Ibid., vol. H
donné en 1802 une Explication de la théorie de son maître, travail remarquable à beaucoup d’égards, et sur lequel nous nous arrêterons un instant.
Après avoir cité les coquilles fossiles trouvées en place dans la roche par I). llloa, près de la mine de mercure de Guanca-Velica, au Pérou, a 2222 toises d’ altitude, Playfair se demande si ce changement de niveau relatif de la terre et de l'eau doit être attribué à l'abaissement de la mer, ou bien à l’élévation des strates eux-mêmes, et il se prononce pour cette dernière supposition. Les raisons qu’il en donne sont des plus plausibles, et il cite à l’appui le passage de de Saussure relatif aux poudingues de Valorsine ( anlt , p. 49). Puis il ajoute: « bien de mieux fonde que ce raisonnement, et, « si son ingénieux auteur l’avait poursuivi plus systématique- « ment, il l’aurait conduit à une théorie des montagnes très- « peu différente de celle que nous cherchons maintenant à « expliquer. » Car s’il est prouvé que quelques lits, aujourd’hui verticaux, ont été formés horizontalement, il n’y a pas de raison pour ne pas adopter la môme conclusion pour tous.
Quant au résumé le plus simple et le plus explicite des idées de lfutton, son élève s’exprime ainsi : « llutton, dit-il, « attribue aux phénomènes de géologie un ordre semblable à « celui qui existe dans les opérations de la nature qui nous « sont les plus familières; il produit les mers et les conti- « nents, non par accident, mais par l’action de causes régu- « liôres et uniformes. Il fait servir la destruction d’une partie <i au rétablissement d’une autre, et il donne de la stabiütétau n tout, non en perpétuant les individus, mais en les reprodui- « sant par succession. » C'est en effet la manière la plus large, la plus simple et la plus conforme aux faits généraux connus alors, et que les découvertes ultérieures sont venues justifier.
L'incandescence de l’intérieur du globe et son refroidissement graduel, quoique excessivement lent aujourd’hui, donnant lieu, par l’expansion des gaz et des matières fluides, au
ÉCOSSE
déplacement, au soulèvement et à l'inclinaison des roches stratifiées, complètent un système parfaitement ordonné dans ses diverses parties, parce que les éléments et les forces qui agissent fonctionnent dans leurs attributions spéciales, suivant leurs véritables propriétés, simultanément, dans les limites de leur pouvoir. Ce système est donc préférable à celui de Wemer en ce qu’il est moins exclusif, fait la part plus juste entre les divers agents qui concourent au résultat commun, et doit être, par conséquent, plus près de la vérité.
Jame» Hait. — Sir James Ilall', dont les expériences de physique, appliquées à la géologie, sont restées fondamentales dans la science, reconnut aussi que la pénétration du granité en nombreux filons dans les schistes prouvait qu’il devait s’ètre trouvé à l’état liquide, et que cette circonstance, comme toutes celles analogues qu’il avait observées en Italie pour d’autres roches, venait confirmer la théorie de Ilutton. Aussi ajoute-t-il qu’il y a à peine en physique une vérité établie sur des bases plus solides, et que la publication de la Théorie de lu Terre doit marquer une époque très-importante dans l’histoire de cette branche de la philosophie naturelle. 11 avait remarqué fort bien d’ailleurs que, dans les granités, les cristaux de feldspath, malgré leur plus grande fusibilité, étaient enveloppés souvent dans le quartz amorphe.
A l’hypothèse que les granités, les porphyres et les basaltes avaient dû couler dans un état de fusion parfaite, pour occuper les positions qu’on leur voit aujourd’hui, on avait opposé que tontes les matières fondues artificiellement dans les expériences donnent, en se refroidissant, un verre ou une substance à cassure essentiellement vitreuse, et non une cassure grenue avec des cristaux plus ou moins bien formés. Aussi Hutton avait-il invoqué l’effet de la pression des masses supérieures pour expliquer ces derniers caractères; mais sir J. Hall fit à ce sujet un très- grand