CHAPITRE VI
TERRAIN SECONDAIRE
Nous avons exposé dans Y Introduction les motifs qui devaient nous faire insister d’une manière plus particulière sur l’étude du terrain de transition et ceux qui nous permettaient'au contraire de passer plus rapidement sur ce qui concerne les terrains plus récents; nous n’y reviendrons donc pas ici et nous nous occuperons immédiatement du trias.
g I. FORMATION TR1ASIQUE.
La plus ancienne des trois formations qui composent le terrain secondaire, celle qui a succédé aux dépôts permiens, renferme des éléments depuis fort longtemps connus, surtout en Allemagne, en France et en Angleterre, mais dont l’importance, la position relative, la distribution des fossiles dans chacun d’eux n’ont guère été déterminées complètement que par M. Fred. d’Alberti dans son Essai sur une monographie du grès bigarré, du muschelkalk et du keuper publié en L83A. Dans cet ouvrage, résultat d’études faites particulièrement sur la rive droite du Rhin, dans le grand duché de Bade et les parties adjacentes du Wurtemberg, l’auteur décrit 1 es caractères minéralogiques, stratigraphiques et paléontolo-
FORMATION TR IA SI QUE
giques des trois termes de cette nouvelle série méthodique à laquelle il assigne le nom de trias, nom adopté depuis et qui exprime en effet une unité géologique ternaire, parfaitement définie et limitée à sou sommet comme à sa base.
il a continué ensuite, dans les autres parties de l’Allemagne, la comparaison des relations et des divers caractères de ces trois termes, puis étendu ces vues de parallélisme au reste de l'Europe et aux autres continents, de manière à offrir l’ensemble des recherches faites jusqu’alors sur ce sujet. Cet ouvrage de M. d'Alberti nous a servi de point de départ lorsque, vingt-cinq ans après, nous avons dû reprendre ce qui avait été publié dans l’intervalle, et exposer le mouvement et les acquisitions de la science dans cette direction
Nous considérerons donc le trias comme une formation géologique de môme ordre, mais plus simple dans sa composition que les formations jurassique et crétacée qui lui ont succédé. Nous la diviserons en trois groupes naturels qui sont de bas en liant : Y* gris bigarré [Bunler Sandslein desjgéologues allemands) ; 2° muschdkalk, expression que nous devons conserver pour éviter la confusion qui résulterait de son synonyme français, calcaire coquillicr -, 3° marnes irisées (Keuper).
Nous reproduirons ci-contre le tableau légèrement modifié qu’a donné M. d'Alberti, de la formation triasique du bassin supérieur du Neckar, et dans lequel on voit distribués stratigraphiquement les fossiles qu’on y avait observés jusque-là. C’est un résumé synoptique de l’état de la science à ce moment, qui s’explique en quelque sorte de lui-même en montrant la composition du trias dans un pays devenu classique et où il est compris entre le grès des Vosges qui représente le système permien et le lias, groupe inférieur de la formation jurassique.
Si maintenant nous supposons que nous avons examiné géographiquement et comparativement, en quelque sorte
1. D’Àrchiae, Histoire des progrès de ta géologie, vol. V1U. 1860.
FORMATION TRIASIQÜ E. 535
pied à pied et avec l’attention nécessaire, les caractères particuliers du trias sur les divers points de la terre où il a étér signalé, nous pourrons chercher à en déduire quelques vues d’ensemble propres à faire ressortir des contrastes et des particularités qui n’avaient pas encore frappé les observateurs *et que l’on ne rencontre aussi prononcés dans aucun autre terme de la série géologique.
Ces traits ne pouvaient d’ailleurs être bien saisis que dans une synthèse précédée d’une étude minutieuse et comparée de tous les faits acquis à la science, et ce qui suit est en quelque sorte l’expression philosophique la plus condensée que nous en avions déduite dans le travail précité.
Composition, étendue, puissance. — En joignant par la pensée la ville de Sandomir, à l’est, sur la rive gauche de la Vistule, l'ile d’Helgoland au nord, à l'embouchure du Weser, et Toulon au sud sur la côte de la Méditerranée, ou mieux la petite localité de Nefliez, au sud-ouest de Montpellier, on a un triangle rectangle, dont on peut supposer l’hypoténuse un peu courbée au sud-est, et dans lequel se trouve compris tout le trias normal.
Celui-ci est composé de trois termes ou groupes : un groupe calcaire offrant une faune essentiellement marine, placé entre un groupe arénacé au-dessous et un groupe argilomarneux au-dessus, caractérisés surtout l'un et l’autre par des#végétaux terrestres. Si maintenant, dans l’intérieur de ce triangle, on fait abstraction des portions de pays que ces dépôts n’ont jamais recouvertes et de la région des Alpes où ces divisions affectent des caractères particuliers, on verra que la surface totale occupée dans l’origine par le trias normal n’atteignait pas une étendue égale à celle de la France actuelle.
Au sud-ouest de cette même surface, on peut considérer que les dépôts rapportés au trias dans la péninsule ibérique sont aussi répartis dans un espace triangulaire dont la base serait marquée parles Pyrénées et la chaîne cantabrique, et
rOÈMATlON TR1AS1QUK.
le sommet placé au sud de la péninsule. Dans les diverses bandes ou zones qu’y forment ces dépôts, on peut encore distinguer çà et là trois horizons correspondant aux trois groupes normaux, mais ils n’ont plus cette netteté, cette précision, constante qui les font si facilement reconnaître en Allemagne; leurs caractères tendent à s’efi'acer, à se confondre, et*ce n’est plus dans le sens vertical seul que les roches diiTèrent, mais dans le sens horizontal. Ainsi, les grès dominent vers le nord du triangle , les calcaires au centre, et les argiles au sud.
En dehors de ces deux espaces triangulaires du centre et du sud-ouest de l’Europe, dans les Iles-Britanniques comme dans les plaines de la Russie, dan3 l’Inde et le sud de l’Afrique comme dans les deux Amériques, nulle part les trois termes de la formation n’ont encore de représentants’ comparables certains. Un seul caractère persiste alors, à l’est comme à l’ouest, au nord comme au sud : c’est la teinte rouge des roches arénacées, argileuses et marneuses, quelquefois variée de jaune, de vert et de blanc, ce qui u’a encore été reconnu avec une pareille constance dans aucune autre série.
La puissance totale du trias est indépendante de son développement normal. Ainsi elle atteint jusqu’à 1752 mètres dans les Iles-Britanniques où deux groupes seulement sont représentés, tandis que dans le triangle allemand celle des trois groupes réunis ne s'élève pas à la moitié de ce chiffre.
Roches subordonnées. Dolomies. - — Outre les grès et les pOU—
dingues rouges du groupe inférieur, les calcaires compactes gris du moyen et les marnes argileuses versicolores du supérieur, des calcaires magnésiens et de véritables dolomies régulièrement stratifiées constituent encore un élément essentiel, aussi bien dans les divers groupes de la région type, dans l’est et le centre de la France, en Espagne, sur le versant nord des Alpes, dans la Souabe, la Franconie, la Thuringe, le Brunswick, la haute Silésie et la Pologne, que dans
FORMATION TRIASIQUE
les pays où, comme dans l’Amérique du Nord, ces divisions ne sont plus réellement distinctes.
Gyp»e. — Parmi les substances minérales subordonnées, en couches ou en amas, le gypse et le sel gemme, associés l'un à l'autre ou bien isolés, jouent encore un rôle important. La chaux sulfatée hydratée existe en masses puissantes audessus du sel dans le premier groupe des Iles-Britanniques, comme dans l’est de la France, sur le pourtour du plateau central et en Espagne. Dans les Alpes de l’Autriche, du Salzbourg, du Tvrol et du Vorarlberg, c’est au contraire dans le groupe inférieur que le gypse abonde (schistes de Werfen). Dans le nord de la Suisse et le Wurtemberg, c’est dans le premier et le second groupe; dans le duché de Cobourg, c’est dans le premier et vers la jonction du second et du troisième. Dans la Thuringe, la Saxe et le duché de Brunswick, c’est dans tous les trois qu’on l’observe. Peu répandu dans les couches douteuses de la Russie d’Europe, il se montre avec un développement remarquable dans les deux zones de l’Amérique du Nord, et surtout dans la région occidentale ou des montagnes Rocheuses.
Sri gemme. — On a longtemps regardé la présence du sel marin comme presque exclusive au trias, et en particulier aux marnes irisées ; mais, si cette substance a été reconnue depuis dans des terrains pins anciens et plus récents , la formation triasique est encore celle où, toutes choses égales d’ailleurs, elle se montre le plus constamment. Elle n’y occupe cependant pas un niveau absolu déterminé, et sa distribution géographique est telle qu’à une seule exception près (Salzbronn), elle n’a pas été observée sur un même point dans deux groupes immédiatement superposés.
Dans l’ouest de l'Angleterre, les masses de sel exploitées sont vers la base du premier groupe et au-dessus des ivaterstones, dans l’est de la France, vers sa partie médio-inférieure, et il en est à peu près de même dans la partie orientale de l’Espagne. Le sel manque, comme le gypse, dans les
TOItMATION TR IA Si QUE.
grès rouges des Pyrénées et sur tout le versant méridional et oriental des Alpes. Sur le versant nord de cette dernière chaîne, dans l’Autriche et le Salzbourg, le sel avec anhydrite et gypse caractérise le groupe inférieur (couches de Werfen). Dans le nord de la Suisse, comme dans la Souabe, c'est au contraire vers la base du second ou du muschelkalk que se présente le sel gemme, où, avec le sulfate de chaux anhydre, il constitue l’étage particulier de l’ anhydrite. Nous retrouvons cette dernière subdivision dans la Thuringe avec ses caractères propres, tandis que dans le Hanovre et au delà du Harz, dans le Brunswick, les environs de Magdebourg et de Lunebourg, le sel est particulièrement dans le grès bigarré, comme sur le versant nord des Alpes. Au delà, cette substance parait être peu répandue, les gisements signalés en Russie ayant été rapportés au système permien.
L’existence du sel gemme, comme celle de la chaux sulfatée, hydratée ou non, est indépendante de la présence ou de l’absence de dépôts essentiellement marins, ou caractérisés par des restes d’animaux qui auraient vécu dans la mer. Dans la plupart des cas, les marnes, les argiles, le gypse, l'anhydrite, le grès et les dolomies, placés au-dessus et audessous du sel, sont, sur une grande épaisseur, dépourvus de traces d’êtres organisés marins.
Minera» divert. — Sur le pourtour du massif central de la France, de riches minerais de fer hydraté, de fer oxydé rouge, de cuivre et de manganèse, sont ou ont été exploités dans le trias, particulièrement vers sa base, ou bien se trouvent disséminés çà et là à divers niveaux. Le fer carbonaté et le cuivre ont été exploités dans le grès rouge des Pyrénées; le cuivre l’est également dans les marnes irisées des Asturies et de l’est de l’Kspagne. Le second et le troisième groupe de ce dernier pays renferment des minerais de cobalt, de mercure, de fer, de plomb et de zinc dont plusieurs alimentent des usines importantes.
Sur le versant sud des Alpes, dans le Milanais et les pro-
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viflces vénitiennes, sont des gisements de fer carbonaté et de manganèse appartenant au groupe inférieur, puis d’autres de blende, de calamine et de galène. Dans les provinces illyriennes, les trois groupes, pris dans des localités différentes, renferment de riches gisements de blende, de calamine et de galène; quant au mercure du même pays, il appartient au système carbonifère. Dans les Alpes de l’Autriche, des minerais de fer hydraté s’observent dans le groupe supérieur, et des gîtes particuliers de fer apathique à la jonction du second et du troisième. Dans le Tyrol septentrional et le Vorarlberg, des minerais de cuivre argentifère, de plomb et de zinc sont connus dans les deux étages supérieurs.
Le grès bigarré du Wurtemberg renferme des filons de quartz et de feldspath, avec des carbonates et des sulfures de cuivre; celui du duché de Bade, des minerais de fer et de plomb, comme le muschelkalk, des minerais de zinc, de cuivre, du réalgaret de l’orpiment. Dans le reste de l’Allemagne, le trias semble être peu riche en minerais productifs: mais à l’extrémité orientale de la région, dans la haute Silésie et sur les confins de la Pologne, la calamine, la galène, le fer oxydé brun, associés au muschelkalk, alimentent des établissements métallurgiques très-importants.
Des minerais de cuivre, de zinc, de plomb et de fer s’observent également dans la zone orientale du trias des États- Unis.
Roche» ignée». — Les roches pyrogènes ou d’origine ignée n’ont joué en Europe qu’un rôle assez insignifiant pendant l’ère triasique. Dans le sud de la France, dans la partie orientale de l’Espagne, sur quelques points du versant sud des Alpes, on trouve çà et là quelques apparitions sporadiques de produits serpentineux, dioritiques ou porphyriques intercalés, ou plus souvent postérieurs, et ayant dérangé' les dépôts de cet âge; mais on ne voit aucun grand système d’épanchements contemporains, ou qui, les ayant suivis immédiatement, leur ait imprimé ces caractères si remarquables et si particu-
52|0 mmimation ruiASiyüfc.
liers, signalés dans le sud de l’Afrique et le nord de l’Amérique.
Dans la première de ces régions, c’est une étendue, plus grande que la France, occupée par de vastes plateaux, ou des montagnes de grès horizontaux, traversés par d’innombrables dykes de trapp qui se sont ensuite épanchés par-dessus, sans paraître y avoir occasionné la moindre faille, la moindre dislocation ; dans la seconde, et particulièrement dans la vallée du Connecticut et dans le New-Jersey, ce sont des éruptions trappéennes dont les affleurements tracent à la surface du pays des courbes disposées en chapelets, symétriquement orientées, ou bien concentriques. Plus au nord, les phénomènes ignés ne sont pas moins complexes et, variés, et, dans la partie occidentale ou des montagnes Rocheuses, les relations des produits igués et des grès rouges de cette période ont frappé tous les voyageurs qui ont parcouru le pays.
Rien ne prouve d'ailleurs que ces phénomènes aient eu lieu sous les eaux de la mer, car dans le sud de l’Afrique, pas plus que dans l’Amérique du Nord et dans l’Inde, les dépôts sédiinentaires traversés ou surmontés par les roches ignées n’ont offert de traces d’une faune essentiellement marine.
charbon. — Par les caractères seuls de la plupart des couches de cette période, on pouvait présumer quelles renfermeraient des dépôts de combustible plus ou moins considérables et plus ou moins fréquents. Quoique, au point de vue économique, ils n'aient pas, en général, une très-grande importance, par les indications qu’ils peuvent donner sur l’état des terres émergées, sur la répartition et la nature des eaux dans lesquelles ils se sont formés, ils ont au contraire un véritable intérêt.
Dans plusieurs départements de l’est de la France, ces combustibles sont exploités vers le milieu des marnes irisées; il en existe en Espagne, dans le royaume de Valence et eu Andalousie; dans les Alpes vénitiennes, le troisième groupe renferme un dépôt considérable de charbon qui a toutes les propriétés de la houille. On en rencontre dans le premier
FORMATION TRIASIQOF.
groupe, sur le versant nord des Alpes de l’Autriche. Dans le nord de la Suisse, le Wurtemberg, le duché de Cobourg, la Thuringe et le Brunswick, les argiles charbonneuses constituent un horizon constant à la base des marnes irisées. Les recherches ultérieures décideront sans doute si c’est au trias ou à la formation permienne que doivent appartenir tous les dépôts charbonneux de l’Inde, si nombreux, si étendus, et dont plusieurs semblent avoir un grand avenir pour l'industrie. Nous en avons mentionné aussi dans les grès du sud de l’Afrique, et, dans l’Amérique du Nord, les grès rouges de la vallée du Connecticut en renferment également. Suivant l’opinion de quelques géologues, le charbon des environs de Richmond, dans la Virginie, appartiendrait à l’horizon des marnes irisées, et non à la formation jurassique.
Flore. — Les végétaux fossiles du trias ont ôté rencontrés particulièrement dans le grès bigarré et les marnes irisées que sépare le muschelkalk. Quelques paléophytologistes les regardent comme formant deux flores liées intimement entre elles, et dont la plus ancienne indiquerait le passage de la flore de transition à la flore secondaire, tandis que, suivaut d'autres, ce seraient deux flores distinctes, celle des marnes irisées se rattachant à la flore du lias et des dépôts oolithiques.
Ce n’est d’ailleurs que dans le gi&s bigarré de la région des Vosges et dans les marnes irisées de la Franconie que l’on a pu obtenir jusqu'à présent des genres et des espèces en assez grand nombre pour, donner une idée de la végétation de ces deux périodes.
De la première de ces régions, dont la flore a été particulièrement étudiée par MM. Schimper et Mougeot, 38 espèces ont été déterminées ; sur ce nombre il y a 14 fougères ,
3 équisétacées , 3 astérophyllitées , 7 conifères, 2 cycadées et
4 monocotylédones douteuses. Les auteurs de ce travail pensent qu’il y a d’une part une liaison intime entre cette flore et celle des marnes irisées, et que de l'autre elle aurait beaucoup d’analogie avec celle qui l’a précédée, de manière à for-
5!|2 P0HMATI0N TRIASIQIIE. '
mer une sorte de lien entre les dernières couches de transition et les premiers dépôts secondaires. M. Ad. Brongniart semble pencher vers une opinion contraire, car dans son article Végétaux du Dictionnaire universel d’histoire naturelle , il montre que les caractères de cette végétation, qui ouvre l'ère secondaire par la présence de certaines formes particulières, sont : 1° l’existence de fougères, assez nombreuses, de formes souvent très-anomales, constituant évidemment des genres aujourd’hui éteints et qu’on ne retrouve même plus dans les dépôts postérieurs ; tels sont les Anomopteris et les Crema lopteris ; les fougères arborescentes y sont plus fréquentes que dans la formation jurassique, les vrais Equisetum trèsrares, les Calamites ou mieux peut-être les Calamodendron abondantes au contraire; 2° les gymnospermes, représentés par deux genres de conifères [Voltzia et Haidingera ou Albertid) dont les espèces et les individus sont très-nombreux, tandis que les cycadées sont fort rares, 2 espèces étant citées d’après des échantillons uniques et peut-être douteux. Aussi M. Brongniart sépare-t-il complètement, sous le rapport botanique, le grès bigarré des marnes irisées, car, dans ces dernières, les cycadées deviennent fort abondantes, parfaitement caractérisées et souvent analogues à celles de la période jurassique, tandis que les conifères du grès bigarré manquent complètement dans le groupe triasique supérieur.
Si l’on compare, dit encore M. Brongniart, cette flore des marnes irisées avec celle du grès bigarré de la région des Vosges et avec celle du lias , on voit qu’elle n’a de commun avec la première que le Palœoxyris, espèce qui parait être très-voisine de celle du grès bigarré, tandis qu’elle ressemble à la flore du lias et même à celle des groupes oolithiques par les fougères dont plusieurs sont spécifiquement identiques, o« du moins extrêmement voisines, par les Zamites et les Pterophytlum , qui sont aussi ou identiques ou spécifiquement très-voisins de ceux du lias.
Les restes de végétaux, quoique fréquents dans les autres
FORMATION TRI AS I 0 UE. Üftll
pays, y sont peu variés, et malgré leur mauvais état de conservation, ils sont souvent la seule ressource que présente le règne organique pour aider à la détermination des couches. Les Equisetites et les Calamites sont signalées presque partout.
Les grès de la Vénétie ont offert un certain nombre d’espèces intéressantes. M. Massalongo y mentionne : le Palyssia Massalongi , l’ llaidingeria Sehaurotki , 2 Taxâtes, TOEthophyllum spinosum, l’ Equisetum Brongniarti, un Caulopteris ; puis dans le muschelkalk : le Voltzia heterophylla , YAraucariles Catulle et un Brachyphyllum.
Sur le versant nord des Alpes de l’Autriche, dans le Vorarlberg et le nord de la Suisse, le premier et le troisième groupe renferment çà et là des végétaux.
Les dépôts arénacés et charbonneux de l’Inde sont caractérisés par une flore assez particulière ( Vertebraria , Pecopteris , Glossopteris, Trizygià) qui avait contribué à les faire classer d’abord dans la période jurassique, et la région triasique orientale de l'Amérique du Nord a présenté, dans le Massachusetts, le Connecticut, le New-Jersey, la Virginie, etc., quelques plantes que nous citons plus loin et qui confirment son parallélisme avec le trias de l’Europe.
Faune. — Les pays qui ont apporté les documents les plus importants pour la faune du trias sont : l’Angleterre, la France, l'Espagne, le Tyrol et les Alpes de l’Autriche, l’Allemagne, l’Inde centrale, l’île de Timor au sud, le nord de l’Amérique, et, dans l’hémisphère austral, le sud de l’Afrique, la Nouvelle-Calédonie et la Nouvelle-Zélande. La présence de coquilles marines dans le groupe supérieur, arénacé ou argileux, est restreinte à certaines régions du pourtour des Alpes; presque partout ailleurs les corps rangés d’abord dans la classe des mollusques , tels que la Posidonomya minuta , ont été rapportés aux Estheria, genre de petits crustacés ostracodes, qui a vécu depuis la période dévonienne jusqu’à la période wealdienne, et a pris son plus grand développement
FORMATION TKIASIOUE.
5 hk
dans celle du trias. D’un autre côté, certains genres d’entomostracés ayant à la fois des espèces marines et d’eau douce, il en résulte que la présence seule des Esthéries, comme celle des plantes terrestres, n’est qu’une présomption pour attribuer à ces dépôts une origine lacustre.
La faune triasique de l’Angleterre a présenté des types assez variés de la classe des reptiles, dont les travaux de M. R.Owen ont fait ressortir toutes les particularités. Ces animaux semblent dériver des familles actuelles avec des caractères qui réunissent des groupes de formes aujourd'hui distinctes. Ainsi le Rhynehosaurux du nouveau grès rouge de Shrewsburv présente des modifications du type des oiseaux et de celui des chéloniens, réunis à un caractère du crâne qui appartient essentiellement aux lacertiens. Dans le Labyrinthodon, les modifications des crocodiliens se trouvent associées à l’organisation propre des batraciens; la structure de leurs dents est la plus extraordinaire que l’on observe dans tout le règne animal; elle est unique dans la classe même des reptiles et ne se trouve qu’imparfaitement représentée dans celle des poissons. Les empreintes de pas, désignées sous le nom de Cheirolherium dans le grès bigarré d’Hildeburgliausen (Saxe), doivent sans doute s’y rapporter. Nous signalerons parmi ces reptiles d’ Angleterre 1 Cladyodon , 7 espèces de Labyrinlhodon, 1 Rhynehosaurux, et 1 Thecodontoxaurus. Les empreintes de pas sont rapportées à t Aclibtdis, 2 Batrichnis , plusieurs sortes d’empreintes de Cheirolherium qu’on doit supposer appartenir à des Ijibyrinthodon , 1 Chelaxpodos, 8 Chelirhnus , 2 Herpetichnux et d’autres formes incertaines.
En France c’est dans la région des Vosges et de la Lorraine que nous trouvons le plus de représentants des animaux de cette époque. M. H. de Meyer signale, dans-le grès bigarré de Soultz, parmi les reptiles : le Menodon plicalus, YOdonlosuurus Voltzii, le Maslodonsaurux vmslenensis et le \olho~ sauras Schimperi. Parmi les poissons quelques Acrodus sont mentionnés; parmi les crustacés , les genées Branehipu» ? ou
FORMATION TRiAStQUE.
A pus, Limulus, G (dut heu Parmi les mollusques recueillis
dans diverses localités, environ 60 espèces ont pu être déterminées, et plusieurs des plus caractéristiques remontent dans le muschelkalk. Les Rostellaires, les Limes, les Avicules, les Mytilus, les Myophories, les Myacites, les Pleuromves, la I.ingulu tcnuissimu, la Terebrutula vulguris et la Posidonomya minuta y sont les plus répandus.
Dans le muschelkalk, les restes de reptiles appartiennent aux Aivthosaurus Andriani, giganteus et mirabilis, aux Simosaurus Gaillardoli (saurien de Lunéville, Cuv.), et Mougeoti , au 1 luslodonsaurus, au iMbyrinthodon ; ceux de poissons, à des A crodus , Hybodus, Gyrolepis , Saurichthys , Cnlobodus et Psqfnmodus. Les mollusques céphalopodes sont représentés surtout par le Ai mit ihts bidorsatus, les Ammonites Ceratites) nodosus et bipartitus , les gastéropodes, par la \aticu Gaillardoli, la Turritella sculata , la Mêla nia Schlotheimi ; les acéphales, par de nombreuses Myophories, Avicules, Gervillies, Limes, etc.; les brachiopodes, par la Trrebratula vulguris ; les crustacés, par les genres Pemphix et Pâli nurus ; les radiai res crinoïdes, par l’ Encrinites liliiformis.
Les marnes irisées sont très-pauvres en débris d'animaux; les Posidonomya keuperiana et minuta , la Unguia tcnuissimu sont presque les seuls restes qu’on y trouve.
En Espagne les recherches de M. de Verneuil, particulièrement, nous ont l'ait connaître quelques éléments assez réduits, à la vérité, mais suffisamment caractéristiques, de l’horizon du muschelkalk. Le sont le Afautilus bidorsatus , Cératites, des Nucules, des Cardites, Myophoriu (lirrigala, curviroslris, deltoidea, Goldfnssi), le Mytilus eduli fomiis, des Gervillia {social is, mod ioliform is , polyodouta, Alberli , costata, etc.), des Monotis, la Lingulu tcnuissimu , etc.
Le dernier groupe de la formation, partout si pauvre en débris animaux, sur les deux versants des Alpes au contraire présente une richesse extraordinaire. Ainsi la faune de Saint-tlassian en Tyrol a déjà offert, d’après les études de
FORMATION TRIASIQUE
MM. Wissmann, de Munster, de Klipstein, etc., 750 espèces réparties dans 85 genres, comme il suit :
Genres. Espèce*.
Céphalopodes b 89
Gastéropodes 27 346
Brachiopodes 6 51
Monotnyaires 7 60
Dimvaires 10 68
Annélidos I 5
Crinoïdes 3 9
Échinides (baguettes de Cidarix) 1 37
Polypiers. 40 79
Reptile saurien (ftolhosawu») I I
Poissons 4 5
dette faune locale si remarquable rett ferme à la fois des formes plus anciennes que son horizon géologique et d’autres plus récentes. Les poissons y présentent les genres Gyrolepi *, Hybodus ; les mollusques céphalopodes, des (îoniatites, des Gératites, des Ammonites et des Orthocératites; les nombreux gastéropodes, les genres Bellcrophon et Porcrllia ; les acéphales, des Nucules et des Myophoria, ces dernières propres au trias; les brachiopodes, des Térébratules , des Spirifer et peut-être un Productif? \es radiaires, une multitude de formes de Cidarix et l’ Enrriniles liliiforrnis. Ges marnes fossilifères, reposant sur un calcaire à Ammonite * nodosu * et étant surmontées d’une puissante assise de dolomie jurassique, ont dû être rapportées au groupe supérieur du trias.
Sur le versant opposé, les Alpes de l’Autriche et du Salzbourg, les environs d’Ilallstadt, d’Aussee, etc., ont offert aux recherches de MM. F. de Hauer, Suess, Fischer et Hdrnes, de nombreux sujets d'étude. Ainsi, suivant M. Ed. Suess, les brachiopodes de ces localités sont tous nouveaux, de formes assez singulières, sans caractère propre à déterminer leur âge et aucun ne se retrouve dans les couches supposées correspon-
FORMATION TRI A SI O UE
dantes du Tyrol. Les acéphales et les gastéropodes dont s’est occupé M. Moris Hdrnes présenteraient une sorte de mélange dé formes de transition ( Holopella , Loxonema , Porcellia) et de formes jurassiques {Phasianella, Turbo, Neritopsis, Plcurotomaria , Lima); 14 espèces se retrouvent dans la faune de Saint-Cassian. Les céphalopodes, d’après M. Fr. de llauer, offriraient aussi une association de types plus anciens et plus récents : des Orthocératites, des Ammonites à selles simples, des Nautiles à tours découverts associés avec des Ammonites delà section desCératiies, de celle desurittesk cloisons persillées et de celle des hétérophylles avec des Nautiles d’aspects tout à fait secondaires. Dans son tableau général des fossiles de cette classe le savant auteur énumère 00 espèces provenant de 22 localités. Ce sont 8 Orthocératites, 12 Nautiles, et 40 Ammonites. Sur le pourtour des Alpes, les localités «le cet horizon qui en ont offert le plus sont : Hallstadt 40, Aussee 41, Hallein 10, Saint-Gassian 6, Hornstein 5, Bleiberg 4, et les 17 autres seulement 1 ou 2. Les espèces les plus répandues sont : l' Ammonites Aon trouvée dans 10 de ces localités au nord, au centre et au sud de la chaîne, Y A. galeiformis dans 9, l’zi. Jarbas dans 7, Y A. Johannis Austriœ dans 0, etc.
Le tableau que nous avons reproduit ci-dessus (p. 534), peut donner une idée de la faune du trias de l’Allemagne; nous ajouterons seulement ici la découverte, faite par M. Pleininger, de dents rapportées à un très-petit mammifère insectivore {Al icrolestes uni i quus ) provenant de la brèche supérieure des marnes irisées de Degerloch (Wurtemberg), mais si voisine de la couche à ossements de la base du lias que nous sommes disposé à l'y réunir.
Dans l’Europe orientale le mont Bogdo, colline isolée au milieu du steppe des lûrghiz, sur la rive gauche du Volga, a offert à M. de Keyserling et à M. de Verneuil la G uni al il es bogdoanus, YAvicula Albert i, l’/(. Dalailamtr, le Mytilus Beaumont i, fossiles-qui semblent annoncer en ce point l’horizon du muschelkalk.
FORMATION TIWASIQUE.
En Asie le premier de ces savants a fait connaître quatre espèces de Cératites rapportées par M. de MiddendorIT du nord de la Sibérie à l’embouchure de l’Oleneck, par 75° latitude, et rappelant les formes de celles du Tyrol. Dans la chaîne de l’ Himalaya, les couches placées comme le montre la coupe de M. Strachey dont nous avons parlé [unir , p. 431) ont présenté 35 espèces de fossiles qui rappelleraient par leur association la faune triasique supérieure des Alpes. Ce sont encore des Cératites, des Goniatites, des Ammonites, des Spirifer, des Pholadomyes, des Térébratules, des Chonr- U-s? etc. Les fossiles recueillis par M. Blanford dans le district de Niti, par M\I. Schlagintweit dans ceux du Spiti (Halainsali prés Dankhar, Tibet), et de Dharampur (province de Sitnla), et étudiés par MM. Oppel, Salteret W. Gümbel ', ont aussi révélé les mêmes analogies. Dans la grande région marneuse, argileuse et arénacée de l’Inde centrale, des restes de reptiles ( ! .«hyrintlindonte» et Dici/not/on/ei), de poissons [Crrntodun llixlopinnu*. Hunlerinniu . ver a pu et oblongus . Ihiptdim , Lepidolvs et le Hrarln/ops lalifept), ainsi que les végétaux (pie nous avons cités, ont paru signaler l’organisme de la formation triasique. Plus au sud les roches rouges et bigarrées de Kupang, dans la partie occidentale de Timor, renferment des fossiles que M. Beyrich rapporte à l'horizon du mnschelkalk ( Ammonites megaphytlus ) et un nouveau genre, Atomodcsma, voisin des Inocérarries !.
Les débris de reptiles recueillis par M. Bain, dans une puissante assise de grès de l’Afrique méridionale, avec des plantes voisines des Lepidodcndrnn, des Aslerophylliles , des Lycopodes, reptiles étudiés par M. IL Owen, ont présenté des caractères jusqu’à présent inconnus dans cette classe. Le trait le plus remarquable de leur organisation est l’existence de deux longues défenses fort pointues, recourbées en dessous