ACTION DES EAUX DE LA MER
produites par la marée, et» partout, ce fond est composé de graviers, sables et limons coquilliers. Il y a donc eu un dépôt qui a nivelé les inégalités , et l'inclinaison de ce dépôt n'est sensible que parce qu'elle se trouve rapportée au plan plus rigoureusement horizontal du niveau de la mer. Que l'on suppose le fond de la Manche mis à découvert, et l'œil pourrait à peine en saisir les différences de niveau ; ce serait une plaine sensiblement horizontale.
Le fond de la Manche présente, sur son littoral, des bancs d'huîtres et de coquilles dont il importe d'étudier la position.
Les mollusques qui habitent la mer sont concentrés dans une certaine zone ou lame d'eau dont la profondeur ne peut être trës-considérable. Au delà de 40 ou 50 mètres les eaux sont sans lumière et sans air. Or , comme c^s conditions sont opposées au développement des organisations végétales et animales, on est autorisé à penser qu'à cette pro**' fondeur, les eaux ne sont plus habitées par aucun des mollusques qui vivent en place, et qui ont besoin pour se développer du contact de l'eau aérée et des végétaux marins. Si donc les dépôts marins qui forment le fond se trouvaient subitement asséchés , les lignes indiquées par les bancs de mollusques traceraient, vers le périmètre et les hauts fonds , un plan de repère encore plus sensiblement horizontal que les dépôts eux-mêmes.
liépAts sédUmentalres* — Ces observations sur le nivellement continu du fond des mers par des dépôts sensiblement horizontaux, et sur l'existence des débris organiques qui s*y développent , nous permettront de faire des comparaisons utiles entre les terrains de sédiment des anciennes époques géologi* ques et ceux qui se forment depuis la configuration actuelle des continents.
Les dépôts sédimentaires formés sous nos yeux par érosion et transport comprennent : V des graviers, des cailloux roulés et des sables composés des débris des roches les plus résistantes, telles que les roches quartz^uses ou feldspathiques ; 2** des
limons et des argiles formés par les éléments les plus triturés et par des silicates alumineux.
Lorsque les débris des roches de transport sont en galets assez volumineux, on distingue facilement les roches constituantes et même les provenances de ces roches. Ainsi, dans les alluvions anciennes de la Seine, on trouve en abondance des galets siliceux et calcaires , qui ont évidemment pour origine les terrains traversés par ce fleuve et ses affluents ; on y trouve également des galets granitiques qui appartiennent aux roches du Morvan et de la vallée de l'Yonne. Dans la vallée du Rhône, et jusque parmi les galets des plaines de la Crau, on reconnaît presque toutes les roches dures des Alpes.
Quant aux silicates alumineux qui sont la base des limons et des argiles, ils sont dus soit à la destruction immédiate des roches argileuses préexistantes, soit à la décomposition des roches feldspathiques.
Outre les roches de transport, nous voyons s'en former d'autres par la précipitation de diverses substances dissoutes dans les eaux. Ainsi, certaines eaux déposent des concrétions calcaires, d'autres des concrétions siliceuses; d'autres encore, en s'évaporant, abandonnent des sels solubles, tels que le sel gemme ou le carbonate de soude. Ces divers éléments , tantôt se déposent isolément , et tantôt se mêlent aux sédiments produits par érosion et transport, dont ils agrègent les débris incohérents.
Les dépôts concrétionnés, résultats de précipitations chimiques, se remarquent souvent autour des sources minérales ou thermales. Telles sont les sources de Sainte-Allyre en Auvergne, de Carlsbad, etc., qui incrustent de sédiment calcaire tout ce qui est soumis à leur contact, et abandonnent, en coulant sur le sol, des concrétions qui finissent par constituer des masses rocheuses assez considérables. Les eaux de Sénectaire, en Auvergne , déposent des concrétions siliceuses. Dans beaucoup d'autres sources minérales , il se produit du fer hydroxydé.
DÉPOTS SÉDINENTAIRES. 25
Lorsqu'on cherdie à apprécier Tintensité de ces phénomènes, on les trouve généralement très-faibles et très-lents; mais lorsqu'on en examine les résultats, on est étonné de l'importance des masses minérales auxquelles des actions si lentes ont pu donner naissance. Sous ce rapport, il n'est 'pas de fait plus important à étudier que celui des dépôts et incrustations madréporiques.
Les polypiers abondent dans certaines mers, surtout dans le grand océan Pacifique. Ils se sont développés sur tous les fonds (|ui leur offraient des circonstances convenables de niveau et de température, en sécrétant une matière calcaire qu'ils empruntent aux eaux de la mtr, et dont le volume s'accroît par la succession de leurs générations ; ces concrétions sont connues sous la dénomination de madrépores.
Cette action si lente a suffi pour engendrer des masses considérables ; des îles innombrables se sont élevées au-dessus du niveau de la mer, et les terres émergées se sont bordées de récifs et d'îles madréporiques.
Les polypiers incrustants sont concentrés dans une épaisseur d'eau peu considérable ; à 30 ou 40 mètres de profondeur ils ne peuvent plus exister, et lorsqu'ils sont arrivés à fleur d'eau, c'est le mouvement de la mer qui exhausse leur niveau, en détachant et poussant des débris que les lames entassent suivant certaines lignes. Le niveau des débris madréporiques peut être ainsi élevé de 6 à 6 mètres au plus , au-dessus de la mer, et il est clair que si les eaux de la mer Pacifique venaient à se retirer, les madrépores fourniraient un plan de repère horizontal, indiquant l'ancien niveau qu'elles occupaient.
Si au contraire, les eaux restant en place, le sol était bouleversé par des soulèvements, il résulterait du surexhaussement des madrépores au-dessus du niveau nécessaire à leur développement, et de l'inclinaison plus ou moins forte de leurs bancs, des indications nombreuses, qui viendraient attester les bouleversements subis par le sol.
Ajoutons donc aux dépôts sédimentaires que nous voyons
id PHÉNOMÈNES SUPEnFIClELS.
se former sous nos yeux, les roches calcaires, formées par précipitation chimique ou par l'action des polypiers.
Nous pourrions de même , pour faire apprécier Timportance et le mode de formation d'autres dépôts , citer quelques exemples de concrétions siliceuses produites par certaines eaux minérales , notamment sur les côtes de l'Islande , où des geysers sous-marins abandonnent des éléments siliceux. Enfin , dans certains cas , Tévaporation des eaux d'un lac ou d'un marais laisse à la surface du sol, divers sels solubles, tels que le sel gemme, qui se dépose autour de quelques lacs de l'Algérie , le natron déposé par plusieurs lacs d'Egypte, l'azotate de soude qui existe dans des eaux stagnantes de l'Amérique méridionale. Ces dépôts, assez limités dans leur étendue et dans leur puissance , font cependant concevoir la possibilité d'amas plus épais formés par Tévaporation de masses d'eau plus considérables.
Les roches sédimentaires, celles surtout qui sont dues à des dépôts très-lents , comme les limons et les argiles dont le? éléments tenus en suspension dans les eaux des mers ont été abandonnés sur le fond, comme les concrétions calcaires lentement précipitées des eaux où elles étaient dissoutes, sont caractérisées par des débris organiques appartenant aux polypiers, mollusques et poissons qui ont vécu dans les eaux au fond desquelles elles se sont déposées. Ces roches contiennent encore des débris d'animaux terrestres dont les corps ont été charriés dans les bassins de dépôt.
Ces débris, plus ou moins conservés, constituent ce que l'on appelle les Fossiles.
Dans certains cas même, des débris végétaux se mêlent à ceux des animaux.
Ces fossiles végétaux ont été produits de plusieurs manières : parfois, ce sont des empreintes fournies par les plantes qui ont été moulées dans les roches argileuses ou calcaires, mais , le plus souvent, il y a eu décomposition partielle, et le carbone, isolé par cette décomposition, s'est accumulé en dépôts
DÉPOTS SÊD1MENTA1RES. 37
noirs dans lesquels on reconnaît encore des traces du tissu végétal. La tourbe qui se forme dans certains marécages fournit un exemple de cette demi-conservation des végétaux.
Lorsqu'une lame d'eau de peu d'épaisseur, stagnante ou animée d'un mouvement très-lent, couvre des plaines basses, il se développe sur le fond de ces marécages une végétation aquatique souvent très- active. Les feuilles, les poussières, les bois flottants qui s'amoncellent à la surface, les végétaux qui viennent s'y étendre et s'y entrelacer, ne tardent pas à former un véritable sol , superposé aux eaux, et sur lequel croissent des végétaux terrestres dont les racines vont se mêler aux tiges des végétaux aquatiques. Ce développement de plantes et ce feutrage végétal s'augmentent chaque année ; les parties qui meurent tombent au fond, et l'ensemble ne tarde pas à subir cette demi-décomposition que l'on peut appeler le tourbage des végétaux. Il en résulte des débris charbonneux, bruns ou noirâtres , qui finissent par former une véritable couche sur le fond de la tourbière, tandis que la superficie se couvre d'arbres et présente ce caractère de sol élastique et sonore , bien connu de ceux qui ont parcouru les vastes tourbières de la* Hollande.
Si l'on suppose maintenant' qu'une inondation d'eaux chargées de sables et de limons vienne à couvrir la tourbière , les grands arbres seront renversés , la tourbe et les débris végétaux de toute espèce seront enfouis , et la couche de tourbe sera recouverte d'une couche de sable ou d'argile. Si le premier état de choses se rétablit ensuite, il pourra se produire des alternances de tourbe et de roches de transport, phénomène que nous voyons sur beaucoup de points.
Cet aperçu rapide sur la formation des dépôts par les causes actuelles , démontre combien les phénomènes sédimentaires sont variés et peuvent produire des roches dont les caractères sont différents.
Si maintenant on examine avec attention les roches qui constituent la plus grande partie del'écorce terrestre accessible
à nos recherches, soit que Ton suive les vallées creusées dans les pays montagneux» soit que l'on interroge les excavations artificielles, on reconnaîtra que c^s roches ont en général beaucoup d'analogie avec celles dont nous venons d'indiquer la fornnation par les causes actuelles.
La plupart sont stratifiées en couches distinctes; leur composition est tantôt celle de roches de transport et d'agré* gation, telles que sables et cailloux roulés, grès, poudingues et argiles; tantôt celle de roches de précipitation chimique, telles que calcaires ou quartz. Ces diverses couches alternent entre elles et forment des épaisseurs considérables; quelques-unes contiennent des fossiles, qui rappellent plus on moins les espèces de l'époque actuelle et confirment l'origine sédimentaire de l'ensemble.
Ce premier examen conduit donc à conclure que les masses continentales aujourd'hui émergées au-dessus du niveau des eaux, ont été recouvertes pendant les périodes géologiques précédentes, et qu'elles ont été formées par des actions analogues à celles de la période actuelle.
La grande différence que nous trouvons entre les roches sédimentaires de notre époque et celles des anciennes périodes géologiques c'est que, dans beaucoup de cas, elles ne sont pas horizontales ; leurs lignes de stratification se présentent sous toutes les inclinaisons. Tantôt les angles sont à peine sensibles, et d'autres fois ils dépassent 46*. La même couche offre les inclinaisons les plus variables, et il en est de tellement contournées, que leur section figure*des espèces Je festons ou de zigzags.
Ces caractères, si éloignés des conditions de formation des dépôts actuels , amènent naturellement cette conclusion : les anciennes couches sédimentaires ont été primitivement horizontales, puis soulevées et amenées par des bouleversements dans les positions où nous les voyons aujourd'hui.
Cette hypothèse est appuyée par un grand nombre d'observations, dont quelques-unes sont puisées dans la structure et la composition des couches elles-mêmes.
C'est d'abord l'analogie probable des causes anciennes avec les c .uses actuelles, analogie qui doit exclure la possibilité de résultats aussi différents; c'est ensuitela position des fossiles, si abondants dans certaines couches , et que leur juxtaposition et leur conservation assimilent si complètement aux bancs de mollusques qui existent aujourd'hui dans la mer. Sans aucun doute, ces fossiles ont, dans les temps passés, occupé une zone horizontale et pourtant on les trouve aujourd'hui à des niveaux qui, dans un très-court espace, varient de plusieurs centaines de mètres.
Ajoutons que, dans les couches en stratifications inclinées , on découvre une multitude de cassures , de failles et de déformations qui attestent les bouleversements qui les ont affectées. Enfin, on trouve des preuves de l'horizontalité première, jusque dans les détails de la composition des roches. Ainsi, certaines couches observées dans les Alpes sont principalement formées de galets ovoïdes comme ceux des mers actuelles ; or ces galets sont placés précisément comme s'ils avaient été déposés sur le plan de stratification primitivement horizontal. Les grandes coquilles dont les formes plates ou allongées déterminent à l'avance les conditions de dépôt, se trouvent également placées dans les couches de façon à en démontrer l'horizontalité première.
Les études ultérieures apporteront de nouvelles preuves de cette horizontalité première des dépôts sédimentaires, en indi- (^uant la nature des phénomènes qui ont pu déterminer de pareilles dislocations et créer des continents et des montagnes la où il existait autrefois des mers profondes.
Aeli<
Sur phisîeiirs pi^nts du globe» il se produit des phénomènes I)articulîers dont Taction ignée et intermittente contraste avec l'action sédimentaire et continue des eaux : ce sont les phénomènes volcaniques.
L'action volcanique se manifeste par des tremblements de
:M PWtttÙUÈÎiES SLTEnFICIELS,
terre qui agitent subitement la eurfitcc du suU par dt-s soulèvements et aflaisseinents de certaines pariies de cette surface; par des éruptions ou émissions de roches fondues ; enfin par des phénomènes de détail tels que les sources minérales et thermales, les jets de vapeurs et les émanations des solfatares.
Les volcans sont des montagnes ou des groupes de montagnes qui présentent un ou plusieurs cratères ou orifices par lesquels s'échappent les émanations volcaniques. Au fond de ces cratères , on aperçoit souvent des roches en fusion qui oscillent, et à la surface desquelles viennent crever des ébullitiona gazeuzes qui projettent avec explosion des roches acnrifîées, des pouzzolanes et des cendres. A certaines époques il se produit des éruptions , c'est-à-dire des émissions de laves qui sont rejetées à la surface et coulent à des distances plus ou moins considérables.
Un volcan a généralement la forme d'un cône plus ou moins
régulier, tronque et Icrminé à ta partie supérieure par un cratère plus ou moins profond. La figure 3 représente le Cotopaxi,
volcan des Andes cordillères, dont le cône s'élève au-dessus de la limite des neiges perpétuelles.
Certains volcans ont une action permanente ; tel est celui de Stromboli, qui projette presque constamment des scories et des roches incandescentes ; mais la plupart subissant , après des éruptions violentes, des intervalles de repos pendant lesquels leur activité se borne à l'émission de gaz et de vapeurs. L'éruption d'un volcan paraît être d'autant plus violente que le temps de son repos a été plus long. Lorsqu'en 1779, eut lieu la grande éruption du Vésuve, qui causa tant de ravages, ce volcan semblait complètement éteint ; il paraîtrait même que son cône actuel n'existait pas.
Dans toutes les contrées volcaniques, on rencontre des volcans éteints, en ce sens qu'ils n'ont donné aucun signe d'activité depuis les temps historiques. Il en existe même dans des contrées qui semblent aujourd'hui tout à fait en dehors de ces actions ; tels sont les cônes volcaniques de la chaîne des monts Dômes en Auvergne et de l'Eiffel dans la Prusse rhénane, qui présentent de nombreux cratères et spnt entourés des laves qu'ils ont autrefois déversées.
On compte, sur toute la surface du globe, au moins deux cents volcans ou centres volcaniques en activité. Leurs cônes s*élèvent quelquefois à de grandes hauteurs. Ainsi, le Vésuve a 1198 mètres de hauteur, et l'Etna 3237 mètres ; le pic de Ténériffe atteint 3710 mètres , et cette hauteur considérable est encore dépassée par celle des volcans qui forment les principales sommités des Andes cordillères, tels que le Cotopaxi élevé de 5753 mètres, l'Antisana de 5833 mètres, etc.
Les actions volcaniques donnent naissance à des masses minérales dont les caractères sont tout particuliers.
Ce sont d'abord les montagnes volcaniques elles-mêmes, composées de cendres, de scories, de blocs de laves rejetés par les cratères. Un cône principal et central, comme celui de l'Etna, est souvent entouré d'un grand nombre de cônes à cratères de moindre importance, dont chacun repré^sente une éruption laté-
raie particaliëre. Autour de ces volcans, le sol est exclusivement formé de déjections volcaniques et de laves qui ont parfois coulé à de grandes distances , et dont les épaisseurs superposées , alternant avec des accumulations de cendres et de scories, atteignent des puissances considérables. En 1783 et en 1845, l'Hécla a vomi des laves qui s'étendirent à 75 et 93 kilomètres de distance ; leur épaisseur s'éleva, en plusieurs points, à plus de 100 mètres, et l'un de ces courants de lave représente environ 50 kilomètres cubes.
Les émissions de laves n'atteignent que rarement de pareilles proportions , mais leur succession suf&t pour en entasser des masses considérables. Les éruptions pulvérulentes elles-mêmes peuvent apporter des changements notables à la surface du sol. Ainsi, le Vésuve a plusieurs fois couvert les contrées environnantes d'une épaisseur de cendres de plusieurs mètres. Le volcan de Coseguina dans l'Etat de Guatemala eut, en 1835, une éruption pulvérulente si énergique, que tout le pays fut couvert de cendres et que des navires en forent atteints à plus de 400 kilomètres en mer.
II existe aussi des volcans sous-marins dont l'action s'est fréquemment manifestée aunlessus de la surface des eaux. En 1783, une éruption eut lieu à plusieurs lieues des côtes d'Islande et couvrit la mer d'une quantité de ponces si prodigieuse qu'elles s'étendirent jusqu'à une distance de 200 kilomètres. En 1831 , on vit apparaître une île nouvelle vers les côtes de Sicile, au milieu de tourbillons de vapeurs et de flammes. Lorsque l'éruption fut calmée , on reconnut une montagne de plus de 100 mètres d'élévation , composée de déjections volcaniques accumulées autour d'un cratère central. Cette île, formée de roches incohérentes et incessamment battue par les flots , ne tarda pas à disparaître.
Indépendamment de ces phénomènes qui changent les conditions de composition et de forme de la surface du globe, les contrées volcaniques présentent des cas assez nombreta de soulèvements et d'affaissements du sol.
Ces Roulèvements ont des caractères assez variables. Quelquefois le sol a été bombé de manière à atteindre le maximum de soulèvement vers un centre qui s'est fracturé et qui a donné issue aux actions volcaniques ; telle est T origine du volcan de Jorullo au Mexique.
Le Jorullo occupe une plaine, autrefois cultivée, et arrosée par le Cuitamba et le San-Pedro. Cette plaine fut soulevée en 1759, sur une étendue de quatre milles carrés et suivant le profil ci-joint. Il se forma au centre, après deux mois d'érup-
tions, plusieurs cônes volcaniques, dont le principal est le Jorullo, élevé de plus de 300 mètres, et, sur la surface bombée qui l'entoure , il se produisit des centaines de petits cônes dits homitos, qui émettent des vapeurs. La partie centrale de cette plaine a été soulevée à une hauteur de 160 mètres audessus de son premier niveau.
Les tremblements de terre, qui accompagnent presque toujours les éruptions volcaniques , proviennent évidemment des mêmes causes. Ces commotions précèdent ordinairement l'éruption, et lorsque celle-ci a eu lieu, lorsqu'elle a violemment expulsé les vapeurs, les cendres, les laves et les matières scoriacées, tout rentre dans le calme, comme si le volcan avait fait, en quelque sorte, fonction d'une soupape de sûreté.
Il arrive cependant aussi que les tremblements de terre se produisent isolément et sans l'intervention des phénomènes volcaniques proprement dits. Tel fut celui qui détruisit Lisbonne, en 1755 et se fit sentir dans beaucoup d'autres contrées. Le sol s' entr' ouvrit dans la vallée du Tage , engloutit les eaux du fleuve, puis, se refermant avec violence, les
projeta au-dessus des niveaux les plua élevés qu'elles eussent jamais atteints. Les eaux de la mer éprouvèrent aussi, sur les côtes, les mouvements les plus violents; elles se retirèrent en laissant une partie des côtes à découvert, et revinrent ensuite les couvrir de vaçues immenses. Ces effrayantes perturbations laissent moins de traces que les phénomènes volcaniques, mais elles causent des ravages bien plus sensibles.
Les Calabres, souvent agitées par les tremblements de terre , ont été le théâtre de nombreux phénomènes de fracture du sol, d'affaissements et de soulèvements.
La côte du Chili a subi en 1823 des perturbations analogues ; sur certains points, elle a été soulevée de plusieurs mètres, et l'on peut y observer des terrasses , marquées par des débris de coquilles et par les traces de l'action de la mer, élevées aujourd'hui bien au-dessus de son niveau. Une baie située dans l'île de Santa-Maria et dans laquelle les navires pouvaient autrefois pénétrer sans péril, est devenue impraticable par l'exhaussement de son fond et l'apparition de nombreux écueils.
Sur beaucoup de côtes volcaniques , et notamment celle de Pouzzoles, on a également observé des faits nombreux, qui attestent les oscillations du sol , à la suite de tremblements de terre et de commotions volcaniques.
On doit encore rapporter aux actions volcaniques les sources thermales, minérales et les sources gazeuses qui émettent des vapeurs d'eau, de l'acide carbonique, de lacide sulfureux ou sulfhydrique.
Parmi ces phénomènes , citons les geysers de l'Islande, sources intermittentes d'eau bouillante et de vapeurs d'eau qui s'élancent à des hauteurs considérables et déposent autour d'elles des concrétions siliceuses. Citons également les soffioni de la Toscane, jets de vapeur d'eau, qui sortent avec bruit du sol crevassé et qui sont tellement chargés d'acide borique, qu'on a pu y établir une exploitation de cet acide. Ces
ACTIONS YOLCANIQUES. ' 35
sources thermales et gazeases non-seulement se rencontrent dans les pays volcaniques, mais y sont plus fréquentes et plus énergiques que dans tout autre ; elles doivent être évidemment considérées comme des émanations indirectes et plus éloignées des mêmes actions souterraines.
Lorsqu'un volcan cesse de donner lieu à des éruptions, il passe généralement à l'état de solfatare, c'est-à-dire qu'il n'émet plus qjie des vapeurs, parmi lesquelles celles du soufre et de l'acide sulfureux jouent souvent le rôle le plus apparent. La solfatare de Pouzzoles, celle de Vulcano et celle de la Guadeloupe sont des volcans éteints.
Lorsque les phénomènes volcaniques se sont fait jour i travers des roches antérieures, ils ont exercé sur elles des modifications et des actions minéralogiques très-variées, et leur ont imprimé de nouveaux caractères d'aspect et de composition. Ces roches modifiées sont ce que l'on appelle des roches métamorphiques.
Les roches soumises au contact des laves et des vapeurs i haute température sont généralement devenues plus compactes et plus cristallines ; elles ont été pénétrées de principes adventifis nouveaux, qui ont donné lieu à des espèces minérales particulières, cristallisées dans les fissures et les géodes. Lorsque ces modifications ont été énergiques, il en est résulté une transformation complète de tous les caractères minéralogiques; lorsque, au contraire, elles ont été faibles et mdîrectes , elles n'ont produit que peu d'altérations, et il est facile de reconnaître le type primitif des roches.
Il en est des actions volcaniques comme des actions sédimentaires ; celles de l'époque actuelle sont les derniers termes d'une série de phénomènes qui , à toutes les époques géologiques, ont amené des roches éruptives à la surface, produit des soulèvements, métamorphosé les roches préexistantes et laissé sur la surface du globe les traits géologiques les plus caractérisés.
Les roches éruptives anciennes se retrouvent, en eflfet,.
intercalées dans tous les terrains, en masses bien plus considérables que celles qui sont produites de nos jours.
Ces roches sont faciles à reconnaître par leur composition et les formes de leurs masses. Leur composition en feldspaths, pyroxènes, amphiboles, etc., leur tissu cristallin, Tabsence de stratification , enfin leurs contours massifs en pitons éruptifs, ou en dykes qui coupent les roches préexistantes, sont autant de traits caractéristiques qui les distinguent des . roches sédimentaires. Les circonstances de leur gisement dévoilent les analogies les plus frappantes avec les roches actuellement produites par les actions volcaniques, de telle sorte que les caractères de composition, de forme et de gisement se réunissent pour faire considérer les granités , les porphyres , les serpentines , les trachy tes , les basaltes comme les roches éruptives des périodes passées.
Formation des montaf^eB. — Si , dans une contrée volcanique et sur les flancs d'une montagne dont le centre serait occupé par un volcan , brûlant ou éteint , nous trouvions des couches alluviales soulevées à des hauteurs considérables , et dont les strates présenteraient des inclinaisons incompatibles avec leur mode de formation , nous n'hésiterions pas à déclarer que ces couches , autrefois horizontales et submergées, ont été amenées dans cette position anomale par les phénomènes éruptifs. Il en doit être de même pour les roches sédimentaires des anciennes périodes géologiques. Lorsque nous les verrons redressées, sous des angles considérables, soulevées à de grandes hauteurs et constituant des montagnes; lorsque nous aurons reconnu que leurs points culminants sont formés par des granités , des porphyres , des serpentines, des trachytes ou des basaltes, nous serons conduits à considérer ces points comme des centres de soulèvement, et les roches éruptives qui les constituent comme ayant déterminé, dans les dépôts sédimentaires, les phénomènes d'altitude et d'inclinaison dont aucune autre hypothèse ne pourrait rendre compte.