‹ Géologie et paléontologieChapitre 30 sur 190 · KH AIS CK · texte numérisé non relu

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telles que les Miliolites du calcaire grossier de Paris. L’abbé Sauvage nous parait être le premier qui ait décrit et fait représenter une coquille de rudistes bien caractérisée ( Kadio litex Saucugesi) et constituant, par son abondance, une couche aux environs d’Uzès, sur la pente des Cévennes.

Suivant un article de Desmarest, inséré dans YEneyelopfdie méthodique, le chimiste Rouelle, professeur au Jardin des Plantes, développait dans ses cours certaines idées sur la théorie de la terre et la composition de sa surface. 11 distinguait Y ancienne terre et la nouvelle terre : la première, comprenant les roches granitiques massives, la seconde, un ensemble de lits et de bancs calcaires, argileux, marneux et* sableux, disposés horizontalement et formés de débris organiques. Ces derniers étaient distribués suivant un certain ordre, et leurs espèces différaient suivant les pays, comme on l'observe encore dans les mers actuelles. Ce que nous savons de la géologie de Rouelle, qui n’a rien écrit sur ce sujet, nous a été transmis par son biographe, qui parait avoir été son élève.

De Maillet. — Nous avons apporté une attention toute particulière à l’examen du livre de de Maillet, intitulé Telliamed (anagramme de son nom), ou Entretiens d'un philosophe indien arec un missionnaire français sur la diminution delà mer , la formation de la terre, l’origine de l’homme, etc., livre qui a été jugé légèrement et qui vaut mieux que sa réputation, lorsqu’on se place au point de vue de l’auteur.

11 y a dans Telliamed deux parties distinctes : l’une comprenant l’observation exacte de certains faits et les réflexions naturelles qu’ils suggèrent à l’auteur, l'autre des renseignements vagues, douteux ou tout à fait faux, servant de point dé départ aux hypothèses les plus étranges. La première, qui aurait dû seule fixer l’attention, est précisément celle qui a été négligée, tandis que la seconde a échappé à l’oubli, restant comme un exemple souvent cité de conceptions bizarres ou originales. 1^* retentissement du livre, lors de son apparition.

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est dû à cette partie purement hypothétique à laquelle de Maillet faisait sans doute allusion dans sa dédicace à son ami Cyrano de Bergerac, l'auteur du Voyage dam la lune.

Dans une préface, fort bien pensée, il s’attache à justifier plusieurs points de vue et les conclusions de son livre, que l’on pourrait juger contraires à la Bible. C’est ainsi qu'il dit : « Mais il est constant par la Genèse que le soleil ne fut « créé que le quatrième jour et que, par conséquent, on ne « pouvait compter ni jour, ni nuit; d'où l’on peut conclure « que ce terme de jours n’est employé en cet endroit qu’im- « proprement, métaphoriquement et pour signifier la suc- « cession avec laquelle l’intelligence supérieure exécuta les « différents ouvrages dent il y est parlé'. »

L’ouvrage est divisé en six entretiens ou journées, rapportés aux années 1715 et 1 7 1 <5 ! . Or, ce qui nous a paru mériter surtout d’ôtre rappelé, se trouve compris dans les trois premiers entretiens. L’idée fondamentale de de Maillet, le grand fait d’où il déduit la formation des terrains, des continents et des lies, le développement successif des végétaux et des animaux, c’est l’existence, qu’il croit avoir démontrée, des eaux de la mer ayant enveloppé tout le globe à son origine, puis diminué peu à peu jusqu’à leur état actuel. Ainsi l’auteur, qui séjourna longtemps en Égypte comme consul général de France, fonde son système précisément sur les idées que les prêtres de Memphis communiquaient à Hérodote deux mille deux cents ans auparavant.

De l’observation des pierres dans les carrières, les montagnes et les côtes, de leur disposition par lits au-dessus les uns des autres, il conclut que le tout a été formé dans la

1. Cette interprétation de de Maillet a été reproduite par Needham peu d’années après, puis par Buffbn, par de Lue, et enfin donnée comme nouvelle, au commencement de ce siècle, par un orateur sacré, en grand renom, à qui l’on fit honneur de la découverte.

2. Imprimé en 1735, il ne fut publié qu’en 1748, trente-deux ans après avoir été écrit. — Voy., pour plus de détails, ce que nous avons dit du livre de de Maillet, loc. rit., p. 2BB-277.

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mer, non pas en même temps, mais successivement, dans l’ordre où l’on voit chaque pierre, et que par conséquent la mer a dû se retirer de plus en plus pour les laisser toutes à sec. Nous nous sommes attaché à faire voir l’ordre et la méthode que de Maillet avait mis dans cette partie de son livre, avec quelle sagacité il observait lui-même, comme le prouve sa description de la couche de minerai de fer de Moyeuvre, entre Metz et Thionville, celle de la colline de Sainte-Croix-du-Mont, sur la rive droite de la Garonne, en amont de Bordeaux, etc. 11 nie d'ailleurs, avec beaucoup de bon sens, la possibilité du déluge universel, dont la croyance était si répandue alors, et ce n’est pas un des passages les moins remarquables de son livre. Il réfute également l’hypothèse des cavités intérieures qui devait trouver encore des partisans longtemps après lui, et, dès que l’idée de soulèvement des parties solides de l’écorce terrestre ne se présente pas à l’esprit, il faut reconnaître que l’accroissement des continents par l’éloignement des eaux de la mer, tel que l’expose de Maillet, acquiert beaucoup de probabilité.

Le quatrième entretien est consacré à l’examen des différents systèmes sur l’origine et la nature des corps marins trouvés dans l’intérieur des montagnes, examen qu’il termine en disant : « Tout enfin dans la nature nous parle de cette « vérité, que nos terrains sont l’ouvrage de la mer et qu'ils en « sont sortis par la diminution de ses eaux.» Dans le cinquième, arrivant à la partie la plus difficile de son système dont jusque-là tous les éléments étaient bien liés, c’est-à-dire «aux causes de la diminution de la mer et à ses conséquences par rapport à l'état passé, présent et futur de l’univers, il cesse bientôt d’être guidé par l’observation et les faits, et l’ouvrage n’est plus qu'une compilation indigeste de documents incomplets, de fausses données, d’erreurs de physique sur lesquels sont édifiées les idées les plus bizarres, les plus obscures et les moins justifiées.

Nous n'avons pas insisté davantage sur le dernier entre-

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tien de Telliamed, celui où il traite de l'origine de l’homme et des animaux et de la propagation de l'espèce par les semences. Cette idée de la transformation des êtres par les modifications des indien x ambiants on par toute autre cause, renouvelée d’Anaxiinandre, a été reprise par un des zoologistes français les plus éminents du commencement de ce siècle, et aujourd’hui même le Singe perfectionné de Lamétherie est encore une thèse vivement soutenue, toute vieille qu’elle est.

Bertrand, d’Argenville. — Vers le milieu du xviii' siècle furent publiés un certain nombre de notes et de petits mémoires que nous avons mentionnés pour la plupart 1 et qui nous ont prouvé combien était fondée la remarque de Bourguet. Quelques ouvrages plus généraux et plus importants leur ont bientôt succédé. Tel est le Dictionnaire universel des fossiles propres et des fossiles accidentels , d’Élie Bertrand, dans lequel on trouve beaucoup de documents instructifs sur l’histoire des corps organiques et inorganiques, aux points de vue pétrographique, minéralogique et paléontologique. Le Catalogue des fossiles de toutes les provinces de France , par Dezallier d'Argenville , ouvrage complété par son Histoire naturelle, éclaircie dans une de ses parties principales, l’oryctologie , est une sorte d’iconographie minéralogique et zoologique, où sont représentés les fossiles et les minéraux sans aucune donnée scientilique, mais dont les gisements, ou mieux l’énumération par provinces, ajoute à ce qu’avait déjà fait connaître le tableau de Bourguet.

Buffon et Guettant — Au moment où nous sommes arrivé, deux savants régnaient en France dans le domaine de la géologie. Tous deux, travailleurs infatigables, ont, pendant quarante ans, publié d’innombrables recherches. Le premier, d’un esprit vaste, savait rassembler et coordonner dans une large synthèse tous les matériaux épars d’un sujet donné,

l. Loc. cit., p. 277, 282.

tracer de brillants tableaux, exposer les idées et les faits avec une clarté et une élégance qu’aucun de ses successeurs n’a dépassées ni même atteintes; il a imprimé aux esprits une heureuse impulsion vers l’étude de la nature; il a pu, de son vivant, jouir de toute sa renommée, et la postérité a ratifié la popularité qui s’était attachée au nom de Buffon.

Le second, se tenant plus près de la nature elle-même, observateur exact, minutieux, ne s’élevant pas au-dessus des plus simples conséquences des faits, écrivain peu habile, comme il le reconnaît lui-méme, sec, souvent diffus, a peu réagi sur ce qui l’entourait, et son influence a été presque nulle. Il vint trop tôt pour certaines de ses idées, qu’il n’appuya point non plus de démonstrations suffisantes. Peu apprécié de ses contemporains, malgré tout ce qu’ils lui devaient, il n’a été réhabilité qu’assez longtemps après sa mort, et seulement encore dans l’esprit de quelques hommes de science, car le nom de Guettard n’a pas été adopté par l'opinion publique, qui semble se résoudre diflicilement à admettre en même temps deux sommités dans un même ordre d’idées. Nous commencerons par celui-ci.

Guettard. — Guettard s’est d’abord fait connaître, en 1746. par le travail intitulé : Mémoire et carte minéralogique sur la nature et la situation des terrains qui traversent la France, et V Angleterre. « Je me suis proposé, dit-il, de faire voir par « cette carte qu’il y a une certaine régularité dans la district bution qui a été faite des pierres, des métaux et de la pluie part des autres fossiles. » Puis il indique la marche qu'il a suivie pour s’assurer de la nature du sol, en rayonnant de Paris dans diverses directions : vers le Poitou, le Perche, la .Normandie, le Nivernais, etc. Dans l'examen des collines, il procédait absolument comme de Maillet, mais avec moins de netteté, moins de précision dans les détails, et moins d’élévation dans le but; d'un autre côté, il y mit plus de persévérance, et obtint des résultats que l’auteur de Telliamed ne cherchait point d'ailleurs.

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Les deux cartes qui accompagnent le mémoire de Guettard ne diffèrent que par leurs dimensions ou par la surface du pays qu’elles embrassent. En combinant les matériaux qu’il avait ainsi recueillis dans ses recherches , il représente le nord de la France, avec la partie orientale de l’Angleterre, comme occupé par trois bandes à peu près concentriques et à bords sinueux : sablonneuse , marneuse , schisteuse ou métallique. Lorsqu'on cherche à se rendre compte de la composition réelle de ces bandes ou zones superficielles de terrain, on reconnaît quelles sont plus éloignées de la nature que celles d’Arduino et de Lehmann, à peu près contemporaines. Ces cartes ne sont pas même, à proprement parler, des cartes minéralogiques , puisque nous y voyons réunies des roches aussi différentes que les granités, les schistes et les calcaires de transition, et que les calcaires jurassiques sont compris sous la même dénomination. Guettard subdivise ensuite chacune de ces bandes en plusieurs couches de diverses natures; et, au moyen de cinquante signes conventionnels, il supplée à la trop grande généralité ou à l’inexactitude de ces bandes. Ces signes indiquent le gisement des diverses substances minérales, les exploitations ou carrières, les diverses sortes de pierres, la présence des coquilles fossiles, les sources minérales, le charbon de terre, etc., c’est-à-dire qu’ils forment une sorte de tableau des richesses du sol, depuis les frontières de l’Espagne jusqu’en Islande, dont les volcans sont aussi marqués , et qui étaient alors les seuls connus dans l’Europe occidentale.

Il ne semble pas néanmoins résulter de ce qui précède ni des autres travaux de Guettard, qu’il ait eu une idée nette de la superposition générale des divers systèmes de couches compris dans l’étendue de sa carte; nous ne trouvons nulle part la démonstration de leur allure souterraine; il pouvait comprendre la série des assises d’une montagne en particulier, sans pour cela se rendre compte de la relation des couches des diverses montagnes entre elles. En un mot. il ne

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il*

paraît pas avoir saisi ce que nous appelons la stratigraphie, c’est-à-dire la véritable théorie des terrains de sédiment.

Avant de passer aux autres publications particulières de Guettard, nous dirons incidemment quelques mots des recherches qui se rapportent à Y Atlas minéralogique de la France, suite naturelle des précédentes, et dans lesquelles il eut pour collaborateurs, d'abord Lavoisier, et plus tard Monnet.

Lavoisier, l’une des gloires les moins contestées de la chimie, n'a publié qu'un mémoire géologique, dont nous parlerons à sa- date, lît plupart de ses observations sont restées manuscrites, ou leurs résultats pratiques ont été portés sur les seize premières feuilles de Y Atlas publiées par Guettard en 1778. Mais on peut affirmer, d’après les notes que nous avons compulsées, que, si elles avaient été réunies, coordonnées et imprimées en même temps que ces feuilles, la France se fût trouvée à cet égard en avance sur les autres pays de l’Europe. En effet, les profils théoriques comme la multitude de coupes particulières représentant la disposition relative des montagnes eu couches plus ou moins redressées, les collines et les plateaux en couches horizontales, prouvent que Lavoisier saisissait très-bien la stratigraphie générale du nord de la France et du bassin de la Seine en particulier. Aussi, lorsque l’on compare ses notes avec les travaux imprimés de Guettard, on ne peut pas douter qu’il ne comprît beaucoup mieux que ce dernier la loi générale de la succession des couches.

Quant à Monnet, qui fut chargé de continuer le travail, il publia en 1780 la première partie de. Y Atlas et description minéralogique de la France , composée de 31 cartes de détail et d une carte d’ensemble, comprenant le nord de ce pays. En marge de chaque feuille se trouvent une ou plusieurs coupes locales de carrière ou autre, indiquant les principales masses de pierres qui s’observent dans l’étendue de la carte, puis des signes minéralogiques, d'exploitations, etc.

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On voit dan» l’avant-propos du texte que Monuet ne se faisait aucune idée de la série ou de l’ordre de superposition des terrains. Les trois voyages dont la description vient ensuite, et exécutés à travers la Picardie , la Flandre, la Champagne et la Lorraine, peuvent être encore consultés pour des détails de localités qui sont fort exacts, mais il» sont complètement dépourvus d’idée théorique quant à l’arrangement des roches.

Revenons à Guettard, qui a écrit sur une multitude de sujets se rapportant, de près ou de loin, aux sciences naturelles, d'abord dans les Mémoires de l’Académie des sciences, de 1751 à 17 GA. En s’occupant des fossiles, il en a toujours donné des figures, de sorte qu’il a encore eu le mérite de consacrer en France l’iconographie paléontologique depuis si longtemps en usage ailleurs, mais à peine employée chez nous. Ses recherches sur les spongiaires ou alcyons de la craie, sur les plàtrières de Montmartre, sur les environs de Fisrnes et de Boissons, sur les encrinites et les pierres étoilées, sur les empreintes d’animaux des ardoises d’Angers, qu’il n’hésite pas à rapprocher des crustacés, sur la pierre meulière et les silex des marnes du gypse, sur les divers modes de pétrification ou de fossilisation, sur les ossements de mammifères des plàtrières d’Aix et sur les fossiles de la craie des environs de Paris, prouvent déjà et la. variété de ses études et son extrême activité au travail; mais les deux séries de ses Mémoires , chacune de â volumes in-4° avec planche», 1e prouvent encore mieux. L’une fut publiée en 1770, l’autre en 1786, l’année même de sa mort.

L'ouvrage le plus complet et le plus considérable de Guettard est celui que forme la réunion de ses Mémoires sur la minéralogie du Dauphiné (1770). Les principes énoncés dans la préface sont d’un observateur judicieux; mais, comme il a adopté, dans la description du pays, la forme d' itinéraire, on peut, tout en rendant justice à l'exactitude des observations , regretter que l'auteur ait consacré autant de temps et se soit donné autant de peine pour obtenir

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un résultat scientifique assez faible. Divisant son sujet en régions géographiques, il représente le Dauphiné comme partagé en surfaces sablonneuse, calcaire et schisteuse ou granitique, ainsi qu’il l’avait déjà fait pour le nord de la France et de l’Angleterre, pour la Pologne et pour d’autres pays.

Enfin, la découverte géologique la plus importante que l’on doive à ce savant, celle qui seule suffirait pour immortaliser son nom, qui passa presque inaperçue lorsqu’il l’annonça le 10 mai 1752 à l’Académie des sciences, et qu’il fut encore obligé de revendiquer vingt-huit ans après, est l’existence de volcans anciens dans le centre de la France, restée complètement inconnue jusque-là et que personne ne soupçonnait. Le mémoire dans lequel Guettard a consigné ce fait si capital pour la géologie de notre pays est, en outre, un des meilleurs qu’il ait écrits, et ses descriptions ont une exactitude qu’on ne surpasserait pas aujourd’hui.

« Ce fut à Moulins, dit-il, que je vis les laves pour la « première fois; je les reconnus d’abord pour des pierres de « volcans, et je pensai dès lors qu’il devait y en avoir eu un « dans le canton d’où l’on disait que ces pierres étaient ap- « portées. L’envie que j’eus de voir ce pays ne fit qu’augmen- « ter dans les différents endroits où la route me conduisait, « et où je pouvais retrouver cette pierre employée dans les « bâtiments. Arrivé enfin à Riom, je ne pus me persuader que, « cette ville étant presque entièrement bâtie de cette pierre, « les carrières en fussent bien éloignées ; j’appris qu’elles n’en « étaient qu’à deux lieues. J’y allai donc ; je n’eus pas com- « menr.é à monter la montagne qui domine le village de Yol- « vie, que je reconnus qu’elle n’était presque qu’un composé « de différentes matières qui sont rejetées dans les éruptions « des volcans, etc. »

L’examen des environs de Clermont, du Puy-de-Dôme, du Mont-Dore, confirma bientôt Guettard dans les conclusions que lui avaient suggérées ces premiers aperçus, et qui, malgré leur importance et la manière claire et précise dont elles

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étaient énoncées, firent si peu d’impression et laissèrent si peu de traces dans les esprits, que, pour constater son droit de priorité, que lui disputèrent plus tard certains journalistes, il fut obligé d’invoquer le témoignage de Malesherbes, qui l'accompagnait dans ce voyage. .Nous avons reproduit la lettre de l’illustre magistrat, dont la noble simplicité peint bien le caractère, et qui, tout en constatant l’exactitude des faits, écarte les circonstances un peu romanesques dont quelques auteurs ont depuis entouré la découverte, et confirme un mérite que, tout récemment encore, d’autres personnes ont cherché à diminuer.

Retourné en Auvergne pour compléter sa connaissance d’un pays qui lui paraissait si curieux, Guettard publia, en 1759, sur la minéralogie de ce pays, un nouveau mémoire beaucoup plus étendu, accompagné d’une carte qui comprend toute la région entre Vichy, Aurillac et le l'uy, travail fort intéressant pour l’époque, alors que les feuilles de celle de Cassini n’avaient point encore paru. Toutes les montagnes principales y sont marquées avec soin, et 22 signes conventionnels indiquent la nature des diverses sortes de pierres avec leurs gisements, les substances minérales exploitées, les sources thermales, etc.

Conduit, par ses études pétrographiqueset ses découvertes en Auvergne, à s’occuper des roches désignées sous le nom de basalte s, Guettard* conclut, de ses propres recherches et de celles des auteurs qui s’étaient occupés de ce sujet avant lui. que le basalte est une espère de pierre vitri/iablc , quelle se forme par voie de cristallisation , que cette cristallisation s'est faite dans un /laide aqueux , cl qu'il n’y a pas lieu de penser qu'elle s'est faite dans un /laide igné. A cet égard, le lithologiste français était donc le précurseur de Wcrner, dont il s’éloignait d’ailleurs sous tous les autres rapports.

I. Mémoires sur differentes parties des sciences et des arts, vol. 11, p.

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\insi (inet tard, pendant Une carrière assez longne, ma» surtout très-laborieuse, consacrée â l’étude incessante des faits, et ayant embrassé toutes les branches de la géologie pratique dans l'un et l’autre règne, n’a cependant déduit aucune vue théorique de ses immenses recherches, et les lois de la succession des terrains comme celles -des corps organisés fossiles qu’ils renferment lui sont restées inconnues.

Passons maintenant aux travaux dé son contemporain qui l’avait précédé et lui survécut do deux ans.

BuHon. — Les grandes vues de BulTon sur le sujet qui nous occupe ont été émises par lui â près de trente ans d'intervalle : d’abord dans sa Théorie de la terre , écrite eh 17 hh et publiée cinq ans après, puis dans les Epoques de la nature*, qui parurent en 1778. Nous examinerons ces deux livres qui eurent un si grand retentissement, et nous ferons ressortir les changements que des études suivies avaient amenés dans les idées «le leur illustre auteur.

Théorie de la Terre. — Après avoir traité, dans un premier discoure, de la manière d’étudier l’histoire naturelle, il s’occupe, dans le second, do Y Histoire et de la théorie de la terre. Il examine quelques parties de la physique du globe, mentionne la présence des restes d’animaux fossile* sur une multitude de points, dans l'ancien comme dans le nouveau continent, et fait voir le peu de probabilité que leur existence puisse être attribuée an déluge universel, à cause du temps qu’il a fallu pour l'accumulation des dépôts où ils se trouvent. Ici, Bufl'on admet encore que les couches inclinées des montagnes ont été déposées ainsi Sur «les plans inclinés, mais on voit dans ses Suppléments qu'il a reconnu l'existence de phénomènes dynamiques de diverses sortes ayant contribué à ce changement dans leur position. Ainsi Bullon se convertit comme de Saussure, au fur et à mesure qu’il avance dans la connaissance des faits. 11 attribue aux causes météorologiques actuelles une grande influence sur le. mode de dépôts des sédiments marins, et il explique la présence de la mer sur l>m-

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placement de nos continents par la retraite successive de ses eaux, due à des phénomènes semblables à ceux dont nous sommes témoins. Ce sont surtout de grands affaissements résultant des causes internes, et particulièrement l’existence de vastes cavités, qui, ‘comme toujours, sont invoqués! l’idée de toulirement ne se présente point en général à l’esprit des naturalistes philosophes, parce qu’il faut surtout avoir étudié les faits en place et assez longtemps pour voir qu’elle répond seule à la question prise dans son ensemble.

Comprenant très-bien que, pour traiter de la théorie de la terre, il faut remonter plus haut que son état actuel, qu’il faut rechercher son origine, et que cette origine doit être liée à celle du système solaire tout entier dont elle fait partie, Bullon remarque d’abord la différence que présente la marche des comètes avec celle des planètes. « Ces dernières, « dit-il, tournent toutes dans le môme sens autour du « soleil et presque dans le même plan , n'y ayant que sept « degrés et demi d’inclinaison entre les plans les plus éloi— « gnés de leurs orbites. Cette conformité de position et de « direction dans le mouvement des planètes suppose néces- « sairement quelque chose de commun dans leur mouvement « d’impulsion, et doit faire soupçonner qu’il lui a été commu- <i niqué par une seule et même cause.

« Ne peut-on pas imaginer, avec une sorte de vraisem- « blance, qu’une comète, tombant sur la surface du soleil, « aura déplacé cet astre, et qu’elle en aura séparé quelques « petites parties, auxquelles elle aura communiqué un mouci ventent d'impulsion dans le même sens et par un même « choc, en sorte que les planètes auraient autrefois appartenu « au corps du soleil et qu’elles en auraient été détachées par « une force impulsive, commune à toutes, qu’elles conser- « vent encore aujourd’hui?

« Cette idée sur la cause du mouvement d’impulsion des « planètes paraîtra moins hasardée lorsqu’on rassemblera « toutes les analogies|qui y ont rapport, et qu'on voudra se

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« donner la peiue d'en estimer les probabilités. La première « est cette direction commune de leur mouvement d’impul- « sion, qui fait que les six planètes vont toutes d'occident eu « orient. 11 y a déjà 64 à pàrier contre un qu’elles n'auraient « pas eu ce mouvement dans le même sens si la même cause » ne l’avait produit, ce qu’il est aisé de prouver par la doc- » trine des hasards.

« Cette probabilité augmentera prodigieusement par la « seconde analogie, qui est que l’inclinaison des orbites n'exn cède pas 7 degrés et demi ; car, en comparant les espaces, « on trouve qu’il y a 24 contre un pour que deux planètes se n trouvent dans des plans plus éloignés, et, par conséquent « 24, élevé à la cinquième puissance, ou 7,962,024 à parier « contre un, que ce n’est pas par hasard qu’ elles se trouvent « toutes six ainsi placées et renfermées dans l’espace de 7 « degrés et demi; ou, ce qui revient au même, il y a cette « probabilité qu’elles ont quelque chose de commun dans le « mouvement qui leur a donné cette position. Mais que peut-il « y avoir de commun dans l’impression d'un mouvement « d'impulsion, si ce n’est la force et la direction du corps « qui le communiquent? On peut donc conclure, avec une « très-grande vraisemblance , que les planètes ont reçu leur « mouvement d’impulsion par un seul coup. Cette probabi- « lité , qui équivaut presque à une certitude, étant acquise, « je cherche quel corps en mouvement a pu faire ce choc et n produire cet effet, et je ne vois que les comètes capables « de communiquer un aussi grand mouvement à d’aussi vastes « corps1. »

I. Il ne faut pas oublier, comme le font beaucoup de critiques, qu'au temps de BufTon on attribuait aux comètes une densité qui justifiait son hypothèse (voy. se* notes sur la première époque). Les personnes, au contraire, qui, de notre temps encore, font entrer les chocs de ces corps dans leurs théories géologiques, ne sont pas excusables. On sait actuellement que leur densité est tellement faible que leur choc, loin de pouvoir détacher du soleil une certaine partie de sa matière, ne pourrait même la faire pénétrer à travers l’atmosphère de la terre, pour heurter celle-ci. Le 28 novembre 1828, M. Struve put voir une étoile de onzième grandeur à travers le noyau de. la comète de F.ncke.

I* Il Ë M 1 Ë U K f'ÉRIODË.

La manière dont il entend l’état des corps après leur séparation du soleil est expliquée dans les Additions où l’auteur dit que la matière des planètes, au sortir du soleil, était aussi lumineuse que celle de cet astre, et que les planètes ne sont devenues opaques que quand leur état d’incandescence a cessé... Ainsi l’on peut dire qu’à tous égards la matière dont les planètes sont composées est la même que celle du soleil, et qu’il n’y a d’autre différence entre eux que le degré de chaleur, qui est extrême dans le soleil et plus ou moins attiédie dans les planètes, suivant le rapport composé de leur épaisseur et de leur densité.

Buffon développe ensuite les raisons à l’appui de son hypothèse et discute tous les éléments de la question avec une grande profondeur de vues. Il est impossible de ne pas admirer la sagacité de son jugement et la force de son argumentation qui s’étayent sur une connaissance du sujet aussi complète qu’on pouvait l’avoir alors. L’application des lois de la mécanique à un phénomène de cet ordre était tentée pour la première fois, et si, comme nous le dirons plus loin, l’hypothèse ne répondait pas à toutes les conditions du problème et se trouvait même contraire aux faits, puisque les parties ainsi détachées devraient décrire des courbes très-

En 1832, F. Arago démontra qu'une comète dont le diamètre égalerait le quart de celui de la terre et plus rapprochée du soleil que de nous à son périhélie, présenterait une seule chance de choc ou de rencontre sur 281 millions. De son côté, M. Bubinet a fait voir que ratmt sphère terrestre, éclairée par la lune, est 900,000 fois plus brillante que la matière cométaire et! plein soleil, et, comme la lumière solaire est 800,000 fois plus intense que celle de la pleine lune, notre atmosphère, éclairée par le soleil, serait 720 milliards de fois plus brillante que la comète. Le même savant, comparant la densité de la matière cométaire à celle de notre atmosphère, trouve qu’elle serait exprimée par une fraction dont le numérateur serait l’unité, et le dénominateur un nombre plus grand que l’unité suivie de 125 zéros. Enfin, Horschcll,qui estimait à quelques onces la niasse de la queue d’une comète, l’exagérait encore prodigieusement d’après les calculs précédents. D’un autre côté, les astronomes mathématiciens étant tous d’accord sur la stabilité, dans tous les temps, de la position de, l’axe de la terre, nous devons chercher dans sa seule constitution la cause de toutes les perturbations de sa surface.

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allongée» et venir, à chaque révolution, raser le corps d’où elles provenaient , si, en outre, la cause invoquée était loin d'étre en rapport a\ec l’effet, comme on le sait aujourd’hui, il n’en est pas moins vrai qu’une supposition qui rend compte à la fois de deux des parties les plus difficiles d’une question de cet ordre, savoir : le mouvement des planètes dans le même sens et à peu près dans le même plan, puis leur état de fluidité primitive, et qui, en outre , permet à l'auteur de soupçonner une analogie de composition des divers corps du système déjà entrevue par Descartes, et que les découvertes les plus récentes tendent à prouver, une telle supposition, disons-nous, sera regardée dans tous les temps comme une des plus magnifiques conceptions de l’esprit humain.

L’auteur, examinant ensuite les systèmes cosmogoniques ou géogéniques de Winston, de Burnet, de Woodward , et ceux de Leibnitz, de Scheuchzer et de Bourguet, les discute, montre leurs côtés faibles et insiste souvent sur ce qu’ils sont eu désaccord avec les récits bibliques, les blâmant d’un autre côté de mêler la physique avec la théologie. Mais lui-même tombe fréquemment dans le tort qu’il reproche à ses devanciers, nous donnant ainsi, sans le vouloir, un reflet des préoccupations qui pesaient encore sur beaucoup de bons esprits et le moyen d’apprécier les changements heureux que produisirent, dans la clarté et l’indépendance scientifique de ses vues, les trente-quatre ans qui séparent le moment fltn’i il écrivait la Thforie de la terre de celui où parurent les Epoque s de la nature .

Passant plus loin à un Ordre d’idées et de faits plus positifs, Bu (Ion s’occupe de l’influence des corps organisés, et en particulier des coquilles, sur la composition des couches. « Le xolumedeces productions de la mer, dit-il, est « étonnant, et le nombre des dispositions de ces animaux « màrins est Si prodigieux qu’il n’est guère possible d’ima- « giner qu’il puisse y en avoir davantage dans la mer. C’est

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