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CHAPITRE IV

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La continuité des terrains qui constituent le sol des provinces méridionales des Pays-Bas avec ceux du nord de la France nous engage à exposer l’hitstoire des recherches dont les premiers ont été l’objet avant de traiter des seconds.

Par les caractères mêmes du pays, la Hollande ne devait guère olTrir d’intérêt géologique; aussi n’est-ce que dans ces derniers temps que des études très-suivies et très-minutieuses sont parvenues à y découvrir des faits d'une certaine importance relative. Quelques auteurs anciens, tels que Berkhey, Vosmaer, Ballenstedt, Brugmann et Boccone, ont mentionné des fossiles de ce pays, mais dont les gisements mêmes étaient fort douteux.

La Belgique et les provinces qui l’avoisinent immédiatement présentent, au contraire, des travaux plus sérieux. Ainsi, R. Limbourg, décrivant, en 1774, les diverses roches calcaires, quartzeuses et schisteuses des environs de Stavelot, de Franchimont, de Limbourg, de Liège, de Spa, etc., y mentionne les fossiles végétaux et animaux; puis il range ensemble, quels que soient d’ailleurs leurs caractères minéralogiques et les corps organisés qu’elles renferment, d’une part, toutes les roches en couches horizontales, de l’autre, celles qui sont en couches inclinées ou perpendiculaires,

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disposées en bandes allongées du N.-E. au S.-O. et recouvertes par les précédentes. Leur redressement est antérieur à la formation de ces dernières et attribué à un changement dans la position de l’axe de la terre, que nous avons déjà vu souvent invoqué. Les calcaires-marbres de Namur sont décrits avec soin, et la craie de Maëstricht est distinguée par ses fossiles. La bande de terrain houiller est indiquée depuis Aixla-Chapelle jusqu’à Valenciennes, et les idées de l’auteur sur l’origine et la formation du charbon de terre sont fort justes pour le temps où il écrivait. Un autre mémoire de R. Limbourg sur l’histoire naturelle du pays belge, comprenant la vallée et les environs de Pépinster, n’est pas non plus sans mérite.

wît»y. — Plus à l’ouest, l’abbé Witry s’est occupé des fossiles des environs de Tournai, et a représenté des trilobites, des crinoïdes et des polypiers du calcaire carbonifère. 11 mentionne les débris organiques d’un poudingue ferrugineux (< tourtia ), reposant sur le calcaire ou pierre bleue , puis ceux des marnes sableuses, à points verts, de la craie de Bruyelles.

De Launay. — Dans le même temps, de Launay donnait une énumération des fossiles des environs d’Anvers, de Bruxelles, de Louvain, de Maëstricht, etc., suivie de la réfutation des idées de Louville sur le changement d’obliquité du plan de l’écliptique. Il reconnaît que les coquilles sont distribuées dans les couches d’une manière constante, et que souvent deux ou trois d’entre elles sutlisent pour faire prévoir toutes celles qui doivent se trouver réunies dans le même banc, circonstances comparables, dit-il, à ce que l’on observe dans les mers actuelles et dans la distribution des végétaux. D’autres remarques sur ce sujet ne sont pas moins judicieuses, de sorte que nous pouvons constater qu’au point de vue théorique et pratique Limbourg et de Launay étaient réellement avancés pour leur époque, et leurs idées, comme leurs travaux, ne le cédaient en rien à ce que publiaient leurs contemporains les plus éclairés de l’Allemagne et de l’Italie.

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Burtîn, Garop, de Hup<cb, etc. — L’ Oryclographie de Bruxelles , ou Description des fossiles tant naturels qu'accidentels découverts dans les environs de cette, ville , publiée en 1784 par F.-X. Burtin, n’est qu’une simple iconographie, dans laquelle les corps organisés ne sont pas distribués suivant les couches d’où ils proviennent. L’auteur est beaucoup moins avancé que ceux des mémoires que nous venons de citer, et l’explication des planches, qui sont nombreuses, est la seule partie du travail qui ait aujourd’hui quelque utilité. Dès le milieu du xvi' siècle, J. Garopius Becanus, dans ses Origines antwerpianœ, avait fait connaître les débris de mammifères marins recueillis dans les dépôts récents des environs d’Anvers, et démontré, en outre, qu’ils ne provenaient pas d’une race de géants, comme on le croyait alors. Vers 1774 , le baron de Hupsch signala des os tympaniques de cétacés, qui confirmèrent les vues de son prédécesseur, et Rozin donna un Essai sur la minéralogie, avec des applications particulières au sol de la France et de la Belgique.

Faujas. — lé Histoire naturelle de la montagne de Saint- Pierre, prés Maëstricht, publiée par Faujas de Saint-Fond, en 1799, et accompagnée de 54 planches de fossiles, n’est point à proprement parler un ouvrage de géologie. C’est une simple description pétrographique, peu exacte même, de la roche qui constitue cette colline et des galeries d’exploitation qu’on y a pratiquées de temps immémorial pour en tirer des pierres de construction. Ce travail a néanmoins quelque intérêt, parce qu’il est le premier qui ait traité spécialement de l’étage crétacé supérieur de cette localité, devenu le type d’un horizon géologique particulier, et parce que les fossiles qui y sont représentés suffisent pour donner une idée de sa faune.

Parmi ceux dont Faujas s’est occupé, celui qui a le plus attiré son attention et auquel il revient fréquemment, est une tête de reptile de grandes dimensions, qu’il rapporte à un Crocodile, après avoir étudié comparativement les sauriens

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actuels qui en sont plus ou moins voisins. L’histoire de la découverte de ce morceau, en 1770, presque unique encore dans la science, et celle des études dont il a été l’objet ne sont pas sans intérêt et ont été souvent reproduites * ; mais nous nous bornerons à rappeler que, regardé d’abord par Van Marum et par Pierre Camper comme provenant d’un célacé, le fils de ce dernier le plaça dans le voisinage des Monitors, opinion qu’une étude plus approfondie faite par Cuvier vint confirmer plus tard.

Sous le rapport géologique, la colline de Saint-Pierre a été bien comprise ensuite par W.-E. Hony, qui, d’après l’analogie des fossiles, a su rapporter aussi les calcaires de Visé au calcaire carbonifère du Derbyshire.

M. d Omaiiu» d’Haiioy. — En 1808, M. d’Omalius d’Halloy, adoptant les deux principales divisions de R. Limbourg, examine les diverses sortes de roches qui les composent et les décrit dans chaque région naturelle. Celle qui est connue sous le nom de Campine lui oiïrit peu d’intérêt; mais dans les Flandres il reconnut la craie et un grès calcarifère dont les fossiles rappellent ceux de la craie de Paris; il mentionne sous le nom de chaux carbomtée grossière les roches coquillières tertiaires des environs de Bruxelles, plus récentes que la craie, et qu’il place sur l’horizon de la pierre à bâtir du bassin de la Seine, ce qui est exact, et en même temps sur celui du calcaire de Maëstricht, ce qui ne l’est plus, comme il n'a pas tardé à le reconnaître lui-même.

Toutes les couches qui constituent la région du Condros, située à l'est de la précédente, sont inclinées, repliées en divers sens, dirigées N.-E., S. -O., comme les vallées, et forment des bandes distinctes, allongées de même, ainsi que l’avait reconnu Limbourg. Ces bandes, qui ne sont point d’ailleurs absolument parallèles ni continues, y sont dési-

1. Voy. d'Archiac, Introduction à un cours de paléontologie strat {graphique, vol. I, p. 245.

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lût

gnées sous le nom de formation bituminifère, l’auteur les supposant colorées par du bitume. Elles sont composées de couches calcaires, de chaux carbonifère bituminifère , de quartz ou de grès et fie schistes, et la disposition générale des chaînons les montre distribuées comme il suit, par rapport aux vallées longitudinales. Le milieu de celles-ci correspond .aux strates calcaires , et les sommets des collines à ceux de grès et de schistes, quoique dans les vallées irrégulières le calcaire constitue les escarpements abruptes, les grès et les schistes les pentes adoucies. Quant à l’ordre de succession de ces divers systèmes de couches, il ne devait être démontré, que vingt ans après.

Dans le terrain houiller de cette même région, M. d’Omalius distingue quatre bassins principaux : ceux d’Aix-la-Chapelle, de Liège, d’Huy et de Namur, qu'il décrit successivement.

Dans le Haiuaut, le même savant étudie les roches ignées ou porphyres de Quenast et de Lessines, les schistes ardoises qui les entourent, puis sa formation bituminifère, prolongement de celle du Condros , dont plusieurs chaînons peuvent être retrouvés. 11 mentionne les marbres des Écaussines, connu sous le nom impropre de petit granité , étudie le terrain houiller de Charleroi, de .Vous, de Valenciennes et de Douai, localités sur lesquelles des mémoires spéciaux avaient été publiés, mais sans vues d'ensemble. Aux environs de Tournai, les strates calcaires sont horizontaux, circonstance exceptionnelle pour les roches de cet âge, dans ce pays où elles sont surmontées de grès et de sable, décrits comme on l’a vu par l’abbé Witry.

Toutes les couches de l’Artois affectent aussi l’horizontalité et comprennent une craie de caractères variables, avec des silex gris ou blancs, et les sables qui la recouvrent sont le prolongement de ceux du Hainaut. Au nord-ouest, dans le bas Boulonnais, où les marbres et le terrain houiller sont analogues à ceux du Condros et du Hainaut, on voit le dernier

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terme de cette série de bassins houillère qui traverse le nord de la France, et la ressemblance qu’ils ont tous entre eux ne permet pas de douter que celui-ci n’en fasse également • partie. *

Le sol de l’Ardenne, dont les caractères physiques sont ensuite esquissés, appartient à la formation ardoisière de M. d’Omalius; les schistes et les quartzites y alternent, plu* ou moins inclinés, souvent verticaux, courant généralement du N.-E. au S.-O., mais moins tourmentés et moins variables dans leur inclinaison que les couches de la formation bitumineuse. Les roches et les substances minérales qu elles renferment ayant été décrites, le savant auteur passe à l’étude de l’Eifel, pays compris entre l’Ardenne, le Hhin et la Moselle, et où s’observent les formations basaltique , ardoisière, bituminifère, le grès rouge et le terrain volcanique proprement dit. Enfin le massif montagneux du Ilundsruck, du Luxembourg et du Palatinat, est étudié au même point de vue.

Les distinctions saisies pour la première fois par M. d’Omalius, dans cette étendue de pays si variés compris entre la Manche et le Rhin, la répartition de ses divisions, les caractères stratigraphiques généraux et leurs rapports indiqués , font de ce travail le meilleur exposé de sa géologie que l'on ait encore eu. Aussi avons-nous dû insister à son égard, paire qu’il s’éloigne enfin de la voie si longtemps suivie par la plupart des obscrvatejirs, et qu’il inaugure en quelque sorte par la largeur de ses vues, la netteté de ses aperçus, une ère nouvelle dans l’étude des terrains sédimentaires de cette même région.

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