‹ Géologie et paléontologieChapitre 160 sur 190 · EUROPE · texte numérisé non relu

EUROPE

offert la plupart des mêmes mammifères et surtout YUrtut spelæus , qui a fait l’objet d'un travail particulier de M. Delbos.

Dans le département du Lot la caverne de Brengues a fourni à M. Puel de nombreux matériaux d’étude, qui lui ont permis de démontrer l’identité du Renne si constant dans tous ces gisements avec l’espèce actuelle du nord de l’Europe et de l’Asie. Les cavités naturelles de la craie du Périgord, entre autres celle des Eyzies, près de Tayac, ont offert à MM. Éd. Lartet et Christy une prodigieuse quantité de silex taillés (couteaux, haches, etc.), formant une sorte de brèche avec des os de Rennes, de Bœufs, de Chevaux, de Chamois, de Cerfs, le tout consolidé par du carbonate de chaux et formant le sol de la caverne. D’autres objets travaillés (flèches, aiguilles, alênes, poinçons), faits avec les os ou les bois de ces ruminants, y sont également disséminés. Les cavernes de Bruniquel ont présenté des faits analogues.

Le Languedoc est la province de France dont les cavernes ont fourni le plus de matériaux à la paléozoologie. Dans celle de Lunel-Vieil entre autres, les recherches de MM. de Serres, Dubreuil et Jean-Jean ont fait connaître 35 ou 36 espèces de mammifères terrestres, dont 17 carnassiers, A ou 5 rongeurs, 6 pachydermes, 8 ruminants, la proportion des premiers étant ici plus considérable que dans toutes les autres cavernes du pays. De leurs propres observations et d’un grand nombre d’autres qu’ils rappellent, les auteurs concluaient, en 1839, comme M. Tournai dix ans auparavant, que le remplissage des cavernes et l’enfouissement des restes d’animaux qu’on y trouve étaient postérieurs à l'établissement de l’hbmme dans la contrée.

Sur la pente nord des Pyrénées centrales, les cavernes des environs de Bagnères-de-Bigorre n’ont pas offert aux recherches de Philippe moins de AO espèces de mammifères, dont 12 seraient éteintes, suivant M. Leymerie. Près d’Aurignac (Haute-Garonne), M. Lartet a découvert, en 1861, une ancienne sépulture dont le sol était rempli d’ossements

TERRAIN QUATERNAIRE

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humains, d'Ours,- de Cheval, d’ Aurochs, de Renne, avec divers objets travaillés et formant une couche qui se continuait au dehors de .l'excavation. Au-dessous était un lit de cendre et de charbon avec des os calcinés provenant ides mêmes animaux, puis de YElephas primigenius, du Rhinocéros lichorhinus, de Chevaux, de Sangliers, de Cerfs {C. elaphus et megaceros), de Chevreuils, de Blaireaux, de Putois, de Felisspelœa ou férus, d’Hyène, de Loup et de Renard. La manière dont ces os étaient cassés, les traces d’instruments tranchants qu’ils portaient, prouvaient que les animaux avaient servi à la nourriture de l’homme, comme les os de Rennes et de Cerfs, qui tous étaient fendus en long, de la manière la plus favorable pour en extraire la moelle.

Les grottes de Massat (Ariége), étudiées par M. Fontan, puis par M. Lartet, celle de Lourdes, par ce dernier savant et M. Alph. Milne Edwards , avaient été aussi habitées par l’homme, mais à une époque moins ancienne que la précédente, alors que le Renne, l’Aurochs, le Cheval, etc., dominaient dans ce pays comme dans le Périgord. Aucun animal, pas même le Chien, n'était encore à l’état de domesticité; aucun instrument ou ustensile n’était encore en pierre polie et à plus forte raison en métal. Mais il résulte déjà de ces faits comparés que Y âge de pierre antédiluvien ou quaternaire pouvait comprendre plusieurs périodes distinctes, et, partant de cette idée, M. Lartet a cherché à faire l’histoire des 9 principaux types de mammifères qui caractérisent la faune quaternaire de l’Europe et qui seraient dans l’ordre d’apparition ou d'ancienneté : YUrsus spelaus, YHyæna spelira, le Relis spclœa, YElepluis primigenius , le Rhinocéros ticliorhinus , le Megaceros hybernicus [Ccrcus megaceros), le Cervus tiirundus (Renne) , le Bison d’Europe, le Ros primigenius, espèces dont l’extinction aurait été successive , au moins pour plusieurs d’entre elles.

M. Garrigou, considérant ces diverses grottes ou gisements de fossiles par rapport à leurs altitudes, a été amené à penser

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que ceux situés à 150 et 200 mètres au-dessus des plaines environnantes étaient surtout caractérisés par la présence de YUrsus spelœus, de YElephas primigenius , de YHyœna spelæa, etc. Au-dessous de ce niveau on rencontre une faune différente que caractérise le Renne qui habitait alors toute l’Europe. Enfin , Jes ossements recueillis au fond des vallées 'appartiennent aux espèces domestiques ou autres qui peuplent encore la contrée, et sont accompagnés d’instruments plus perfectionnés en pierres polies. Dans les cavernes comme celle du Maz-d’Azil, où plusieurs couches superposées indiquent des périodes d’habitation successives, celles que caractérisent les ossements d’Ours, d’Eléphant, de Rhinocéros, et les instruments les plus grossièrement taillés, se sont trouvées les plus basses, de sorte que, dans le département de l’Ariége, la succession des couches ossifères avec les restes d’industrie humaine est reproduite dans le même ordre que dans les grottes d’Arcy en Bourgogne.

Plusieurs de ces localités ont aussi fourni des preuves que l’art du dessin n’était pas étranger à ces anciennes populations. Ainsi, une plaque d’ivoire trouvée par M. Lartet, au milieu des objets de l’industrie la plus grossière , dans une des cavernes du Périgord, représentait un éléphant à longue crinière, et sur un fragment de schiste recueilli par M. Garrigou dans la grotte de Masset, parmi des ossements de Renne, étaient gravés avec une grande netteté les contours fort exacts d’un Ours. Ces spécimens et d’autres semblables, dont l’authenticité n’est pas contestable, prouveraient en ootre que la représentation des animaux a précédé chez l’homme celle de ses idées, car aucune trace de caractères alphabétiques ou autres n’a encore été rencontrée dans les mêmes conditions de gisement.

Sutne. — Si nous reprenons actuellement l’exposé général des phénomènes quaternaires sur le pourtour des Alpes, et plus particulièrement en Suisse, nous y trouverons certains faits qui doivent aux reliefs très-prononcés de cette région

T K H R A I N <Jt ATEKNAII1E.

leurs caractères particuliers. Ils ont pendant longtemps exercé la sagacité des géologues et frappé d'étonnement les simples voyageurs qui ne pouvaient s’en rendre compte par le jeû des actions ordinaires de la nature : ce sont surtout les blocs dits erratiques de roches cristallines, provenant évidemment des Alpes, et posés, comme avec la main, sur les pentes calcaires du Jura situées en face de l'autre côté de la grande vallée Suisse ; ce sont les surfaces des roches anciennes, striées, sillonnées, polies ou ondulées (roehes moutonnées), comme si elles avaient subi un frottement énergique très-prolongé, et que l’on observe sur les parois des hautes vallées alpines; ce sont des accumulations ou monticules de blocs entassés, disposés transversalement ou latéralement vers le bas de ces mêmes vallées, à leur débouché dans les plaines; ce sont, enfin, ces dépôts de sable et de cailloux roulés et striés qui occupent le fond de ces dernières et sont surmontés d’une alluvion sableuse et argileuse. Tous ces résultats postérieurs au dernier soulèvement des Alpes, qui n’a pu les produire, devaient avoir une même origine et être reliés par une cause commune qui échappait aux observateurs les plus attentifs.

Dès 1802, puis en 1806, Playfair avait attribué le transport des blocs erratiques sur le Jura à l’existence d'anciens glaciers qui se seraient étendus dans les vallées bien au delà de leurs limites actuelles, les auraient comblées, celle du bassin de Genève entre autres, et auraient servi comme de plans inclinés pour faciliter ce transport depuis le point où les blocs se détachaient de la roche en place, ainsi que le font encore les glaciers de nos jours, sur une échelle infiniment moindre. Par suite d’un relèvement de la température, ces masses de glaces fondirent, se retirèrent peu à peu dans le domaine quelles occupent encore, laissant comme témoins de leur plus grande extension les blocs erratiques dont on vient de parler. Les autres effels que nous avons rappelés n'étaient plus alors que les conséquences de cette première hypothèse.

EIIKOI'E.

Venetz, en 1821, de Charpentier, dans plusieurs mémoires, M. L. Agassiz, en 1837, par des travaux subséquents exécutés soit seul, soit avec M. Desor et d’autres naturalistes, tels que MM. Ch. Martins, Guyot, etc., enfin M. I). Forbes, donnèrent à cette explication une grande importance par la précision et la multiplicité de leurs recherches sur le régime des glaciers actuels, comme par les conséquences qu’ils en tirèrent et qu’ils ne tardèrent pas à étendre à d’autres régions où des phénomènes semblables se trouvaient indiqués par des traces plus ou moins comparables à celles observées en Suisse. A partir de ce moment, ce que l’on a appelé la théorie des anciens glaciers entra comme un élément essentiel dans l’histoire de l’époque quaternaire. Nous avons exposé tout ce qui se rapporte à la naissance et à l’origine de cette théorie1, ainsi que les conséquences que nous en avons déduites en faveur d'une seconde hypothèse, celle de deux phénomènes glaciaires dans l’intervalle desquels aurait vécu la faune des grands mammifères, qui n’a d’ailleurs laissé que d’assez faibles traces en Suisse et sur le versant méridional des Alpes.

De l’examen des faits et de leur comparaison des deux côtés de la chaîne nous avons pu conclure également le synchronisme de phénomènes semblables et que la faune des mammifères quaternaires de la Suisse, du fond de la vallée du Rhin, comme celle des vallées de la Moselle, de la Meuse, de la Seine, de la Somme, au nord, de la Garonne et du Rhône, au sud, était partout la même et de même âge, tandis qu’elle devait être plus ancienne que les restes des moraines des Vosges, que le transport des blocs erratiques des Alpes sur les lianes du Jura, que les surfaces striées, sillonnées, polies et moutonnées des roches dans les régions alpines les plus élevées, enfin que les dépôts sablonneux, boueux et limo-

1. Histoire des progrès de la géologie, vol. II, p. 257. 1848. — Voy. aussi leçons sur la faune quaternaire, p. 1 10-112 et 152. 1805.

T K R R A I N QUATERNAIRE

neux, avec ou sans cailloux striés, qui recouvrent les précédents.

Bassin méditerranéen. — Sur le pourtour du bassin méditerranéen on a constaté, en une multitude de points, des dépôts coquilliers, des marnes, et surtout certains grès placés à diverses hauteurs non loin du rivage, très-distincts des couches tertiaires supérieures qu’ils recouvrent transgressiveinent (Toscane, îles d’ischia, de Sicile, de Chypre, de Rhodes, Syrie, delta du Nil, Tunis, la Calle, Boue, Mostaganem, Oran, Majorque, Sardaigne, Gibraltar) 1 ; mais leurs caractères physiques et la comparaison des fossiles marins qu'ils renferment ne suffisent pas toujours pour que Ton puisse avec certitude les séparer de dépôts émergés dans la période actuelle. D’un autre côté, les brèches osseuses et les cavernes à ossements de la même grande région n'ont pas fourni de preuves plus décisives. Celles de la Toscane, des environs de Palerme, de Syracuse, de la Sardaigne, de l’Algérie, de Malte, de Gibraltar, de Cette, d’Antibes, de Nice, etc., ont montré les restes d’une faune de mammifères assez différente de celle que nous avons vue au nord des Pyrénées et des Alpes, et que nous allons retrouver dans l’Europe centrale.

Allemagne centrale. — Les reliefs si accidentés et si multipliés de ce dernier pays, qui divisent sa surface en une infinité de petits bassins en relation avec celui du Danube au sud, avec celui du Rhin à l'ouest, et avec ceux du Weser, de l’Elbe, de l'Oder et de la Vistule au nord, rendent l’étude de ses dépôts quaternaires très-compliquée. Ils n'ont point d’ailleurs offert de caractères différents de ceux que nous avons examinés, et l’on peut concevoir que les actions analogues qui se sont produites sur les divers points des deux plans inclinés, l’un au S., vers le thalweg de la vallée du Danube, l’autre au N., vers les côtes de la Baltique, ont pro-

1. Histoire des progrès de la géologie, vol. II, p. 257. 1848. — Leçons sur la faune quaternaire, p, 110-112 et 152. 1805.

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duit des résultats tout à fait comparables à ceux que nous connaissons déjà.

Les débris de grands mammifères recueillis dans cet espace, soit dans les dépôts de transport des vallées, soit dans les cavernes (Ganstadt près Stuttgard, Thiede, Brunswick, Gailenreuth, Bayreuth, le bassin de la Lalin, etc.1), sontsemblables à ceux que nous avons signalés à l’est et à l’ouest.

§ 2. ASIE

On a déjà dit ( ant<\ p. 89) quels étaient les principaux caractères des dépôts quaternaires du nord de l’Asie; nous ajouterons seulement ici que, par suite des recherches plus récentes consignées dans le grand ouvrage de MM. Murchison, de Vemeuil et de Keyserling, sur les flancs de l'Oural, l’or et le platine en grains, résultant de la destruction et du lavage des roches ignées les plus modernes de la chaîne, n’ont été trouvés jusqu’à présent que dans les dépôts où l’on a recueilli des ossements d’Éléphants et de Rhinocéros, et cela presque exclusivement sur le versant oriental, de sorte qu'il y a une relation singulière entre deux ordres de phénomènes tout à fait différents. Si l’on remarque en outre que les veines aurifères manquent dans les anciennes couches détritiques, on ne pourra douter que l’or ne soit ici la substance minérale la moins éloignée de l'époque historique. Le versant nord de l’Altaï présente encore des faits analogues à ceux-ci ; les alluvions aurifères, suivant M. P. de TchihatchefT, y sont en rapport avec la destruction des Éléphant^ et des Rhinocéros, et, de môme que dans l’Oural , la Turquie d’Europe, l’Asie Mineure, le Caucase et l’Arménie, on n’y signale pas de blocs erratiques ni de traces d’anciens glaciers.

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