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CHAPITRE V

ILES IJRITANNIQUES.

j$ I. ANGLETERRE.

Expo«ition. — L'histoire de la science, dans les pays dont nous nous sommes occupés jusqu’à présent, a dû être présentée d’une manière assez irrégulière en nous conformant seulement aux temps et aux lieux ; nulle part nous n’avons encore aperçu de vues bien générales suivies par les auteurs qui se sont .succédé. La marche de la partie positive de la science nous offrira, en Angleterre, un tableau différent; elle nous frappera, en effet, par une certaine unité de direction dans les recherches, unité plutôt naturelle que systématique, et résultant à ce qu'il semble des caractères particuliers d'une grande partie de son sol si heureusement disposé pour l'étude des terrains sédimentaires et qui l’avait en quelque sorte prédestinée à devenir le berceau de cette partie de la science moderne.

Ouvrage» théoriques et généraux. — Les physiciens et les naturalistes de ce pays ne sont pas restés en arrière de ceux du continent en ce qui concerne la théorie générale de la terre: mais nous croyons qu’il serait peu utile et qu’il y aurait peu d’ intérêt à nous étendre ici sur les ouvrages de Burnet, de Warren, de J. Ray, de Whiston, de R. Hook et d’autres oeuvres qui, remplies de traditions religieuses, toujours plus

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ou moins associées à des suppositions on à des hypothèses gratuites, sont, malgré le mérite de leurs auteurs à certains égards, plutôt du domaine de l’imagination que de celui de la science. Bulfon en avait déjà donné de bonnes analyses à la suite de sa Théorie de la Terre, et, quoique quelques-unes de ses objections ne soient pas précisément celles que l’on pourrait opposer aujourd'hui à ces fables géogéniques, sa critique n’en a pas moins une valeur qui nous dispense de revenir sur ce sujet, également traité par Desmarest dans son article de Géographie physique (1795).

On doit dire cependant que J. Woodward, dans son Essai d'une histoire naturelle de la Terre et des corps qu’elle renferme (1695), fait une honorable exception. 11 y reconnaît la véritable origine des fossiles qui devaient se trouver au fond de la mer au moment du déluge. Ces débris organiques furent enfouis dans des dépôts qui se consolidèrent ensuite. Le sol de l’Angleterre, dit-il, est composé de couches horizontales superposées et formées sous les eaux ; mais il ajoute que les matières sédimentaires sont arrangées suivant leurs pesanteurs spécifiques, les supposant toutes en dissolution en même temps dans le même liquide. L’examen attentif qu'a fait Woodward des caractères des fossiles et de leur arrangement dans les strates prouve que c’était un observateur beaucoup plus judicieux que la plupart de ses contemporains.

Une étude plus sérieuse pour nous et beaucoup moins connue est celle de Needham, qui, vers le milieu du xvm* siècle, rendait compte d'une manière très-remarquable de la structure et de l'origine des montagnes. Celles-ci, dit-il, sont composées de couches concentriques, d'égale épaisseur de bas en haut, visiblement soulevées et rompues après qu’elles eurent acquis une certaine résistance, depuis l’état presque lluide où elles se sont nécessairement trouvées lors de leur formation, et comme le prouvent les coquilles et les empreintes de poissons et de plantes distribuées régulièrement dans toute leur étendue. L’égale épaisseur qu’elles conservent sur

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toute la pente d’une montagne est encore' 'une preuve qu’elles ont été formées horizontalement avant leur soulèvement. \ucune autre théorie, même la plus plausible, telle que celle de M. de BulTon, ne peut donner, continue-t-il, une raison physique de ce phénomène, si ce n’est celle d’une force expansée agissant doucement après le dépôt régulier des couches dont les montagnes sont composées. Un courant ou un phénomène atmosphérique, quel qu’il soit, ne peut jamais distribuer et lixer également sur une pente des coquilles et d’autres substances légères, encore moins élever une montagne à couches régulières. Toutes celles qui font partie des grandes chaînes portent visiblement l’empreinte du feu souterrain d’où elles tirent leur origine, et dont l’action pour les faire surgir a été balancée ou modifiée par la gravitation. Comme L. Moro, Needham exagérait beaucoup reflet des volcans; mais il est remarquable de voir que dans le même moment Arduino en Italie, Lehmann et Fuchsel en Allemagne, Needham en Angleterre, professaient, sur la composition et la formation des montagnes, des idées fort justes qui mirent encore près d’un demi-siècle à germer dans l’esprit des observateurs.

Travaux <ie.criptif«. — Si, de ces vues théoriques, nous passons aux travaux plus particulièrement descriptifs, soit stratigraphiques, soit pétrographiques ou paléontologiques, nous signalerons d’abord les recherches de C. Owen qui, vers la lin du xvi" siècle, avait écrit sur la topographie du l’embrokeshire un Mémoire qui ne fut publié que longtemps après sa mort, et où se. trouvent tracées, avec beaucoup d’exactitude, la direction et l’étendue des couches de houille, ainsi que celles des calcaires qui les accompagnent dans toute la partie sud du pays de Calles. Il montre en outre leurs relations avec les parties du (îloucestershire et du Somerset qui l’avoisinent. Ce travail est probablement le premier qui ait été tenté pour établir ce principe ; que les mêmes séries de couches se succèdent dans un même ordre, régulièrement, sur de grandes surfaces, de manière à dévoiler leur constitution géologique.

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Dix->epti£me tiède. — Lifter, Lhwyd, etc. — Dans le siècle

suivant, T. Lawrence, Merret, Childrey, J. Beaumont et Plott, dans son Histoire naturelle de l’Or for dshire, préludent par quelques descriptions locales de fossiles aux travaux plus sérieux du xvm" ; Martin Lister semble avoir eu le premier l'idée de cartes géologiques régulières, et fut frappé de l'analogie de la craie sur les côtes opposées de la France et de (’ Angleterre. Il a représenté pour la première fois une coquille du genre Productus {P. gigantcus), qui a joué un si grand rôle parmi les brachiopodes de la période carbonifère. Mais l’ouvrage le plus remarquable, qui vient clore cette période, est celui de E. Llivvyd ou Liudius, qui traite de la distribution des pierres fossiles de l' Angleterre et d’autres pays, remarquables par leurs fonnes particulières. Ce livre, accompagné de 25 planches, se distingue par son esprit essentiellement linnéen, par la précision et l'exactitude des descriptions comme par la simplicité de la méthode. C’est une énumération systématique de 1600 fossiles, animaux et végétaux, et de quelques substances minérales. Les localités d’où ils proviennent sont partout indiquées avec autant de soin qu’on pourrait le faire aujourd'hui. 11 proposa le nom de Terebratula , sous lequel pendant longtemps furent compris presque tous les brachiopodes, mais qui ne fut définitivement adopté dans la science qu’un siècle après par Bruguière, qui le substitua à celui d'Anomia, créé anciennement par F. Colonna. Il désigna aussi sous le nom d’alvéole le cône cloisonné intérieur des Bélemnites, sous celui de Trinueleus un trilobite devenu le type de tout un genre de cette famille; mais ses idées sur la nature et l’origine des fossiles, qui ne répondaient nullement à l’exactitude de ses observations , peuvent prendre rang parmi les plus folles de ce temps-là. Enfin, le goût de cigenre d’étude se développe tout à fait au commencement du xvm? siècle, où nous voyons une multitude de publications destinées à faire connaître les débris organiques fossiles de diverses parties de l’Angleterre, surtout des comtés de l’est et

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du sud1. Nous mentionnerons particulièrement le Mémoire de Sloane sur les ossements de grands mammifères fossiles trouvés en Angleterre, qui sont des restes d’Ëléphants et de cétacés, et non ceux d’une race éteinte de géants comme on le croyait avant lui.

Dix-huitième tiècle. — Géologues «tratigraphei. — Dans le

même temps, quelques observateurs purement slratigraphes se faisaient connaître par des travaux sur les couches secondaires, que nous appelons aujourd’hui jurassiques et crétacées, dans le Somersetshire, le Bedfordshire et le Kent, (’.e sont particulièrement Holloway, Packe et Strachey, qui étaient déjà dans une voie meilleure que la plupart de leurs contemporains du continent. Packe donna, en 1730, une carte chorographique de la partie orientale du Kent, et Strachey, en étudiant le district houiller du Somerset, fit voir qu’il comprenait très-bien la succession régulière des strates de ce pays, depuis la craie, les calcaires oolilhiques, le lias, les couches rôuges de grès et d’argile, le terrain houiller, le calcaire métallifère des Mendip— Hills, etc.

J. Michel! qui, vers 1700, publiait un Mémoire sur les tremblements de terre, se prononçait d’une manière encore plus formelle que ses devanciers sur la succession régulière des masses de roches. Il remarqua que, dans la structure de .la terre, lès zones de diverses substances se suivaient parallèlement jusqu’aux crêtes des chaînes, et cela dans les montagnes du nouveau monde comme dans celles de l’ancien, et qu’en Angleterre la direction générale des couches et des chaînes qu’elles constituent était du N. -K. au S. -O. La série des terrains de ce pays, depuis la craie jusqu’au terrain houiller, qu’il publia en 1788, était certainement un résultat plus complet que ce que Werner donnait dans le même moment pour l'Allemagne centrale, et tout à lait comparable à ceux de Fuchsel et de Lehmann. La structure géologique du

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