‹ Géologie et paléontologieChapitre 154 sur 190 · T K H H AI N TERTIAIRE · texte numérisé non relu

T K H H AI N TERTIAIRE

par centaines, tandis que de ce côté de l’Atlantique elles se comptent par milliers. La liste totale des mollusques fossiles des États-Unis, dressée en 1868 par M. Lea, ne comprenait que 1223 espèces ou un tiers à peine de ce que nous connaissons dans les bassins de la Seine et de la Loire. Leur distribution, dans les trois étages de Claiborn, de Jackson et de Wicksburg, n’a rien non plus de comparable à cette exubérance de la vie, à cette diversité infinie que nous observons depuis la glauconie inférieure jusqu’au sommet des petites collines de Montmartre ou d’Headon.

L’examen comparatif des deux autres formations nous conduirait à des dissemblances non moins frappantes relativement aux genres et aux espèces, comme par rapport au nombre et à la variété des types, infiniment moins riches et moins nombreux dans les mers tertiaires du nouveau continent que dans celles de l’ancien. Peut-être n’en était-il pas de même des mollusques fiuviatiles et terrestres qui, aujourd’hui, comme nous l’avons remarqué1, acquièrent, dans l’Amérique du Nord, un développement relatif tout à fait exceptionnel.

Parmi les grands mammifères terrestres, quelques genres sont communs aux deux continents, d’autres leur sont propres ; mais l’examen le plus attentif n’en a pu découvrir un seul qui fût particulier au terrain tertiaire inférieur de l’ouest de l’Europe, et aucun de ceux qui, dans ce dernier pays, ne se montrent que dans la période supérieure, n’a vécu non plus en Amérique dans la période moyenne. La persistance des grands horizons se maintient donc ici.

Mais la durée de l’existence des genres communs n’a pas été la même de part et d’autre. Ainsi l’Éléphant, le Mastodonte, le Cheval, le Castor ont continué à vivre en Amérique pendant l’époque quaternaire, tandis que le Rhinocéros y avait déjà disparu, et le Cheval s’y est éteint avec les deux autres. En Europe, au contraire, le Mastodonte avait cessé avec la

1. Introduction à l'étude de la paléontologie stratigraphique, vol. II, p. 234.

AMÉRIQUE. 685

période tertiaire supérieure; l’Éléphant et le Rhinocéros, qui parcouraient encore toute l’Europe et l’Asie, ne s’éteignirent que vers le milieu de l'époque quaternaire dans la première de ces régions où le Cheval a pu résister à tous les changements jusqu’à l’époque actuelle.

Amérique du Sud. — Ce que nous connaissons des dépôts tertiaires de l’Amérique centrale aurait ici peu d’intérét; mais il est un point situé en dehors du continent que nous devons mentionner à cause de certaines analogies qu’il présente avec l’Europe.

Nous voulons parler de la Jamaïque où des observations récentes' ont indiqué des argiles foncées avec des plantes regardées comme tertiaires inférieures, reposant sur la craie à Hippurites. Sur d’autres points ce niveau serait occupé par des poudingues qui n’auraient pas moins de’1000 mètres d’épaisseur. Des calcaires noduleux avec des Orbitoïdes (O. dispensa, media) dont l’association est peu naturelle et une Amphistegina qui le serait encore moins, représenteraient la formation moyenne. Un fragment de ce même calcaire trouvé non en place aurait ollert deux espèces de Nummulites voisines des N. perforata et Rouaulti. Ailleurs ce sont des sables, des marnes et des calcaires de 150 à 180 mètres d’épaisseur, et partout règne au-dessus une vaste assise de calcaire blanc, compacte ou friable, ou bien sub-cristallin, peu fossilifère, atteignant jusqu’à 000 mètres de puissance et représentant la formation supérieure. De nouvelles observations, en rectifiant quelques faits, montreront peut-être plus d’analogie entre ce petit point et l’ouest de l’Europe qu’avec le continent voisin.

Baiiin de la Plata et Patagonie. — Le Vaste espace Situé à

l'est des Cordillères, dans la partie sud de l’Amérique méridionale, comprenant les provinces de Corrientes, d’EntrerRios, de l’Uruguay, de la Plata et la Patagonie jusqu’à la Terre-de-

1. Quart. Journ. gtol. soc. of Ijmdon, vol. XIX, p. 510. 1863.

TERRAIN TERTIAIRE

Feu, offre des dépôts tertiaires extrêmement étendus et recouverts, surtout vers l’Atlantique, par le limon des pampas ; mais leur faible relief, la rareté ou le manque de bonnes coupes avec des développements un peu considérables, l’absence d’horizon minéralogique ou de roche bien caractérisée et constante, car ce sont surtout des sables, des lits de cailloux, des marnes ou des grés sans solidité qui régnent partout, laissent une grande incertitude dans leurs relations et leur importance relative.

Aie. d’Orbigny y avait établi trois divisions désignées par les noms des pays où elles lui avaient paru le mieux caractérisées. L’une était le terrain guaranien, la plus ancienne, développée au nord et ne renfermant point de fossiles; l’autre le terrain patagonien , s’étendant au sud dans toute la Patagonie; quant à la troisième, nous l’avons rapportée depuis à l’époque quaternaire. L’épaisseur connue de ces couches est d’ailleurs assez faible, eu égard à leur étendue en surface.

Les principaux fossiles de l'horizon patagonien et que l’on retrouve dans toutes les directions sont : Ostrea patagonien, Alrarezii, Ferrarsii, Prêt en paranensis, Darwinianus, Venus Mttnsleri, Areu Bonplandiana, Cardium platcnse, Turritella ambulacrum. Des ossements de mammifères (Toxodon paranensis) y ont été signalés dans le bassin inférieur du Paraguay et proviendraient d’une espèce différente de celle des pampas.

Les dépôts sédimentaires des plaines de la Patagonie et leurs relations avec les roches ignées de ce pays ont appelé l'attention de M. Ch. Darwin qui les a décrits avec soin ', et, considéré dans sa généralité, on peut dire que le terrain tertiaire de l’Amérique méridionale, situé à l’est des Andes, s’étend du 17* au 52' degré latitude S., sur une longueur de 875 lieues géographiques. Sa plus grande largeur, de l’E. à l’O. , serait de 300 lieues et son étendue superficielle de

t. Voy. Hist. des progrès (te la géologie, sol. 11, p. 1WS5-10.

AMÉRIQUE

1*28000 lieues carrées. Il est bien remarquable, dit M. Darwin, que Sur la plus grande partie de cette immense surface le sol ait été soulevé sans qu’on y observe des couches inégalement inclinées ou disloquées par des failles.

Oétct occidentales. — Les observations d’Alc. d’Orbignv, de MM. Ch. Darwin, Gay, Crosnier et de quelques autres géologues venus après eux, ont apporté d’assez nombreux renseignements sur les caractères et la distribution des dépôts tertiaires de la côte occidentale de l’Amérique du Sud; mais leur classification méthodique semble rester encore à faire, et nous nous bornerons à renvoyer le lecteur à ce que nous en avons déjà dit, d'autant plus que cette étude n’a rien offert encore d’un intérêt particulier1.

Considérations paléontologiqucs générales. — LeS fossiles tertiaires du bassin de la Plata et de la Patagonie, suivant Aie. d’Orbigny, diffèrent complètement de la faune actuelle, et, sous ce rapport, les dépôts sont comparables au calcaire grossier du bassin de la Seine. Aucune espèce de coquille fossile du versant occidental de la Cordillère ne vit aujourd'hui sur les côtes voisines. Les genres, lorsqu’ils existent encore sur le littoral américain, sont ordinairement plus rapprochés de l’équateur; d’autres manquent à présent sur les côtes méridionales (Scalaire, Ro3tellaire, Pyrule, Panopée, Trtgonie, Perne).

En comparant les circonstances communes aux dépôts tertiaires des deux côtés des Andes, le même savant trouve 1° qu’aucune des espèces fossiles ne se montre vivante sur les côtes voisines; 2* qu’aucune des espèces n’a même son identique dans des mers lointaines; 8° que les genres rencontrés dans des mers peu éloignées appartiennent à des eaux plus chaudes et plus rapprochées de l'équateur ; 4° qu’un grand nombre de genres observés à l’état fossile manquent aujourd’hui dans les mers qui sont à peu de distance et quelquefois même ont cessé d’exister.

Page 1