CONGLOMÉRAT
A l'est de Boulay Bay, sous la Tète des Houg-ues, entre les porphyres et le conglomérat , s'intercale une brèche identique, dans la pâte et les fragments, au porphyre sur le pied duquel elle repose. Ici où là se rencontrent des blocs couchés à plat , dans le sens de l'inclinaison des porphyres et pesant plusieurs centaines de kilogrammes; mais la plupart des fragments dépassent à peine le volume d'une grosse noix. Tous entièrement anguleux, ^s semblent avoir été simplement formés sur place (1). La puissance de ce premier dépôt est de quatre à cinq mètres avec une inclinaison d'une quarantaine de degrés.
Ensuite , sur une même épaisseur, se superpose une série de couches alternantes de gravier et d'une terre rouge argilo-siliceuse. Quelques grains de gravier sont déjà un peu roulés. L'épaisseur de chaque couche est d'abord de deux ou trois centimètres ; mais bientôt le gravier augmente de grain et d'épaisseur, l'argile diminue , et finalement le passage au conglomérat , sans être brusque, se manifeste d'une manière assez tranchée. .Vlors la composition chimique elle-même est très nettement modifiée : dans les dix premiers mètres de soubassement, la composition est porphyrique, et c'est à peine si dans la seconde moitié apparaissent quelques grains de schiste roulé. Mais dès qu'arrivent
(t) Il est probable que celte brèche est saas relation avec le congiomérat. Elle se sera formée à la surface des porphyres au moment de leur éruplion.
les éléments ordinaires du conglomérat, avec les morceaux de porphyre déjà roulés, se montrent à peu près également les schistes et les blocs de granité , dont quelques-uns ne pèsent pas moins d'une tonne. A une plus grande distance du massif éruptif , les porphyres sont moins abondants et cèdent presque complètement la place aux schistes; les granités eux-mêmes se rencontrent moins souvent aux environs de Rozel, et beaucoup moins encore du côté de Sainte-Catherine. Je dirai plus loin, comment, selon moi, s'est produite cette remarquable formation.
La tranchée de la route creusée sur le flanc de la colline, dans la vallée qui descend de l'Étaquerel à Rozel , laisse apercevoir au-dessous de Carmel Chapel, une série de couches alternantes de gravier et d'argile, analogues à celles de la Tète des Hougues. Mais ici l'ensemble ne dépasse pas deux mètres d'épaisseur et c'est la partie argilo-schisteuse qui domine. Quelques autres petites traînées de même apparence se voient encore, quoique très rarement, le long des talus des chemins creusés dans le conglomérat. Des remous locaux, dans les eaux où se faisait le dépôt, expliquent suffisamment ces particularités.
.l'ai essayé par les plus basses marées de découvrir tes assises inférieures du conglomérat et je n'ai pu y parvenir. Ce qui me parait le phis probable, c'est qu'il ne repose pas sur le granité au moins immédiatement. D'abord le long de la marge opposée à la mer, il s'ap-
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puie sur le porphyre, comme il a été dit plus haut; de plus, près du manoh* de Rozel, le vallon du parc laisse voir à nu le porphyre argileux sous le poudingue , et deux cents mètres plus bas, en descendant la vallée du fief, le schiste stratifié affleure dans la prairie, sur une longueur d'une vingtaine de mètres. Je suis donc porté à croire que le conglomérat repose sur les schistes naturels ou métamorphiques.
On peut remarquer sur la carte qu'il reste un pâté assez considérable de poudingue dans la vallée, entre la Trinité et Boulay Bay. Par tout son contour, et vraisemblablement aussi par sa base, il est limité dans une dépression du porphyre. Le bord inférieur de cette sorte de cuvette porphyrique constitue un petit seuil dans la vallée , à l'endroit où la route tournante de Rock Mount travei'se le ruisseau. Au même endroit, sur les deux versants de la vallée, le conglomérat a été exploité comme gravier; et la carrière du coteau nord , malgré les éboulis , montre nettement les couches successives d'un argiloschiste rose et d'un grès porphyrique très grossier. C'est comme disposition et nature chimique une sorte de répétition des premières assises du conglomérat à la Tête des Hougues (1).
(1) H faut rapporter à cet endroit ce que dit Ansted de petits dép<>ls d'un beau grès rouge à bandes argileuses, sur le bord de la roule qui descend à Boulay Bay : « On thc desccnt of the carriage road to Boulay Bay, Iherc arc sniall deposits of very fine red sand-stone, wiith
Un peu plus au nord , à Vicart Harbour, le conglomérat se montre encore appuyé sur le porphyre et le chloritoscliiste ; il constitue une bonne partie de la côte connue sous le nom de Long Bank, et pénètre jusqu'au vallon de Petit-Port. 11 s'avance aussi un peu en pointe dans le havre , et la Pierre aux Fées lui appartient. C'est une masse pesant une trentaine de tonnes. Elle a en moyenne 4 mètres de long sur 3 de large et 1'", 30 d'épaisseur. Elle repose horizontalement sur le rocher et sur trois blocs du môme conglomérat, et elle n'est guère élevée que de 60 centimètres au-dessus du sol.
Au pied de la falaise, le poudingue ne se trouve plus qu'à l'état d'éboulis; mais on voit encore en place cette brèche porphyrique et ces dépôts argileux que je viens de signaler de l'autre côté de la colline et à la Tète des Hougues. Ici les strates ont cela de particulier qu'elles sont pénétrées de traînées chloritoschisteuses dont l'origine est d'ailleurs évidente en présence du chloritoscliiste.
clayey bands. » — C'est sans doute aussi ce lopin de grè» qu'il a figuré dans son petit croquis d'une coupe de l'île. Il suppose que ces bandes sont presque horizontales, et il les regarde comme modernes. Elles ont dû se produire, dit-il, avant ou durant la dernière grande élévation, car elles sont très élevées au-dessus du niveau actuel de la mer. — En effet, elles le dépassent au moins de soixante mètres; mais elles ne sont pas i)lus liorizontales que le reste du conglomérat : elles suivent la [)entc du porphyre qui leur sert d'appui. Loin donc de les regarder comme modernes, j'assimile ces bandes à celles de la Tète des llongues situées de l'autre côté de la baie, et je les considère comme les premières couches du conglomérat lui-môme.