‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 9 sur 31 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

TEST TARGET (MT

vons quelques tribus d’origine finnoise, et peut-être venues de l’Europe, car rien ne prouve que la race finnoise soit originaire d’Asie.

Les Wogouls, qui demeurent entre Tobol, Bérésof, l’Obi et les monts Ourals, sont d’une taille au-dessous de la médiocre ; ils ent en général les cheveux noirs et peu de barbe. La chasse est leur occupation principale ; ils y déploient une agilité et une adresse singulières, et manient également le fusil et le javelot ; ils excellent aussi dans l’art de tendre toutes sortes de piéges aux bêtes fauves. Leur langue est très-mé langée.

Les Ostiaks d'Obi, qui sont également de race finnoise, forment une des tribus les plus nombreuses de la Sibérie; on en compte 30,00 individus mâles. Le nom d’Ostiak, qui signifie étranger, a été donné

par les Tartares à trois tribus différentes. Les Ostiaks d’Obi soutiennent

eux-mêmes leur descendance des Permiens. Avant qu’ils subissent le joug de la Russie, ils étaient gouvernés par des princes de leur nation: c’est parmi leurs descendants que l’on prend encore les chefs des tri. bus. Ce peuple n’a point d’alphabet; il compte jusqu’à dix, et pas au delà, ainsi que toutesles autres nations finnoises. 11 habite depuis Sourgout jusque vers Bérésof et Obdorskoi.

Les Ostiaks sont petits et faibles ; aucun trait caractéristique nedistin. gue leur physionomie; la chevelure est communément rougeâtre ou d’un blond doré. Leur habillement étroit est fait de peaux et de fourrures. Les hommes se font une marque dans la peau; les femmes se cousent des figures au dos des mains, sur l’avant-bras et le devant de la jambe. Les cabanes d'été sont d'une forme pyramidaie; celles d'hiver sont carrées et construites en charpente. Essentiellement pêcheurs, les Ostiaks font cependant en hiver de grandes expéditions de chasse. Les riches ont des troupeaux de rennes. Rien n’est malpropre et dégoiant comme leur extérieur et leur manière de vivre. Cependant ils jouis

sent d’une bonne santé. Les Ostiaks sont encore païens; lorsqu'ils doi: vent faire serment à un nouvel empereur, on les fait mettre à genoux

devant une peau d’ours ou devant une hache qui a servi à tuer un ours. On présente à chaque Ostiak une bouchée de pain sur la pointe d’un couteau, en lui faisant prêter ce serment : « Si, dans le cours de » ma vie, Je deviens infidèle à mon czar, si je ne paie pas mon tribut, si » je déserte mon canton, etc., etc., puisse un ours me dévorer! puisse ce

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» tête, et ce couteau me percer le cœur! » — C’est une cérémonie usuelle de tous les peuples idolâtres de Sibérie. L’ours jouit parmi eux d’une vénération religieuse; ils font des sacrifices avant d’aller à la chasse de cet animal; après en avoir tué un, ils célèbrent sa mémoire par une fête expiatoire et par des chants adressés à ses mânes.

On pense que toute la race Samoyède est descendue vers la mer Glaciale, en suivant le cours de l’Ienisseï; car il se trouve encore, depuis le Haut-lenisseï et l’Abakan jusque vers l’extrémité occidentale du lac Baïkal, quelques faibles tribus qui parlent des dialectes fortement mélés de mots samoyèdes, ou qui même appartiennent en entier à cette langue. Tels sont les Soyètes, qu’on dit nombreux dans 12 Mongolie chinoise; les Kaïbales, qui laissent les corps morts de leurs enfants

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de foin préparés par cet animal intelligent; les Matozes, les Karagas, les Kamachintzes, et'enfin les Ostiaks de Narym. I]semblerait naturel de considérer les Ostiaks de l’Ienisseï comme un anneau de cette chaîne ; mais il paraît que cette tribu de chasseurs s’est formé un jargon particulier qui déroute les recherches des historiens.

Les Samoyèdes proprement dits occupent une immense étendue deterre couverte de bruyères et de marais; ilssont bornés en Europe par lefleuve Mesen, et en Asie ils vont jusqu’à l’Olenek, près la Léna ; c’est une ligne

2 de 750 lieues de long sur 400 à 200 de large. La taille ordinaire des Samoyè-

des est de 4 à 5 pieds; ils ont les jambes très-courtes; leur tête grosse etplate offre un nez écrasé, la partie inférieure du visage très-saillante, une bouche très-grande ainsi que les oreilles, un menton peu barbu; le tout animé par deux petits yeux noirs très-fendus. Ils réunissent à ces attraits une peau olivâtre et luisante de graisse, des cheveux rares, noirs et hérissés. Les femmes ont de 1a souplesse dans la taille, de la douceur dans les traits. La plupart des filles peuvent devenir mères à l ou 42 ans; mais les mariages sont peu féconds; ils cessent de l’être avant que les femmes aient atteint leur trentième année. Ges peuples, qu'on pourrait appeler les Hottentots du nord, ne se servent de leurs rennes domestiques que pour les atteler à des traîneaux; ils se nourrissent de rennes sauvages. Aussi malpropres que les Ostiaks, ils sont plus riches et mieux habillés. Ils n’ont d’autre culte qu’un fétichisme

grossier ; une pierre ou un morceau de bois est l’objet de leur adora. tion. Ils évitent avec soin de prononcer le nom des morts. Leurs magiciens, jongleurs adroits, s’enfoncent un couteau sans se blesser; en jouant le rôle d’inspirés, plusieurs d’entre eux deviennent réellement frénétiques ; on voit de ces sorciers qui, au moindre attouchement ou regard, entrent dans une espèce de rage, se roulent par terre, poussent des hurlements et s’arment de tout ce qu'ils trouvent sous la man pour assommer les assistants. Des Russes, accoutumés à voir des peu. ples sauvages, ont trouvé que ces magiciens leur inspiraient un certain effroi. Les femmes sont extr'mement malheureuses; on les regard corame des êtres impurs ; elles sont obligées de se parfumer avant de passer le seuil de la cabane. Les amusements de ce peuple errant cn: sistent en danses cadencées, qu’ils accompagnent d’un chant nasillard, Divisés en plusieurs tribus, parmi lesquelles les Obdoriens et les Jourakn sont à remarquer, les Samoyèdes ne s'élèvent pas en tout à 20,00 individus ; mais, placés hors de la route des conquérants, ils ont conservé intacte leur langue, qui ne ressemble à aucune autre.

Les Jakoutes, qui habitent à l’ouest des Samoyèdes, aux environs de l ville d’Iakoutsk et sur les bords de la Lena jusqu'à la mer Glaciale, paraissent être des Tartares dégénérés qui se sont soustraits à la domi. nation des Mongols en se transportant dans ces contrées éloignées. Les lakoutes, contre l’usage de leurs voisins, portent les cheveux longs ei les habits courts et ouverts. En malpropreté ils naraissent ne le céder à qui que ce soit; puisqu’un grave auteur ass. e les mortiers dont ls se servent pour piler du poisson sec, sont fuis de fumier de vache durci par la gelée. Habitués à toutes ie: fatigues dès leur enfance, ce hommes, dit l'amiral Wrangel, sont singulièrement endurcis : quant au froid, il semble, en vérité, qu’is ne le sentent pas ! Un Yakoute, pour voyager en hiver, ne prend avec 5oi, ni tente ni pelisse. C’est dans so costume habituel qu'il se met en route, quelque long que soit le voyagt ct malgré la rigueur de la saison. Arrivé au bivouac, le Iakoute étenl sur la neige la couverture de son cheval, place sa selle de bois à l'un des bouts, en guise d'oreiller; puis il Ôte sa légère pelisse (sayanab), & couche et l’étend sur lui de manière à se garantir les reins et les épatles, tandis que le reste du corps demeure à peu près à découvert. Aprà s'être un peu réchauflé sous cette couverture, notre homme l’attire «1

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Les loukagires habitent les montagnes où l’Indigirka et la Kowima prennent leurs sources. Ils sont au nombre de 500 familles, tous baptisés ; ils vivent de la chasse et de leurs rennes. On ne sait s’il faut les compter parmi les Samoyèdes ou parmi les Iakoutes, ou les joindre aux tribus suivantes.

Les Tchouktchis, peuplade tout à fait indépendante, possèdent l’extrénité orientale de l’Asie à l’est des [oukagires, et au nord des Koriaikes, Ils sont au plus composés d'environ 1,000 familles, qui se trouvent généralement établies dans de petits camps situés près des rivières, Leurs tentes consistent en quatre perches qui supportent des peaux de rennes et qui forment un toit. Devant chaque tente, des lances et des tkches fixées dans la neige, sont destinées à repousser les attaques subites des Koriaikes, qui, bien que de la même race, leur font souvent une guerre perfide. Dans le milieu est un poële, et leur lit consiste en petites branches d’arbres étendues sur la neige, et couvertes de peaux de bêtes sauvages. Leurs habitations sont sales, et leur nourriture dégoûtante. L’habillement des femmes consiste seulement en une peau de bête fauve suspendue à leur cou, de manière qu’elles n’ont qu’un rœud à défaire pour être entièrement nues. Les Tchouktchis ont de gros traits ; mais ils n’ont ni le nez plat, ni les petits yeux creux des Kantchadales.'Lesseps affirme que leur figure n’a rien de la forme asiatique; et Cook avait avant lui fait la même remarque. Les Tchouthis, habiles à la fronde, montrent aussi beaucoup de courage et d'adresse dans la pêche des baleines, qu'ils font à la manière des Européens, sans lavoir apprise de ceux-ci. La polygamie est en usage chez ls Tchouktchis, même chez ceux qui sont baptisés. Tous ont plusieurs femmes qu'ils épousent pour un temps plus ou moins long. Le caractère de cette peuplade est empreint d’un cachet de cruauté révoltante : ainsi, par exemple, la mort attend l'enfant quia le malheur de naître

avec quelque difformité ; il en est de même des vieillards que les infr. mités de l’âge ont affaiblis ou qui ne sont plus en état de supporter les fatigues de la vie, on les égorge sans pitié. Et ces coutumes révollantes font tellement partie des mœurs de la peuplade, que souvent ce sont les vieillards eux-mêmes qui demandent à leurs enfants de mettre un terme à une existence devenue un fardeau pour eux.

Les Schelagi, vers le cap auquel ils donnent leur nom, les Achuchal et les Peyeskoli, sur des îles de la mer Glaciale, tiennent à la famille des Tehouktchis.

Les Koriaikes, dont le nombre ne s’élève pas à 2,000, vivent de leurs rennes ou de la chasse aux environs des rivières d’Anadyr et d’Olutora, Les Olutorzi parlent un dialecte adouci; mais en général l’idiome des

Koriaïikes se rapproche autant de celui des Tchouktchis que de celui de à

la tribu suivante.

Les Kamtchadales, dont le nombre diminue tellement qu’il est probable qu’on verra sous peu la tribu entière éteinte, sont de petite taille; ils ont les épaules fortes, la tête grosse, le visage long et plat, de petits yeux, les lèvres minces et peu de cheveux. Les femmes ont la peau fine,

les mains et les pieds très-petits, et la taille passablement proportionnée,

Les Kamtchadales sont sujets à peu de maladies. Si l’on en voit plusieurs d’estropiés, ces accidents sont occasionnés par leurs travaux ct leurs voyages périlleux. Les maux les plus communs sont le scorbut ct la maladie vénérienne: celle-ci était connue avant l’arrivée des Russes, Le pays manque de médecins. La réverbération de la neige occasionne de fréquentes ophthalinies. La petite vérole enlève des générations eutières. Cependant l’inoculation y est en usage depuis longtemps : chaque Kamtchadale se fait cette opération en trempant une arête de poisson dans la matière de la petite vérole. Les deux sexes ont le tempérament ardent : le climat et leur manière de vivre leur donnent un penchant incroyable pour le libertinage. Les Kamtchadales qui habitent dans le midi ont leurs isbas ou balagans, C'est-à-dire leurs cabanes d'hiver el d'été, élevées sur des tréteaux de 12 à 13 pieds de haut, afin de pouvoir sécher leur poisson, qui est presque leur seule nourriture. lis portent sur la peau une chemise de coton, avec de larges pantalons de peau de daim. Leurs bottes sont de cuir tanné, et leur bonnet est en fourrure, Les hommes sont principalement occupés à prendre le poisson;

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ASIE : SIBÉRIE. 183 dans l'été, les femmes vont dans les bois recueillir des végétaux : c’est alors qu’elles s’abandonnent à une sorte de frénésie qui ressemble à œlle des bacchantes. Pour traîner leur léger chariot, où le voyageur

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lergers. Dans le nord du Kamtchatka les cabanes sont creusées sous krre. La chaleur s’y conserve davantage; mais l'air concentré et les exhalaisons qui s’y renferment, y composent une atmosphère insupportable.

La Sibéric cst divisée par les Russes en 4 gouvernements, de Tobolsk, deTomsk, d’Iénisséisk et d’Irkoutsk ; 2 provinces d’Omsk et d’Iakoutsk; 2 districts, d'Okhotsk et de Kamtchatka ; à ces divisions administratives, il faut ajouter le pays des Tchouktchis qui, ainsi que nous l'avons dit, est occupé par une population indépendante. En outre, les gouvcrnements de Perm et d’Orembourg dont la plus grande partie est située en Europe, empiétent sur la Sibérie proprement dite. Nous commencerons done notre description par les districts sibériens annexés à ces deux derniers gouvernements.

La partie trans-ouralienne du gouvernement de Perm est le siége de presque toutes les mines et exploitations métallurgiques de l’Ourai. A l'exception d’ékatérinbourg, qui possède 11,000 habitants, les diverses petites villes qu’on rencontre dans cette province, sont peu ‘mportantes sous le rapport de la population. Verkhotourié, sur la Toura, n’a que 9,000 âmes; /rbit, sur la rivière de ce nom et Kamouichlof, 3,000 ; mais

D toutes sont le centre de districts remplis de mines et d’usines. Iékaté-

rinbourg, située vers la source de l’Iset, renferme 2,000 maisons, presque toutes en bois; quelques-unes sont construites en pierres, et les grandes manufactures sont en briques, avec des toitures en tôle de fer, Elle est le siége du conseil des mines qui a l'inspection de toutes les mines et usines établies sur les deux côtés des monts Ourals. Irbit a chaque année au mois de février une foire qui attire non-seulement les marchands de la Russie européenne et asiatique, mais encore ceux de l'Asie-Mineure, de la Perse et de la Boukharie.

La seule ville sibérienne intéressante qui appartienne au gouvernement d'Orembourg est Troït:k, qui n’a pas plus de 2,500 habitants, mais qui est le centre d’un commerce assez considérable avec la Tartarie indépendante,

Le gouvernement de Tobolsk s'étend sur les bords de l'Obi, de l'Irtych et du Tobol; et le district de même nom est situé sur le confluent de ces trois rivières, au milieu d’une plaine immense coupée seulement de quelques falaises. Le climat, quoique très-rude, admet en été des cha. leurs considérables. Il n’est pas rare de voir le thermomètre s'élever à 32° ou 35° centigrades. Les orages s’y font sentir fréquemment. Le pluies sont très-fortes. Autant les chaleurs sont insupportables en éti, autant le froid l’est en hiver, où le thermomètre descend souvent à 4) degrés au-dessous de zéro. Cependant ce climat rude est très-sain. || n’y a que deux maladies dominantes; les maladies vénériennes et les fièvres de refroidissement. On ne voit pas un seul arbre fruitier. L'arbre à pois, le bouleau et la bourdaine sont les arbres favoris des habitants de Tobolsk. On y trouve encore quelques buissons de groseilles rouges et vertes, Toute espèce de blé y réussit ; l'herbe y est épaisse et succulente ; le sol, partout d’une terre noire et légère, n’exige jamais d'engrais. Les paysans sont trop paresseux pour transporter peu à peu le fumier de leurs étables et de leurs écuries ; ils sont quelquefois obligés de démolir leurs maisons pour les reconstruire ailleurs, parce que les montagnes de fumier qui les environnent leur paraissent enfin exhalr une odeur trop forte même pour leurs grossiers organes.

Tobolsk, située sur la rive gauche de l’Irtych et vis-à-vis l'embouchure du Tobol, est considérée comme la capitale de toute la Sibérie ; c’est h résidence d’un gouverneur et d’un archevêque. La ville haute est bâtie sur un rocher qui domine une plaine majestueuse dans laquelle l'Irtych et le Tobol mêlent leurs puissantes eaux, tandis que l'horizon est fermé de tous côtés par une vaste étendue de forêls. La ville haute est de 68 mètres plus élevée que la basse et communique avec celle-ci par des degrés qui sont au nombre de 290. A l’exception de l'hôtel du gouverneur et de deux églises, Tobolsk est entièrement construite en bois; les rues mêmes sont planchéyées er. poutres. Mais comme les murs sont peints en blanc et que toutes les coupoles sont dorées, l'aspect de ville vue à certaine distance produit beaucoup d'effet. La ville basse est complétement Tartare ; elle est également bâtie en bois. L'Irtych ctle Tobol inondent quelquefois les environs à 40 lieues à la ronde ; alor on ne peut entrer dans la ville que par eau; et on circule dans I ues au moyen de barques. La population de Tobolsk s'élève à 25,00

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habitants ; les Tartares ou mieux les Turcs, en forment un cinquième. La société se composant en partie de personnages exilés par un gouvernement tyrannique et soupçonneux ette ville est une résidence assez agréable. On y retrouve toutes les habitudes européennes ; la littérature même y est cultivée. Tobolsk possède une imprimerie, un théâtre, un séminaire, et plusieurs écoles. On y a aussi fondé divers établissements charitables. Tout le commerce de la Sibérie passe par Tobolsk. Aussitôt que la première influence du printemps a fondu les neiges, on la voit traverser par les marchands venus de l’ouest pour se rendre à la frontière chinoise et dans les autres parties de la Sibérie. A l'approche de l'hiver, ii s'opère un mouvement en sens inverse. Tous les tributs de fourrures recueillis dans ces immenses régions viennent s’accumuler dans cette ville.

A 4 lieues de Tobolsk, sur la petite rivière de Sibirka, on voit quelques faibles vestiges de Sibir, l'ancienne capitale des Tartares pendant leur domination en Sibérie.

Dans les parties méridionales et occidentales du gouvernement de Tobolsk, on trouve les villes de Tara, sur l’Irtych, de Zaloutorovsk et de Kourgan, Sur le Tobol ; de Toumen et de Tourinsk sur la Toura. Toutes ces pelites villes sont entourées de riches pâturages et de forêts qui permettent aux habitants de vivre dans une grossière abondance et de faire un commerce considérable en bois de charpente, en suif et en cuir. Tara à 4,000 habitants, laloutorovsk et Kourgan, 2,0, Toumen 10,000, et Tourinsk 3,000. Le district de Kourgan est l'Italie de la Sibérie. La terre s’y couvre de fleurs ; les troupeaux de betesa corne et de chevaux y paissent sans gardiens; le gibier ailé y abonde. Les vivres y sont au plus vil prix; mais tout article d'Europe est exitrêmement cher. Kotzcbue a décrit les jeux auxquels se livraient les jeunes Kourganaises sur les bords du Tobol. «Il y a, dit-il, le long de cette rivière, des places où se rassemblent les jeunes filles de la ville pour laver le linge et se baigner. Ces bains sont pour elles des exercices vrai ment gymnastiques et admirables. Elles passent et repassent le Tobol en nageant, sans le moindre effort; elles s’abandonnent longtemps au fil de l’eau, couches sur le dos : folâtrent souvent ensemble, se jettent du sable, se poursuivent, plongent, se saisissent, et se renversent les

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unes sur les autres : ce sont les Naïades de la Fable. En un mot, elles.

pousseent le jeu si loin, qu'un spectateur sans expérience devrait craindre à tout moment de les voir couler à fond et périr. Tout se fait, au reste, avec la plus grande décence, Les têtes seules paraissent hors de l’eau ; et sans le balancement qui fait paraître leur sein, ce qui ne semble pas les inquiéter beaucoup, l’on douterait de leur sexe. Veulentelles finir le jeu et sortir de l’eau, elles s’y prennent avec beaucoup de modestie, on priant les spectateurs de se retirer : ou si quelqu'un de ceux-ci, plus curieux ou plus malin que les autres, s’y refuse, les femmes qui sont hors de l’eau forment un cercle serré autour de celles qui veulent sortir, et leur jettent à chacune son habillement ; de sorte que dans un instant elles paraissent modestement vêtues.

La partie nord de ce gouvernement offre un aspect bien différent. L'Obi roule ses eaux sombres et froides au milieu de plaines glacées ou de tristes forêts de pins, où quelques poignées d’indigènes rabougris ct misérables dressent leurs tentes mobiles appelées yourts. Les Russes se contentent d’y entretenir un commissaire et quelques soldats pour recueillir le tribut de fourrures qui, quoiqu’assez léger, n’est jamais payé spontanément. Sourgout, au-dessus de la jonction de l’Irtych avec l'Obi, renferme 168 maisons, deux églises et est entourée d’une palissade. Ici, les céréales ne peuvent plus mûrir : mais les renards blancs ct noirs ainsi que d’autres espèces de gibier, y abondent. Samarof, au confluent des deux fleuves, est un village du même genre. Plus au nord, on entre dans le vaste arrondissement de Bérézof qui s’étend jusqu’à la mer Glaciale. Le misérable hameau qui donne son nom à ce district ne compte que 8 à 900 habitants. C’est dans cet horrible lieu d’exil que mourut, en 1731, le fameux Mentzikoff, Cette affreuse contrée est rebelle à tous les efforts de l’agriculture. Les forêts sont composées de bouleaux et de sapins rabougris. Le gibier aquatique et le poisson y abondent. Le renne est le seul animal domestique que l'on puisse employer avec avantage. Au delà encore, c’est-à-dire vers l’endroit où l’Obi se jette dans le golfe qui porte son nom, on trouve le poste d’Obdorsk, composé de quelques huttes et occupé par 25 cosaques

: chargés de faire rentrer le tribut imposé aux Samoyèdes qui habitent ces contrées désolées. Les tentatives que l’on a faites pour introduire les végétaux et les animaux des pays civilisés dans cette extrémité septentrionale de la Sibérie, ont échoué : tous ont péri en peu de temps.

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Pelim, sur la Tarda, à 70 lieues environ au nord-est de Tobolsk, ne ompte que quelques dizaines de maisons, C'est dans ce lieu, l’un des plus tristes de la Sibérie, que le célèbre feld-maréchal Munich a passé 90 ans de sa vie, d’ailleurs si active et si utile à l’ingrate et barbare Russie. « Le district de Pelim, dit Munich lui-même, est couvert de » forêts marécageuses que l’on ne peut traverser en été, même avec le , moindre chariot; on y passe, en hiver, au moyen de patins longs de » 5 pieds, larges par dessous le pied de 6 à 7 pouces, et recouverts de » peaux de rennes, afin de ne pas glisser : les habitants, pour se con- » duire à travers ces forêts, se servent de boussoles qu'ils construisent » eux-mêmes, l’aimant n'étant pas rare dans cette contrée. »

La petite ville d’Zchim a 2,000 habitants environ. Elle est située sur la rivière de même nom, et le district dont elle est le chef-lieu confine à la steppe d’Ichim.

La province d'Omsk, au sud du gouvernement de Tobolsk, est bornée au midi par la chaîne des monts Alghinskoï-Krebet ou Alghidim-Tsano et au sud-est par le Petit-Altal, La plus grande partie de cette province consiste en steppes arides ou marécageuses, parmi lesquelles celle d'chim est la plus considérable, Les incursions continuelles des Kirghiz qui venaient enlever les Russes et les entraînaient attachés à la queue de leur cheval, ont obligé la Russie a établir une grande ligne de forteresses depuis les bords du T'obol jusqu’à ceux de l'Irtych. Mais comme cette ligne militaire n’est pas encore une protection toujours suffisante contre les brigandages de ces nomades, il existe entre la chaîne de forteresses et la frontière méridionule de vastes espaces complétement inhabités.

Omsk, au confluent de l'Om et do l'Obi, est une petite ville fortifiée et bien bâtie. Elle a 7,500 habitants et, en outre, une garnison de 4,000 hommes; car elle est le quartier général de la ligne militaire. Petropavlosk et Semipolatnoï, sont également deux villes fortifiées, ayant chacune 4,000 habitants, non compris leurs garnisons. La dernière doit | son nom, qui signifie les sept palais, aux mines remarquables que l’on y voit et que Pallas pense être les débris d’édifices construits par les Boukhares. Semipolatnoï est un marché très-fréquenté par les Kirghiz et les Boukhares qui y apportent les marchandises de l’intérieur de Asie et même le produit de leurs brigandages pour les échanger con

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tre du tabac et de l’eau-de-vie. Boukhtarminskaïa sur l'Irtych, presque sur la limite de la Sibérie et de l’Empire chinois, est aussi une petite forteresse. Suivant Cochrane, elle est bâtie dans un des sites les plus romantiques du monde entier. La magnifique plaine qui l'environne et qui est couverte des plus riches pâturages est cependant tout à fait déserte. Elle est abandonnée aux animaux sauvages, afin de constituer un territoire neutre entre les deux empires.

Le gouvernement de Tomsk, comprend les contrées situêes sur l'Obi et ses affluents. C’est dans les montagnes de l’Altaï qui le bornent au midi et qui s’avancent dans l’intérieur, que se trouvent les gites métallifères dont nous avons parlé.

La ville de Zmeïnogorsk est située au pied de la montagne de ce nom, laquelle est appelée par les Allemands Schlangenberg, c'est-à-dire mon: tagne aux serpents à cause du grand nombre d'animaux de ce genre qui s’y rencontrent. Sa population, qui est de 8,000 âmes, se compose presque uniquement d'ouvriers occupés à l'exploitation des mines d'argent. Les Tchoudes avaient fait, avant les Russes, de grands travaux dans le Schlangenberg. Au nord de Zmeïnogorsk, se trouveli petite ville de Koutznetzk, qui n’a que 2,000 habitants. Elle est située sur le Tom, et au milieu d’un territoire fertile. Il existe de la houille dans les montagnes qui l’avoisinent. Barnaoul, à l'ouest de Koutznetzk, est une ville de près de 10,000 âmes, régulièrement bâtie. Elle est le siége du conseil supérieur des mines de l’Altaï, et l'on y apporte, pour les fondre, les métaux extraits du Schlangenberg. Dans les environs, on trouve des fours à chaux, des tuileries et une manufacture de glaces.

Koliwan, sur l’Obi, au nord de Barnaoul, n’est plus qu’un bourg de 800 âmes, après avoir été la capitale d'un gouvernement. Les riches mines qui l'entourent sont presque abandonnées, à cause de l’extrème rareté du combustible. Tomsk, qui est le chef-lieu du gouvernement, dérive son nom du Tom, l’un des affluents de l’Obi. Comme elle est située sur la grande route de Tobolsk à l’est, cette situation, fait son commerce et sa prospérité. Elle compte 9,000 habitants. Les voyageurs rapportent que l’ivrognerie et le goût des plaisirs sensuels les plus grossiers, ces péchés mignons des Sibériens, sont poussés ici boaucoup plus loin encore. Kaïnsk, ville de 2,000 âmes, fait un commerce de fourrures assez considérable,

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Le gouvernement d’Iénisséisk embrasse toutes les contrées que traverse l'Iénisseï ainsi que celles qui sont arrosées par ses affluents.

En suivant le cours de ce grand fleuve, on trouve, du midi au nord, les villes d’Abakansk, de Krasnoïarsk, d’lénisséisk et de Touroukhansk, Abakansk, petite ville de 2,000 âmes, ne mérite d’ê :e citée que parce que le district auquel elle donne son nom, renferme beaucoup d'anciens tumulus’ou collines sépulcrales ; les Tartares les appellent tombeaux de Cathayens, et les ornements d’or et d'autres métaux qu’on y découvre, prouvent l’état florissant de la nation ancienne qui les éleva, Il y a même, sur la rivière d’Abakan et sur le Tchoulym, des statues d’home mes de 7 à 9 pieds, chargées d’hiéroglyphes.

ErasnoYarsk, capitale du gouvernement d'Iénissêisk, est une assez jolie petite ville de 4,000 habitants. Le territoire qui forme l’arrondissement de cette ville est si fertile qu'après avoir labouré le ol et sans y mettre d'engrais, on peut l’ensemencer de suite pendant 5 et 6 années, et même davantage. Aussi les grains et toutes les denrées y sont à très-bon marché, ce qui porte le peuple à la bonne chère et à la fainéantise. Les collines sépulcrales des monts de Krasnoïarsk renferment des armes, des ornements, des patères et des monnaies en or, argent, cuivre et fer, monuments de l’industrie très-active des anciens peuples de la Sibérie, Deux parois de rochers, l’un sur les bords de la Koksa, l’autre sur ceux de la Biriousse, présentent des caractères inconnus ; on les appelle Pisanoi-K'amen, c’est-à-dire rochers à écriture.

L’arrondissement d’Iénisséisk au nord de celui de Krasnoïarsk est beaucoup plus froid que ce dernier. Iénisséisk est une ville de plus de 6,000 habitants, qui a près d’une lieue et demie de circonférence. Elle fait un commerce assez actif, grâce à sa position sur l’Iénisse}, un peu au-dessous du confluent de ce fleuve avec l’Angara qui la met en communiculionavec les pays qui composent le gouvernsment d’Irkoutsk. A

l’ouest, elle communique encore avec le gouvernement de Tobolsk ay moyen du Ket qui se jette dans l’Obi.

Après avoir passé lénisséisk, l’Iénisset coule l’espace d’environ 350 lieues à travers des contrées encore plus désolées que celles que parcourt l’Obi inférieur. Le climat y est aussi plus rigoureux. Touroukhansk ou Mangaséisk, village de 400 habitants, avec un petit fort en bois armé de 4 canons, situé au confluent de l’Iénisseï et de la Tongouska inférieure, donne son nom à cet immense territoire, qui s’étend jusqu’à l’Océan arctique et qui est presque uniquement occupé par les Tungouses. Ce n'est guère qu’un poste établi pour recueillir les tributs de fourrures imposés aux indigènes. Aux environs de Touroukhansk les glaces ne disparaissent qu’à la fin de juin. Les mélèzes, les saules et les bambous ne montrent leur feuillage que pendant deux mois. Mais les poissons et les oiseaux aquatiques y abondent.

Le gouvernement d’Irkoustk représente à peu près un triangle dont le côté ouest est formé par le gouvernement d'Iénisséisk, le côté sud par l'empire Chinois, et le côté est par ce dernier et par la province d’Iakoutsk.

Irkoutek chef-lieu du gouvernement de ce nom, et de la Sibérie orientaie, est située sur les deux rives de l’Angara, dans une belle plaine à 46 lieues du lac Baïkal. La position avantageuse de cette ville ena fait la première place commerciale de la Sibérie. L’Angara la met en communication, d’un côté, avec les rivières et les fleuves de la Sibérie occidentale, de l’autre, avec le lac Baïkal et avec la partie de la frontière chinoise qui est le siége le plus actif du commerce de la Russie. En outre, la Léna, qui ne naît pas très-loin d'Irkoutsk, la meten rapport avec les contrées de la Sibérie orientale où se trouvent les fourrures les plus précieuses. Sa prospérité rapide est donc facile à expliquer. Les voyageurs nous représentent Irkoutsk comme la ville la plus belle et la plus policée de toute la Sibérie. Las maisons sont en bois, ilest vrai; mais les rues sont larges et spacieuses. Elle possède plusieurs édifices publics remarquables et tous construits en pierre. La population s'élève à 18,000 âmes. Les principaux habitants sont de riches marchands et les employés civils et militaires du gouvernement. Aussi la société y estelle sur un pied bien supérieur à ce que l’on voit dans les autres villes sibéricnnes. Parmi les établissements qui font d’Irkoutsk un foyer de

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ASIE : SIBÉRIE. 191 lumières pour ces contrées, nous citerons l’école militaire. le gymnase, le théâtre, l'imprimerie, le muséum d'histoire naturelle, et la bibliothèque publique, riche d’environ 6,000 volumes. A l’école de naviga- ! ion, des Japonais de naissance enseignent la langue de leur pays. Les boutiques de la ville sont remplies de nankins, de porcelaines, d’ouvrages en laque, et d'articles chinois. Les ameublements des maisons viennent en général de la Chine; les femmes s’habillent d’étoffes chinoises; le thé est la boisson ordinaire. A ce tableau de mœurs on ajoute que les maladies galantes sont presque générales à Irkoutsk.

En remontant l’Angara, on entre dans le vaste lac Baïkal auquel les Russes donnent le nom de Mer-Sainte, et qu'entourent des montagnes couronnées de forêts. Au delà du lac, le pays offre le caractère propre à la Mongolie. C'est ce qu’on appelle la Daourie Russe, qui constitue l’arrondissement de Nerschinsk. On y voit des plaines sablonneuses entremélées çà et là de beaux pâturages. La population se compose de Mongols et de Bouriaites qui sont eux-mêmes de race mongolique. Les Russes mêmes qui s’y sont établis épousent de préférence des filles bourites ou mongoles. Ces mariages mixtes produisent des métis appelés l'arimki, Les mœurs du bas peuple tiennent beaucoup de celles des Bouraites; les habitants préfèrent même parler la langue mongole. La religion du Lama, avec son culte bruyant et pompeux, règne ici comme dans la Mongolie. Le thé est le breuvage favori ; mais on le prend, comme au Thibet, sous forme de masse pulpeuse. Nertschinsk était jadis trèsfréquentée parce que la principale route de Kiachta passait par cette ville ; mais depuis que les marchands préfèrent remonter la Sélenga, elle tire uniquement son importance des nombreuses mines de plomb et d'argent. Les exilés envoyés à Nertschinsk sont employés aux travaux des mines. La désertion est ici extrêmement difficile ; les Chinois, en livrant ceux qui s’échappent, exigent qu'on leur inflige un châtiment plus rigoureux pour avoir souillé leur territoire. La population de Nertschinsk est d'environ 3,000 âmes. A l’ouest des montagnes métallifères de la Daourie s’étend la chaîne des monts Jablonnoy, qui sont tellement abruptes et impénétrables, qu’ils ne sont parcourus que par quelques hardis chasseurs.

Afin de faciliter la route de Kiachta en remontant la Sélenga, les Russes ont élevé sur les bords de ce fleuve Verkneï-Oudinsk et Selin-

ginsk, petites villes d'environ 2,000 habitants, situées dans une contrée stérile et quine subsistent qu’au moyen du transit. Kiachta, sur l'extrême frontière de la Mongolie, est, conformément au traité de 1728, la seule place autorisée pour le commerce entre la Chine et la Russie. Kiachh est bâtie dans une plaine nue et assez élevée, dominée par de hautes montagnes granitiques. Elle est contiguë à la ville chinoise de Maïmat. chin, où se réunissent tous les négociants chinois qui commercent ave les Russes: néanmoins les deux villes sont distinctes, et chacune d'elles est entourée de fortifications. Deux forts construits sur deux montagnes opposées marquent les limites des deux empires : le fort russe est surmonté d’une croix, et le fort chinois est surmonté d’un cône ou d’une pyramide. Grâce à l’affluence des étrangers que le commerce allie dans ces deux villes, la manière de vivre y est polie et sociable. Les meilleures relations subsistent entre les individus des deux nationi, Les Russes sont invités chez les Chinois et réciproquement ; mais, a coucher du soleil, on sonne une cloche, et Russes et Chinois sont obligés de rentrer aussitôt chez eux. A limitation des Chinois, les résidents européens consomment d'énormes quantités de thé, et ils s’imaginent . ne pouvoir mieux accueillir un étranger, qu’en le forçant de boire suc. cessivement de toutes les espèces de thé.

La route d’Irkoutsk au nord-est conduit à K#rensk, sur la Léna, à environ 280 lieues de la première de ces villes. Kirensk possède encore un territoire fertile, les esturgeons sont regardés comme ; ses meiHeur: de toute la Sibérie; enfin, elle est hien située pour le commerce des fourrures. Malgré tous ces avantages, sa population ne dépasse pas 700 âmes, Les habitants ont des goîtres énormes ; il est même assez ordinaire d’en voir aux bœufs et aux vaches du pays.

La province d’Iakoutsk renferme la plus grande partie du bassin de h Léna, ainsi que les bassins de l'Olenek, à l’ouest ; de l’Iana, de l’Indighirka et de la Kolyma, à l’est. Quelques lisières méridionales à l’ouest de la Léna jouissent seules d’un climat supportable ; tout le reste du pays est hérissé de montagnes on rempli de marais, et il y règne un froid excessif. L’orge y mûrit en 6 à 7 semaines, mais la récolte est incertaine ; la chasse fournit seule des moyens sûrs de subsistance. A la fin de juin, la terre est encore gelée à une grande profondeur, et dés le commencement de septembre, on traverse la Léna en traîncaux. Le

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C’est au centre de ce territoire glacé que s'élève Jakoutsk, capitale de lh province. Elle est située sur la rive gauche de la Léna, et possèrle une population de 3,000 âmes. Cette ville doit son importance au commerce des fourrures dont elle est le centre, et à ses foires qui sont fréquentées par les chasseurs de toute la Sibérie occidertale. Les marchands russes y font de trés-gros profits, soit par le prix énorme auquel ils vendent le tabac, l’eau-de-vie, et les autres articles d'Europe, soit par le bas prix auquel ils achètent les fourrures et autres objets apportés par les indigènes. Olekminsk, sur la Léna, au sud-ouest d’Iakoutsk, a au plus 200 habitants. Ce n’est guère qu’un poste pour recueillir le tribut de fourrures, et une étape sur la route d’irkoutsk à Iakoutsk. On donne encore le nom de villes à Olensk ou mieux Ouskie-Olenskoïe, à Jigansk età Zachiwerst; mais ce ne sont que de misérables petits postes établis pour faire payer le tribut aux indigènes. Ouskie-Olenskoïe, à l’'embouchure de l’Olenck, est le village le plus septentrional du monde. Zachiwerst, sur l’Indighirka, et Jigansk sur la Léna n’ont la première qu'une trentaine et la seconde qu’une vingtaine d'habitants. Le tribut, dans ces contrées, est levé par des Cosaques semi-nobles ou dworiainin, domiciliés à lakoutsk, et qui ont huit roubles par an de solde. Ce sont là les princes, et quelquefois les tyrans redoutés de ce monde arctique.

Devant cette partie dela côte de Sibérie, la merGlaciale paraîtremplie d'iles. Celles qu’on trouve devant les embouchures de la Léna et de lana, sont, comme la côte voisine, de grandes rourbières posées sur une base de glaces éternelles; il y en a qui renferment des lacs à moitié gelés; l’ours et le renne habitent ces solitudes. Des Îles plus dignes d'attention ont été découverfes au nord du Cap Sviaitoi; déjà visitées en 1714 et 1724, elles avaient été oubliées ; le négociant Liaikhof les retrouva en 1774. Il y parcourut d’abord deux îles plates, dont la plus méridionale renferme un lac; les sables ou terres molies A qui environnent ce lac, laissent voir, en s'éboulant, des amas d'ossements et de squelettes entiers de buffles, de rhinocéros et d’éléphants; l'ivoire y est aussi blanc et aussi frais que celui qu’on tire de l'Afrique. A9 lieues de la seconde île, Liaikhof trouva une grande terre qu’on

appelle Nouvelle-Sibérie. Elle présente une côte assez élevée, où le bois nt. 25

pétrifié se trouve en couches immenses et régulières entre ie sable at l'argile ; les ossements d’éléphants y abondent , une rivière considérable indique que c’est une terre d’une certaine étendue ; 11 y a quelques vé gélaux.

Les parties les plus orientales de la Sibérie sont comprises dans i, vrosince d’Okhotsk; c'est un pays montueux et couvert de bois marécagcux. Il n'y croît presque aucune des denrées nécessaires pour la vie: on est obligé de faire venir des vivres d’Iakoutsk. La principale viiie est Okhotsk qui a un millier d'habitants. C’est de son port que les Russes partent pour le Kamtchatka et l'Amérique. On y construit des bâtiments marchands. Toutes les fourrures et peaux d'animaux du Kamichatka et du nord-ouest de l'Amérique sont apportées à Okhotsk,

Le pays des Tchouktchi, qui forme l'extrémité de l’Asie vers le nord-est, nourrit parmi ses rochers d'innombrables troupeaux de rennes. Les habitants demeurent en partie dans des creux de rochers; ils bâtissent aussi des cabanes en ossemenis de baleines. Les éles de Ours, qui bordent la côte septentrionale du pays des Tchouktchis, ont plus de végétation que celles de Liaikhof. Dans le détroit de Bchring, sont les deux îles Imoblin et Igeliim, ou iles Clarke des Anglais ; elles sont habitées par la peuplade des Achutllach, pêcheurs intrépides qui font cuire leurs mets sur des creux de rochers remplis d’huile de poisson, dans laquelle brûlent des mèches de jonc.

La grande presqu’ile de Kamtchatka forme une province parti culière. Ce pays étant coupé dans toute sa longueur par une chaîne de montagnes, est arrosé sur ses deux côtés par une infinité de rivieres, mais dont la plupart ne sont ni grandes ni navigables. Les plus considérables sont le Æamtchatka, V'Awatcha et le Bolchaja-Rieka, Les hivers

de cette contrée sont de dix mois; il y commence à geler dès juillet, et

les gelées y durent souvent jusqu’en mai; mais le froid n’y a jamais un haut degré d'intensité; les brouillards de la mer y entretiennent un: température humide. L’inconstance extrême des vents entraîne celle du climat; l’on y passe souvent, dans un instant, de l'été à l’hiver. Plusieurs rivières ne géèlent jamais, soit à cause de la rapidit de leur cours, soit parce que leurs eaux sont d’une nature particulière. L’agriculture n’a pas réussi dans cette presqu'île, pas même dans sa partie méridionale; mais l'entretien des bestiaux pourrait devenir d’une

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ASIE : SIBÉRIE. 195 grande importance ; les pâturages y sont excellents ; l'herbe y ondoie à grands flots, comme dans les savanes de la Louisianc.

Les renards, les zibelines, les lièvres, les hermines, les ours, Îes rennes s’y promènent par troupes. Les côtes sont toujours environnées d'une foule de cétacés et amphibies, tels que balcines, ours de mer, lamantins et loutres. Les limandes, soles, cabéliaux, lamproies, anguills et brochets, fourmillent dansles rivières, sans qu’on les inquiète; on neles mange qu’en temps de disctte ; mais on pêche le saumon, dunt la chairestexcellente. Ce poisson sort de la mer pour remonterles fleuves; ilest en si grande quantité, qu’il en interromptle cours; les chiens et les ours, dit Steller, en prennent à loisir tant qu’ils en peuvent dévorer. Les harengs qui, pour frayer, remontent dans les lacs, y abondent tellement, qu’on pourrait quelquefois les puiser avec un seau. La variété des oiseaux n'y est pas moins remarquable que leur nombre. Les oiseaux de mer ne sauraient se compter. Parmi ceux de terre on remarque les cygnes, sept espèces d'oies, onze de canards : on y mange les aigles. Le bois de mélèze et de peuplier blanc sert à la construction des maisons et des vaisseaux. Les bouleaux, qui y abondent, sont employés pour faire des traîneaux ; l'écorce verte de cet arbre, coupée en tranches minces, se mange avec du caviar : la sève du même arbre procure une boisson assez agréable. On ne brûle guère que du saule et de l’aune. Les habitants mangent aussi l’écorce du premier, et celle de l’autre leur sert à teindre le cuir. La racine du lis-saranne remplace souvent le pain. Les orties tiennent lieu de lin et de chanvre; il y a beaucoup de plantes médicinales. On tire même parti des plantes marines parmi les fucus qui abondent dans la mer voisine ; les espèces nommées duleis ou palmatus, esculentus et saccharinus, sont mangées coinme nos choux; la dernière, sortie de l’eau, se couvre de cristaux semblables à du sucre, mais composés uniquement de sel marin combiné avec la ma= here glutineuse de la plante.

Nichni-Kamtchatchsk, chef-lieu sur la rivière de Kamtchatka; Bolchereizk et Petropaulowsk ou havre de St, Pierre et St. Paul sur le golfe d'Awatcha, sont des espèces de villages, ou plutôt des hameaux.

Les îles Aléoutiennes appartiennent trop évidemment à l'Amérique pour qu’on puisse approuver ceux qui les décrivent avec l'Asie; mais l'ile de Behring et celle dite du Cuivre, doivent suivre la description du

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196 CHAPITRE DIX-HUNTIÈME,

Kamichatka, dont elles semblent être une extension vers l’est. L'Île Behring, la plus voisine, tire son nom du célèbre navigateur danois, qui trouva sur cette plage déserte le terme de sa vie active. Elle est inhabitée; le sol y est granitique. Le froid, sur les rivages de la mer, est peu rigoureux, et on n’y voit jamais de glaces fixes. Mais les som. mets de l’intérieur, estimés par Steller à 2,000 mètres d’élévation, se couvrent de neiges éternelles. L'île est dépourvue de bois et entourte de récifs. Mednoi-Ostrow c’est-à-dire, tle du Cuivre, tire son nom du cuivre natif que l’on a trouvé sur le rivage à l’ouest de l’île. En 1769, le navigateur Melenski put en extraire 300 à 400 livres pesant; aujourd'hui le filon est épuisé. L’une et l’autre de ces îles sont habitées par un immense nombre d’isatis ou renards polaires ; les loutres de mer, les vaches marines et les baleines s’y rassemblent en troupe.

La Sibérie, dont nous terminons ici la description générale et parti. culière, offre un vaste champ aux projets de la politique, aux spéculations du négociant et aux méditations du philosophe. La Russie tire plus d’un avantage capital de la possession de ce tiers de l'Asie : ses provinces européennes garanties d’une attaque de ce côté; plusieurs millions de bénéfice net sur les mines, une communication commerciale avec la Chine, avec l'Amérique; tels sont les fruits que la Russie retire de la conquête d’un simple Cosaque. Jermak Timofeiew est le Cortez du monde hyperboréen. Le commerce de la Sibérie est d'autant plus lucra tif pour les négociants russes de Moscou, qu'aucune nation étrangère n’en partage le bénéfice. Les grands fleuves de ce pays, l’Obi, l'Ienissel et la Lena, et leurs rivières tributaires, se rapprochent et s’éloignent tellement à propos, que les marchandises peuvent être transportées presque entièrement par eau depuis Kiachta jusque dans la Russie d'Eue rope. Ce trajet demande 3 ans, c’est-à-dire 3 étés de courte durée. fa route par terre exige un an entier. En 1790, les frais de transport, depuis Kiachta jusqu’à Pétcrsbourg, étaient, par la voie de terre, de 6 roubles pour chaque poud, et par eau, de 4 roubles seulement,

Tobolsk est l’entrepôt principal des marchandises qui arrivent d'Europe, et de celles de Sibérie et de la Chine, dont la plus grande parti est transportée en Russie dans l’hiver, par le moyen des traineaux. Les caravanes de Kalmouks qui arrivent à Tobolsk pendant l'hiver, y apportent en retour des vivres, et quelquefois de l'or et de l'argent; elles

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en rapportent différentes sortes de marchandises de cuivre et de fer. Les loukhares, qui y viennent aussi dans la même saison, y apportent des peaux d’agneaux frisés, des étoffes de coton de Boukharie, des étolfes de soie des Indes, et quelquefois des pierres précieuses. Tobolsk est l'entrepôt des pelleterices destinées pour la couronne. Les autres places importantes pour le commerce des pelleteries sont : Tomsk, surloul pour la vente aux Kalmouks et Mongols; Krasnoiarsk, Ienisseiïsk, Touroukhansk, et dans l'est de la Sibérie, lukoutsk, ces trois dernières principalement pour l'achat.

Irkoutsk mérite la préférence sur toutes les villes de la Sibérie, par rapport à l’activité et à l'étendue de son négoce. Sa position avantageuse lui ouvre trois routes de commerce ; savoir, celic de Kiachta, celle de ta Sibérie orientale et du Kamtchatka, et enfin celle de la Sibérie occidentale et de la Russie. Dans les autres villes, c’est un commerce d’entre pôt; ici, c’est un négoce actif. Le trafic avec la Chine est en grande parhe dans les mains des négociants d’Irkoutsk, dont la plupart entretiennent des boutiques et des facteurs à Kiachta. Cest aussi d'Irkoutsk que 1a plupart des voyages de mer aux îles de l’Océan oriental et de la côte de l'Amérique, sont entrepris par des négociants qui s'associent pour ect effet, Ce commerce russo-américain est désormais nécessaire pour la Russie, qui, sans l’Amérique, ne pourrait fournir assez de pelleteries au marché de Kiachta, où elle achète les thés, les nankins et les soieries, devenus des objets de nécessité your les habitants de la Sibérie, Tout le beau sexe, jusqu'aux femmes des Cosaiques, prend du thé, et s'habille de tissus de la Chine. Le rusé marchand chinois commence rouriant à rechercher, outre les hermines et le petit-gris, des draps, des glaces, et quelques autres produits de l’industrie européenne,

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CITAPITRE DIX-NEUVIÈME.

Chine proprement dite. — Deseription physique générale, — Tableat: moral ef politique,

Dans notre histoire de la géographie, nous avons fait voir que les connaissances des anciens ne s’étendaient pas jusqu'à la Chine proprement dite, dont le peuple se tenait sans doute alors comme aujourd'hui isolé du reste de l’univers. Nous avons suivi les voyageurs arabes du ix° siècle, les missionnaires du xime et le célèbre Marc-Paul, dans leurs voyages au Cathay où Kitay, et au Mangi où Maha-Tchin, c'est-à-dire dans la Chine septentrionale et méridionale. Les voyages de Rubruquis et

de Marc-Paul restèrent longtemps si peu connus, que le savant pape À

Pie IE, en 1448, ne décrivit la Chine que d’après une très-briève relation de Nicolas Conti qui l’avait visitée un demi-siècle auparavant; encore le pontife semble-t-il douter de la véracité de ce voyageur. Ce ne fut que par les navigateurs portugais, successeurs de Vasco de Gama, que l'Europe reçut des idées positives sur la situation, l’étendue et la splendeur de la Chine. Depuis cette époque, nous devons nos connaissances à quelques ambassadeurs qui ont vu la cour et les grandes routes, à quelques négociants qui ont habité le faubourg d’une ville frontière, et à un

assez grand nombre de missionnaires qui ont pénétré partout, mais qui JR

partout, admirateurs crédules, laissent deviner les faits qu'ils ont rarc-

ment su apprécier. Nousavons aussi des géographies chinoises, dont les À

arides nomenclatures ne nous appre“uent que peu de chose. Ainsi une description de la Chine est presque inévitablement une série de redites.

L'empire chinois embrasse toutes les contrées de l’Asie continentale qui nous restent encore à décrire. ILest borné, au nord, par la Tartarie indépendante, la‘ Sibérie et la Mer d'Okhotsk; à l'ouest, par la Tartarie indépendanteetl’Indostan ; ausud, par l’Indostan, l'empire Birman, l'enpire d’Annam, et la Merde Chine; enfin, à l’est, par les parties du Grand Océan appelées Manche de Tariarie, Mer du Japon, Mer Orientale et Mer

de Chine gueur, À € chure de yaniens à uneligne peut, pal fait un pe Mais n contrée 1 lve à plu de333 mi aucune fr Mongols; des Kalrr de l'Empi Cette cc lent Tcho considere dices du ixe siècle Persans plus à l’o est l’anci Chine et

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de Chine. L'empire chinois, compris dans ces bornes, s'étend, en longueur,à environ 1,250lieucs, en comptant depuis Cachgar à l’embouchure de l'Amour; sa plus grande largeur peut être prise des monts Sayaniens à la pointe méridionale de la Chine, vis-à-vis l’île d’Hay-nan, sur uneligne de 750 lieues. La surface géométrique de tout l’Empire chinois reut, par approximation, être estimée à 650,000 lieues carrées, ce qui fait un peu moins d’un dixième de celle de la terre habitable.

Mais nous ne voulons parler ici que de la Chine proprement dite. Cette contrée nous offre déjà un assez vaste champ, puisque sa superficie s’éleve à plus de 194,000lieuescarrées, peuplées de 450, ou, selon d’autres de333 millions d'habitants. Cette étendue n’est, à la vérité,circonscrite par aucune frontière naturelle. La Grande-Muraillela sépare, au nord, des Mongols; à l’ouest, des limites politiques bornent les courses nomades des Kalmouks ou Eleuthes de Khoukhou-Nor; au midi, les frontières de l’Empire cninois sont en même teraps celles de la Chine propre.

Cettecontrée a été célébre sous plus d’un nom. Ses habitants l’appellent Tchon-Kou, mot qui signifie le centre de la terre. Car les Chinois considèrent orgucilleusement tous les autres pays comme des appen= dices du leur. Cependant les relations des voyageurs mahométans du xe siècle, donnent déjà à la Chine méridionale le nom de Sin, que les Persans prononcent Tchin. Quoique les Sinæ des anciens fussent situés plus à l'occident qu'aucune partie de la Chine moderne, je pense qu’il est l’ancien nom générique pour tous les peuples du Thibet, de la Chine et de l'Inde, au delà du Gange.

La Chine est traversée par des chaînes de montagnes considérables. La plus importante est celle qui s’étend dans les [provinces méridionales de l’Empire et qui est en réalité la continuation, quoique sur une beaucoup moindre échelle, de l'immense chaîne de l'Himalayah. C’est dans la partie de cette chaîne qui traverse la province occidentale d'Yunnau que se trouvent les sommets les plus abruptes et les plus élevés ; aussi servent-ils de refuge à des tribus qui se livrent au brigandage. Mais dans les provinces orientales, la hauteur des montagnes ne dépasse pas 9 à 1,200 mètres; or, comme elles sont couvertes de belles forêts, couronnées de pagodes, et portentisurleurs flancsdes villes nombreuses, elles donnent au pays un aspect magnifique, sans interrompre la culture et sans nuire au développement de la population. Le sol de

2(0 CHAPITRE DIX-NEUVPÈME.

la Chine s'élève au fur et à mesure qu’on se rapproche de la frontière $eptentrionale, qui est formée ou traversée par des montagnes d'une hauteur considerable sur lesquelles serpente la Grande-Muraille, co prodigieux boulevart, qui a coûté tant de sommes et de travaux. C3 chaînes, suivant les cartes chinoises qui sont ici notre seule autorité, pénètrent sur différents points dans les provinces de l’intérieur.

C'est aux fleuves puissants qui là parcourent dans toute sa largeur que la Chine doit sa richesse ct sa fertilité. Les deux grands fleuves juimeaux appelés Hoang-Ho où Fleuve Jaune, ct Yang-Tse-Kiang où Fleuve- Bleu, uaissent de sources presque mconnues, le premier dans le pays des Mongols du Khoukhou-Nor, le second entre le Thibet et le désert de Cobi. Aussitôt entré dans la Chine proprement dite, le Hoang-Ho dirige vers la frontière septentrionale, ct pénètre dans la Mongolie Mais, heureusement pour la Chine, il fait un coude, rentre sur le territoire chinois, court du nord au sud, puis de l’ouest à l’est, en fertilisant quelques-uncs des plus belles provinces de l'empire et se décharge dans la Mer Jaune. Le Hoanz-Ho doit son nom à la couleur de ses eau, couleur qui résulte de l'énorme quantité de terre et de limon quil entraîne. Suivant Barrow, il jette dans la mer près de 2,000 pieds de terre par heure, quantité suffisante pour former en 70 jours une ile de 1,500 mètres de circonférence. On a constaté du reste que !: profondeur de la Mer Jaune diminue sensiblement.

Le Yang-Tse-Kiang qui d’abord n’est pas fort distant du Hoang-Ho, se dirige au sud ens’approchant de la Chine, de telle sorte que les deux fleuves sont séparés par un intervalle d'environ 400 lieues. Ensuite il prend son cours vers le nord, se rapproche du Hoang-Ho, et, apris avoir arrosé toutes les grandes provinces de l’intérieur se jette dans h mer par une embouchure qui n’est éloignée de celle de ce dernier que par un espace d’une quarantaine de licues. Les deux fleuves ont chacun un cours de plus de 800 lieues ; mais le Yang-Tse-Kiang est le plus magnifique des deux, soit à cause de la largeur de son lit et de l'abondance de ses eaux, soit à cause des belles et nombreuses villes qui s'élèvent sur ses bords. Les Chinois lui donnent le nom de «fils aîné de l'Océan. »

Parmi les rivières tributaires de ces deux grands fleuves, il en est plusieurs qui égalent les fleuves les plus considérables de l’Europe. On con-

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ASIE : CHINE, 201 çoit de quelle utilité elles sout pour l'agriculture, le commerce et la navigation.

Deux autres fleuves considérables de la Chine se maintiennent dans une indépendance parfaite, et du Hoang-Ho et de l’Yang-tse-kiang. Ce sont au midi le Hong-kiang, qui, descendu des montagnes de l'Yun-nan après un cours de 270 licues, so jette dans le golfe de Canton, et au nord le Payÿ-ho, qui, après avoir reçu le Hoen-ho, se jette dans le golfe de Pékin.

Certaines parties de la Chine sont comme remplies de lacs, dont plusieurs sont très-grands, Duhalde nous apprend que celui de Thoung-ting, dans l'ancienne province de Hou-Kouang, a plus de 80 lieues da circonfrence. Des bords de ee lac, jusqu'à la ville de Vou-tchan, sur une étendue de 50 lieues en long et en large, on voit un très-grand nombre de lacs presque contigus. Lelae Pho-Y'ang, dans la province de Kiangsi, a 30 à 40 lieues de circounférence, ot reçoit quatre superbes rivières, dont une au moins égale la Loire près Angers. La navigation sur ce he est très-dangereuse. Le Taï-hou, lacuusud de Nanking, est couronné de collines d’un aspect très-romantique, Ceux de Houng-tse et de Kace geou, au nord de Nanking, sout trés-vasles, Tous ces lacs servent à la fois comme des moyens commodes de communication, comme des rendez-vous de plaisirs, et comme des réservoirs d'une mullitude de poissons. Des barques, si légures qu'on peut les porter, se jouent sur ces bassins tranquilles, et un oiscau aquatique, le pélican-chinois, dressé àcetemploi, va chercher pour ses maîlres le poisson qu'il avalcrait sans doute lui-même si un anneau ne resscrrait pus son cou.

Les Chinois ontréuni par de nombreux canaux toutes les eaux dont la nature avait si largement doté leur empire. La longueur et la commodité de ces canaux étonnent le voyageur; ils ont assez de profondeur pour porter de gros bateaux dans toutes les saisons. Mais les écluses, ou plutôt les digues percées par où 148 bateaux montent et descendent, sont construites avec peu d'intelligence. Les fleuves et lescanaux de la Chine sont couverts d’un si grand nombre de bûtiments chargés de toute espèce de provisions, qu’on pourrait croire qu’à la Chine l’eau porte autant d'habitants que la terre, Les canaux sont bordés de quais en pierre, et portent quelquefois des ponts d'une construction merveil=

leuse ; cependant la navigulion est lente, parce que les vaisseaux sout Ule 26

202 CHAPITRE DIX NEUVIEMT.

souvent conduits et tirés par des hommes. Ces nornabreux filets d'en, les rochers, les bois, les champs, les villages qui les bordent tour à tour, font de la Chine un pays extrêmement agréable à voir ; les mer. veilles de la nature s’y trouvent à côté des merveilles de l’industrie hu. maine, Le plus célèbre de ces canaux est celui que l’on appelle le canal impérial ; il a environ 600 licues de cours, et ouvre une communicalion de Péking à Canton. Il fut construit à la fin du xt siècle, sous le petit, {ils de Dgengiskhan. Cette longue navigation n’est interrompue que par une journée de marche, pour traverser une montagne entre la frrovince de Kouang-Toung et celle de Kiang-si.

Voisin du cercle tropique, le midi de la Chine éprouve des chaleurs

plus fortes que celles du Bengale; cependant elles sont modérées par

l'influence des moussons ou vents périodiques. La chaleur moyenne de Canton est de 24 degrés centigrades, I paraît que le grand vent alisé, qui va de l’est à l'ouest, n'atteint pas, ou du moins n’atteint que d’une maniere indirecte et inconstante les côtés méridionales de la Chine. Les parties septentrionales et occidentales ont le climat infiniment plus froid que les contrées de l'Europe situées sous les mêmes latitudes, L’élévation du sol, la nature du terrain qui est imprégné de nitre, enfin les neiges qui couvreut, la plupart de l’année, les montagnes centrales de l'Asie, contribuent à produire cette différence de température,

Les extrêmes de froid et de chaleur sont beaucoup plus grands à Péking qu'à Madrid, quoique la latitude soit à peu près la même ; ily gele tous les jours en décembre, janvier et février, et très-souvent encore en mars ct en novembre. Ce froid est suivi promptement d’une

halcur excessive. Il n’y a, à proprement parler, que deux saisons à Péking, l'hiver et l'été. En calculant d'après les observations du P. Amyot, le terme moyen des plus grandes chaleurs est, ,. . 38 75 deg. cent.

Le terme moyen des plus grands froids . . . 142

La violence des vents est souvent très-grande à Fi, au ; intemps et dans l’automne ils se lèvent et se couchent avec le soleil ; ils apportent assez souvent une poussière jaune très-abondante, qui ressemble a un: pluie de soufre; c’est probablement la poussière des etamines des fleurs ae ins et de sapins qui se trouvent dans le voisinage de Péking. { paruit que ;cs vents ‘le nord et de sud-ouest dominent.

Les pluies sont fort rares à Péking en hiver; il ne tombe alors que de

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hneige, en a° 2 petite quantité. Les mois de juin, de juillet et d'août sont-très pluvieux ; et celui de novembre est le plus sec de l'année.

Les ouragans auxquels l’île de Formose est exposée, étendent souvent Leurs ravages sur les côtes voisines de la Chine ; l’histoire chinoise enne srve le souvenir de la tempête qui submergea l'immense flotte destinée à faire la conquête du Japon. Les trombes qui se montrent d’une manière si terrible dans le golfe de Tonquin, infestent aussi les parage: de la Chine.

Le tahleau dez richesses végétales de la Chine offre en première ligne ls trésors d’une excellente agriculture. Le riz en forme l'objet principal; «pendant ii y a dans le nord-ouest des parties trop froides ou trop sches pour que ce végétal y réussisse ; on l'y remplace par le froment, On cultive des patates, des pommes de terre, des navets, des ognons, des fèves, et surtout une espèce de chou blanc, nommé pet-sar.

Toutes les terres labourables, à peu de chose près, sont constamment employées à produire la nourriture de l’homme; on ne connaît point l'usage des jachères; il n’y a que fort peu de pâturages et de champs ensemencés d’avoine, fèves ou navets, pour nourrir le bétail, Les montagnes même les plus escarpées sont rendues praticables et fertiles ; on ls voit coupées en terrasses, représentant de loin des pyramides immenses divisées en plusieurs étages, et ce qu'il y a de plus digne d’admiration, c’est de voir l’eau de la rivière, du canal ou de la fontaine qui coule au pied de la montagne, élevée de terrasse en terrasse jusqu'à son sommet, par le moyen d’un chapelet portatif, que deux hommes seuls transportent et font mouvoir. On creuse aussi des réservoirs sur le sommet des montagnes, et l'eau de pluie qui s’y rassemble descend ensuite par différentes rigoles pour en arroser les flancs. Dans les par-

| ties trop escarpées ou trop stériles, on plante des pins et des mélezes.”

La charrue est fort simple ; comme il n’y a point de jachères, ni par

} conséquent de gazon à couper, le coutre est regardé comme inutile.

Les Chinois sèment proprement le blé dans des rigoles faites par le semoir, methode qu’on a essayée dans quelques parties de l'Angleterre, Le semoir occupe les femmes et les enfants des cultivateurs. Les Chinois se servent quelquefois d’un groscylindre pour séparer le grain de l'éri; is ont toujours vanné le blé avec une machine parfaitement semblable à celle qui a été introduite en Euräge depuis environ un siècle et demi,

Les animaux pour le labourage et les charrois, ainsi que ceux qu'on done] destine à être mangés, restent pour la plupar: dans des étables, et l'en monls ramasse du fourrage pour les nourrir. Des fèves et la paille la plus fine, JM lons 1

mains ( lisent d

qu'on hache très-menue, composent la principale partie de la nourri. ture des chevaux. Dans les provinces septentrionales on laboure ave

des bœufs, attendu qu'il y fait trop froid pour le buffle; mais cette der. LA gen‘ et niere espèce d'animaux est préférée toutes les fois qu'on peut l’élever, RE Les plus Sans décrire iei tous les dégotûtants moyens que les Chinois meltent en D de ler usage pour se procurer de l’engrais, nous dirons seulement qu'aucune labours substance putréfiable n'échappe à leur industrie patiente. maille 4 La manière donties habitations des paysans sont disposées contribue laboure puissamment à l'état florissant de l’agriculture. Elles sont toutes éparses rois da au lieu d'être réunies en villages. On n’y voit ni clôtures, ni portes, n Ceper aucune précaution contre les hètes sauvages etles voleurs. Les femmes ture chi élevent des vers à soie ; elles filent du coton qui, parmi les gens du ment. I peuple, est d’un usage général pour les personnes des deux sexes. Entin, D che, des elles fabriquent leurs étoffes; les femmes sont les seuls tisserands de D des lanc l'empire. vinces p Qui n’a pas entendu parler des honneurs rendus à l’agriculture par D plus de le gouvernement chinois? Chaque année, le 45° jour de la première lune, Les C qui répond ordinairement aux premiers jours de mars, l’empereur fut que peu en personne la cérémonie de louverture des terres. Le souverain se nées. L transporte en grande pompe au champ destiné à la cérémonie. Les en save princes de la famille impériale, les présidents des cinq grands tribu- D point la naux et un nombre infini de mandarins laccompagnent ; deux côtés plusieu du champ sont bordés par les officiers et la maison de l’empereur, le D la plun: troisième est occupé par divers mandarins, le quatrième est réservé à de la CI tous les laboureurs de la province, qui accourent pour voir leur art £Crs, pa honoré et pratiqué par le chef de l'empire. L’empcreur entre seul dans d'une c le champ, se prosterne et appuie neuf fois la tête contre terre pour etle go adorer le Tien, le Dieu du ciel ; il prononce à haute voix une prière ré JE Plusieu giée par le tribunal des rites, prière par laquelle il invoque la bénédic- etmêm tion du grand Être sur son travail et sur celui de tout son peuple.En- D Chine. # suite, en qualité de premier pontife de l'empire, il immole un bœuf, Mais É qu'il offre au ciel comme au maitre de tous les biens, Pendant qu'on pres à (

offre la victime sur l'autel, on amène à l'empereur une charrue attelio DE plus d’

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ASIE : CHINE. 205 c'ne paire de bœufs magnifiquement ornés, Le prince quitte ses vêtements impériaux, saisit le manche de la charrue, et ouvre plusieurs silons dans toute l'étendue du champ; puis il remet la charrue entre les mains des principaux mandarins qui, labourant successivement, rivalisent de dextérité. La cérémonie se termine par une distribution d'argent et de pièces d’étoffes dont on tait cadeau aux laboureurs présents ; ks plus habiles d’entre eux exécutent le reste du labourage en présczce de l'empereur. Quelque temps après qu’on a donné à la terre tous les hbours et las engrais nécessaires, l’empereur vient commencer la sc maille de son champ, toujours avec cérémonie et en présence des hboureurs. La même cérémonie se pratique le même jour par les vicerois dans toutes les provinces de l’empire.

Cependant des voyageurs dignes de foi ont trouvé l’état de l’agriculture chinoise moins florissant que l’on ne se le représente communément. Il y a sur la route de Péking à Canton, de vastes terrains en friche, des montagnes arides, qui se refusent à toute espèce de culture, des landes d’un aussi triste aspect que celles de la Bretagne, Les provinces plus occidentales, au rapport des Chinois. renfermeraient encore plus de terrains stériles.

Les Chinois possèdent beaucoup d'arbres fruitiers; mais ils n’ont que peu amélioré par la culture les espèces que la nature leur à données. Leurs fruits les plus précicux sont en général hien loin d'égaler en saveur ceux d'Europe et d'Amérique. Les Chinois ne pratiquent point la greffe. Ils ne se soucient pas non plus de faire du vin, quoique plusieurs provinces de l'empire abondent en vignes, dont on vend pour la plupart les raisins séchés. On remarquera parmi les arbres fruitiers de la Chine notre citronnier, et le citrus-chinensis, trois espèces d'orangers, parmi lesquelles celle nommée kam-mat a le fruit de la grosseur d'une cerise, le marronnicr de Chine, le bananier, le tamarin, le mûricr etle goyavier qui porte un fruit semblable aux pommes de grenade, ete, Plusieurs fruits de l'Europe, tels que les groscilles, les framboises etmême, selon quelques rapports, les olives, ne sont guère connus à la Chine. d

Mais la nature a prodigué à la Chine d’autr s richesses qui sont propres à ce pays. Le thé, devenu une denrée de première nécessité pour plus d’une nation européenne, rrocuve à la Chine des profils immensee,

On distinguait ordinairement deux espèces d’arbres à thé, le thera vi. ridis. le thé vert, et le theïa bohéa, le thé bou. Mais des botanistes habiles, et entre autres Ventenat et Celse, ont pensé que le théïer n’est qu’une seule espèce, comprenant plusieurs variétés. Staunton pense également que le the vert et le thé bou viennent sur le même arbrisseau, mais que Y'on fait subir au dernier quelques préparations qui lui ôtent ses qualités mordantes, et luidonnent une couleur plus foncée. De Guignes pri. tend que le thé vert et le thé noir différent d’origine ; c’est à dire qu'ils viennent de provinces différentes. Le thé noir n’a point la qualit corrosive du thé vert. On donne au thé un parfum particulier, en le mélant avec les feuilles de l'olivier odorant. L’arbuste à thé ne prospère éminemment que dans l’espace circonscrit par le golfe de Canton au midi, et l'Yang-tse-kiang au nord. Plus au nord et plus au midi la culture en est moins profitable,

Le camphricr vient assez haut pour qu’on le mette au nombre des arbres qui fournissent le plus beau et le meilleur bois de charpente.On n’en emploie que les branches pour fabriquer le camphre. L'écorce du mûrier à papier sert à faire des étoffes et du papier. Avec le fruit d: l'arbre à suif, on compose une cire verdâtre qu’on façonne en bougics, Les vernis de la Chine ont beaucoup de réputation; ils sont faits avec la gomme qu’ontire, par incision, d'un arbre appelé en chinois schi-schu, L'arbre d’aloès est de la hauteur et de la figure d’un olivier ; il renferme sousson écorce trois sortes de bois; le premier, noir, compacteet pesant, s'appelle bois d’aigle ; ilest rare: le second, qu’on nomme calambow, est léger comme le bois pourri; le troisième est vers le cœur, et s’appelle bois calamba ; il est aussi cher dans l'Inde que l'or même. Son odeur est exquise; il passe pour être un excellent cordial dans l’épuisement ou la paralysie. Le bambou croît dans les lieux marécageux; ses tiges, à cause de leur légèreté, sont employées à une multitude d’usages; jeunes, on les coupe et on les fend pour en faire des nattes; vieilles, elles deviennent d’une dureté qui égale celle du bcis de construction le plus fort ; la matière fibreuse sert à faire du papier. La canne à sucre vient dans Ja Chine méridionale, et le sucre compte parmi les objets que les Européens exportent de ce pays. L’indigo est dans le même cas; les récoltes de coton sont également abondantes. Mais quant aux cannclsicrs, girofliers et muscadiers, ces arbres n'existent qu'en petit nombre,

\thé, le thera vs.

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c’est à dire qu'ils point la qualit fum particulier, buste à thé ne , par le golfe de nord et plus au

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ASIE : CHINE. 207 ctseulement dans les provinces Les plus méridionales. La Chine exporte du glanga, de la salscpareille et de la rhubarbe; mais il est probable que la rhubarbe vient de la Mongolie et du Thibet.

Dans les provinces maritimes de la Chine, on ne voit aucune forêt considérable dans les plaines, mais il y en a beaucoup sur les montagnes; il s’en trouve d'immenses dans les parties occidentales. Les pins et les mélèzes sont très-cemmuns. Le saule pleureur et le figuier dinde, le thuya orientalis, l'hibiscus mutabilis, beaucoup d'autres arbres ou arbrisseaux forment de petits bois, ou croissent épars dans les en droits que l’agriculture n’a pas encore atteints ou qu’elle leur à cédés,

Les Chinois élévent, mais en petit nombre, tous les animaux domestiques d'Europe, le cheval, l'âne, le bœuf, le buffle, Le chien, le chat, le cochon; mais les chevaux sont de petite taille et mal batis. Les cha meaux de la Chine ne sont souvent pas plus grands que nos chevaux, lsautres races sont belles, surtout celle des cochons. L'espèce du chien h plus ordinaire, dans le midi, est l'épagneul à orcilles droites; dans le nord, les chiens ont crdinairement les oreilles pendantes et la queue grèle,

Les éléphants, communs dans le midi de la Chine, s'étendent jusquau 30° de latitude nord, dans les provinces de Kiang-nan et d'Yunnan, Le rhinocéros unicorne habite les bords des marais, dans les provices d’Yun-nan et de Kouaug-si. Le lion est étranger à la Chine. Il ist probable que le vrai tigre se montre dans les provinces les plus ncridionales, où l’on trouve aussi diverses espèces de singes, le gitbon ‘ux longs bras, le magot à face hideuse, et le pithèque qui imite les gisles et jusqu’au rire de l'homme. L'animal porte-muse, qui sciuble | | trliculier au plateau central de l'Asie, descend quelquefois dans les | | 1 provinces occidentales de la Chine. On trouve dans les forèts le cerf, A

gui

À le sanglier, 1e renard et d’autres animaux en partie mal connus.

Les volailles domestiques abondent en Chine, surtout les canards ; ‘ù en voit errcr des troupes entières sur Les canaux; le soir, leurs maitres Les font rentrer en les appelant par un sifflet. Plusieurs oiseaux de ce pays sont remarquables par la beauté des formes et l'éclat des cou- [leurs : témoins ces faisans dorés et argentés qui font l'ornement de nos oliéres; témoin encore la sarcelle de Chine, remarquable par ses deux belles crêtes de couleur orange, Les insectes et les papillous de ce pays

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME, se distinguent également par leur beauté particulière. Les vers à enie y sont {rès-communs, et paraissent même originaires. D’après des des.

sins faits en Chine, cette contrée possede presque tous les paissans |

communs de l’Europe; Bloch et Lacépède en ont fait connaître plusieurs espèces qui lui sont particulières. La dorade chinoise, qui, en Chine comme chez nous, sert d'ornement aux bassins, est originaire d'un lc au pied de la haute montagne de Tien-king, près la ville de Tchang-hor, dans la province de Tche-kiang; elle a été transportée de Ià dans les autres provinces de l’empire, et ensuite au Japon. En 1611, elle fx apportée, pour la premiere fois, en Angleterre. .

Les richesses minérales dela Chine sont peu connues, Parmi les picr. res précieuses qu'elle possède, on cite le corindon, le rubis, la topare, On y rencontre aussi le lapis lazuli, le jaspe, l’agate, le jade, le marhre et le porphyre. Le feldspath argiliforme ou kaolin qui entre dans la fn brication de la porcelaine, est très-abondant dans plusieurs parlies de la Chine. On dit que les provinces septentrionales renferment des couches de houille d’une grande étendue. Dans les provinces de Sé-Tehoucr et u’Yun-nan, près des frontières du Thibet, le sable des rivières r'oule des parcelles d’or. On trouve fargent à l’état natif, ou combiné ave le soufre, l’antimoine, le plomb, etc.; mais on ne signale aucune mine importante de ce précieux métal. Les Chinois ne frappent ni monnaie d’or ni monnaie d'argent. Le toutenague est une substance métallique blanche avec laquelle on fabrique des vases et des chandelicrs, Le cuis vreest commun dans l’Yun-nan et d’autres provinces. Les Chinois frappent une petite monnaie de billon qui circule dans toute l'étendue te l'empire. Le packfong, espèce particulière de mincrai de cuivre, sertà la fabrication d’un grand nombre d’ustensiles. La Chine possède encort, dit-on, des minces d’étain et de plomb; mais ces deux mélaux y son moins répandus que le cuivre. L’Yun-nan a deriches minesde mereure, Enfin, le réalgar, ou sulfure rouge d’arsenic, est employé par les Chinois à fabriquer des pagodes et des vases.

Les traits du visage et la charpente osseuse de la tête rapprochent

les Chinois de la grande race mongole, La tête, presque quadrangulaire, A

le nez court, sans étre épaté, le tent jaune, la barbe peu fourme; voilt ce qu'ils tiennent de leur race primitive. Mais la position oblique dt yeux sembie appartenir à la nation chinoise et à ses colonies, telles que

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les Japonais, les Coréens. Un séjour de plusieurs siècles sous un climat plus doux a donné à cette race sortic de l’Asie centrale un cararière particulier, et a embelli leurs traits en les affaiblissant. Il doit certainement y avoir une grande différence entre les Chinois du midi et ceux du nord, entre les habitants des montagnes, des plaines et des côtes. On sait que le teint des Chinois varie beaucoup; inais nous manquons derenseignements pour tracer les nuances successives qui doivent séparer le grossier Kalmouk du rusé habitant de Canton.

Une Chinoise ne se croit belle qu’autant qu’elle a les yeux bridés, les lèvres un peu gonflées, les cheveux lisses et d’un noir d’ébène. et les pieds d’une petitesse extrême : ce dernier trait achève l’idée de la beauté. Pour leur donner cette perfection, on a soin de leur emmaillotter étroitement les picds dans leur jeunesse, aussi, dans un âge plus avancé, elles semblent chanceler plutôt que marcher. Chez les hommes, l’emhbonpoint, signe d’une vie oisive, est un titre à la considération. Les hommes maigres passent pour des gens de peu de talent. Les gens comme il faut laissent croître les ongles des doigts. On teint en noir les cheveux et la barbe.

En considérant les Chinois du côté moral, l'on s’aperçoit bientôt qu'ils possèdent les vertus et les vices ordinaires d’un peuple esclave, manufacturier et marchand. Le despotisme le plus absolu avait pris ou conservé à la Chine les formes extérieures du gouvernement patriarcal. Mais les despotes ayant négligé la discipline militaire, des révolutions fréquentes finirent par livrer le pays à des conquérants étrangers, aux Mandchoux. Dès cette époque, le fouet tartare a été joint à la verge paternelle qui jadis gouvernait la Chine. La seule institution qui tende àlmiter le pouvoir est celle qui permet aux mandarins et aux tribunaux de faire quelquefois de très-humbles remontrances à l’empereur sur les erreurs de son gouvernement; lorsque c’est un prince vertueux, celte liberté a souvent été suivie des effets les plus salutaires. L’empereur s'intitule fils sacré du ciel, unique gouverneur de la terre, grand père de son peuple. On porte des offrandes à son image, à son trône: sa personne est adorée; l’on se prosterne devant lui ; s’il adresse la parole aux seigneurs de sa cour, ils doivent fléchir le genou en rece-

| ant ses ordres : tout ce qui l'entoure partage l’idolâtrie qu’on lui pro- | digue. Ses nombreuses concubines et les eunuques qui les gardent

ut 27

règnent souvent sous son nom. Quand ce demi-dieu sort, tous les Chi. nois ont soin de se renfermer dans les maisons; celui qui se trouve sur son passage ne peut éviter une mort soudaine qu’en tournant le dos ou ense prosternant la face contre terre. On ferme les boutiques devant lesquelles l’empereur doit passer, et ce prince ne marche jamais sans être précédé de deux mille licteurs qui portent des chaînes, des laches, et autres instruments prarres à caractériser le despotisme oriental.

Neuf classes d’officiers, que les Européens nomment mandarins, rem. rissent les divers postes civils et militaires. Le pouvoir du mandarin est tout aussi illimité que celui du prince dont il tient son autorité, Un oflisier de cette espèce, passant dans une ville, fait arrêter qui bon lui

semble pour le faire expirer sous les coups, sans que personne ose È

embrisser sa défense. Cent bourreaux sont les terribles avant-coureurs

qui l’annoncent par une espèce de hurlement ; si quelqu'un oubli: &

de se ranger contre la muraille, il est assommé de coups de chaînes ou de bambous. Cependant le mandarin lui-même n’est pas à l'abri du bâton; l’empereur lui fait donner la bastonnade pour la plus

légère prévarication. Ces mandarins sont loin d’être des philosophes à

occupés à contempler les beautés de la religion naturelle, qui, apris s’être élevés au-dessus des passions humaines, veillent paternellement sur la vertu plus fragile de leurs frères; ce ne sont pas non plus dés patriotes qui gardent avec intégrité, et défendent avec énergie le dépôt sacré de la liberté et de la justice publique; ce sont tout simplement les satellites d’un despote absolu. Mal salariés, ils vivent du produit de leurs vexations.

La prétendue sagesse des lois chinoises peut être caractérisée en deux mots; ce sont de bons règlements de police, accompagnés de beau scrmons de morale. L'empereur ne change pas ces lois, puisqu'elles lui laissent faire tout ce qu’il veut. Les mandarins ne les changent pa non plus, parce qu’elles leur donnent une autorité despotique sur le peuple. I1 y à des tribunaux où, pour la forme, on peut porter plaint contre ses supérieurs, avec la pleine certitude d’être puni pour une telle audace. Point de désunion parmi les aristocrates; car s'ils tiennent leur bâton ievé sur la multitude, ils voient d’un autre côté le fouet im. périal planer sur leurs propres têtes. Le despotisme tartare comprime

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clui des grands et les force à rusier unis. Point de résistance du côté du peuple ; d'abord ii n’a point de courage, mais beaucoup d'adresse : il trouve donc plus sûr, en rampant aux picds de ses maîtres, de sauver une partie de son cher et précicux argent, que de risquer tout pour salranchir. Ensuite, pourquoi £e soulèverait-il ? On le vole; mais on li permet de voler à son tour, en trompant sur les poids et sur les marchandises. On rend mal la justice; mais ce n’est que pour ceux qui ont la sotte prétention de ne pas la payer. Ainsi le riche est content, le rauvre est contenu. Très-souvent les paysans, mourant de faim, se font voleurs de grands chemins : on les pend s’ils ne sont pas trop forts; mais s’il battent l’armée envoyée contre eux, on négocie, on s'arrange, ou bien on les laisse indépendants dans leurs repaires. Enfin, toutes les idées d’un Chinois sont, dès l’enfance, guidées vers un seul but, l’obéissance ; d'innombrables cérémonies lui rappellent à chaque instant h sainteté des rangs dans la société : chaque pas qu'il fait doit être une révérence, chaque phrase qu’il prononce doit être un complimsnt; iln’adresse jamais la parole à son supérieur, sans se rappeler son ,:0pre néant.

Mais le grand secret de la politique chinoise, c’est une institution qui ravit en quelque sorte à l’homme la faculté de former de nouvelles pensées, en lui ravissant la liberté de les exprimer par des signes extériurs correspondants à des mots de sa langue : on sent que je veux rarler des caractères chinois. Ces caractères ont été comparés au langage hiéroglyphique ou figuré des Égyptiens. Rangez les idées fondamenhles ou générales dans un ordre quelconque ; classez sous ces idéesmères toutes les autres idées que vous fournira la langue vulgaire ou qui se présentent à votre jugement; donnez à chaque idée-mère un seul signe représentatif; que ces signes, comme autant de clefs de la hngue, soient la base constante des signes également abtraits et arbitraires qui dénoteront les idées subordonnécs : voilà la langue savante dela Chine toute formée. Ses clefs, au nombre de 214, ct ses autres sgnes dérivés, au nombre de plus de 80,000, n'expriment pas des

mots, mais des idées ; ils no s'adressent qu'à la vue ct à la mémoire :

limagination n’est point réveilléo par cos signes arbitraires, ct la voix Men saurait exprimer la centième partie, La beauté d'un poëme chinois fnsisle à ne pouvoir être rendu par la déclamation, ct les grands sa-

vants de ce pays disputent en traçant en l'air avec leurs éventails des caractères qui ne répondent à aucun mot de la langue parlée. Celle-ci se compose de monosyllabes, et à peine y a-t-il 350 mots différents pour une oreille européenne ; mais les Chinois, au moyen de quelques inflexions de voix, y distinguent un nombre considérablement plus grand : ainsi le mot tchoun, selon les diverses intonations, peut signifier mattre, cochon, cuisine, colonne, libéral, préparer, vieille femne, esclave, prisonnier. Malgré cet artifice, souvent un son absolument iden. tique répond à plusieurs caractères et idées ; pe bref, par exemple, si. gnife nord, blanc, cyprès, cent et bien d’autres choses. Ajoutez quel syntaxe est d’une indigence tout à fait barbare; elle n’a, à proprement parler, ni déclinaisons, ni conjugaisons ; elle les remplace pur des circonlocutions puériles. La langue écritè ou savante rejette ces secours: elle accumule les mots en laissant le lecteur deviner leurs rapports, comme qui dirait : mer aucune borne, pour la mer n'a point de bornes. là brièveté obscure, la sécheresse, la monotonie, la pauvreté de cette langue, qui la rendent méprisable sous les rapports littéraires, prouvent d’un autre côté son antiquité et sa pureté. Il paraît qu'elle pourrait bien être la souche primitive du thibétain e: de l’annamitique.

Cette institution perpétue l’éternelle enfance d'esprit qui dégrade lek

Chinois, et les place presque au-dessous des peuples sauvages. Li langue parlée est d’abord restée imparfaite; les idées du peuple n'ait reçu aucun accroissement, parce que les classes supérieures de la mn: tion n’ont appris à exprimer leurs pensées que dans un autre langage intolligible seulement pour le plus petit nombre. Mais les lumières de la classe privilégiée ne pouvaient pas non plusse répandre par la parole: car souvent aucune parole ne correspondait aux signes représentalih des idées.

Il serait injuste de prodiguer le nom de science à ces notion puériles que les Chinois conservent comme un précieux hérilag de leurs anciens sages et de leurs législateurs. Les iniérèêts du gen” humain sont étrangers aux Chinois. Le grand spectacle de la natur ne les excite pas à ces recherches hardies où sc plaît la scent européenne. Leur fameuse philosophie morale se borne à prèche l’obéissance aux lois, et à indiquer en détail les humbles compliment, et les ridicules civilités qui constituent ce qu'on appelle à la Chi

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ASIE : CHINE, £13 la politesse. Ils n’ont aucune notion des principes qui conslituent le beau dans les écrits, la régularité dans l'architecture, le naturel dans la peinture; et si cependant ils ont trouvé une espèce de beau dans la disposition de leurs jardins et la distribution de leurs terrains, c'est parce qu'ils ont copié exactement une nature bizarre, mais pittoresque. Les rochers sourcilleux, et qui menacent de s’écrouler, les pouts suspendus au-dessus des ablmes, les pins rahougris, clair-semés sur ls flancs des montagnes escarpécs, de vastes lacs, de rapides torrents, des cascades écumantes, quelques pagodes élançant leurs sommités pyramidales au milieu de ce chaos; tels sont les paysages de la Chine en grand, tels sont les jardins chinois en petit, |

Les Chinois font les opérations d'arithmétique avec une vitesse incroyable, mais différemment des Européens, Avant que ceux-ci eussent mis ie pied dans leur pays, ils ignoraient les mathématiques et tous les arts qui en dépendent, Ce qu'il y avait parmi eux de connaissances métaphysiques n'était que dans la tête de leurs philosophes: les arts même que les jésuites y avaient introduits n’y feurirent que peu de temps, et disparurent sous le règne de Canghi, contemporain de Louis XIV; ils connaissaient l'impression plusieurs iècles avant les Européens, mais cela n’est vrai que de l’impressions en planches gravées.

Les talents mécaniques ont seuls été encouragés parmi les Chinois; aussi leur industrie dans les manufactures d’étoffes, de porcelaine, de laque et autres, est étonnante, et ne peut être comparée qu'à leurs travaux dans les champs, tels que la construction des canaux, l’aplanissement des moutagnes et la formation des jardins. Mais dans plusieurs de leurs ouvrages, on retrouve la preuve de cette vérité, qu’une nation esclave ne saurait pas mème porter à la perlection les arts mécaniques.

Nous avons parlé de l'infériorité de leurs écluses. On ne peut pas non plus admirer leur science dans la navigation, quoiqu'ils aient remarqué, avant nous, la polarité de l’aimant, La boussole est parmi ls Chinois d’un usage général, L'aiguille aimantée dont iis se servent | est suspendue avec une extrême délicatesse, et elle est singulièrement sensible. Le nom qu'ils donnent à leur boussole est téngnan-ching, œ qu signifie l'aiguille qui muntre le sud; et dans cette boussole

il y aune marque distinctive sur le pôle méridional de l’aimant, comme dans les boussoles européennes 11 y en a une sur le pôle septentrional.

Leurs vaisseaux sont des machines énormes ; il y en a qui portent jusqu’à mille tonneaux. Les deux extrémités sont prodigieusement élevées, et présentent aux vents une surface considérable. Il en périt plus de moiié, parce qu’étant une fois sur le côté ils ne peuvent plus se relever. Leurs &..cres sont de bois, Ils ne connaissent pas les instruments avec lesquels les Européens prennent hauteur. Leurs pilotes soni aussi ignorants que pourrait l'être le moindre mousse, Ceux qui vont au Japon ou aux Philippines se gouvernent par les astres, comme le sauvage le plus grossier; et ceux qui font voik vers Batavia ou Malacca ne quittent jamais la terre de vue.

L'éléganc de leurs sampanes mérite pourtant des éloges; cette espèce de gondole est employée sur les rivières; elles sont peintes d’un très-beau vernis jaune. Les voiles, faites avec des nattes tresjolies, ont quelque chose de lourd et de roide. Les cordes qui traînent les yachts sont d’écorce de bambou, et paraissent très-bonnes pour le halage; cependant pour toute autre chose elles ne pourraient pos remplacer les cordes de chanvre et de lin, qui sont aussi d'une excellente qualité en Chine.

Ou a trop exalté les monuments des Chinois. Cependant on doit admirer quelques-unes de leurs grandes routes, leurs ponts d’une seule arche, leurs tours pyramidales, et leurs bizarres mais somptueux arcs de triomphe; on doit surtout regarder avec étonnement la Grande-Muraille, Ce fameux rempart de la Chine passe sur de hautes montagnes, traverse des vallées profondes, et s’étend de la province de Chen-si à la mer Jaune, sur une ligne de 450 lieues. Elie n’est enplusieurs endroits qu’un simple rempart; mais en d’autres parties elle a desfondements de granit, et est construite en brique ct mortier.

Staunton regarde, avec Duhalde, l'ancienneté de cette grande muraille comme non douteuse. Duhalde dit qu’elle a été construite 215 ou 137 ans avant J.-C. Bell, voyageur instruit, assure qu'elle n’a été bâtie que dans l’année 4160, Parmi les géographes orientaux, ceux dont l’origine remonte à plus de trois cents uns rie font aucune

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mention de cette muraille. Marc-Paul, dans le x siècle, n’en a pas eu non plus connaissance, quoiqu'il ait résidé si longtemps dans le nord de la Chine et dans le pays des Mongols. Il est probable que cette muraille a été reconstruite, abandonnée et détruite de vétusté plus d’une fois, selon les besoins de la politique; ainsi, celle qui subsiste actuellement n’est pas d’une très-haute antiquité, et son état de conservation n'a rien d'étonnant,

Nous ue fatiguerons pas l'attention du lecteur par un examen minutieux des mœurs domestiques des Chinois. Les maisons sont de briques ou d'argile durcie, et plus communément de bois. En général, elles n’ont qu’un rez-de-chaussée; celles des négociants ont un étage qui leur sert de magasin. L'extéricur des édifices cest orné de colonnes et de galeries; partout les petits pots de fleurs, chéris des Chinois, offrent un agréable mélange de verdure et de couleurs variées. De vastes cours et des jardins isolcnt l’habitation du maître. Les appartements, proprement tenus, sont peu décorés; les glaces même n’y sont pas prodiguécs, quoiqu’elles semblent devoir flatter le goût d’un peuple vain et puéril. Les Chinois s’habillent d’une longue robe avec des manches larges et une ceinture de soie flottante, La chemise et les caleçons varient suivant la saison, En hiver, on ne voit que fourrures, depuis la peau de mouton jusqu’à l’hermine. Les Chinois | se couvrent la tête d’un petit chapeau en forme d’entonnoir ; il varie suivant les dignités, et ilest surmonté d’un large bouton de corail, de cristal ou d’or ; la substance et la couleur du bouton désignent les à rangs. En général, l’habit est simple et uniforme; l'empereur lui-même n'est ordinairement distingué de ses courtisans que par une grosse perle dont son bonnet est orné.

Dans {es fêtes publiques des Chinois, les feux d'artifice tiennent la jremière place. On assure que les Chinois y excellent ; cependant il Les ürent ordinairement en plein jour, comme s’ils avaient peur qu’on les pût voir. Le théâtre, beaucoup loué par lord Macartney, ne paraît pas avoir plu à de Guignes. Les Shakespeare de Pékin n’observent jamais L l'unité de temps et de lieu. Dans une tragédie chinoise, l'acteur est souvent censé parcourir en un clin d’œil des distances très-considérabl:: ; } cl souvent aussi un personnage,

Enfant &u premier acte, est barbon au dernicr.

Dans les opéras chinois, les esprits apparaissent sur la scènc; les oiseaux, les animaux y parlent et s’y proménent. « A notre retour de Pékin, dit de Guignes, les mandarins nous firent la galanterie de faire représenter devant nous la Tour de Sy-Hou, pièce ainsi intitulée du nom de cette même tour, qui existe sur les bords d'un lac, près de la ville de Hang-Thieou-Fou, dans la province de Tchekiang. Des génies mon.

tés sur des serpents, et se promenant auprès du lac, ouvrirent la scène, &

Un bonze du voisinage devint ensuite amoureux d’une des déesses, lui fit la cour; et celle-ci, malgré les représentations de sa sœur, écouta le jeune homme, épousa, devint grosse, et accoucha sur le théütre d’un enfant qui bientôt se trouva en état de marcher. Furieux de cette conduite scandaleuse, les génies chassèrent le bonze, et finrent par foudroyer la tour et la mettre dans l’état délabré où elle estmaintenant» A ces scènes bizarres, si l’on ajoute qu’un acteur est à côté d’un autre acteur sans le voir ; que, pour indiquer qu’on entre dans un apparlement, il suffit de faire le simulacre d'ouvrir une porte et de lever le picd pour en franchir le seuil, quoique cependant il n’y en ait pasle moindre vestige ; enfin, qu’un homme qui tient une houssine à la main est censé être à cheval, on aura une idée de l’art dramatique chez les Chinois.

Ceux qui ont fréquenté les ports de la Chine y ont été frappés de l'absence de toute probité chez les habitants. Peut-être ces vices sont-ils moindres là où la tentation est plus rare. Il en est d'autres qui paraissent régner partout : telles sont l’indolence dans les classes supérieurs, ctla malpropreté dans les classes inféricures. Les riches ne prennent pas la peine de manger ; un esclave leur porie la nourriture à la bouche Les pauvres dévorent tout ce qu'ils trouvent sous leurs mains, même toute espèce d'animaux morts de maladie. Cet usage, au milieu d'une si nombreuse population, peut trouver une excuse dans la nécessité On attribue à la même cause l’exposition des enfants, usage très-ancicn, moins commun cependant que ne l'ont cru des voyageurs prévenus, Les corps des enfants morts, que la police fait ramasser dans les rues de Pékin, y sont déposés par des familles pauvres qui veulent éviter les frais de la sépulture.

Les Chinois sont des barbares asservis ct dressés ; ils quittent rarement l'air humble et insinuant d'un esciave qui veut plaire ; ils luis-

sent rare Ces quali fants ou malin, OI née. Les pendant diners foi ambassac flexions a de la ma et bel est per, ils fu quart d’h La poly entretien des parer Son mari est tenu temps à | sagem placés su vaux de ] leur du d ter le ch:

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ent rarement apercevoir la plus légère teinte de rudesse et de passion. Ces qualités sont dues en partie à l’abstinence absolue de mets échauffants ou de liqueurs enivrantes. L'usage du thé est général. Dès le malin, on en prépare un grand vase où la famille puise toute la journée. Les mets chinois ont paru détestables à tous les Européens ; cependant ce n’est pas faute d’art et de recherches. L’étiquette rend les diners fort ennuyeux. Dans ceux qui furent donnés par l’empereur aux ambassadeurs hollandais, on fit beaucoup de salutations et de génuflexions avant de porter les mains sur les plats qui étaient censés venir de la main du monarque. Un jour on apporta à ces voyageurs un grand et bel esturgeon : ils avaient un appétit très-fort ; mais avant de le couper, ils furent obligés de complimenter cet auguste poisson pendant un quart d'heure.

La polygamie est permise aux grands et aux mandarins. L'empereur entretient un nombreux sérail. Les mariages dépendent de la volonté des parents ; pour obtenir une femme on fait des présents à sa famille. Son mari ne peut la voir qu'après la cérémonie des épousailles. Le sexe est tenu dans une sorte d’esclavage. Le paysan chinois attelle en même temps à la charrue sa femme et son âne.

Sagement relégués hors de l'enceinte des villes, les sépulcres sont placés sur des collines stériles, où il n’y a point à craindre que les travaux de l’agriculture troublent la cendre des morts. Le blanc est la couleur du deuil ; la souillure qu’elle reçoit plus aisément est censée attester le chagrin et l'oubli des soins ordinaires. Les familles rendent une sorte de culte aux tombeaux de leurs parents morts; elles se réunissent, près le monument sépulcral, à des festins consacrés à la mémoire des défunts. Il paraît même que les esprits des ancêtres sontrévérés comme des dieux domestiques, illusion touchante, et qui prouve que le cœur n'a nulle part perdu ses droits, pas même parmi les Chinois.

La religion primitive de la Chine parait avoir été une branche du sabéisme, dont le principe est l’adoration des astres et des objets remarquables dans la nature. Cette ancicnne religion a été étouffée par diverses sectes. Parmi ces sectes, celle de Confucius a souvent été comrarée au stoïcisme des Grecs et des Romains; comme celui-ci, elle a obtenu la préférence chez les hommes d’État, qui, peut-être, ont cru L Douvoir en faire une espée: de relision politique. Mais leslivres de Con: ill, 25

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fucius ou Kong-fu-tsé sont remplies d'idées superstitieuses. La secte de Lao-kiun où de Tao-tsé a quelque analogie avec la doctrine d’Epicure ; les fondateurs de ce parti aimaient la vie tranquille et contemplative, mais ils admettent l’astrologie et la magie ; ils ont des monastères et une sorte de culte.

La multitude, peu contente de ces rêveries abstraites, reçut avec empressement les apôtres du bouddhisme, venus de l’Inde vers lan 65 de J.-C. Leur doctrine, modifiée sous le nom de religion de Fo, est devenue celle de la majorité des Chinois; elle est remplie de supersutions analogues au caractère craintif et pusillanime des Orientaux. Les prêtres de Fo s'appellent Bonzes; le nombre en est prodigieux, et l’on assure

que l’on en compte plus d’un million dans l'empire. Tous ne vivent que |

d'’aumônes. Ces mendiants sacrés cachent sous leur modeste habit beaucoup d'orgueil et beaucoup d’avidité. Peut-être les nestoriens répandus en Chine, au vuresiècle, y ont-ils introduit quelques cérémonies défigurées du culte chrétien. Des cloches, des lampes, des salutations, et plusieurs autres traits du rituel chinois, semblent donner du poids à cette opinion; mais une originalité remarquable daus le culte chinois, c’est que les bonzes ne croient point offenser leurs idoies en faisant dresser, de chaque côté de leurs autels, des tables pour déjeuner.

La religion des empereurs de la dynastie mandchoue est celle du Dalaï-Lama : aussi les empereurs protégent puissamment ce pontife.

Le commerce intérieur de la‘ Chine doit s'élever à des sommes énormes, mais nous n’en connaissons pas la nature. Quant au commerce étranger, il est à la vérité considérable, mais il n’est cependant pas en proportion avec l’étendue, la richesse et la population de l'empire. Les navires chinois ne prennent qu’une faible part au commerce extérieur. I1 se fait au moyen de grosses et lourdes jonques, dont la construction ne peut être améliorée, car la moindre déviation aux formes consacrées exposerait les propriétaires à voir leurs navires traités comme navires étrangers. Les vice-rois des provinces fixent le nombre de jonques qui sont autorisées à faire voile pour chaque pays, et déterminent même la nature de leurs cargaisons. Suivant Crawfurd, le nonbre des jonques qui vont au Japon est de 10 par année ; elles y fuit deux voyages ; 43 vont aux Philippines ; 2 aux îles Soulou; 43 à Borrto; 2 à Célèbes ; 7 à Java ; 10 à Sumatra ; 9 à Singapour ; 6 à Malaccu ; 6)

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Parmi les nations occidentales qui commercent avec la Che, la Grande-Bretagne occupe le premier rang. Le thé est le principal objet d'exportation ; après lui, viennent la soie, le sucre, les nankins, la porlaine, le camphre. Les articles importés sont des tissus de laine et de coton, des cristaux, du fer et du plomb. Les importations de l’Inde w Chine consistent en opium, étain, poivre et noix de bétel. La valeur de l’opium importé en Chine ne s’élève pas à moins de 100,000,000 de francs, c’est à dire qu’elle dépasse la valeur de toutes les autres imporations indo-britanniques. L'Europe n’a eu qu'un cri de réprobation contre l'Angleterre, qui a déclaré la guerre à la Chine parce que l’empereur avait voulu interdire la vente d’une drogue pernicieuse qui fait périr chaque année des milliers de Chinois. Mais l’avidité mercantile la emporté sur toute idée de justice et d'humanité.

Après la Grande-Bretagne, ce sont les États-Unis d'Amérique qui font le plus d’affaires avec la Chine. Les Hollandais viennent ensuite. Le commerce portugais, espagnol, français, danois ct suédois est peu im portant et fort varixble. Celui de la France est inférieur à celui du Daiemark lui-même,

Le commerce européen, à Canton, qui est le principal port ouvert aux étrangers. est confié à une compagnie d’une douzaine de négociants-fonctionnaires appelés hongs ou hanistes, Chaque bâtiment étranger est tenu, à son arrivée, de prendre un de ces marchands comme caution pour !e payement des droits d'exportation et d'importation, et aussi pour la œnduite de équipage. Jamais du reste un marchand hong n’a montré k moindre hésitation à assurer un vaisseau. Le capitaine d’un navire marchan: peut s'adresser à n'importe quel haniste. En lui achetant pour 3 à 4,000 fr. de marchandises, il est ordinairement quitte de tout ture payement pour ce service. Les particuliers ont cependant toute liberté de trafiquer avecles marchands hongs, qu’ils aient ou non assuré leur vaisseau. Il en est de même avec toute autre marchand qui n’appartient pas à la classe des hongs. Ainsi, malgré la limitation dunombre

de ces derniers, il y a à Canton une grande quantité de marchands avec lusquels on peut trafiquer comme aû Hâvre, à Liverpool ct à New-York.

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On a généralement beaucoup exagéré le chiffre de la population de la Chine; néanmoins il est incontestable qu'aucun pays ne renferme un aussi grand nombre d'habitants. On n’admet plus aujourd’hui que l'empire soit peuplé de 333,000,000 d’âmes, comme son Excellence le mandarin Tchou-ta-tzin l’assura officiellement à son Excellence lord Macartney. D’autre part, les anciens dénombrements, qui ne portent la population chinoise qu’à 50 ou 60,000,000, ne sauraient être admis; car ils sont évidemment défectueux. Une des meilleures autorités que l'on puisse consulter à ce sujet est celle du Yetungshi, espèce d’encyciopédie, qui porte le nombre des familles payant l'impôt à 28,514,985; ce qui, en comptant 5 personnes par famille, donnerait le chiffre de 142,000,000. En y ajoutant ies classes privilégiées et les individus qui vivent exclusivement sur les fleuves et les canaux, on trouve que h population s'élève à plus de 150,000,000. Ce résultat s’accorde assez bien avec un dénombrement communiqué au savant sinologue le doc

teur Morrison. Ce dénombrement, qu’on prétend avoir été fait par l’ordre |

de l’empereur actuei, porte la population de la Chine de 445,000,000 à 446,000,000 de bouches. D’autres documents allégués par le P. Allerstein, en 1743, et par Grosier, en 1760 et 1761, s’accordent à élever le chiffre de la population à 196 ou 198,000,000. Tout cela parait assez vague, surtout quand on compare, dans ces divers documents, le chiffre attribué à chaque province ; les différences qu'on remarque pour les mêmes provinces montrent assez qu’on ne peut faire grand fonds sur les résultats généraux obtenus. En résumé, nous sommes portés à admettre que la population de la Chine ne saurait être inférieure à 200,000,000 et qu'elle dépasse ce chiffre. En effet, la Chine proprement dite est huit fois aussi grande que la France. Elle est aussi fertile, etcu!tivée avec lus de soin. Or, à densité égale de population, la Chine devrait renfermer 270 à 280,000,000 d'habitants. Il n’y a donc aucune exagération à admettre le chiffre de 250,000,000. Quoique cette méthode d'évaluation soit loin d’être rigoureuse, il nous semble qu’on y pau compter tout autant que sur les recensements officiels.

Les revenus de l'empire proviennent principalement de limpô: ter. ritorial, ou plutôt de la rente foncière, puisque, selon les idées asiatiques, le souverain est regardé comme le propriétaire du sol, Celie contribution est fixée au dixieme du produit brut, et se paye en nature.

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produits à Péking, et que lescrvice de ces barques exigeait 200,000 ma= rins. L'impôt sur le sel est aussi très-fort, et son produit est évalué au

quart de la contribution territoriale. Enfin, les droits d'importation,

d'exportation, de transit, et d’autres moindres ressources, produisent autant que la taxe sur le sel. Les objets manufacturés sont soumis à l'impôt aussi bien que les produits du sol, La seule évaluation que l’on ait faite jusqu'ici des revenus de l'empire est tirée d’une encyclopédie chinoise, où on la porte à 300,000,000 de francs: mais cctte somme en Chine représente à peu près 1,200,000,000 en France. Si ce chiffre comprend en effet tous les revenus publics de la Chine, il est évident que le pays n’est que bien légèrement taxé comparativement à sa poyuhtion; mais nous ignorons encore si celte évaluation embrasse les contributions levées en nature. Dans le cas où ces dernières, qui sont les plus lourdes, n’y seraient pas comprises, la question changerait complétement de face.

Les forces militaires de la Chine ne sont imposantes qu’au point de vue numérique : on 2 prétendu qu’elles s’élevaient à des millions. Cependant Grosier et Van Braam semblent s’accorder à fixer le chiffre de l’armée à 800,000 hommes seuiement. Il faut dire encore que la plus grande partie de cette armée se compose de simples miliciens, c’est-à-dire d'individus qui ne font le service militaire qu’alors qu’ils en sont requis. Les habitudes et le costume des soldats chinois n’ont rien de guerrier. Leurs casques de papier, leurs robes ouatées, leurs tuniques piquées, leur bottines de satin mal faites ne leur donnent pas une apparence bien formidable. C:pendant la dernière guerre des Anglais avec les Chinois a démontré que les soldats chinois et particulièrement les soldats mantchoux ne sont pas aussi dépourvus de courage qu’on le supposait généralement.

Par des motifs divers, on :’est plu, dans le siècle dernier, à attribuer àla nation chinoise une grande antiquité. Ainsi on l’a représentée comme formant ua empire très-civilisé et très-florissant 4,500 ans avant

J.-C. Une mauvaise compilation historique, traduite du chinois, nous apprenû que Fohi fonda l'empire de la Chine environ 3,000 ans avant J.-C., et que trois siècles plus tard, Hoang-Ti régna sur des États floris-

co1

299 CHAPITRE DIX-NEUVIÈME, sants qui avaient 400 lieues de long sur 600 de large. Mais la Chine elle.

même a vu naître des historiens assez sincères pour rejeter toutes les #

fables qu’on raconte sur Fohi et Hoang-Ti ; ils n’osent pas même garan-

tir les traditions qui regardent le règne d’Jao, être probablement alic- !

gorique, et qu’on place à 23 siècles avant J.-C. Mais en quoi consistérent

les travaux d’Iao ? Il dessécha des marais, il chassa les bêtes sauvages, | il cultiva une terre déserte ; et ses domaines avaient si peu d’étendue qu’il les parcourait quatre fois dans l’année. Dix siècles plus tard vers |

4400 avant J.-C., nous voyons les princes de la Chine se transporter

d’une province à l’autre avec tout leur peuple, nomade comme eux, c! | conime eux logé, tantôt dans le creux des rocners, et tantôt dans dos |

cabanes de terre. A l’époque où florissait Confucius (an 551 avantJ.(.)

toute la Chine, au midi du fleuve Bleu, restait encore déserte. Rien, |

dans les annales chinoises n’annonce à cette époque une grande nation; aucun monument authentique n’atteste la puissance de ceux qui l'élevèrent. Il faut donc ce résigner, avec les savants chinois, à ne faire remonter l’histoire de la Chine que huit ou neufsiècles tout au plus avant notre ère. C’est véritablement Confucius qui a imprimé à la civilisation chinoise le sceau particulier qui la distingue de toutes les autres civilisations. Néanmoins, pendant plusieurs siècles après lui, le pays fut agité de troubles perpétuels : puis vint un despotisme complet, mais tempéré par les institutions, les mœurs et les usages. Sous l'influence énervante de ce gouvernement, la nation perdit presque toute son énergie militaire, et devint une proie facile pour les peuplades guerrières qui l’entouraient au nord et à l’ouest. Heureusement pour elle, la Chine a «ivilisé ses envahisseurs ; aussi ses lois et ses coutumes ont-elles survécu à toutes les conquêtes. Dans le x siècle, Gengis-Khan, après y avoir commis d’épouvantables ravages, conçut l’idée de transformer cet immense territoire en pâturages ; mais ce projet fut abandonné, et les successeurs de ce féroce conquérant s’étudièrent à maintenir les instiiutions nationales du peuple conquis et mème à en réformer les abus. Cepr'idant les Mongols furent expulsés de la Chine en 1357, et une nou ve.ie dynastie chinoise, celle des Ming, monta sur le trône. Mais au comnencement du xvir siècle, les Tartares Mandchoux aui occupaient les pays situés au nord dela grande muraille, envalurent la Chine, la subjuguèrent et y établirent la dynastie mandchoue qui y règne encore

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ajourd’hui. Dès le principe, les empereurs mandchonx, afin de se condlier leurs nombreux sujets, gouvernèrent le pays avec modération, conformément aux anciennes lois et institutions. Cette dynastie a extraordinarement reculé les limites de l'empire cuinois. D'abord les empereurs mandchoux ont conservé leurs anciennes possessions au nord ; puis ils ont étendu leur domination sur les vastes pays qui s’étendent à l’ouest, jusqu'aux monts Thian-chan et Belour ; enfin, vers la fn du dernier siècle, ils ont ajouté à leur empire le territoire jadis sacré et indépendant du Thibet.

Chine proprement dite. — Description des provinces et des villes,

Malgré la vaste étendue de laChine proprement dite, malgré le norn. bre ct l'importance des villes qu’elle renferme, les détails toposraphiques ne nous arrêteront pas longtemps. En effet, l’aspect du pays et des villes présente en général un caractère uniforme, et de plus nous ne | pouvons attacher qu’un intérêt secondaire à des descriptions de lieux qu'aucun intérèt politique ou commercial ne met en rapport avec les nations européennes.

Nous commencerons notre brève description par la province de Tchyli, qui occupe la partie nord-est de la Chine proprement dite, et s’élend même au delà de la grande muraille. Cette province est loin d’être une des plus belles de l'empire. Le climat y est très-froid, la glace y séjourne pendant quatre mois de l’année ; aussi, au lieu de riz, ne produit-elle que les grains propres aux climats tempérés. Le pays manque de bois; on tire des hautes montagnes qui sont aux environs de Péking tout le charbon de terre nécessaire à la consommation. La côte maritime sur le golfe de Tchy-li est marécageuse.

La principale ville de la province est Péking, qui est la capitale de tout l'empire et la résidence des empereurs. Elle est située dans une plaine fertile à 16 lieues de la Grande-Muraille. Elle se compose de deux parties distinctes, la ville chinoise et la ville 1artare ou plutôt mandchoue, La première est la plus élégante et la plus peuplée, mais la seconde renferme le palais et les jardins impériaux. Les deux villes prises ensemble ont à peu près 6 lieues de circuit. Comme la plupart des villes de l'empire, Péking est entourée de murailles; mais iciles murs on! 50 coudées de hauteur, en sorte qu’ils cachent la ville ; les portes ne sont embellies ni de statues ni de sculptures; mais leur hauteur prodi-

villes.

malgré le nornils toposraphi- : du pays et des e plus nous ne } ptions de lieux rapport avec les

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ASIE : CHINE, 225 gieuse leur donne, à une certaine distance, l'appareil de la grandeur et de la noblesse, Les arcades des portes sont construites en marbre, et le reste en larges briques, cimentées d'excellent mortier. Les rues de péking sont régulières ; la rue principale qui traverse la ville entière a près de 420 pieds de largeur; elle n'est pas pavée, mais elle est entretenue et arrosée avec soin, Tout Le long de celte rue on voit de chaque côté des boutiques décorées avec élégance, Quoique les maisons n'aient généralement qu’un seul étage, comme les façades sont peintes, vernies, ornées de drapeaux et de lanternes de toutes formes et de toutes couleurs, l'aspect de cette immense avenue offre un spectacle des plus curieux. En outre, elle est toujours remplie d’une foule nombre:.s6, ainsi du reste que la plupart des rues dans toutes les villes, les Chinois passant une grande partie de Ia journée au dchors de chez eux et en plein air. La magnificence du paluis impérial consiste moins dans la noblesse et l'élégance de son architecture que dans la multitude de ses bitiments, de ses cours et de ses jardins, Les murs du palais reuferment une petite ville ;,u’habitent les officiers de la cour et une grande quantité d'artisans, tous au service de l’empereur. Le P, Artier, jésuite français, qui obtint la permission de visiter le palais, dit qu'ila plus d'une lieue de circonférer ce: que la façade brille de peintures, de dorures et de vernis, et que leg meubles et les ornements de l'intérieur olrent ce que la Chine, l'inde et l'Europe ont de plus recherché et de plus beau. Les jardins de ce palais renferment un vaste terrain, où sclevent, à des distances convenables, des montagnes de 20 à 60 pieds, séparées les unes des aures par de petites vallées arrosées de canaux : toutes ces caux, en se réunissant, forment des lacs et de grands étangs que sillonneunt des barques maguniliques, et dont les bords sont ornts d'une suite de bâtiments, parmi lesquels on en chercherait vainement deux de semblables, I y a dans chaque vallée une maison de plaisance assez vaste pour loger un des plus grands seigneurs de l'Europe avec toute sa suite. Le cèdre qui sert à construire ces maisons ne se trouve qu à 500 lieues de Péking, Au milieu d'un lac, qui a plus d’une demi- | licuce de diamètre, s'élève une île de rocher, couronnée d’un superbe Plus qui a plus de cent appartements, Les montagnes et les collines

sout chargées d’arlres, de belles flouts aromatiques ; les canaux sont bordés de rochers arraugés avec laut d'art, qu'ils imitent parfaitement Ille 2)

296 CUAPITRE VINGTIÈME,

ce que la nature a de sauvage et de désert; le tout a l'air d’un enchan. tement. Sur le sommet des plus hautes montagnes, de grands arbres en. vironnent des pavillons et des kiosis consacrés à la retraite et au plaisir,

Les temples de Péking n’égalent point ses palais. La religion de l'empereur est nouvelle en Chine, et ses cérémonies y sont pratiquées avec bien moins de pompe qu'en Tartarie, Les mandarins, les lettrés, parmi lesquels sont choisis les magistrats qui gouvernent l'empire, réveren Confucius, et se rassemblent, pour honorer sa mémoire, dans des cdi lices tres-propres, mais d’une construction simple,

La population de Péking a été, comme celle de la Chine elle-même, un objet de controverse. L'ambassade anglaise de lord Macartney l'a évaluée à 3,000,000 d'habitants ; mais ce chiffre a généralement paru exagéré, Les membres de l'ambassade russe estimant que la surface de la ville était seulement le double de celle de Moscou, et qu'elle renfermait presque autant de terrains non bâtis que cette dernière ville, n'estiment la population de Péking qu'à 6 ou 700,000 âmes. Mais à Moscou, les maisons sont beaucoup plus clairsemées qu'à Péking, et on sait en cutre queles maisons chinoises renferment ordinairement un plus grand nombre d'habitants que les maisons de l’ancienne capitale de la Russie, Lecomte, qui a éti.dié cette question avec beaucoup de soin, croit quela population de Péking s’élève à 2,000,000. Mais le chiffre qui paraît le plus vraisembl.sie est celui donné par Klaproth. Ce dernier l’évalue à 4,300,000 âmes, y compris la population des faubourgs situés hors de l'enceinte de la capitale.

Pao=ting-fou est la demeure du vice-roi de la province. Au midi de cctte ville on découvre un petit lac, célèbre par la quantité de nénuphars qu'on y trouve. Cette ville est un licu de passage pour se rendre de Péking dans la province de Chan-si ; c’est une des plus belles et des plus agréables routes qu’on puisse tenir. Tout le pays est plat et cultivé, le chemin uni et bordé d'arbres en plusieurs endroits. C’est un passage continuel d'hommes, de charrettes et de bêtes de charge. Toung-tchecu ei Tin=tsin, peuvent être regardées comme les ports de Péking. Toutes deux sont situées sur le Pay-ho, celle-ci plus près de l'embouchure du fleuve. Tin-tsin est la plus importante des deux par son commerce. Au dire des mandarins, elle possède une population de 700,000 âmes, eslimulion qui nc parait pas exagérée quand on observe que sa superlicic

est égale :

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est égale à celle de Londres, Cette ville renferme d'immenses magasins de sel, L'ambassade anglaise y vit des amas énormes de cette denrée qu'elle évalue à environ 600,000,000 de livres pesant.

Au sud du golfe de Tchy-li s’avance la péninsule qui forme en partie l province de Chan-Toung. Le grand canal impérial la traverse ; et c’est par ce canal que passent toutes les barques qui, des parties du midi, vont à Péking. Une infinité de lacs, de ruisseaux et de rivières animent celte province stérile par elle-même, et exposée aux sécheresses par la rareté dos pluies. Une partie de la province forme une vaste plaine des deux côtés de la rivière. On y cultive le froment, le millet, le tabac, ed, surtout le coton herbacé, Des vers assez semblables aux chenilles pro duisent, dans les campagnes, une soie blanche, dont les fils s’allachent aux arbrisseaux et aux buissons : on en fait des étolles de soie grossières, mais serrées et fortes.

Tsi-nan-fou, capitale de cette province, est renommée par ses soies l'une blancheur éclatante. Yan-tcheou-fou, ville grande et peuplée, renkrme dans son district la ville de Kio-seou-hieu, célèbre pour avoir donné naissance à Confucius.

Les deux grands fleuves de Hoang-ho et de Yang-tsé-kiang ont leur embouchure dans la province de Kiang-sou, l’une des plus fertiles, des plus marchandes et par conséquent des plus riches de l'empire. Elle est bordée par le golfe de Nankin, qui est un enfoncement de la mer Jaune. Les habitants sont regardés comme les plus civilisés des Chinois ; kurs tissus de soic et de coton, leur papier, leurs ouvrages en vernis sont les plus estimés. Les anciens empereurs y ont constamment tenu leur cour, jusqu’à ce que des raisons d’État les obligèrent de s’appro= cher de la Tartarie, et de choisir Péking pour le lieu de leur séjour. Le hé vert est k principale production; les montagnes donnent du fer magnétique, du cuivre et un peu d'argent.

Nankin, autrefois la capitale de tout l'empire, est située sur le Kiang, et non loin de l'embouchure de ce fleuve. Sans compter ses faubourgs, on lui donne douze lieues de tour ; mais les missionnaires les plus véridiques avouent que la partie actuellement couverte de maisons n’égale que le tiers de Paris. L'ancienne enceinte de murs se trouve à présent au milieu des champs labourés; et peut-être ce vaste espace n’a-t-il lmais élé rempli que de jardins. Le palais, qui était très-beau, a été

Fr

brûlé, en 1645, par les Mandchoux. Nankin ne conserve d’autres édifices que ses portes, qui sont d'une beauté extraordinaire, et quelques temples. Parmi ces derniers, nous devons citer ici celui qui est si célèbre en Europe sous le nom de Tour de porcelaine. Cette tour est un édifice isolé, octogone, ayant 40 pieds de diamètre à sa base et près de 200 pieds de hauteur. Elle a 9 étages, et chacun d’eux est séparé par un toit élégant qui semble sortir du mur. À tous les angles sont suspendues des

clochettes de cuivre. Au sommet s'élève un mât haut de 30 pieds, autour | duquel monte une spirale de fer. Enfin, le mât est couronné par une !

pomme de pin en or massif, suivant les Chinois, en cuivre doré, suivant les Européens. Au rez-de-chaussée, et sous un dôme de cuivre, on voit

une grande idole dorée. Chacun des autres étages renferme également !

une statue dorée ; des images plus petites sont sculptées sur les murs et dorées aussi. La tour estrevêtue extérieurement en faïence vernissée, bleue, verte et jaune, que certains voyageurs oni pris pour de la porcelaine et qui lui ont valu son nom vulgaire. Les tuiles des toits sont également peintes et vernissées. Nankin passe pour la ville savante de la Chine. Les bibliothèques y sont en plus grand nombre que partout ailleurs. Les médecins y ont leur principale académie. Ses satins unis et à fleurs sont les meilleurs de la Chine. Enfin, sa population est estimée à 500,000 âmes environ.

Au sud-est de Nankin nous trouvons Sou-tcheou, ville coupée de canaux, école des plus habiles comédiens et des meilleurs danseurs de corde et joueurs de gobelets ; patrie des femmes à la plus jolie taille ct aux plus petits pieds; législatrice du goût chinois, de la mode ei du langage ; rendez-vous des plus riches oisifs et voluptueux de la Chine, On pense que sa population n’est pas inférieure à celle de Naukin. Tchin-kiang-fou est une clef de l'empire du côté de la mer; il y a une forte garnison. Ses murailles, hautes de plus de 30 pieds en plusieurs endroits, sont en briques épaisses. Les rues sont pavées de marbre.

A 600 pas de la rive du Yang-tse-kiang, on admire une île appelée Chin-chan ou la Montagne d’or. Cetteîle, dont les bords sont très-escarpés, est couverte de jardins et de maisons de plaisance. L'art et la nature semblent s’être réunis pour lui donner une perspective enchanteresse. Elle appartient à l'empereur. C’est dans la campagne des environs

que croit principalement l’arbuste qui fournit cette espèce particulicre

de coton Le duvet jiune-ro

Yang-t ville que bableme tion du £ sou, et Les villes première industrie Chine. Sc car ils tr

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Yang-tcheou-fou à 9 licues de circuit, et on y compte, tant dans la ille que dans les faubourgs, 200,000 âmes. Cette population n’est probablement que temporaire ; c’est ici que se font le débit et la distribution du sel. La province d’An-hoer est située à l'ouest de celle de Kiangsou, et formait jadis avec celle-ci une scule province appelée Kiang-nan. Les villes principales de l’Au-hocï sont Nyan-King-fou et Hneï-tcheou. La premiere est la résidence du vice-roi; la seconde est importante par son industrie. C'est dans cette ville que se fait la meilleure encre de ia Chine. Ses habitants passent pour être très-habiles dans le commerce ; car ils trompent les Chinois qui trompent tout le monde.

Au sud du Kiang-sou et au sud-est de l’An-hocï, on trouve la province maritime de Tché-kiang, riche par la culture des vers à soie et les fabriques de soicries. On nepeut rien comparer à la beauté des campagnes des bords du Tchiang ; leur aspect change à chaque pas. Là, des rochers escarpés et totalement dépouillés de verdure bordent les deux côtés de la rivière; ici, cette rivière fait un coude, et l’on découvre tout à coup les champs les plus riants. Han-tcheou, sa capitale, est l’une des plus importantes villes de la Chine. Située presque au centre des côtes maritimes, ayant d’un côté l'embouchure du canal impérial, et de l’autre la rivière de Tchiang, elle est l’entrepôt du commerce des provinces du nord avec celles du midi. C’est la ville que Marc-Paul a décrite sous le nom de F'inzaï où Quinsaï, comme la capitale dela Chine méridionale, et comme la ville la plus riche et la plus délicieuse qu’il eût jamais vue. A cette heure même, elle rivalise de grandeur avec Péking, et on lui attribue 6 à 700,000 habitants. Ning-po-fou, que les Européens ont appelée Liam-po, est une ville du premier ordre, et qui a un très-bon port, où les marchands chinois de Siam et de Batavia viennent tous les ans chercher des soies. Il s’y fait aussi un très-grand commerce avec le Japon; car Nangasaki n’en est éloignée que de deux journées. Les Chinois y portent des soies, des étoffes, du sucre, des drogues et du vin; ils en rapportent du cuivre, de l’or et de l'argent. Chao-king-fou est toute percée de canaux remplis d’eau très-claire. De grandes rues, fort propres, sont pavées de grandes pierres de taille blanches. Les arcs de triomphe et les maisons,

contre l'usage général, sont en partie hâtis de cette pierre. Les hahi. tants sont les hommes les plus redoutables de la Chine en fait de chi- 1

cane ; il n’y a point de vice-roi ni de grand mandarin qui ne veuil] , Ya} (

avoir quelqu'un de cette ville pour lui servir de siang-cong ou de se. taire. Le long de la côte du Tché-Kiang s'étend l'archipel presque inc 4 nombrable des îles Tehuson. On en compte 300 sur une étendue de 24 1 lieues seulement. Elles sont petites, mais verdoyantes et bien cultivées. 4 L'une d'elles, appelée Poutou, est un véritable paradis terrestre. Elle est 1

habitée par €. iron 3,000 moines qui y ont 400 temiles, auxquel:; sont

attachés des maisons et des jardins ravissants. Cet établissement reli- ! gieux est richement doté et célèbre dans tout l’empire. Il y a p usicurs

beaux ports dans ces îles, et les canaux qui les séparent sont parcourus par une multitude de bâtiments marchands. Le centre du commeree de l'archipel est Ning-po sur la côte opposée. La grande île de Tchuson a à peu près 16 lieues de longueur sur 8 de largeur. Ting-ha* , sa caritale, est entrecoupée de canaux et rappelle Venise, mais sur une plus petite échelle. Elle est remarquable par l’activité de son industrie et de son commerce.

Du Tché-kiang nous nous porterons au sud, dans le Fou-kien, une

des moins grandes, mais des plus riches provinces de la Chine. Sa si- |

tuation est favorable pour la pêche, la navigation et le commerce; l'air yest très-chaud, mais pur et sain. Les campagnes sont arrosées par une infinité de rivières et de sources que les laboureurs ménagent avec beaucoup de dextérité pour abreuver le viz. Le thé noir est la principale production. On y trouve aussi du muse, des pierres précieuses, des mines de fer et d’étain, du vif-argent; il s’y fait des étoffes de soie, des toiles de chanvre et de coton, de l’acier en barres et travaillé; et parmi les fruits délicieux et abondants qu’elle produit, on distingue les oranges, qui ont le goût du raisin muscat. Foutcheou-fou, la capitale de la province, est surtout célèbre par sa situation, par le grand commerce qui s’y fait, par ja multitude de ses lettrés, par la beauté de ses rivières, qui portent les plus grandes barques de la Chine jusqu’au pied de ses murailles ; enfin par ce pont admirable de plus de 100 arches, tout construit de belles pierres blanches, qui traverse le golfe. Yen-ping-fou, placée sur la pente d’une montagne au bas de laquelle coule la rivière de Min-ho, n’est pas fort grande ; mais elle passe pour être une des plus belles de l'empire.

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ASIE : CHINE. 931 Tehang-tcheou. fou est voisine du port d’Hiamen où 4:r0y le principal entrepôt de commerce de la province.

Vis-à-vis la côte de Fou-kien s'étend une grande et belle île; les Chinois la nomment Tai-ouan, et les Eurvpéens, d’aprèsles Portugais, Formose. Elle dépend du gouvernement de Fou-kien.

Ce n'est que sous le règne de l'empereur Cang-hi que les Chinois ont commencé à y pénétrer. En 1661, ils en chasserent les Hollandais qui s’en étaient emparés sur les Portugais. Elle est partagée par une chaîne de montagnes en deux parties ; l’une, l’occidentale, habitée par les Chinois; l’autre est restée aux naturels.

La côte de l'ile Formose que possèdent les Chinois, mérite le nom qu'on lui a donné : l'air y est pur et toujours serein; le sol est fertile en toutes sortes de grains, en riz, en cannes à sucre, couvert de forêts maguifiques, et arrosé d’uncinfinité de ruisseaux qui descendent des montagnes. A l'exception des cerfs èt des singes, qu’on y voit par troupes, les bèles fauve: ’v sont pas très-nombreuses. Les poissons fournissent une nourriture . et abondante. Les faisans, les coqs de bruyere, les pigeons, fourt..a.ca dans les bois. Si les tremblements de terre étaient moins fréquents, si les eaux des rivières étaient aussi bonues à boire que propres à fertiliser les terres, il n’y aurait plus rien à désirer dans cette Île, qui produit tout ce qui cst nécessaire et agréable à la vie.

Cette Île a un gouverneur chinois avec 10,000 hommes de garnison ; mais l’autorité des Chinois ne s'étend que sur la côte occidentale. Tai-ouan est fort peuplée et fort riche. Les rues de cette ville, tirées au cordeau, couvertes, pendant 7 à 8 mois de l’année, pour se défendre des ardeurs du soleil, bordées de magasins et de superbes boutiques où les soicries, la porcelaine, les vernis et d’autres marchandises sont rangés avec un art admirable, paraissent autant de galeries charmantes, où il y aurait du plaisir à se promencr, si la foule des passants itait moins grande, et si elles étaient mieux pavées, Cette ville est défendue par une bonne forteresse, à laquelle les Hollandais , qui l’ont bâtie, avaient donné le nom de Zélandia. Le port, vaste et profond, n'est accessible qu'à travers d’étroits passages où il n’y a que de 8 à 12 pieds d’eau. Entre le port de Tai-ouan et la côte chinoise, le petit archipel des îles Pongou où Pescadores offre un bon mouillage et une station qui doininer ait lc canal de Furmose,

La peuplade sauvage qui occupe la partie orientale et montagneuse de Formose ne reconnaît aucun g6avernement régulier, Semblables, pour le teint et la physionomie, aux Malais et aux insulaires de la mer du Sud." habitants parlent une langue qui difitre de toutes celles que hous ce" ssons; il parait même qu'il y à plusieurs tribus indigènes, tt qu’. té d’une race d'hommes olivâtres il s'y trouve des négres dupe taille gigantesque ; é'est ee que Valentyn donne à entendre, Les cabanes des Formosans seat de bambous. Hs se nourrissent de menus

grains et de gibier qu'ils prennent à la course; ear ils sont dune agilité

et d'une vitesse surprenantes. Pour lit, ils se contentent de ‘feuilles frai-

ches d'un certain arbre fort commun dans le pays. Is n’ont, pour tout habit, qu'une simple toile dont ils se couvrent depuis la ceinture jusqu'aux genoux. Leur peau est chargée de gravures au vif, qui représentent nlusieurs figures grotesques d'arbres, d'animaux, de fleurs: c'estun privilége qui ne s'accorde qu’à ecux qui ont surpassé les autres à la course ou à la chasse, Néanmoins ils ont tous la permission de se noircir les deuts , et de porter des bracelets, des colliers et des pendants d'orcilles, Dans la partie nerd, comme le climat est un peu moins chaud, ils se couvrent de la peau des cerfs qu’ils ont tués à la chasse ; ils s’en font une espèce d'habit sans manche, et leur bonnet en forme de cylindre se compose de feuilles de bananier. Hs adorent, ptusieurs divinités, dont les prètresses, à ce qu’on assure, défendent aux femmes d’avoir des enfants avant l'âge de 36 ans, et maintiennent cette loi barbare par des pratiques abominables. Leurs superstitions indiquent des liaisons avec l’Asie centrale. Quelques Formosans conservaient , il va un siècle, des traces de la religion chrétienne et de la langue des Hollandais qui la leur avaient enseignée." Ils entcrraient les morts d'une manière rapprochée de celle des insul:.es de l'Océanie; les cadavres étaient séchés, et restaient longtemps exposés sous des hangars. Mais revenons au continent de la Chine.

La plus considérable des provinces méridionales de la Chine est celle de Kouang-toung, au sud-ouest du Fou-kien; le Tonquin la borne l’ouest. Cette province est très-fertile en grains et en fruits de toulcs espèces; on y trouve des mines d'or, des pierres précieuses, des perles, de l’étain, de l’ivoire et des bois odoriférants, doit on fait toutes sortes d'ouvrages, Une prouuction rare et particulière à cette province, csl

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