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« en considérant cette multitude innombrable de coquilles et- « d’autres productions marines, qn’on ne peut pas douter que « notre terre ait été pendant un très- long temps un fond de « mer peuplé d’autant de coquillages que l’est actuellement « l’Océan; la quantité en est immense, et naturellement on « n’imaginerait pas qu'il y eut dans la mer une multitude « aussi grande d’animaux ; ce n’est que par celle des coquilles « fossiles et pétrifiées qu’on trouve sur la terre qn’on peut en « avoir une idée... C’est par montagnes qu’on les trouve; « c’est par bancs de 100 et 200 lieues de longueur; c’est par « collines et par provinces qu’il faut les toiser, souvent dans « une épaisseur de 50 ou 00 pieds, et c’est d’après ces faits « qu’il faut raisonner, etc. »
C’est un sujet sur lequel il revient souvent, non-seulement ici, mais encore dans Y Histoire des minéraux et dans les Suppléments , comme une des vérités dont il est le plus pénétré, au fur et à mesure qu’il avance dans scs études, et que tout ce qui a été observé depuis n’a fait que confirmer.
L’article nt de la Théorie de la Terne est consacrée aux inégalités de sa surface, par conséquent aux montagnes, dont il a aussi traité dans les Suppléments , et la fin du livre est consacrée à l’hydrographie générale et aux phénomènes météorologiques de nos jours dont les actions peuvent influer plus ou moins sur les changements apportés dans l’aspect et dans l'état de la surface terrestre.
Époque» de la nature. — Dans les Epoques de la nature , l’auteur rappelle d’abord ce qu’il a dit dans l’ouvrage précédent sur l’influence des produits organiques marins, et, par les ossements de grands mammifères provenant de la Sibérie et de l’Amérique du Nord, il prouve l’existence d’une chaleur propre du globe qui a permis à ces animaux de vivre sous des latitudes où ils ne vivraient plus aujourd’hui.
8u!ïon montre ensuite que les roches cristallisées, qu'il appelle la formation des matières ritreseihles , sont bien plus anciennes que les calcaires, résultat de la destruction et de
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■l’agglutination des débris d'animaux marins. 11 est ainsi conduit à distinguer d’abord cinq époques dans les âges de la terre.
La première époque est celle où le globe, étant à l’état de fluidité ignée, a pris sa forme en se renflant à l’équateur et en s’aplatissant aux pôles, en vertu de son mouvement de rotation et de la théorie des forces centrales; la seconde, celle où la consolidation de la matière fluide, par suite du refroidissement, a formé les grandes masses de matières vitrescibles, telles que les gneiss, les granités et autres roches cristallines anciennes; la troisième, celle où la mer, recouvrant la terre actuellement habitée, a nourri les animaux à coquilles dont les dépouilles ont formé les roches calcaires; la quatrième, celle de la retraite de ces mêmes mers de nos continents pour se renfermer dans leurs bassins actuels; la cinquième, celle pendant laquelle ont vécu, sur la terre du Nord, les Eléphants, les Rhinocéros, les Hippopotames et les autres grands animaux des contrées chaudes de nos jours.
Cette époque, dit l’auteur, est évidemment postérieure à la quatrième, puisque les dépouilles de ces animaux terrestres se trouvent dans le sol superficiel, tandis que celles des animaux marins sont, pour la plupart , dans les mêmes lieux, enfoui^ à une très-grande profondeur. Ils ont dû vivre sous les zones tempérée et glaciale actuelles, et les ossements recueillis, dès 1705, sur les bords de l’Ohio, regardés par Buflon comme provenant d’une espèce perdue d’Eléphant, observés aussi au Canada, en Tartarie et à Simorre, en France, viennent encore appuyer ses vues. Ce grand animal, que nous verrons désigné sous le nom de Mastodonte de l'Ohio et dont les dents ont été bien figurées dans les Epoques de la nature, était, pour le savant français, contemporain des Éléphants de la Sibérie, opinion que nous admettons encore aujourd’hui.
Buffon fait voir que les changements dans le degré d’obliquité de l’écliptique, invoqués pour expliquer une température plus chaude sous les hautes latitudes, ne peuvent avoir
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déplacé les pôles de la terre de manière que la Sibérie ait jamais joui du climat de l’Inde. Ces changements ne sont ni constants ni continus, mais produits, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, suivant l’action des planètes perturbatrices, et sans que l’inclinaison puisse jamais atteindre, non pas un angle de A5°, mais môme de 6°. La température qui devait exister alors dans le voisinage du cercle polaire était le reste de la température initiale de la terre.
La sixième époque est celle de la séparation des deux continents, dont l’ancienne liaison est démontrée par la présence des restes de mêmes mammifères dans le nord de l’un et de l'autre. L’existence, dans les couches du nord et du centre de l'Europe, d’animaux marins qui ne peuvent ou n’ont pu vivre que dans les mers chaudes, prouve encore des changements de climat dans le même sens et attribués à la même cause.
« Voilà donc, dit l’auteur, l'ordre des temps indiqués par « les faits et par les monuments. Voilà six époques dans la « succession des premiers âges de la nature, six espaces de « durée dont les limites, quoique indéterminées, n’en sont pas « moins réelles... Nous pouvons les comparer entre elles, en « évaluer la durée relative et rapporter à chacune de ces » périodes de durée d'autres monuments et d'autres faits qui « nous indiqueront des dates contemporaines et peut-être « aussi des époques intermédiaires et subséquentes ’. »
Mais, en réalité, ces époques si vaguement définies ne sont que les germes encore bien peu distincts, les ébauches bien faiblement tracées de nos classifications actuelles. Pour s’en rendre compte, il suffit de remarquer : 1" que les dépôts appelés aujourd’hui intermédiaires ou de transition , puis secondaires et tertiaires, ou la totalité des terrains de sédiment, moins ceux appelés diluviens ou quaternaires, sont sans
1. BuflTon, se préoccupant beaucoup aussi des contradictions que l’observation des faits présente avec 1p texte de la Genèse, cherche à les concilier ici, absolument par la même interprétation que de Maillet, Needham, de Luc, etc.
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distinction compris dans la troisième époque de Billion ; 2° que la quatrième n’est que l’intervalle de temps supposé entre la troisième et la cinquième, pour l'écoulement des eau* et la mise à sec des terres actuelles ; 3” que la cinquième correspond évidemment à notre période quatcrmire dont la sixième serait seulement la fin. La distinction de plusieurs de ces prétendues époques repose ainsi sur des caractères différents et non comparables pour chacune d’elles, car les unes représentent une certaine durée de temps, et les autres, des phénomènes physiques qui ont pu n'être qu’instantanés. 11 n’y a donc là aucun principe, aucune méthode réellement scientifique.
Dans les notes à l’appui de ce premier exposé général de ses vues, Bulldn rapporte ce que l’on savait alors sur l’existence des débris de grands mammifères fossiles dans divers pays, sans négliger pour cela les restes d’animaux inférieurs, au moins théoriquement, car il connaissait fort peu les ouvrages publiés à l’étranger sur ce sujet. 11 comprenait ainsi très-bien le rôle que devaient jouer les fossiles dans l’histoire du globe. « Leur pétrification, dit-il ailleurs, est le « grand moyen dont la nature s'est servie et dont elle se sert « encore pour conserver à jamais les empreintes des êtres « périssables; c’est, en effet, par elle que nuus reconnaissons « ses plus anciennes productions et que nous-avons une idée « de ces espèces maintenant anéanties, dont l’existence a pré- « cédé celle de tous les êtres actuellement vivants ou végé- « tants ; ce sont les seuls monuments des premiers âges du « monde; leur forme est une inscription authentique qu’il est « aisé de lire en la comparant avec les formes des êtres orga- « nisés du même genre... L'est surtout dans les coquillages « et les poissons, premiers habitants du globe, que l'on peut « compter un plus grand nombre d'espèces qui ne subsistent « plus. ÎSous n’entreprendrons pas d’en donner ici l’énumé- « ration, qui, quoique longue, serait encore incomplète; ce « travail sur la vieille nature exigerait seul plus de temps
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« qu'il ne m’en reste à vivre , et je ne puis que le recoin- « maqder à la postérité. »
La postérité a dignement répondu à cet appel de notre grand naturaliste, et l’on peut aujourd’hui juger de tout ce qu’il y avait de vrai et de prophétique dans les remarques de celui qui avait tant médité sur le passé de la terre.
Buflon entre ensuite clans l’exposé détaillé des faits relatifs à chaque époque. Dans ce qui se rapporte à la première, lorsque la terre et les planètes ont pris leur forme, il cite de nouvelles preuves à l’appui de son hypothèse sur leur origine, et montre qu’il n’a pas suffi que la terre et les planètes soient passées, comme certaines comètes, dans le voisinage du soleil, pour que leur liquéfaction ait pu s’y opérer, ce qui fait présumer que cette matière des planètes a autrefois appartenu au corps même du soleil et en a été séparée par la cause précitée.
Quant à la chaleur propre Su soleil, il croit en trouver la cause dans la constitution même du monde; elle résulterait de la pression et du frottement intérieur de toutes les parties de sa masse et de l’action pénétrante de tous les corps qui circulent autour de lui. Les phénomènes observés à sa surface prouvent que sa masse est fluide. Les étoiles ont dû s'échauffer, se liquéfier et brûler aussi par suite de la pression active' des corps opaques, solides et obscurs qui circulent autour d’elles, et « cela seul peut expliquer pourquoi il n’y a « que les astres fixes qui soient lumineux et pourquoi, dans « l’univers solaire, tous les astres errants sont obscurs. »
Ainsi, non-seulement l’origine des planètes est attribuée dans l’hypothèse au choc d’une comète sur la masse fluide du soleil, mais encore l’état de fluidité ignée de celui -ci serait dû à la pression exercée par les nombreuses comètes qui font partie de son système. En poussant plus loin le raisonnement, il trouve que les satellites qui tournent autour de leur planète principale doivent peser sur elle comme cellesci sur le soleil, et par conséquent leur communiquer un cer-
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tain degré de chaleur et cela en raison de leur nombre et de leur masse, de manière à compenser jusqu’à un certain point, comme pour Jupiter et Saturne, leur éloignement de l’astre central.
Nous verrons plus loin que, cinquante ans après Billion, l’un des plus grands physiciens de notre temps arrivait , par l'application de l'analyse mathématique, à une conséquence semblable à celle que l’illustre naturaliste déduisait de son hypothèse. Celle-ci n’est d'ailleurs pour lui, comme il le dit, qu’une probabilité qui a l’avantage de rendre raison de la forme, du mouvement et de la position relative des divers corps de notre système solaire.
« Le passage de ces corps, de l’état liquide à l’état solide, continue-t-il, s’est fait naturellement et par la seule diminution de la chaleur. Le refroidissement a commencé par la surface, où les matières en fusion se sont consolidées dans un temps assez court pour lorfner la croûte extérieure cristalline, tandis que les substances qui, comme l'air et J’eau, n’étaient point solidifiées par cet abaissement de température, restèrent à l’état liquide ou gazeux pour former une enveloppe fluide ou aériforme plus ou moins semblable à celle du soleil. A mesure que les planètes se consolidaient, elles perdaient de leur lumière, et elles ne devinrent tout à fait obscures qu’après que la solidification eut atteint leur centre, comme on le voit dans une masse de métal fondu, où la lumière rouge et rouge obscure persiste longtemps après la consolidation de sa surface.*»
C’est à cette époque, et par suite des mouvements qui se produisaient dans la masse en se refroidissant, que Buffon rapporte la formation des plus hautes montagnes de la terre, comme celles de la lune et les «aspérités des autres planètes.
« Représentons-nous, dit-il, l’état et l’aspect de notre « univers dans son premier âge : toutes les planètes nou- « vellement consolidées à la surface étaient encore liquides à « l'intérieur, et lançaient au dehors une lumière très- vive:
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« c'étaient autant de petits soleils détachés du grand, qui ne « lui cédaient que par le volume et dont la lumière et la cha- « leur se répandaient de même. Ce temps d’incandescence a « duré tant que la planète n’a pas été consolidée jusqu’au « centre, c’est-à-dire environ 2930 ans pour la Terre, 644 pour « la Lune, 1127 pour Mercure, 1130 pour Mars, 3590 pour « Vénus, 5140 pour Saturne et 9433 pour Jupiter '. »
L'origine des satellites , comme celle de l’anneau de Saturne, résulte de la projection de la matière des planètes encore à l’état lluide par l’action de leur force centrifuge. « Ainsi la Terre, dont la vitesse de rotation est d’environ 9000 « lieues en 24 heures, ou 0 lieues un quart par minute, a « projeté hors d'elle les portions les moins denses de sou « équateur, lesquelles se sont rassemblées par leur attraction « mutuelle à 85000 lieues de distance, où elles ont formé le « globe de la Lune. Car la densité de celle-ci est à celle de la <i Terre comme 702 esta 1000, c’est-à-dire de plus d’un tiers « moindre, et la Lune tourne autour de la Terre dans un u plan qui n’est éloigné que de 23" de notre équateur, et sa « distance moyenne est de 85000 lieues. »
liullun applique également ces considérations aux autres planètes, et nous ferons remarquer plus loin l’accord remarquable de quelques-uns de ses résultats avec ceux obtenus par une autre hypothèse cosmogonique, à laquelle on se rattache généralement aujourd'hui, comme étant celle qui répond le mieux à toutes les exigences de cette grande question.
On vient de dire que la durée de l'incandescence de la Terre avait été supposée de 2930 ans; il se serait ensuite écoulé 34270 ans jusqu'à ce que l’on put toucher sa surface, et par conséquent 37200 ans environ avant qu’aucun être organisé ait pu y vivre. Ici l’auteur s’attache à justifier le chillre de 75000 ans qu'il assigne à l’ancienneté actuelle du
1. On sait que Buffon déduisit ces chiffres do ses expériences directes sur le refroidissement dos corps, qui l’avaient conduit à admettre que sa durée est toujours à peu près proportionnelle à leur diamètre et a leur densité,
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globe, et il le fait par des raisonnements très-justes et des exemples pris dans la nature, que les personnes seides étrangères à l’observation des faits les plus simples pourraient contester. Mais ces évaluations, comme nous le savons aujourd’hui, et comme Buiïon le prévoyait lui-méme, sont certainement au-dessous de la réalité, et c’est une de ces vérités sur lesquelles, malgré leur évidence, on est toujours obligé d'insister. Les philosophes anciens, depuis Orphée, en avaient tous la conscience, et cependant c’est une idée contre laquelle persistent avec ténacité les préjugés de l'ignorance. Nous avons d’ailleurs cité un exemple, que nous reproduirons plus loin, bien propre à convaincre les plus incrédules à cet égard.
Passant à la seconde époque, Billion compare, comine Leibnitz, avec ce qui a dû avoir lieu à la surface du sphéroïde, ce qui se passe à la surface d’une masse de verre ou de métal fondu lorsqu’elle commence à se refroidir. Des cavités, des dépressions, des ondulations se sont produites, et au-dessous, des vides et des boursoulllures. Les unes représentaient les vallées, les autres les montagnes, les plus élevées étant regardées comme les plus anciennes, parce qu’elles sont formées de roches cristallines, ce qui d’ailleurs était une idée spécieuse généralement admise alors.
La formation des montagnes calcaires n’a commencé qu'après que les eaux ont pu séjourner à la surface, puisque leur composition suppose la production des coquilles et autres corps qui se développent seulement dans la mer. C’est à cette époque qu’eut lieu le remplissage des fentes et des cavités des roches par les substances métalliques des fdons, soit par la sublimation de ces substances , soit par l’intermédiaire de l’eau.
Après avoir cherché à rendre compte du parallélisme de certains filons, de la direction de ceux qui les coupent, de leurs relations avec la direction des chaînes, Butl'on passe à l’étude de ces dernières, à celles des grandes vallées , à la forme générale des grands continents qui se terminent eu
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pointes vers le S., enfin à l’ensemble de caractères orographiques que le globe dut prendre alors.
En traitant de la troisième époque , il conclut de ce que l’on trouve, dans les montagnes de l’ancien comme du nouveau continent, des coquilles marines jusqu’à 1500 ou 2000 toises, que les eaux de la mer ont atteint ce niveau et que le diamètre de la terre avait deux lieues de plus. Ainsi il ne connaissait point les opinions déjà émises sur le mode de formation des montagnes, et avait toujours recours à ces cavernes imaginaires pour engloutir le surplus des eaux et amener celles-ci à leur niveau actuel. 11 oubliait, en outre, de remarquer que le changement de volume de la terre a dû se traduire par un changement correspondant dans son mouvement de. rotation et dans la durée du jour. Revenant ensuite à l’idée que les animaux d’alors étaient plus grands que ceux d’à présent, il cite à l’appui les dimensions de certaines Ammonites, les pachydermes et autres mammifères fossiles, connus alors; mais on peut dire qu’il ne soupçonnait pas le nombre infini de flores et de faunes comprises dans la troisième époque, ni le principe de leur succession.
En lui assignant une durée de 20000 ans, Buffon suppose que les végétaux qui ont produit la houille ont vécu et se sont reproduits pendant toute sa durée; c’est une erreur qu’il eût évitée, s’il eût connu les travaux descriptifs exécutés de son temps; il aurait vu que les couches de charbon, quelle que soit d'ailleurs la durée exigée pour leur formation, ne constituent, en réalité, qu’une infiniment petite fraction de la série des dépôts réunis dans cette même époque.
11 pensait que les argiles étaient le premier sédiment précipité au fond des eaux, et que les calcaires avec la plupart des animaux marins étaient venus ensuite. 11 déduisait cette théorie générale de ce qu’il avait observé dans le creusement de quelques puits au fond des petits vallons de Montbard ; mais il est difficile de concevoir un édifice reposant sur une base plus étroite et plus fragile. Les quelques traces char-