‹ Géologie et paléontologieChapitre 61 sur 190 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

§ A M K n I Q t K Ul' SOtll).

La géologie et la paléontologie de l' Amérique du .Nord, comme tout ce qui tient aux nouvelles populations de ce pu)' qui se sont substituées aux anciennes, ne devaient pas nous offrir ce long et pénible enfantement dont nous avons essayé de retracer le tableau en Europe. L’étude stratigraphique du sol y a commencé tard, mais elle y a atteint presque du premier coup le degré d’avancement pour lequel il avait fallu plusieurs siècles de ce côté de l'Atlantique. Ou devait en effet y profiter de l'expérience de l’ancien momie, sans passer par les tâtonnements, les incertitudes et les erreurs d’une science qui cherche encore sa voie.

Géologie Guettant. — Cependant l’Amérique du Nord a

eu aussi sa période «le pétrographie et de minéralogie géographique avant celle île la géologie strati graphique. Ainsi Guettard a publié en 1 75*2 un mémoire, dans lequel il compare le Canada à la Suisse sous le rapport des minéraux. Ce travail, fait avec des échantillons et des renseignements qui lui avaient été fournis par des personnes instruites du pays, est accompagné d’une carte qui s’étend depuis la Floride jusqu'au 60““ degré lat. N., et sur laquelle sont indiquées, au moyen de 37 signes conventionnels, toutes les localités où étaient connues les espèces de roches et de substances minérales

AMÉRIQUE DU NORD

entre l’Atlantique et les Montagnes-Rocheuses. L’application qu’il fait ici de ses trois bandes sablonneuse , marneuse et schisteuse ou métallifère , est encore bien moins heureuse que pour la France, l’Angleterre et la Pologne. Sur une portion de carte des rives du Saint-Laurent, à une plus grande échelle, la présence des fossiles est indiquée dans sept ou huit localités différentes, et ceux que l’auteur représente' sont une valve d ’Orthis, une autre de Leptœna, qu'il ne doute pas être une empreinte de papillon de nuit, et une grosse dent fossile bien dessinée, dont il ne connaît pas l’animal, mais dont les os fréquents dans le pays étaient rapportés à l’Éléphant, sujet sur lequel nous reviendrons plus loin.

w. Maciure. — .Nous avons rappelé les noms de plusieurs auteurs qui s’étaient aussi plus ou moins occupés des roches et des minéraux des Etats-Unis1 , mais c’est seulement le mémoire' de W. Maciure, publié en 1809 sous le titre i\’ Observations sur lu géologie îles Etats-Unis, et explication d’une carte géologique <le ce pays, qui peut être regardé comme le premier travail de quelque valeur qui fût au niveau de la science, telle quelle était alors en Europe.

Maciure avait étudié la géologie à l’école de Werner, séjourna plusieurs années à Paris, puis retourna en Amérique, où, à partir de 1800, il chercha à appliquer à sa nouvelle patrie les principes qu’il avait puisés dans ses voyages et ses relations scientifiques. La classification allemande lui parut s'adapter très-bien à la géologie des Etats-Unis, quant à la nature des roches et. à leur position relative. Dans le mémoire précité, qui fut inséré dans le Journal de Physique et de Chimie, il esquisse particulièrement la distribution des roches primitives, de transition, secondaires et alluviales, et donne ensuite des détails plus circonstanciés sur la composition de chaque système de roches ou terrains. Ne pouvant exposer

I. Introduction a t‘ chute de la paléontologie , vol. I. p. 207.

AMÉRIQUE DU NORD

ici tous ces faits, nous reproduirons une partie de la lettre qu’il adressait à de La Métherie en même temps que son mémoire* et qui permettra de juger de l’exactitude de ses vues.

« Depuis le Saint-Laurent et les lacs, jusqu’au (lux et « rellux de la mer, tout le terrain est de formation primitive;

« car sur ce continent, comme sur celui d’Europe, les roches « primitives occupent la plus grande partie des régions sep- « tentrionales.

« La variété confuse et fatigante des diverses roches dans « presque toutes les parties de l’Europe où j’ai eu l’occasion « de les examiner lasse la patience et met en défaut toutes « conjectures, au lieu que, sur ce continent-ci, on peut rai- « sonner à priori, et conclure, sans grand risque de se « tromper, qu’en tel ou tel lieu telles et telles roches se « trouveront.

« 11 me parait que, par l’ arrangement des substances sur « ce continent, elles ont lotîtes les caractères qui prouvent « qu’elles sont des dépôts tonnés originairement par les eaux « dans un état de repos, et que les eaux courantes ni aucun « autre agent actif, tels que le feu ou l’air, sous la forme de « volcans ou de tremblements de terre, n’ont jusqu’à présent « changé ni dérangé matériellement l'ordre de cette déposi- « tion tranquille.

« Nos rivières, quoique leurs sources ne soient pas si « éloignées que celles d’Europe, sont remplies de chutes ou « cataractes jusqu’aux bords mêmes de l’Océan, et nc .parais- « sent pas avoir eu un cours suflisamment long pour s’ètre « formé des lits. Nos montagnes, conséquemment, ne pré- « sentent pas ces précipices escarpés, si communs aux éléva- « tions européennes. Nous n’y irouvons pas non plus autant « de profondes et étroites vallées formées par les torrents...

« Quoique nous ayons d'immenses étendues de houille ou « charbon de terre derrière notre calcaire secondaire, et qui « occupent quelques-unes de nos landes calcaires . dont

AMÉRIQUE DU NORD

« beaucoup approchent, si elles ne sont pas entièrement sem- « blables à ce que Werner nomme la formation de houille « indépendante , néanmoins aucune des roches d’une origine « douteuse, décrites par Werner comme se trouvant dans cette « formation, n’a été trouvée dans la formation de houille des « Etats-Unis. Point de griinstein (cornéenne), comme il la « nomme, avec l’augite et l’olivine; point d'amygdaloïde, ni « de porphyre argileux ( Thon-porphyr), dont l’origine cause « l’une des grandes disputes entre les neptuniens et les « vulcanistes.

« Toute cette série de roches, décrites par Werner sous la « dénomination de la dernière formation trappéenne (Flotz « trapp), manque dans ce pays; pas un morceau de vrai « basalte n’a été trouvé eu deçà du Mississipi, ni môme à « plusieurs centaines de milles à l’ouest de cette rivière. « Nous n’avons donc pas de ces roches dont la formation « occasionne la dispute entre les neptuniens et les plutoniens, « par conséquent rien, d’après les opinions des uns et des « autres, d’origine volcanique. Quelques morceaux de scories « et de laves poreuses ont été apportés des montagnes qui « divisent les eaux du Mississipi et ces rivières qui se versent a dans la mer Pacifique. On a trouvé de la pierre ponce près « la source du Mississipi. Il est probable que cette partie de « cette grande chaîne est volcanique, et il n'est pas sans vrai- « semblance que ces montagnes soient une continuation de « celles du Mexique et des chaînes de l’Amérique méridionale.

« A l’ouest des monts Alléghanys, le grand bassin du « Mississipi est secondaire et d'alluvion, et la chaîne de mon- « tagnes qui sépare les eaux du Mississipi d’avec les rivières « sur l’Atlantique est principalement composée de calcaire « secondaire avec coquillage. »

Si Ton cherche à appliquer les détails du mémoire de Maclure à sa carte, on verra que les roches primitives indiquées presque d’une manière continue depuis l’État du Maine jusque dans l’Alabama, formant une bande N.-E.,

AMÉRIQUE DU NORD

S. -O.; celles de transition constituent une bande parallèle, dirigée de même, d'Albanv à Alabama, puis une autre, au nord-ouest, de Philadelphie à Baltimore. Les roches secondaires, comprenant la formation du charbon, occupent la presque totalité du bassin oriental du Mississipi, appartenant aujourd’hui au terrain de transition, et embrassent les grès rouges de l’est des Alléghanys. Enfin, les roches d'alluvion, qui bordent l' Atlantique , du Massachusetts à la Nouvelle- Orléans, pour remonter sur la rive droite du Mississipi, représentent assez exactement les dépôts tertiaires, quaternaires, avec quelques portions ‘de dépôts crétacés.

Ainsi, dès 1809, les États-Unis possédaient une carte géologique générale due aux recherches d’un seul observateur. Aucun Etat de l’Europe n'était plus avancé. Dix ans plus tard, mais par le concours de nombreux travailleurs, l’Angleterre présentait un résultat beaucoup plus complet, et la France ne vit paraître qu'en 1822 un petit Essai de carte géologique, qui n'était guère plus détaillé que le travail de Maclure, lequel embrassait une surface trois fois plus grande.

Dépôt! de transport et blocs erratiques. — Des observations,

relatives à des phénomènes plus récents , furent faites par M. Bigsby1 dans la région du lac Huron, et ont permis dès lors d’établir une certaine relation entre les effets analogues dans les deux parties opposées de l’hémisphère nord. Une action énergique, semblable à celle d’un violent cours d’eau se dirigeant des régions polaires vers le sud, aurait entraîné des blocs de diverses roches primitives sur les formations secondaire et de transition qui composent le bassin du lac Huron. On observe en Outre, dans cette môme région, des traces de dénudations diluviennes semblables h celles de l’Europe, l’excavation des vallées, la séparation des îles de la terre ferme, la formation de pointes isolées, de crêtes rocheuses, dentelées, et la destruction des plus hautes sommités du

Page 1