‹ Géologie et paléontologieChapitre 157 sur 190 · ROCHES IGNÉES OU PYROGÈNES DES ÉPOQUES TERTIAIRE ET QUATERNAIRE · texte numérisé non relu

ROCHES IGNÉES OU PYROGÈNES DES ÉPOQUES TERTIAIRE ET QUATERNAIRE

Ce que nous avons dit dans la première partie de ce livre, en traitant des roches ignées du plateau central de la France et de celles des îles dé l’Écosse (p. 148 et 249), puis dans celle-ci lorsque nous nous sommes occupé du terrain primaire, enfin çà et là en décrivant les formations secondaires, a déjà pu donner une idée du rôle que ces roches jouent dans l’histoire du globe, et nous devrions exposer actuellement d’une manière particulière, comme nous l’avons fait ailleurs, les phénomènes nombreux et variés auxquels elles ont donné lieu pendant les époques tertiaire et quaternaire. Mais ici, comme pour le terrain primaire, nous nous engagerions dans des détails pétrographiques et minéralogiques d’un faible intérêt pour beaucoup de lecteurs, aussi croyons-nous devoir renvoyer ceux qui désireraient acquérir des connaissances plus étendues sur ce sujet au troisième volume de l’ Histoire des progrès de la géologie qui lui est en partie consacré.

Nous rappellerons seulement que certaines régions de la surface de la terre ont été, pendant ces époques, le siège ou le lieu de prédilection de phénomènes ignés d’une grande énergie. Ceux dont nous sommes aujourd’hui témoins, quoique se manifestant sur une échelle infiniment moindre, appartiennent encore à quelques-unes de ces régions au-dessous desquelles l’activité des forces internes du globe s’est maintenue

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avec une certaine intensité, et l’on peut citer parmi les points les plus remarquables les lies occidentales de l’Écosse , leur prolongement au N. par les Féroë et l’Islande, et au S. dans les comtés d’Antrim et de Londonderry.

Le plateau central de la France est sous ce rapport un sujet d’étude des plus intéressants et des plus complets L’Espagne n’offre que des phénomènes sporadiques, tandis (pie l’Italie et ses lies, si essentiellement volcaniques, ont sur les régions précédentes l'avantage de présenter une série encore plus complète et plus variée, puisqu’on peut y suivre, depuis les dernières pentes des Alpes et tout le long des Apennins jusqu’en Sicile, l’apparition successive des porphyres, des serpentines, des euphotides, des trachytes, des basaltes, des amphigénites et leurs nombreuses variétés jusqu’aux laves modernes du Vésuve, de Stromboli et de l'Etna.

Dans l’Europe centrale, le duché de Bade, le Wurtemberg, l’Eifel, le Siebengebirge, le duché de Nassau, la Bavière, la Saxe, la Bohême et surtout la Hongrie nous offrent autant de massifs montagneux surgissant au milieu du terrain secondaire et formés par des éruptions basaltiques ou trachytiques avec des spilites, des dolérites et d’autres roches pyroxéniques d’une époque comparativement récente.

Les îles de l’Archipel grec, placées au sud de celles qui dépendent du terrain primaire , nous reproduisent les phénomènes de l’Italie méridionale, mais plus éparpillés, tandis que la presqu’île occidentale de l’Asie, l’Anatolie, particulièrement dans la Phrygie, la Cappadoce, le Catacaumécène, ce pays brûlé de Strabon, dont les laves semblent éteintes d’hier, et le massif puissant du mont Argée qui élève sa cime trachytique à 3922 mètres, préparent l’observateur aux tableaux plus grandioses encore des masses éruptives de

1 . Voyez surtout la seconde édition do l'ouvrage de M. Poulett Scropc : The geology and extinct volcanos of central France, in-8». Londres 1868, accompagné de cartes et d’une multitude de dessins.

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la haute Arménie où le dôme neigeux de l’Ararat domine à plus de 5000 mètres l’une des plus vastes régions volcaniques de la terre.

La Syrie orientale, dans le Jaulan, Ledja et l’Hauran, au sud de Damas, puis la Perse, l’Arabie, comme les côtes de la mer Rouge, l’Égypte et l’Abvssinie, offrent çà et là, sur une moindre échelle, des manifestations analogues. Sur les côtes occidentales de l’Afrique, les îles Açores, Madère, Canaries, du cap Yert, Corée, de l’Ascension, Sainte-Hélène et l’île Bourbon, étaient de petits centres d’éruptions ignées pendant les époques tertiaire et quaternaire. Plusieurs d’entre eux se sont éteints successivement, tandis que d’autres ont conservé une activité dont les effets se manifestent encore de loin en loin. Dans ces exemples on peut dire que le présent explique le passé; la succession des produits ignés s’y distingue toujours plus ou moins; leur mode de formation est sensiblement le môme; on reconnaît les points par où les matières sont arrivées au jour et se sont épanchées au dehors en s’accumulant pour former des montagnes en cônes plus ou moins surbaissés, et du milieu ou sur les flancs desquelles s'épanchent encore les laves modernes lorsque l’activité a persisté.

Mais la presqu’île occidentale de l’Inde nous offre des faits d’un tout autre caractère. Là, sur une surface plus grande que la France, s’étendent des nappes trappéennes horizontales, à bords abrupts et verticaux, depuis le bassin de la Merbuddah au nord jusqu’à l’extrémité duDeccan et au royaume de Mysore au sud, formant toute la région élevée delà chaîne des Ghates et une partie de la plaine qui est au-dessous, le long de la côte occidentale de la péninsule sur cinq degrés de latitude. Leur point d’éruption n’apparaît nulle part et rien dans le relief extérieur du pays ne le fait soupçonner. Sous le rapport de leur arrivée au jour, de leur contemporanéité et de leur mode d’épanchement, ces produits ignés de l’Inde ne sont pas moins remarquables que par leurs caractères physiques, la disposition qu’ils affectent, l’immense développement qu’ils

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ont pris, et ils sont aussi, comme ceux dont nous avons parlé dans l’Afrique Australe, un des mystères de la géologie.

Dans les deux Amériques, c’est particulièrement la région occidentale, dans toute sa longueur depuis l’Orégon, la Californie, les montagnes Rocheuses jusqu’à laTerre-de-Feu, ligne suivant laquelle sont disposées les bouches volcaniques modernes, que se sont principalement épanchées les roches ignées des époques précédentes. Les petites Antilles, placées à l’est, étaient sans doute le siège d’une région particulière.

Enfin les innombrables volcans actuels disséminés dans le grand Océan, depuis les îles Sandwich jusqu’à la Nouvelle- Zélande, depuis le Kamtschatka et les groupes d’iles qui l’avoisinent jusqu’aux terres australes les plus rapprochées du pèle, doivent avoir pour base des produits ignés plus anciens, que nous trouvons très-développés dans la plupart des îles de la Polynésie , dans l’Australie, la terre de Van-Diémen, la Nouvelle-Zélande et les archipels voisins '.

Outre leur distribution géographique, leurs caractères orographiques et leurs relations avec les roches sédimentaires qu’ils traversent et modifient plus ou moins à leur contact, les produits ignés doivent encore être étudiés au point de vue minéralogique et chimique. Ce genre de recherches peut jeter beaucoup de jour sur la constitution intérieure de notre planète et faire entrevoir la possibilité de trouver des rapports entre leur composition et leur âge relatif, ou bien leur contemporanéité dans des régions éloignées. Ce vaste champ n’a encore été exploré que sur un petit nombre de points.

1. Voy. Carte des îles et des récifs de polypiers avec l’indication des volcans brûlants, d’après la carte publiée par M. Ch. Darwin eu 1842. Introduction à l'étude de la paléontologie, vol. Il, pl. 3. 1804.

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