Hist. des progrès de la géologie, vol. I, p
GÉNÉH ALITÉS. 7/(5
niveau moyen des continents serait abaissé de 91 centimètres dans un laps de 5/j,000 ans, et le fond de l'Océan élevé de 0m30 dans la même période par les détritus qu’y apportent tous les fleuves. A l’embouchure du Mississipi, le dépôt alluvial descend jusqu’à 152 mètres au-dessous du niveau actuel de la mer, celui du delta du Gange, comme celui du Pô, à 121 mètres au moins.
De son côté, sir Ch. Lyell, partant des mêmes données, mais estimant l’épaisseur de l’alluvion du delta du Mississipi à 1 01 mètres, trouve que, d’après la proportion de sédiment déposé annuellement par le fleuve à sa surface, l'accumulation de ce dépôt a dû exiger 67,000 ans. Si, de plus, on ajoute les 80 mètres d’épaisseur de la plaine alluviale qui est au-dessus, ce qui, suivant les mêmes évaluations, représenterait un laps de 33,500 ans, la puissance totale des sédiments apportés par le Mississipi depuis le commencement de la période actuelle aurait exigé 100,000 ans. Ce laps de temps, qui nous paraît énorme, est cependant insignifiant au point de vue géologique, continue l’auteur, puisque des escarpements plus anciens, de 15 à 75 mètres de hauteur, qui bordent la vallée du Mississipi, sont formés de limon quaternaire rempli de coquilles lluviatiles et terrestres qui toutes vivent encore aux environs.
Tourbe». — Quant à la formation de la tourbe, soit immergée, soit émergée, elle présente, avec les dépôts de houille, ce caractère commun de la continuité et du parallélisme des couches les plus minces sur d’immenses étendues, et de plus, comme l’a remarqué M. Lesquereux, une distribution superficielle ou géographique à peu près la même, car ces détritus de végétaux, séparés dans le temps par une période incalculable, ne s'observent point ou existent très-exceptionnellement entre les tropiques. Dans l’Europe occidentale on ne voit plus de houille en dehors des limites où la tourbe cesse de se produire aujourd’hui, et il en est de même dans les deux hémisphères.
TERRAIN MODERNE
L’ancienneté des dépôts tourbeux remonte, suivant toute apparence, comme celle des dunes, au commencement de notre époque, et nous avons pour appuyer celle opinion le fait général que, malgré leur position si fréquente dans les dépressions du sol, au fond des vallées, le long des plages basses qui bordent la mer, nulle part ils ne sont recouverts par les dépôts de transport diluviens ou quaternaires même les plus récents. C’est là un caractère stratigraphique essentiel et qui lève toute incertitude à cet égard. A en juger par leur mode de formation et la proportion de leur accroissement, on a voulu faire remonter leur origine à 0000 ans; mais ce cliiiïre, inspiré plutôt par quelque idée traditionnelle ou dogmatique que pan- une idée scientifique, n’a aucune raison d’être admis. D’un autre côté, le développement de la tourbe ne peut servir de chronomètre absolu, à cause de sa variabilité suivant les lieux, la nature de la végétation, les conditions physiques de toutes sortes, etc. Enfin l’examen des restes d’animaux trouvés dans ces dépôts, de même que les débris d’industrie humaine, tout concourt à n'y faire voir que des produits modernes1.
A peu d’exceptions près, ce sont les restes ou parties solides des animaux qui donnent lieu à des dépôts de quelque importance sous les eaux de la mer; à la surface des continents et des îles ce sont seulement les végétaux qui produisent des couches d’une certaine épaisseur. Dans le premier cas ce sont les organismes les plus inférieurs qui concourent le plus efficacement à ce résultat; dans le second ce sont généralement aussi les plantes les plus simples qui forment les couches de combustibles ; et ce que nous déduisons ici des phénomènes actuels peut, comme on l'a vu, s'appliquer encore à toutes les périodes de l’histoire de la terre.
e*u. — L’eau est la seule substance que nous trouvions à
I . Voy. Ilist. des progrès de la géologie, vol. I, p. 310, $ I , Tourbe el marais tourbeux. — Introduction à l’étude de la paléontologie, vol. Il, p. 38K, eliap. vu, S 1. 186t.
GÉNÉRALITÉS
la fois très-répandue dans la nature, à l’état de vapeur, à l’état liquide et à l’état solide. Cette circonstance tient, d’une part, à ce quelle donne des vapeurs même à une température très-basse, et, de l’autre; à ce que son point de solidification est si peu élevé que les simples variations de la température de l’air suffisent pour porter celle-ci tantôt au-dessus, tantôt au-dessous de ce point. Les phénomènes que produit l'eau à ces divers états sont très-différents.
Disséminée dans l’air en vapeur ou sous forme vésiculaire et en proportions incessamment variables, elle fait partie de la météorologie; à l’état liquide, au contraire, remplissant les bassins des mers et des lacs, alimentant les cours d’eau superficiels et les nappes souterraines, elle est, pour le géologue, l’objet d’une attention particulière, car son élude se rattache à la formation des roches sédimentaires marines ou lacustres de la surface du sol, comme à l’origine des eaux minérales et thermales qui s’élèvent de dessous cette surface; à l’état friable ou de névé, l’eau constitue les neiges perpétuelles; enfin à l’état solide et de glace compacte formant les glaciers, soit que nous la trouvions accumulée sur lès hautes montagnes où les névés les alimentent, ou suspendue à leurs flancs en nappes rugueuses et crevassées, soit que, portant plus loin nos regards, nous la voyions recouvrir comme d’un immense linceul les deux pôles de la terre, là où toute trace de la vie a cessé, l’eau donne lieu à des résultats non-seulement distincts de ceux qu'elle produit à l’état liquide ou à l’état de vapeur, mais encore très-différents de tout ce que nous présentent les autres substances solides.
Glacier». — Les études suivies auxquelles les glaciers ont donné lieu ont été provoquées, comme on l’a dit {ante, p. 706), par la nécessité d’appuyer sur des preuves directes l’hypothèse qui attribuait le transport des blocs erratiques et une multitude d’autres faits inexpliqués à l'existence d’anciens glaciers beaucoup plus étendus que ceux de nos jours. Ces observations, entreprises et continuées depuis
TERRAIS MODERNE.
vingt-cinq ans, ont apporté dans la science une multitude de données nouvelles sur l’origine, le mode de formation et d'alimentation , la marche ou le mouvement , enfin sur la destruction des glaciers, ainsi que sur tous les effets secondaires qui se rattachent à cette classe de phénomènes. La théorie du mouvement de progression des glaciers, qui s’est trouvée conforme à celle de l'écoulement des liquides dans un canal à parois rigides, a été sans doute le résultat le plus remarquable de ces recherches. Ce mouvement, d’une excessive lenteur, se produit comme dans une substance plastique, mais non élastique ou étirable, n’obéissant qu’à la pression et non à la tension , car la masse se brise avec une extrême facilité. Du reste, ces études tendent à confirmer l’hypothèse des anciens glaciers en vue de laquelle elles avaient été entreprises1.
Mais les physiciens à qui l’on doit ces nouvelles connaissances n’ont pas toujours été aussi heureux quant à la cause même de leur ancienne extension. Invoquer pour cela des changements dans la quantité d’humidité de l’atmosphère, des soulèvements de montagnes, des émersions de continents, etc., c’est se livrer à des suppositions gratuites et en contradiction manifeste «avec tout ce que nous savons de l'état des reliefs terrestres à ce moment, et avec ce qui se passe dans les régions polaires de nos jours. C’est oublier que le phénomène s’est produit en même temps dans les deux hémisphères, qu’après les dépôts tertiaires supérieurs les limites des mers et les contours des continents et des îles étaient à très-peu près ce qu’ils sont aujourd’hui, que les grands mammifères quaternaires parcouraient des surfaces continentales plus étendues qu’aucun mammifère de nos jours et sous des conditions climatologiques peu dilférentes de celles où nous vivons. Mais avant le développement de cette faune, comme vers sa fin, eurent lieu sans doute des périodes de froid dont
1. Voy. Ilist. des progrès de la géologie, vol. I, p. 325, S 2, des Glaciers.
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nous avons établi la distinction et les résultats dans les deux parties de l’hémisphère nord. Suivant toute probabilité, ces abaissements de la température, comme ceux dont nous avons constaté les effets pendant l’époque tertiaire, doivent être attribués à des causes cosmologiques, telles qu’un affaiblissement momentané de l’action solaire, causes qui seules pouvaient leur imprimer ce caractère de généralité et de symétrie qui partout frappe l'observateur attentif.
Produits de l'industrie humaine. Elllin quelques SlljetS que
nous devons encore rappeler, et qui ont récemment attiré l’attention, rattachent, d’une part, l'anthropologie à la paléontologie, de l'autre, l'archéologie à la géologie : ce sont ces divers produits de l’industrie humaine, certainement postérieurs à tous les phénomènes quaternaires, qui ne les auraient pas plus épargnés que les dunes et les tourbières, et sur lesquels cependant aucune tradition historique n’a pu jeter la moindre lumière. Ce sont ceux que, par ce motif, nous avons appelés antêhistoriques , comme nous avions appelé antédiluviens ceux que nous avons trouvés associés à des restes d’animaux éteints dans des dépôts évidemment quaternaires.
Ces divers produits de l’industrie humaine nous les avons rassemblés et décrits dans nos Praires de l'existence de l'homme avant les temps historiques1 . Ce sont ceux que l’on trouve dans les dépôts marins en Écosse et en Scandinavie ; ce sont les Kjokkcnmôddings du Danemark, ces restes de la nourriture des anciens habitants, accumulations de coquilles, particulièrement d’IIuitres placées à peu de distance de la côte et renfermant des objets travaillés en pierre et en os, et retrouvées encore dans l'Amérique du Nord et à la Terre-de- Feu (les marais tourbeux du Danemark, appelés Skovmoses , ont aussi fourni de curieux renseignements à ce sujet); ce sont les habitations lacustres ou P fahlbanten de la Suisse, les crannoges d’Irlande, les palafitla de l'Italie, qui nous ont
1. Introduction A l'étude de la palcontolotiie, vol. Il, chap. vm, p. ilO. 1864.
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conservé une multitude d’objets dus à l’industrie de leurs habitants, et qui, rangés dans un ordre d’ancienneté relative très-probable , ont fait reconnaître trois âges distincts caractérisés : le plus ancien par les instruments en pierres polies , le second par l’emploi du bronze , le troisième par l’emploi du fer; ce sont, enfin, ces ouvrages en terre dé l’Amérique du Nord qui, malgré leur nombre, leurs dimensions et la diversité de leurs formes, restent complètement muets pour nous, quant aux populations qui les ont élevés et aux temps où ils furent construits.
RÉFLEXIONS SUR L’ANCIENNETÉ DE L'iIOMME.
Les détails dans lesquels nous sommes entré sur ces divers sujets avaient pour but de nous faire remonter aussi loin que possible dans la période actuelle, afin de nous rapprocher de celle qui l’a immédiatement précédée. Mais on remarquera que les régions dont nous nous sommes occupé ne sont pas précisément celles qui pouvaient être regardées avec le plus de probabilité comme ayant été le berceau de l'humanité. Pour nous éclairer à cet égard il faudrait posséder sur les diverses parties de l’Asie qui ont été le théâtre des plus anciennes civilisations des documents analogues à ceux dont nous venons de parler, car ces civilisations pourraient fort bien avoir été contemporaines de l’âge de pierre du nord et du centre de l’Europe, comme les populations sauvages de l’Amérique centrale et de la Polynésie le sont de notre civilisation moderne.
Ainsi les grottes creusées sur les flancs des montagnes de la vallée de Cachemire, les temples souterrains d’Ellora, de Salsette et d’Éléphanta* avec les myriades de figures et de statues sculptées dans la roche de leurs parois, l’antique cité
t. flist. des progrès <le la géologie, vol. III, p. 509.