FORMATION DES DUNES
furent recouvertes, et que le sol eut perdu avec sa vég^étation, la facilité de fixer le sable , les tourbillons de l'arène desséchée, comme il arrive encore parfois aux jours de grand vent, franchirent les falaises et se dispersèrent sur les coteauv. Quoique l'histoire ne fasse remonter les premières dunes, dignes de ce nom, qu'à la fin du quinzième siècle , il est à croire qu'elles ont commencé avant cette époque, dans la région des Quenvais, tant les circonstances sont favorables à l'afflux et à la marche des sables sur cette partie de la côte.
La disposition même des lieux permet de suivre cet envahissement dans toutes ses particularités. Le plateau schisteux de l'Étacq, occupant presque toute la grève jusqu'au niveau de mer basse, ne laisse aucune prise à l'action desséchante du soleil et au souffle du vent dans la partie nord de la baie. C'est pourquoi les collines, contre lesquelles s'appuie le village, ont été complètement préservées. En face de la cueillette des Crantez, l'estran s'aplanit et les rochers n'offrent plus qu'une étroite barrière au sable affluant du sud-ouest ; aussi toute cette partie de la côte jusqu'à la vallée de l'Étacq, sauf la pointe rocheuse de laThiébaut, a-t-elle été recouverte. [^ sable a remonté la pente assez douce des Manières , mais il a surtout pénétré par l'ouverture du vallon de la Ville au Bas.
Les collines qui suivent vers le sud jusqu'aux Barracks de Saint-Pierre, bien que répondant à une partie de la grève encore plus ouverte, sont cependant
demeurées indemnes; car elles sont séparées de la mer par l'immense étang- du seigneur et par toute la région basse et humide du val de la Mare , où le ruisseau de la grande vallée déverse ses eaux : conditions absolument contraires au développement des dunes. Tout cet espace lui-même , inférieur en bien des points au niveau des hautes marées, n'a pu être comblé par le sable venant du large ; car l'eau filtre à travers le cordon littoral et se répand en éventail sur la plage légèrement inclinée : d'où il résulte non seulement que cette grève est impropre à fournir elle-même le sable des dunes, mais que de plus elle arrête celui qui, poussé du nord-ouest et du sud-ouest, vient passer obliquement sur elle.
Au sud de la baie , au contraire , tout concourt à la formation d'un petit Sahara. La grève est entièrement dégarnie de rochers ; le ruisseau des Quenvais est sans importance ; le vent du nord-ouest est ordinirairement sec, et, en tout cas, le moins pluvieux des vents de mer. De plus, refoulé par les barrières que lui opposent au sud les hauteurs de la Rocco et de la colline dite du Noir-Côtil , il s'engouffre comme dans un entonnoir, à l'entrée du vallon des Quenvais, derrière le mont de la Brune. C'est par cette ouverture qu'il a soulevé d'immenses amas de sable sur les plateaux. De là , selon la direction changeante du vent , les dunes se sont propagées à l'est ou au sud. C'est bien le « blown sand » , sable soufflé, des géologues anglais.