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FORMATION DES BAIES

une petite pyramide et, à quelque distance, un léger affleurement, tous deuxdesimple schiste. Or, il n'est pas croyable qu'une pierre de cette nature ait pu demeurer bien élevée, tandis que tout le reste disparaissait autour d'elle. Aujourd'hui que l'ensemble de la plage est recouvert de sable , on comprend que la destruction des quelques pics émergés se soit bien ralentie : la mer n'a plus à lancer contre eux son ancienne mitraille de galets , mais seulement une matière fine , assez vaseuse et sans consistance.

Le fond de la baie de Grouville montre également le schiste comme falaise de l'ancien rivage; et la même roche borde encore les parties rentrantes de la côte au-dessus de Gorey. A l'époque où se creusaient les baies, Montorgueil était, au moins amer haute, séparé de la terre ferme par une ouverture percée dans le schiste et remplie depuis, selon toute apparence, par la main de l'homme lui-même.

Le fond d'Anne-Port est un schiste très peu métamorphique et par suite n'offrant aux vagues qu'une faible résistance.

Les baies de Sainte-Catherine, de Rozel et deBoulay s'expliquent naturellement par l'ablation du conglomérat. Pour les deux premières, les preuves en sont évidentes; mais l'assertion peut paraître moins fondée en ce qui concerne Boulay Bay. Elle deviendra plus plausible, si on observe la marche de la destruction entre l'Étaquerel et la Tête des Hougues. La roche a

deux étages : l'un, terrasse de haute mer, est miné à marée montante; et l'autre, c'est-à-dire la falaise ellemême, abandonne d'énormes blocs au choc de la mer haute. Or cette plate-forme ou terrasse inférieure, si profondément ravinée sous nos yeux, aussi bien que la côte au pied de laquelle s'entassent les éboulis, a dû reculer considérablement tandis que se creusaient d'immenses baies comme celles de Saint-Ouen et de Saint-Aubin. Du reste sur ce point nous n'en sommes pas réduits à des simples raisonnements ; car en face de l'Étaquerel, dans la baie même qui nous occupe, et un peu plus au nord, derrière la Tour de Rozel, le poudingue a laissé à plusieurs centaines de mètres de la côte, de larges plateaux qui témoignent de son ancienne étendue. Si donc on tient compte de l'action actuelle de la mer sur le conglomérat et de la nature ébouleuse de cette roche, on admettra sans peine qu'il couvrait autrefois tout Boulay Bay, Le pâté qui se voit encore encaissé dans les porphyres entre la Trinité et la baie, avec ce qu'il en reste à Long Bank et à Vicart Harbour, m'amène môme à conclure que cette formation si remarquable occupait tout l'espace compris entre la Tour de Rozel et Petit-Port.

A l'est de la Belle-Hougue s'ouvre l'anse des Rouaux, creusée dans le schiste. Elle se serait avancée un pou plus loin dans les terres sans la barrière de spilite assez dure qui l'a protégée à l'extérieur.

La grande baie constituée par les deux anses parti-

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culières de Havre-Giffard et de Bonne-Nuit, est analogue, dans sa formation, à celle de Boulay Bay : l'une et l'autre se sont creusées et s'élargissent encore chaque jour, par la démolition de leur falaise orientale. Le inétamorpliLsme de la Belle-Hougue est en effet assez peu marqué du côté de Havre-Gififard ; c'est au point que sur le gros rocher qui longe la côte, on reconnaît encore les couches distinctes du schiste grauwacke et du schiste lydien. Si on joint à ce manque de consistance, l'exposition aux vents d'ouest, on comprendra combien cette falaise se sera laissé entamer, quand l'extrémité de la pointe elle-même, malgré sa dureté, a disparu, sur une si grande longueur. D'ailleurs quelques restes de schiste sur le versant central de Havre- Giffard, et une large bande de la même roche pénétrant, à l'ouest du fort de la Crête, jusqu'au milieu de la grève de Bonne-Nuit, ne permettent aucun doute sur la présence ancienne de la formation sédimentaire dans toute cette baie. Elle doit donc, comme la plupart des autres, son existence à la disparition des schistes naturels ou métamorphiques.

Pour la grève du Lecq, ce qui s'y est conservé des anciennes roches est traversé par une veine de diabase. Plusieurs veines semblables, parallèles entre elles, auraient eu précisément pour effet de produire cet enfoncement ; mais on est réduit à des suppositions à cet égard. Enfin, comme il serait fastidieux de chercher à assigner la cause immédiate de toute sinuosité de

la côte, qu'il suffise de dire en général que rien n'oblige un terrain éruptif s'épanchant à travers les schistes, d'aligner ses bords comme au cordeau. Si donc, dans la suite des temps, la mer vient à emporter la roche friable, le rivage se trouvera naturellement accidenté, en suivant les contours de la roche la plus dure.

Quoi qu'il en soit, les faits prouvent que si Jersey n'avait été composé que de conglomérat et de schiste, son histoire serait demeurée à jamais inconnue; car depuis bien des siècles les derniers vestiges de ces roches auraient disparu. Pour nous qui savons que rien n'est dû au hasard, nous remercions Dieu d'avoir établi des forteresses et des murailles plus solides autour de cette terre, pour la conserver à ses habitants et à leurs hôtes. Faut-il en conclure qu'au milieu de ces destructions, les granités sont restés immobiles et intacts? Cela est bon en poésie; mais en géologie rien ne résiste même à l'air le plus calme, au chmat le plus doux ; combien moins aux vents déchaînés des tempêtes et aux vagues d'une mer en furie?

Il est vrai que les caps granitiques de l'Ile demeurent là coq^e des forts avancés, où vient se briser la violence des assauts livrés aux côtes par les éléments conjarés; mais les ouvrages extérieurs ont été emportés, et leurs fondements sont assez visibles à mer basse, pour que personne ne puisse s'y méprendre. Que sont autre chose tous ces rochers qui hérissent les abords de

CKEUSEMENT DES VALLÉES. 100

rUe, de la tour Seymoiir à Elizabeth Castle, et ces écueils (jui longent les côtes du sud, de Noirmont au phare de Corbière , et cette ancienne terrasse de mer l)asse, attaquée maintenant à mer haute entre Corl>ière et la Rocco? Au nord-ouest et au nord, la mer •st plus profonde; mais il est évident, d'après ce que nous voyons de nos yeux, que là encore elle n'est point restée inactive dans le passé. A Grosnez , par exemple, la profondeur de l'eau, à marée basse, n'est pas inférieure à 12 mètres, et les blocs tombés des hauteurs, au lieu de s'accumuler sur le fond pour protéger la pointe au moins durant cpielque temps, sont emportés par les courants , et laissent sans défense le pied toujours accore de la falaise.

Tant que la mer gardera son niveau actuel , la côte pourra ne pas varier sur les plages du sud, sauf l'émiettement des écueils et l'accumulation des sables; mais au nord elle reculera nécessairement. C'est par bonheur de ce côté que se dressent les remparts les plus résistants.

k" VALLÉES.

La distribution des vallées à la surface cteJersey montre qu'à l'époque de leur creusement, l'arête granitique et porphyrique qui court de Grosnez au moulin de Rozel s'était déjà dessinée, et qu'elle constituait une ligne de partage entre les eaux du nord et

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celles du sud. Ces dernières étaient elles-mêmes réparties entre les deux bassins de Saint-Ouen et de Saint- Aubin par le massif granitique de Saint-Brelade.

Aucune des vallées ne coupe Tile en son entier, et, par suite , quelque longueur qu'il plaise de leur supposer à l'origine , la portion que nous en connaissons ne peut être que leur tronçon supérieur. L'étude que nous allons faire du mode de creusement est donc indépendante de toute hypothèse sur l'ancienne étendue des terres autour du centre que nous occupons.

Les précipitations atmosphériques qui suivirent l'émersion de l'ile, durent avoir une action fort lente dans cet espace resserré , et sur ce sol pierreux ou tout au plus couvert, à la longue, d'une mince couche d'argile. Cependant le ruissellement, favorisé par l'imperméabilité de la surface et par le peu de développement de la végétation, si tant est qu'elle eiU déjà commencé sur cette terre nouvelle , produisit de petits ruisseaux. Ils convergèrent vers quelque pente ou gorge laissée par la mer comme une amorce au creusement de la vallée future ; et les légers affouillements auxquels ils donnèrent lieu , tracèrent dès lors le plan de ces découpures ramifiées qui ajoutent tant de variété et de charme aux berges de chaque vallée principale.

Si nous cherchons maintenant où, de préférence, ont dû se préparer ces amorces des vallées , leur place nous apparaîtra naturellement marquée dans les

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