‹ Géologie du Sahel d'AlgerChapitre 11 sur 21 · MIOCÈNE MOYEN · texte numérisé non relu

MIOCÈNE MOYEN

moules internes représentant surtout des tellines et de grosses panopées, ce qui accroît d’autant leur analogie avec les sables pliocènes. Mais j’y ai trouvé des fragments de clypéastres, et la présence de YOstrea crassissima y a été signalée. J’ajoute que ce faciès pliocène auquel je fais allusion n’est pas spécial au gisement de l’Harracli ; M. Pomel l’a constaté souvent ailleurs. Ce n’est donc là qu’une apparence. (Yoy.pl. III, fuj. 8.)

Après l’Harrach, le Miocène moyen disparaît pour ne plus se montrer dans ma zone limite qu’au Camp-des-Guêtres, où il est représenté par des grès argileux remplis de coraux et appartenant à la deuxième assise (calcaire à mélobésies), et au pied de la montagne de Zurich, sur la route qui mène actuellement de ce village à celui de Marceau. Là, le Miocène moyen consiste exceptionnellement en un conglomérat épais, formé de gros éléments roulés et renfermant en grand nombre des clypéastres, de très grands peignes et une huître épaisse et courte qui est peut-être une variété de l’O. crassissima. C’est encore l’assise du calcaire à mélobésies.

Ce dernier lambeau et celui du Camp-des-Guêtres reposent sur le Crétacé supérieur.

De ce qui précède, il résulte que le Miocène moyen (Helvétien de M. Pomel) que j’ai rencontré dans ma région sahélienne, ne se montre que sur la zone montagneuse limitrophe du Sahel proprement dit et qu’il n’y est représenté que par des équivalents des trois assises supérieures, la plus ancienne y faisant absolument défaut. J’ai fait remarquer en outre qu’il repose indifféremment sur le Crétacé, l’Eocène supérieur ou le Miocène inférieur.

TERRAINS TERTIAIRES

Miocène supérieur. — L’étage qui succède au précédent se montre au contraire exclusivement dans le Sahel proprement dit. Il ne fait point partie de l’Atlas aux pieds duquel il reste en quelque sorte confiné. Mais en revanche il forme la majeure partie du massif sahélien, c’est-à-dire de la petite chaîne qui s’étend, comme un bourrelet, le long de la cote, depuis Alger jusqu’au djebel Chénoua, sur une longueur de plus de 80 kilomètres.

Immédiatement au-dessus des grès et sables du Miocène inférieur (Cartennien) que j’ai décrits dans le Sahel, apparaît une marne bleue ou jaunâtre, homogène, compacte, très résistante par les temps secs et extrêmement glissante lorsqu'elle a été détrempée par les pluies. Elle doit à sa grande plasticité d’être exploitée activement pour la fabrication de la tuile et surtout de la brique.

Cette marne, qui n’alterne avec aucun banc gréseux ou calcaire , est caractérisée par son faciès spécial , qui permet difficilement de la confondre avec celle du Miocène moyen et encore moins avec la marne du Miocène inférieur. Ce caractère est précieux pour délimiter les trois étages, là où ils sont associés et représentés presque uniquement par leurs assises marneuses.

La marne dont je parle repose, dans le Sahel, en discordance de stratification, le plus souvent transgressive, tantôt sur les grès ou sables cartenniens (voy. pl. Il, fig. 4), tantôt sur les roches azoïques. Son dépôt a eu lieu certainement après un mouvement d’affaissement du sol qui la supporte, car, même après les dénudations quelle a subies, ses couches s’étendent,

MIOCÈNE SUPÉRIEUR

sur plusieurs points, au-delà des limites des grès miocènes sous-jacents.

Le fond de mer sur lequel elle s’est déposée devait être très accidenté ; en d’autres termes, elle a rempli des dépressions étroites et profondes, car, à des distances très faibles, elle offre des différences d’épaisseur considérables. C’est au point que certains sondages, poussés jusqu’à plus de 180 mètres, n’ont pu la traverser totalement, tandis que d’autres ont rencontré les grès cartenniens ou les micaschistes à 10 ou 20 mètres.

Ses affleurements occupent d’assez vastes surfaces, et, je le répète, on peut dire qu’elle entre pour la plus large part dans la composition du massif du Sahel.

Les formations qui la recouvrent sont en général peu épaisses ; aussi se montre-t-elle dans la plupart des ravins un peu profonds, dus aux derniers phénomènes d’érosion. Ses plus importants gisements constituent en majeure partie les territoires de Dély-Ibrahim, d’El-Achour, de l’Ouled-Fayet, de Saint- Ferdinand et de Maëlma. Au-delà duMazafran, ses affleurements deviennent rares, mais on l’observe encore de loin en loin, un peu au sud de Chaïba, sur la côte au-delà de Bérard, où elle est afifouillée par la mer, enfin aux environs de Tipaza ; de sorte qu’on peut affirmer qu’elle forme une couche continue et qu’elle est la véritable base de tout le Sahel.

En dehors de ses deux éléments essentiels, l’argile et le calcaire, la marne dont je parle contient un peu de chlorure de sodium et une assez forte proportion de gypse.

Le gypse y existe normalement, à un état qu’on pourrait appeler diffus ; c’est ce qui explique pourquoi on le trouve

T K H R AINS TERTI A IRES

dans toutes les eaux qui ont imprégné pendant un certain temps la marne.

Lorsque les circonstances l’ont permis, et le phénomène a été fréquent, le gypse s’est consolidé et a pris la forme trapézienne bien connue, ou bien la forme lenticulaire, ou bien celle de plaquettes irrégulières. Ses cristaux, parfois très nombreux, seraient d’une limpidité parfaite, s’ils n’étaient troublés par des inclusions de marne, qui s’y montrent en grumeaux ou en traînées de poussière. J’en ai vu quelques-uns qui avaient englobé totalement de petits fragments de bois.

11 est évident que ces consolidations gypseuses sont postérieures au dépôt de la marne, et ma conviction est qu’elles se continuent encore de nos jours.

Ce fait assez remarquable n’est d’ailleurs pas isolé. M. Pomel a rapporté des environs de Constantine des coquilles d7 lelix, qu’il a trouvées ensevelies dans des couches limoneuses dont l’âge est probablement miocène. Ces coquilles sont, pour la plupart, remplies par du gypse en masse cristalline, qui les a intérieurement moulées, ou en cristaux parfaitement nets. On dirait que les cristaux, en grossissant, ont tantôt simplement fêlé la coquille, tantôt l’ont brisée et traversée de dedans en dehors.

Il y a plus : parmi ces Hélix , quelques-unes m’ont surpris par leur poids exagéré. J’ai alors soupçonné qu’elles contenaient, comme niatière de remplissage, une substance autre que le gypse. L’analyse m’a, en effet, montré que cette substance était de la strontiane sulfatée pure, compacte et translucide, état, soit dit en passant, sous lequel se présente assez rarement la célestine.

Je pourrais citer encore d’autres faits analogues, tels, par

MIOCÈNE SUPÉRIEUR

exemple, que le remplissage, par de la chaux carbonatée cristallisée, de coquilles vivantes, appartenant aux genres Iïelix et Bulimus, et enterrées dans des alluvions actuelles ; mais ces faits n’ajouteraient rien à la certitude parfaitement acquise qu’une foule d’espèces minérales se constituent de nos jours à l’état solide, comme elles l’ont fait, à toutes les époques géologiques antérieures.

L’examen microscopique de la marne m’a montré qu’elle renferme tout un monde de foraminifères. Ces petits êtres appartiennent principalement aux groupes des globigérines, des Lagena, etc. Leur étude ne manquerait point d’être intéressante, mais demanderait un temps considérable que je ne suis pas présentement en mesure de lui consacrer.

En dehors des foraminifères, la marne ne contient que peu ou point de fossiles, et cela doit surtout provenir de ce qu’elle constitue un milieu très défavorable à la conservation des restes organiques. Dans tout le Sahel, je n’ai trouvé que trois points pouvant être considérés comme des gisements fossilifères, et encore les fossiles n’y sont-ils qu’en fort mauvais état.

Le premier de ces gisements est situé sur la route et à quelques cents mètres au nord-est du Dépôt de mendicité, près Chéraga. Là, on trouve dans la marne une multitude de petites concrétions de fer oxydé hydraté, et, parmi ces concrétions, des fossiles eux-mêmes entièrement transformés en limonite. Ces fossiles, par suite du phénomène de pseudomorphose qui les a affectés, ont à peu près tous perdu leurs caractères spécifiques, et l’on ne peut plus guère déterminer que les genres auxquels ils appartiennent. Les mieux conservés sont des polypiers simples.

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A l’oued Beni-Messous, à Dély-Ibrahim, El-Achour, et pour ainsi dire partout, la marne contient, avec les memes concrétions, des fossiles ferrugineux semblables ; mais ils y sont beaucoup plus rares et encore moins bien conservés.

Le second gisement est près d’Alger, au lieu dit « le Huisseau », où la marne, à la faveur d’une faille, montre un léger pointement que son peu d’étendue m’a empêché de marquer sur ma carte. Là, les fossiles sont assez abondants; mais malheureusement ils n’existent qu’à l’état de moules, ou pour mieux dire d’empreintes, qui ne se prêtent encore qu’à des détermina lions génériques. Les oursins du genre Brissopsis y sont particulièrement nombreux.

Enfin, le troisième gisement est situé au delà de Koléa, à 700 mètres environ au sud du hameau de Chaïba. Les fossiles s’y présentent exactement dans les mômes conditions et dans le même état qu’au Ruisseau, et les Brissopsis s’y font encore remarquer par leur abondance relative.

Voici la liste des genres et espèces qu’il m’a été possible de reconnaître, parmi les échantillons que j’ai recueillis :

GENRES

ESPÈCES

AUTEURS

LOCALITÉS

OBSERVATIONS

Polypiers

Flabellum

Chéraga (Dépôt de mendicité)

Transformé en limonite.

Très abondant.

MIOCÈNE SUPÉRIEUR

GENRES

ESPÈCES

AUTEURS

LOCALITÉS

OBSERVATIONS

Echinides

Brissopsis

saheliensis

Pomel

Le Ruisseau

Empreinte avec une assez grande partie du test.

Chaïba

id.

ovatus

Pomel

id.

id.

Lamellibranches

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