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I. GÉOLOGIE DES GRECS AVANT ALEXANDRE

Les philosophes grecs expliquaient les phénomènes volcaniques par l'hypothèse des feux souterrains. Eschyle, dans une de ses tragédies, leur attribuait la séparation de la Sicile de la Calabre, et l'indare, dans la première épiménice de ses PylhiaqueSy les relations intérieures de l’Etna et du Vésuve. La cause des volcans se trouve exprimée dans le Périplilégéton de Platon, et Empédocle, dans ce qui nous reste de son poëme sur la Nature , admet l’existence de torrents de lave à l’intérieur de la terre. Les pythagoriciens les plus instruits assignaient au feu central une' action géogénique ; ils le plaçaient à l’intérieur du globe, comme le créateur de la vie et de toutes choses, et comme une source de chaleur éternelle qui compensait le refroidissement général de la masse.

Tous les sectateurs de Pythagore ne s’accordaient point, à la vérité, relativement au feu central; mais ceux dont l’opinion était la plus plausible attribuaient les éruptions volcaniques, peut-être aussi les sources thermales, les tremblements de terre, à une masse ignée située au centre de la terre, et, comme celle-ci était également supposée placée au centre de l’univers, ce dernier, en même temps que l’enveloppe terrestre, décrivait son mouvement diurne autour de la

1. Pout les prouves et l'indication des sources et documents bibliographiques relatifs aux auteurs grecs et latins, nous renverrons le lecteur & ce que nous avons dit dans le premier volume de Y Introduction à Y étude de la paléontohxjie stratigraphique (p. 6*19), ot surtout au Supplément inséré ü la fin du tome II de cet ouvrage. Supplément dont nous sommes redevable aux savantes études de M. J. Schwarcz, membre de l’Académie royale do Pestb.

partie centrale incandescente. On sait d’ailleurs qu’Hicétas et Héradide admettaient la rotation de la terre.

Empédocle, Leucippe et Démocrite n'ont pu attribuer la conflagration générale de l’univers (Èx-pjptouiç, erpyrosis) qu'à des feux souterrains. Néanmoins, au point de vue géogénique, l’hypothèse du feu central était peu répandue en Grèce à l’époque dont nous parlons; seulement, les populations voisines des volcans cherchaient, on le conçoit, dans l’existence d’un feu intérieur, l’explication du phénomène dont ils étaient témoins.

La mythologie apportait aussi son tribut de renseignements, et les Grecs adoptèrent une idée que l’on trouve dans . Homère et chez quelques naturalistes, tels qu’Anaxagore et Démocrite, celle de la présence de l’eau dans des cavités intérieures, supposition toute gratuite que nous verrons se perpétuer jusque dans les temps modernes.

Les phénomènes dus aux causes actuelles étaient étudiés dans l’antiquité grecque avec une attention toute particulière. Homère aurait connu le mode de formation du sol de la basse Egypte et l'aurait exprimé dans le vers 358 de Y Odyssée; Hésiode mentionne la réunion au continent de l’île d'Artémia, l’une des Échinades, par les dépôts du fleuve Achéloüs; l’in— dare a rappelé la sortie des eaux de l’île de Rhodes, et Ion de Chio l’ancienne jonction de l’Eubée à la Béotie. Ce que nous trouvons dans les paragraphes v à xv du II' livre d’Hérodote prouve avec quelle sagacité et quel esprit d’observation le père de l'histoire jugeait les caractères physiques de la vallée du Nil et des chaînes de collines qui la bordent. Il regardait aussi la Thessalie comme ayant été recouverte par la mer.

Le mythe d’Alcméon, rapporté par Thucydide, n’est qu’une allégorie de ces dépôts d’alluvions modernes qu'ont observés les pythagoriciens, et dont nous verrons Ovide citer plus tard des exemples en reproduisant leurs doctrines dans le XV' livre des Métamorphoses. Cet autre mythe de l’Atlantis prouve aussi que Platon, ou celui à qui il l’avait emprunté, avait

GÉOLOGIE DES GIIEGS.

remarqué les zones de dépôts apportés par le courant du détroit de Gadès et constatés plus tard par Straton de Lampsaque.

Dans le dernier chapitre du premier livre de sa Météorologie, Aristote suppose que ce ne sont pas toujours les mêmes parties de la terre qui restent émergées et immergées, mais qu'elles.sont tantôt au-dessus, tantôt au-dessous du niveau de la mer, et que ces changements se produisent suivant un certain ordre périodique, comparable aux mouvements de la vie chez les animaux et les végétaux. Comme ceux-ci, l’intérieur de la terre aurait sa jeunesse et. sa vieillesse; mais notre existence est trop courte pour que nous puissions apercevoir ces changements. Des nations entières disparaissent sans pouvoir conserver ni transmettre le souvenir de ce qui a eu lieu. Ces changements auraient ainsi leur cycle périodique, dont les hivers étaient caractérisés par l’abondance des pluies occasionnant un déluge comme celui de Deucalion aux environs de Dodone, et les étés par une extrême sécheresse. Partout le philosophe de Stagyre voit l’influence prépondérante des causes actuelles, dont plusieurs géologues de nos jours se sont faits de nouveau les défenseurs. Il semble aussi que pour lui la vie organique n'ait jamais éprouvé ni extinction dans ses principaux types, ni vu naître d’autres types complètement nouveaux, et il nie le dessèchement final des mers soutenu par Démocrite.

Parmi les philosophes naturalistes antérieurs à l’époque d’Alexandre, ceux qui ont connu des fossiles, tels que Xénophon, Empédocle, Parménide, se sont montrés partisans des causes anormales ou des grandes catastrophes, tandis qu’Anaxagore, précurseur des idées de nos jours, soutint la continuité des faits sans interruptions temporaires ou périodiques. Il serait difficile de dire cependant, d’après les fragments qui nous sont parvenus, si ceux qui professaient l’apocatastasie, fondaient cette croyance de la destruction périodique du monde sur la considération des fossiles ou bien sur des changements ana-

logues à ceux que nous voyons répétés pendant un Japs de temps très-long. Thaïes , Anaximène, Diogène l'Apolloniate, Pythagore, Héraclite, l’auteurdu poème sacré d'Orphée, Zénon, Platon et plusieurs autres, c’est-à-dire la majorité des philosophes, partageaient ces vues de destructions périodiques.

A l’exemple de Linus et d* Héraclite, qui admettaient une période cosmique de 10800 ans, plusieurs poètes s'occupèrent de ce sujet. Celle d’Orphée, entre autres, était de 120000 ans. Le Timic , de Platon, reproduit les dogmes pythagoriciens, en parlant des erpyrosit ou conflagrations, et des cataclysmes ou inondations, mais sans mentionner les fossiles, comme l’avaient fait Xénophon, Anaximandre et Empédocle. Suivant Plutarque, ce dernier aurait avancé que les pierres désignées actuellement sous le nom de roches cristallines avaient été élevées et soutenues par le feu de l’intérieur île la terre; et, d’un autre côté, il semble bien prouvé que les Grecs connaissaient la nature et l’origine des roches sédimentaires avec des restes de corps organisés.

Toute l’antiquité a connu l’apophthegme de Xénophon qui repousse l’idée de diversité et de pluralité des mondes, mais qui, au rapport d'Origène, admettait une alternance continuelle de phénomènes entre la terre et la mer. L’eau devait un- jour dissoudre la terre entière, comme cela avait eu lieu et était prouvé par la présence des coquilles à la surface des continents et même dans les montagnes. Dans les carrières de Syracuse, il indique des restes de poissons et de phoques, dans les rochers de l’ile de Paras, des feuilles de laurier, et. dans l'île de Malte, des formes de toutes sortes de produits marins. Chaque fois que la mer a ainsi recouvert les continents, les hommes ont péri, et ensuite recommence une nouvelle création, un nouvel ordre de choses, changements qui se reproduisent dans toutes les périodes cosmiques.

Xanthus ayant observé dans l’Arménie, la Phrygie et la Lydie, des pierres remplies de coquilles et des traces de poissons, en concluait que toutes ces contrées avaient été

recouvertes |>ar la mer. Hérodote avait aussi mentionné les coquilles pétrifiées des collines de l’Egypte, et particulièrement celles des environs de Memphis, mais sans faire aucune réflexion sur cette circonstance, qui confirmait seulement l’opinion des prêtres, que la mer avait autrefois occupé tout le pays. Eudoxe parle des poissons fossiles de la Paphlagonie, des environs du lac d’Ascanie, qu' Aristote rapportait à des espèces vivant dans les profondeurs de la terre, où elles se pétrifient. Cette fréquence des poissons fossiles, cités dans l’Asie Mineure, où l’on n’en a point retrouvé de nos jours, doit faire penser qu’on prenait alors pour tels, comme dans beaucoup d’autres pays, îles traces d’animaux marins, qui n’appartiennent point à cette classe, et qui n’étaient probablement que des mollusques.

Suivant Anaximandre de Milet, les premiers animaux se sont développés dans l’eau; ils étaient recouverts d’enveloppes épineuses, dont ils se sont dépouillés pour vivre sur la terre. Au dire de Plutarque, le même philosophe attribuait aux poissons l’origine des premiers hommes. Anaximandre aurait doue été le véritable précurseur de de Maillet, de Lamarck et des zoologistes de nos jours qui marchent sur leurs traces.

Quant aux idées théoriques relatives au développement des êtres organisés, on en trouve dans les fragments des poèmes didactiques d'Empédocle sur In Nature et dans les commentaires des lexicographes, des phlyacographes et des scholiastes des temps moins anciens. On y voit les animaux passant par diverses phases, se modifiant ou plutôt se complétant, car le philosophe d'Agrigente croyait qu’il n’y avait eu au commencement des choses que des membres séparés les uns des autres ou créés isolément, des têtes, des bras, des jambes, des pieds, des mains, etc. Il y aurait en ainsi trois ou quatre périodes de développement, pendant lesquelles ces êtres, quoique incomplets ou monstrueux, offrant des bœufs à tête humaine, des hommes à tête de bœuf, des

géologie des ghkcs.

animaux à deux tètes, d’autres à deux poitrines, etc., n’en ■in raient pas moins été doués d’une vie propre. Cette idée bizarre peut avoir été suggérée par la découverte d’ossements fossiles, disséminés dans les couches de la terre. Les plantes, suivant Empédocle, auraient aussi été créées avant les animaux, de sorte que, malgré l’absence de détails précis, malgré l’étrangeté de certaines croyances, on peut apercevoir l'idée du développement successif des êtres se faisant jour au milieu des ténèbres, par suite de l’observation de quelques faits géologiques.

Anaximandre s’était rattaché à cette idée, comme Démocrite et Archéiaiis, et pour tous, Platon et Aristote compris, l’homme était le dernier être créé; son apparition, dans le système des philosophes naturalistes, complétait l'œuvre de la création, ce qui n’empêchait pas sa dégénérescence par la suite des temps.

g ï. GÉOLOGIE DES GRECS PENDANT ET APRÈS l’ÉPODUE D'ALEXANDRE.

Ce sont surtout les phénomènes dus aux causes actuelles qui ont été observés dans ces deux périodes de l’antiquité grecque, tels que la formation des deltas, les alluvions des lleuves, etc. Beaucoup d'écrivains se sont occupés de ces questions géologiques les plus simples, mais indispensables à connaître. Parmi eux, Strabon occupe le premier rang, et le tu' chapitre du 1er livre de sa Géographie est un véritable traité systématique des changements survenus à la surface de la terre. Il y examine les ouvrages publiés avant lui silice sujet par Démétrius Collatinus, Démétrius de Scepsis, Callimaque, etc. 11 rapporte l’opinion de Xanthus, dont nous avons déjà parlé, les hypothèses d’Ératosthène, d’Ilipparque, de Posidonius et de Straton de Lampsaque.

OKOLOlilK DF.S CIIECS.

Ce dernier supposait que la Méditerranée et le Pont- Euxin étaient b l’origine sans communication, l’une avec l’Atlantique, l’autre avec la Propontide. Les sédiments apportés dans ces bassins par les fleuves déterminèrent le relèvement de leur fond, les changements de niveau observés sur leurs bords, et par suite occasionnèrent la rupture des isthmes de Gadès et de Byzance.

Strabon admet bien les changements survenus dans la disposition relative des terres et des eaux, mais il rejette l’explication de son prédécesseur. 11 avait remarqué que les sédiments des rivières, au lieu de s'étendre sur tout le fond des mers, de manière à en relever le niveau, së déposent au contraire dans le voisinage de leur embouchure, et contribuent peu à peu à augmenter la surface des continents par la formation des deltas. Les motifs sur lesquels s’appuie le géographe d’Amasia sont judicieux et instructifs. C’est au mouvement propre de la mer, qui contribuait à sa purification, et que les anciens appelaient la respiration de la mer, que Strabon attribue la cause de l’ impossibilité pour les sédiments de tomber et de s'étendre sur son fond, à une certaine distance des côtes; et, à cette occasion, il développe sa théorie des soulèvements.

L’auteur, qui était rnlraniste, comme ou dirait aujourd’hui, suppose que le fond des mers éprouve de temps en temps des soulèvements et des abaissements, non par suite des sédiments qu’apportent les fleuves, mais par l’action des forces ignées qui existent au-dessous des mers. La Sicile n’a point été séparée de Regium par un tremblement de terre, mais elle a été élevée au-dessus des eaux par l’influence des feux souterrains.

Strabon mentionne aussi le soulèvement volcanique des lies de Prochyta (Procida), de Pythecoussa; (Pythécuse), de Capreæ (Caprée), de Leucosia, des Sirènes, des bnotrides, de l'tle d’Automate (Hiéra), entre Théra et Thérasia.

Outre les recherches et les conséquences relatives aux

phénomènes volcaniques, on trouve encore dans la Géographie une multitude d’observations qui se rapportent à la réunion de certaines îles aux continents voisins, au mode de formation des deltas, en un mot, à tous les changements de la surface de la terre dus au déplacement des eaux, et qui avaient été constatés alors sur le périmètre de la Méditerranée. Strabon conclut de tous ces faits que les terres actuellement habitées ont été couvertes une fois par la mer, et que le fond de celle-ci a fait partie à son tour des terres habitées. La première de ces deux propositions était plus généralement vraie que la seconde.

De tous les restes organiques signalés dans les roches par les anciens, on ne connaît aujourd’hui d’une manière incontestable que ces petits corps lenticulaires, que nous appelons Numrnulites , et que Strabon a décrits de la manière la plus exacte, comme se trouvant très-répandus en Égypte, dans le voisinage des pyramides, et qu’il signale également dans son pays natal (Amasia), où de récentes observations ont confirmé l’assertion du géographe grec.

Un auteur de l’époque alexandrine, le poète Callimaquc de Cyrène, qui s’occupait de spéculations géologiques, composa un grand nombre d’ouvrages, dont il reste seulement six hymnes et soixante-cinq épigrammes. Dans les premières, dédiées à Jupiter, à Apollon, à Diane, 'etc., se trouvent des allusions à une multitude de phénomènes naturels, d’apparitions d’îles, d’extensions de rivages, etc..

Théophraste regardait l’ivoire provenant de défenses fossiles d’Éléphant, comme le résultat de forces plastiques de l’intérieur de la terre, et supposait aussi, avec son maître Aristote, que les poissons trouvés dans les pierres à Héraclée (Pont), dans la Paphlagonie et la Gaule Narbonnaise, n’étaient que des individus des espèces actuelles, vivant dans le sol. Ils provenaient soit d’œufs qui y auraient été laissés, soit de métamorphoses ou types terrestres, de ceux qui seraient venus originairement de la nier ou des rivières voisines et se

seraient introduits dans les couches. Le même naturaliste mentionne des empreintes de palmiers près de Munda en Espagne, d’autres dans le marbre de Ténare, puis au delà de Gadès, plusieurs sortes de charbon de terre dans la Ligurie, l’Élide, etc., mais sans émettre d’opinion sur son origine.

Polybe a admis pour les poissons fossiles les mêmes hypothèses fabuleuses, et Strabon les a mentionnées comme Athénée.

Quelques ossements de grands mammifères étaient pris alors, de même que par les observateurs de la période historique précédente, pour des restes de géants. Pausanias avait décrit une carrière de calcaire coquillier à Mégare, comme le seul exemple de cette sorte de pierre qui fût connu en Grèce, et après lui les écrivains latins ont parlé des énormes squelettes et des sarcophages anciens découverts à la suite des tremblements de terre et des fouilles exécutées sur divers points de la Grèce, de l’Asie Mineure, dans les grottes d' Artémis en Dalmatie, en Égypte, à Carthage, etc. Or toutes ces relations d’os fossiles gigantesques confirmaient l’idée de. la dégénérescence du genre humain, et c’est ainsi que les restes des grands mammifères des derniers temps géologiques se trouvèrent si souvent, par suite d’observations superficielles, rattachés à l’histoire de l’homme.

La théorie du développement progressif des êtres organisés était encore enseignée comme avant l’époque d’Alexandre; nous en trouvons la preuve dans Lucrèce, qui reproduit les préceptes de plusieurs sectes grecques.

Ainsi les stoïques soutenaient qu’après chaque conflagration le même ordre de choses se reproduisait, et cela en rapport avec la même cause des astres, de la même manière et avec la même rotation de la vie humaine. Les mêmes nations, les mêmes villes, les mêmes guerres reparaissaient. Athènes, Troie, comme Socrate, Platon, Achille et les Argonautes, devaient revenir, et ce renouvellement de toutes choses devait se répéter dans un nombre de cycles infinis, ce qui n’empèchait

pas d’admettre le développement progressif de la vie dans chaque cycle ou période considérée en elle-même.

Comme pour la littérature et la philosophie, les Romains ont marché sur les traces des Grecs dans leurs spéculations relatives an passé de l’univers. Mais moins hardis quant aux grands problèmes de la nature, ils ont rassemblé d’assez nombreux documents sur les phénomènes actuels. La poésie a revêtu de ses formes les plus élégantes et de ses couleurs les plus vives certains mythes devenus populaires.

Ainsi l’idée sur l’origine des fossiles, qui s'alliait à cette croyance si généralement répandue alors, que les surfaces occupées par la terre et par la mer changeaient constamment et réciproquement, a été rendue de la manière la plus claire dans ce passage du livre XV des Métamorphosés :

• Vidi factas ex æquore terras.

Et procul a pola^o conclue jacuere marina? '.

En reproduisant la doctrine de Pythagore, Ovide signale également les dépôts modernes et les changements physiques qui se produisent actuellement à la surface de la terre (v. 252), et, dit-il plus loin (v. 3/iO), « l’Etna cessera un jour de rejeter des laves. »

Horace, dans son ode à Auguste, peint d’une manière charmante l’envahissement de la terre par la mer suivant les traditions de son temps :

« Les peuples ont tremblé! ils ont craint le retour de ces temps de colère et de prodiges où Pyrrha vit avec épouvante Protée chasser les troupeaux de Neptune sur le sommet des montagnes, les poissons s’arrêter dans les branches de l’orme

où avait reposé le nid de la colombe, les daims tremblants nager sur les eaux qui couvraient la terre. »

Virgile, dans sa sixième églogue, met dans la bouche de Silène l’expression complète de nos idées cosmogoniques le plus généralement adoptées :

Namque ranebat uti magnum per inane coacta Semina terrarumque, animaeque, marisquo fuissent.

Et liquidi simul ignis...

« Car Silène chantait comment les principes de la terre, de » l’air, de la mer et du feu, le plus subtil de tous, s’étaient « trouvés confondus dans le vide immense; comment de ce « principe sortirent les éléments du monde et se forma la h voûte même transparente du ciel ; comment le sol commença « à se durcir, à renfermer Nérée dans ses humides limites, à « revêtir peu à peu la forme des objets; comment la terre « voit avec étonnement le soleil briller pour la première fois, h tandis que les nuages montent dans? l’espace pour retomber a en pluie, que les forêts commencent à poindre et que les « animaux encore peu nombreux errent sur les monts nou-* « veaux pour eux. >>

Le poète n’est pas moins explicite pour les phénomènes de nos jours lorsque, faisant participer toute la nature au deuil de la mort de César, il dit ;

.... Quoties Cyclopum offcrvere in agros Vidimus undanlem ruptis fornacibus /Ktnam,

Fiammarumque globos, liqucfactaquc volvore saxa ' 1

Tandis que Lucrèce, qui admettait l'infini dans l’espace • et dans le temps, ainsi que la perpétuité de la matière incessamment changeante dans sa forme , avait énergiquement repoussé certaines hypothèses des philosophes grecs.

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