‹ Géologie et paléontologieChapitre 32 sur 190 · TR ANGE · texte numérisé non relu

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bonneuses observées dans les argiles du lias de la Bourgogne, prises pour le véritable terrain houiller, et tous les raisonnements qui s’y rattachent, prouvent une absence complète de données exactes sur ce sujet, tandis que ce qui suit, sur l’origine et le mode de formation des couches de charbon de terre, ne diffère guère de ce que l'on pourrait en dire aujourd’hui, et surtout on ne s’exprimerait pas avec plus de justesse, d’élégance et un sentiment plus profond de l'avenir, relativement au rôle que devait jouer la houille dans la civilisation moderne et aux ressources presque inépuisables qu’elle devait nous offrir.

Ce que nous avons dit des caractères des quatrième et sixième époque peut nous dispenser d’y revenir ici pour faire apprécier leur importance relative et leur valeur au point de vue de la science actuelle ; mais nous ne pouvons passer sous silence une septième époque, dont il n'a pas été question au commencement de son livre, et que Ruffon ajoute ici : c'est celle où la puissance de l'homme a secondé la puissance de la nature.

Ce tableau des premiers établissements de l’espèce humaine à la surface de la terre est tracé avec infiniment de grâce ; mais tout ce qui suit n’est qu’une élégante rêverie de l’auteur, qui exagère singulièrement l'effet des travaux de l’homme sur les climats. C’est ainsi qu’il attribue la différence entre les climats de Paris et de. Québec au déboisement de la France, à l’écoulement des eaux par des travaux de canalisation, à la culture, etc.

Mais n'oublions pas que ce fut seulement vingt-deux ans plus tard que la théorie des lignes isothermes fut exposée par un autre savant, qui , sans avoir le génie de Bulï'on ni la même force de synthèse, possédait plus de connaissances pratiques et surtout le grand avantage d'avoir beaucoup voyagé, observé et comparé.

En résumé, Buffon, tout en coordonnant avec infiniment d’art ce qu’il avait appris et ce qu’il avait vu lui-même, et

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imprimant aux résultats qu’il en tirait un caractère de grandeur qui lui était propre , montre qu’il était peu familiarisé avec les publications faites à l’étranger sur le sujet qu’il a traité à deux reprises différentes. Moins prévenu aussi que ses contemporains contre les travaux de Guettard, il eût pu en tirer parti pour asseoir sa théorie sur des faits plus nombreux et moins vagues. L’esprit des méthodes actuelles n’était pas d’ailleurs dans la tournure de ses idées ; il ne le comprenait pas ou le négligeait à tort. Nous ne pouvons donc regarder les Epoques de la nature, malgré la généralité de leur objet, comme l’expression réelle et complète de l’état des connaissances d’alors sur ce même objet. Elles n’en reflètent qu’une partie, arrangée à un certain point de vue. Mais disons aussi que ce que l’on savait de plus n’était pas généralement répandu ni admis; c'étaient des observations locales ou des vues théoriques publiées dans de petits centres scientifiques, qu'elles 11e dépassaient guère et où souvent même elles étaient méconnues. La lenteur et les difficultés des relations littéraires ont pu concourir également à ces omissions regrettables, mais l’œuvre, pour être moins parfaite, est toujours un travail d’une haute portée et digne de la plus profonde estime, parce qu’il dépasse de beaucoup tout ce qui avait été tenté dans cette direction.

Disons enfin qu’au point de vue où nous le considérons, Buffon a été mal jugé par plusieurs de ses contemporains, surtout à l'étranger, et qu’il l’est encore de nos jours par les hommes exclusivement pratiques, qui ne voient dans les sciences que le côté utile, leur application directe, ou qui étudient seulement les faits en eux-mêmes; mais pour quiconque s’élève au - dessus de cette sorte de réalisme , Buffon occupera toujours une très-grande place, sinon la plus grande, parmi les savants qui ont tenté de porter la lumière sur le passé de notre planète.

DEUXIÈME PÉRIODE

DEUXIEME PERIODE

Les idées de Buffon, pas plus que les recherches et las descriptions de Guettard , n’influèrent sensiblement sur la marche des études géologiques et paléontologiques de la fin du xviii' siècle dans notre pays; les premières étaient trop élevées, les secondes trop diffuses: les unes et les autres ne pouvaient être ni généralisées ni utilisées et appliquées directement dans la pratique. La vraie méthode d’observer et de déduire n’étant point connue, l'édifice tout entier restait a élever ; aussi les naturalistes assez nombreux qui succèdent à ces deux grandes illustrations, et dont nous nous bornerons à rappeler ici les principaux , oflrent-ils encore pour la plupart cette marche incertaine, cette absence de direction et de principes qui font que leurs résultats n’ont qu’un intérêt de localité assez secondaire.

La deuxième période de l’histoire dé la géologie en France, que nous avons proposée bien plus pour faciliter l’arrangement des matériaux que pour indiquer une phase distincte de la science, est relativement assez courte ; mais le nombre et la diversité des publications nftus engagent à ranger les unes dans un ordre géographique, sous les désignations de /•'rance .sud, France centrale, France nord, les autres par ordre de matières, sous celles de Paléozoologie , de Traités généraux et enseignement , et de Paléontologie appliquée.

Nous commencerons par nos provinces du Midi , qui , vers la lin du dernier siècle, ont donné lieu à des travaux beaucoup plus importants que celles du Nord, ce qui a été précisément l’inverse pour le commencement du siècle actuel.

§ t. FRANCE SCD.

Le, Pyrénées. — PaUssou. — Dans la région des Pyrénées les eaux thermales ont attiré depuis longtemps l’attention, et

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le premier travail de quelque valeur sur la partie nord de cette chaîne est Y Essai sur la minéralogie des monts Pyrénées, publié par l’abbé Palassou, en 1782, et sur lequel un rapport favorable avait été fait à l’Académie des sciences dès 1778. Le texte est accompagné d’une carte générale, de 8 cartes minéralogiques de détail, où la direction des couches est toujours marquée, et de 12 planches représentant des vues de montagnes.

« Ce ne sont point, dit l’auteur dans son Introduction , u des observations isolées faites au gré du hasard, qui ont été « l’objet de mon voyage ; un plan suivi et uniforme les a « dirigées. Mon travail commence à l’extrémité de la chaîne « que l’Océan baigne de ses flots; il continue, suivant la posi- « tion successive des lieux, jusqu’aux montagnes qui vont « se perdre dans la Méditerranée. La régularité que la na- « ture a mise dans ses ouvrages a été mon seul guide; « elle a concouru à l’ordre des faits que je me propose de « décrire

« Il ne faut donc pas se hâter de prononcer sur la consti- « tution des Pyrénées, dit-il plus loin ; ces montagnes héris- « sées de pics, déchirées dans leurs flancs, sillonnées par une <c infinité de torrents, n’ont pas conservé leur forme primi- « tive; la terre, couverte de rochers confusément entassés, y « montre souvent l'image du chaos; ces grands changements « empêchent de reconnaître au premier coup d'œil le plan « régulier que la nature a suivi dans ses opérations ; mais, « lorsqu'à travers les ruines causées par le temps on pénètre « dans le sein des montagnes, il est facile alors d’apercevoir •• l’uniformité constante de leur structure intérieure. Des <1 couches parallèles dévoilent le travail paisible de l’agent « qui les a formées. »

Ainsi, dans le même temps, Palassou concluait pour les Pyrénées à l’inverse de de Saussure pour les Alpes, où ce dernier n'avait rien trouvé de constant que leur rariili.

« Les monts Pyrénéens, continue-t-il, sont composés de

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« bandes calcaires et de bandes argileuses ou schisteuses qui « se succèdent alternativement et de masses de granité. « Chaque bande est un assemblage de lits qui se prolongent « en général de l’O.-N.-O. àl’E.-S.-E., formant un angle de « 73° à l’est et avec la méridienne de Paris. Ces bancs sont « communément inclinés d’environ 30° avec la perpendicuu laire. Le granité n’observe que rarement la disposition régu- « lière des bancs composés de pierre à chaux et de bancs a argileux ou schisteux; il est presque toujours en masses. « On trouve cette roche soit à la base , soit vers le sommet a des montagnes; mais elle ne parait pas dans toute la lon- « gueur de la chaîne

a Lorsque je fus parvenu à découvrir que les bancs se « prolongeaient de l’O.-N.-O. à l’E.-S.-E., il me parut con- « venable, pour ne pas suivre un même lit dans toute sa « longueur, de faire mes observations du N. au S. J’exécutai b ce dessein avec d'autant plus de raison, que, remontant les b grandes vallées que les eaux ont creusées dans cette direcb tion, j’avais la facilité de voir, sur des cartes géométrique- « ment levées, la correspondance qui existe entre les matières « de différents cantons ; je me suis donc attaché principale- « ment à décrire la substance que l’on rencontre dans les b profondes cavités qui séparent les montagnes. Chaque vallée b a sa description particulière ; elle commence à la base des b Pyrénées et finit aij sommet. »

Rien de plus méthodique et de mieux raisonné que cette marche; rien de plus net que ces premiers résultats généraux. La simplicité et la symétrie relative des Pyrénées avaient permis à Palassou d’adopter dans ses recherches un procédé plus rationnel que ne l’avait pu faire de Saussure pour les Alpes si compliquées; ou devait donc espérer que, continuant ses observations avec non moins de persévérance que le savant génevois, il s’éclairerait de plus en plus sur l’origine et la véritable cause des grands phénomènes qu’il étudiait; mais il n’en fut pas ainsi, et l 'Essai sur lu mini-

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ralogie des monts Pyrénées laissa toujours bien loin derrière lui les travaux que son auteur a publiés depuis.

\insi, dans ses Mémoires pour servir à l’histoire naturelle (les Pyrénées et des contrées adjacentes , qui parurent vingt-sept ans après, on trouve ce passage (p. /MA) : « Pour <• moi, dit l’auteur, je persiste à présumer que l’inclinaison « générale des couches date de la même époque que leur « origine, car il ne paraît pas vraisemblable, comme je l'ai « dit dans Y Essai sur la minéralogie des monts Pyrénées . « que les eaux de la mer aient pu former des bancs horizon- « taux sur le liane des montagnes de granité primitif, au- « dessus desquels les matières de seconde formation repoli sent »

Palassou s’appuie ici sur l'opinion émise par de Saussure au commencement de ses études, opinion que ce dernier n’avait pas tardé à abandonner, dès que les faits et la réflexion lui en eurent démontré le peu de fondement ; aussi le naturaliste des Pyrénées aurait-il dû suivre ce bon exemple au lieu de s’obstiner dans une aussi fausse voie.

La Suite des Mémoires pour servir à l'histoire naturelle { 1810) nous montre le même observateur distinguant comme secondaires, exclusivement sur les données stratigraphiques, tous les calcaires et les schistes fossilifères de ces mêmes montagnes. L'était un essai analogue à celui que l’on avait tenté quelques années auparavant dans les Alpes de la Tarentaise, c’étaient les idées appliquées depuis longtemps en Allemagne, celles de Pallas à l’Europe orientale, de de Saussure, de de Luc aux Alpes, etc., sans qu’il j eût là aucun principe original, comme l’ont prétendu des personnes auxquelles l’histoire comparée de la science est peu familière. Palassou n’admettait pas d’ailleurs le terrain de transition; c’était, suivant lui, une distinction inutile, ce qui prouve qu'il ne le comprenait pas encore. Ceci se conçoit d’ailleurs parfaitement pour les Pyrénées, à l’époque où il écrivait, comme on conçoit également qu’il aurait pu mettre, ainsi qu’on venait de

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le faire dans les Alpes occidentales, tout le, terrain secondaire dans le terrain de transition. On n’arguait pas de meilleures raisons dans un cas que dans l’autre. Ses roches secondaires embrassaient toute la série des terrains sédimentaires proprement dits, et les distinctions stratigraphiques, déjà établies sur la distribution des fossiles dans la plupart des contrées de l'Europe, étaient complètement ignorées de Palassou.

En traitant des roches ignées désignées sous le nom d ’ophiles, il les assimile fort bien minéralogiquement au grunstein des géologues allemands et à la diabase de Brongniart; ce sont donc ses successeurs qui, en consacrant ce nom qui appartient à une autre roche, ont apporté une confusion fâcheuse dans la terminologie. 11 persiste d’ailleurs à attribuer les vallées des Pyrénées à l’action érosive des eaux, et rejette l'origine assignée à celles- des Alpes par suite des dislocations et des bouleversements que celles-ci ont éprouvés.

Enfin, dans une dernière publication (1823), Palasson admet toujours que les couches ont été formées dans la position plus ou moins inclinée qu’elles affectent aujourd’hui, et quant au mérite qu’on voudrait lui attribuer d’avoir assigné, dans la série générale du pays, la place réelle de certains poudingues très-développés et recouvrant la série nummulitique dans les départements de l’Aude et de l’Ariége, il nous est impossible de l’admettre ni d’en trouver la source dans ce qu’il dit des atterrissements de cailloux calcaires qui font partie des collines situées au nord des montagnes dp la vallée d’Ossau, où aucune relation stratigraphique comparable ne le vient justifier.

Ce qui reste, en résumé, de ses nombreux travaux et surtout de son Essai de 1782, c’est d’avoir reconnu le premier, dans les Pyrénées, le parallélisme général de la direction de la chaîne avec celle des couches qui la composent, et qui est O.-N.-O., E.-S.-E., c’est d'avoir observé l’inclinaison de ces couches partout avec un grand soin, l’alternance des calcaire'

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et des schistes, la présence du granité dans les parties les plus basses aussi bien que dans les parties les plus élevées, l’enchevêtrement du granité schisteux avec le granité massif, et l’existence du calcaire dans ces mêmes roches cristallines. A part ces résultats, d’ailleurs fort importants, Palassou, qui était correspondant de l’Institut, paraîtra ù toute personne impartiale qui comparera ses ouvrages au mouvement qui s’est fait pendant quarante ans autour de lui, comme un exemple frappant de la persévérance dans les recherches jointe à l’immobilité complète par rapport an progrès.

Picot de Lapeirome. — De son côté et dans le même temps Picot de Lapeirouse s’occupait aussi des roches des Pyrénées, à peu près avec des vues analogues et des opinions tout aussi peu fondées relativement à l’origine et à la cause de leur position actuelle. 11 distingue les calcaires déposés dans les eaux où vivaient les animaux dont on retrouve les restes et ceux contemporains des roches les plus anciennes, mélangés avec elles et entrant dans la composition de leurs masses. Les montagnes formées de dépôts plus récents de cailloux, de sable, de graviers, les couches horizontales appuyées contre le* anciennes témoignent, par leurs matériaux comme par leur position, de leur origine et de leur mode de formation.

Le travail de Lapeirouse, qui a perpétué son nom parmi les paléontologistes, est sa Description de plusieurs espt'ees noue elles d' Orthort rallies et d'Ostracites, corps qu’il prend les uns pour des coquilles de céphalopodes, les autres pour des Huîtres particulières, mais qui ne sont tous en réalité que des types, d’ailleurs bien représentés, d’une famille de bivalves , désignée plus tard sous le nom de Rudistes. C'est dans les montagnes des Corbière», non loin des bains de Rennes, qu’il avait recueilli ces fossiles, qui constituent des couches à eux seuls.

Ramona. — En 1789, lorsque Ramond commença ses recherches dans les Pyrénées, le Mont-Perdu était encore regardé comme le point culminant de la chaîne. 11 évalua son

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altitude à 1562 toises, décrivit ses roches comme des calcaires secondaires remplis de fossiles et donna de son voyage une relation à la Ibis pittoresque, physique et pétrographique fort intéressante. 11 mentionne des fossiles au Vignemale, au port de Pinède, et la présence des Nummulites ( Lenticulaires numismate») sur une infinité de points. Il crut aussi démontrer l'existence du terrain de transition dans les Pyrénées, mais, comme cette distinction n’était pas fondée sur des caractères paléontologiques, la plupart des couches qu’il considérait comme telles n’étaient pas le véritable terrain de transition de Werner. C'était d’ailleurs une erreur très-commune alors que d’y rapporter tout ensemble de roches schisteuses ou calcaires de teintes foncées, dures, en couches plus ou moins redressées et placées non loin des roches cristallines.

Dralet, Vidal et Reboul, !.. Cordier. — Plus tard Dl'alet a donné une Description des Pyrénées considérées principalement sous le rapport de la géologie , etc.; Pasumot un Voyage physique dans les Pyrénées-, Vidal et lleboul, par suite de nivellements exécutés en 1780 et 1790, ont dépouillé le Mont-Perdu de sa suprématie qu’ils ont reportée à la Maladetta. L. Cordier a donné une description fort exacte du gisement de sel gemme de Cardonne, situé en Catalogne, sur le versant espagnol. Ce gisement est d’ailleurs un exemple instructif des vicissitudes qu’ont éprouvées certains systèmes de couches, classés d’après leurs caractères minéralogiques. Ainsi, mis d’abord dans le terrain de transition par le savant ingénieur à cause de son analogie avec certains gisements des Alpes, le sel de Cardonne fut ensuite rapporté au grès vert et remonté en dernier lieu dans un groupe tertiaire supérieur aux Nummulites, ta idis que les roches, minéralogiquement semblables, auxquelles on l’avait comparé dans les Alpes, sont aujourd’hui rangées dans le trias ou dans le lias.

De Charpentier — Bien que l'ouvrage de de Charpentier n’ait été publié qu’en 1823, des mémoires antérieurs avaient fait connaître les principaux résultats des études qu’il exécuta de

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1808 à 1812. L'auteur, tonné à l’école de Werner, y avait puisé, dans un enseignement sérieux, cet esprit de méthode qui manquait à Palassou, et son Essai sur la constitution géognostique des Pyrénées est pour le temps une œuvre complète à son point de vue.

La disposition des principales masses minérales qui composent la chaîne est bien indiquée sur la carte coloriée qui accompagne le texte; l’étude des substances qui les constituent et de celles qui ne s’y trouvent qu’ accidentellement a été faite avec un grand soin ; mais, malgré les profils généraux tracés à travers la chaîne et passant par cinq points différents de son axe, les relations stratigraphiques des divers systèmes de couches sédimentaires , soit entre eux, soit par rapport aux massifs cristallins, restent encore assez obscurs, et les désignations employées par de Charpentier concordent peu avec celles que nous appliquerions aujourd’hui à ces systèmes, il distingue dans l'étendue que comprend sa carte huit terrains ; ce sont le terrain granitique, du schiste micacé , du calcaire primitif, de transition, du grés rouge, du calcaire alpin et du calcaire du Jura, amphibolique secondaire (ophite de Palassou), tertiaire et d'atterrissement.

En ce qui concerne les fossiles, on conçoit que, d’après la direction première de ses études et la nature même du vaste champ si accidenté qu’il explorait, de Charpentier n’ait pas tiré grand prolit de ceux qu’il a rencontrés, et que son travail n’ait été d’aucun secours à la paléontologie.

Languedoc. — De Genianne, de Servière*. — Si, quittant la région pyrénéenne, nous remontons actuellement vers le nord, nous trouverons que la partie minéralogique et géoponique de l’histoire naturelle de la province de hinguedoc , due à de Gensanne , est presque entièrement consacrée aux substances minérales, à leui recherche et à leur exploitation; que deux mémoires intéressants ont été publiés par de Servières sur l’origine des cailloux quartzeux des environs de Nîmes, et que l’observateur qui, au commencement de cette

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seconde période, avait le mieux compris la géologie stratigraphiqueet l’avait appliquée avec le plus de discernement, était sans aucun’ doute, l'abbé Giraud-Sou lavie.

Giraud-Souiavîc. — Dans un travail intitulé : Géographie de la nature ou distribution naturelle des trois régnes (1780), il établit que la connaissance de toutes les superpositions observées donne la chronologie de leur formation, résultat fondé sur ce principe incontestable que toute carrière superposée est de formation postérieure à celle de la carrière fondamentale. Ainsi les montagnes du Yivarais, composées de six couches de nature différente, placées les unês au-dessus des autres, sont le résultat de six époques séparées et distinctes, puisqu’ en examinant les roches de bas en haut ou trouve : 1“ le granité vif très-solide; 2° un granité secondaire composé de blocs de cette roche réunis par un ciment sableux: 3° un calcaire annonçant l’ancienne existence de la mer dans le pays: 4" des couches énormes de poudingues lluviatiles composées de cailloux de diverses sortes avec des coquilles d’eau douce, des bois pétrifiés, etc. ; 5" une assise puissante de basalte qui s’est étendue sur le dépôt de cailloux roulés; 6" des calcaires recouvrant en partie les nappes basaltiques des Coirons, vers le bas de la montagne, et remplissant les interstices sous la forme de calcaire spathique.

La carte coloriée jointe à ce petit travail, si original, est la première de cette sorte que nous connaissions en France. Toutes les roches volcaniques y sont représentées par une teinte rouge ; les volcans à cratères sont distingués par un signe particulier ; la séparation du granité et des calcaires y est bien marquée, etc.

Dans son Histoire naturelle de la Fr ni] ce méridionale' , Giraud Soulavie a appliqué ces principes sur une échelle plus étendue. Il range, dans une première époqpe ou premier âge,

1. 7 vol. in-8° avec cartes et vues, Paris, 1780-8 i, La première partie du chap. viii que nous anah«»ns ici avait été écrite en 1777 et lue à l’Académie vies sciences le U a«»ût 1770.

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les fossiles du Vivarais, dont on ne trouve plus les analogues vivants : ce sont les Ammonites, les Bélemnites, les Térébratules, les Gryphites, les Entroques, etc., appartenant à ce qu'il appelle la pierre calcaire primordiale , désignation qui se comprend dans un pays où manque le terrain de transition. Dans ses calcaires secondaires , l’auteur signale des fossiles, aussi d’espèces éteintes, mais associées avec d’autres qui auraient leurs analogues vivants, et son troisième âge comprend également une roche calcaire avec des coquillages d'espèces récentes, dont les descendants vivent encore dans nas mers. Il n’y a plus de cornes d’Ammon, de Bélemnites, etc., et son peu d’ancienneté est encore prouvé par les cailloux roulés d'origine volcanique qu’elle renferme. Dans un résumé à la fois stratigraphique, paléontologique et orographique, Giraud Soulavie montre que ces trois séries de dépôts se succèdent dans le pays à niveau décroissant ou sont d’autant moins élevées qu’elles sont moins anciennes.

Les schistes arborisfs, ou renfermant des empreintes végétales, appartiendraient à un quatrième âge. mal caractérisé d’ailleurs à cause de la dilliculté d’établir leurs relations avec les calcaires. Dans le cinquième sont rangés des poudingues des brèches avec des restes d’Éléphants. Le soulèvement des calcaires à Ammonites par l'arrivée au jour des basaltes est ici placé.

« Voilà, dit l'auteur, l'aperçu général qu'offrent les som- « mets de nos montagnes antiques du Vivarais et les plaines « récentes du Rhône qui mouille la lisière inférieure de la « province. La suite des temps, et surtout des observations « plus longues et des lumières plus étendues, multiplieront « les époques et rempliront les lacunes, mais ne changeront « point la place des époques que nous avons assignées. »

Plus loin il résume la chronologie des êtres organisés, montre leur succession, leur extinction et leur remplacement, puis il ajoute : n Si ces observations que j’ai faites en Vivarais « sont confirmées dans d’autres provinces, il én résultera une

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« histoire ciironologii|ue des animaux fossiles et vivants établis « par des laits incontestables. » Nous n’insisterons pas sur l’accord qu’il croit trouver entre ces données de l’observation et les récits de Moïse ; il fallait encore à ce moment voiler et même déguiser la vérité pour la faire accepter et n’étre point inquiété.

Relativement aux caractères organiques et à l’origine des fossiles, le savant abbé oublie tout à fait sa réserve habituelle, et se laisse entraîner par les idées de de Maillet à admettre la transformation des animaux marins en animaux terrestres.

Dans le second volume de son ouvrage il traite des volcans et des basaltes. Le troisième comprend l’histoire naturelle du Velay, la description de ses volcans anciens, des calcaires et des gypses des environs du l'uy, etc. La coupe du terrain houiller île Saint-Jean de Valriscle est fort bien faite et très-instructive. Le volume IV est consacré à la chronologie des volcans éteints de la France centrale, sujet traité d’une manière très-remarquable pour ce temps. L’auteur y distingue six .époques d'éruption, étudie les formes géométriques des prismes basaltiques, passe à l’histoire naturelle de la Méditerranée, mentionne les environs de Bugarach, dans les Corbières, à cause des fossiles qu’on y trouve, et étend ses recherches jusqu’aux anciens produits ignés de la Catalogne.

Dans le cinquième il revient sur les caractères physiques des côtes de la Méditerranée, examine les parties adjacentes des Albères'au sud et du delta du Rhône au nord, décrit les environs de Montpellier, de Nîmes, et se trouve ramené à parler encore de ses calcaires primitifs. Dans l’histoire naturelle du Gévaudan, qui occupe le volume VI. les dépôts que nous désignons aujourd’hui sous le nom de lin* sont fort bien indiqués partout où ils existent : puis viennent les calcaires des environs de Mende et la région schisteuse et granitique du même pays.

Lnlin le volume VII renferme diverses lettres sur des sujets

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d'histoire naturelle ^et une correspondance avec l’abbé Roux qui s'appuyait sur les idées de Rouelle. Dans sa réplique , Giraud-Soulavie expose, pour la première fois en France, les vrais principes de la paléontologie stratigraphique, en faisant voir que les fossiles diffèrent par leur âge et la superposition des couches qui les renferment, et non suivant les lieux géographiques où on les rencontre, ainsi que cela résulterait des idées de Rouelle.

A quelques égards l’auteur de Y Histoire naturelle de la France méridionale pourrait être regardé comme le continuateur de l’auteur de Telliamed. Il en a les qualités comme observateur, avec moins d’originalité sans doute et moins d’esprit, mais avec plus de suite dans des recherches limitées à une région déterminée. 11 avait de plus que Guettard le sentiment de la géologie stratigraphique, une idée très-exacte de la succession des êtres organisés dans le temps, idée qu’il a formulée le premier avec des exemples à l’appui, ou mieux, qui n’était cjue la conséquence de ceux - ci ; mais on peut ajouter qu’il écrivait aussi mal que son contemporain, ce qui, à la fin du xviii* siècle, était un tort, même pour un savant. Quoi qu’il en soit, nous pensons que l’on n’a pas jusqu’à présent rendu à l’abbé Giraud-Soulavie la justice qu’il méritait; il a été un de ceux que l’opinion générale déshérite sans qu’on sache pourquoi, et nous serions heureux que ces quelques lignes pussent contribuer à sa réhabilitation.

j.-c. BruguiAre. — Plus tard J. -G. Bruguière, en traitant des empreintes de plantes que présentent les schistes des mines de charbon de la même région, a parfaitement reconnu leurs caractères, ieur mode de fossilisation et les circonstances de leur enfouissement dans des couches qui résultent d’un dépôt lent et régulier, ainsi que leur végétation à peu de distance de la côte et à une faible hauteur au-dessus du niveau de la mer, comme les plantes des continents actuels. Aussi rejette-t-il l’hypothèse étrange avancée par de Jussieu, qui supposait que ces végétaux avaient été apportés, par l’in—

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tcrmédiaire de courants marins, des climats éloignés où ils croissaient.

Marcel de Serre». — Dès 1816 Marcel de Serres préludait aux nombreux travaux dont il a doté la science, en rappelant qu’un siècle auparavant Ant. de Jussieu avait signalé des restes d’Hippopotames à la Mosson, près de Montpellier, et en décrivant lui-même des débris de Rhinocéros, d’Hippopotames et d’Éléphants, provenant d’une petite vallée parallèle à la précédente et enfouis dans des dépôts dé transport peu anciens.

Provence. — Dariuc. — Darluc , médecin et professeur de botanique à Aix, s’est montré, dans son Histoire naturelle de la Provence , zoologiste et botaniste descriptif assez exact, mais faible minéralogiste, et géologue nul. 11 méconnaît les caractères des ossements trouvés dans les roches gypseuses des environs d’Aix, malgré ce qu’en avait dit Guettard; il est moins judicieux que P. de Lamanon quant à l’origine assignée à ces mômes gypses et donne une description succincte des lignites de Gardanne, de Fuveau, etc., pris toujours pour une véritable houille. Sa manière de distinguer les montagnes en primitives et secondaires est bien inférieure à ce qu’écrivait l’abbé Soulavie, un peu auparavant, sur les terrains de la rive droite du Rhône.

p. de Lamanon, Rumatuoi. — P. de Lamanon, que nous venons de rappeler, mentionnait en môme temps certains débris de vertébrés rencontrés dans les carrières de gypse et qu'il rapportait à une Tortue ( Chelonites aquensis), puis d’autres à des mammifères, et il regardait ce gisement d’Aix comme d’origine lacustre, très-analogue à celui des plàtrières de Paris, rapprochement que les recherches ultérieures ont confirmé. Quelques années après, Ramatuel a donné une coupe géologique plus détaillée de ces mêmes collines gypseuses.

Meoard de La Groye, Bi»»o. — Plus u l'est, Ménard de La Groye s’est occupé des roches ignées de Beaulieu, et À. Risso a donné des Observations géologiques de la presqu’île de

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Saint-Hospice, près de Nice , distinguant, aux environs de cette ville, des calcaires compactes à grain fin sans fossiles, puis au-dessus, appartenant à une seconde époque, des calcaires marneux avec Gryphées, dont la stratification est trèsdérangée, une marne chloritée avec des Bélemnites et des Ammonites, et un calcaire avec des Nummulites, dès Orbitolites, des Peignes, etc., en couches assez régulières. Enfin un dépôt, caractérisant une troisième époque, renferme des coquilles qui , toutes ou presque toutes , ont leurs analogues vivant sur la côte.

Dauphiné. — Outre les mémoires de Guettard sur la minéralogie de cette province, et dont il a été question ci-déssus, Faujas de Saint- Fond entreprit une Histoire naturelle du Dauphiné, dont un seul volume parait avoir été publié et qui n’a aucune importance réelle.

Vers 1807, Brochant de Villiers publia un travail assez considérable, intitulé : Obscrcations géologiques sur les terrains de transition qui se rencontrent dans les Alpes de la Tarcntaise et autres parties de la chaîne. Le but du savant ingénieur était de séparer du terrain primitif certaines roches qu’on y avait comprises jusque-là ; mais cette tentative, tout estimable qu’elle était, devait être aussi peu fructueuse au fond que celles qu’on vient de voir dans les Pyrénées, parce qu’en effet, pour être en droit de dire qu’on avait sous les yeux le terrain de transition de Werner, les caractères que l’on employait étaient insuffisants; il fallait ou des fossiles caractéristiques de ce terrain de transition, ou démontrer audessus la présence du terrain secondaire, et c’est ce dont personne ne se préoccupait dans ces questions. Aussi le temps a-t-il fait une sévère justice de ces rapprochements bâtés ou peu réfléchis, et il en a été de même des mémoires et des rapports de Dolomieu faits à la suite de deux excursions dans les Alpes.

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S 2. FRANCK CENTRALE

Phénomènes volcaniq nés .

Après les recherches de Guettard, qui, comme on l'a vu, avaient révélé à la France une des particularités les plus curieuses de son sol, sont venus de nombreux travaux sur les produits ignés ou volcaniques de l’Auvergne, du Velay et du Vivarais. Ces travaux, exécutés avec beaucoup de suite pendant plus d'un demi-siècle, et dont on ne tient pas assez de compte aujourd’hui, ont une importance réelle, par leur caractère original , la masse de matériaux qu’ils ont apportés et le jour qu’ils ont jeté sur un ordre de phénomènes dont plusieurs, placés à la limite des temps géologiques et de l’époque actuelle, sont encore représentés par les manifestations des agents internes du globe en une multitude de points de sa surface. Nous devons donc nous arrêter un instant à cette partie de l’histoire générale de la science qui nous avait peu occupé jusqu’ici faute d’un ensemble d’observations et de faits aussi variés, aussi bien exposés et aussi importants à la fois. Pour plus de clarté, nous traiterons successivement des volcans anciens,, d’abord en Auvergne, puis dans le Velay, et enfin dans le Vivarais.

Volcan» ancien» de l'Auvergne. — De»mare»t. — Les produits

volcaniques anciens qui attirèrent d’abord l’attention des naturalistes, aussi bien en Allemagne que dans les îles Britanniques et en France, sont ceux qu’Agricola avait appelés bastilles, croyant y reconnaître la pierre ainsi désignée par Pline, et cet intérêt s'explique par les caractères extérieurs très-particuliers qu’ils affectent souvent, c'est-à-dire une structure prismatique ou colonnaire qui ne pouvait manquer de frapper le simple voyageur.

FRANCE CENTRALE

A la suite de recherches commencées en 1763, Desmarest publia un Mémoire sur l’origine et la nature du basalte de l'Auvergne Il remarque, sans faire aucune mention de la découverte de son prédécesseur, qui sans doute l’avait mis sur la voie, que les prismes basaltiques sont ou d’une seule pièce ou divisés transversalement par des plans à surface courbe, dont la convexité est tournée vers le bas. Ces prismes contigus ont un nombre de faces variables, de trois à neuf; ceux à cinq, six et sept faces sont les plus fréquents. Les côtés d’un même prisme sont inégaux, mais ceux de deux prismes contigus sont semblables. La pierre est noire ou gris cendré, avec des points brillants cristallins; elle est dure, compacte, susceptible de recevoir le poli, et présente toujours les caractères d’une origine volcanique et ignée.

Dans la seconde partie de son mémoire, Desmarest compare ces roches avec celles de même nature signalées dans d'autres pays, et en particulier avec celles du château de Stolpen, à six lieues de Dresde, en Saxe, décrites par Agricola’ comme le type de cette sorte de pierre. A ce travail était jointe une carte topographique dressée par Pasumot et Dailly, s’étendant des environs de Clermont au .Mont-Dore, et de Nescher à la Tour-d' Auvergne. Lu travail de hachures permet d’y distinguer ; 1° les anciens courants, 2° les massifs de laves anciennes fondues en place , 3° les courants modernes, h° les prismes de basaltes dans les courants, 5° les boules de basalte dans les courants. Enfin, l’auteur s’attache à caractériser trois sortes de courants volcaniques, dont il s’est occupé depuis avec plus de détail dans son Mémoire sur la détermination de quelques époques de la nature pur les produits des volcans *.

1. Mit. de l'Acad. des sciences pour 1771 , p. 305 (3 juillet 1765 et 11 mai 1771). Quoique ce mémoire et quelques autres appartiennent, par leur date, à la première période de l’histoire en France, nous les avons réunis ici pour qu'on puisse mieux juger de tout ce qui se rapporte au même sujet.

2. De naturA (oss., Ub. VII, p. 310, 315. — C. Gesner., p. 20, 86, 96.

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