensions disproportionnées. Ces maisonsaqua- Miques sont principaiement habitées par les Chinois qui paraissent for- Ecr la majorité des habitants de Bankok et qui monopolisent toutes les Hshèces de commerce et d'industrie. Les principalesindustries sont celles Ac forgeron, de potier d’étain ct de corroyeur, qui, par une singulière ombinaison, sont exercées par les mémes individus. Les vases d’étain font polis avec le plus grand soin, et les cuirs, teints en rouge, servent
426 CHAPITRE QUINZIEME, à faire non des chaussures, mais des coussins et des matelas. Gric; leur activité, les Chinois vivent à leur aise et consomment par semair: en nourriture seulement, plus que les indigènes en deux ou tri mois. De nombreux palais, des temples resplendissants d’or, et les de! meures des grands s'élèvent sur les bords du fleuve. Mais tous ces éd fices sont construits sur pilotis, ea le sol est si marécageux qu'ilu presque impossible de se promener dans les rues. Pour parcourir} ville, les grands ont des barques dorées et richement ornées. Sa poyu! lation s’élève, d’après les naturels, à 150,000 âmes ; Crawfurd lestins à 50,000; et des géographes modernes l’ont portée à 90,000. Les aut villes du royaume n'offrent aucun objet qui nous puisse intéresser; dison seulement qu’à Pra-Bat, qui est moins une ville qu’un lieu de pèlerinag: on montre, comimne sur le pic d'Adam à Ceylan, une empreinte colostil du picd de Boudda sur un rocher. Le nom de Pra-Ba: signifie pied-sar, Le district de Tchantibend comprend la partie la plus orientale à royaume de Siam. Son territoire est sous quelques rapports supérieur! la plaine unie qui borde immédiatement le Mcinam. Situé sur le versa ouest des montagnes qui séparent le Siam du Cambodge, il forme um région pittoresque, couverte de forêts magnifiques, et riche en plant aromatiques. Le poivre esi le principal objet de la culture; la réco! s'élève chaque année à plus de 1,200,000 kilogrammes, et elle peut sa croître indéfiniment, Le cardamome, quoique inférieur à celui à Cambodge, est exporté pour la Chine. On conjecture que la popuh tion de ce district est d'environ un million d'habitants ; les Chinoise constituent la plus grande partie et assurément la plus industrieut Nous avons parlé des provinces que l'Angleterre possède dans! presqu'île de Malacca. Le reste de cette immense péninsule est occu
par des peuplades indépendantes ou tributaires du royaume de Siank
La partie dépendante du Siam comprend les territoires de Ligor, Bo delon, Patani, Kalantan, Tringanou et Kedah.
Les territoires encore indépendants sont au nombre de cinq: t leur donne le titre de royaumes. Celui de Perak est riche en min d’étain. La ville principale, Perak, à une population de plusieurs millier d'âmes et possède un port assez fréquenté. Le royaume de Salengi est le plus puissant de ces petits États ; ses habitants ont la réputalit
d'être des corsaires audacicux. Le souverain de Pjohore s'est pReer cit les 10
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ASIE : INDO CHINE, Lous la protection de l'Angleterre, Le royaume de Pahang a deux bons : orts, Pahang et Tr'rgoram. Enfin, dans l’intérieur de la presqu'ile on Hrouve le petit royaume de Aoumbo dont les habitants se livrent pres- Que tous à l’agriculture.
| L'EMPIRE D'ANNAM, accru parles conquêtes de Gyalong, comprend la Cohinchine, le Cambodge, le Tonquin, le Tsiompa, et une partie du Laos, Les côtes et les fleuves de la Cochinchine et du Cambodge offrent un aspect tout différent de celui que nous ont présenté les pays que nous enons de visiter. Ce n’est plus ce terrain d’alluvion si fertile que nous avons vu. La côle de la Cochinchine est presque tout entière composée e rochers escarpés, qui, d’après leurs formes abruptes et les pinacles higus dont ils sont surmontés semblent être de nature granitique. Entre es rochers ct la mer il existe à peine un étroit espace sablonneux. Des riques qui s’enfoncent à travers ces rochers, on voit cependant sortir des multitudes de barques qui donnent l’idée de l'industrie et de l’abondance : mais dès qu’onen approche, on a sous les yeux un spectacle qui montre la misère extrême des habitants. Ces petites barques sont construites en lattes de rotang ; elles ont des bambous pour mâts, des nattes pour voiles, et leurs cordages sont fabriqués avec des écorces d’arbres. Les individus auxquels elles appartiennent n’ont pas d'autre demeure; ls v embarquent tout ce qu'ils possèdent, et le produit de leur pêche st leur unique nourriture. Les grands fleuves qui traversent ces deux contrées n’arrosent que d'étroites vallé’s resserrées par des montagnes qui présentent absolument le mème caractère que celles qui bordentles dtes maritimes. Par conséquent le sol culti“able et fertile ne saurait offrir une grande surface.
La capitale de la Cochinchine, Æué est bâtie sur le fleuve de ce nom, à à lieues environ au-dessus de son embouchure. Elle consiste en un Maste fort quadrangulaire ou plutôt en une ville fortifice, qui est inconlstablement la première place d'armes de toute l'Asie, Chacun de ses dés a environ 2,400 mètres de long : les remparts ont 9 mètres de haueur. Tous les ouvrages sont construits dans le système européen, avec Bbustions, glacis et fossé. Cent mille hommes ont été, pendant vingtans, Constammi nt occupés à ces travaux . Douze cents pièces de canon ont été montées sur les murs. L'arsenal renferme un musée d'artillerie où l’on
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- gues, Saïgong et Bingeh. Cette dernière seule est fortifiée : c'est là queréside
nes. On suppose qu’il faudrait 40,000 hommes pour garder cel immense place forte. Hué est aussi la station ordinaire d’une partie deh flotie annamitique. Tous les ans, on construit sur ses chanticrs plusieur bâtiments de guerre. La population de la ville est évaluée à 60,000 âme
La Cochinchine possède encore plusieurs villes qui méritent d'ér tie à des officit
nommées : Quin-nong, ville de 10,000 habitants, impertante par son be portet ses fortifications; Nhatrana, qui possède également un port excel lent, des fortifications considérables et de vastes chantiers pour marine militare de l'empire. La petite ville de Touron ou Tourann donne son nom à une magnifique baie fréquentée par une foule t jouques chinoises ct autres, et environnée d'un pays aussi fer que pittoresque. Faifo, à quelques lieues de Touron, ‘est un comploï chinois qui n’a qu’une seule rue longue d’un quart de lieue; mais cl: est jinportante par son port et son commerce.
L'ancien royaume de Tsiompa, dont le vrai nom est Zin-tuam, est un: contrée sablonneuse et stérile, située au sud-ouest de la Cochinchim Une grande partie est occupée par des peuplades belliqueuses et indé pendantes. La partie soumise ne renferme que des villages.
Le royaume de Cambodge comprend la vaste région qui s’étend entr la Cochinchine à l’est, le Tsiampa au sud-est, la mer de Chine au sui le golfe de Siam et le royaume de Siam à l’ouest. Il paraît compost trois régions physiques : la vallée que le May-koung inonde, et qu renferme de grandes îles ; les déserts qui commencent probableme où finissent les inondations et qui ont beaucoup d’étendue à l'est; un fin les côtes généralement basses, sablonneuses, couvertes de taillis et baignées d’une mer profonde. Le pays est médiocrement peuple,
Sa capitale actuelle Saïyong, appelée Louknoui par les indigènes, ti située à l'embouchure du Donnaï, sur une presqu'île formée par les deu bras du fleuve. Elle se compose à proprement parler de deux villes conti
le vice-roi. Saïgong est la ville commerçante. Suivant Finlayson, chr cune de ces villes est aussi grande que la capitale du royaume de Sin et, selon White, les documents ofliciels portent la population des deu villes réunies à 180,000 habitants, dont 10,000 Chinois. Les marchés tk Saigong sont abondamment pourvusde produits, soit indigènes soit ap portés des pays voisins. Les articles manufacturés viennent presque loti
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ASE : INDO-CHINE. 499 de l'étranger; cependant on n’y rencontre presque aucun article euro-
À 1éen. La citadelle de Bingeh rivalise, pour la force et l'étendue, avec | ls immenses fortifications de Hué. L’arsenal maritime ne le cède guère À aux établissernents de ce genre que l’on voit en Europe. Tous ces ouméritent d'êm M trages du reste sont dus à des ing aieurs européens et principalement | à des officiers français. L'ancienne capitale du pays, nommée Laweik par : ies nationaux et Cambodge par les Européens, est à 45 lieues au nordà oucst de Saïgong. Elle est bâtie sur une île formée par un bras du May- } houng. La résidence royale ayant ensuite été transférée à 6 lieues de : là, à Panompin, la décadence de Cambodge a été rapide. Mais la nouvelle à capitale a bientôt éprouvé le même sort, lorsque le royaume ie Cam- 1 bodge a été réuni à l'empire annamitique en 1824.
Le Cambodge n’appartient pas tout entier à l'empire annamitique. Sur
| la côte de ce pays, les Siamois possèdent Toung-yaÿ, imnortante par son
Bin-tuam, est une Po'tC les grandes plantations de poivre de ses environs, et quelques-
e la Cochinchiè M tes des Îles qui forment l'archipel de Cambodge.
iqueuses et iudél } qu'on nomme royaume de Luos. Elle est située au nord du Cambodge, au
Nous manquons absolument de renseignements précis sur la contrée
} nord-est du royaume de Siam et à l’ouest du Tonquin. Le Laos est arrosé
de Chine au su PU un graud fleuve qui est sans doute identique avec le May-koung. V 1 à
à L'envoyé hollandais Wusthot le remonta en bateau; il rencontra plu- À sieurs cataractes épouvantables. Marini, d'accord avec lui, place les ! sources de ce fleuve dans la province chinoise d'Yunnan. Un voyageur { portugais arriva de la Chine à Laos en descendant un fleuve et en lrauvertes de taills versant un lac. Le Laos est séparé de tous les États voisins par de hautes à montagnes et d’épaisses forêts. On varie sur sa fertilité; La Bissachère À dit qu'on cultive un dixième des terres, et qu’elles ne produisent que
du riz; Wusthof ct Marini vantent l’abondance des denrées des régnes
[animal et végétal. Le riz qui s’y récolte est estimé le meilleur de ces contrées. On cultive beaucoup de légumes. Il y a quantité de buflles. Le A pays fournit anx caprices du luxe le benjoin, le muse, de l’or, des pier- Lres précieuses, particulièrement des rubis, destopazes et des perles. La some laque dite de Lalou est surtout si estimée, que les marchands Pi de Cambodge y viennent en chercher, quoique leur paÿs en produise . de très-bonne. Les éléphants sont, dit-on, si communs dans les forêts à (le Laos, qu'on assure que le pays en a tiré son nom. C’est du Laos
ul, 17
exclusivement que viennent les éléphants blancs si vénérés à Siam, Les Tonquinois et les Chinois ont la part principale au commerce de & pays. Cependant les Siamois y venaient autrefois en caravanes de plu. sieurscentaines de charrettes attelées de buffles; ils restaient deux mois en route. On vend dans ce pays des soicries et du sel; cette dernière denrée s’échangeait jadis contre un poids égal d’or.
Du temps de Kæmpfer, les principales villes du pays s’appelaient Lont. Chang (d’où Marini a fait Langione) et Tsiamaya ; dans les cartes moder. nes on y a ajouté Sandepora. Les Chinois ont assuré à Duhalde quel mot Mohangn signifie ville dans la langue de Laos, et que la capitale s'appelle Mohang-Leng. Ces. probablement le Lantchang de Kæmpfer et le chef-lieu de la province de Lantkian, indiquée par un passage du rapport de l’envoyé hollandais. Mais celui-ci donne à la capitale le nom de Winkian; elle était entourée d’une muraille en pierres rougeâtres
la garnison était de 50,000 soldats; la cour déployait un grand faste,
Les habitants paraissent avoir de la ressemblance avec les Chinok méridionaux. Leur teint est olivâtre; ils sont en général bien constitués, de bonne mine, robustes, doux, sincères, mais portés à la suerstition et à la débauche. La chasse et la pêche sont presque leurs sculé occupations.
Aujourd’hui le Laos appartient en partie au royaume de Siam, en
partie à l'empire d’Annam; nous ne prétendons pas indiquer les limites des possessions de l’un et de l’autre : nous laissons cette tâche à de plus hardis que nous.
Des trois pays principaux qui forment l'empire d’Annam, le Tonquin Æ
est le plus fertile et le plus riche. Son caractère est encore plus décidiment chinois que celui des deux autres : du reste c’est seulement dan
le xive siècle que le Tonquin s’est séparé de la Chine, dont il a conservt
cn partie les usages ct les institutions. Les Anglais et les Hollandais ont essayé d'ouvrir des relations commerciales avec le pays, d’où l’on pourrait tirer des objets de laque, de l’or et des tissus de soie magniliques et à bas prix; mais les exactions arbitraires des mandarins et le peu 1e demandes des produits de l’industrie européenne ont fait abandonner 2cs tentatives.
La capitale du Tonquin cest Ke- tcho, située sur le S”nkoï, à 40 lieucs È
environ de l'embouchure du fleuve. Quoique Richard affirme que cetle
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ASIE : INDO-CHINE, 431 ville égale Paris en étendue, 'La Bissechèrce ne lui accorde que 40,000 habitants : deux assertions qui se concilient dès qu’on observe que des jardins occupentla plus grande partie de sasuperficie.Cependant Crawfurd pense que Sa population doit être beaucoup plus considérable. Suivant Chaigneau, on voit près de Ke-tcho la vaste enceinte de l’ancienne capitale et les ruines du palais des anciens rois du Tonquin. Sescours pavées de marbre, et les restes des appartements démontrent que ce palais a été un des plus magnifiques monuments de l’Asie. On cite encore dans le Tonquin, les villes de Hanvints avec 20,000 habitants; Tranach, avec 15,000 ; Cansang, avec 8,000 ; Hun-Nam, avec 5,000. Cette dernière est la même que Hean où les Hollandais avaient un comptoir. Dans la partie cultivée du pays, les villages se touchent et la grande route présente une suite non interrompue de maisons et de jardins plantés en palmiers.
Pour achever notre description de l’Indo-Chine, nous &vons encore à jeter un er .p d’œil sur les îles qui en sont une dépendance géographique. Vers la côte du royaume d’Arracan, nous rencontrons d’abord un groupe d’îles appelées Archipel d'Arracan. Les principales sont Tchedaba, Ramri et Sandouaï. Les deux premières sont grandes, feriiles et trèspeuplées : on y remarque des volcans vaseux. Ils appartiennent à l’Angleterre. L'Archipel de Merghi se compose d’un très-grand nombre d'îles et d'ilots le long de la partie supérieure de la péninsule de Malacca : il fait partie des possessions anglaises. L'île de Djankseilan, dans l'archipel de ce nom, située vers la côte de la même péninsule, possède des mines d'ét'in d’une grande richesse : aussi jes Anglais se la sont-ils fait céder par les Siamois auxquels elle appartenait.
L'île de Poulo-Pinang, appelée par les Anglais {le du prince de Galles, semble n’être que la pointe avancée de la pointe du royaume de Kédah, tant est étroit le canal qui les sépare. La salubrité de son climat est telle qu’on lui a donné le surnom de Montpellier des Indes.
C’est à peine si, dans le courant de l’année, le thermomètre y varie de 5 à 6 degrés. En 1785, un officier de la marine anglaise, le capitaine Light, ayant eu l’occasion de rundre quelques services au roi de Kédah,
, © prince jui donna en mariage l’une de ses filles avec l’tle de Pinang
pour dot. Le capitaine céda cette îie à sa patrie. Un établissement y fut
. fondé et Light en futnommé gouverneur, Sous son administration, l'île
allcignit un degré inout de prospérité, Elle e:t couverte des plus belles cultures dont le riz, le poivre, le bétel et l’arek sont les plus importantes. Sa popuiation, qui ne se composa d'abord que de Malais et de 2 à 300 Chi. nois, s'élevait, en 1802, à 40,000 âmes ; à 45,000, en 1805 ; à 95,000, en 1821 ; a 45,000, en 1831 ; et aujourd’hui elle dépasse 60,000 habitants,
La seule ville que possède Poulo-Pinang est George-Torwn. Elle est assez jolie, bien bâtie, et son port est excellent. On y a fondé plusieurs hôpitaux, un asile pour les orphelins créoles et un dispensaire pour les naturels. Enfin elle possède un grand nombre d'écoles, une bibliothèque et une feuille politique et littéraire.
La petite île de Singancur, situéeau sud de la presqu'île de Malacca, dont elle n’est séparée que par un canal étroit, nous offre un exemple du
développement que peut acquérir une colonie fondée sous les aus- }
pices de la liberté commerciale, En 1819, elle fut choisie par sir Stamford Rafles comme pouvant fournir à l'Angleterre un poste avancé dans les mers de Chine. La ville de Singapour est bien bâtie, posséde un port extrêmement sûr, un jardin botanique et un collége malais. On y publie un journal intéressant, intitulé Singapour chronicle, Cet établissement doit sa prospérité d’abord à son excellente position, mais surtout à la franchise absolue de son port, qui est devenu le rendez-vous des navires de toutes les nations commerçantes de l'Asie et de l’Océanic. En 1819, Singapour n'avait pour habitants que 450 misérables pêcheurs. En 1824, sa population était déjà de 10,683 âmes, et de 20,970, en 1833. Cette population est singulièrement variée : elle se compose d’Européens ct de créoles Indo-Anglais au nombre de 200 seulement; d'Arméniens, de Juifs, d’Arabes, de Malais, de Chinois, d’indigènes de la côte de Coromandel et d’autres parties de l’Indostan, de Javanais, et de naturels venus de plusieurs îles du grand archipel d'Orient. Le mouvement de la navigation est considérable à Singapour. Cependant, on n’y voit venir annuellement qu’une vingtaine de navires anglais, quelques amtricains. et quelques hollandais expédiés principalement de Batavii; mais ilarrive chaque annéë, de plus de 150 ports de la Chine, del Cochinchine, du Tonquin, du royaume de Siam, des deux côtes de Î péninsule malaise, de Bornéo, Célèbes, Sumatra, Java, Amboine, Ti mor et autres iles, au r.oins 4,500 bâtiments de diverses espèces. Enfin,
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on à vu | aunée, à | Entre l de Sumat:
premier € déjà conn daman à | grande la d'excellen pour de] cartes ant Île partag trouve du précieux, On n’a vu et des rats mulets, de Les hal ment can!
(trangers.
dont ils o ressemble tenir à ce Nouvellebre de 2 à let. Les A dans la g en 1793; du climat Les île s'appelle dites, au port. Les abondana de l’excel
icré don
es plus belles importantes, le 2 à 300 Chi- D5 ; à 35,000, 60,000 habi-
own. Elle est ndé plusieurs pensaire pour s, une biblio-
Malacca, dont à exemple du sous les ausàr sir Slamfor( e avancé dans éde un port ex- On y publie un lissement doit ‘tout à la franus des navires anic. En 1819, leurs. En 1824, en 1833. Celle d’Europécens et Arméniens, de côte de Coroet de naturek mouvement de on n’y voit vCquelques amint de Batavi la Chine, del leux côtes de là , Amboine, Tiespèces. Enfin,
ASIE : INDO-CHINE, 435 on a vu le mouvement comme ial de l’île s'élever, pour ne seulc aunée, à la somme énorme Ale 110,000,000 de francs.
Entre le cap Negrais daus l'empire Birman et l’extrémité nord-ouest de Sumatra, s'étendent les deux archipels d’Andaman et de Yikobar. Le premier de ces archipels est le plus considérable. Au 1x° siècle, À était déjà connu des Arabes sous le même nom. La plus grande des îles Andaman a près de 50 lieues de long, mais pas plus de 8 dans sa pius grande largeur ; elle est découpée par des baies profondes, formant d'excellents havres, et divisée par de vastes golfes, dont l’un, navigable pour de peuts vaisseaux, traverse presque entièrement l’île, selon les cartes antérieures à celle de Dalrymple. Dans celle-ci, on voit la grande Île partagée en trois par des canaux très-resserrés, On assure qu’il s’y trouve du mercure. Des forêts étendues renferment quelques arbres précieux, tels que l’ébénier et le mellori ou arbre à pain de Nikobar, On n’a vu d’autres quadrupèdes que des cochons sauvages, des singes et des rats. La mer abonde en poissons, parmi lesquels on nomme des mulets, des soles et d'excellentes huîtres.
Les habitants des îles Andaman sont très-peu civilisés et probablcment cannibales; du moins ont-ils une antipathie singulière pour les ttrangers. Leur chevelure est laineuse, et ils ressemblent aux nègres, dont ils ont le caracière féroce et astucieux. Leur langue barbare ne ressemble à aucun dialecte indien ou indo-chinois. Ils paraissent appartenir à cette grande race des nègres de l’Oc‘anie, répandue dans la Nouvelle-Guinée et jusqu’à la Terre de Diémen. Ces sarvages, au nombre de 2 à 3,000, savent à peine construire un bateau et employer un filet. Les Anglais avaient fondé des établissements d’abord à Port-Chatham dans la grande île en 1791, puis à Port-Cornwallis dans la plus petite en 1793; mais tous deux ont été abandonnés à cause de l'insalubrité du climat.
Les îles Nikobar forment trois petits groupes. Le plus septentrional s'appelle Car-Nikobar. Viennent ensuite les îles Nikobar proprement dites, au nombre de trois, entre lesquelles il y a un excellent et vaste port. Les Îles Sambelong sont au midi. Toutes ces iles produisent en abondance des cocos, de l’arec, des cannes à sucre, des lauricrs-cassia, de l'excellent bois de tek, du bois de sassafras très-aromatique ; le mellet donne un fruit moilleur que celui de l'arbre à pain d’'Otaiti, duquelil
diffère de caractère. Les bœufs amenés d'Europe y ont multiplié extrè. mement, et les nids d’hirondelles salanganes, si estimés en Chine, y abondent, ainsi que dans les îles Andaman. Les habitants sont d’une couleur cuivrée; leurs yeux sont petits et fendus obliqueinent. Dans leur habillement, une petite bande de drap pend derrière eux ; et de là l’origine des contes absurdes du Suédois Ææping, marin ignorant, qui porta Linnée lui-même à inférer que quelques espèces d'hommes avaient des queues. Leur langue et leur origine sont encore peu connues; on les croit descendants des Péguans. Les Danois ont des droits reconnus à la propriété de ces îles; mais après avoir formé un petit établissement dans l’île Æamorta, qu’ils appelèrent Nouvelle-Sélande, ils abandonnèrent un poste aussi avantageux à quelques frères moraves,
Hors de la chaîne des îles Andaman et Nikobar, on voit à une distance de 25 lieues, le pittoresque volcan de l’île Barren, qui vomit des laves rougeûtres.
Nous ne ferons quenommer l’Archipel de Cambodge, formé par plusieurs groupes d'îles le long de la côte ouest du royaume de ce nom. Phoukok, Ja plus grande de ces îles, est remarquable par sa riche végétation, Le groupe de Poulo-Condor est situé au sud de la Cochinchine et des embouchures du May-koung. Ces îles sont un lieu de ravitaillement pour les vaisseaux qui se rendent en Chine. Le long de la côte orientale de la Cochincnine, nous trouvons encore l’Archipel de Paracels composé d’ilots fréquentés par les pêcheurs ; mais rien n’y mérite d'arrêter notre attention.
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Tartarie indépendante ou Turkestan,
Les contrées à l’est de la mer Caspienne, qu’arrosent l’Oxus ct l’Iaxartes, portaient chez les Grecs le nom de Scythie asiatique, I est possible que les véritables Scythes d'Europe, les peuples de la race fiunoise, aient occupé ce pays à une époque très-reculée ; mais les nutions que l’histoire connaît comme habitants de la Scythie d’Asie, paraissent ne pas avoir différé d’origine avec les Tartares ou Tatars actuvis. Les dénominations tatares des fleuves, des montagnes et des provinces, se reconnaissent au milieu des noms persans consacrés par la géographie grecque depuis Alexandre, et l’on n’y a retrouvé aueune trace des langues finnoises. D'ailleurs, l’histoire, depuis Alexandre jusqu’au 1v° ou v* siècle, ne connaît avec certitude aucune grande migration des peuples qui ait pu amener dans ces régions de nouvelles colonies.
Mais des tribus belliqueuses et nomades durent souvent changer le rang, de nom et de situation. Les Saces et les Massagètes disparurent de la carte entre n° et le 1ve siècle; la Perse et Byzance apprirent à connaître les redoutables noms des Turcs de la Transoæiane et des /luns blancs où Ephthalites. Ces derniers, nommés ainsi parce qu'ils d meuraient sur l’Oxus, appelé Aptelah en persan, étaient probablement des Tures; et peut-être ne diflérent-ils point des Uzes ou Uzbeks, qui, après plusicurs révolutions, sont restés maîtres de Ja Grande-Boukharie. Les Turcs, dont la capitale fut Taruz et ensuite Otrar, donnèrent à uve grande étendue de pays le nom de Turkestan. Toutes les nations que nous désignons sous le nom de Tartares, reconnaissent celui de Tures pour leur appellation commune.
Ge d'est que dans Le xue sicclo que le nes des Tartares, où plus xäctement Tuters, devint célébre où Eurure, Aboul-Ghazi affirme
qu'il y eut parmi les hordes turques une tribu nommée Tatars, et en parle comme de l’une des plus considérables de la grande nation turque. Une opinion différente considère la dénomination de Tatar comme étrangère aux nations turques, et comme leur ayant été donnée par les Chinois; il paraît en effet que ceux-ci nomment Tata les nations nomades de l'Asie centrale, Enfin on a soutenu que les Tatars étaieni une tribu mongole, et non pas turque.
Quoi qu'il en soit, le nom de Tartares eut une telle vogue dans les xiv°, xv° etxvi siècles, qu'il envahit toute l’Asie centrale et septentrio. nale. 11 engloutit celui de Mongols, quoique ceux-ci régnassent sur les Tartares; on doit peut-être en chercher la cause dans les victoires mêmes de Djenghis-Khan : les Tatars, soumis par lui, furent encadrés dans ses armées et dans celles de ses successeurs, Ils s’y trouverent en beaucoup plus grand nombre que les sujets naturels de cc princes, et finirent par faire oublier le nom des Mongols leurs vairqueurs.
Les Tartares différent autant des Mongols par leurs traits, leur cons titution physique et leur langue, que les Maures diffèrent des Nègres. Une taille élancée, des visages européens, quoique teints un peu en jaune, des cheveux bouclés, une longue barbe, distinguent le Tartare du monstre difforue, trapu, au nez écrasé, aux joues saillantes, au menton presque imberbe, aux cheveux roides, qui habite les déserts de la Mongolie. Les pays de ces deux races constituent aussi deux régions physiques. Les Mongols, dont les Kalmouks sont une branche, occupent tout le plateau central depuis le lac Palcati et depuis le mont Bélour jusqu'à la Grande-Muraille et jusqu'aux monts Siolki, lesquels les séparent des Mantchoux, tribu de la grande race des Toungouscs. Les Tartares sont restés définitivement les maîtres de la vaste contrée qui, des monts Belour, s’étend vers le lac Aral et la mer Caspienne, et qu'on peut appeler indifféremment Tartarie ou 1 urkestan.
Il est vrai que les Tartares ont habité et même dominé dars Ja Petite. Boukharie; mais ils y ont été subjugués par les Kalmouks. D'un autre côté, ils ont possédé Ie Æhanats de Sibir ou Sibérie, nommé aussi Toura, et ceux de Kasan, d’Astrakan et de Krim ou Crimée; mais ces quatre Etats sont tombés au pouvoir des Rincsos, El y est resté un certain nome bre de Tartares; les uns sur le TFobeol ot VPirtvelr jusqu'à l'Icnisseï en
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ASIE : TARTARIE INHÉPENDANTE, 497 gibérie, lesautres aux environs de Kasan; un petit nombre est demeuré en Crimée : enfin, le Caucase en recèle quelques tribus réfugiñes, Voilà ‘extension de la Tartarie dans le sens ethnographique. Mais les nations tartares, indépendantes, sont circonscrites dans des limites plus étroits; elles n’occupent que la région bornée au nord par les monts Alghidin-Tsano ou le cours de l’Irtych, à l’ouest par le cours de l’Oural et la mer Caspienne, au sud par le Khorassan, à l'est par les chaînes du Belour, Au nord, la steppe d’Ichim et la rivière appelée Taik ou Oural, la séparent de la Russie; les monts Belour la défendent contre la puissance chinoise. A l’ouest, la mer Caspienne lui donne une frontière naturelle; mais au sud il lui manque une semblable barrière, pour la garantir des invasions des nations plus méridionales, Cependant la Géographie doit considérer la Tartarie comme s'étendant au sud-est jusqu'aux monts Hindou-Koch, qui la séparent du Kaboul. Ce pays, même en excluant la steppe d’Ichim, réclamée par les Russes , à plus de G0,000 lieues carrées de superficie.
Rien n’est moins stable que les divisions politiques de la Tartaric in dépendante. Aujourd’hui elle est partagée en un grand nombre d'Etats qui différent beaucoup sous le rapport de l'étendue et de la population. Les Khanats de Æhiva, de Boukhara, de Koundouz et de Khokand sont les plus importants. En outre des territoires qui constituent ces divers Etats, de vasles espaces sont occupés par des tribus nomades, les Kirghiz, les Karakalpaks, et les Turcomans, qui jouissent d’une indépendance à peu près complète.
La Tartarie, telle que nous venons de la circonscrire, peut être regardée comme le penchant occidental du grand plateau de l'Asie centrale, C'est une suite de bassins qui aboutit à la mer d’Aral et à la Caspienne. Le niveau d’une grande partie de ce pays doit être assez bas; mais des montagnes l'encerelent du côté du sud, de l’est, cten partie du nord. Nousavons déjà cité la chaîne de l’Alghidin-Tsano commo formant au nord la limite géographique de la Tartarie. Gette chaîne appelée par les Kirghiz Dalaï Kamtchat, et Alghinskoe-Krebet par les Russes, est un prolongement de l’Altaï; mais il consiste simplement en une série de petitesmontagnes et de collines isolées qui s'élèvent brusquement au milieu des plaines parcourues par les Kirghiz, Au midi, lIndou-Koch
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pare le Kaboul de la Grande Boukharie. A lorient, les principales mon. tagnes sont ceiles de Bélour ou Bolor que toutes les relations s’accordent à représenter comme une haute chaîne couverte de neiges éternelles, et n’offrant que deux portes étroites et difficiles par lesquelles les caravanes peuvent se rendre dans la Tartarie chinoise. La chaîne de Bélour, dont la direction est à peu près nord-sud, se he au midi à l’Indou-Koch qui marche de l’est à l'ouest. A leur extrémité septentrionale, les monts Bélour sont continués par une autre chaîne importante, à laquelle les Turcs donnent le nom de Mouz-Tagh (Montagnes Neigeuses), et les Chinois celui de Thianchan (Monts Célestes). Cette dernière qui se dirige au nord-est va rejoindre la grande chaîne de l’Altaï. Le Thianchan envoie dans la Tartarie indépendante deux branches importantes. L'une, appelée Ala-Tau où Ala-Tagh (montagnes bigarrées), marche au nord du Sihoun, l’autre se dirige vers Khodjend, séparant ainsi le bassin du Sihoun de celui du Djihoun. Ces deux branches expirent ensuite dans les plaines qui s’abaissent vers l’Aral et la mer Caspienne.
D'immenses steppes ou plaines désertes occupent une bonne moitié de la Tartarie. Le pays des Kirghiz en forme presque la totalité. Il ya un désert au nord de la Grande-Boukharie, et un autre à l’ouest. Le Khowarezm ou khanat de khiva en est ceint de toutes parts. Les bords orientaux de la mer Caspienne n’offrent qu’une longue et triste chaine de dunes et de rochers arides. Il paraît que tout le plat pays compris entre les pieds des montagnes et les vallées des fleuves est condamné à la sécheresse et à la stérilité.
Deux grands fleuves arrosent la Tartarie indépendante ; l’Amow et le Sir : on ajoute à l’un et à l’autre de ces noms tatars le terme de déria ou fleuve. Les géographes orientaux appcilent le premier Djihour, et le second Sihoun.
Le Djihoun ou Amou-Déria, l’'Oxus des anciens, est formé par deux branches, Le Bolor et 1e Badakchan qui viennent de la chaine de Bélour. 1l reçoit à droite et à gauche plusieurs affluents plus ou moins consid: rables, baigne les villes de Khiva et d’Ourghendj, ctse partage ensuite en plusieurs bras pour se jeter dans le Jac d’Aral à l'extrémité méridionale de ce deruicr.
Le Sihoun où Sir-Déria, l'Iaxartes de V'antiquité, prend sa source dans Jes monts Fhianchau, et après uu cours de plus de 300 licues, se dé-
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La Tartarie indépendante renferme un grand nombre de lacs. Plusieurs d’entre eux furent jadis célèbres par les victoires de Gengisà khan et de ses successeurs, lorsque, dirigeant leurs courses au nord de L Ja mer Caspienne, ces conquérants soumirent la plus grande partie de b la Russie d'Europe. Le plus grand lac de ces contrées est la mer d’Aral, ) Ses eaux, presque douces, nourrissent, comme la Caspienne, des pho= L ques et des esturgeons. Cependant, si ce lac joignit jamais la mer Cas- | pienne, ce ne fut probablement que par un détroit peu large, puisque ls plaines qui les séparent sont fort élevées, et que, suivant quelquesuns, il existe même entre elles de véritables montagnes. Ses rives oricntales sont plates et marécageuses. Les autres lacs, peu remarquables L par leur étendue, le sont presque tous par la nature saumâtre de leurs eaux. Toute la steppe des Kirghiz en est parsemée ; toute la contrée L entre la mer d’Aral et la Caspienne offre également une infinité de mares remplies d’eau saumûtre. |
Le climat de la Tartarie paraît en général salubre ; la chaleur même, > dans les parties méridionales, est tempérée par le voisinage des monts, k lont les cimes conservent des neiges éternelles ; et quoique situées sur h parallèle de l'Espagne, de la Grèce et de la Turquie asiatique, la proximité des déserts de Sibérie et des Alpes du Thibet leur donne des étés frais. Au nord du Sir, les hivers sont quelquefois très-rudes. Sche= reffedyn nous a laissé une terrible peinture de celui qu’éprouva l’armée de Tamerlan, rassemblée sur les bords de ce fleuve, pour marcher contre la Chine. « Les uns perdaient le nez et les oreilles, les autres » voyaient tomber leurs pieds et leurs mains. Le ciel n’était qu’un » nuage, et la terre qu’un mouceau de neige. »
Cette région offrirait probablement au naturaliste la même variété de productions et de sites que présente la région caucasienne. Le sol -ctend ici en plaines à perte de vue, que couvre une herbe grossière où un amas de sable mouvant : là, ilest coupé de rivières sans nombre, entremêlc de collines agréables, dominé par des monts escarpés. Généralement les bots y sont rares, ainsi que dans la Perse orientale ; il peut y avoir de grandes forêts sur les flancs des monts Bélour. Lu fertilité
Qu s0l se fait remarquer sur ic hord des rivières, où l'herbe dépasse,
en quetqu£s endroits, la hauteur d'un homme; le riz et d’autres grains A
sont cultivés en plusieurs cantons avec beaucoup d'industrie et de succès. La vigne et quelques fruits de l'Europe méridionale réussissent dans la Boukharie. Il paraît que les montagnes du sud-est, le Bélour 4 l'Hindou-Koch contiennent de l'or, de l'argent, du lapis-lazuli, et des rubis-balais, dont le nom vient du canton de Baluscia, dont la position est douteuse. Au x: siecle, avant que l'industrie des raturels eût été paralysée par une longue oppression, on tirait du Fergana, canton situ vers les sources du Sir-Déria, du sei ammoniac, du vitriol, du fer, du cuivre, du plomb, de l'or et des turquoises; depuis on y a découvert des mines de mercure. Il y avait aussi, dans L4 montagne de Zarka, des sources de naphte et de bitume, et « une pierre qui s’enflamme ct brûle ; » description qui indique le charbon de terre.
Le cheval est la richesse et la force de la Tartarie. Dansle Turkestan, la race chevaline n'offre pas l'élégance du cheval arabe et ne posseie pas cette légèreté presque surnaturelle qui ont rendu ec dernier si ctlèbre. E!le est même sous ces rapports inférieure à la race que l'on trouve dans la Perse et le Dekhan. Les chevaux tarlares sont massifs, le corps est allongé et les membres sont forts. Mais ce qui les distingue par-descus toutes les autres races, c’est qu’ils sont capables de faire des voyages immenses sans s'arrêter et sans se fatiguer : de cette façon, ils l’emportent à la longue sur leurs adversaires plus rapides. Suivant
Fraser, pour les préparer à une longue expédition, on les soumet à uu M
régime tel qu'ils sont presque réduits à l’état de squelette et que leurs muscles ressemblent à du marbre : alors ils sont en état de fournir plusieurs jours de suite, et saus en souflrir, des traites de 28 à 92 lieucs par jour.
Commençons notre voyage dans la Tartarie par le nord. Le vaste territoire des Kirghiz se présente le premier. Les frontières entre ces nomades et leurs voisins les Chinois et les Russes, ne sont pas déterminées d’une maniere bien fixe. La pelite horde des Kirghiz vil entre l'Oural ou Haïk, la mer d’Aral et les environs d’Orembourg ; la horde moyenne erre au nord du lac Aral jusqu'au fleuve Sarasou, au sud-est; elle campe souvent dans la steppe d’Ichim. Les Russes comprennent, sur leurs cartes, tout cet espace dans les limites de eur empire ; mais
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C'est par des expéditions militaires des Russes, qu’on à eu une légère
| connaissance de ce pays. Il paraît en général n'offrir qu’une suite de } dunes ou montagnes sablonneuses, mêlées de collines d'argile, et cou= à pécs par de vastes plaines salines, où plusieurs rivières se perdent dans
les sables ou dans les marais et lacs salants. Il règne ici, pendant l'hiver, un vent du nord très-impétueux, accom-
> pagné de neige, d’un froid excessif et de tourbillons si violents, qu’ils
élevent des colonnes de poussière de 30 pieds de haut; cependant la neige n’y séjourne que très-peu de temps, du moins vers les bords de la mer Caspienne.
Le lac saié d’Indersk, près les bords du fleuve Oural ou Iaïk, mérite, selon Pallas, le nom d’une merveille de la nature. C’est une flaque
b d'eau de 21 lieues de circonférence, tellement imprégnée de sel, que la
surface en paraît toute blanche ; des sources salées y portent constamnent de nouveaux aliments ; les brouillards qui s’en élèvent sont char-
-: particules de sel; les rivages présentent un mélange étonnant ut couches argileuses et marneuses, d’ecailles d’huîtres, de cristaux d'alun et de soufre.
Les plantes salines dominent dans cette contrée stérile ; cependant, le long des rivières, il croît diverses espèces d’arbres ; il y a des vallées ou bas-fonds très-agréables en été. Sans des pâturages étendus, les Kirghiz ne pourraient pas nourrir des chevaux, des chameaux, du gros bétail, des brebis et des chèvres. On a assuré à Pallas que des individus de la moyenne horde possédaient jusqu’à 10,000 chevaux, 300 chameaux, 4,000 brebis, et plus de 2,000 chèvres. Leurs dromadaires, qu'ils tonden. tous les ans comme les brebis, fournissent une grande quantité de poil laineux, que les Russes ou les Boukhares achètent. Ils font leur nourriture ordinaire de l'espèce de mouton à large queue ; et l'agneau y est d’un goût si délicat, qu’on l’envoie d’Orembourg à Pétersbourg pour les tables du palais. Les steppes fournissent beaucoup de gibier, des loups, des renards, des blaireaux, des hermines, des belettes, des marmottes. Dans les montagnes du sud et de l’est, on voit errer les brebis sauvages, le bœuf du Thibet ou le yak, les chamois, les chacals, une espèce d'animaux qu’on a pris pour des
tigres, les koulaus ou ânes sauvages, l’antilope saiga et le takia ou chr. val sauvage. Les Kirghiz ont dressé à la chasse des aigles de l’esnèce nommée en russe berkut. Dans les vastes marécages on voit fourmiller les oies, les canards et d’autres oiseaux aquatiques. Des serpents blanc: de la longueur d’une toise et au delà, effrayèrent les troupes russcs; mais les Kirghiz disent que ces reptiles ne font aucun mal. Ils crai. gnent beaucoup une espèce d’araignéc venimeuse, noire, velue, qui a huit yeux, et qui est de la grosseur d’une noix.
Les Kirghiz ont les traits tatares, le nez écrasé et les yeux petits, mais non pas obliques comme les Mongols et les Chinois. Une vie frugale «t tranquille leur procure une longue et verte vieillesse. Leurs maladies
ordinaires sont les fièvres intermittentes, les rhumes, l’asthme ;h
maladie vénérienne est répandue parmi eux, mais ils craignent davan tage la petite vérole.
La langue des Kirghiz est un dialecte de la langue turque, que les autres tribus de cette race entendent parfaitement; mais leur prononciation est très-forte, et ils aiment le style allégorique. Les princes héréditaires des Kirghiz ont peu de pouvoir, tout ce décide en assemblée générale. Les deux hordes, dites petite et moyenne, jurent fidélité à
l'empereur de Russie par leurs députés; mais ils ne se reconnaissent |
nullement pour ses sujets, et ne lui payent aucun tribut. Au contraire, la Russie leur fait de petits présents annuels. Les caravanes de Bouklhnrie, de Khiva et de Taschkend payent un droit de transit pour passer i travers les terres des Kirghiz, et sous leur escorte. Ce droit est ordinaï rement de 10 à 12 roubles par chameau.
La population de la horde moyenne et de la petite est évaluée à 460,000 familles pour chacune. Si l’on en accorde 75,000 à la grande horde, qui malgré son nom est la moins nombreuse, en comptant 5 personnes par famille, on trouve que la population de cette immense région peu aller à 1,975,000 âmes.
Libres de tout joug despotique et pourvus en abondance de ioutes les nécessités, les Kirghiz mènent une vie beaucoup plus agréable que l'on ne croit communément. La chair de leurs moutons et le lait de leurs jumernts les nourrissent. La lance et le fusil à mèche sur le bras, ils pillent toutes les contrées voisines. Ils ne sont point sanguinaires, mais ils mettent dans leur brigandage une adresse qui déconcerte les
garnisons qu'elles co brigands s esclaves q un large « bonnet qu de riches a
| héron, art
aiment les
des riches,
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à cheval.
jonc roulé blanche, d recherches Ce fut vi fois Cham tan, se SOL vrés à tout honorés c Les Kirg est l’entre rie, On évi ans à Ore chevaux, camelots.
tout des d et des co en échang et turco Les Ke inférieur les Karaune tribr divisent horde in
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Au contraire, 1es de Boukli- | pour passer à roit est ordinai:
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grande horde, ant à personnes nse région peul
lance de toutes 18 agréable que as et le lait de be sur le bras, it sanguinaires, déconcerte les
garnisons russes. Ils aiment à enlever les femmes des Kalmouks, parce qu'elles conservent longtemps les attraits de la Jeunesse. Ces infatigables brigands se regardent entre eux comme frères; il se font servir par des esclaves qu’ils prennent dans leuts incursions. Ils portent l’habit tatare, un large caleçon, des bottes pointues, la tête rasée et couverte d’un bonnet qui a la forme d'un cône. Les harnais des chevaux sont couverts de riches ornements. Les femmes coiffent leur tête avec des cous de héron, arrangés en façon de cornes. Les Kirghiz, chevaliers sauvages, aiment les jeux. les exercices, les courses à cheval. Dans les funérailles des riches, l'héritier distribue des esclaves, des chameaux, des chevaux, des harnais et d’autres magnifiques prix aux vainqueurs dans la course à cheval. Ils passent les rivières sur des ponts formés de nattes de
) jonc roulées, et réunies par deux cordes tendues. Leur poudre à fusil
blanche, dont ils cackent la fabrication, paraît un objet digne de recherches.
Ce fut vers le commencement du xvir siècle que ces peuples, autre
| fois Chamaniens, gagnés par les prédications des prêtres de Turkes-
tan, se soumirent à la circoncision. Mais Pallas, en 1769, les trouva livrés à toutes les extravagantes superstitions de la magie. Les morts sont honorés chez eux; tous les ans ils célèbrent une fête en leur mémoire.
Les Kirghiz font quelque commerce avec les Russes : Orembourg en est l’entrepôt ordinaire. La horde moyenne va jusqu’à Omesk en Sibérie. On évalue à 150,000 le nombre des brebis qu’ils conduisent tous les ans à Orembourg; outre cela, ils fournissent une grande quantité de chevaux, de bétail, d’agneaux, de pelleteries, de poil de chameau et de camelots. Ils prennent en échange des ouvrages de manufacture, surtout des draps et des meubles. Comme la Russie leur refuse des armes et des cottes de mailles, ils les reçoivent de la Boukharie et de Khiva, en échange de chameaux et de bétail, et quelquefois d’esclaves persans el turcomans.
Les Karakalpaks habitent les bords du Sihoun, dans le tiers ivférieur du cours du fleuve. Cette peuplade se nomme elle-même les Kara-Kiptchack, c’est-à-dire Kiptchack noirs ou tributaires. C’est une tribu des Tatars de Kiptchack subjugués par les Kirghiz. Ils se divisent en horde ou oulouss supérieure et inférieure. En 1742, la horde inférieure, qui était alors de 15,000 familles, rechercha la
A4 CHAPITRE SFIZIÈME.
protection de la Russie ou du Czar blanc; m:is les Kirghiz déiriunsirent presque éette tribu, qui osait invoquer contre eux un secour Ctranger.
Les chefs des oulouss se donnent pour descendants de Mahomet, (|: a une sorte de noblesse. Le genre de vie ressemble à celui des Ba. chkirs en Russie. Les cabanes d’hiver ont un emplacement fixe, celle d’élé sont mobiles. Le soin de l’agriculture s’allie à celui des bestiaux, N'ayant que peu de chevaux, ils se servent de leurs bêtes à cornes pour le trait et la selle. Ils exercent avec succès plusieurs métiers; ils ven. dent à leurs voisins des couteaux, des fusils, des marmites ct deh
poudre à tirer. Ils sont mahométans et connaissent assez bien les pri. À
ceptes de leur religion. Le pouvoir des khans est borné par l'influence dont jouissent les khodscha ou prêtres.
Les Turcomans ou Troukmènes habitent toute la côte orientale deh mer Caspienne, pays sablonneux, rocailleux et dépourvu d'eau. Il: chaîne des monts Mangischlak n’est pas d’une grande élèvation, mas très-escarpée et coupée de ravins; elle présente, du côté de la mer, cles roches calcaires remplies de coquillages, des couches de craie, de marne et d'argile, beaucoup de sources de naphte et de pétrole, «t quelques indices de plomb et de cuivre. Les eaux sont salées ou sauimâtres. La végétation de ces contrées se borne à peu d’espèces, parmi lesquelles on distinguela salsola « rientalis, l’absinthe du Pont etle cvricr. On emploie le rhamnus alpina au chauffage. Le renard, le chat sauvage, le mouton d'Orient ct le chameau, sont les animaux les plus répandus. Les insectes y feurmillent, surtout les papillons et les sauterelles ; dant les golfes et les baies, la Nereïs nociicula répand la nuit sa lumière phosphocrique.
Les Turcomans, plus basanés, moins grands, mais ayant les membres plus carrés que les autres Tartares, vivent sous des tentes ou dans les cavernes des rochers. Ce sont des pasteurs grossiers qui font, en passant, le métier de brigands. Ils sont divisés en plusieurs hordes: leurs princes et ahciens ont peu d'autorité. Les Turcomans entretien nent beaucoup de chameaux et de moutons; la chair de ces derniers est excellente ; ils fabriquent une toile grossière avec la laine de chameau. Hs cultivent un peu de froment, du riz, des melons et des concombres. Leur vêtement, leurs armes, leur équipage, oilrent un méiauge des
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usages tartares et persans; ils demeurent sous des tentes de feutre. La baie de Mangischlak est devenue depuis quelques années le siège d'un commerce assez considérable entre le Russes et les habitants du khanat de Khiva.
Burnes évalue la population turcomane à 140,000 familles, divisées en plusieurs tribus. — Tribus oricntales : les Salore, près de Scharakhs, 2000 ; les Sarouk, à Mérou, 20,000 ; les Ersari, sur le haut Djihoun, 40,000; les Touka, sur le Tedjen, 40,000; les Sakar, sur le Djihoun, 2,000. — Tribus occidentales : les Yamoud, vers Asicrabad et Khiva, 20,000; les Goklan sur le Gourgan, 9,000; les Ela, près de Balkhan, 1,000; les Tchaoudar, près Mangischlakh, 6,000. A 5 personnes par famille, le chiffre de la population turcomane s'élève donc à 700,000 individus.
Mangischlak était jadis une ville; on n’y voit plus que des baraques temporaires où les marchands russes se logent. Le port est un des meilleurs de la mer Caspienne. La baie de Balkan est aussi fréquentée par les vaisseaux russes : les îles voisines produisent un peu de rizet de coton ; l’une d’elles renferme une grande quantité de naphte, dont la couche paraît se prolonger depuis Bakou, et traverser la mer dans une direction sud-est.
Au sud du lac Aral, nos regards, fatigués de la monotonie de: déserts, trouvent à se reposer à l'aspect d’un pays un peu plus fertile, appelé Khowaresm par les Arabes, Karism par les Ta'arcs et les Russes, et Chorasmie par les anciens. Il porte encore le nom de Khivie du nom de la ville principale. Les Turcs de Karism possédaient dans le xie siècle un puissant empire. Cet Etat est aujourd’hui réduit au Ahanat de Khiva, qui, bien que le plus étendu de toute la Tartarie indépen: dante, n’est pas le plus riche et le plus peuplé. Une grande partie de sa surface consite en steppessablonneuses. D’aprèslesrelations russes, l’air de ce pays est tempéré ; les gelées ne durent que peu de jours ; la neige, peu fréquente, se fond promptement ; on n’éprouve point de chaleurs étouffantes en été, mais l'automne est pluvicux.
Le grand fleuve D'ihoun ou Amou, qui traverse cette contrée, a, selon les historiens d'Alexandre, 6 à 7 stades de large; même dans la partia supérieure de son cours, il est trop profond pour qu'on puisse le passer à gué. Arrivé aupied des monts Waisluka dans la Khivie, leDjihoun
est partagé en beaucoup de canaux d'irrigation; il conserve deux bran-
in, 4
ches principales. 11 n’y a que le petit bras qui ait toujours de l'eau; l'autre, dans ses crues, se répand sur une plaine marécageuse qui le borde; et, comme tous les fleuves mal encaissés, il reste quelquefois à sec ec”: plusieurs endroits de son cours.
. Parmi les productions on distingue le froment, l'orge, l'holcus sorghun. ou millet de Boukharie, le tchegura, espèce de riz, les pois, les fèves, les lentilles, lechai.‘ re, le tabac, lecoton, le kuschut de Perse, plante qui donne de l'huile, toutes sortes de fruits Au goût le plus exquis, des müûriers et des vignes en abondance. Le raisin y mûrit parfaitement; mais la religion mahométane empêche qu’on en fasse du vin. Dans de magnifiques prairies on voit errer nombre de bœufs ; mais les chevaux y trouvent peu de pâturages qui leur conviennent. La volaille
domestique y est assez commune, et les espèces variées du gibicr' ailé |
fournissent une proie abondante aux chasseurs.
Le khanai de Khiva embrasse le territoire arrosé par le cours inférieur de l'Oxus, et se trouve séparé de celui de Boukhara par un vaste désert. Sa partie cultivée n’a guère que 70 lienes de longueur et 18 dans sa plus grande largeur, le long du Djihoun. C’est aux canaux de dérivation pratiqués sur les bords de ce fleuve que cette partie doit sa fertilité,
Les tribus nomades qui errent dans les déserts dont la Khivie est ceinte de toutes parts, plusieurs hordes de Turcomans, les Karakalpaks ct les Araliens, reconnaissent généralement la suzeraineté du Khan de Khiva. Les voyageurs qui parcourent ces déserts n'y rencontrent qu'à de grands intervalles des oasis pourvues d’eau et de pâturages. La population de tout ce territoire a été évalue à 300,000 familles, c’esià-dire à 4,500,000 âmes ; mais un tiers seulement de cette population est sédentaire. Les autres habitants mènent la vie errante de hordes pastorales et pillardes. Ils obéissent à des chefs héréditaires et sont toujours prêts à se joindre au drapeau du Khan de Khiva, ou de tout autre chef, dès qu’on leur offre la perspective de se battre et de faire du butin. Cest surtout la partie septentrionale de la Perse qui est exposée à leurs incursions.
La population sédentaire vii dans un état assez civilisé. Selon Al- Bergendi, les Khiviens montrent plus d'esprit naturel que les autres peuples de la Tartarie; ils s’adonnent beaucoup à la poésie, et naissen! avee de grandes dispositions pour musique. Ces peuples cultivent avet
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ASIE : TARTARIE INDÉPENDANTE. 147 soin leurs terres; ils élèvent des vers à soie ct fabriquent des étoffes de soie, de coton, et de soieet coton mêlés ensemble. Ce sont les femmes qui travaillent ces étoffes dans leurs maisons. Les caravanes de Khiva apportent à Orembourg du blé, du coton écru, des étoffes de soie et coton, des robes de chambre brodées en fil d’or appelées chalati, ‘des peaux d'agneau, et quelquefois des monnaies persanes et indiennes. Ils achètent en Russie des produits des fabriques européennes, et chez les Turcomans, des cuevaux, des bœufs et des moutons. Khiva est encore
} un grand marché d’esclaves, Suivant Fraser, il y aurait de 150 à 200,009
Persans et 15,000 Russes en esclavage dans les khanats de Khiva ct de Boukhara. Le commerce extérieur de cet Etat est évalué à 300,000 rou-
| bles, ou environ 1,200,000 francs.
La ville de Khiva est situéesur un canal tiré du Djihoun, entourée d’un
| fossé, d’un mur en argile et d’un rempart; elle a trois portes, un ch. | teau, trente mosquées, une école supérieure et 3,000 maisons bâties ca | argile, à la manière du pays; on y compte 45,000 habitants. Les envi- | rons sont remplis de vergers, de vignobles, de champs de blé et de vil- | lages populeux. Tout le canton de Kliva renfsrme une population : de 60,000 âmes. Ourghendj la Nouvelle, à 41 lieucs cu nord de Khiva, sur } lemème canal, renferme 20 mosquées, 1,500 maisons, 5,000 habitants. E Schabat etKet sont deux petites villes; l’une 42,000 habitants, l’autre 1 00. : Anbari n’en compte que 1,000; Chanka, 2,000. Azaris, probabiement le Ha- | sarasp d’Ibn Haukal, a 1,500 habitants. Hurlian, très-petit endroit, passe L pour une forteresse.
Les Uzbeks-Araliens, qui occupent les plaines voisines du lac Aral,
B prennent aussi le nom de Konrat, d’après leur principale ville, qui n'est, à proprement parler, que leur camp d’hiver : ce camp a 5 lieucs D de circonféronce; il est défendu par un rempart en térre, haut de 12 L aunes de Russie; les portes sont fermées , en cas de besoin, par des | chevaux de frise. Ce que Konrat est en grand, Manhout et Kistlkoscha le | sont sur une moindre échelle. Les Araliens, gouvernés par deux beks | électifs, doivent à l'Etat de Khiva un tribut annriel de 2,000 ducats; À mais ils ne le payent que iorsqu'us ne sont pas en guerre avec les L Khivintzes, ce qui arrive presque tous les ans, Avec les Karakal- D paks et les Turcomans qui vivent parmi eux, ils peuvent former une masse de 100,000 âmes. Ces peuples, demi-nomades, ajoutent, par la
pêche et la chasse, aux produits considérables de leurs troupeaux. Les plus belles provinces de la Tartarie nous attendent. On les come prend communément sous le nom de Grande-Boukharie, Mais nous fe. rons observer que les limites de ce pays varient avec la puissance des Usbcks qui y dominent et dont le Khan réside à Boukhara. Le khanat de Boukhara forme une oasis fertile qui s'étend sur une longueur de 80 lieues environ au nord du Djihoun, vers la partie moyenne du cours (ui fleuve. Grâce à la conquête récente de Balkh et de son territoire, ila aujourd'hui plus de 200 lieues de largeur; mais une partie de cette surface consiste en déserts. Le Djihoun ne fertilise ses bords que jusqu'à quelques milles de distance. La portion du khanat la mieux cultivée et la plus peuplée est celle qui est arrosée par le Mohik, le Sogd des anciens, appelé aussi AÆouwan et Ser-Afchan, selon les localités. Cette rivière qui vient de l’une des branches du Bélour, se jette, non dans le Djihoun, mais dans le lac Djengis ou Kara-Koul, situé non loin de la rive droite de ce fleuve. Les eaux du Kohik, diverties par d'innombrables canaux, donnent au sol une fécondité merveilleuse. Aussi ce territoire a-t-il toujours été, sous les noms divers de Transoæiane, de Sogdiane et de Mavarelnahar, célèbre par sa fertilité. « Pendant 8 jours, dit Ibn-Haukal, 0: peut voyager dans le pays de Sogd sans sortir d’un jardin délicieux. De tous côtés des villages, des champs riches de moissons, des vergers ficonds, des maisons de campagne, des jardins, des prairies, des ruisseaux qui les coupent, des réservoirs et des canaux retracent le tableau de l'industrie et du bonheur. » Suivant Hadji-Khalfah, le sol est tellement fertile qu'un champ d’un ou tout au plus deux dumens ou arpents, suffit pour nourrir une famille.
La Boukharie produit d’abondantes récoltes de riz; on yélève aussi une quantité considérable de vers à soie. Il y a une espèce de mor à qui donne une laine noire comme du jais et frisée que les Persans esliment beaucoup : aussi exporte-t-on pour ce pays 200,000 toisons par an, au prix de 3 à 4 roupies chaque. On envoie aussi dans l’Inde du duvet de chèvre pour la fabrication des châles de cachemire. Les chameaux servent de principal moyen de transport. Le lavage des sables du Djihoun donne une assez grande quantité d’or. Ce fleuve est navigable sur une longueur d’environ 250 lieues, jusqu’à Koundouz : mais là navigation la plus active a lieu de Tchardjoui à Ourghendj. Près de 200
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barques du port de 20 tonneaux chaque, sont affectées à ce service. Le commerce avec la Russie a acquis une haute importance. Il arrive d'Astrakan à Boukhara, par Orembourg, deux caravanes par année; chacune d'elles est accompagnée de 4 à 5,000 chameaux. Les importations de Russie consistent en métaux, armes, quincaillerie, draps et autres tissus européens. Les retours se font en soie, coton, cuirs, rubis et turquoises.
Les membres de la dernière ambassade russe évaluent la population du kharat à 2,500,000 âmes. La plus grande partie est sédentaire, habite les villes ou se livre à la culture du sol. La masse de cette population se compose de Tadjiks, qui sont vraisemblablement les descendants d’un peuple primitif soumis par les tribus guerrières qui dominent dans le pays : aujourd’hui ce nom s'applique généralement à tous les individus, quelle que soit leur origine, qui ont adopté les mêmes habitudes pacifiques et industrieuses. La force armée régulière consiste en 20,000 hommes de cavalerie, et 4,000 d'infanterie; mais on suppose que le Khan pourrait au besoin réunir %0,000 soldats. Lestroupes sont principalement occupées à des expéditions dont le pillage est l'unique but : les vastes plaines du Khorassan sont surtout l’objet de ces expéditions. Dans ce cas, un parti de cavaliers parcourt sans s’arrêter un espace quelquefois de plusieurs centaines de milles, jusqu’à ce qu'il ait atteint la ville qu’il se propose d'attaquer. Il calcule son temps de façon à arriver pendant la nuit; il attend ensuite que les portes soient ouvertes et que les habitants soient sortis. Alors les envahisseurs se précipitent dans l’intérieur, mettent le feu aux maisons, tuenttout ce qui résiste etemmènent le reste en esclavage. Le principal mobile de ces expéditions est l’amour du pillage inné chez les Tartares; toutefois un motif religieux leur fait regarder les Persans comme des individus justement dévoués à l’esclavage. En effet, les habitants de la Tartarie sont Sunnites, tandis que les Persans sont Chiites.
Le khanat de Boukhara, suivant Burnes, est divisé en 8 provinces : Boukhara ; Kara-Koul; Kermina ; Minkhal ou Kutta-Kourgaoun ; Samarcand ; Djuzzak ; Lubiab ou les bords de l’Oxus, et Balkh.
La capitale actuelle du Khanat est Boukhara située dans une belle plaine bien cultivée et traversée par un canal dérivé du Kohik. Suivant Elphinstoue et les envoyés russes, sa population s'élève de 70,000 à 80,000 âmes ; mais Burnes da porte à 150,000. Parmi les habitants de
cette grande ville, on compte 4,000 Juifs et 300 Indous. Les maisons, construites en terre, ont un aspect misérable ; les rues sont étroites et sales, Cependant la ville possède une foule de mosquées ornées de coupoles et de minarets, de médressés ou colléges et d’autres édifices publics bâtis en pierre. On prétend que {es mosquées sont au nombre de 360, ot les médressés au nombre de 60. Il y a 44 bains publics et 44 caravansérails ; parmi ces derniers on remarque celui d’Abdallah Djansaraï qui est le plus grand édifice de ce genre. Boukhara est un des principaux centres de la science musulmane. Plusieurs de ses médressés comptent près d’une centaine d'élèves. Meyendorff porte même à 10,000 le nombre des étudiants et des écoliers de cette ville ; mais ilest permis de croire qu’il y a là de l’exagération. L'édifice le plus remarquable de Boukhara est l’Ark ou le palais du Khan, dont on prétend faire remonter la construction au 1x° siècle. La ville est entourée par un mur en terre de 8 mètres de hauteur, flanqué de tours rondes et de bastions. Boukhara possède un grand nombre de manufactures : on y fabrique, entre autres, du savon et des toiles de coton. Son commerce est très-étendu; car cette ville est un centre pour les nations commerçantes de l’Asie,
En remontant le Kohik, à 60 lieues environ à l’est de Boukhara, on trouve l'ancienne capitale du vaste empire de Tamerlan, la célèbre Somarcand. Cette ville, jadis si riche et si peuplée, n'est guère qu’une masse de ruines. Cependant plusieurs monuments assez bien conservés attestent que la renommée de Samarcand n'était pas exagérée. Les plus curieux de ces monuments sont l’observatoire du fameux Ouloug- Beg, et le tombeau de Tamerlan et de sa famille. Les restes de ce conquérant reposent sous un dôme très-élevé, dont les parois sont incrusiées d’agates. Burnes n’accorce que 40,000 habitants à cette ville. Néanmoins, elle possède quelques manufactures de tissus de soie et de coton. Le papier de soie qu’on y fabrique est renommé dans tout l'Orient. Ibn-Hankal rapporte que cette industrie y était connue dès l'an 650. Enfin ses écoles musulmanes jouissent encore d’une grande réputation.
Kara-Koul, petite ville d'environ 5,000 âmes, est située près du Kohik, à 45 lieues au sud-est de Boukhara. A 95 lieues au sud-ouest de la capitale, on trouve Karchi, qui a au moins 10,000 habitants. Elle est bâtie près de la rivière de ce nom, qui se perd dans les sables avant d’attein-
dre le Djih tout le kha La ville pour l'une tion à l’ép des Villes.
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ASIE ; TARTARIE INDÉPENDANTE, 451 dre le Djihoun. Tchardjoui, sur la rive gauche du Djihoun, sert de port à tout le khanat de Boukhara. Sa population s'élève au plus à 5,000 âmes,
La ville de Balkh, qui s'élève à quelques lieues au sud de l'Oxus, passe pour l'une des plus anciennes de l'Asie, car on fait remonter sa fondation à l’époque de Sémiramis. En Orient, on lui donne le titre de Afère des Villes. Sous le nom de Bactra, elle a été la capitale de la Bactriane: alors ellerivalisait de splendeur avec les cités les plus fameuses de l'Asie. Cependant aujourd’hui il ne reste aucun vestige de sa grandeur passée. Ses ruines s'étendent sur un espace de 4 lieues de circuit ; mais elles consistent simplement en débris de mosquées et de tombeaux musulmans. Aprèsavoir formé un khanat indépendant, Balkh a successivement subi lejoug des Mongols, des Persans et des Afgh& is, et enfin est torubée entre les mains du khar de Boukhara. Récemment elle a été cruellement ravagée par le khan de Khoundou, qui enleva la plus grande partie de ses habitants. Sa population, d’après Burnes, ne paraissait pas, il y a quelques années, excéder 2,000 âmes. Le territoire qui envirminie Balkh, est fertile, bien cultivé et renferme environ 360 villages. Cette fertilité est due principalement à un grand réservoir où se réunissent les eaux descendues des montagnes au sud de Balkh. Un seul canal dérivé de ce réservoir donne, dit-on, un revenu de 225,000 francs.
Ankoï, ville de 4,000 maisons, à 30 lieues environ au nord-ouest de Balkb, était naguère la résidence d'un petit khan indépendant. A cette heure, ce khanat fait partie de l’État de Boukhara. Le petit khanat de Meimameh a subi le même sort. Son chef-lieu, HMeïmameh, à une vingtaine de lieues d’Ankoï, ne compte qu’un millier de maisons.
Le Khanat de Cherisebz, est traversé dans toute sa longueur par leKarchi. Il est ainsi presque enclavé dans le kb®nat de Boukhara. On vante sa fertilité, qui lui permet, malgré sa 14: 5cre étendue, de nournr une nombreuse population.
La contrée qui s’étend à l’est et au eud-est du khanat de Boukhara, c’est-à-dire qui comprend les pays situés sur le Djihoun supérieur et sur ses divers affluents, appartient presque tout entière au Æhanat de Koundouz. Le territoire de Koundouz consiste en une vallée de 15 lieues de longueur sur 40 de largeur. Cette vallée est située sur la rive gauche de l’Oxus, et est arrosée par deux petites rivières qui se jettent dans l’Oxus. Elle est fertile, mais malsaine; les chaleurs y sont excessives
en été, eten hiver la terre reste couverte de neige pendant trois mois. La ville de Koundouz n’a que 2,000 habitants. Les disiricts de Kouloum, d’Hcibouck, de Gori, d’Inderab et de Talighan jouissent d’un climat agréable et d’un sol fertile. On y voit d'innombrables jardins remplis d’arbres fruitiers. La ville de Kouloum renferme 40,000 habitants : c’est la plus peuplée du khanat.
Le Badakhchan, situé sur le haut Djihoun, n'éprouve aucun desinconvénients qu’offrent les districts inférieurs. Les voyageurs parlent avec ravissement de ses nombreux ruisseaux, de <2s vallées romantiques, de ses fruits, de ses fleurs et de ses rossignols. Mais ce pays est surtout célèbre pour ses richesses minérales, parmi lesquelles le lapis-lazuli et les rubis tiennent le premier rang. Ces dernicrs se trouvent sur des collines basses le long de l’Oxus. Cette belle province a été complétement dévastée, en 1820, par le Khan de Koundouz qui lui a enlevé un grand nombre d'habitants. En 1832, un violent tremblement de terre ya également causé de grands désastres. Le district de Badakhchan est ainsi nommé du nom de sa capitale : néanmoins les indigènes donnent aussi à cette dernièr® le nom de Fazabad,
Au nord du Badakhchon, on trouve le district de Hissar, récemment conquis par le khan de Koundouz ; celui de Dervaz ou Dervazch, situé sur les bords de l’Oxus et gouverné par un chef indépendant; et ceux de Koulab, de Schughnan, de Wukkan, tous soumis au Koundouz. Le territoire de Hissar est bien arrosé et produit beaucoup de riz: celui de Dervazeh donne une quantité d’or considérable,
L'espace compris entre le Badakhchan et la vallée de Cachemyr ren-
ferme les petits districts montagneux de T'chitral, de Ghilghit, et d’Iskardo
ou Eskerdon. Le premier est tributaire du Koundouz ; les autres sont indépendants. Tous ces pays sont habités par des Tadjiks.
Entre le Badakhchan et le territoire de Peichaouer, se place un district appele Kaffiristan. Ce district comprend les hautes montagnes de l’Indou-Koch; il est d'un accès si difficile et par conséquent si aisé à défendre que jamais il n’a pu être soumis par les divers conquérants qui oni ravagé l'Asie. Les montagnards qui l’habitent sont robustes, bien faits ct remarquables par leur beauté. Comme ils sont idolâtres, leurs voisins musulmans leur ont donné le noin de Kaffirs, qui signifie infidèles : c’est de là que le pays aété appelé Kaffiristan. Les Kaffirs se
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Parmi ll plusieurs, descendre teresse de Grecs. Il es
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Le Khan grande ho ou tributai comprend
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s autres sont place un dismontagnes d6 t si aisé à déiquérants qui robustes, bien olâtres, leurs i signifie ines Kaffirs se
nourrissent de la chair des animaux et boivent du vin. Ils se servent de flèchespour combattre, et scalpent leurs ennemis. Chez eux, tous les travaux sont à la charge des femmes.
Parmi les chefs des districts que nous venons d’énumérer, il en est plusieurs, tels que ceux de Dervazch et de Badakhchan qui prétendent descendre d’Alexandre le Grand. Celui d’Eskerdou prétend que la forteresse de ce nom, qui lui sert de résidence, a été construite par les Grecs. Il est très-vraisemblable que les Grecs de la Bactriane ont envahi ces contrées, et il n’est pas impossible que quelques-uns de ces chefs descendent véritablement des anciens rois bactriens. Quant à l’hypothèse qui attribue l’origine des Kaflirs à une troupe de soldats macédoniens qui se serait fixée dans ce pays, elle paraît tout à fait dénuée de fondement. Burnes suppose avec plus de raison que les Kaffirs sont le peuple aborigène des plaines qui se réfugia dans les montagnes, lorsque le pays inférieur fut soumis par le glaive à la religion musulmane.
Le Khanat de Khokand s’étend au sud du territoire des Kirghiz de la grande horde, au nord du khanat de Boukhara et des pays sujets ou tributaires du khan de Koundouz dont nous venons de parler. il
comprend les territoires qu’arrose le Sir-Déria dans les deux tiers
supérieurs de son cours. Æhokand, qui lui donne son nom, est une ville moderne. Elle n’était naguère qu'un simple village; aujourd'hui c’est une grande ville industrieuse, commerçante et bien peuplée, On dit que sa population s'élève au moins à 50,000 âmes, et qu’elle possède 300 mosquées avec 100 colléges. Elle est située sur la rive gauche du Sir- Déria, dans une plaine fertile qu'arrosent deux petites rivières. L’ancienne capitale Khodjend, située également sur la rive gauche de l'Iaxartes, à l’ouest de Khokand, est encore, malgré sa décadence, une ville considérable. Elle est bâtie dans une position délicicuse, et ses habitants ont la réputation d'être les plus instruits et les plus policés de toute la Tartarie. Tachkend, à la droite du Sir et à 95 lieues au nord de Khodjend, renferme environ 6,000 maisons. C’est une ville ancienne où l’on voit une multitude de vicilles mosquées qui attestent combien elle a été jadis riche et florissante. Marghalan,au pied des monts Cachgar, est, suivant Meyendorff, une ville aussi belle et aussi grande que Khokand. Elle a été anciennement la capitale du Fergana. Andelkhan ou Andedjan,
ct Ouratoupa, l’une et l’autre sur l’Iaxartes, l’une à l’est, l’autre au uordsit 20
ouest de Khokand, sont deux villes importantes pour le pays. Nous citerons encore, à cause de leur célébrité, Otrar et Taras. Otrar a été, il y a plusieurs siècles, la capitale de tout ce pays ; elle est maintenant complétement ruinée. l'aras, appelée aussi Turkestan, a eu également sa période de prospérité, lorsqu'elle était la capitale du khanat de ce nom. Aujourd’hui, elle ne contient plus qu’un millier de maisons en terre. Nous ferons observer au sujet de cette dernière que son nom, après avoir élé appliqué au district environnant, a été abusivement étendu à la Tartarie indépendante tout entière. Néanmoins, comme ce nom signifie simplement pays des Turcs, et comme c’est en effet la race turque qui domine dans cette vaste contrée, les géographes la désignent indifféremment sous le nom de Turkestan et sous celui de Tartarie indépendante.
Le gouvernement des divers khanats entre lesquels se partage le Turkestan est à peu près partout le même. Il est despotique en principe; mais dans la réalité ce despotisme est fort mitigé, d’un côté par l'influence de la religion et par l'autorité que possèdent les interprètes du koran, de l’autre par les habitudes nomades et belliqueuses d’une grande partie des habitants.
(a se représente vulgairement la Tartarie indépendante comme une contrée froide, désolée, sans agriculture et sans industrie, Les détails dans lesquels nous sommes entré montrent que si ce pays a encore bien des progrès à faire dans la voie de la civilisation, il n’est pas à beaucoup près aussi arriéré qu’on le suppose. Nous avons vu que plusieurs villes sont remarquables par leur activité industrielle et commerciale, que quelques-unes même sont de véritables foyers de lumieres pour l’Asie musulmane, et enfin que dans un grand nombre de localités, les habitants se livrent avec ardeur aux travaux de l’agriculture. Dans l’ancienne Sogdiane, aux environs de Khiva, et des principales villes des khanats de Koundouz et de Khokand, les canaux d’arroser:ent sont aussi multipliés que dans les parties les mieux cultivées de la Lombardie.
Aussi la population de la Tartarie est-elle beaucoup plus considérable qu’on ne se 1e figure généralement, Celle des diverses hordes nomades s'élève à 3,000,000 d'individus environ. La population sédentaire ne saurait être inférieure à 7,500,000, répartis comme il suit : khanat de
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| poukhara, y compris Balkh et les autres districts récemment annexés, | 3,000,000 ; Khanat de Khiva, 500,000 ; khianat de Khokand, 2,500,000 ; | khanat de Koundouz, Badakhchan, Kaffiristan, et autres districts de la | partie sud-est de la Tartarie indépendante, 1,500,000. Total 10,500,000 } âmes.
La force militaire de tous les États du Turkestan consi:te essentielle-
L ment en cavalerie. Si tous ces États et toutes ces hordes nomadesse réu-
| nissaient sous un seui chef, ou dans un but commun, le chiffre de leur
| cavalerie s’élèverait au moins à300,000 hommes. Or, une pareille armée,
| composée de soldats courageux, entreprenants, et capables de supporter la fatigue, comme l’est toute cette race turque, pourrait encore ravager
| et conquérir de nouveau une partie de l’Asie. Mais, en présence de
| troupes européennes, ou seulemenf organisées et disciplinées à l’européenne, la lutte ne serait pas de longue durée.
Sibérie ; tableau physique général,
Les anciens Grecs et les Romains étendaient leur Océan Scythique sur l’espace qu'occupe la Sibérie. Ptolémée, plus insiruit, place au nord-c4 de la mer Caspicnne une vaste terre inconnue ; mais les derniers rayon de la Géographie ancienne atteignent à peine‘ les monts Ourals. Dans le moyen âge, les voyageurs, et entre autres Marc-Paul, entendirent les Tartares parler vaguement d’un pays riche en pelletcries et couvert d’éternelles ténèbres. En 1212, des Tartares fondèrent aux bords de l'Irtych et de l'Obi un khanat qui, de sa capitale, prit le nom de Sir, et d’une rivière voisine, celui de Toura, Le nom de Sibérie, malgré un prononciation presque identique, n’a donc rien de commun avec le mot russe Sewéria, c’est-à-dire, pays du nord.
La Sibérie est limitée au nord par la mer Glaciale ; à l’ouest, par k: monts Ourals qui la séparent de l’Europe; au sud-ouest, par les mont Alghidin-Tsano, qui la séparent de la Tartarie indépendante; au sud, par les chaînes Altaïques, Sayaniennes et Daouriennes, qui marque la frontière de l’empire chinois; enfin, à l’est, par la mer d’Okhotk, la mer de Bchring et le détroit de ce nom. La longueur de la Sibrie de l’ouest à l’est, ne peut être évaluée à moins de 4,500 licues; ets largeur, du sud au nord, varie entre 400 et 700 lieues. Sa superlicie est d'environ 700,000 lieues carrées, c'est-à-dire, plus grande de deux septièmes que celle de l’Europe entière, même en étendant l’Europe jusqu’à la mer Caspienne.
Les Monts Ourals qui séparent la Sibérie de la Russie d'Europe, à dirigent du nord au sud pendant l’espace de 400 lieues. La hauteur de cette chaîne a été longtemps fort exagérée. En effet, elle ne dépasse pas en général 4,000 à 1,200 mètres, et de chaque côté la pente ests graduelle que les chariots ordinaires peuvent la gravir sans beaucoup de difficulté. Peu élevés entre le Bas-Obi et l'Ousa, affluent de la Pet
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d'Iékatérinbourg et se relèvent de nouveau dans le pays des Baschkirs. La montagne la plus haute de toute cette chaîne est le Kvar-Kouch, dans l’Oural verkhotourien : il s'élève à 1,609 mètres au-dessus du niveau de la mer. Vers son extrémité méridionale, l’Oural projette à l'est une branche qui va s'unir aux monts Alghidin Tsano, que nous avons décrits comme séparant la steppe des Kirghiz de celle d’Ichim.
L'Oural se trouve ainsi rattaché à cette chaîne immense qui, courant de l’ouest à l’est sous la dénomination générale d’Altar, constitue une ligne de montagnes parallèle aux puiss’ntes chaînes centrales de l’Asie
| ct de l’Inde, et sépare la Sibérie du reste de l’Asie. Cette vaste chaîne L esten général beaucoup plus haute et plus difficile que j’Oural. La } partie de la chaîne qui reçoit plus spécialement le nom d’Altaï, n’oc- | cupe guère que 7 degrés de longitude vers les sources de l’'Irtych et de
l'iénisséi. Cette partie est plus importante au point de vue minéralogi-
L que qu'au point de vue de l'élévation. L’Altaï proprement dit, se conti- | nuc ensuite à l’est sous divers noms. Il prend celui de Monts Sayanskoï | ou Sayaniens jusqu’au lac Baïkal; plus loin, celui de Haut-K'entaï; de
Monts de Daourie; de Jablonnoï-Krebet, c’est-à-dire montagnes aux pommes, à cause de la forme arrondie des blocs qui la composent. Enfin, les
| monts Jablonnoï se rattachent à l’est au Ahingkhan, et au nord-est, aux
monts Aldan qui longent la mer d'Okhotsk; puis, sous la dénomination de Stannovoï, ils parcourent toute l'extrémité nord-est de l'Asie et vont se terminer au détroit de Berring.
Dans cet immense trajet, la chaîne que nous venons de décrire, émet
| plusicurs chaînes secondaires : tels sont les Monts de Koliwan, si riches
en mines de cuivre, d’or et d'argent, entre l'frtych et la Biya; entre l'Obi et l’lenisseï, les Monts Kutzneck, qui renferment de puissantes
L couches de charbon de terre. dont quelques-unes, allumées par un
coup de foudre, brûlent depuis près d’un siècle ; les Monts Baïkaliens, si abondants en mica, à l’ouest et au nord du lac Baïkal; et les Monts de Nertschinsk, singulièrement riches en minéraux de toute espèce, au sud de l'Onon et le long de l’Argoun. De la chaîne des monts Stannovoï se détache une ramification d’une haute importance au point de vue géologique, qui entre dans la presqu'île de Kamtchatka, ct, après l’a-
voir traversée, se continue encore, comme chaîne marine, par les ile Kouriles jusqu’au Japon. Les montagnes du Kamtchatka, couvertes d’une neige perpétuelle, sont en même temjs remplies de volcans, Ily a trois monts ignivomes en activité, celui d’Auucha, celui de Kamtchatkaï, et le Æliout chevskor ou volcan de Tolbatsehik, qui est le plus frmidable, On en connaît d’autres qui ont cessé de fumer €r de :rter dés ammes, Mais, en revanche, ii y a deux autres montagnes qui laissent sortr des exhalaisons accompegnées de bruits qui font craindre de les voir un jour transformées en volcans. Les sources chaudes et l’abondance du soufre, qui, en plusieurs endroits, couvre le rivag: en forme de gravier, prouvent assez que touts celte chaîne de montagnes est vol nique. Le Klioutchevskoï est en même temps la n:ntagne la plus élevée de cette chaine : il a, selon Erman, 6,108 mètres de hauteur audessus du niveau de la mer.
Après avoir décrit les montagnes de la Sibérie, il faut considérer ses Vastes plaines, nommées steppes, et qui en occupent une grande partie, Ëlles diffèrent entre elles d'aspect et de nature : ici, elles ressemblent à des savanes américaines; on y voit de vastes pâturages couverts d’herbe: abondantes et élevées; en d’autres endroits, elles sont d’une nature saline; le sel s’y muntre comme une efforescence sur la terre même, ou se rassemble dans des mares et lacs salés. En général, les steppes renferment beaucoup de lacs, parce que les eaux, n’y trouvant aucune x°nte, sont forcées de rester stagnantes. La steppe d’Ichim, l’une ües plus vastes de la Sibérie, s’étend vers les bords du Tobol au nord-ouest, et vers ceux de l’Irtych à l’est; de ce dernier côté elle joint la steppe de Baraba. Celle-ci se prolonge entre les fleuves Irtych et Obi, qui la bornent du côté de l’ouest, du nord et de l’est ; elle touche du côté du sud aux monts Altaï. Sa longueur est de 250 lieues sur 60 à 70 de large. Le sol est assez bon, et il est coupé par des forêts de bouleaux ; celui d'Ichim présente aussi quelquefois, mais rarement, le même aspect; et on trouve dans tous les deux plusieurs tombeaux qui renferment des restes de chefs de tribus tatares ou mongoles.
Entre l’Obi et l’Ienisseï, une contrée montagneuse sépare la rivière de Tchoulym de l’Ienisseï, et l’oblige de couler vers l’Ohbi. Mais cette hauteur semble disparaître aux environs de la ville d’Ienissci ; ct quelques groupes de collines, dans le sud-ouest de la province de Manga-
pelsk, d'où déc plus que des endentre le 1 huune boue ] plantes langui cependant un Jobi montren Jeuses, qui, Si À La contrée marécageuses nom de cont hauteur cont couches hori:
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ire la rivière bi. Mais cette ssei ; ct quelce de Manga-
sk, d’où découlent de petites rivières vers la mer Glaciale, ne sont plus que des Îles au milieu de cette vaste plaine marécageuse qui s’étend entre le Bas-Obi et le Bas-lenissei; région affreuse où le sol n’est hu'une boue presque toujours gelée, couverte çà et là de quelques plantes languissantes et d’un tapis de mousse. Cette plaine n’est pas cependant un marais continuel; les falaises assez élevées qui bordent N'obi montrent à découvert des couches horizontales de pierres argileuses, qui, sans doute, composent en grande partie la base du sol.
» La contrée entre l’Ienisseï et la Léna renferme beaucoup de parties Imarécageuses et plates; mais il y en a d’autres qui peuvent mériter le nom de contrées montueuses. La Léna est bordée à l’ouest d’une hauteur continuelle, qui, près du confluent de Viloui, présente des [couches horizontales d’un schiste sablonneuxet calcaire, et deslits d’aï-- Igile mêlée de pyrites. Une autre contrée élevée se trouve au nord-est ide la Basse-Tungouska, et donne naissance aux rivières d’Olenek, d’A- Enabara et de Khatanga, qui s’écoulent dans la mer Glaciale. Enfin, le Epays compris entre l’Ienisseï, l’Angara (ou Haute-Tungouska) et la EBasse-Tungouska, présente une élévation singulièrement remarquable, Foù l’on voit, comme suspendu au sein des collines rocailleuses, le grand Imarais de Lis, presque égal en étendue au lac Ladoga.
k Nous savons que les fleuves de la Sibérie sont au nombre des plus E considérables de l'Asie; mais ils roulent à travers des plaines déscrtes, | d'où l'éternel hiver bannit les arts et la vie sociale. Une vaste nappe > d’eau que borde tantôt une sombre forêt, tantôt un triste marécage; R quelques ossements de mammouths mis à découvert par les hautes jeux; quelques canots de pêcheurs errant à côté d'innombrables trou- L pes d'oiseaux aquatiques : voilà tout ce qu’un fleuve de Sibérie peut offrir de remarquable. Des hordes sauvages, et leurs conquérants peu instruits, ont appliqué à ces grands courants d’eau des noms dont le : hasard seul déterminait la signification. Ainsi, l’Irtych, qui est réclle- } men: le fleuve principal du système dont il fait partie, a été dépouillé { de son rang, et considéré comme une rivière tributaire de l’Obi. L'Irtych erre longtemps sur le plateau de la Kalmoukie, traverse le grand
D lac Dzaïsang, et descend par une gorge des monts Altaï; il a déjà fait
} 80 lieues avant d'arriver sur le territoire russe. Navigable depuis le : Dzaïsang, sa largeur varie de 200 à 300 mètres. L'Ob: se forme de la
réunion de la Katunia ct dela Biya, qui sort du lacAltun; maisle Dcla. bekan, qui est le seul affluent du lac, nous paraît devoir être considéré comme la source de l'Obi. Ce fleuve est presque doublé par sa réunion avec l'Irtych, qui, auparavant, se grossit des eaux du Tobol et de 11. chim. L'Obi forme à son embouchure un vaste golfe. Il est navigable presque jusqu’au lac Altum.
Après l’Obi, nous devons nommer l'Lenisser, qui est plus large et plu majestueux. Il se forme dans les montagnes au sud-oucst du lac Baïkal, par la jonction de l’Oulou-Kem et du Bei-Kem ;il dirige ensuite son cours presque directement au nord, dans l'Océan arctique. Cependant on pourrait, avec quelque raison, considérer l'Ienissei supérieur comme un afMuent de l’Angara ou de la Haute-Tunguska, qui, venant du lac Bai. kal, s'unit à lui, mais le surpasse en importance et en longueur; de manière qu’on conserverait à ce fleuve le nom d’Angara jusqu'à s01 embouchure dans l'Océan. Les autres affluents les plus remarquables de l'Ienissci, sont la Podkamenaiïa-Tungouska, c’est-à-dire Tungouska av delà des monts, et la Basse-Tungouska, fleuve plus grand que le Rhin.
La Sélinga coule dans le lac Baïkal, anres avoir reçu l’Orkhon et d'au tres rivières, parmi lesquelles se trouve la Tula ou Tola, large de 30 mètres. Elle coule lentement sur un plateau de rochers.
Le dernier des grands fleuves de ces contrées est la Léna, qui prenda source à l'occident du lac Baïkal, après avoir reçu à droite le Witim, l'Olekma et l’Aldan, et à gauche le Viloui. 11 poursuit son cour: iusque près d'Iakoutsk, du sud-ouest au nori-est ; direction extrêmement utile, puisqu'elle fournit une navigation sûre jusque dans des contrée tri s-éloignées. Depuis Iakoutsk, son cours se dirige presque directe ment au nord. Son lit est très-large, et embrasse une grande quartité d’iles.
Parmi les autres rivières qui s’écoulent dans la mer Glaciale, on remarque encore le Taz, le Khatanga et l’Olenek, à l’ouest de la Lena ; l'hdigirka, à l'est de ce fleuve, et la Kowima, à l'est de l’Indigirka. C& rivières ont un cours considérable : mais leurs eaux et leurs noms st perdent obscurément dans des mers inhospitalières.
Les côtes orientales de la Sibérie, coupées à pic sur l'Océan, n’émettent aucune rivière remarquable, si ce n’est l’Anadyr, qui cependait n’a pas un cours très-long.
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lIndigirka. CE neuses de la partie méridionale ; il s’en trouve dansles hautes et froides » montagnes de la Daourie et dans les marais glacés du rivage septen-
, triona) Ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que les lacs d'eau douce
t leurs noms se
Océan, n’émetqui cependant
La Sibérie ne manque pas de lacs. Celui de Baïkal est, après la mer Caspienne et celle d’Aral, un des plus grands lacs connus dans l'ancien continent. Sur une longueur de 430 lieues, on lui donne en laïgeur 13 à 48 licues. Sa profondeur variede 140 à 560 pieds, et, en quelquesendroits, elle est de 1,400. Ses eaux sont douces ct d'une transparence singulière Le lac n’est pris de glaces que vers Noël, ct dégèle vers le commencement de mai. Il éprouve des mouvements extraordinaires ; un vent modéré le met parfois en fureur, tandis que dans un autre temps il est à peine ému par le plus violent orage. Il bouillonne quelquefois intérieurement, et alors, quoique sa surface soit unie comme une glace, les vaisseaux y éprouvent des secousses très-incommodes. On y trouve des phoques, quoique ces animaux ne remontent point les rivières d'lenisseï et d'Angara. Il nourrit une espèce particulière de poisson
| que les Russes appellent soliomanka, et qui n'est, selon Pallas, composé
que d’arêtes ct d'une graisse huileuse. Les flots du lac rejettent, en quelques endroits, une espèce de bitume appelé goudron de montagne.
Les lacs de la Sibérie occidentale se font moins remarquer par leur étendue que par leur nombre. Le lac Tchany, long de plus de 30 lieues,
® cten quelques endroits large de 22, se trouve dans une partie de la
sleppe de Baraba, remplie de lacs qui s'y touchent presque les uns les
L autres. Sur la carte des Voyages de Pallas, on en compte jusqu'à 27 Ê dans l’espace compris entre Omsk, Kolywan ct Semipolatinsk. La steppe à d'Ichim en renferme aussi plusieurs. Le nombre de petits lacs est | énorme le long du pied oriental des monts Ourals : dans l’espace de 100 | lieues de long et de 30 de large, depuis les bords de l’Ouy jusqu'aux sources de la Toura, on ne voit que des lacs ; on en compte au moins | une centaine sur la petite carte dans l’atlas de Pallas. Humboldt pense ] que tous ces lacs sont les restes d'une ancienne mer intérieure qui s'unissait avec l’Aral et la Mer Caspienne.
Les lacs salés n’appartiennent pas exclusivement aux steppes sablon-
subissent des changements et deviennent salés: On en peut citer comme
: exemple le lac de Seidiaisc} ivo, qui était autrefois rempli d’eau douce, b tres-bacsse et tres-poissonneuse. Toutà coup la profondeur a augmenté ;
nn}, 21
‘ par Lesseps. Les bains quiont été construits par la libéralité de Koche-
les eaux sont devenues saumûtres, les brochets qui y abondaient sont morts et une forêt voisine y a été engloutie à moitié Les lacs salés se trouvent épars au milieu d’un grand nombre de lacs d’eau douce: ik perdent de icur salure, car on en connaît plusieurs dans lesquels le «el cristallisait autrefois, et où il ne se trouve à présent qu’à l’état de dissolution. Dans les uns on ne trouve que du sel marin ou chlorure de soude; dans les autres on ne voit se former que du sulfate de soude,
Le lac Natreux de la Daourie, n’est pas le seul de son espèce ; on en trouve d’autres dans différentes parties de la Sihérie.
Le lac Mugissant se trouve à peu de distance de la petite rivière d'Oui. bat, qui s’écoule dans l’Abakan ; on y entend des hurlements épouvan. tables, qui annoncent des révolutions dans l'intérieur de la terre, sem blables à celles qui ont fait écrouler les digues qui resserraient le lac de Gousino en Daourie.
La Sibérie possède plusieurs eaux minérales, surtout dans les mon: tagnes altaiques et daouriennes. La chaîne de l’Oural, près Iékathcriubourg, donne naissance à des sources vitrioliques ou ferrugineuses, Des sources imprégnées de naphte et de pétrole se trouvent dans les environs du lac Baïkal. Cette contrée est remplie de sources chaudes; mais les plus fameuses sont celles du Kamtchatka, qui ont été décrites
lew, sont formés par une cascade rapide qui tombe de près de 300 pieds de haut. Le courant formé par les eaux a environ un pied et demi t profondeur, et 6 ou 7 de large. L'eau est extrêmement chaude, « paraît contenir une grande quantité de sulfate de fer. A l’occident du golfe Penjina est une source d’eau chaude très-considérable, qui tombe dans la rivière de Tavatona, et d’où s’élèvent des nuages de vapeur sem blable à la fumée.
A présent que nous connaissons le sol de la Sibérie, nous ne seroni pas étonnés d'apprendre que le climat physique n’y répond pas au latitudes astronomiques. Les trois quarts de ce pays se trouvent à l: latitude de la Norwége et de la Laponie ; une partie de la province à Kolywan et la contrée voisine du lac Baïkal sont sur la mêe ligne qu Londres, Berlin et le nord de la France. Mais la température des cor trées les plus heureuses de la Sibérie n’est nullement comparablei celle de la Norwége ; le froid, dans la partie septentrionale, est inf
ment plus quelquefoi nales à 50:
9 à 40 moi:
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érature des cot:
nt comparable onale, est infini
ment plus vif et plus continuel que celui de la Laponie, et on éprouve quelquefois cette même intensité du froid dans les montagnes méridionales à 50-55 de latitude. L'hiver dure, presque dans toute la Sibérie, 9 à 40 mois ; la neige commence souvent à tomber dès septembre, et iln’est pas rare d’en voir tomber en mai. Lorsque les blés ne sont pas mürs au mois d'août, la neige les cor vre souvent avant qu’on ait pu les récolter. A l’est de l’Ienisseï et au nord du lac Baïkal, l’agriculture est à peu près inconnue. Dans les vastes marais que traverse l’Obi dans la dernière partie de son cours, le dégel ne pénètre qu’un pied environ; près Iakoutsk, à 60 de latitude, Gmelin ayant fait fouiller la terre le 28 juin, la trouva encore gelée à 3 ou 4 pieds de profondeur. A Krasnoïarsk, à 56 de latitude, Pallas a vu le mercure se congeler et devenir malléable.
Les chaleurs de l’été sont dans toute la Sibériecourtes, mais très-fortes Letsubites. Près d’Iakoutsk, les Tungouses vont souvent nus en été. Les | blés et les autres végétaux croissent à vue d'œil. Mais près de la mer
Glaciale les rayons du soleil continuent en vain à échauffer jour et nuit Run sol condamné à des gelées éternelles ; au milieu même de ce long
jour d'u cercle polaire, un vent du nord suffit pour couvrir les eaux d'une légère croûte de glace, et pour teindre le feuillage des plantes en jaune et en rouge. Les végétaux n’y vivent souvent que peu de jours ; et dans ce court espace de temps ils fleurissent et forment graine. Ils
roissent quelquefois dans des marais, où, en soulevant la mousse, on Hrouve en tout temps de la glace pure.
| Les orages sont très-fréquents dans la partie méridionale parmi les montagnes ; au contraire, sur les bords de la mer Glaciale, on n’entend qu'à peine le tonnerre, quoiqu’on voie très-distinctement les éclairs. Dans les contrées inférieures de l’Ienisseï, on aperçoit, depuis le com
encement d’octobre jusque vers Noël, beaucoup d’aurcres boréales; pulle part ce brillant phénomène ne se montre avec plus de magnifipence,
Encore si ce climat rigoureux, en bannissant le luxe des arts et les louceurs de la vie, assurait en revanche aux Sibériens le privilége de esanciens Hyperboréens, qui, ignorant les maladies, ne mouraient que de lassitude ! mais le climat de ce pays, quoique en général favorable à l'espèce humaine, n’exclut pas certaines causes d’épidémies. Les
164 CHAPITRE DIX-SEPTI iE,
éternels brouillards qui couvrent les côtes orientales et septentrionales, y perpétuent le scorbut. On dit que les peuples chasseurs s’en garan. tissent en buvant tout chaud le sang des animaux qu'ils viennent ds tuer. Des brouillards, non moins épais, non moins infects, règnent dans la steppe de Baraba ; aussi les habitants ont-ils tous l'air cacochy. me. Dans les montagnes de la Daourie, et aux environs de Nertchinsk, l'air, enfermé dans des vallées étroites, produit des fièvres et le scor. but. Dans toutes les steppes, le bétail, et plus encore les chevaux, sont exposés à la maladie dite de l'air, espèce de peste qui se déclare par des bubons, et qui attaque même les hommes. Cette épizootie enleu, en 1785, près de 85,000 chevaux.
La Sibérie est le Pérou des Russes ; mais longtemps avant que le non russe fût connu, les Permiens ou Biarmiens, peuple d’origine finnoise, ou, comme les Russes disent, Tchoude, avaient fait dans les montagnes our liennes et altaïques des travaux étendus, dont on voit encore les trace, C’est à un Danois et à un Hollandais que les Russes, sousle règne d’Alcii: Michaïlowitsch, dûrent la première idée de l’exploitation des mins Pierre I‘ fit ouvrir les mines de Permie et de Sibérie par des mi: neurs allemands. Ses successeurs conquirent celles de Kolywan eti Daourie.
Les principales mines d'or de la Sibérie, sont celles de Bérézof l’est des monts Ourals. L’or se présente soit pur, soit dans le qua disséminé au milieu de pyrites ferrugineuses. On retire 402 à 1 grammes d’or fin sur 10,000 kilogrammes de minerai brut. Dans l' pace de 34 années, c’est-à-dire depuis 1754 jusqu'en 1788, elles nil rendu que 2,000,000 de roubles dont environ 800,000 de bénéfice. Mai dans ces dernières années, on a surtout exploité les dépôts de sabla aurifères qui sont répandus sur un espace de près de 150 lieues le lou de la chaîne de l’Oural. Il y a quelquesannées, Humboldt évaluait à us vingtaine de millions de francs, l'or obtenu chaque année par le laws de ces sables. Depuis lors, cette quantité n’a pas cessé de s’accroilt Parmi ces dépôts aurifères, les uns sont la propriété de simples partit liers, d’autres appartiennent au domaine de la couronne. Les exploit tions particulières sont assujetties à un impôt de 10 pour cent du pi
duit brut. Cependant, elles sont beaucoup plus productives que lestf ploitations dirigées par l’État. Ge sont également les mines de l'Our
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dinte en cuivre et en fer.
Si les Monts Allaï sont moins riches en or que les Monts Ourals, ils renferment, en revanche, une telle quantité de mines d'argent que, suivant la pittoresque expression de Cochrane, on pourrait donner à ca district le nom de district d'argent. Les anciennes mincs de Koliwan, malgré leur richesse, ont été presque abandonnées à cause de la rareté du combustible. A cette heure, lesiége principal des opérations métallurgiques est dans le Schlangenberg, la montagne la plus élevée de «tte partie de l’Altaï. Il suffit d'enlever les couches d’ardoise qui recouvrent le mincrai, pour trouver une masse presque continue, renfermant de l'or, de l'argent et du cuivre. Dans l’espace de 24 ans, on en a extrait 42,348 livres pesant d’or, et 324,000 livres d'argent. Le cuivre, cependant, est le métal qui donne le plus de profits. Quant au fer, quoique les mines de J’Altaï soient inépuisables et très-faciles à exploitr, l'énormité des frais de transport empèche d'entreprendre leur exploitation sur une grande échelle. Aussitôt que les minerais sont extraits, on les transporte à Barnaoul, où ont été établis de vastes usines pour le traitement et l’affinage des métaux. Ce transport emploie 1,500 hommes et 12,000 chevaux ou bœufs. Le nombre des individus occupés dans les diverses opérations extractives et métallurgiques n’est jamais inférieur à 13,000. La valeur totale du produit des mines de l’Altal est estimée à 4,500,000 roubles. Quoique les travailleurs soient tous scrfs de la couronne et que les salaires soient très-minimes, le prix des vivres est si prodigicusement bas, que leur position est tolérable. L'argent forme aussi l'élément le plus important des mines d’Argunsk en Daourie, à l'extrémité méridionale du district de Nertschinsk. Au commencement de ce siècle, ces mines produisaient annuellement de 40 à 60,000 livres pesant d'argent; mais nous manquons de détails ré cents sur leur exploitation et leur production actuelle. Le savant Humboldt établit que la production totale de la Sibérie, en argent seulement, s’est élevée pour 1,898, à 1,093 pouds ou à 35,789 livres pesant.
La Sibérie abonde encore en pierres précieuses. Les Monts Ourals
| fournissent des topazes, des chrysolithes, des aigues-marines ei mêmo
des diamants. Mais ces derniers sont de peu de valeur et n'offrent d’intérêt qu’au point de vue géologique. Dans les montagnes de la Daourie, et dans celles qui entourent le lac Baïkal, on trouve des topazes, des béryls, des grenats rouges. Les diverses variétés de quartz, telles que calcédoines, jaspes, onyx, agates, etc., sont très-communes soit dans l’Oural, soit dans la chaîne altaique. Les agates sont quelquefois d’un tel volume que l’on en peut former des vases de plus d’un pied de diamètre et de plusieurs pieds de hauteur.
Parmi les richesses minérales que possède cette vaste région, quel ques-unes méritent encore d’être citées. La malachite ou carbonate dt cuivre hydraté vert, se rencontre parfoisen masses assezabondantes dans les monts Ourals : il se débite alors en feuilles minces, dont on fait des placages en pièces de rapport pour construire des guéridons, des vas-
ques, des socles de pendule, des chambranles de cheminée, qui sont À
d’une rare beauté. On exploite d'importantes carrières de mica, dans la Sibérie orientale, sur les bords de la Vitim. Il remplace le verrei vitre dans toute la Russie orientale; il n'éclate pas comme ce dernier sous l’influence de la gelée. On obtient quelquefois des feuilles carrées parfaitement transparentes qui ont jusqu’à 72 centimètres de côté. Le sel gemme de Solikamsk, dans l’Oural, est exploité sur une vaste échelle, et transporté à Pétersbourg au moyen d'immenses fourgons. L’asbeste ou amiante de l’Oural se présente en filaments aussi longs ct aussi soyeux que celui de la Tarentaise. Les singulières efflorescences appelées moelle de roche et beurre de roche, ne sont pour nous que dés objets de curiosité, quoique les Tungouses mangent la première apris l'avoir mêlée avec du lait, et que la seconde soit un remède populaire en Sibérie contre les diarrhées et les maladies vénériennes.
Le règne végétal offre moins de variétés. Les rigueurs du climat ne laissent prospérer que les végétaux les plus robustes. Le chêne, le noisetier, l’aune, le platane et le pommier sauvage ne peuvent endurer les hivers de Sibérie; ils disparaissent aux environs des monts Ouralset sur les rivages du Tobol; les deux premiers reparaissent, mais faisles et languissants, sur les bords de l’Argoun, à l'extrémité de la Dao rie; le tilleul et le frène cessent vers l'Irtyck. Le sapin, qui, en Nor- | Wége, vient jusqu’au 70° parallèle, ne dépasse pas ici le 60°; le sapin argenié n'arrive que jusqu’au 58°, Le grosciller ordinaire, qui vient au
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ASIE : SIBÉRIE. 167 Groenland, ne réussit que jusqu’à Touroukhansk, sur l’Ienisseï; les pommes de terre diminuent de grosseur, et finissent, vers le 60° degré, par ne ressembler qu'à des pois; enfin, le chou n'y forme plus de tête.
| Malgré ces effets du climat, il ne faut pas en conclure que les grands | fleuves de Sibérie n’arrosent que des déserts stériles; ils sont, au con- | traire, bordés par d’épaisses forêts de bouleaux, de saules, d’ormes,
d'érables de Tartarie, de peupliers blancs et noirs, de trembles, ou-
| tre une quantité immense d’espèces différentes du genre sapin, parmi | lesquelles on c'oit distinguer le cèdre de Sibérie, qui s’élève quelquefois
à 120 pieds, et dont les anneaux prouvent souvent un âge de 150 à
| 200 ans. Cet arbre n’étale toute sa magnificence que jusqu'aux bords
de l’lenisseï; plus à l’est, il diminue de grandeur; et au delà de la Léna, vers les bords de l'Océan oriental, il devient nain, en conservant ss proportions. Le peuplier-baumier parfume l'air au loin, et laisse
| transpirer une résine odorante. La Sibérie ne produit ni pommes ni | poires; mais les arbrisseaux à baies abondent, et on en tire des bois-
sons agréables. Les steppes sont couvertes d’une espèce de cerisier,
| sont le fruit, très-abondant, sert à faire une sorte de vin.
Durant leur été si court, ces contrées sauvages s'ornent d’un assez
| grand nombre de belles plantes. Plusieurs espèces d’orchidées, aux L fleurs bizarres et brillantes, sont indigènes dans les forêts. Le lis des
vallées, l’ellébore blanc et noir, l'iris de Sibérie, l’anémone aux fleurs de narcisse, les violettes, les potentilles, l’astragale des montagnes, présentent en beaucoup d’endroits un assemblage de couleurs, ou exlialent un mélange de parfums qu’on chercherait en vain dans des contrées plus méridionales. Chaque région de la Sibérie possède quelques fleurs particulières. Mais c’est la Daourie qui réunit les plus intéressantes richesses de la flore sibérienne; là, les rochers sont colorés en pourpre et en or par deux espèces de rosages, par la viorne de Daourie, par l’abricotier sibérique et le violier à fleurs pâles. A ce tissu de couleurs brillantes se mêlent des teintes d’une blancheur éblouissante, produites par les fleurs du poirier sauvage, de l’églantier, du sureau à grappes, de ia spirée à feuilles de germandrée. On voit croître à leurs pieds les anémones pulsatilles, fes pivoines à fleurs blanches, la statice d'or et la statice rose, l’aster sibericus, et vingt espèces de potentilles et de centaurées; tandis que la gentiana algida étaie ses belles fleurs bleues
et blanches au haut des Alpes glacées, et que la rhodiole rose orne les marais où le saule de Sibérie balance ses branches dorées. La Sibérie orientale produit beaucoup de lis; on remarque le lis de Kamtchatka et le lis saranne, dont les racines servent de nourriture. Nous mentionnerons encore l’heracleum par.acea et sibericum. En faisant sécher les tiges de ces deux plantes, les Sibériens se procurent une efflorescence sucrée, qui est trop peu abondante pour être de beaucoup d'utilité mais, en distillant toute la plante, ils fabriquent une liqueur forte, recherchée dans le Kamtchatka. La vraie rhubarbe a été cherchée en vain dans la Sibérie; le rhapontic y croît dans les montagnes méridionales, à l’est de l’Ienissel. Trois plantes peuvent servir en guise de thé, la sawie frage crassifolia, qui croît sur les monts Bicloï, près l’Obi; le rhododendrum dauricum et le polypodium flagrans, qui viennent sur les hauts rochers de la Daourie; ce dernier est un remède contre le scorbut et la goutte.
Dans la Sibérie occidentale, sur l’Obi, l’agriculture disparaît vers le 60° de latitude; dans la partie la plus orientale les blés n’ont pu réussir, ni à Oudskoi, à 55 degrés, ni dans le Kamtchatka, à 51. Les montagnes les plus élevées de la frontière méridionale sont trop froides et arides ; ainsi, les trois cinquièmes &e la Sibérie ne sont susceptibles d'aucune espèce de culture; mais les parties qui sont au midi ctà l’ouest sont d’unc fertilité remarquable. La plupart des graminées qui viennent en Europe croissent aussi dans le midi de la Sibérie; mais on n’y cultive guère que le seigle d'hiver, l'orge, l’avoine et le sarrazin. Les Tartares, qui aiment le pain blanc, font venir avec peine un peu de froment. Le millet prospère aans l’ouest. Le sarrazin de Tartarie est semé dans des steppes récemment défrichées au moyen du feu; un tel champ continue pendant trois ou quatre années consécutives à rapporter annuellement de 10 à 15 pour un, sans qu’il soit nécessaire de renouveler les semailles. Les grains qui tombent pendant qu'on moissonne suffisent pour l’ensemencer. Ce genre de culture convient parfaitement aux paresseux Sibériens, qui battent le blé sur la place même ou ils le récoltent, et qui en brülent la paille pour s’épargner lt peine de l'emporter.
Si l'exploitation des mines, la navigation intérieure et l’économit commerciale ont reçu quelques verfectionnements en Sibérie sous ls
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ASIE : SIBÉRIE. 169 derniers règnes, il paraît que l’agriculture est dans le même état où elle « trouvait il y a cinquante ans. Au delà du 60° parallèle et 4uù 410° de longitude, les céréales ne prospèrent plus ; au nord, le froid les détruit; à l'est, les brouillards les empêchent de mùrir. Ainsi, les deux tiers de ha Sibérie manquent encore de grains; la culture de la pomme de terre commence à y suppléer. Le lin commun croît en plusieurs endroits de l'Oural; le linum perenne vient jusqu'à Touroukhansk; le chanvre croît
pau sud du 55° parallèle. Au pied des monts Altaï on voit quelques Ta-
trs faire du filet dela toile avec les feuilles de deux espèces d’orties; le houblon abonde.
Le règne animal occupe une grande place dans le tableau de cette contrée. Parmi les animaux domestiques, le renne est le plus remarquable. Pallas et Sokolof en virent de grands troupeaux sur les montagnes qui bordent la Mongolie chinoise, près les sources de l’Onon. Aïnsi, les régions du renne et du chameau, éloignées l’une de l’autre de 20 à
: 30 degrés dans la partie occidentale de notre continent, se touchent dans la partie orientale.
Le renne est un grand bienfait de la nature envers le malheureux
} nomade du pôle arctique. Il attele des rennes à son traineau, il boit
leur lait, il se nourrit de leur chair, il se revêt de leur peau; la vessie lui sert de bouteille; il fait du fil de leurs boyaux et de leurs nerfs, et il
| vend encore leurs cornes, dont on fait usage dans la pharmacie. Les
rennes coûtent peu à nourrir; une mousse qu’i!s5 trouvent sous la neige est presque leur seule nourriture; il: peuvent se passer d’étable dans un climat où des animaux très-robustes ne peuvent pas même vivre. Mais le renne ne fait pas d'aussi longs trajets que le disent certains naturalistes; il est faible, et perd souveri: aleine. On ne fait, avec un at telage de rennes, que 4 à 6 licues par jour. Un Samoyède passe pour très-riche lorsqu'il a 400 ou 450 rennes : un Tungouse économe en en= twetient jusqu'à 4,000 ; un Koriaik, plusieurs milliers; et l’on assure que parmi les Tchouktchis il y a des pasteurs qui en possèdent jus= qu’à 0,000.
Le chsen de Sibérie, semblable à un loup, est en queique sorte le compagnon du renne; il sert de bète de trait chez les Kamtchadales,
les Tungouses, les Samoyèdes et quelques 9stiaks. Il court avec une agilité extrême; mais, farouche et diflicile à conduire, il se jette soue ui, 22.
vent, avec le traîneau et son maître, du haut de précipices dangereux; en un mot, c’est un très-mauvais équipage que celui des Kamtchadales: fs nourrissent ces chiens avec du poisson sec.
L'entretien des bestiaux n’est pas tel qu’il pourrait l’être dans un pays si riche en pâturages. Parmi les nations sibériennes, les Bouriaïtes et les Mongols seuls se distinguent par leurs nombreux troupeaux. Les chevaux des Mongols sont d’une beauté extraordinaire; quelques-uns sont rayés comme le tigre et tachetés comme le léopard, Les grandes nations nomades du centre de l’Asie aiment la chair de cheval et la préferent à celle du bœuf; souvent on la sèche au solcil et à l'air, et on la mange ensuite sans autre préparation. Un adon où haras d’un noble mongol contient 3 à 4,000 chevaux ou juments. Les Tatars de la Sibérie occidentale ont amené avec eux l’animal favori de leur nation, le cheval. fl erre dans la steppe de Baraba en bandes immenses. La plupart des chevaux de Sibérie ont le poil blanc.
Les moutons sont de l'espèce à queue large. Les bœufs transportés en Sibérie ont diminué de taille, mais gagné en vigueur. En général, les animaux propres au plateau central de l'Asie s'étendent plus ou moins dans les montagnes méridionales de la Sibérie. Le chameau non-seulement y vient en caravane, mais il vit dans La Daourie chez les Mongols russes,
Ce pays est, après l'Amérique segtmtrionale et l'Afrique méridionale, le plus vaste parc de chasse q'il y ait sur le globe ; mais les Ruse ses ont trop avidement épuisé cette ressource. Les meilleures zibelines se trouvent aujourd’hui près de Yakoutsk et de Nertchinsk; mais elles sont plus nombreuses dans le Kamtchatka, On emploie différents stratagèmes, surtout les flèches à bout obtus, pour tuer l'animal sans faire tort à sa peau, qui vaut quelquefois 240 francs dans le lieu même. La peau d'un renard noir se vend jusqu’à 1,000 roubles et suflit souvent pour payer l'impôt d’un village entier, Le renard polaire, dont la couleur est généralement blanche, mais quelquefois bleuâtre, habite la zone glaciale, le Kamtchatka et les îles orientales. Cet animal rivalise le singe pour la finesse de ses ruses et son génie malfaisant, Les autres animaux que l’on chasse pour leur peau sont les hermines, les marmoltes, les martes, l’écureuil et d’autres inférieurs en réputation. On estin:e beaucoup les écureuils de couleur argentée ou petits-gris du pays des Téléoutcs.
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L'ours blanc est la plus redoutable parmi les bêtes féroces de la Sibérie; le chasseur l'attaque pourtant une lance à la main, et l’animal stupide, assis sur ses deux pattes de derrière, laisse approcher le fer meurtrier. L’ours de terre y est aussi commun. On le détruit par plusieurs moyens ingénieux. Les Koriaiks parviennent à je suspendre aux arbres par le moyen d’une amorce aitachée à une courroie. Dans les montagnes, on épie le sentier où les ours ont coutume Ge passer, et on place une corde avec un billot très-lourd à l’une des extrémités et un | nœud coulant à l'autre. Lorsqu'un de ces animaux est pris ainsi par le cou, il s’épuise à tirer un poids aussi considérable, ou bien il attaque le billot avec fureur et le jette en bas d’un précipice dans lequel il se trouve lui-même entraîné. Le lynx et le glouton habitent toute la Sibérie.
L'élan est assez répandu, mais il ne passe pas le 65° degré. On le chasse au mois de mars, lorsque la superficie de la neige se fond; le chasseur y glisse sur ses grands patins de bois, mais l’élan perce la neige à chaque pas et s’y enfonce. Nous devons encore remarquer !e tahia ou cheval sauvage, dans les steppes d’Ichim ; le koulan ou âne sauvage; le djigheta*, espèce intermédiaire entre le cheval et l'âne; le cerf, le che- | vreuil et plusieurs espèces d’antilopes ; quelques sangliers sur les bords de l'Irtych; l'animal porte-musc, mais rare, et un grand nombre de «stors, surtout au Kamtchatka. Mais pour la civette ou zibeth, dont | parlent plusieurs auteurs, il paraît que les naturalistes ne la connais- | sent point ; on aura voulu peut-être parler d’une espèce de rat musqué, qui habite, non par la véritable Sibérie, mais sur les bords de la Kama, de la Samara, du Volga et du Don.
La Sibérie possède encore divers petits animaux dignes de remarque, tels que le lièvre des montagnes, qui fait des approvisionnements de foin, la souris dite aveugle, mais qui ne l’est pas, et beaucoup d’autres espèces de rats et de souris, parmi lesquelles nous nommerons le lem= ming, qui émigre souvent en colonnes, se dirigeant toujours en ligne droite, et les espèces nommées souris économiques, qui ramassent dans leurs trous des quantités assez considérables de racines nutritives et d'ognons, pour que le Sibérien cherche avec avidité à les en dépouiller,
Les insectes tourmentent l'habitant et le voyageur ; le moustique obscureit l'air, et, malgré le froid, la punaise infecte les maisons. L'abeille n'a pu être propagée en Sibérie,
Ce pays abonde en excellent gibier ailé, tels que canards et oies sauvages, cygnes, gélinottes, bécasses, perdrix. Parmi les oiseaux de passage on distingue l’oie polaire et le canard dit de Terre-Neuve. La Sibérie orientale et le Kamtchatka possèdent une espèce d’oie qui vit sur la mer, et qui est quelquefois rejetée sur le rivage au nombre de plusieurs milliers.
Il est étonnant que les Russes ne cherchent point à pêcher la baleine dans la partie de la mer Glaciale qui est à l’est de la Nouvelle-Zemble, et où les harengs et d'autres poissons, ainsi que les grands cétacés, doivent abonder. Les Samoyèdes seuls y ‘ont la pêche; ils prennent, Pt Lee surtout dans les golfes de l’Obi et de Kara, le bélouga de mer, espèce de PR dauphin, qui a 6 mètres de long. On y pêche aussi, en grande quan-
+ 1e tité, deux espèces de poissons, le chycale et l':moul; ce dernier remonte
au brables de sterlets, d’esturgeons, de saumons blancs, de brochets, de Me murènes et de lottes, et d’autres espèces. Plusieurs de ces poissons re-
L'ART TRE montent de la mer, d’autres descendent des lacs et des ruisseaux ; ils sont JEAN presque tous obligés de quitter l’Obi aux approches de l’hiver, avant que Men : |
ne LES les eaux de r? fleuve se soient corrompues sous la slace. Cette putré-
WE faction des eaux couranes sous la glace n’a d’autre cause qu’un sol ca {” marécageux et la lenteur du cours de ce grand fleuve. Les eaux un peu À 4 £a calcaires de l’Irtych nourrissent d’excellents esturgeons. Les sterlets et Me les lottes y sont très-gros. L’Ienisseï, la Léna et les autres fleuves de la à. ee" Sibérie orientale ahondent en saumons, omouls et truites.
PA 1e de la Sibérie. Qu'il a dû :tre différent à l’époque où de grands animaux me ct herbivores, semblables à ceux de la zone torride, parcouraient ici les “4 riches pâturages qui dûrent alors les nourrir, et qui supposent une à f : température bien douce ! Nous avons déjà signalé ces nombreux débris | d'éléphants, de rhinocéros et autres animaux de la zone torride, qu’on à ER trouvés dans la Sibérie, le long de l'Ichim, de lirtysh, de l'Obi et de En l’Ienisseï, et jusque sur les bords de la mer Glaciale. Les os de ces quadrupèdes se trouveut mêlés avec des coquilles marines, et d’autres
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Nations, provinces et villes de la Sibérie.
Les Russes, Cosaques, et autres colons d'Europe, habitent surtout les villes et les postes militaires de Sibérie ; ils descendent, les uns, des soldats employés à la conquête de ce pays; les autres, des criminek envoyés ici en exil ; à ces deux classes se sont réunis des aventuriers, des paysans déserteurs, des marchands ruinés, qui cherchaient les moyens de rétablir leur tortune. Ces diverses classes de colons, en s’enfonçant dans un vaste désert, joignirent d’abor4 à leur grossièreté pri mitive celle qui résulte d’un climat sauvage; mais si l’ignorance, la paresse et l’ivrognerie nuisent souvent à leur bonheur, les voyageurs vantent leur hospitalité généreuse, leur franche gaieté et le bon ordre qui règne parmi eux. Il y a bientôt un siècle et demi que les Sibériens passaient pour avoir des mœurs si sauvages, que Pierre le Grand crut ne po: voir infliger un plus grand supplice aux Suédois, qui étaient scs ennemis mortels, que de les envoyer en Sibérie. Il arriva que ces honorables exilés introduisirent dans cette contrée les usages et les manufactures de l’Europe ; en améliorant leur propre situation, ils civilisè-
rent leurs hôtes, Les Suédois fondéèrent, en 1713, la première école à b
Tobolsk ; ils y enseignèrent l’allemand, le latin, le français, la géographie, la géométrie et le dessin. En 1801, Kotzebue y rencontra des gens qui s’occupaient des littératures russe, française et allemande ; il y vit jouer ses drames sur un théâtre public. D'un autre côté, les gouverneurs et les autres ofiiciers civils et militaires ont introduit dans les villes de Sibérie les mœurs de Pétersbourg, avec la vanité et l’ostentation russe. Lesseps vit rouler dans les rues d’Irkoutsk des voitures élégantes. Mais le raffinement arrivé dass les mœurs des Sibériens n’a pu s'étendre aux petites villes -et aux villages tristement épars au milieu des vasies forêts. Quelques cultivateurs, riches en troupeaux, ignorent presque l'usage de l’argent, et mènent une vie patriarcale. Les chas-
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seurs, errant dans les déssrts, deviennent presque des sauvages : la terre glacée leur sert de lit; les baies des arbustes étanchent leur soif ; ils boivent même le sang des animaux que leurs balles viennent d’at-. tindre. Le Cosaque qui, à Tobolsk, à Irkoutsk, se voit confondu dans h populace, devient une sorte de monarque lorsque, envoyé au milieu des Samoyèdes ou des foukagires , il est chargé d’y recueillir le tribut et de maintenir l’ordre. Il a pour palais une cabane, pour sceptre un biton de caporal ; les délices de satable consistent en saumons, rennes et hures d'ours. Quelques familles cosaques, établies dans les villes, ont obtenu le rang de dvoriainin, ou nobles patriciens. Les marchands de Sibérie courent en grande partie de ville en ville, ou de foire en foire. Le nombre des Européens établis dans ce pays, et des Sibériakes ou descendants d’'Européens, s'élève aujourd’hui à un demi-million.
De nombreuses peuplades tatares occupent la partie méridionale du gouvernement de Tobolsk. Les plus reculées vers l’est sont les Biriusses, les Katschinsi où Katschiniens, et les Beltires; ces trois tribus demeurent aux environs de l’Abakan, rivière qui se jette dans le Haut-Ienissi, Les Katschiniens sont riches en bestiaux; leur visage sans barbe indique quelque mélange du sang mongol; ils ont parmi eux des magiciens assez adroits, dont le costume ressemble à l'habillement franqais. Au sud, les Sayaniens occupent les hautes montagnes connues sous ce nom ; ces nomades ont quelques traits de ressemblance avec ls Mantchoux. Une tribu de Téléoutes, ou Télengoutes, habite aux environs
de Koutznetzk ; le plus grand nombre vit en Kalmoukie; ils sont même E appelés Kalmouks-blancs par les Russes, Quelques-uns d’entre eux, forcés
à se laisser baptiser, négligent cependant la plupart des cérémonies de l'Église grecque; leur langage est demi-mongol. En descendan}
| les rivières de Tomsk et de Tchoulym, nous trouvons deux peuplades
tatares qui ont été singulièrement converties au christianisme par
À l'archevêque Philophéi. Un corps de dragons russes, conduit par ce prék lat, les chassa et les poussa dans la rivière de Tchoulym; le digne
apôtre les déclara dûment baptisés ; mais, aujourd’hui, laissés on liberté,
| ils se sont fait, d’après leurs idées, un bizarre mélange de rites chrétiens et païens. Les Tartares de Tchoulym parlent un idoime composé
de tatar, de bouriaite-mongol et de quelques mots iakoutes. En passant l'Obi, nous trouvons les Barabintzi qui vivent de la pêche et de
koutsk. La gale, très-commune pariui eux, provient de leur nourrilur,
leurs bestiaux, dans la grande steppe de Baraba; quelques-uns sont mahométans, les autres palens. Les Tartares d'Obi habitent le long de la rive gauche de ce fleuve, jusqu'aux cavirons de Narym. Ceux de Tobolsk demeurent sur les deux rives du “ol:ol, depuis la frontière jus. qu'à son embouchure. Les Taraliens, dans le district de Tara, parlent le même dialecte que les précédents. Les Touralinzi, les plus civilisis de tous les Tartares de Sibérie, habitent les villes et villages situés sur tes bords de la Toura, depuis les montagnes j' : 1e vers le Tobol; ik ont été baptisés dans la rivière par monseigne. : : ullophéi, assisté d'un corps de Cosaques.
Les Tartares sont, en général, d’une constitution robuste et vigoureuse : leur manière simple de vivre, leur frugalité et leur propreti, les garantissent de la plupart des maladies contagieuses et malignes, excepté de la petite vérole, qui, de temps à autre, exerce parmi ex d’effroyables ravages. La propreté et la tempérance des Tartares tiennent en grande partie à leur religion. Le Koran leur ordonne de se laver plusieurs fois le jour; il donne même des préceptes que les femmes sont obligées de suivre dans les accidents propres à leur sexe. En défendant l'usage du vin et de l’eau-de-vie, illes garantit des suites de l’ivrognerie russe. Le commandement qui leur prescrit l’abstinence est moins favorable à la santé. La population totale des tribus tortares peut s'élever à 400,000.
Passons à la portion des tribus mongoliques qui est tombée sous h domination russe. Les vrais Mongols habitent vers Kiachta et Selinginsk ; ils sont en petit nombre. Les Bouriaites ou Barga-Bouratt, grande race mongolique, ont peuplé presque toute la province d’Irkautsk tt celle de Nertschinsk; on les estime à 150,000 individus. Les Bouriaites ressemblent ax Kalmouks. On trouve parmi eux plus de gens gras; ik ont encore moins de cheveux, et plusieurs n'ont jamais de barbe; leur teint est pâle et jaune; ils manquent de force et de vigueur : un Russe du même âge et de la même taille qu’un Bouraite, lutte avec succis contre plusieurs de ceux-ci. Malgré cette faible constitution, les Bouriaites jouissent d’une bonne santé ; mais ils parviennent rarement à un âge avancé. La petite vérole, autrefois funeste à cette tribu . a cessé ses ravages depuis l'établissement d’une maison d’inoculation à 1r-
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de leur manière de vivre et de s'habiller. Dans les maladies chroniques, ils font usage des sources chaudes situées à l’orient du lac Baïkal. Leurs médecins sont des chamans ou sorciers qui cherchent plus à les guérir par des sacrifices et des tahsmans que par des remèdes naturels. Les pouriaites parlent un dialecte mongol très-rude, et rendu inintelligible par de fréquentes transpositions et mutations de consonnes.
La troisième grande race des peuples indigènes de l’Asie septentrionale est celle des T'ungouses. Is ont une origine commune «vec le‘ Mandchoux. Les Tungouses sont ordinairemer ples et bien faits. Un visage moin:
une taille médiocre, soului des Kalmouks ren= oportionné, la barbe
sont sujets à peu de maladies ; ils arrivent pourtant rarement à un age avancé; ce qui vient du climat et de leur genre de vie pénible et dangereux. Quelquefois la
frme des yeux petits et vifs; ils ont peu épaisse et les cheveux noirs. Les
à elite verole exerce parmi eux les plus terribles ravages. Les prêtres l Le)
des idoles sont aussi leurs médecins. Chez les Tungouses, la vue et l'odorat sont d’une finesse et d’une délicatesse incroyables. Ces nomades connaissent chaque arbre, chaque rocher dans leur district ; ils peuvent indiquer clairement une route d’une centaine de milles par la des-
cription des pierres et des arbres qui s'y trouvent, et poursuivent
le gibier à la trace légère que ses pas laissent sur lherbe ou sur la mousse. Ils n'ont jamais voulu recevoir le baptême; leur religion est une branche du Schamanisme, La polygamie est admise. La langue des Tungouses est un dialecte mandchourien, mêlée de quelques
mots mongoliques : elle comprend huit à dix dialectés.
Cette tribu nomade couvre de ses habitations mobiles un tiers de la Sibérie; elle s’étend depuis les bords de l'Ienisseï jusqu’à la mer d’0khotsk ; au sud, elle occupe la partie orientale de la Daourie. Ces Tungouses sont bons cavaliers, excellents archers, braves et robustes. Une autre branche du pays, habitée par les Tungouses, s'étend entre la Léna et l’Ienisseï, jusqu’à la Basse-Tungouska. Ils sont pauvres comme les Samoyèdes leurs voisins; ceux sur la Léna, appelés Olénsens, vivent de leurs rennes, de la pêche et de la chasse; enfin les Lamoutes, c’est-
à à-dire les riverains, occupent la province d’Okhotsk jusqu'aux confins
des Koriaikes, Le nombre total ne s'élève qu’à 24,000 individus.
Au pied des monts Ourals du nord et sur le Bas-Obi, nous trou- Ille 23
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