‹ Géologie de JerseyChapitre 2 sur 38 · PRÉJUGÉS OUI ONT COURS · texte numérisé non relu

PRÉJUGÉS OUI ONT COURS

Quelques écrivains n'ayant qu'incidemment l'occasion de parler de Jersey, ou manquant du loisir nécessaire à une étude personnelle, ont naturellement suivi l'indication de la carte géologique de France, qui pré-

(1) BuUeiin de laSocii'té géologique de FraHCe, 28 janvier 18Si. Le travail do M. de Lapparent a été reproduit en 1885 dans le Bulletin de la Société Jersiaise d'archéologie.

sente l'Ile comme formée de deux parties à peu près ég-ales, l'une granitique regardant la Bretagne et l'autre de transition en face de la Normandie (1). Ils ont été ainsi amenés à affirmer la ressemblance, quelques-uns même l'identité, des terrains de transition de l'est de l'Ile avec ceux du Cotentin, et des roches granitiques de l'ouest avec les gneiss et les micaschisteè des côtes malouines. « Si Jersey, dit l'un d'eux, a, dans sa lutte contre la mer, gardé quelques lambeaux de schiste, ce n'est que dans sa partie orientale (2). » Or cette distribution n'est pas fondée, puisque les schistes naturels ou métamorphiques se trouvent à Jersey un peu partout, mais surtout au sud et à l'ouest, c'est-àdire précisément à l'opposé de la Normandie. On peut s'en convaincre en jetant les yeux sur notre carte. Ansted est du reste très précis sur ce point : « Tn the western side is chiefly shale or imperfect slate, and on the eastern side some variety of quartz rock. »

Le granité de Jersey ne répond pas davantage au gneiss et au micaschiste de Saint-Malo. D'abord dans l'ile il n'y a pas de gneiss, j'entends in situ; car il m'est arrivé d'en rencontrer quelques échantillons dans un jardin de Sainte-Marie. La singularité de leur aspect les

(1) Celle carte de France est de 1840. Les' géologues français en publient maintenant une nourelle pour laquelle ils mont fait l'honneur de nie demander les indications relatives à Jersey, Guernesey el Aurigny; mais je n'ai pas eu l'occasion d'étudier ces deux dernières lies comme celle dont je présente aujourd'hui la monographie.

(? Les Mouvements du sol, par M. A. Chèrremont.

avait fait employer comme pierre d'ornement. J'ai appris de celui qui les avait apportés de Saint-Hélier, qu'ils avaient servi de lest à un navire venant de Rio- Janeiro. Un naturaliste de Jersey m'en a indiqué six autres échantillons de deux à trois décimètres carrés de surface, distribués symétriquement dans les piliers d'entrée, au château de Rock Berg. J'ignore la provenance de ces derniers échantillons, mais leur seul mode d'emploi montre assez qu'à Jersey le gneiss n'est pas considéré comme une pierre commune. J'avoue pourtant qu'il n'est pas nécessaire pour s'en procurer de le faire venir d'Amérique, puisque Saint-Malo et Dinard sont tout près de Jersey. Quant aux quelques veines des carrières du Portelet simulant le gneiss, il est visible qu'elles ne diffèrent de l'ensemble des granités porphyroïdes que par de légères injections de diabase. Enfin les granités de Jersey rappellent si peu le gneiss, que M. E. Duprey, secrétaire de la Société Jersiaise d'archéologie , a pu signaler comme un fait extraordinaire la rencontre de lambeaux épars d'une roche présentant avec le gneiss quelque ressemblance. On les trouve de 50 à 100 mètres à l'ouest de la Motte. Faut-il y voir un reste de filon de granité étiré ou une enclave gneissique amenée des profondeurs par l'éruption dioritique, c'est ce que l'état de dislocation des roches n'a pas permis de définir (1).

(I) Dans le courant du mois de mai 1885, un navire venant du Brésil a déchargé au quai de Saint-Hélier un lest de tr(>s beau gneiss. On en

Le mi'casc/iiste de Saint-Malo rappelle-t-il mieux les roches de Jersey? Transon a remarqué au Mont de la Ville une veine micacée qu'il regarde comme de la minette, il en manifeste son étonnement. « 11 est, ditil, fort remarquable de trouver ainsi le mica en roche dans une lie où cette substance fait en quelque sorte défaut à ses associations naturelles, y étant presque constamment remplacé par Thornblende. » J'avoue <jue cette appréciation, qui est aussi celle d'Ansted, est un peu forcée; j'ajoute même que cette veine presque ♦ ntièrement composée de mica est loin d'être unique. Mais cette réserve faite, il me parait suffisamment ressortir de l'observation de Transon que les roches granitiques de Jersey ne rappellent en rien les micaschistes de l'embouchure de la Rance.

a transporté de douze à quinze tonnes aux environs du Pelit-Ménagedans la Vingtaine de Pclile-Longueville. II a en général le grain On et les strates bien régulières; parfois cependant on y trouve empilées de larges plaques de mica brun-marron, distribuées irrégulièrement dans une masse granuleuse de feldspath et de quartz, ou bien encore implantées dans de beaux cristaux de feldspath rose-chair. On vient de se servir de celte roche iHJur réparer quelques murs de clôture auprès de Gros- Puits.

1** ASPECT GÉNÉRAL DE l'iLE.

Jersey forme une sorte de rectangle de 17 kilomètres de long sur 9 de large (1). La petite dimension est du nord au sud. L'ouest est terminé par une grande baie en forme de croissant ; une autre, en demi-lune, occupe le centre de la côte méridionale sur un tiers environ de sa longueur; les deux autres tiers sont formés chacun de deux baies de moindre importance. Le nord en compte trois principales, et l'est deux seulement.

La côte nord est la plus élevée : elle atteint vers la Belle-Houguel 48 mètres, tandis que Noirmont, qui domine au sud, ne dépasse guère la moitié de cette hauteur. Ainsi la pente est générale vers le sud et c'est de ce côté, surtout dans la baie de Saint-Aubin, que s'ouvrent les principales vallées. A l'ouest, le cours d'eau

(1) Un des points remarquables de Jersey, la Tour du Prince, est A 4<'24'5"0. de Paris, ou 2" 3' 51 O. de (îreenwich, ce qui donne un retard de l?"» 36' ou 8"» 15» sur les heures officielles. Sa latitude est 49' 12 i ; celle de Paris (Panthéon) , 48° 50 49", et celle de Londres (Saint-Paul). 510 30 49 '.

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