FORMATION DU LIAS
autour des terrains préexistants qui entourent le massif des Vosges. Il y est ordinairement représenté par un grès quartzenx, blanc ou jaunâtre , contenant quelquefois des rognons argileux et des silex roulés. Ce grès souvent solide sert comme pierre de construction, ce qui lui a fait appliquer en Allema* gne le nom de qvadersandsiein. En vertu de leur solidité, ils forment quelquefois des masses saillantes et des rochers escarpés, et Ton a profité de cette disposition à Luxembourg» qui est peut-être le point où il atteint le plus grand développement, pour construire une citadelle remarquable
La partie inférieure du lias est représentée dans certaines parties du sud*ouest et du sud-est de la France par des marnes ou des calcaires marneux, et par des grès feldspathiques, désignés sous le nom d*arkoses. Les arkoses existent surtout dans les contrées où la formation repose immédiatement sur le granité. Ces roches arénacées » siliceuses et feldspathiques sont souvent séparées du calcaire à gryphées par un développement de marnes noirâtres , schisteuses , contenant des noyaux calcaires; lorsqu'elles viennent à manquer, les marnes forment la partie inférieure du lias , ce qui arrive dans presque toute l'Angleterre.
Les calcaires du lias, compactes et pétris de gryphées dominent dans la partie moyenne de la formation ; ils ont une puissance de 15 à 26 mètres, et se soutiennent d'ime manière constante dans toute la zone qui entoure le bassin jurassique de la France et de l'Angleterre. Les calcaires inférieurs sont blancsjaunâtres, tandis que la plus grande partie présente une teinte bleuâtre, b/ve lias; ils reposent sur les marnes noires , schisteuses, à rognons calcaires qui remplacent souvent le grès, ou du moins qui correspondent aux marnes et aux lumachelles, signalées comme existant entre les grès ou arkoses et le calcaire à gryphées.
Dans certaines parties de la France centrale au-dessus du système d'arkoses , de grès et de marnes qui appartiennent à l'étagp inférieur du lias, le calcaire a gryphées est représenté
par des calcaires bleus noirâtres, durs , abondants en fossiles, et par des calcaires blancs, un peu marneux, quelquefois trèsferrugineux. Aux environs d'Alais et d'Aubenas ces calcaires sont gris ou noirs, compactes, et contiennent beaucoup d*entroques.
L*étage supérieur et marneux du lias est le plus constant et le plus puissant, lorsque les roches arénacées de la partie inférieure n'ont pas pris un grand développement; il y a cependant des exceptions, et cet étage est, comme les autres, susceptible de manquer. 11 est presque entièrement formé de marnes dont la puissance peut dépasser 100 mètres. Ces marnes sont brunes, grises, bleuâtres, plus ou moins argileuses, quelquefois sableuses, souvent schistoïdes et empâtant des nodules stratifiés de calcaires analogues aux calcaires à gryphées. Lorsque ces nodules sont très-abondants , ils se réunissent et finissent par former de petites couches.
En beaucoup de points les marnes du lias sont noires, bitumineuses et fétides ; elles se chargent de carbone , et passent accidentellement à des argiles schisteuses analogues à celles du terrain houiller qui peuvent contenir de petites couches combustibles; tels sont probablement les combustibles exploités dans les arrondissements de Mende et de Milhau.
Les couches calcaires peuvent atteindre dans cet étage un développement assez considérable, bien qu'elles soient presque toujours moins puissantes que les marnes ; elles sont généralement caractérisées par l'abondance des bélemnites.
Ces caractères de la formation du lias se soutiennent assez généralement dans le Jura français et helvétique , dans le Hanovre, la Bavière septentrionale, la Westphalie, le Wurtemberg, etc.
Formations ooiUiques. — Lorsqu'on traverse perpendiculairement à leur direction les zones du terrain jurassique qui forment une enceinte presque continue autour du bassin de Paris et du plateau central , on trouve au-dessus du lias des
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épaisseurs cansidérables de calcaires compactes alternant avec des roches argileuses. Ces alternances se répètent ordinairement trois fois , de telle sorte que les formations oolitiques comprennent trois étages argileux surmontés de trois étages calcaires , ainsi que cela est indiqué dans le tableau géognostique des terrains secondaires.
C*est en Angleterre que les formations oolitiques ont été le plus étudiées; elles s'y présentent en effet avec un détail qu'elles n'ont en aucune autre contrée , pas même dans celles où elles sont plus puissantes. Il en résulte que, lorsqu'on parcourt un terrain jurassique, c'est toujours aux couches reconnues en Angleterre , que l'on cherche à rapporter celles que Ton a sous les yeux, et qu'on applique souvent les noms anglais aux assises qui, sur le continent, occupent la même position géognostique, noms qui sont en partie tirés des contrées oii les couches se montrent au jour.
U étage ooliiique inférieur, le plus compliqué des trois , ne consiste pas simplement en une assise argileuse , surmontée par une assise calcaire ; les calcaires et les marnes alternent plusieurs fois de manière à subdiviser cet étage en six assises , qui sont, à partir du lias : 1** les sables de l'oolite , couronnés par les calcaires dits de l'oolite inférieure [ inferior ooliie] ; 2** une assise argileuse, qui a pris le nom de terre à foulon [fullers earth], à cause d'une petite couche de cette argile , qui existe souvent dans la partie moyenne ; 3® une assise de calcaire ordinairement ooliti que, appelée grande oolite \great oolite] , ou oolite de Bath ; 4" une assise argileuse [Bradford clay) ; 5^ une assise calcaire, mélangée de sables et d'argiles, désignée sous le nom de foresi-marble ; 6" enfin, un calcaire en partie marneux (com-brash).
Les sables de l'oolite inférieure ont une puissance moyenne de 80 mètres ; ils sont fins , jaunes , micacés , siliceux ; quelquefois imprégnés de calcaires marneux verdâtres et contenant des concrétions de chaux carbonatée. Les calcaires qui les couronnent n'ont guère que 5 mètres d'épaisseur : dans
ilÀ TERRAINS SEGONDllRES.
la partie inférieure ce sont des calcaires bruns, durs et tenaces , avec des grains de fer hydroxydé ; dans la partie supé* rieure ils sont jaunâtres , noduleux et contiennent den débris de coraux.
La terre à foulon est une assise composée d'argiles jaunes, bleues ou blanches et de calcaires argileux; sa puissance peut dépasser 40 mètres. Elle commence ordinairement par une puissante couche d'argile , qui renferme souvent du calcaire noduleux, semblable ù celui de l'assise précédente; ces nodules se réunissant quelquefois de manière à former de petites couches solides. L'argile exploitée, et particulièrement désignée sous le nom de terre à foulon, se trouve au-dessus de celle qui contient des nodules calcaires ; elle n'a pas un mètre de puissance et repose ordinairement sur une couche plus marneuse. L'assise est terminée par des argiles blanches, qui sont recouvertes par la grande oolite.
La grande oolite est une assise calcaire dont la puissance varie de 15 à 40 mètres; elle se compose de différentes variétés : les unes oolitiques, solides et constituant d'excellentes pierres de taille ; les autres présentant une texture grossière et contenant un grand nombre de coquilles (trigonies, peignes, avicules, t(5rébratules. etc.). Quelques assises présentent des parties schisteuses exploitées comme dalles.
L'argile de Bradford est une argile marneuse, ordinairement bleuâtre, dont l'épaisseur varie de 10 à 15 mètres. Elle abonde souvent en encrines.
L'assise du forest-marble n'a pas plus de 15 mètres, elle est ordinairement divisée en couches très-minces de sables argileux et de calcaires. Ainsi l'on trouve, à partir de ^a^ gile de Bradford , de petites couches de sables et d'argiles sablonneuses ; un calcaire très-coquiller , exploité comme marbre [forest-^narble] , et une assise de sables et de grès qui passent à des argiles sablonneuses contenant, soit dans le sens de la stratification, soit sous forme de veines, des bandes de grès et de calcaire.
FORMATIOIfS 00L1TIQUE8. 175
Le corn^brash couronne ordinairement ce premier étage oolitiqne ; c'est une assise de 8 à 10 mètres d^épaisaeur, com* posée de calcaires grossiers , ordinairement en couches multipliées et même sebistoïdes.
IJ étage oolitique moyen est d'une composition beaucoup plus simple ; il commence au-dessus du corn-brash par une puissante assise argileuse, connue sous le nom d'argile d'Oxford [Oxfordclay], recouverte par des sables et grès calcaires (calcareou9 grii), qui passent à l'assise calcaire supérieure, appelée coral^ rag.
L'argile d'Oxford est une assise puissante, composée d'argile bleue , tenace , qui atteint jusqu'à 180 mètres d'épaisseur, et qui contient des lits plus ou moins marneux , ainsi que des masses aplaties de calcaire ; on y trouve aussi des strates de sdiistes bitumineux. Cette assise est caractérisée par la gryphée dilatée. Dans sa partie inférieure elle contient en couches subordonnées des calcaires irrégulièrement stratifiés , désignés sous le nom de roches de KeUov)ay,
Le coral-rag, assise d'une épaisseur totale de 46 à 60 mètres, commence par des sables incohérents ou agglutinés par un ciment calcaire : ces sables et grès (calcareous grii) sont recouverts par une couche de calcaire souvent terreux, qui abonde en coraux, et qui a donné son nom à l'assise. Audessus, viennent des couches de calcaires jaunes, solides, oolitiques , exploitées comme pierre de taille et désignées sous le nom diooUte d*Oxford.
U étage oolitique supérieur présente une disposition tout à fait analogue à celle de l'étage moyen. 11 commence par un dépôt argileux, l'argile de Kimmeridge [Kimmeridge^clay], laquelle est couronnée par des sables siliceux et calcaires et par rassise calcaire supérieure, dite oolite de Portland (Portlandstone).
L'argile de Kimmeridge est un dépôt argilo-calcaire de 160 mètres de puissance , dont la roche dominante est une argile bleue ou jaunâtre, schisteuse et passant quelquefois à des
schistes foncés, bitumineux. Cette argile, caractérisée par l'huître deltoïde , contient souvent des cristaux de chaux sulfatée. Du reste, elle est plus variable dans ses caractères et divisée en un plus grand nombre de couches que Targile d'Oxford.
L'oolite de Portland , série d'alternances calcaires de 35 mètres , termine à la fois cet étage et la formation oolitique. Ces calcaires sont de dureté variable , grossiers , -grenus , compactes , oolitiques ; ils contiennent quelquefois des rognons de silex, et souvent passent à des sables silicéo- calcaires , qui renferment de la chaux carbonatée concrétionnée.
Tels sont les caractères de la formation oolitique dans toute la partie sud-est de l'Angleterre. On peut actuellement imaginer toutes les variations qui peuvent résulter de la suppression de telle couche , du développement de telle autre et en troor ver des exemples ; mais toutes les fois que Ton examine le terrain sur une étendue suffisante , on reconnaît aisément les subdivisions principales que nous venons d'énuinérer depuis les marnes inférieures du lias jusqu'aux calcaires de l'oolite supérieure.
Ces caractères du terrain jurassique se conservent dans toute la zone qui enclave les bassins de Paris et Londres, avec une uniformité d'autant plus remarquable que les subdivisions sont plus compliquées. Il y a donc lieu de regarder cet espace comme une vaste dépression dans laquelle il s'est déposé, de sorte qu'il doit exister sur tous les points intérieurs où il est caché par des dépôts plus récents. Cette uniformité n'existe plus dès que l'on s'éloigne de ce bassin : en Allemagne, en Pologne, dans les Pyrénées, dans les Alpes, les caractères sont très-modifiés ; plus près , à la Rochelle et dans certaines parties du Jura, on peut bien reconnaître les subdivisions en deux formations et en trois étages oolitiques, mais rien au delà.
La continuité souterraine du terrain jurassique dans le centre du bassin parisien ressort d'ailleurs de deux faits géo-
FORMATIONS OOLITIQUES. 177
gnostiques importants : en deux points le sol a postérieurement été soulevé , dans le Bas -Boulonnais et dans le pays de Bray, or, en ces deux points le terrain jurassique a été amené »^ jour.
Dans le Bas>Boulonnais les trois étages oolitiques ont été re- ^^<^ï^tis. L'étage inférieur est exploité autour de Marquise ; les coxiches en sont très-bien réglées et principalement compo- *^^s de calcaires ; les calcaires de la base sont ferrugineux, *^l>lonneux, et alternent quelquefois avec des marnes grises ^^ îjleues ; ceux de la partie supérieure, exploités sous le nom de P*^^rre blanche, sont oolitiques, tendres, souvent fissurés, etcon- ^^nnent des veines de marnes, du calcaire cristallin. L'étage ï^oyen se subdivise en deux assises principales ; la première ^^'t composée de marnes bleues et jaunâtres et de calcaires marnei^x , elle a 3 ou 4 mètres d'épaisseur ; celle qui la recouvre ^ 6 à 8 mètres et comprend des calcaires marneux et oolitiques, quelquefois très-peu agrégés, passant à un calcaire sili- ^^"Ox, souvent divisible en plaques minces.
Hies falaises depuis Equihen jusqu'à Wissant présentent le développement de l'étage oolitique supérieur : cet étage, dont 1^ puissance atteint jusqu'à 50 mètres, commence par un développement marneux très-considérable. Ce sont des marnes et des calcaires marneux ou siliceux qui passent à des grès cal- ^^^r^ contenant des bancs de lumachelles jaunâtres subor- ^^ïinés. Cet étage renferme des lignites fibreux et des bois Pétrifiés à l'état calcaire ou pyriteux; dans sa partie supérieure *^^ grès et les sables ferrugineux prennent le dessus.
ï-.e pays de Bray forme une gibbosité ellipsoïdale, qui , d'a-
P^« les inclinaisons de 15 à 25 degrés qu'on y a constatées »
'^xilte évidemment d'un soulèvement qui a relevé à la fois le
*^^ain jurassique et le terrain crétacé. Cette région, ainsi
^^^ celle des Wealds, en Angleterre, devaient former, au-
4^us de la mer tertiaire , deux îles de forme analogue et
*^vant une même direction ; seulement les couches crétacées
ont subi une rupture et une dénudation dans le pays de Bray ,
de sorte que les premières couches jurassiques oAt été mises à découvert ; circonstances qui n'ont pas en Heu dans les Wealds. Les mamelons centraux du pays de Brajr sont c-omposés de calcaire lumachelle , accompagné de marnes à gryphées ?i^ gules , qui recouvrent un calcaire compacte. Le calcaire lumachelle est exploité à Hécourt, près Groumay, et dessous des couches glauconieuses du grès vert, on trouve les marnes bleuâtres à gryphées virgules, recouvertes par des calcaires jaunes ou bleuâtres. Les marnes ont été rapportées à l'argile de Kimmeridge.
En Normandie et notamment dans le Calvados , au-dessos des calcaires à bélemnites et à gryphées qui se rapportent to lias , on trouve un calcaire oolitique sablonneux, ferrugineax, très-coquiller, dont les grains oolitiques deviennent quelquefois tellement gros, que la roche prend un aspect poudingiforme. Ces couches appartiennent à l'oolite inférieure. La tene i foulon est représentée par des alternances argilo-calcaires qui se montrent sur les côtes occidentales , et sont recouvertes par de puissantes couches de calcaire coquiller grossier ou oolitique; de telle sorte que si Ton ne peut reconnaître toutes les subdivisions anglaises, on retrouve du moins dans cet étage inférieur les principales subdivisions marneuses et calcaires. Les calcaires sont désignés sous le nom de calcaire de Caen, lui-mêsne subdivisé en calcaire de Caen proprement dit et calcaire à polypiers. Le calcaire de Caen fournit d'excellentes pierres de taille , exportées dans tous les environs et même en Angleterre; il est jaunâtre, grossier, consistant, et contient en quelques points des rognons ou des plaques de grès silicéo-calcaire. Le calcaire à polypiers est pétri de débris de pol3r'piers et de coquilles, grossier ou oolitique, quelquefois argileux et schistoïde , d'autres fois très-compacte et très-dur. Au-dessn» de ces calcaires on en trouve d'autres que l'on a rapportés an com-brash : ce sont des oolites à grains fins, d'un blanc jaunâtre, alteniant avec des calcaires compactes et divisibles en dalles.
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L'étage moyen est représenté en Normandie par l'argile de Dives, dont les caractères sont à peu près les mêmes que ceux de l'argile d* Oxford : c'est une argile bleue, tenace, séparée en plusieurs couches par des marnes quelquefois sableuses, contenant souvent des nodules calcaires et des cristaux de sélénite ; elle est couronnée par des oolites à gros grains , qui passent soit au calcaire compacte siliceux, soit au calcaire grossier coquiller avec bancs de polypiers. Dans leur partie supérieure ces calcaires deviennent marneux ou sablonneux et passent spit à des couches de sables , soit à des marnes compactes et des argiles bleuâtres, dites argile d'Honflenr, qui représentent l'assise inférieure de l'étage oolitique supérieur. La troisième assise calcaire n'existe pas dans cette contrée.
Les terrains jurassiques du Bas- Boulonnais, du Calvados et de la Normandie, les affleuremei)ts qui se montrent au pied du cap de la Hève et ceux du pays de Bray , servent en quelque sorte d'introduction aux gisements intérieurs de la France, qui sont beaucoup plus développés : ces gisements intérieurs peuv^it se partager en plusieurs groupes géographiques , dont te plus remarquable est celui qui forme l'encaissement méridional du grand bassin géologique de Paris. Les trois étages oolitiques, et souvent le lias, forment des zones circulaires et concentriques, qui entourent ce bassin, et qui sont remarquables en ce que les trois parties marneuses occasionnent des dépressions , en vertu de la facilité de leur destruction , tandis que les parties calcaires donnent lieu à des falaises qui "sillonnent les plateaux suivant la direction générale du terrain. Pour sortir du bassin on doit ainsi traverser plusieurs séries de plateaux, terminés par des falaises calcaires.
Dons les départements du nord-est et du centre on voit commencer une grande falaise oolitique qui traverse successivement les départements des Ardennes , de la Meuse , de la Haute-Marne , de la Côte-d'Or. de T Yonne, de la Nièvre et du Cher. La base de cette falaise est généralement formée de
couches argileuses , caractérisées par la grjrphée dilatée , par des bélemnites , des encrines , serpules , etc. Ces couches représentent l'argile d'Oxford et sont couronnées par d^ calcaires à polypiers qui représentent le coral-rag.
Cette série de coteaux qui se rattachent à ceux du nord de la France , forme un horizon géognostique qui peut guider le géologue. Les caractères des marnes inférieures sont quelquefois difficiles à reconnaître , mais ceux du coral-rag sont plus constants. Ainsi, lorsqu'on va de Flogny à Ancy-le- Franc, on voit sortir de dessous les dernières couches du système crétacé, et ensuite les unes de dessous les autres, les assises suivantes : 1*^ un calcaire compacte blanc, qui correspond par sa position à la pierre de Portland ; 2^ un système de calcaire marneux et de marnes grises , caractérisé par la gryphée virgule (Kimmeridge-clay) ; 3® une série très -épaisse de calcaires compactes, à cassure conchoïde, de calcaires à cassure terreuse, et de calcaires ooli tiques ( Oxford -oolite, coral-rag) ; 4® un système de couches d'un calcaire marneux, grisâtre, à cassure terreuse ( calcareous - grit , Oxford-day). De dessous cette dernière assise sortent les calcaires très-souvent oolitiques, qui forment le sol des plaines et des plateaux au sud d'Ancy-le-Franc, et qui se rapportent aux diverses assises de l'étage inférieur : ces calcaires ont été coupés par le canal de Bourgogne , vers le point de partage des eaux des bassins de la Seine et de la Saône.
De la ceinture centrale on peut suivre les dépôts jurassiques d'une manière continue, soit en se dirigeant vers le sud-ouest, soit en s'engageant par le sud-est dans les montagnes dû Jura. Dans ces deux régions , les formations oolitiques sont subdivisibles en étages analogues par leur composition et leurs fossiles aux étages de l'Angleterre, mais sans que les lignes de séparation soient aussi faciles à distinguer. Les couches correspondantes aux argiles d'Oxford et de Kimmeridge existent rarement, ou du moins sont représentées par des cal* caires marneux. Plus au sud, les dépôts jurassiques sont peu
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développé ; les étages inférieurs forment des lambeanx sur la pente des Cévennes , du côté du Rhône , et constituent vers le nord du département de THérault, un massif qui s'avance jusqu à la mer près de Cette et de Montpellier ; de Tautre côté du massif de transition les formations oolitiques sont au contraire très-étendues et forment , depuis Cahors jusqu'à l'Océan , une chaîne qui a moyennement cinquante kilomètres de largeur, et qui atteint jusqu'à cent , entre les montagnes du Limousin et de la Vendée.
L'étage oolitique inférieur occupe plus de douze lieues sur quinze ou seize que les formations oolitiques recouvrent entre les sables d'Olonne et Rochefort. Il repose sur des calcaires et des marnes qui représentent le lias , ou sur des argiles micacées avec gryphées et bélemnites qui peuvent être assimilées aux sables de l'oolite inférieure. Des calcaires compactes et sublamellaires, contenant des couches de fer hydroxydé en grains, et des colites blanches, visibles à Mauriac (Aveyron), représentent la grande oolite : vers l'est (environs de Nontron, de Poitiers, etc.), ce sont des calcaires compactes, gris jaunâtres, contenant beaucoup de silex, et assez fréquemment oolitiques. Des couches de calcaire compacte et quelquefois terreux avec ammonites et térébratules , paraissent former la partie supérieure de cet étage.
L'étage moyen recouvre entre La Rochelle et Rochefort un espace d'environ deux lieues et demie, espace qui est plus considérable entre Poitiers et Angoulême , et entre Angoulême et Confolens. Il est en grande partie composé de calcaires marneux , avec des colites irrégulières , superposés à des masses considérables de calcaires à polypiers qui rappellent le coralrag; les colites représenteraient celle d'Oxford. Ces deux subdivisions sont les seules que l'on puisse reconnaître.
L'étage supérieur est souvent réduit à quelques couches marneuses, contenant ime quantité considérable de gryphées virgules et formant une lumachelle. Cette assise est recouverte en quelques points (Cahors) par des assises puissantes de
calcaire compacte marneux, avec petites giyphées, et (depuis Angoulême jusqu'à l'Océan) par des calcaires oolitiques, qm pourraient représenter l'oolite de Portland, tandis que les calcaires marneux sous - jacents qui renferment quelquefois des lignites, correspondraient à Targile de Kimmeridge.
Le terrain jurassique est fortement accidenté dans les déparments de la Côte-d'Or, de la Haute-Saône et dans les montagnes du Jura , suivant une direction de Test-iO^-nord i rouest-40*^-sud ; les principales cimes du Jura» qui lient ces montagnes au système des Alpes occidentales, suivent au contraire une direction du nord-nord-^st au sud-sud-ouest , direction qui est parallèle aux grandes Alpes et qui coupe la première sous un angle très-aigu , de sorte que l'ensemble da Jura forme une courbe légèrement concave du coté de la Suisse.
Dans toute cette vaste contrée jurassique, depuis la Côted'Or jusqu'en Suisse, le terrain dififëre sensiblem^it du type central, on peut cependant y retrouver les principales divisions établies en Angleterre.
L'étage inférieur y est représenté par quatre assises distinctes : 1® Voolite et les marnes inférieures ( inferior-oolite et fullers-earth) , composés d'abord d'alternances de divers calcaires qui reposent sur les marnes du lias : ces calcaires sont tantôt compactes, gris de fumée, tantôt sublamellaires, grisâtres , rougeâtres , brunâtres , avec veines de calcaire apathique; quelquefois un peu oolitiques. Ils contiennent des plar giostomes , des peignes , des térébratules , des trigonies , des gryphées, des ammonites, des bélemnites , ainsi que des polypiers qui les rapprochent du calcaire de Caen. 2° La grande ooliie (great-oolite), composée de calcaires oolitiques miliaires, grisâtres , souvent schisteux. 3** Les calcaires avec fer oxydé ivuge (forest-marble), puisscmte assise de calcaires compactes, quelquefois lithographiques , avec fentes et cavités remplies de fer oxyde rouge. 4" Le Iroisièvie calcaire oolitique (com-brash), calcaire marneux - compacte , grisâtre ou
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jaunâtre, avec taches bleuâtres, chargées d' colites miliaires et de nojranx pisolitiques. Ces derniers calcaires sont moins ooquiilers que ceux de l'oolite inférieure.
L'étage moyen a été subdivisé en trois assises : 1^ le calcaire argileux moyen (Kellovay-rock), calcaire argileux d'un gris foncé, sdiisteux , contenant quelques petites couches de marne argileuse grisâtre. 2® Le deuxième minerai de fer oolitique, la marne moyenne et le calcaire gris bleuâtre (Oxfordrclay) : le minerai de fer hydroxydé oolitique , qui est le fiût le plus intéressant de cette assise calcaréo-mameuse , se trouve renfermé dans une couche de marne friable, dont la puissance dépasse ordinairement un mètre; il constitue environ le tiers de la masse totale. On l'exploite en un grand nombre de points en le débarrassant de la marne par le lavage. Les calcaires de cette assise sont gris bleuâtres, plus ou moins marneux, «ublamellaires, un peu schisteux, parfois tuberculeux ; les marnes sont grises-noirâtres , schisteuses , renferment des rognons calcaires , des géodes spathiques , des cristaux de gjpse , et un assez grand nombre de débris organiques, surtout des ammonites. 3** Les calcaires à nêrinées et Y argile à madrépores avec nodules de calcaire siliceux, dits chailles (coral-rag). Ces calcaires à nêrinées sont grisâtres ou blanchâtres, souvent oolitiques , quelquefois compactes avec veines spathiques; les argiles sont ochreuses, avec nodules et plaques de calcaire siliceux , elles alternent avec des calcaires oolitiques ou marneux, et contiennent des madrépores, des ananchites et des débris d'encrines.
L'étage supérieur comprend des calcaires et des marnes à gryphées virgules (Kimmeridge-clay et Portland-stone). Les marnes sont grisâtres . schisteuses , souvent très-coquillères ; elles alternent avec des calcaires compactes ou marneux, qui finissent par les dominer. Au-dessus se trouvent environ 13 mètres d'argiles avec fer oxydé pisiforme, qui ont été quelquefois considérées comme appartenant au terrain alluvien.
Les trois étages oolitiques ainsi subdivisés n'existent pas toujours simultanément sur un même point ; certaines assises diminuent d'épaisseur jusqu'à manquer, tandis que d'autres se développent en quelque sorte i leurs dépens. Ce qui est surtout remarquable dans ce terrain , c'est que les coudies calcaires y sont beaucoup plus puissantes que les coudies marneuses et argileuses, c'est-à-dire que l'argile et le calcaire sont dans des rapports inverses de ceux qu'ils ont en Angleterre. Les bouleversements subis par la statification rendent cette prédominance des calcaires encore plus sensible,. parce qu'ils forment les sommités les plus apparentes et les escarpements qui encaissent les vallées.
Ces caractères se continuent dans toute la partie suisse du Jura, et notamment dans les cantons de Baie, de Soleure, d'Argovie et de Neufchâtel. Des calcaires oolitiques y forment les premières assises et sont séparés par des marnes (proba* blement la terre à foulon), des colites miliaires, des calcaires roux , sableux , ferrugineux et marneux , et des lumachelles en dalles à reflet nacré , qui représentent les autres assises de l'étage inférieur. Des marnes bleues avec fossiles pyriteux, des calcaires compactes en partie marneux et avec chailles , constituent l'étage moyen avec un grand développement de calcaires à polypiers, de calcaires oolitiques pisaires, et de calcaires blancs compactes , quelquefois crayeux , à nérinées ; enfin des marnes jaunâtres avec bancs calcaires subordonnés , surmontées par une puissante assise de calcaires compactes et finement oolitiques , représentent l'étage supérieur.
Terrain erélacé.
Le terrain crétacé est d'un développement encore plus général en Europe que le terrain jurassique ; il ne couvre en France que 6 250 000 hectares soit 0,12 de sa superficie totale, mais dans le nord de l'Europe il acquiert des proportions encore plus considérables ; la Galicie , la Podolie , les Carpathes , la Cri-
TERRAIN CRËTACË. 185
mée , lé littoral de la Méditerranée , l'Algérie ont été couverts par les dépôts de cette période.
Dans cette immense étendue, le terrain crétacé présente de grandes variations minéralogiques qui ont d'abord conduit à le diviser en deux formations distinctes, la formation iriférieure ou du grès vert et la formation supérieure ou crayeuse.
La formation inférieure est caractérisée par des dépôts aré^ nacés qui alternent en grande proportion avec les roches calcaires. Les roches arénacées abondent en grains chloriteux qui leur donnent souvent une couleur verte caractéristique. Dans la formation supérieure dominent au contraire les calcaires crayeux. Les deux formations contiennent un grand nombre de corps organisés végétaux et animaux , parmi lesquels il y en a qui n'ont pas encore été trouvés dans les formations précédentes , et plus encore qui ne reparaissent plus dans les suivantes (ammonites, bélemnites, gryphées, etc.).
En France, et généralement dans toute la partie nord de l'Europe, les couches chloritées inférieures se rapprochent progressivement de la craie proprement dite qui forme les assises supérieures de manière à présenter la succession de quatre étages : 1® la craie glauconieuse ou chloritée ; 2® la craie tuffau; 3** la craie marneuse; 4** la craie blanche; étages qui se subdivisent eux-mêmes en plusieurs assises.
Le terrain crétacé a été encore plus subdivisé en Angleterre ; ses affleurements y forment une zone qui encaisse la partie septentrionale du grand bassin tertiaire, et les contours de ces affleurements suivent comme en France les sinuosités principales de ceux du terrain jurassique.
La puissance moyenne de ce terrain , d'après les épaisseurs constatées en plusieurs points, est d'environ 600 mètres; elle peut être plus grande , elle peut être moindre , suivant que chacune des assises constituantes prend un développement plus ou moins considérable. Les assises inférieures sont les plus variées, et celles qui caractérisent le plus spécialement l'Angleterre;
car on a rarement pu trouver sur le continent des équiraf^ à toutes les subdivisions établies qui sont :
Formation } CrniesuptTÎeareAvec ûl«x.
crayeuse. ( Craie iuférieure mui§ liiez.
ÎGrèt vert inpérieot.
Mtme bltôB (««It).
Gréé vert inwîear.
Argile wealdienne (weald-clàf ).
grès vert.
Etage wealdien.
Gréa ferrugineux (iron-euid].
Calcaire de Purbeck.
On voit que la formation du grès vert se subdivise en deii^ étages. L'étage wealdien , ainsi nommé du canton des Wealds r dans le comté de Sussex, où il a été principalement étudié • peut être considéré comme représenté sur le continent par de^ calcaires et des roches arénacécs qui forment sur beaucoup de points une sorte d'appendice à la base du terrain crétacé, et que Ton désigne sous le nom d'étage néocomien..
Les calcaires crayeux , à tissu lâche et poreux, sont les roches caractéristiques du terrain crétacé dans toutes les régions du nord et de l'est de l'Europe, mais dans les régions de l'ouest et du midi les calcaires sont beaucoup plus compactes et se mélangent d'une plus grande proportion de roches arénacéeset argileuses.
Dans les régions pyrénéennes, le terrain crétacé qui joue on rôle très-important, présente des caractères particuliers qui sont un exemple des variations nombreuses que subit ce terrain dans k^ bassin de la Méditerranée ; il est principalement composé de marnes noires, alternant avec des grès micacés, des poudingues et des calcaires gris-bleuâties. Ce terrain conti&it des couches de charbon à Pereilles, Emani et Saint-Lon; on y trouve du soufre et du bitume à Saint-Boës , et il en sort àt nombreuses sources salées, surtout aux environs d'Orthezetde Pampelune : ces sources salées , presque constamment acooiS' pagnées de gypse, d'ophite et de dolomie, sont toujours situées dans des localités où les couches sont très-bouleversées et prouvent l'existence souterraine du sel gemme. La niasse de sel de
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Oardonne, ai remarquaUe par sa puissance et pÀr sa pureté ( planche IV) , est enclavée dans les grès crétacés ; ces grès rouges, à grains quartzeux et à pâte argileuse, schisteux et micacés , semblent quelquefois se rapprocher du grès bigarré. Cette puissante masse est un exemple des amas de sel que le terrain crétacé peut renfermer accidentellement et qui se retrouvent en effet sur d'autres points de l'Europe .
Aux gisements de combustibles précédemment signalés, il Taut ajouter les lignites et les bois fossiles de Tiie d'Aix. C'est dans la formation du grès vert que se trouvent ces lignites : le terrain est composé de sables verts , de calcaire marneux et de iriarne argileuse; il contient des gryphées, des peignes, des spaiangues , et surtout des débris végétaux que l'on a généralement rapportés aux fucoïdes. Le lignite est quelquefois compacte , le plus souvent il a parfaitement conservé le tissu ligneux et les formes végétales ; il est accompagné de silex , de pyrites, etc.
En suivant ainsi les terrains crétacés dans le sud- ouest de la France et dans les Pyrénées , on voit se modifier les roches tendres , sableuses et calcaires , qui caractérisent les gisements septentrionaux. On voit leur succéder des grès et des poudingues plus solides ; des calcaires durs , compactes et presque sacchar roïdes. Dans le sud-est, ces caractères se modifient de nouveau et s'éloignent encore plus du type observé, dans le comté de Sussex , la Champagne , la Picardie , etc. Les calcaires blancs et compactes , qui sont les roches les plus apparentes , n'ont de relations avec les calcaires crayeux du nord qu'une grande homogénéité, une structure massive, et peu de fossiles ; ils ressemblent beaucoup plus aux calcaires du terrain jurassique , auxquels ils ont été pendant longtemps assimilés. Dans les Alpes et notamment aux Fis en Savoie , des calcaires noirs, compactes, qui se retrouvent sur plusieurs sommités de la chaîne du Buet, ont été reconnus appartenir à la craie, ainsi que les calcaires marno-sableux et bitumineux (Entrevernes) qui contiennent de la houille anthraciteuse.
i88 TERRAINS SECONDAIRES.
Les calcaires dits alberese et les roches , arénacées que Ton appelle macignos ou grës à fucoïdes , appartiennent à la partie supérieure de la craie et forment sur le littoral de la Méditerranée une nouvelle anomalie aux caractères du terrain dans le nord de TEurope.
Ces variations minéralogiques donnent une grande importance aux fossiles caractéristiques qui facilitent la reconnaissance et Tétude du terrain crétaoé. En France, on prend surtout pour terme de comparaison les caractères des deux fo^ mations du grès vert et de la craie qui sont à découvert autour du grand bassin tertiaire dont Paris occupe le centre, caractères que nous préciserons par quelques détails.
Formation dn grès irerc. — La formation crétacéé infé* rieure est facile à étudier dans le nord de la France , sur les falaises d'une partie du littoral de la Manche, et dans les puits nombreux qui ont été percés dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, pour atteindre les terrains houillers sou^ jacents. Elle commence par des bancs aréjiacés appelés iouriia par les mineurs du nord. Ces bancs sont souvent incohérents et formés de sables et dé cailloux roulés ; d'autres fois ce sont des grès solides, un peu argileux, caractérisés par une grande quantité de grains chloriteux qui les colorent en vert.
La craie glauconieuse apparaît en beaucoup de points de la Seine inférieure en stratification concordante avec la craie marneuse qui forme la partie inférieure de la formation crayeuse. Cette roche est une véritable craie compacte à grains verts qui deviennent plus abondants dans les assises inférieures, de telle sorte que le calcaire finit par n'être plus qu'un
l. Les grains verts chloriteux de la craie glauconieuse ont été analysés ptr M. Berthier, qui a obtenu les résultats suivants :
Silice 0,60
Protoxyde de fer 0,21
Alumine 0,07
Potasse 0,10
Eau 0,11