toc. cil., p. 175 et suivantes
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Derbyshire avait été également bien comprise par Whitehurst dix ans auparavant. De la ressem blanche des roches appelées t o/i d si n n es avec les laves des volcans, de leur position et de leurs effets, il en avait conclu leur injection à travers les couches qui les recouvraient. 11 a réellement laissé peu à faire relativement au calcaire carbonifère et aux dépôts houillers de ce pays, mais des idées théoriques inadmissibles sont venues gâter un bon travail stratigraphique que Xier a continué pour le StalTordshire, dont il a décrit le calcaire, la houille et les basaltes.
Avant de passer aux 'travaux qui ont plus particulièrement contribué à établir en Angleterre les vrais principes de la théorie des terrains de sédiment, disons quelques mots des publications dont les fossiles ont été l’objet, en commençant par les invertébrés.
Paiéoiooiogie. — invertébré». — Brander et Solander firent connaître, en 1706. les coquilles des argiles tertiaires de Barton (Hampshire), en rejetant les idées de VVoodward, qui regardait ce dépôt comme le résultat du déluge. Parmi les fossiles qu'ils représentent, un très-petit nombre est connu, suivant eux, vivant dans les mers britanniques ou même sur les côtes d’Europe, et la plupart, au contraire, seraient différents des animaux de la faune actuelle. Harrington s'est occupé aussi des fossiles de Christ-Churrh , Walcoll de ceux, des environs de Batli, et, en 179à, parut la première livraison de l’ouvrage de W. Martin sur les pétrifications du calcaire carbonifère du Derbyshire, ouvrage terminé en 1809. C’est, avec celui de Brander, ce que les paléontologistes iconographes d’Angleterre avaient exécuté jusque-là de plus important par l’exactitude et le nombre des objets figurés.
Au commencement de ce siècle, J. Parkinson publie un ouvrage beaucoup [dus considérable : les Dfbris organiques de r ancien monde , travail accompagné de 50 planches d'une bonne exécution. Le premier volume est consacré à une histoire de la science qui, sans être aussi complète que celle de
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Walch, est mieux coordonnée, puis à ce qui concerne les végétaux fossiles ou les substances qui en proviennent; le second, aux spongiaires, aux polypiers et aux crinoïdes; le troisième, au reste des radiaires, aux mollusques, aux crustacés, aux poissons et aux mammifères. Le même auteur, en décrivant la craie blanche et les dépôts tertiaires des env irons de Londres, a su en répartir les fossiles dans les différentes couches ; il a constaté la superposition du crag à l’argile de Londres et les différences complètes de leurs fossiles, en faisant remarquer que, parmi ceux du premier de ces dépôts, quelques-uns étaient inconnus et d’autres identiques avec des espèces vivant sur les côtes d'Angleterre.
Plus tard, J. Muller a donné un excellent livre sur l’histoire naturelle des crinoïdes ou animaux marins en forme de lis, avec des observations sur les genres Astérie, Euryale, Comatule et Marsupite Bien supérieur à l’ouvrage que Kosinus avait donné en Allemagne sur le même sujet, celui-ci a servi de point de départ à toutes les études dirigées depuis sur cet embranchement des animaux rayonnés. D'autres recherches moins importantes de paléontologie géographique ont paru vers le même temps1, et l’on 11e peut mieux clore la liste des principaux travaux iconographiques, auxquels ont donné lieu les coquilles fossiles d’Angleterre au commencement de ce siècle, qu’en citant ici le Minerai conchology de Sovverby, commencé en 1812 et continué pendant près de vingt ans. Il a été longtemps le recueil de cette nature le plus considérable que l’on ait entrepris, car il forme (5 volumes grand in-8°, avec plus de 6Ü0 planches coloriées ; et si, depuis, d’autres l’ont dépassé à quelques égards, il n’en reste pas moins un témoignage honorable du zèle scientifique et des connaissances variées de son auteur comme de ceux qui lui ont succédé dans cette publication.
Vertébréi. — Parmi les animaux vertébrés, la classe des
t. /.or. cil., p. ISO.
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reptiles, qui n’avait encore offert que dés testes peu remarquables dans les terrains d'Angleterre, s’enrichit vers ce temps de types extraordinaires, qui ouvrirent un nouveau champ d'études à la paléozoologie et à la zoologie comparée. Plusieurs de ces types furent réunis ensuite sous le nom d’énaliosaures ou de Lézards marins, offrant des vertèbres semblables à celles des poissons, des dents qui les rapprochent des Crocodiles, un tronc analogue à celui des Lézards, et des pattes conformées comme celles des cétacés. On y établit d’abord deux genres : les Ichthyosaures' et les Plésiosaures.
ichthyoïaure. — Découvert en 181 A par Sir Evrard Home, dans le, lias de Ly me -Regis, le premier de ces genres, d’abord placé parmi les poissons à cause des caractères de la tête et des vertèbres qu’on connaissait seulement, donna lieu à des discussions que firent cesser les éléments plus complets de son squelette, étudiés par de la Bêche et Conybeare. Ces savants montrèrent que l’anneau des pièces osseuses de la sclérotique était un caractère des Lézards et non des poissons; la position des narines contiguës au lacrymal, à la jonction des naseaux et des intermaxillaires, fut constatée de nouveau, ainsi Ajue l’existence de quatre membres. La grandeur de l’œil et le cercle de pièces osseuses qui l’entourent sont ce qui frappe au premier abord dans la tête de ces reptiles. Les vertèbres, toutes biconcaves, ressemblent à des dames à jouer. Le sternum, l’épaule et les nageoires antérieures, en forme de palettes, rappellent les Salamandres et les Dauphins. Ces dernières sont composées de 5 ou 6 rangées d’osselets, tous comparables aux phalanges des Dauphins, mais au nombre de 20 et davantage dans chaque rangée ; ils sont aplatis et en forme de pavés sub-hexagonaux.
Ainsi, dit Cuvier, rien ne nous empêche de nous représenter complètement l’animal. Sa queue était médiocre, le museau long et pointu, armé de dents aiguës; les yeux, d’une grosseur énorme, devaient donner à sa tête un aspect
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lout à fait extraordinaire et lui faciliter la vision pendant la nuit. 11 n’avait probablement aucune oreille extérieure, respirait l'air pu nature, et devait venir souvent à la surface de l’eau; ses membres ne lui permettaient que de nager, et il ne pouvait sans doute pas ramper sur le rivage autant que les Phoques actuels,
Les caractères des dents en ont fait distinguer bientôt h espèces : les /. commuais, plnlyodon, tenuiroslris et intermedius, toutes provenant du lias de la même localité. D’autres furent ensuite découvertes dans les divers étages jurassiques d’Angleterre et jusque dans la craie du même pays, puis retrouvées plus tard dans des dépôts correspondants sur le continent.
piéaios&ure — Le genre Plésiosaure, dont le nom indique son affinité avec les Lézards, fut signalé en 1821 par Conybeare et de la Pèche. Sa tête ressemble à celle de ce dernier genre, les dents sont aualogues à celles des Crocodiles, le cou est extrêmement long, le tronc et la queue ont les proportions relatives ordinaires; les côtes rappellent celles des Caméléons et les pattes celles des Baleinés. Les narines sont près de l’orbite, comme dans ces derniers et les lchthyosaurès; les dents sont grêles, pointues, cannelées et inégales. L’animal, dans son ensemble, devait avoir un aspect d’autant plus insolite, que les extrémités des membres étaient aussi de véritables nageoires en palettes, composées de 5 séries de phalanges allongées. Sa longueur totale pouvait être de P mètres. Le Plésiosaure à long cou {P. dolichodeirus) provenait aussi du lias de Lyme-Regis; une seconde espèce a été signalée dans l’argile de Kimineridge et dans lès divfers ternies de la série secondaire jusqu’à la craie.
Téiéosaure. — Le Téléosaure, ainsi désigné par Geoffroy, est encore un reptile de la formation jurassique d’Angleterre, signalé dès 1718 par W. Stirkley , comme provenant de Newark; un demi-siècle après, Woller Cha]Hnann le découvrit dans les schistes alumineux du lias de Whitby; il est de
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la tribu des ainphicadiens, et le corps des vertèbres est légèrement concave des deux côtés.
Mégaio«aurr. — Le Mégalosaure , de l’ordre des dinosauriens, caractérisés par les cinq vertèbres soudées du sacrum, fut décrit par \V. Buckland, et provenait des couches oolitbiques de Stoneslield. Les dents sont comprimées, aiguës, arquées en arrière, à deux tranchants finement dentelés. Sa longueur totale, jugée d'abord de 10 à 12 mètres, fut estimée près du double par Cuvier, . d’après les dimensions de l'os coracoïde. Il surpassait, dit ce dernier, les plus grands Crocodiles connus, et approchait, pour la taille, d’une petite Baleine. 11 devait être extrêmement vorace et \ivre dans la mer. Le genre constaté aussi dans les calcaires jurassiques des environs de Caen a continué à vivre pendant la période wealdienne.
iguanodon Quelques dents, communiquées d’abord par
G. Mantell à G. Cuvier, lirent penser à ce dernier qu’elles devaient avoir appartenu à un reptile saurien plus extraordinaire encore que ceux dont nous venons de parler. Ces dents prismatiques, plus ‘larges en dehors, portaient trois carènes mousses longitudinales; la couronne, à bords tranchants dentelés, rappelant celle des dents de l’Iguane, Mantell désigna l’animal sous le nom A' Iguanodon. Un squelette presque entier, découvert peu après dans les grès wealdiens de Tilgate, permit de se faire une idée assez exacte de cet énorme reptile, qui devait être un herbivore terrestre. 11 était haut sur jambes, les membres postérieurs sensiblement plus longs que les antérieurs; sa longueur totale, estimée d’abord à 20 mètres, fut réduite par M. R. Owen à 9. L’Iguanodon, dédié au savant qui le découvrit le premier, est jusqu’à présent la seule espèce bien connue.
Ainsi, quelques années avaient sufli pour amener en Angleterre la découverte des formes de reptiles les plus gigantesques et les. plus extraordinaires; et, comme nous l’avons fait remarquer pour la faune plus restreinte dans le temps
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du gypse en France, aucune autre découverte aussi remarquable, faite dans la même direction, n’est venue s’ajouter depuis quarante ans à celles que nous venons de rappeler.
Il était aussi réservé à Cuvier, qui visitait, en 1818, les collections d’Oxford, d’y reconnaître, dans deux fragments de mâchoires provenant des calcaires oolithiques de Stoneslield, des restes de mammifères didelphes. C’était la première fois qu’un animal d’un ordre aussi élevé était signalé dans des couches secondaires. Le fait fut confirmé par W. Buckland et d’autres naturalistes, au moyen de nouveaux débris provenant de la même localité, et qui donnèrent lieu à d’assez vives discussions parmi les anatomistes. Ces derniers linirent par y trouver les représentants de deux petits genres : Thylarotherium et Phaxrolotherium.
Quoique les travaux géologiques et paléontologiques que nous venons de rappeler ne soient ni aussi nombreux ni aussi étendus que ceux publiés en Italie, en Suisse et dans les diverses parties de l’Allemagne, duxvi'au xix" siècle, ils sont cependant empreints d’une plus grande précision sous les rapports stratigraphiques, géographiques et de la distribution des fossiles, ce que nous attribuons principalement, comme nous l’avons déjà fait pressentir, aux caractères physiques du sol de l’Angleterre, qui traduisent avec une grande netteté, même pour un observateur superficiel, ses caractères géologiques.
En outre, vers le temps où nous sommes arrivés, une heureuse impulsion, acceptée de tous les géologues du pays, sans protestation, sans discussion et sans lutte, vint accélérer le mouvement du progrès scientifique.
w. Smith. — C'est à William Smith, ingénieur des mines, que cette impulsion est due. U commença ses recherches aux environs de Bath en 1790, dressa, la même année, un tableau des couches du comté, qui fut le point de départ de tout ce qu’il a fait depuis. Entre cette première date et le commencement du siècle, il publia de nombreux documents dans
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divers volumes du Conseil de l'agriculture ; une série de rapports parut en 17 94 , contenant des cartes géologiques du nord du Yorkshire, du Derbyshire, du Nottinghamshire, du Devonshire et du Kent, et, jusqu’en 1813, les cartes de neuf autres comtés furent également publiées. Le texte qui s’v rapporte ne parut, à la vérité, qu’en 1815, mais il est évident que les cartes précédentes établissent, pour leur auteur, un droit de priorité tout aussi incontestable que l’explication qui devait les accompagner. Le mérite de ces travaux fut justement apprécié en France par un savant élève de Wemer, d’Aubuisson de Voisins, dans son Traité de gèognosie (1810) , et nous avons pu dire nous-mème longtemps après :
« Les géologues anglais, appréciant la profondeur et la « justesse des vues de M. W. Smith sur les dépôts secondaires « de leur pays, ont conservé sa classification et sa termino- « logie encore vraie et suffisante, après une épreuve de qua- « ranteans. Ils ont respecté cette terminologie, non pas seule lement parce qu’elle avait été établie par un de leurs com- « patriotes , et sur leur propre sol , mais encore parce qu’elle « était l’expression la plus naturelle des faits; et, comme si la « géologie stratigraphique était destinée à leur devoir plus « qu’à toute autre nation, ce fut aussi vingt-cinq ans plus tard « qu’un digne émule de W. Smith (sir R. I. Murchison) fondait « la classification de tout le terrain de transition, classifica- « tion qui put faire ensuite avec non moins de bonheur le tour « du globe sans avoir été trouvée en défaut *. «
Les couches tertiaires n’ont été 'représentées que d’une manière générale sur les cartes de W. Smith, mais les limites des roches crétacées ont été tracées avec exactitude. A partir de cet horizon jusqu’au nouveau grès rouge, et même jusqu'au calcaire carbonifère, tout le classement lui appartient, ce qui avait été exécuté auparavant étant peu important comme arrangement général. On lui doit la détermination presque
1. D’Arcbiac, Histoire desprogris de la géologie, vol. VI, p. 6, 18ôt>.
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toujours juste des divisions les plus essentielles de la série, et de les avoir caractérisées, suivies et indiquées d’une extrémité de Me à l’autre. Ce qui constitue essentiellement le mérite et l’originalité de ces recherches , c’est la méthode que l’auteur employa, on peut même dire qu’il inventa et appliqua pour fixer de la manière la plus simple, la plus naturelle et la plus pratique à la fois, les limites des divers systèmes de couches et leurs positions relatives. Cette méthode consistait à reconnaître les fossiles qui, par leur constance, caractérisent le mieux chaque couche partout où celle-ci se rencontre et ensuite la différence des espèces fossiles d’une couche à une autre, ou, en d’autres termes, à déterminer les relations qui existent entre l’âge ou la position d’une couche donnée et lés corps organisés quelle renferme.
Ce résultat, on le conçoit, ne pouvait être obtenu qu’après une étude préalable des relations des couches sur un grand nombre de points; car il fallait d’abord prouver physiquement le parallélisme ou la continuité de celles qui contenaient des fossiles semblables, puis la discontinuité ou le non-synchronisme de celles qui en renfermaient de différents. Or, dans le pays que Smith explorait, une même couche ou un môme ensemble de bancs pouvant être suivi sans interruption sur de très-grandes étendues, il était à môme de s’assurer ainsi de l’exactitude du principe de sa méthode.
Leè nombreuses applications qu’il en a faites sont exposées dans son tableau géologique des fossiles d’Angleterre, qui montre l’identité et la continuité des couches dans leur ordre naturel de superposition. Ce tableau, publié en 1815, se trouve en tête de l’ouvrage intitulé : Système slraligraphique des fossiles, composé d'après la collection du British Muséum , accompagné de tables de la distribution géologique des échinodermes. Quatre parties seulement ont été publiées en 1816, d’un autre ouvrage intitulé : Les couches identifiées par leurs fossiles. *
Si nous avons dit que W. Smith avait créé sa méthode,
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c'est dans la conviction que les recherches de l’abbé Giraud- Soulavie lui étaient complètement inconnues, comme elles l'étaient aux compatriotes de ce dernier, puisque Alex. Brongniart, venu trente ans après, n’en parle pas, et semble avoir également ignoré à son tour les résultats obtenus par le célèbre géologue anglais, qui l’avait précédé dans la même voie. La question de priorité, quant au principe et à son application directe, nous parait donc résolue en faveur de l'auteur de l'Histoire naturelle de la France méridionale, à qui, jusqu’à nous, on en avait refusé le mérite.
Auteur* dire». — Pendant que W. Smith jetait une si vive lumière sur la géologie, de certaines parties de son pays, d’autres observateurs s’occupaient aussi de différents terrains sur divers points. Ainsi, J. F. Berger faisait connaître la structure physique du Devonshire et du Cornouailles; Middleton donnait une énumération fort exacte des dépôts tertiaires depuis les plus récents jusqu’à la craie; Webster, une description des couches d’eau douce de l'ile de Wight. Les planches jointes à ce dernier travail en augmentent beaucoup l’intérêt, en ce que jusqu’alors la représentation graphique des dépôts tertiaires avait été fort négligée, et que l’une d’elles montre leur disposition géographique relative dans le nord de la France et en Angleterre. W. Buckland publia un Mémoire particulier sur les plus anciens de ces dépôts, désignés sous le nom de plaslic-clay, et confirma, par l'examen comparatif de quelques parties des Alpes et de la France, la justesse des vues de son compatriote. N. S. Winch a traité du Northumberland et du Durham, H. Gilbv des calcaires magnésiens des environs de Bristol , et Cumberland de divers crinoïdes , des calcaires carbonifères et magnésiens du même pays.
W. Phillips a démontré, mieux qu’on ne l’avait encore fait, la correspondance des couches, des deux côtés du Pas-de- Calais, et les fossiles qu’il avait recueillis, étudiés par Parkinson, ont confirmé les données stratigraphiques. Mais le plus fécond et le plus laborieux des successeurs immédiats de
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Smith est G. Mantell. Le Sussex et les parties voisines du Kent, qui ont été le champ spécial de ses recherches, lui doivent une véritable illustration et d’être devenues des localités types pour la série crétacée et wealdienne. Ses Fossiles des South- Doivns, qui parurent en 1822, furent suivies d'autres publications non moins importantes sur la même région.
w. Buckinnd. — Dans le même temps qu’Alex. Brongniart esquissait heureusement les relations des dépôts tertiaires d’une partie de l’iiurope, un des géologues anglais que nous venons de citer provoquait par des recherches fort étendues survies débris organiques des cavernes, des fentes, des brèches, des graviers et des sables des vallées, l’introduction d’un nouveau terme dans la série des terrains. Il s’occupait des phénomènes géologiques et biologiques qui ont immédiatement précédé l’époque actuelle, et qui caractérisent ce que l’on a appelé depuis l 'époque quaternaire. C’était tout un ordre de faits, négligés ou mal compris jusque-là, dont cette étude marque, dans l’histoire de la science, une phase nouvelle et importante sur laquelle nous devons nous arrêter.
W. Buckland \ après avoir décrit la caverne de Kirkdale, ouverte dans lecoral-rag de la vallée de Pikering (Yorkshire), y signale , enveloppés dans le limon qui en recouvrait le sol, des ossements d'IIyène, de Tigre, d’Ours, de Loup, de Renard, de Belette, d’Éléphant, de Rhinocéros, d’Ilippopotame, de Cheval, de Bœuf, de plusieurs espèces de Daims, de Lièvres, de Lapins, de Rats d’eau, de Souris, d’oiseaux de proie, de passereaux, de palmipèdes, etc. Les ossements d’Hyène, de beaucoup les plus nombreux, avaient appartenu à 200 ou 300 individus de tous les âges. Quatre des genres précédents : l’Éléphant, le Rhinocéros, l’Hippopotame et l’Hyène, dont les restes fossiles ont été signalés aussi dans une grande partie de l’hémisphère boréal, vivent principalement aujourd’hui au sud
I. Reliquat dtluvianw or observations of the ornante remains, etc., in-i". avec 21 planche» de cartes, de vues et de fossiles, 1823. — Transacl. philos..
A.NGLETEH RE.
de l'équateur, et !a seule région 01'1’ils soient tous quatre réunis est le sud de l’Afrique. Ils y vivent et meurent ensemble, comme autrefois dans le nord de l’Angleterre. D’autres grottes ou cavernes du même pays, avec les restes d’animaux quelles renferment, furent également décrites par Ruckland : telles sont celles de Kerby-Moorside, dans le voisinage de la précédente; d'Hutton, dans les Mendip-Hills; d'Oreston, de kent's- Holl, près de Plymouth; de Paviland, près de Swansea, etc. Tous les ossements découverts dans ces diverses localités proviennent des mêmes espèces que ceux des dépôts de sable, de gravier et de cailloux roulés diluviens des plaines et des vallées, non-seulement en Angleterre, mais sous les hautes latitude* de l’hémisphère nord. Le remplissage des fentes et des cavernes et le phénomène qui a occasionné ces diverses accumulations semblent, dit l’auteuB,(p. A3), avoir été les derniers événements qui ont modifié la surface de la terre d’une manière générale, et les changements partiels qui ont eu lieu après, tels que la formation des deltas, des terrasses, des tufs, des graviers des rivières et des torrents, ainsi que les tourbières, montrent qu’ils n’ont commencé à se produire que depuis ce même phénomène. .
Il est probable, ajoute-t-il (p. ââ), que, pendant cette période anté-diluvienne, l’Angleterre était réunie au continent : le canal peu profond qui les sépare aujourd’hui, et une partie considérable de l’emplacement occupé par la mer d’Allemagne, des côtes d’Angleterre à l’embouchure de l'Elbe, peuvent avoir été soumis à une dénudation diluvienne.
C’était la première fois que des vues aussi générales étaient émises sur ce sujet, que se trouvaient réunis et coordonnés les résultats très -différents de phénomènes tous compris entre l’époque tertiaire et l’époque actuelle, et c’est ainsi que le dernier terme de la série géologique, auquel les recherches de nos jours sont venues donner tant d’intérêt, fut exposé, caractérisé et introduit à juste titre dans la science.
Mais Ruckland ne se borna point à l'examen des cavernes
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à ossements et des dépôts diluviens de son pays; il visita celles de l'Allemagne, célèbres par leurs fossiles, et partout constata les mêmes circonstances de gisement et la présence, dans le plus grand nombre des cas, de débris d’animaux semblables «à ceux de l’Angleterre. Partout des dépôts stalagmitiques recouvraient les dépôts ossifères de sable, de limon, de cailloux roulés ou non , et la même concordance entre les espèces des cavernes et celles des dépôts de transport des vallées lui fit généraliser avec encore plus de raison le phénomène dont il semble, dit-il, impossible de se rendre compte autrement que par le passage d’un déluge aHectant partout simultanément, et à une époque peu ancienne, la surface entière de notre planète.
Une autre conséquence importante de ces faits (p. 162), c’est que la mer actuelle n’a point changé de place; de grandes portions de l’hémisphère nord étaient alors, comme de nos jours, au-dessus des eaux ; ces surfaces où se trouvent les fentes et les cavernes étaient émergées lorsque les grands mammifères terrestres habitaient le pays, ou les remplissaient de leurs débris et de ceux de leur proie, immédiatement avant l’inondation par laquelle beaucoup d’entre eux y furent entraînés; d’où il suit que partout où ces cavités se rencontrent, c’est-à-dire dans la plus grande partie de l’Furope et sur les points des autres continents où de semblables accumulations d’ossements pourraient être découvertes dans des circonstances semblables, il n’y a pas lieu de supposer un changement de la surface du sol, tantôt couverte par l’eau et tantôt émergée, comme beaucoup d’auteurs l’avaient admis.
La formation des vallées paj des dénudations et des ravinements, étudiée en Angleterre par Calcott, John et. autres, en France par Bufl'on, puis les blocs erratiques des Alpes et du Jura, les dépôts de gravier, de sable et de blocs de l’Amérique du Nord , les terrasses qui bordent les grands lacs, les alluvions aurifères, platinifères, stannifères et diamantifères
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des diverses contrées seraient encore des phénomènes de la même période. Ainsi, dans cette dispersion des blocs de granité et de dépôts de graviers du nord de l’Amérique, décrite par Bigsbv, nous avons, dit Buckland (p. 218), la preuve d'une débâcle par les eaux diluviennes dans l’hémisphère occidental, analogue à ce que nous avons vu en Europe, et la présence des os d'Eléphants et des autres animaux communs aux graviers des deux continents montre que l’époque de lëur dépôt a été la même dans l’un et dans l’autre.
Greenough, dans son Examendes premiers principes de lu gtologie, arrivait à une conclusion semblable sur l'unité des phénomènes prouvés partout par la ressemblance des efl'ets. C’était donc encore ici l’application à des dépôts comparativement récents des principes déjà appliqués aux couches tertiaires et secondaires, mais qui ne devaient l’être que plus tard à celles du terrain de transition.
Enlin il nous reste à signaler deux publications d'un grand intérêt au point de vue où nous nous plaçons, parce qu’elles résument chacune, sous la forme qui leur est propre, l’état de la connaissance du sol en Angleterre au moment môme où se termine notre revue historique.
Greenough. — L'une est la carte géologique de ce pays, dressée par Greenough, en 1819, presqu’à la môme échelle que celle de Smith. Rien d’aussi complet en ce genre n'avait encore paru en Europe, et l'on ne peut que s’étonner de la rapidité des perfectionnements réalisés en si peu d’armées. In coup d’œil jeté sur cette carte suffit pour donner la mesure non-seulement de l’avancement de la science dans cette portion des îles Britanniques, mais.encore de la distance où elle laissait derrière elle les résultats obtenus partout ailleurs sur le continent.
w.-D. Conyheare et w. Phiiiip». — L’autre publication, à laquelle nous venons de faire allusion, est celle où W.-D. Conybeareet W. Phillips exposent, avec une admirable clarté, toute la théorie des terrains [secondaire et tertiaire de la
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Grande-Bretagne. Ils y proclament hautement le principe de la distribution des espèces fossiles en rapport avec l’àge des couches et le développent d’une manière plus complète qu’on ne l’avait encore fait. Dans ce livre, qui restera comme un modèle de sagacité et de la géologie comprise dans son véritable sens, les auteurs, jetant un coup d’œil rapide sur les terrains de l’Angleterre, depuis les plus anciens jusqu’aux plus récents, e.squissent à grands traits et avec précision leurs caractères les plus généraux, et nous reproduirons le passage suivant qui pourra servir de terme de comparaison avec ce que nous avons déjà vu dans d'autres pays.
A la base de toute la série se montrent les roches primitives dépourvues de restes organiques et auxquelles succèdent celles de transition renfermant un petit nombre de polypiers, de crinoïdes et de mollusques différents de tous ceux qui vivent actuellement. Les fossiles du calcaire carbo- .n if ire qui vient ensuite sont presque les mêmes que les précédents, mais plus abondants. Les dépôts houillcrs, qui reposent à leur tour sur le calcaire, offrent à peine quelques traces de coquilles, tandis que les restes de végétaux terrestres y sont très -répandus; ce sont des fougères, des roseaux, des joncs d'espèces inconnues et des troncs de grands arbres étrangers à la nature actuelle. Le calcaire magnésien qui les surmonte offre encore une faune marine, tandis que la période du nouveau grès rouge semble avoir été presque complètement dépourvue d’êtres organisés, comme si la nature eût voulu se préparer pour un nouvel ordre de choses.
Celui-ci commence avec le lias, continue par les roches oulithiques, les argiles et les sables verts ferrugineux pour se terminer à la craie. Toutes ces couches renferment des polypiers, des crinoïdes, des échinides „ des coquilles, des crustacés, des poissons et des quadrupèdes ovipares, dont les familles diffèrent souvent de celles qui avaient eu des représentants pendant les époques de transition et carbonifère, et
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dont les espèces diffèrent également d’un système de couches à un autre.
Jusqu'alors les fossiles étaient généralement à l’état de pétrification (d’empreinte, de moule, de contre-empreinte, de calcaire apathique ou silicifié); mais, au-dessus de la craie, le test des coquilles est plus souvent conservé et ne diffère de celui des vivantes que par sa fragilité ou l'absence de coloration. Des couches remplies de coquilles d’eau douce alternent avec celles à coquilles marines, comme si elles avaient été déposées successivement dans les eaux douces et les eaux salées. Dans les plus élevées de cette nouvelle série, les coquilles du crag montrent une grande analogie avec celles qui vivent actuellement sur les côtes d’Angleterre; et enfin, au-dessus de tous ces strates, s’étendent indistinctement des accumulations de sable et de gravier, semblables aux produits d’un déluge, contenant de nombreux débris de grands mammifères terrestres, dont plusieurs appartiennent à des espèces qui n’existent plus, associées avec d’autres étrangères aux climats où on les trouve actuellement et avec quelques-unes qui habitent encore sur les lieux mêmes.
L’esquisse d’une carte géologique d'Angleterre, et surtout les coupes stratigraphiques générales, jointes aux descriptions *4. fort concises^! u texte de l’ouvrage de (ionybeare et Phillips, \ témoignent également d’une profonde intelligence dans la Çpianière de comprendre et d'expliquer les relations des divers ‘systèmes de couches.
/ Société géologique de Londre». — AÎOUS ne devons pas non
plus omettre de mentionner une des causes essentielles qui ont contribué au développement et à la bonne direction des recherches en Angleterre. La Société géologique de t onde s / ■ fondée en 1807, marchant sur les traces de sa sœur aînée, la , Société royale, s’est toujours maintenue depuis à la hauteur de la mission qu’elle s’était donnée. Plie a offert l'exemple d’une institution indépendante de toute administration, servant en quelque sorte d’école permanente aux uns. et ayant
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des encouragements constants pour favoriser les publications des autres. Les mémoires qui composent les 5 volumes in-4" de la première série de ses Transactions, imprimée de 1811 à 1821, montrent aussi toutes les qualités d’exécution que nous avons souvent regretté de ne pouvoir signaler dans les travaux des géologues du continent : savoir, la multiplicité des cartes coloriées, des coupes ou profils tracés avec soin et dans des proportions relatives se rapprochant de la nature, des vups ou paysages qui contribuent à faire saisir les caractères physiques et l’aspect du pays, enfin tous les détails qui prouvent comment, dès l’origine, cette Société avait compris son rôle, et comment ensuite elle l’a rempli pendant plus d’un demisiècle au plus grand avantage de tous.
g a. ECO ss B.
Exposition. — L’histoire de la géologie en Écosse offre un contraste frappant avec ce que nous venons de voir en Angleterre. On ne concevrait pas cette singularité entre deux peuples qui parlent la même langue, sont depuis longtemps réunis sous le même sceptre, et ne sont séparés que par une petite chaîne de montagnes, si, à l'antipathie que f Écosse a 0 pu conserver contre sa puissante voisine, ne se joignaient des différences profondes dans les caractères géologiques dominants des deux pays. C'est bien ici que l’on reconnaît l’influence immédiate de la nature sur la direction de la science; l’exemple est aussi manifeste qu’en Saxe et dans la région du Harz.
L’Écosse, pays essentiellement montagneux, formé de roches anciennes pénétrées çà et là de roches cristallines, dont les côtes sont partout profondément découpées, bordées d’une ou plusieurs chaînes d'iles, disposées en guirlandes élégantes et variées, où les phénomènes ignés ont associé partout
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leurs produits aux roches schisteuses cristallines, argileuses, arénacées ou calcaires, l’Ecosse, disons-nous, présente sous son ciel brumeux , à l’oeil du géologue comme à celui du simple voyageur, les aspects à la fois les plus sévères, les plus pittoresques et les plus variés. Ces diverses circonstances suffisaient, on le conçoit, pour imprimer aux études des naturalistes du pays un caractère propre; mais si maintenant à ces particularités de nationalité, de situation géographique , de climat, de composition et de relief du sol , on ajoute ce double fait, que les principes de Werner y avaient des partisans tellement influents et dévoués, qu’une Société scientifique fut fondée sous le patronage même du professeur de Freyberg, tandis que ce fut précisément en face de cette école que prit naissance et se développa la théorie de Hutton, qui lui était directement opposée, on comprendra que la ville d’Edimbourg, dont la Société royale fut créée en 1763, réunissait dans ses murs les éléments de discussion scientifique les plus propres à piquer la curiosité. En effet, l’histoire de la géologie, vers la fin du siècle dernier et dans les vingt premières années de celui-ci, y présente un tableau que nous chercherions vainement ailleurs. Pour éviter toute confusion et pour en faire mieux saisir au lecteur les diverses parties et les différents aspects, nous traiterons successivement : 1° des théories géologiques ; 2“ de la géologie descriptive •, 3° de la description des divers groupes d’iles qui entourent l’Ecosse à l’ouest et au nord.
Théorie! géologique!. - J. Hutton. C’est Surtout UUX obser-
vations et aux idées théoriques de Ilutton, puis aux recherches expérimentales de sir J. Hall que l’école écossaise doit son originalité et son plus grand éclat.
J. Hutton, né à Edimbourg le 3 juin 1726 et mort le 26 mars 1797, chimiste et observateur exact, publia en 1777 son premier mémoire géologique sur la nature, la qualité et la distinction de la houille et du culm. Divers voyages exécutés sur le continent et dans les îles Britanniques, mais
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surtout une étude particulière de son pays natal, l’avaient préparé à la conception d’une théorie qu’il exposa devant la Société royale d'Edimbourg au printemps de 1785, sous le titre de Théorie de la terre ou recherches des lois observables dans la composition , la dissolution et la re formation des roches sur le globe *.
L’auteur ne remonte pas à l'origine des choses et se borne à étudier les changements que les corps ont éprouvés depuis l’établissement de l’ordre actuel, en tant que les preuves de ces changements peuvent être encore observées.
Le premier fait général qui semble l'avoir frappé, c'est que la plus grande partie des corps qui composent la croûte extérieure du globe montrent que celle-ci est formée de matériaux, de minéraux ou de corps organisés provenant d’une époque antérieure. Les dépouilles ou les ruines d’un ancien monde sont partout visibles et reconnaissables dans le monde actuel, et, quoiqu’on ne les retrouve pas dans chaque fragment de roche, elles sont si généralement répandues qu’elles ne permettent pas de douter que les couches qui constituent nos continents ne soient toutes formées aux dépens de couches plus anciennes.
Les roches actuelles, à l’exception de .celles qui ne sont pas stratifiées, ayant toutes existé sous forme de matériaux meubles, rassemblés au fond de la mer, doivent avoir été consolidées et changées en pierres par l'effet d’une cause trèspuissante et très-générale. Cette cause, c’est la chaleur souterraine, et Hutton répond aux objections que l’on pourrait lui faire à cet égard, en introduisant un principe nouveau la pression exercée par le poids de la masse de l’Océan, qui doit avoir existé sur les points où les substances minérales ont été consolidées. La chaleur, quoique intense, ne pouvait volatiliser une partie de ces substances qu’à la surface et sous la faible pression de l’atmosphère. La même pression, en for-
1. Transact. of the roy. soc. of Edinburgh , vol. I, p. 200, 1 788.
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çant ces substances à rester unies, put occasionner la fusion de quelques corps qui, dans les feux que nous produisons, seraient seulement calcinés.
Le troisième fait général sur lequel cette théorie est fondée est que les roches stratifiées, au lieu d’étre horizontales ou presque horizontales, comme elles le furent sans aucun doute à l’origine, offrent aujourd’hui tous les degrés d’inclinaison possible et même sont verticales; en outre elles étaient autrefois au fond de la mer et sont actuellement élevées de plusieurs milliers de mètres au-dessus de sa surface. De ces circonstances, comme des brisures, des inflexions, des plissements des couches, on doit conclure qu’elles ont été soulevées par quelque force faisant expansion au-dessous d’elles. Cette force, qui a brisé le lit de l’Océan et soulevé, à 4800 mètres au-dessus de sa surface, les roches de son fond, dépasse tout ce que nous connaissons, mais semble se rapprocher plutôt de la cause des volcans et des tremblements de terre que de toute autre dont on voit les effets aujourd’hui. Ainsi, dans cette théorie, les dérangements des couches sont attribués à la chaleur agissant avec une grande force d’expansion et élevant les roches qu’elle avait d’abord consolidées.
D'autres preuves de dérangements fréquents survenus dans les roches sont les fentes remplies par des substances étrangères, les veines métallifères, les porphyres, les trapps, les granités en filons qui tous sont des matières plus ou moins cristallines et dépourvues de restes organiques. Les veines et les filons, généralement plus récents que les couches qu'ils traversent, ont aussi apporté avec eux les témoins des actions violentes qui ont accompagné leur arrivée et des désordres occasionnés dans les roches encaissantes. Suivant Hutton, les matériaux de tous les filons ont été fondus par la chaleur souterraine, puis injectés dans les fentes des roches dérangées de leur position première, conclusion qu’il applique nécessairement à toutes les masses de tràpp, de porphyre, de gra-
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ni te, intercalées dans les strates ou élevées en pyramides. Ainsi, dans cette fusion et cette injection des roches non stratifiées, on a la troisième et dernière grande opération attribuée à la chaleur interne agissant sur les substances minérales.
Arrivé à ce point de son système, Ilutton considère les' changements que ces mêmes substances éprouvent au dehors. Toutes, sans exception, se détruisent, depuis les bords de la mer jusqu’au sommet des montagnes; depuis les argiles les plus tendres jusqu’aux quartzites les plus durs, toutes les roches sont sujettes à voir leurs parties se désagréger, et les corps ainsi ramenés à leurs éléments chimiques ou physiques sont entraînés par les eaux au fond des mers.
En comparant la première et la dernière de ces propositions, on voit que ce sont seulement deux degrés de la même série de phénomènes, que les substances qui composent la partie extérieure de l’écorce terrestre sont alternativement décomposées, désagrégées et reformées. De tels changements peuvent avoir été souvent répétés et il n’y a aucun débris, manquant actuellement parmi les minéraux ou les parties des roches, qui ne nous porte en pensée jusqu’aux continents futurs dont ceux de nos jours ne sont que les intermédiaires.
Nous voyons alors une succession de grands changements naturels dans les conditions de la surface de la terre, succession dont nous ne découvrons ni le commencement ni la fin, et qui s'accorde parfaitement avec tout le reste de l’économie de la nature. En effet, dans la série des animaux et des végétaux qui ont habité et couvert le globe, nous n’apercevons non plus ni commencement ni fin, et les mouvements planétaires, où l’astronome a porté notre pensée si loin dans l'avenir comme dans le passé du monde, ne nous montrent pas davantage le commencement ni la fin de l’état actuel des choses.
On ne peut pas supposer que les marques de ces époques subsistent; l’auteur de l’univers ne lui a pas donné de lois qui, comme celles des nations, portent toujours en elles le germe
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de leur propre destruction. 11 n’a imprimé à ses œuvres aucun des caractères de l’enfance, aucun des signes de la vieillesse, aucun symptôme auquel nous puissions reconnaître leur durée passée ni leur durée à venir. De même qu’il a, sans aucun doute, donné un commencement au système actuel, de même il peut en placer la fin à quelque moment déterminé des temps, ipais nous pouvons être assurés que ce grand événement ne sera point occasionné par les lois qui régissent le monde sous nos yeux et qu’il' n’est indiqué par rien qui soit accessible à nos investigations.
Poursuivant ses vues théoriques sur l’action de la chaleur, Hutton appelle simple la fluidité des substances qui ne résulte pas de leur combinaison avec un dissolvant; d’où il suit qu’aucun corps de cette dernière nature n’a pu tenir en dissolution toutes les substances minérales, ni même toutes celles qui se trouvent souvent réunies dans un seul échantillon, et que, dans les corps composés de fragments d’autres corps, la consolidation a été si complète qu’elle n’a laissé aucune place à un dissolvant. Par conséquent la cause de la fluidité des roches ou des substances minérales, qui les a disposées ensuite à se consolider, doit avoir été telle qu elle ait agi sur toutes, qu’elle n’ait occupé aucune place dans leur intérieur et cependant qu’elle ait pu les pénétrer, quelles que soient leur dureté et leur compacité; or la chaleur est la seule cause qui réunisse ces propriétés; c’est la seule par conséquent qui, sans contradiction manifeste, puisse avoir produit la fluidité et la consolidation des roches.
La découverte si importante de Black, communiquée à la Société philosophique d’Edimbourg au mois de juin 1755, savoir, que la chaux résultait du dégagement de l’acide carbonique, venait appuyer l’hypothèse de Hutton, car les calcaires soumis à une haute pression conservaient leur composition malgré l’élévation de la température, et la persistance de celle des couches calcaires dans la nature se trouvait expliquée.
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Ces idées eurent d’abord très-peu de retentissement , et plusieurs années s’écoulèrent avant qu’on s’en occupât, soit pour les approuver, soit pour les combattre. Elles étaient en ellet présentées trop brièvement, n’étaient pas appuyées sur un assez grand nombre de faits eu égard au vaste champ qu’elles embrassaient, et elles étaient en outre opposées aux opinions reçues. Ajoutons que, dans ce travail, la description des phénomènes géologiques suppose chez le lecteur trop de connaissance de la chose décrite, et que le raisonnement y est quelquefois embarrassé par les soins même que prend l’auteur pour le rendre plus logique. Les faits sont présentés sans aucune préparation, sans transition des uns aux autres, sans aucun arrangement qui les fasse valoir, défauts qui, dans les écrits de Hutton, produisent une obscurité singulière, dit Playfair, pour ceux qui étaient habitués à l’entendre s’exprimer dans la conversation avec beaucoup de force, de clarté et de précision*.
Malgré l’opinion «le l'auteur sur la lluidité des roches ignées, ce ne fut en réalité qu’après ses observations dans le (îlen-Tilt, en Perthshire, et dans le Glen-Alloway, qu’il se prononça sur l’introduction, àl’état de lluidité ignée, du granité dans les schistes qu’il a soulevés, brisés, dont il a enveloppé complètement des fragments, et au milieu desquels il a poussé de petites veines pénétrant entre les couches schisteuses*. La colline d’Arthur-Seat, près d’ Edimbourg, lui avait fourni des exemples d’une autre nature".
Ses disciples reçurent le nom de vulcanistcs ou plutonisles, par opposition à ceux de Werner appelés neptunisles • et, parmi les plus distingués, nous signalerons Playfair, qui a
1. Une seconde édition de la Théorie de la Terre a été publiée par Hutton en 1795. File renferme des preuves et des raisonnements plus détaillés et beaucoup d’applicatious du principe à Implication des faits. Ces deux volumes ne complétaient pas cependant l’ouvrage ; un troisième est resté manuscrit.
2. Transact. roy. soc. of Edinbnrqh, vol. III, p. 77-80, 1794.