‹ Géologie et paléontologieChapitre 9 sur 190 · TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

TEMPS MODERNES

Pendant cette longue nuit du moyen âge qui couvrit d’un voile épais toutes les sciences chez les nations de l’Occident, Avicenne, né à Chiraz vers 980, s'est occupé, dans son traité De congelatione et conglutinatione lapidum , de l’origine des montagnes et des vallées, qu’il attribue, sans se prononcer pourtant, soit à des soulèvements, soit à des dénudations par les eaux, et il ajoute que, sur beaucoup de roches, on voit des empreintes d’animaux aquatiques qui prouvent que ces pierres se sont déposées sous la mer, et peut-être, ajoute-t-il, proviennent-elles de l’ancien limon de celle-ci qui inonda autrefois le globe. Ferdoucy, dans son histoire de la Perse, parle également des montagnes qui s’élevaient et des cours d’eau qui en descendaient pour se rendre à la mer.

Les siècles suivants ne jetèrent en Europe aucune lumière sur le sujet qui nous occupe, et c’est à partir du xiv' que nous diviserons ce même sujet, en suivant des régions naturelles ou distinctes par leur position géographique, leurs sciences et leurs langues. Nous pourrons, sans inconvénient, les regarder comme des centres ayant eu peu de relations entre eux, et dans lesquels le mouvement scientifique se produisit d’une manière plus ou moins indépendante.

Cette marche est encore justifiée par cette circonstance, que les nations de l’ouest de l’Europe, où la géologie strati-

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graphique a pris naissance, sont aussi celles où la nature et des travaux industriels fort étendus mettaient les faits dans tout leur jour. On peut même dire qu’il y a une relation directe entre le caractère physique d’un pays et la direction que la géologie y a prise. C’est ainsi qu’en Italie, en Suisse, dans les diverses parties de l’Allemagne, en Angleterre et en France, l’histoire de la géologie et de la paléontologie reflète nonseulement le plus ou moins d’aptitude naturelle de chaque peuple pour ce genre de recherches, mais encore les caractères du sol, son orographie, son origine et les fossiles qu’on y trouve. Les diverses théories ont été aussi le plus souvent inspirées par les caractères du tableau que chaque auteur avait habituellement sous les yeux. C’est pourquoi, dans l’histoire rationnelle et philosophique de cette science, il faut d'abord considérer chaque unité régionale en elle-même, puis l’importance relative du rôle quelle a joué dans le mouvement général, sans quoi celui-ci ne peut être bien compris, et la part de chaque nation n’y peut être appréciée avec équité. En suivant une voie différente et plus simple en apparence, on ne peut manquer d’arriver à des conclusions fausses ou incomplètes, comme la plupart de celles que l’on a formulées jusqu’à présent sur ce sujet.

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Dans le domaine de l’intelligence, l’Italie fut encore au xv' siècle l’héritière de Byzance, comme elle l’avait été une première fois de la Grèce. Les lettres, les sciences et les arts y fleurirent de nouveau, et l’histoire de la géologie nous y présente tout d’abord deux noms célèbres à des titres bien différents, sans que ni l’un ni l’autre rappelle un naturaliste.

Boocace et Léonard de vinoî. — Le premier est Boccace, qui, vers le commencement du xiv' siècle, habita Certaldo, près

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rtc Florence, pays où le sol est rempli rte coquilles fossiles, et mentionna celles-ci, dans son roman cio Filoiopo, écrit en 1341, comme une preuve du séjour de la mer sur les continents.

Quinzième «ècie. — Le second est Léonard de Vinci , dans les manuscrits duquel on lit que la mer change l'équilibre rte la terre et que les coquilles entassées dans les différentes couches ont nécessairement vécu sur le lieu même que la mer occupait. Les grandes rivières, dit-il, charrient dans l’Océan les débris des terres, et les bancs ainsi formés ont été recouverts par d’autres d’épaisseurs différentes; enfin, ce qui était le fond de la mer est devenu le sommet des montagnes.

'A partir de cette époque jusqu’au commencement du xtx1' siècle, les recherches sur les corps organisés fossiles ont constamment occupé les naturalistes italiens et l’on pourrait citer plus de quatre-vingts auteurs qui ont traité ce sujet à divers points de vue. En signalant ici seulement les plus marquants, nous rappellerons qu’ Alessandro degli Alessandri (14fiO-1b23) mentionna les coquilles pétrifiées des montagnes de la Calabre dont la mer aurait recouvert les sommités, soit par un soulèvement de son lit, soit par un changement de l’axe de rotation de la terre qui aurait déplacé les eaux à sa surface. Cette dernière hypothèse, dont l’astronomie a démontré le manque absolu de fondement, n’en a pas moins été renouvelé jusque dans ces derniers temps.

Seizième .iècte. — Vers 1517, la construction de la citadelle de Saint-Félix, à Vérone, ayant amené la découverte d’un grand nombre de coquilles fossiles, Fracastoro démontra qu’elles ne pouvaient être attribuées au déluge de Moïse, qu’il était absurde de recourir à l’action des forces plastiques de la nature ou des générations équivoques d’Aristote, pour expliquer leur existence en cet endroit, et que les animaux dont elles provenaient y avaient vécu dans la mer, qui s’était ensuite retirée. F.n 1554, Mattioli appela le premier l’attention sur les poissons fossiles du mont Bolca, dans le Vicentin,

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mais ii attribuait aussi leur origine à certaines influences occultes, tandis que Fallope regardait commode simples concrétions les défenses d'iiléphant trouvées dans la Fouille. André Césalpin reconnut, au contraire, que les os d’Éléphants découverts à San-Giovanni, dans le val ri’Arno, étaient des corps organisés déposés par la mer, et le xvi* siècle fut clos en Italie par l’ouvrage de Ferrante lmperati , où l’auteur traite des zoopliytes, moins connus alors que les coquilles.

D>x-*eptième »ièoie — F. Cotonna. — Dans le siècle suivant, Fabio Colonna, qui se rapproche de Linné par sa sagacité, s’occupa des pétritications des environs d’Andria dans la Fouille et de Campo Chiaro. On lui doit la première description scientifique de cette grande famille de mollusques brachiopodes que nous verrons jouer un rôle si important dans toutes les faunes marines, depuis les plus anciennes jusqu'à celles de nos jours, lin des premiers il distingua dans les fossiles du test propre des coquilles, leurs moules, leurs empreintes et leurs contre-empreintes. 11 reconnut que toutes n’étaient point marines, mais qu’il y en avait d’eau douce, et prouva que les corps appelés GlosSopètres n’étaient pas des langues de serpent pétrifiées, mais bien des dents de poissons du genre Carcharias.

Vers ce temps, l’emploi du microscope, qui s’était répandu, permettait déjà une étude plus approfondie de la structure intime des êtres organisés. Ru 16A0, I). Sala rassemble les pétrifications des collines du Vicentin, puis on voit se former de nombreuses collections, telles que celles d’Aldrovande, de Moscardi, de Setteliano, qui ne parviennent point néanmoins à détruire les préjugés, par la crainte qu’on avait de froisser les opinions générales ou les opinions intéressées toujours opposées à la manifestation de la vérité. Le dernier motif a été certainement le plus puissant pour comprimer l’essor naturel de l’esprit humain pendant le xviir siècle, comine pendant le précédent.

sténon. — Ainsi publiant, en 1(567, l’anatomie de la tète

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d’un Squale, et en déduisant que les Glossopètres provenaient de poissons voisins, Sténon crut devoir mettre tant de réserve dans cette opinion qu’il ne convainquit personne. 11 a constaté ensuite les rapports des fossiles avec les couches de sédiment qui les renferment et la véritable origine des uns et des autres. Il a distingué le premier les couches formées dans la mer de celles déposées dans les eaux douces, ainsi que les caractères particuliers de leurs coquilles. Son explication du mode de formation des dépôts de sédiment est très-juste au point de vue mécanique et physique, comme sous celui de leur position relative et de leurs formes normales. 11 en conclut que les couches qui sont actuellement perpendiculaires ou inclinées à l’horizon lui étaient parallèles à l’origine. La première cause qui les aurait ainsi placées sur la tranche aurait été une violente secousse imprimée de bas en haut, soit par l’efl'et de vapeurs qui tendaient à se dégager de l’intérieur, soit par la chute des strates après l'enlèvement de ceux qui leur servaient d’appui. Ces effets rendaient compte des inégalités de la surface terrestre, telles que les montagnes, les vallées, etc.

Ces changements dans la position des couches, cause première des reliefs extérieurs, non-seulement constituent l’idée fondamentale de la théorie de Sténon , mais encore sont devenus la base de celles de nos jours le plus justement en faveur, et il a fallu un siècle et demi pour faire triompher une vérité aussi simple en apparence.

Les dislocations des bancs de pierre, continue-t-il dans son Prodrome d’une dissertation sur le solide contenu dans un autre solide, ont frayé le passage aux sources des montagnes, à des courants d'air, à des exhalaisons fétides, à des produits de combustion, à tous les contenus des liions, tels que les minéraux déposés sur les parois et à l’intérieur des fentes, produits qui sont tous postérieurs aux roches qui les renferment et résultent de la condensation des vapeurs provenant de l’intérieur.

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Après avoir ainsi exposé une théorie presque complète des phénomènes géologiques les plus essentiels, Sténon en fait l’application à la Toscane, où il distingue six périodes ou six états différents de sa surface, puis, voulant étendre ces considérations à la terre entière, il s’efforce de faire coïncider ces périodes avec le texte de la Genèse et se livre alors à des hypothèses purement gratuites qui ont seulement pour but, comme il le dit lui-même, d’empêcher qu’on ne s’effraye d’une manière de voir si nouvelle.

Sciiio. — Dans sa V/iiia speculazione disingnnnata dal seiiso (1670), Scilla stigmatise les préjugés et les erreurs de son temps. 11 y rassemble et représente une grande quantité de fossiles : coquilles, bivalves et univalves, oursins, polypiers, poissons, etc., en attribuant le tout, comme F. Colonna, au déluge de Noé. G. Quirini, au contraire, nie ouvertement que le déluge ait été universel et que les coquilles aient pu être ainsi transportées par les eaux sur les montagnes. Elles n'auraient pu d’ailleurs vivre dans de pareilles conditions. En 168S, d'énormes ossements ayant été découverts à Yitorchiano , sur le territoire de Viterbe, Campini, qui avait fait mouler les pièces correspondantes d’un squelette d’éléphant de la galerie de Médicis, à Florence, s’assura que ces os ne provenaient point de races de géants, comme on le prétendait, mais bien d’un Eléphant fossile, et qu’il en était sans doute de même de tous les restes des grands mammifères cités dans diverses localités. Ce fut la première observation d’anatomie comparée appliquée à la connaissance des vertébrés fossiles. Vers la lin de ce siècle, Ramazzini assignait aux sédiments de la plaine du Pô la même origine que les prêtres de Memphis attribuaient au delta du Nil.

Pendant le xv' siècle, les erreurs avaient été moins systématiques peut-être, moins généralement soutenues que dans les deux suivants, où le petit nombre d'idées justes qui se font jour çà et là sont impuissantes pour combattre la masse des erreurs qui prenaient leur source dans des textes mal

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interprétés. La principale occupation des savants d’une de ces périodes était de combattre les préjugés de ceux de la précédente, puis de leur en substituer d’autres qui étaient attaqués à leur tour. Les uns luttaient, Aristote à la main, les autres en s’appuyant sur la Bible. L’autorité régnant partout, son contrôle tenait lieu do faits, d’observations et de démonstrations. Les phénomènes de la nature s’expliquaient par des causes surnaturelles, c’est-à-dire qu’on n’expliquait rien.

Dix-huitième tiède. — Vallisnieri, Zannichelli, Spada, etc. — AVPC

le xvtii' siècle, l’étude des fossiles commence à prendre une meilleure direction, et Vallisnieri (1721), portant ses vues plus loin, s’occupe de la géologie de 1 Italie. 11 trace la disposition générale des dépôts marins, fait voir comment ils s'étendaient dans le Frioul, le Viccntin, le Véronais, les territoires de Reggio, de Modène, de Bologne, le long de la Roinagne, puis au midi dans les environs de Messine, sur le versant méridional le long de l’Apennin, en Toscane, etc. L’auteur conclut de tous ces laits qu'à une certaine époque la mer occupait cette surface, qu'elle y séjourna longtemps et que cette circonstance fut tout à fait indépendante de la catastrophe passagère du déluge de Noé. D’autres recherches du même naturaliste suivirent celles-ci , et Zannichclli et Spada marchèrent sur ses traces. Ce dernier, dans un dessin du mont Bolca, lit voir les relations qui existaient entre les couches à poissons et celles à Nummulites, de même que Piccoli publia une carte ( 1 7:10) où se trouvaient indiquées les localités les plus riches en pétrifications variées, comme on disait alors. Ainsi commence à se manifester le besoin de relier entre elles les données paléontologiques et naissent les premières indications de cartes géologiques.

Coquillcr microscopiques. — Beccari, Planeur, Soldant — Vous

aurons souvent occasion de revenir sur l’un des résultats les plus .remarquables que nous ait fait connaître l’étude des fossiles des diverses classes, comparés relativement à leur importance dans la composition des couches de sédiment ,

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savoir : que, parmi les végétaux connue parmi les animaux, ce sont les plus inférieurs qui jouent constamment le plus grand rôle; on conçoit dès lors tout l’intérêt que les êtres microscopiques ont aux yeux du géologue. Or, c’est dans la période qui nous occupe que les animaux marins, dont la petitesse permet il peine la distinction à la vue simple, ont trouvé en Italie leurs premiers historiographes. Cette branche si importante des sciences naturelles s'y est développée en même temps pour les animaux vivants et pour les fossiles, par suite de cette circonstance : que les sables des plages de l’Adriatique, autour de Rimini, en sont presque exclusivement composés et que les marnes sableuses tertiaires des collines sub-apennines en renferment une prodigieuse quantité. Trois naturalistes ont consacré une partie de leur vie à ' cette étude toute spéciale et nous ont laissé dans leurs ouvrages de vrais modèles de patience. Ce sont Beccari, Plancus et Soldani.

Le premier, vers 172b, fut le créateur de cette nouvelle conchyliologie, en décrivant d’abord une |>etite coquille cloisonnée, à laquelle Linné donna le nom de Nautilus Hcrrarii. L’enroulement de sa spire dans un même plan et ses divisions transverses lui donnaient une certaine ressemblance avec les coquilles de mollusques céphalopodes, telles que les Ammonites et les Nautiles, et, pendant plus d’un siècle, ce rapprochement fut admis. Beccari en compta plus de 1500 dans deux onces de sable.

Dix ans après, G. Bianchi, plus connu sous le nom de Plancus, annonça qu’il avait trouvé, sur la plage de Rimini, l'analogue vivant de la petite corne d’Ammon fossile, et que ses dimensions étaient telles qu’il en fallait 130 pour faire un poids égal A celui d'un grain de blé. Il en détermina un grand nombre d’autres espèces toujours classées avec les Nautiles et les autres céphalopodes cloisonnés. Plus tard, Soldani, appliquant aussi la loupe à l’examen des argiles, des tufs et des sables du Volterrais, du val d’Arno, de Cosentino, de la

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Mareinnie, des environs de Florence, d’Arezzo, etc., y trouva les éléments de deux ouvrages importants sur ce sujet : l’un publié en 1780, accompagné de 25 planches, l’autre, de 1789 à 1797, avec 179 planches. Il fait remarquer que ces petits corps ne sont point les jeunes d'espèces qui grandissent avec l’àge, mais sont parfaitement adultes. 11 n’a point, d’ailleurs, assigné de noms particuliers à ces formes si variées, décrites et représentées avec soin, et même groupées suivant certaines analogies assez naturelles. Les diverses espèces occupent en outre des profondeurs différentes, ce qui explique, ajoutet-il, pourquoi celles qui sont fossiles ne se trouvent pas non plus mélangées indifféremment dans toutes les couches.

Théorie* de Lauaro Moro et d'Arduioo. — La géologie reçut en Italie, vers le milieu du xvnie siècle, une assez vive impulsion, par suite des idées théoriques de Lazzaro Moro, et plus encore par les observations d’Arduino.

Dans son système publié en 17A0, Ant. Lazzaro Moro attribue à des explosions sous-marines, fréquemment Répétées, la formation des montagnes et des plaines, ainsi que celle des îles, et combat les hypothèses diluviennes des anglais Rurnett et Woodward. L’apparition des petites lies de Santorin semble avoir servi de point de départ à cette théorie. Suivant l’auteur, le globe fut primitivement entouré d’eau. Le troisième jour de la création, la croûte qui constituait le fond de la mer fut soulevée çà et là, et les montagnes primitives résultèrent de ces mouvements. Leurs roches ne renferment point de fossiles. Plus tard, il s’éleva de l’intérieur de la terre des torrents de lave et d’autres substances qui s’accumulèrent au fond de la mer et qui furent à leur tour soulevés par les mêmes agents. Avec ce second phénomène furent apportés le sel, le soufre, le bitume, etc. Par suite, les eaux devinrent salées, les animaux s’y développèrent, la terre se peupla vers le même temps, et les éruptions ignées, continuant à se produire , donnèrent lieu aux alternances de dépôts sédimentaires et pyrogènes, que l’on

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observe en effet clans le cuisinage des volcans, (les idées, malgré leur peu de vraisemblance et le petit nombre de faits qui pouvaient les appuyer, eurent un grand retentissement.

En 1759, G. Arduino divisa les montagnes du Padouan, du Vicentin et du Véronais en primitives, secondaires et tertiaires, suivant la nature de leurs matériaux constituants, leur position inférieure ou supérieure et les différentes époques de leur formation.

Les montagnes primitives sont composées de schistes, qui s’étendent sous les montagnes calcaires, et sont par conséquent plus anciennes. Ces schistes micacés, quelquefois luisants, traversés par des veines de quartz, sont par places llexueux et ondulés. Cette dénomination de primitive est ici purement relative au pays observé; car si, comme Arduino le supposait lui-même, il y avait du granité au-dessous, c’est à ce dernier qu'elle devrait être réservée.

Les montagnes secondaires sont formées pour la plupart de calcaires compactes, en couches suivies, et renfermant des restes de corps organisés. . Ces couches diffèrent les unes des autres par leur dureté, la finesse de leur grain, leur composition, leur teinte, et par les espèces de corps marins qu’elles recèlent, car, suivant l’auteur, il n’y en aurait que d’une seule dans chacune d’elles.

On reconnaît dans les Alpes secondaires cinq lits distincts ou divisions principales surmontées par la seaglia. Cette dernière est un calcaire rempli de cailloux de diverses couleurs, irrégulièrement disséminés, qui s’enfonce d’un côté sous les montagnes tertiaires et s’appuie de l’autre sur les pentes des montagnes volcaniques du Padouan. Elle semble avoir été soulevée par les éruptions de roches ignées, qui se sont fait jour à travers, et, ayant été détruite çà et là, elle manque par places à la surface des Alpes calcaires.

Arduino a remarqué sur ces dernières et à leur sommet des blocs plus ou moins volumineux de granité, de quartz

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et de talcschistes, provenant des véritables montagnes primitives du Tyrol, situées au nord-ouest, et complètement étrangers aux roches des environs, t'es blocs sont à une grande élévation au-dessus du niveau de la mer, et l’auteur insiste sur l’impossibilité qu'ils aient été transportés et. déposés par l’action des cours d’eau actuels. 11 ne propose d’ailleurs aucune explication de leur présence et de leur position si loin de leur origine. Ce sont des blocs erratiques que nous retrouverons de l’autre côté des Alpes et dont le mode de transport a si souvent exercé la sagacité des géologues.

Les montagnes tertiaires ou collines peu élevées, formées de petites couches de pierres à chaux, qui renferment des fossiles et des lits de sable et d’argile, sont plus récentes que les secondaires et reposent en partie dessus et en partie à côté. Elles remplissent d’anciennes vallées et sont encore placées à des hauteurs considérables. Leurs matériaux proviennent des montagnes secondaires, ét, comme celles-ci, elles ont éprouvé des bouleversements et des changements occasionnés par les volcans, dont les produits ont enveloppé des fragments de roches avec des fossiles. Les monts Ilerici, près de Vicence et les collines de .Moritccchio, sont célèbres par leurs débris organiques. Arduino donne des détails très-circonstanciés sur la colline de Brendola, non loin de Vicence, sur la vallée de Ronca, où les fossiles s’observent dans les calcaires, au milieu- des produits volcaniques, sur les plantes, les coquilles et les poissons des environs du mont llolca, etc.

Dans les montagnes volcaniques , les alternances de produits ignés et de dépôts sédimentaires coquilliers ont été parfaitement observées et décrites, « et, ajoute l’auteur, cette « succession de révolutions dues au feu et à l’eau a, sans <« contredit, occasionné une grande confusion et un mélange « surprenant de dépôts sous-marins et de produits volcani- « ques, comme dans les montagnes des environs de Ronca. »

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Si l’on trace actuellement, du N. -O. au S.-E., une coupe des Alpes du Vicentin aux monts Euganéens, en y introduisant les données fournies par Arduino, non-seulement cette coupe sera très-facile, mais encore on sera frappé de l'analogie du résultat avec celui que l’on obtient d’après les observations les plus récentes, ce qui est la meilleure démonstration de la sagacité de l’auteur, qui appliquait ainsi, en 1759, au nord de l’Italie, des principes plus justes encore et plus précis que ceux de Sténon relativement à la Toscane, un siècle auparavant. Ces principes sont tout à fait conformes à ceux que nous suivons aujourd’hui, de sorte que la géologie stratigraphique , dans ce qu’elle a de plus important, avait été parfaitement comprise de ce côté des Alpes à l’époque dont nous parlons.

Ferber — Vers le même temps, Ferber, minéralogiste suédois, les appliquait également dans sa description des dilTérents massifs de terrains observés pendant ses voyages de Venise à lnspruck. et de ' ienne à Venise. Il remarqua trèsbien que la série des roches calcaires, schisteuses et granitiques vers l’axe de la chaîne, se reproduisait dans le même ordre sur ses deux. versants.

Matani, Scbinvo, Donati, Targioni. — D' autres travaux moillS importants succédèrent à ceux-ci vers le commencement de la seconde moitié du xvjii' siècle. Matani s’occupe des environs de Pistoie, Schiavo de la Sicile, et Donati de la formation des dépôts dans les mers actuelles, des fossiles de l’ latrie, des ossements de mammifères de Rogosnixa, de Sebenico, etc. Targioni, dans ses voyages en Toscane, s’occupe aussi des fossiles de ce pays et signale les nombreux ossements de grands mammifères (ruminants, solipèdes, carnassiers et pachydermes) du val di China, du val Ombrosa et surtout du val d'Arno inférieur et supérieur. Baldassari reconnaît que dans les couches du Siennois les restes organiques ne sont pas mélangés confusément, mais au contraire distribués suivant un certain ordre.

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Aiiioni, OdoarJi, etc. — Dans son oryctographie piémontaise, G. Allioni a, le premier, traité de la conchyliologie fossile restreinte à une partie déterminée de l’Italie. J. Odoardi a traité des fossiles marins du Feltrino, mesuré les montagnes à l'aide du baromètre, distingué les débris organiques des marnes cendrées de ceux du calcaire rouge rempli de cornes d’Ammon, etc. De la différence de direction des bancs calcaires et des bancs de grès il conclut leur différence d’àge , et attribue les déplacements du lit de la mer à un changement survenu dans la position de l’axe de la terre, opinion déjà ancienne, comme on l’a vu. Vito Amici, en démontrant le peu de fondement de l’hypothèse de Lazzaro Moro, signale, à la base de l’Etna, du coté de Gatane, sous d'anciens courants de lave, des dépôts marins avec des cailloux roulés. Ferrara ajoute de nombreux faits du même genre observés dans ce pays, de sorte que les alternances de produits ignés et de sédiments marins se trouvent constatées dans les dépôts plus anciens du nord de l’Italie, à peu près en même temps qu' elles l’étaient au sud dans des roches plus récentes.

Nous ne pouvons que mentionner ici les noms de Zannoni, de Bastiani, de Passari, de Bartolmi, de (î. de Viano, d’Alloati, de Gualaudria, etc., qui s’occupèrent des fossiles du nord de la péninsule, de Schilling, de Ricomanni, de Callisto Benigni etdeCermelli, qui s’occupèrent de ceux des environs de Rome, de Spallanzani, qui décrivit les côtes de la Ligurie, les calcaires des environs de Messine, les fossiles de plusieurs autres provinces, et signala de nombreux ossements enveloppés dans un ciment marneux rougeâtre, constituant une brèche dans l'ile de Gérigo (l’ancienne Gythère). Boccone et Voila, puis l’Amoretti, ont dirigé leurs recherches dans le Plaisantin et le Parmesan.

A. Fort». — De 1706 à 180*2, Albert Fortis a publié de nombreux mémoires sur la géologie et les fossiles du nord de l’Italie et des contrées voisines; mais le manque de méthode dans ses recherches, la légèreté de ses conclusions et les

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idées paradoxales émises çà et là, ont ôté à ses études, aussi multipliées que variées, une partie du mérite qu’elles auraient pu avoir si elles avaient été dirigées dans un meilleur esprit.

L'examen des collines de Montegalda dans le Vicentin porta Fortis vers la théorie des vulcanistes, ou des plutonisles, comme on disait alors. 11 croyait que les coquilles du calcaire de ce pays y avaient été ensevelies par suite d’éruptions volcaniques sous-marines. Plus tard il étudia les collines du Vicentin, de Brendola, de San-Vito, de Gramona, de Creazzo, de Honca, du val d'Astico, et partout constata la fréquence des débris organiques dans les couches, line édition française des Mémoires de Fortis, publiée en 1802, renferme aussi un travail particulier sur les Discolithes, nom par lequel il désignait les pierres numismates ou lenticulaires connues de l’antiquité et avec lesquelles il associe sans motifs les corps les plus dissemblables.

s. Voit». — Comme plusieurs de ses prédécesseurs, Fortis s’était occupé des poissons fossiles des environs du mont Bolca, et leur avait trouvé, avec des espèces des mers du Sud d’où il les faisait provenir, des analogies qui furent niées par Testa. Mais Séraphin Volta, en reprenant ce sujet intéressant avec des matériaux infiniment plus nombreux, publia en 1788, sous le titre d’ Itliologia veronese, un magnifique ouvrage, où sont représentées, toutes de grandeur naturelle, cent vingttrois espèces de poissons, et qui est encore la plus belle monographie ichthyologique locale qui existe dans la science. Les conclusions zoologiques déduites de l’étude de ces espèces, savoir que douze seulement sont aujourd’hui inconnues et que toutes les autres se retrouvent dans les mers actuelles des diverses parties du globe, n’ont pas été admises par les naturalistes les plus spéciaux de nos jours, qui ne reconnaissent pas qu’aucune de ces espèces ait son analogue vivante.

Oncmenti de grandi mammifère». — Les ossements fossiles de grands mammifères attirèrent particulièrement l'attention

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de J. Cortesi. Il lit connaître ceux des pachydermes et des cétacés découverts dans les sables jaunes supérieurs et le» marnes bleues sub-apennines. Des restes d' Éléphant, qui avaient été recueillis dans le voisinage de Rome , furent découverts aussi sur le mont Pulgnasco, à quelques lieues, au nord de Plaisance. Les os fort nombreux et dont on chargea six mulets étaient d’ailleurs presque à fleur du sol, et une tête de Rhinocéros trouvée tout à côté, dans les mêmes conditions, vint à propos protester contre la supposition que l’on aurait pu faire que l’Eléphant était un de ceux qu’Annibal avait amenés dans le pays, cette localité étant en effet peu éloignée du point où le général carthaginois passa la Trébia.

Les restes de cétacés ont été trouvés généralement à un niveau plus bas et dans des couches différentes, celles de marnes bleues, dans la colline rie Torazza, voisine de la précédente. C’étaient un squelette presque entier de Dauphin, et sur la pente du mont Pulgnasco , à deux cents mètres audessous de son sommet, dans une argile bleue remplie de coquilles marines, un squelette, aussi presque entier, du sousgenre des Rorquales. Des dents de Mastodontes ont été aussi rencontrées sur divers points du Frioul, du Yicentin, dans le district du Tanaro et dans celui du Uacchiglione. lais ossements du grands pachydermes du Val d’Arno furent encore l’objet des recherches particulières de Nesti.

A la fin du xvui» et au commencement du xix* siècle, deux savants très-distingués viennent clore cette longue liste de naturalistes italiens qui avaient concouru aux progrès de la géologie et de la paléontologie de la péninsule : ce sont Breislak et Brocchi.

s. BreUiak. — Le premier, né a Rome en 1748 et mort en 182b, s’est beaucoup plus occupé dans ses recherches des phénomènes d’origine ignée que des dépôts formés au fond des eaux, mais il n’a pas laissé que de donner sur ces dorniers des observations intéressantes. Ses voyages physiques et lithologiques dans la Campanie, suivis d’un mémoire sur

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la constitution physique de Rome, la description des anciens champs pblégréens, de leurs produits minéralogiques, etc., sont remplis de faits précieux pour l’histoire de la science et témoignent de la sagacité et de l'instruction profonde de l’auteur.

Dans son Introduction à la Géologie ou à l'Histoire naturelle de la terre , travail écrit dans un excellent esprit, Breislak dit (p. 97) : « La surface extérieure du globe, en se conso- « lidant par le refroidissement .et en se resserrant dans un « moindre volume, comprimait la masse interne encore fluide « qui devait réagir de son côté, et, étant une matière plus « homogène et plus dense que celle qui formait la couche « superficielle, elle a dû la soulever et la déchirer : voilà donc « l’ordre détruit 1 voilà donc la fin de toute régularité. Les « couches nouvellement consolidées et qui étaient contiguës, « parallèles et horizontales, sont soulevées et déchirées; « quelques-unes deviennent inclinées, d’autres perpendicu- « laires; beaucoup se détachent et se séjiarent entre elles; « la matière interne encore fluide, s’étant ouvert un chemin « par les déchirures, s’insinue dans les intervalles formés par « l’éloignement réciproque des couches, et, si son dégorge- « ment eût été assez abondant, elle pouvait se répandre môme « à la superficie. Il n’est pas possible de déterminer les acci- « dents et les combinaisons qui peuvent arriver dans cette « opération dirigée uniquement par le hasard ; et, si l'hypo- « thèse n’explique pas les grands phénomènes de la super- » ficie du globe, il ine parait qu'elle peut au moins suffire « pour les représenter. »

Ce passage et le suivant (p. 101) expriment bien nettement les idées qui ont servi de base à une théorie beaucoup plus récente. Malheureusement Breislak ne les a appliquées qu’à la première période du refroidissement de la terre, et n’ayant pas songé, ou les études et les connaissances d'alors ne lui ayant pas fourni les données nécessaires pour les appliquer à des périodes subséquentes, il n'a point tiré parti

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de tout ce qu’elles avaient de fécond pour expliquer la formation des rides moins anciennes de l’écorce terrestre, et par suite la théorie stratigraphique et chronologique des chaînes de montagnes. Quant aux accidents et aux combinaisons résultant de ces phénomènes dynamiques et qu’il croyait dirigés au hasard, on s’est attaché depuis à en retrouver les lois.

Comme dans la plupart des ouvrages généraux du commencement de ce siècle, Breislak énumère dans celui-ci tous les fossiles connus alors depuis les Éléphants, les Mastodontes, le Mégathérium , le Megalonyx jusqu’aux polypiers; mais comme, dans ces traités aussi, il mentionne à peine les restes d'invertébrés et cite seulement quelques végétaux, ce qui prouve qu’il ne comprenait pas encore toute l’importance de ces débris organiques relativement à la géologie. Ses réflexions sur leur distribution et les hypothèses qu'il émet à ce sujet, après avoir rappelé celles de ses prédécesseurs et de ses contemporains, montrent bien aussi que Breislak, observateur exact, fort instruit et d’un jugement droit, n'était pas, à bien des égards, plus avancé que les naturalistes de son temps, et que les idées déjà répandues en Allemagne, en Angleterre et dans son propie pays, n’avaient pas réagi efticacement sur ses vues théoriques.

G.-B. Brocchî. — Né à Bassano en 1772, G. -B. Brocchi, visita plusieurs fois l’Italie dans ses diverses parties, ainsi que les îles qui en dépendent, et il publia dans de nombreux mémoires les résultats de ses recherches. Il visita l’Égypte et le Liban en 1823, fut attaché en qualité d’ingénieur au roi du Sennaar et mourut à Chartum des suites de fatigues et de l'influence du climat, le 23 septembre 1826, la môme année que l’Italie perdait Breislak.

L’ouvrage le plus important de Broccbi, celui qui renferme l’ensemble de sés recherches, est sa Conchyliologie fossile tub-npcnnine, accompagnée d’observations sur les Apennins et les contrées adjacentes. L’auteur y sépare et distingue , par leurs caractères à la fois strati graphiques ou de super-

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position, pétrograpliiques et paléontologiques, les roches de l’Apennin proprement dit, que l’on pouvait regarder toutes alors comme secondaires, ainsi que l’avait remarqué de Saussure en 1 776, des dépôts tertiaires plus récents qui les bordent de part et d’autre de la chaîne.

Après un excellent discours sur les progrès de l’étude de la conchyliologie fossile en Italie, discours auquel nous avons fait de nombreux emprunts dans ce qui précède, Brocchi donne, dans le premier chapitre, une esquisse générale de la structure du haut Apennin; dans le second il traite de la constitution physique des collines sub-apennines, et le troisième est consacré à montrer l’analogie du sol des autres pays avec celui de ces mêmes collines, ainsi qu’à une digression sur la plaine de la Lombardie, avec la preuve de l’accroissement du littoral le long de la péninsule. *

En traitant ensuite des coquilles fossiles des dépôts subapennins, il fait remarquer leurs associations et la distribution particulière des espèces, les analogies, les différences qu’elles présentent avec les coquilles vivantes soit de la Méditerranée, soit des mers éloignées. Parmi les espèces fossiles qui ont encore leurs analogues vivants, Brocchi reconnut qu’il y en avait beaucoup plus dans la Méditerranée et dans l’Adriatique que dans les mers extérieures, et en comparant celte faune des collines sub-apennines avec celles du bassin tertiaire de la Seine, surtout en considérant certains genres particuliers, tel que celui des Cérites, et l’absence de certains autres, il fait ressortir les différences profondes que montrent ces diverses associations de fossiles. Mais le vrai motif de ces dissemblances lui échappe encore, et, au lieu de les attribuer à la différence des temps, il les attribue à la différence des lieux géographiques ou d 'habitat.

Les dépôts d'origine lacustre ou d’eau douce ont aussi été l’objet d’études particulières. Tels sont ceux du mont Carlo, dans le val d'Arno supérieur, de Stagia, non loin de Sienne, de la plaine de Sarteano, dans le val di Chiana, où un tuf

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rempli de coquilles d’eau douce recouvre les marnes marines.

Dans le chapitre v, l’auteur s’occupe des autres fossiles marins, puis des restes de grands mammifères terrestres, de cétacés et de poissons, rappelant toutes les localités où ont été trouvés des débris d’ Eléphants, de Mastodontes, de Rhinocéros, d’ Hippopotames, d’Urus, d’Klans, de Cerfs, etc.

Le chapitre vi, consacré à des remarques sur la disparition des espèces, mérite surtout de fixer l’attention par les vues philosophiques qu’on y trouve exposées avec autant d’élégance que de profondeur. Ainsi Brocchi fait voir que les espèces de coquilles ou d’autres animaux inférieurs ont disparu, aussi bien que celles des organismes les plus élevés. Il démontre facilement que les hypothèses de catastrophes, du retrait brusque des mers, que toutes ces machines à effet, dues à l'imagination des anciens auteurs, bien plus qu’à l’observation attentive de la nature, n'expliquaient rien en réalité, c'est-à-dire l’extinction de certaines espèces, la persistance de certaines autres pendant que de nouvelles formes apparaissaient à leur tour.

« Quant à moi, dit-il (p. 400), je crois qu’il est tout à « fait superflu de faire tant de frais d’invention et de sup- « poser tant de causes accidentelles et particulières pour « expliquer un fait qu’on peut croire dépendre d’une loi géné- « raie et constante [da una legge generale e rostanfe). Pour- « quoi donc, continue-t-il, n’admettrait-on pas que les espèces « s’éteignent, comme les individus, et qu’elles ont, comme « ceux-ci, une période lixe pour la durée de leur existence? « Rien n’est permanent sur la terre, et lu nature y conserve « son activité dans le même cercle, mais avec des moditica- « tions incessantes. »

Un laps de temps déterminé a dû être assigné à la vie de l’individu, et ce temps, très-variable dans ceux d’une même espèce, l’est plus encore lorsque l’on considère des espèce» différentes, animales ou végétales. L’accroissement et la durée

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des corps organisés sont prévus, limités, restreints à une certaine quantité de force développée. Que ce principe s’applique à une Monade ou à un Éléphant, à un cryptogame ou à un Baobab, la loi est partout et pour tous la même.

La nature suit toujours des proportions de grandeur et de temps dont elle ne s’écarte pas dans un sujet donné. S'il y a quelques déviations apparentes au principe, c’est plutôt pour abréger que pour étendre les limites posées. Aussi Brocchi suppose-t-il que l’espèce a dû être douée, dans l’origine, d’une certaine quantité de forces vitales qui, après avoir acquis son maximum de développement, s’est graduellement affaiblie jusqu’à ne pouvoir plus se reproduire dans les derniers germes.

11 y a, dans ces idées du savant italien, un rapport frappant avec Ce que nous offre l’étude des faunes anciennes; mais il s’appuie sur des preuves contestables, en prenant pour des espèces en voie de décroissement et d’affaiblissement des animaux réellement distincts, et, sous ce rapport, sa théorie serait précisément l’inverse de celle du perfectionnement graduel qu’on soutient encore de nos jours, malgré tant de preuves contraires.

Brocchi établit la distinction fondamentale des fossiles contenus dans les calcaires solides des pays de montagnes, et dont toutes les espèces sont inconnues aujourd'hui (Bélemnites. Ammonites, Gryphites, Dicérates, Térébratules , etc.), d’avec ceux des dépôts meubles plus récents des collines et. des plaines, dont un grand nombre ont encore leurs analogues vivants, et dont les espèces perdues conservent néanmoins une grande ressemblance avec celles de nos jours.

Qu’il y ait, dit plus loin l’auteur (p. A 18), une relation entre l’âge des couches et la nature des espèces, et que les premières soient d’autant plus anciennes qu’elles renferment un plus grand nombre de coquilles, différentes de celles que nous connaissons, c’est un fait évident qui a déjà été attesté par beaucoup de naturalistes. Or ce fait, évident pour Brocchi

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et sur lequel repose un des principes de la science moderne, était, en réalité, bien moins répandu qu’il ue le croyait et parfaitement ignoré de ce côté des Alpes, comme nous le dirons en exposant les doctrines professées alors dans nos giands établissements publics.

Voioam et tremblement» de terre. — Les phénomènes volcaniques de l’Italie n’ont pas laissé non plus que d’attirer l'attention des observateurs et de donner lieu à de nombreuses publications. Ainsi Sôrrentino donna, en 1734, une histoire du Vésuve, comme de la Torre, de 1755 à 1708; Gioeni, sa lithologie vésuvienne ; sir W. Hamilton, des notes sur les champs phlégréens, de 1770 à 1770; Ferber, des lettres au chevalier de Boni, 1772: de Dolomieu, ses voyages aux iles hipari en 1783, aux lies Ponces en 1778; L. de Buch, ses voyages géognostiques en 1800, où l’illustre géologue traite des volcans du Latium et de la Campanie a\ec cette clarté et cette élévation de vues qui caractérisent son talent ; la formation du Monte N nom , le 20 septembre 1538, avait aussi donné lieu à plusieurs publications particulières, telles que la relation de Marco Antonio delli Falconi à la marquise délia Padula, 1538; celle du père G. de Toledo, Naples, 1530, etc.

Les phénomènes volcaniques de la Sicile, qui avaient tant préoccupé les naturalistes de l’antiquité, n'ont pas moins intéressé ceux du siècle dernier. Ainsi Brydone, dans son voyage publié en 1774, de Borch, dans sa minéralogie sicilienne (1780) et ses lettres sur la Sicile et Malte, Spallanzani (voyages dans les deux Siciles), Récupéra, dans son histoire naturelle de l’Etna (1815), Fcrrara, Gemmcllaro, Moricand, Brocchi, etc., ont apporté de nombreux matériaux, mais sans avancer beaucoup la théorie de ces phénomènes; aussi ne nous y arrêterons-nous pas davantage.

11 en sera de même, malgré leur intérêt descriptif, des données historiques sur les tremblements de terre de la péninsule, publiés par Vicenzo, en 1088, de celles de Viven-

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zio, relatives aux commotions de la Calabre, en 1783 et 1787, de Dolomieu, sur le premier dé ces phénomènes, etc.

R ÉSUM K.

Tel est le tableau succinct des recherches et des idées apportées dans le domaine de la science par les naturalistes italiens, depuis la Renaissance jusque vers 1815; elles sont nombreuses, et la masse des données vraiment utiles qui en résulte est très-considérable. Rien que le dernier des représentants de la paléontologie stratigraphique, dont nous venons de parler, ait certainement saisi le principe de la théorie des terrains de sédiment, l’application en était encore trop vague et trop peu arrêtée pour qu’on put le regarder comme réellement établi.

Mais, comme pour leurs prédécesseurs, ne nous en prenons pas au manque de sagacité des savants de ce pays; ils ont fait tout ce qu'ils pouvaient faire alors avec ce qu’ils avaient sous les yeux. Distinguer plusieurs formations tertiaires et secondaires, séparer celles-ci des dépôts plus anciens encore, c'était à ce moment une tâche impossible et qui devait échoir à des régions mieux favorisées, où ces distinctions se présentent en quelque sorte d'elles-mèmes à l’observateur un peu attentif. Or ces circonstances ne se trouvaient point dans la péninsule italique, surtout dans ses régions montagneuses où l’on ne pouvait, nous le répétons, voir autre chose que ce qu’avaient vu Brocchi et ses prédécesseurs.

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