De rerum naturâ , lib. ), v
pitre de sou IIe livre : Excedil profecto omnia miraculu ullum diem fuisse quo non cuncla conflagrarent. Dans ses Lettres Pline le Jeune donne une description élégante de la catastrophe de Stabia où périt Pline l'Ancien, et quant aux documents rassemblés dans Y Histoire naturelle sur les chan- , gements actuels survenus à la surface de la terre, ils y sont mentionnés avec un soin qui surpasse peut-être celui de Strabon.
Les fossiles ont peu attiré l'attention des écrivains latins; cependant Pline dit, en parlant des pyramides d’Égypte, qu’elles sont environnées de sables à gros grains, pareils à des lentilles, comme dans la plus grande partie de l’Afrique : Arma late puni cirrum lentis simililudine, qualis in majori parle Africa *. Cette citation vient confirmer celle de Strabon sur le même sujet, mais rien ne prouve que le Duphnia du naturaliste latin, qui, dit-il, ressemble à une feuille de laurier et que Zoroastre croyait être un remède contre l’épilepsie, soit un de ces mêmes corps lenticulaires appelés aujourd’hui Nummulites.
La croyance que les anciens ont connu les coquilles fossiles que nous désignons aujourd’hui sous le nom d 'Ammonites repose sur ce passage du même auteur ; Ammonis cornu , inter sacralissimas (éthiopiens gemmas aureo colore arietis cornu effigiem reddens, prœmittilur prœdivina somnia reprœsentare. Or rien n’est moins explicite que ce texte; aucun voyageur moderne n’a signalé d’ Ammonites dans cette paftie de l’ Afrique, et il faudrait supposer de plus que ces prétendues Ammonites étaient à l’état de fer sulfuré, fort petites, et d’une . parfaite conservation pour qu’on pût les regarder comme des pierres précieuses ou gemmes. Le texte du Polyhistor, de Solinus, sur lequel on s’est aussi appuyé, ne fait que reproduire la pensée de Pline sans y rien ajouter.
Le lyncurium du grand écrivain latin, pierre de couleur
t. Pour Pline, l’Égypte était en Asie, chap. «, Hv. V.
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r.KOl.Of.lE DES DOMAINS.
d’ambre, regardée comme une concrétion provenant du Lynx et ses Ida i duclyli, ou doigts du mont Ida, ne sont rien moins que des Bélemnites qui n’existent pas en Crète à ce que nous sachions. Les Diphylcs ne sont pas davantage des empreintes , ou des moules de coquilles que nous appelons Spirifer et auxquels les naturalistes de la Renaissance ont donné le nom d ' Histerolithes.
On voit ainsi que parmi les corps organisés fossiles les plus répandus dans la nature, au moins dans les terrains Secondaire et tertiaire, savoir : les Ammonites ou cornes d’Ammon, les Bélemnites, les brachiopodes et les Nummulites, qui d’ailleurs ne sont pas le produit d’un mollusque mais d’un animal bien inférieur, ces derniers sont les seuls qu’on puisse dire avec certitude avoir été connus des anciens et suffisamment désignés par eux, puisqu'on les retrouve précisément sur les lieux où ils les ont signalés, ce qui se conçoit d’autant mieux que les autres formes, dont on leur attribue la connaissance, sur des suppositions peu fondées ou des interprétations gratuites, manquent jusqu’à présent ou sont au moins très-rares dans les pays les plus civilisés et les mieux connus de l’antiquité.
Tite-Live n’ignorait pas qu’il y avait des poissons ou d’autres animaux marins pétrifiés; Sénèque, Apulée, Juvénal également; et cependant Pomponius Mêla rejette ces citations comme reposant sur des fables. On a vu que Pline, Aulu- (îelle et Solinus parlent d'ivoire provenant de la terre et d'ossements de grands mammifères ou de reptiles, sans soupçonner leur véritable origine. C’est seulement Suétone qui, dans la biographie d’Auguste, mentionne les ossements réu- . nis à Caprée et attribués à des géants, comme provenant au contraire de grands animaux : Qualia sunt Capreis immanimn brlluarum ferunmtque tncmbra prœgrtmditi qtuc dicunlur giganluni osna cl arma hcronm. Apulée de Madaure, Numidien de naissance, mais de la secte platonicienne, disait que les poissons fossiles trouvés sur les montagnes dans l’inté—
rieur de la Gétulie étaient les restes du déluge de Deucalion.
La destruction périodique de l’ordre général de la nature par suite de conflagrations ou de cataclysmes, ou bien alternativement par les unes et les autres, était connue de Cicéron, qui en parle dans son ouvrage sur la Nature des Dieux. Mais il a relevé cette pensée de toute la force de son talent dans l’appendice du IVe livre de la République ou le Songe de Scipion. C’est une imitation du troisième chapitre du Timée de Platon. L’orateur romain y ajoute seulement cette idée, que toute gloire humaine, même celle d’un Scipion (l’Africain), va s’éteindre dans le cours d’une période cosmique ou, comme il l’appelle, du magmis an nus. Car, dit-il, tous les monuments de la célébrité, toutes les œuvres de l’homme, seront détruits par la conflagration ou les cataclysmes qui arrivent à la fin de chaque période. L’auteur termine par les conditions où se trouvent les âmes qui s’élèvent dans les régions célestes après la mort, et à cèt égard s’accorde avec la fin du traité de Plutarque intitulé De facic Lunœ. Sénèque pensait que la conflagration générale avait pour but la destruction de l’ordre actuel de choses et l’avénement d’un autre plus parfait. Julius Firmicus Maternus le Jeune, qui s’occupait d’astronomie, croyait à une période cosmique de trois mille ans, terminée par un ecpyrosis (èxirjpwGt;), ou par un cataclysme, et prétendait trouver de l’analogie entre l’état de l’univers et celui du corps humain.
Beaucoup d’écrivains latins supposaient que l’univers était déjà vieux de leur temps et qu’il touchait à sa destruction; Columelle, au contraire, dit que la religion ne permet pas d'admettre que la stérilité de son époque soit le résultat d’une maladie, d’un amaigrissement ou de la vieillesse du globe. Ainsi cet élément de la confiance dans la Providence semble commencer à entrer dans les spéculations philosophiques, élément religieux qui défendit plus tard toute déduction cosmologique, géologique ou paléontologique appliquée à des bouleversements périodiques de la terre.
CONCLUSION
CONCLUSION
Comme résultat d'observations directes, les anciens ont donc acquis la connaissance de faits intéressants sur les phénomènes actuels dont l’origine est au-dessous ou au-dessus de la surface du sol, mais, s’ils n’ont pas été plus loin, si les Grecs surtout ue nous ont laissé aucune donnée géologique ou paléontologiquc plus ancienne de quelque valeur, ne nous luttons pas de les accuser d’inaptitude pour ce genre de recherches. Aucun pays n’est moins propre que l'Attique et le Péloponèse à suggérer des idées nettes à cet égard. C’est, en effet, un réseau de petites chaînes de montagnes soulevées, se croisant dans diverses directions , dont les couches disloquées, redressées, modifiées dans leurs caractères minéralogiques et pénétrées par des roches ignées, rendent encore aujourd’hui, avec toutes les ressources de la science moderne, leurs relations et leur âge fort dilliciles à saisir. La Grèce, si brillante dans les lettres, les arts et la philosophie, qui vit pousser assez loin les sciences exactes et leurs applications, où la médecine, la zoologie, la botanique et de nombreuses substances minérales trouvèrent des observateurs sagaces et éclairés, ne pouvait pas être le berceau de la géologie, car nulle part les couches de son sol ne présentent cet arrangement régulier et symétrique qui, dans l’Europe occidentale, révéla, bien tardivement encore, leur véritable chronologie.
Ce que nous disons du sol de la Grèce peut s’appliquer à celui des îles de l’Archipel et de la plus grande partie de l’Asie Mineure, aussi bien que de l’Italie, où, à l’époque romaine, les esprits n’étaient pas plus portés que chez les Grecs vers l’étude des phénomènes anciens. En outre, il a manqué au développement des sciences naturelles chez ces peuples des méthodes, des classifications, des nomenclatures
CONCLUSION
fixes, des collections, la ressource de la gravure pour reproduire les objets, le microscope simple et composé pour les amplifier, et, par-dessus tout, l’imprimerie, ce vulgarisateur et ce propagateur par excellence de toutes les connaissances humaines.
De même (pie nous verrons les bases fondamentales de la géologie moderne n’appartenir exclusivement à aucun des grands esprits de notre temps, de même que nous ne verrons aucune des nations de l’Europe occidentale pouvoir seule revendiquer le mérite de les avoir découvertes et appliquées, de même aussi nous reconnaissons que les idées les plus générales sur la nature et l’origine des choses doivent remonter jusqu’aux temps les plus obscurs de l’antiquité, avant d’avoir été formulées par les philosophes grecs antérieurs à Alexandre.
L’école de Pythagore professait la théorie du feu central, renouvelée, au xvn* siècle de notre ère, par Descartes et Leibnitz ; les idées si exactes de Léonard de Vinci et de Bernard Palissy, au xvc et au xvi°, sur les corps organisés fossiles, avaient été entrevues par plusieurs naturalistes et philosophes grecs, aussi bien que les rêveries du moyen âge sur l’origine de ces mêmes corps; car les mêmes vérités et les mêmes erreurs se sont reproduites à deux mille ans d’intervalle. Le développement progressif des êtres, leur renouvellement, par une cause ou par- une autre, étaient encore des spéculations nées de l’observation de la nature, et nous pourrions trouver dans l’histoire des autres sciences des faits tout aussi positifs de la profondeur de vue des anciens.
Ce que l’on a appelé le génie moderne n’a donc point de date précise comme on voudrait le faire croire; il ne se manifeste pas à tel ou tel moment, avec tel ou tel esprit; il n’est, à proprement parler, que le réveil, après un long sommeil, de celui de l’antiquité, se dirigeant alors avec plus du sûreté, par d’autres voies et par d'autres moyens, vers le but mieux défini de chacune des branches des connaissances humaines,