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ou non abordées, dont on avait les éléments constamment sous les yeux, dans un pays de collines et de plateaux découpés exprès, en quelque sorte, pour la plus grande commodité du géologue, où toutes les couches sont en place, sans qu’elles aient éprouvé ni dislocation ni métamorphisme, où les caractères pétrographiques des roches ont, à chaque niveau, une persistance remarquable, où les horizons marqués par les fossiles offrent une constance non moins frappante dans une surface restreinte, où la nature, en un mot, s’est plu à réunir toutes les conditions qui pouvaient faciliter les recherches, toutes les circonstances propres à leur donner un vif intérêt.

Alex. Brongniart — Aussi n’est-ce point par les quelques améliorations que l’édition de 1821 a apportées aux précédentes qu’elle se recommande particulièrement à l’attention des géologues, mais bien par les notes importantes qu’Alex. Brongniart a placées «à la (in de chaque article, notes dans lesquelles il recherche et signale, avec beaucoup de sagacité et une grande sûreté de coup d’œil, toutes les localités étrangères au bassin de la Seine, qu’il a observées lui-même, ou sur lesquelles il avait des renseignements assez exacts pour les mettre géologiquement en parallèle et établir ainsi leur synchronisme avec les dépôts de ce bassin.

Par des rapprochements presque toujours heureux, qui étendaient à une grande partie de l’Europe occidentale des vues limitées d'abord à une si petite région naturelle, le savant auteur a su donner à une œuvre, qui pouvait paraître commune dans l’origine, un caractère propre et d’une plus grande importance que le travail primitif, lequel, ainsi que nous l’avons fait remarquer, ne se distinguait point par son mérite stratigraphique.

Dans l’ Essai sur lu géographie minéralogique des environs de Paris se trouvait sans doute implicitement exprimée la théorie actuelle sur l’indépendance paléozoologique des formations, ainsi que les inodilications partielles et successives

des êtres organisés dans chacune d'elles; mais on pouvait dire aussi que, l'application de ce principe n’ayant pas encore été faite sur de grandes étendues de pays ou sur des points fort éloignés les uns des autres, sa généralité n’était pas prouvée. Mais ici les notes ajoutées par Brongniart répondent.victorieusement à toutes les objections, et les faits ont pleinement justifié depuis toutes ses prévisions.

La manière dont ces notes sont disséminées dans l’ouvrage, quoique rationelle en elle-même, était cependant peu propre à faire valoir leur importance; aussi les avons-nous réunies, pour mieux montrer comment le principe était venu s’appliquer à des pays et à des terrains très-différents.

« Le développement des êtres organisés suppose, dit-il, « une longue série de siècles, ou au moins d’années, qui « établissent une véritable époque géognostique , pendant « laquelle tous les corps organisés qui habitent, sinon toute « la surface du globe, au moins de très-grandes étendues de « cette surface, ont pris un caractère particulier de famille ou « d’époque qu’on ne peut définir, mais qu’on ne peut non « plus méconnaître.

« Je regarde donc le caractère d'ipoque de formation tiré « de l’analogie des corps organisés comme de première valeur « en géognosie , et comme devant l’emporter sur toutes les « autres différences, quelque grandes qu’elles paraissent; a ainsi , lors même que les caractères tirés de la nature des « roches, et c’est le plus faible, de là hauteur des terrains, « du creusement des vallées, même de l’inclinaison des « couches et de la stratification contrastante, se trouveraient « en opposition avec celui que nous tirons des débris orgàn niques, j’attribuerais encore à celui-ci la prépondérance,

« car toutes ces différences peuvent être le résultat d’une révo- « lution et d’une formation instantanée qui n’établissent point,

« en géognosie, d’époque spéciale. »

Nous avons vu que c’était un autre Français, l’abbé Giraud- Soulavie , qui le premier avait nettement formulé et appliqué

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le principe fondamental de la distinction des terrains par leurs fossiles; mais ses mémoires, publiés de 1777 à 1784, n’avaient point attiré l'attention des naturalistes, peu préparés à entrer dans cette nouvelle voie, et cet estimable savant avait été complètement méconnu de ses contemporains, tandis que, quinze ans après, W. Smith était plus heureux en Angleterre, où ce même principe était, comme nous le dirons, accueilli avec empressement par tous ses compatriotes. L’un d’eux, après avoir traversé les Alpes, avait indiqué plusieurs rapprochements très-justes entre certaines roches secondaires de cette chaîne et leurs analogues en Angleterre; mais \V. Buckland avait en cela tenté beaucoup plus que l’état de la science ne permettait de le faire àce moment, et son travail, estimable d’ailleurs, avait dépassé le but. Il nous suffira de rappeler que les schistes à poissons de Claris y sont placés dans la grauwacke de transition, que l’existence du terrain houiller est complètement niée dans les Alpes, que le magnesian limestone représentait le calcaire alpin ancien , etc.

De son côté, et dans le môme temps, Alex. Brongniart, tout en allant bien plus loin que W. Smith, en montrant une grande hardiesse et beaucoup de confiance dans la solidité de son principe, sut se renfermer dans de plus justes bornes que W. Buckland, et, par suite, éviter les fausses appréciations et les rapprochements prématurés de ce dernier.

Après avoir jeté un coup d’œil sur la craie des contrées qui avoisinent le bassin de la Seine et montré ses relations et ses divisions naturelles, il indique celles de la craie glauconieuse delà perle du Rhône, près de Belgrade, et, en 1817, gravit les montagnes des Fiz et de Sales, non loin de Servoz. pour reconnaître , dans les roches noires que recouvrent les neiges perpétuelles, des dépôts crétacés inférieurs, contemporains de ceux qui constituent la base des falaises de la Manche entre la France et l’Angleterre. Appliquant son principe au terrain tertiaire inférieur, il en déduisit des rapprochements tout aussi exacts; mais il fut moins heureux en y rapportant

aussi certains dépôts coquilliers des bassins de la Loire, de la Garonne et de l’Adour. D'un autre côté, il a parfaitement reconnu que , par les caractères de leur faune , les couches tertiaires marines des environs de Perpignan , de Narbonne et de Montpellier étaient plus récentes que les gypses des environs dé Paris , et que les premières au moins devaient être assimilées aux marnes sub-apennines de l'Italie.

Les réflexions d'Alex. Brongniart sur le parallélisme des sédiments tertiaires des bassins de la Tamise et du Hampshire avec ceux du bassin de la Seine, déjà signalé par Webster et représenté sur sa carte en 1 8 1 Zi , ne sont pas empreintes de , moins d’exactitude que celles qu’il émet sur les relations des couches contemporaines dans la Flandre, le Mainaut et le Brabant. Mais c’est dans l’appréciation de l’âge de la mollasse et du nagelfluhe de la vallée suisse, regardé comme plus récent que celui du gypse de Paris, et surtout dans le rapprochement, qui dut paraître bien plus extraordinaire alors, des calcaires noirs compactes des Diablerets, situés au nord-est de Bex, à plus de 3000 mètres d’altitude, des roches vertes à Nunimulites de Claris, du Pilate, de Saarnen, etc., avec le calcaire grossier de Vanves, de Vaugirard, de Montrouge, etc., qu’éclate surtout le profond jugement de Brongniart et- sa foi absolue dans la valeur du principe qui le guidait.

Appuyé sur ces caractères paléozoologiques, il n’hésite pas à rapporter au même horizon les dépôts du pied méridional des Alpes dans le Véronais et le Vicentin, dépôts qu’il désigne dans un Mémoire spécial par l’expression de terrain calcarèotrappêen , et dont nous avons vu que les naturalistes italiens du dernier siècle s’étaient beaucoup occupés.

Les fossiles du Val-Ronca, du Monte-Yiale, du Val-Nera, du Monte-Bolca, de Montecchio-Maggiore , ne lui permettent pas de douter de ce parallélisme, et « il résulte, dit-il, de ces <( rapprochements que tous ces terrains sont analogues dans « leurs caractères importants, non-seulement aux terrains de « sédiments supérieurs, mais à la partie de ces terrains qui est

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« inférieure au gypse. La présence de certaines espèces de « coquilles particulières à cette partie, telles que les Camé- « fines ou Nuinrnulites, la h’erilina conoidca, les Caryophyl- « lies, etc., celle des lignites, des poissons, et surtout de n cette terre verte semblable à la chlorite dont nous avons « parlé si souvent , l’absence des grès proprement dits, celle « du mica, ou du moins de la variété de cette substance si « abondante, au contraire, dans les parties supérieures, offrent « une réunion de caractères qui doit faire rapporter les ter- « rains calcaires trappéens du Vicentiri au calcaire grossier n du bassin do Paris inférieur au gypse. »

Les marnes calcaires et les brèches calcaréd-serpentineuses de la colline de Superga, près Turin, enveloppent, continuet-il, des coquilles analogues, pour la plupart, à des espèces des environs de Bordeaux, ce qui est vrai; mais ce qui ne l’est plus, c’est de comparer, comme Brongniart l'avait fait précédemment , ces dernières avec celles du calcaire grossier des environs de Paris.

Sur le revers méridional des Alpes maritimes, non loin de Nice, il signala les calcaires jurassiques, auxquels succèdent des lambeaux de craie gl.auconieu.se avec des Ammonites et des Bélenmites, puis des calcaires analogues, par les coquilles qu'on y voit , et principalement pur la présence des JSumnvtlitcs, au calcaire grossier inférieur. Enfin, h 20 mètres audessus du niveau de la mer actuelle, un dépôt de coquilles marines, à peine fossiles, serait plus moderne encore que le terrain marin supérieur du bassin de la Seine; c'est celui que nous avons vu décrit par Risso, qui, par les mômes motifs, le regardait aussi comme très-récent.

Du côté de Menton, des couches bleuâtres, calcaréo-argileuses, inclinées, remplies de coquilles, de polypiers et d’une prodigieuse quantité de Nunnnulites très-grosses et trèsboinbées, présentent beaucoup de caractères de la base des terrains de sédiment supérieur (calcaire grossier). Tous les terrains que je viens de citer en Italie, ajoute Brongniart,

peuvent être rapportés, avec la plus grande probabilité, au terrain de calcaire grossier ou marin inférieur au gypse. Ceux dont il me reste à parler en Italie appartiennent, avec le même degré de probabilité, à la formation marine supérieure au gypse. Ils composent les collines que l'on nomme sub-apennines, et qui s’étendent d’Asli en Piémont jusqu'à Monte- Leone en Calabre. Ce sont ceux que nous avons vus décrits par Brocchi et tous ses prédécesseurs. A ce moment, la distinction du terrain tertiaire moyen n’ayant pas encore été tracée , on confondait avec ses propres dépôts ceux du terrain tertiaire supérieur.

Pour le bassin de Vienne et la Hongrie, les rapprochements de Brongniart n’ont pas toujours une exactitude aussi frappante, et on le conçoit, d’après les renseignements qui lui étaient transmis ou des observations qui pouvaient l’induire en erreur, mais on peut s’étonner que, dans la réimpression de l'ouvrage, en 1835, l’auteur n’ait pas profité des observations de Beudant, de Constant Prévost et d’autres géologues, pour rectifier ou compléter ses premiers aperçus. Plus loin encore, sur le versant nord des Carpathes, en Volhynie, il a reconnu l’existence de dépôts semblables au calcaire grossier du bassin de la Seine.

Le parallélisme du gypse des environs du Puy-en-Velay et de ceux d’Aix en Provence avec ceux de Montmartre, déjà admis par P. de Lamanon, est constaté de nouveau, et les dépôts lacustres supposés plus récents que ces gypses sont mentionnés sur une multitude de points en France, en Espagne, en Angleterre, comme dans le Jura, la Suisse, l’Italie, la Hongrie, etc.

En même temps qu'il formulait et appliquait si heureusement aux terrains tertiaire et secondaire les nouveaux préceptes de la paléontologie stratigraphique, Alex. Brongniart disait, en parlant des terrains plus anciens dans lesquels se trouvent les trilobites : « 11 (faut , pour caractériser les ter- « rains, non-seulement désigner les espèces qui s’y trouvent,

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« mais les désigner toutes , les déterminer très-exactement , « de manière à ne pas donner le môme nom à des corps qui « n’ont que des ressemblances apparentes, mais qui sont « cependant des espèces distinctes, quoique trè3-voisines les « unes des autres. Telle est la liaison importante de la zoolo- « gie avec la géologie. C'est par cette double considération « qu’on atteindra le but que se propose cette dernière science, « qui est la connaissance exacte des rapports d'ancienneté des « couches qui forment l’écorce du globe. #

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Il y a près d’un siècle et demi que Scheuchzer, faisant une sorte de revue générale des travaux publiés sur l’histoire naturelle dans divers pays, remarquait l’absence presque complète en Espagne d’écrivains qui se soient occupés de botanique, de zoologie ou des corps inorganiques. Si les nations germaniques, dit-il, pèchent à cet égard par l’excès et par un besoin immodéré d'écrire et de publier, l’Espagne se fait distinguer de tous les autres pays civilisés par le défaut contraire.

Nous nfe connaissons, en effet, rien qui soit antérieur à cette remarque, les indications de lîourguet et celles de P. Barrère sur quelques fossiles de ce pays ne sont venues qu’après. En 17/f2, F.-Jos. Torrubia, dans son ouvrage sur l’histoire naturelle de l’Espagne, donne plusieurs dissertations physiques, comme on disait alors, et particulièrement sur le déluge. Après avoir reproduit le tableau de Bourguet, dont nous avons parlé, l’auteur traite des fossiles de divers terrains et provenant de diverses localités, tels que des dents de Squales, des Ammonites, des Nautiles, des Térébratules, des ostracées, des échinides, des stellérides crétacés et jurassiques, un trilobite et deux crustacés de la Chine ou des

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Moluques. Il donne , sous le titre de Gigantologia espnnola , une dissertation fort étendue où se trouvent rapportés tous les documents relatifs à une prétendue race de géants qui aurait existé à la fois dans l’ancien et dans le nouveau inonde. Tous ces faits, comme on le conçoit, se rapportent à des débris d’Éléphants ou d’autres grands mammifères fréquents en Amérique aussi bien qu’en Europe, et sous ce rapport le travail de l’auteur espagnol n’est pas sans utilité, car on y trouve beaucoup de renseignements qui, bien interprétés, peuvent être encore employés aujourd’hui.

Les causes et les effets présumés du déluge sont ensuite , comme chez la plupart des écrivains du temps, l’objet de réflexions diverses plus ou moins mal fondées. La plupart des fossiles représentés sont très-reconnaissables pour provenir des couches jurassiques de Molina, d’Anchuela et d’autres localités où ils ont été constatés depuis.

D. Guillermo Ilowles, dans son Introduction à l’histoire et à la géographie physique de l’Espagne, publiée en 1775, a signalé les Nummulites des environs d’Alicante, des Térébratules, des Bélemnites et d’autres fossiles dans le voisinage de Molina. Il a traité de la lithologie générale de beaucoup de provinces, des volcans du royaume de Murcie et de la Catalogne ; il s’est occupé plus particulièrement des diverses pierres de la province de Ségovie, a donné de bons détails sur les salines de Mingranilla, sur la disposition des amas ou bancs de gypse, sur la mine de sel de Cardone, sur les gypses de Valtiera , les brèches osseuses des environs de Teruel ; mais nulle part on n'aperçoit l’idée d’une succession dans les roches observées.

De son côté A. -J. Cavanilles, plus botaniste que géologue et zoologiste, n’a pas laissé que de décrire avec beaucoup de soin les caractères orographiques, stratigraphiques et pétrographiques de l’ancien royaume de Valence. Il a bien observé dans chaque localité la position des couches, et il a donné de nombreux dessins qui représentent les formes et

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l’aspect particulier du pays, exemple qu’on doit regretter de ne pas voir plus suivi de nos jours.

L'auteur signale des Térébratules, des cornes d’Ajnmon ferrugineuses et diverses bivalves aux environs de Morella, de nombreux fossiles sur beaucoup d’autres points, et il conclut que la disposition des couches ainsi que leurs divers caractères ne permettent pas d’attribuer leur formation au déluge universel , qui n'aurait pu les déposer de la sorte. Les coquilles qu'on y trouve, ajoute- 1— il , prouvent en outre qu’elles ont été déposées tranquillement au fond de la îuer.

Enfin, vers les dernières années du siècle, Bosc, dans un voyage à travers les royaumes de Galice, de Léon, de la Vieille-Castille et de la Biscaye, compare la pierre à plâtre des collines des environs de Palencia à celle des environs de Paris, et signale les couches lacustres de Burgos.

De même que nous l'avons vu dans l’est de l’Europe, ce sont encore des géologues et des paléontologistes anglais et surtout français qui, dans ces derniers temps, ont introduit en Espagne et y ont appliqué les connaissances de la science actuelle.

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