OIUGINE DES CARACTÈRES ACTUELS
circonstance n’a rien de contraire à nos suppositions et il en est de même de celles d’origine chimique, de sorte que l’absence de restes organiques, la rareté du carbonate de chaux, la prédominance des silicates et la possibilité de l'association de dépôts mécaniques et chimiques nous représentent à la fois les caractères négatifs et positifs du terrain primaire stratifié. En outre, et comme on devait s’y attendre, si ces vues sont fondées, ces caractères .chimiques généraux s’accordent avec ceux des produits ignés les plus anciens , et les conditions supposées devaient être en effet très-favorables à l’association des roches pyrogènes de cette époque, avec celles qui se déposaient dans un Océan d’une température élevée.
Maintenant ces mêmes conditions suffisent - elles pour rendre compte de l’état cristallin de toutes ces roches primaires, état qui, comme nous l’avons dit, se retrouve parfois, quoique sur des étendues inliniment plus limitées, dans des terrains moins anciens , ou bien est-il dû à des circonstances ultérieures qui auraient agi sur une échelle beaucoup plus vaste que ce que nous avons appelé le métamorphisme de contact? C’est ‘là une question théorique fort importante pour laquelle nous sommes obligé de renvoyer le lecteur aux études approfondies de M. Daubrée et de M. Delesse. Nous avons dû nous borner à constater que les roches cristallines primaires stratifiées n’avaient probablement pas, lors de leurs dépôts, tous les caractères que nous leur voyons aujourd’hui, et que les roches plus récentes qui présentent des caractères plus ou moins semblables les ont certainement acquis après leur formation par suite d’un phénomène, fort obscur encore, mais que nous désignerons, comme nous l’avons déjà fait ailleurs, sous le nom de métamorphisme en grand, par opposition au métamorphisme de contact dont nous venons de parler.
Quelques personnes ont pensé que l’extrême diversité des roches ignées rendait peu probable quelles vinssent toutes d’une même masse fluide placée sous l’écorce solide de la Terre.1' et la supposition que cette masse était composée de
plusieurs zones de matières différentes, arrangées dans un certain ordre, ne suffirait pas pour justifier cette diversité. Aussi, se fondant sur la présence de l’eau dans des roches cristallines et même dans des minéraux, sur la production artificielle de substances minérales par la voie humide et même dans des circonstances naturelles, et en quelque sorte sous nos yeux, et à des températures comparativement peu élevées, des chimistes minéralogistes ont cru pouvoir attribuer l’origine des roches éruptives ou ignées non stratifiées, depuis les granités jusqu’aux laves modernes, à de3 dépôts sédimentaires placés à de grandes profondeurs, sous une forte pression, soumis à l’action combinée de l'eau et de la chaleur, et qui auraient été ramollis et presque fondus, lis n'auraient, dans certains cas, conservé de leur premier état que la place où on les trouve encore ; dans d’autres ils auraient été déplacés et poussés à travers les couches disloquées, brisées ou fendillées plus récentes. Ces produits auraient alors cristallisé, à la surface ou dans son voisinage, dans des conditions différentes des précédentes restées dessous; leur diversité s’expliquerait par la différence de composition des roches de sédiment dont ils proviennent, et leur structure massive, comme leur texture grenue ou compacte, s’expliquerait par les différences de ceux qui, modifiés ou métamorphisés par les mêmes causes, n’ont pas été déplacés et ont conservé une apparence stratifiée avec une texture plus ou moins schistoïde.
Ces hypothèses, appuyées aussi sur les calculs de quelques physiciens qui n’admettent pas la fluidité interne du globe ni la minceur supposée de son écorce, n’ont pas été rattachées par leurs auteurs à une théorie générale de la formation de la terre. Elles sont, comme on peut en juger, très-compliquées, fondées sur plusieurs suppositions gratuites, sur des faits locaux, des observations et des expériences encore trèsrestreintes, et nous ne voyons pas leur avantage sur l’ancienne opinion, généralement admise et beaucoup plus simple, qui découle si naturellement de l’ensemble des données
acquises et se relie d'une manière intime à l'origine première de notre planète.
En effet, quel que soit le rôle que l'on veuille attribuer intérieurement à la chaleur, à l'eau, à la pression et au temps, il faut toujours, à moins de nier la fluidité primitive du globe, admettre, comme nous le disions tout à l’heure, la formation d’une enveloppe extérieure solide, cristalline, non stratifiée, par suite du refroidissement de la masse liquide incandescente; il faut, avant toute action mécanique sédimentaire, que la surface de cette enveloppe ait été assez refroidie pour que l'eau ait pu s’y maintenir à l’état liquide. Or cette roche fondamentale doit se retrouver quelque part; ce substratum indispensable de toutes choses créées, organiques et inorganiques, ne peut avoir complètement disparu sous les sédiments des mers; les soulèvements au moins et les dislocations l'auraient amené à la surface sur certains points, et il doit toujours exister entre les roches sédimen aires les plus anciennes et la masse lluide ou solide interne. C’est pourquoi nous croyons que ces hypothèses, qui remontent bien plus haut que le livre de keferstein 1 et rappellent singulièrement celle de Hutton, ne répondent nullement, quant à présent, à la généralité des faits si elles en expliquent quelques-uns. Nous ne voyons pas d’ailleurs que les géologues pratiques, les plus familiarisés avec une étude directe des grands phénomènes de la nature, les aient encore appuyées de leur autorité.
1. Naturgeschichte des Erdkorpers , 1834. — Voy. aussi Sir J. Herschell ( Proceed . geol. soc. of London , vol. II, p. 548-596), les travaux de chimie minéralogique si importants de M. Sterry Hunt, minéralogiste du GeoL survey du Canada ( Journ . de Silliman , 2* sér., vol. XXX, p. 135, XXXVI, p. 214. et juillet 1864, The Canadian Journ., 1838, p, 200, etc.), ainsi que les observations si délicates et si ingénieuses de M. Sorby sur la structure microscopique dos cristaux (Quart. Journ. geol. soc. of London, vol. XIV, p. 453).
La première apparition de la vie sur la terre est un sujet qui a toujours vivement préoccupé les naturalistes; aussi a-t-on accueilli avec un grand intérêt la découverte faite par M. W. Logan, dans les roches primaires du Canada, de restes organiques dont M. J. W. Dawson, puisM. Carpenteront constaté et décrit les caractères *.
Les roches cristallines stratifiées, désignées sous le nom de système lauréat ien par les géologues du pays, sont les plus basses de l’Amérique du Nord. Ce sont de grandes assises de gneiss et de calcaires alternants, plus ou moins pénétrées de roches ignées massives. Leur puissance connue n’est pas moindre de 10000 mètres. Elles sont recouvertes, à stratification discordante, par un ensemble de roches schisteuses et quartzeuses, de conglomérats, de calcaires et de diorites, dont la puissance est estimée à 5S00 mètres, et qui jusqu’à présent n’ont offert aucune trace de fossiles. Or c’est seulement au-dessus de ces dernières roches, désignées sous le nom de système huronien , que jusqu’à présent on avait commencé à voir apparaître, dans le grès de Potsdam en Amérique et dans les couches à Lingules qui le représentent en Europe, un ensemble de corps organiques que quelques personnes avaient appelé faune primordiale.
Ceux qui ont été trouvés par sir W. Logan et ses collaborateurs du gcological Surrey du Canada, sur les bords de la rivière Ottawa, vers le milieu du système laurentien, et par conséquent à 8 ou 10000 mètres au-dessous du grès de
1. Cantuiian naturalist and tievlogist, 1859, p. 49. — (leology of Canada. p. 49, 1863. — Quart. Joum. geo/, joe. o( London, vol. XXI, p. 51, pl. 6 et 7, 1865. — The intellectual observer, mai 1865, p. S08.
Potsdam, sont dans des calcaires cristallins pénétrés de serpentine, de pyroxène blanc et de loganite. Ils n’ont pu être reconnus que sur la roche polie et au mdyen de plaques minces placées sous le microscope. Ils ont alors montré tous les caractères de structure du test des rliizopodes, et particulièrement la composition tubulaire de la lame spirale des hélicostègues (Nummulites, Operculines, etc.)1.
Ces corps, auxquels M. Dawson a donné le nom d'Eozoon canadense comme représentant l'aurore du régne animal , constituent des masses larges, sessilcs, déprimées ou en cylindres irréguliers, s’accroissant par l'addition de couches successives, atteignant un diamètre de 0m,30 ou davantage et une épaisseur de 0"', 1 0 à 0"',1 2. Ils présentent à l’intérieur des loges assez grandes, surbaissées, peu régulières, séparées par des parois d’épaisseur variable, traversées elles-mêmes par des canaux irréguliers dont les uns mettent en communication les loges contiguës d’un même rang ou celles de deux couches superposées, les autres divergent en faisceaux ramifiés dans la masse calcaire amorphe (squelette supplémentaire ou intermédiaire des auteurs) qui sépare la paroi propre de chaque loge. Cette dernière seule offre la structure tubulaire.
Par suite de l’infiltration complète de la serpentine ou des autres substances minérales dans toutes les cavités de XEozoon, ces fossiles ont été moulés avec une extrême perfection, et, par la dissolution de la partie calcaire dans un acide étendu , on obtient la représentation de toutes les parties du sarcode ou matière animale, et cela avec une exactitude telle, que les tubes de la paroi des loges, ainsi injectés naturellement, sont représentés par des cylindres qu'on n’observe qu’avec un grossissement de 200 diamètres.
La découverte de ces grands rliizopodes polymorphes , par conséquent les plus inférieurs en organisation du type
1. L’état des échantillon* que nous avons pu obsprvcr ne nous a pas encore permis de distinguer nettement ce caractère ai important et ai bien représente dans les figures théoriques qu'a données M. Carpenter.
auquel ils appartiennent et qui paraissent avoir joué dans ces mers primitives, pour la formation des roches calcaires , un rôle analogue à celui des polypiers des mers chaudes de nos jours, cette découverte, disons-nous, n’est sans doute qu’un premier pas fait dans une nouvelle voie qui nous révélera, malgré toutes les difficultés de l’observation, la série des faunes qui ont du se montrer entre ces premiers essais de la vie et le gris de Potsdam ou les couches à Lingulcs , bases du système silurien dans le nouveau et l’ancien continent.
l.orsqu’en effet on envisageait le développement graduel général des formes vitales, depuis ce dernier horizon jusqu’à nous, on pouvait s’étonner de le voir tout d’abord si complet que les quatre grandes classes des animaux sans vertèbres y étaient représentées; or on peut supposer actuellement que ce que l’on prenait pour le commencement était déjà une période ancienne de la vie, peut-être aussi éloignée dans le temps des rliizopodesiaurentiens que cette faune dite primordiale l’est elle-même de la nature actuelle. C’est ce grand hiatus que les recherches futures sont destinées à combler.
D’un autre côté, la silicification ou mieux le moulage par un silicate des coquilles de rhizopodes est, comme on sait, un phénomène physiologico-chimique qui se produit encore sur les espèces vivantes des côtes des États-Unis ’, et ce n’est, pas un des résultats les moins curieux des observations précédenteé que de trouver, à l’origine des choses, sur notre planète, des actions chimiques s’exerçant, dans la même région, sur des produits organiques, exactement comme de nos jours, et sur des corps d'une structure identique, appartenant aussi aux types les plus inférieurs de la série zoologique.
1. Voy. Introduction à l'étude de la paléontologie, vol. IF, p. 376, 18G4.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
§ 4. DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
Après avoir ainsi exposé les caractères généraux, la composition, les relations et l’origine probable des divers éléments qui constituent le terrain primaire, il nous reste, pour compléter l’idée qu'on doit se faire de son importance, à esquisser la distribution géographique des régions qu’il occupe aujourd’hui à la surface des continents et des îles, comme nous le ferons d’ailleurs dans la description de chaque terrain, et en commençant toujours par l’ouest de l’Europe pour nous diriger ensuite à l’est.
lie» Britanniques. — J)ans les îles Britanniques, la plus grande partie du petit groupe des Iles Shetland , la chaîne occidentale de celui des Hébrides, presque toute la moitié nord de l’ Écosse, comprenant sa région la plus montagneuse et la plus élevée, l’extrémité nord-ouest de l’Irlande, un îlot au sud de Dublin et des masses plus ou moins considérables, entourées par les roches de transition du Devonshire et du Cornouailles , appartiennent au terrain primaire. Les îles d’Aurigny, de Guernesey, de Jersey et Chaussey en sont entièrement formées.
Franco. — En France, à l’ouest d’une ligne tirée de Barfleur à AlenÇon et prolongée au sud jusqu’à Saint-Maixent, c’està-dire dans le Cotentin, la Bretagne et la Vendée, une multitude de massifs cristallins surgissent du terrain de transition. Vus en grand, ils forment deux groupes principaux : l’un au nord, dirigé E., 0. d'Alençon à Brest et à Elle d’Ouessant , l’autre N. -O., S.-E., des environs de Quimper a Parthenay. Ils sont séparés par l’axe de transition de la presqu’île de Bretagne, et l’on peut, dans cette région d’un trèsfaible relief, qui montre, comme le massif central de la France, qu’il n’y a aucune relation nécessaire entre l’ancienneté des
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roches et leurs altitudes, étudier le terrain primaire tel que nous le concevons, dans tout son développement, avec tous ses caractères et les modifications les plus variées. Dans la bande nord surtout le nombre des liions de roches amphiboliques qui traversent le granité ou le gneiss est réellement prodigieux.
Des montagnes du Morvan ou des environs d’Avallon au nord, jusqu’à la montagne Noire au sud, puis des environs de Montmorillon, de Confolensetde Nontron à l’ouest, jusqu’à la rive gauche de la Saône et du Rhône, de Mâcon à Lyon et Valence à l’est, règne un vaste massif cristallin dont les bords sont profondément découpés par des vallées qu’occupent les dépôts tertiaires et secondaires. Ses plateaux supérieurs, à une altitude moyenne de 600 mètres, sont couronnés par les massifs traehytiques, basaltiques et phonolitiques du Mont- Dore, du Cantal et du Velay, puis par les cônes plus récents des volcans éteints des Monts-Dômes.
Pyrénéei. — Dans la chaîne des Pyrénées, du cap Creus à Saint-Sébastien, les roches primaires, autant qu’on en peut juger d'après nos connaissances actuelles, constituent des ilôts plus ou moins étendus, disposés suivant deux groupes allongés de l'O.-N.-O. àl’E.-S.-E. Le plus considérable s’étend de l’extrémité orientale de la chaîne aux environs de Saint- Girons avec quelques îlots sur son prolongement; le second, depuis les points culminants de la Maladetta, au centre de la chaîne, s'étend jusqu’au méridien d’Arudi, et deux autres îlots s’observent vers l’extrémité ouest-nord-ouest. Dans l'un et l'autre groupe les roches cristallines constituent les rimes les plus élevées, le Canigou, la Maladetta, le pic du Midi de Ragnères et celui de Pau.
Les côtes de la Provence des environs de Toulon à Fréjus et à Antibes, y compris les îles d'Hyères, appartiennent en partie au même terrain.
Aipc*. — Dans la région des Alpes, en raison de la fréquence et de l'énergie des phénomènes de soulèvement qui ,
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
s’y sont produits, la séparation des roches cristallines primaires d'avec celles qui peuvent appartenir à une époque plus récente devient beaucoup plus difficile que dans les précédentes. Des modifications profondes dans les caractères originaires des dépôts de transition ou secondaires y auraient masqué ou fait disparaître complètement tout ce qui pouvait servir à les distinguer. Quoi qu’il en soit, si des Alpes maritimes jusqu'au sud de Vienne on trace une zone de 20 à 25 lieues de large dans sa partie moyenne, mais très-atténuée à son extrémité orientale, comprenant la ligne de faîte et toutes les sommités de la chaîne centrale, cette zone recourbée, dont la concavité est tournée au S.-E., sera presque entièrement formée de roches cristallines schisteuses ou granitiques, pénétrées sur ses pentes méridionales de porphyres, de serpentines, d’euphotides, de mélaphyres et de roches volcaniques ou trappéennes dans les parties les plus basses. Comme dans les Pyrénées, les plus hautes cimes, telles que le Mont-Blanc, le Saint-Gothard, le mont Rose, etc., sont formées de roches cristallines schisteuses ou granitoïdes. La belle coupe donnée en 1857 par M. F. de Ilauer montre la disposition des roches primaires plus à l’est, dans l’axe même de la chaîne sous le méridien de Trieste.
Votgcn et Foret-Noire. — Au nord les deux chaînes jumelles que sépare la vallée du Rhin , les Vosges et la Forêt-Noire, sont en très-grande partie composées de gneiss, de schistes cristallins, de granité , de leptynite , de syénite et de porphyres; puis, sur le prolongement de la seconde, le massif de l’Odenwald en est comme la continuation, mais sans avoir sa contre-partie sur la rive gauche du fleuve.
Allemagne. — Dans l’Allemagne centrale les montagnes de la Moravie, le Bohmertvald, le Fichtelgebirge, l’Erzgebirge et les petites chaînes qui, en Saxe et en Silésie, séparent les bassins de l’Elbe et de l’Oder, appartiennent au terrain primaire, comme le Brocken, au centre du Harz.
Scandinavie, etc, — La plus grande partie de la presqu’île
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Scandinave et surtout sa chaîne occidentale jusqu'au cap Nord, la Laponie et la Finlande appartiennent certainement aux roches primaires les plus anciennes de l'Europe, et il en serait de même d'une grande partie des îles du Spitzberg et de la Nouvelle-Zemble.
Rusiie méridionale. — En redescendant au sud de la Russie, et longeant ensuite le pourtour du bassin méditerranéen , nous trouvons d’abord une large zone cristalline, qui des côtes delà merd’Azow se dirige à l'O. -N. -O., et occupe une grandé partie du pays qui sépare le Bog du Dnieper pour aboutir aux marais de Pinsken conservant une largeur de 40 à 50 lieues. Vers l’embouchure du Danube, la région de la Dobrutsi^ia située sur sa rive droite, entre le rempart de Trajan et Isaktcha, est granitique, de même qu’au sud l'espace compris entre le golfe de Bourgaz et Midiah.
Hongrie | Turqui» d'Europe et Grée'. L’axe semi-elliptique
des Carpathes, depuis le méridien de Trauenstein jusque dans sa partie orientale dans les Siebenburgen , la Transylvanie et le Banat, présente d’importants massifs cristallins allongés dans le même sens, entourés de dépôts secondaires et tertiaires inférieurs au nord, et de roches ignées peu anciennes au sud. Au delà du défilé des Portes-de-Fer, dans la Turquie d’Europe, une grande partie des montagnes de la Bosnie, de la Servie et de l’Albanie, appartiennent, suivant les recherches de MM. Boué et Viquesnel, aux roches primaires, qui s’étendent, d’une part, jusque prés des côtes de la mer de Marmara, et de l’autre longent le golfe de Salonique. Elles composent les montagnes qui bordent la mer Égée, toutes celles de la Macédoine, l’Olympe, les côtes nord de la Béotie, la pointe de TAttique au cap Sunium , et toutes les îles de l’Archipel, qui se continuent dans la même direction, laissant au sud celles d'origine volcanique. La partie occidentale du Péloponèse, comprenant la Laconie, le cap Matapan et l’île de Cérigo , est formée de roches cristallines , comme la portion occidentale de Candie.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
iic-dr la Méditerranée. — Les montagnes de la Calabre et la pointe de la Sicile qui leur fait face, les trois quarts de l’ile de Corse à l’ouest et la moitié orientale de la Sardaigne, sur son prolongement, sont également primaires.
Erpagne. — En Espagne, à son extrémité nord-est, un massif granitique suit à peu près la direction de la côte, du cap Saint-Sébastien aux environs de Barcelone. Dans le centre de la Péninsule, la chaîne du Guadarrama au nord de Madrid, dirigée N.-E., S.-0„ le massif de Tolède au sud et d’autres allongés du N.-O. au S. -O. au milieu du terrain de transition de l’Estramadure, de la Sierra-Morena, d’Huelva, de Badajoz, etc., sont de roches cristallines. A l’ouest, le massif triangulaire de l’Alentejo s’élève du milieu des dépôts de transition. Enfin le massif le plus considérable de cette partie occidentale de l’Europe, partant de la vallée du Tage sur les limites de l’Espagne et du Portugal et constituant les provinces de Beira, d’Entre-Douro-et-Minho, de Tras-Qs-Montes et tout le royaume de Galice, est composé de roches primaires.
Si l’on faisait abstraction des vastes plaines de la Russie situées à l’est du 35* degré ou du méridien de Moscou , on pourrait regarder ces roches comme constituant au moins un cinquième de la surfa’ce de l’Europe.
Câtri nord de l'Arrique. — Sur le reste du pourtour de la Méditerranée, en longeant les côtes de l'Afrique, on les retrouve sur celles du Maroc, d’Alger, de la provinee de Constantin? et de Bone. Dans la partie nord de la mer Rouge, la presqu’île du Sinaï, comme les deux rives du golfe de Suez et d'Akabah, en sont formées. Elles sont très -développées dans la partie moyenne et occidentale de l’Asie Mineure , aussi bien que, dans plusieurs des îles voisines. Limitées au nord par la craie, au sud-est et au nord-ouest par les dépôts tertiaires, moyens ou inférieurs, elles sont traversées par des produits volcaniques récents, et les vallées qui les séparent sont occupées par des sédiments lacustres.
A«e occidentale. — La région occidentale du Taurus , le
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
pourtour oriental du mont Argé jusque près du lac de Van, la partie nord de la province d’Erzeroum et les limites de celle de Trébizonde sont indiqués comme formés de roches cristallines, et du pied de l’Ararat, qui élève son cône volcanique à 5280 mètres, non loin de Bajazid, longeant le lac Ourmiah, pour se diriger au sud-est, comme les montagnes de Zagros, une bande granitique ou de roches primaires semble accompagner la ligne de partage des eaux qui se jettent, au nord-est, dans la Caspienne, et de celles qui se rendent par le Tigre dans le golfe Persique. A l’est du lac Ourmiah et de Tauris, d’autres massifs granitiques Tiennent se rattacher à l'extrémité orientale du massif carbonifère, crétacé et nummulitique de l’Elbourz. que surmonte le volcan du Demavend.
A»îe centrale. — La chaîne méridienne de l’Oural, depuis la mer de Kara au nord jusque près des côtes de l’Aral au sud, est constituée, dans toute sa moitié orientale ou asiatique, par des roches cristallines que traversent d’une manière presque aussi continue une multitude de roches éruptives (porphyres, diorites, serpentines, etc.). Le massif central de l’Altaï, que flanque au nord le terrain de transition, est éga* lement cristallin jusqu’autour du lac Baïkal, et sans doute au delà; il parait en être de môme de l’axe de la presqu’île du Kamtchatka, comme de tout le massif de l’Himalaya, du Caboul aux frontières de la Chine, comprenant les plus hautes cimes du globe. On peut supposer qu’il en est encore ainsi dans les chaînes du Bolor, du Kouen - Lun et du Tchi-an- Tchan.
Le granité forme le substratum de la presqu’île occidentale de l'Inde au sud du Gange, recouvert par des dépôts secondaires et tertiaires, au milieu desquels il apparaît fréquemment, sauf dans la grande région trappéenne des Gathes et du Duncan, où ne se voit aucune roche cristalline ancienne, granitique ou schisteuse. Au sud, au contraire, tout le massif du Nilgherries, comme file de Ceylan placée sur son prolon-
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gement, est exclusivement granitique ou formé de gneiss et de micaschistes riches en pierres précieuses. H semble en être de même de la presqu'île orientale dans le royaume d’Ava, celui de Siani et la pointe de Malacca avec les îles voisines.
Afrique et Australie. — Dans sa partie orientale, le long de la mer Rouge, et en Égypte, à partir des cataractes, puis en remontant au sud vers le massif montagneux de l’Abyssinie, où prennent leur source toutes les eaux qui se rendent dans la Méditerranée et dans le grand Océan, le continent africain présente des roches primaires, ainsi que sur beaucoup d’autres points. Dans la région du Cap, on les observe encore sur la côte occidentale, et au centre même de ces immenses surfaces si peu explorées, mais dont l’émersion complète audessus du niveau des mers semble remonter à des temps plus anciens que dans la plupart des autres régions du globe. La plus grande partie de Madagascar et les îles de Kerguelen , situées à demi-distance du Cap et de l’Australie, comme la Nouvelle-Guinée, seraient aussi primaires, beaucoup de parties de la chaîne orientale de ce dernier continent, et presque tout son versant occidental, puis à l’ouest, d’Albany jusqu’à •la rivière Murchison, les îles du détroit de Bass, la portion nord de la terre de Van Diemen et sa région sud-ouest comme la chaîne centrale de l’ile sud de la Nouvelle-Zélande, sont formées de roches schisteuses cristallines, sans doute encore du même âge, les roches de transition pouvant, sur beaucoup de ces points, servir de repère pour les classer.
Amérique du Nord. — Si nous jetons actuellement un coup d’œil sur la composition des terres du nouveau continent dans l’hémisphère nord, nous trouverons toutes les parties connues du Groenland , des côtes de la mer de Batlin jusqu’au 75e degré, du détroit de Davis, du golfe des Esquimaux, les îles Melville, Boothia, Somerset, Southampton, James et le Labrador, c’est-à-dire tout ce qui entoure la mer d’Hudson, presque exclusivement composés de roches primaires. Cellesci s’étendent des terres Victoria à la terre de Wollaston, bor-
D1STBIB0TI0N GÉOGRAPHIQUE.
dent le lac Supérieur et les autres lacs du nord pour gagner le Canada et longer la rive gauche du Saint-Laurent jusqu’à son embouchure , occupant aussi l’ile de Terre-Neuve, pour constituer ainsi la plus grande région cristalline continue de tout le globe. Elles se prolongent encore au sud-ouest par le Nouveau - Brunswick et la Nouvelle-Écosse, les États de Yermont et du Maine, en formant au delà une partie de la chaîne des Alleghanies , accompagnées de roches de transition plus ou moins modifiées, jusque dans TAlabama, où elles se terminent le long des roches crétacées.
Dans les parties occidentales du nouveau continent, depuis les côtes de la mer Glaciale et le détroit de Béhring jusqu’au cap San -Lucas, à l’extrémité de la presqu’île de la Californie, régne une zone presque continue, d’une grande largeur dans l'Orégon et où le terrain primaire domine presque exclusivement. Une bifurcation de ce massif suit les Montagnes-Rocheuses dans leur axe jusqu’à Mazatlan, pour reparaître encore à l’est dans le Nouveau-Mexique. Des roches semblables existent aussi le long de la côte dans l'île de Vancouver, en remontant au nord dans celle d’Aliaska et dans quelques autres des possessions russes.
Amérique du Sud. — Dans l’Amérique méridionale , les roches primaires occupent trois vastes régions distinctes : la première est située au nord de l'Équateur, entre l'Orénoque et l’Amazone, s’étendant de l’Yapureà la Guyane; la seconde, à l’est, comprend au, moins la moitié de l'empire du Brésil, en se prolongeant au sud jusqu’à Montévidéo, à l’embouchure de la Plata; la troisième, à l’ouest, constitue une grande partie dos massifs des Andes , depuis le golfe de Guayaquil et probablement plus loin encore en remontant vers le nord, dans la Nouvelle-Grenade et le Mexique, jusqu’à la Conception et l’île de Chiloé, au sud. On observe en outre quelques îlots s’élevant du milieu des Pampas, sous le parallèle du cap Corrientes.
Terre» aiutraïc». — Les îles qui avoisinent le pôle austral.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
les Terres-Palmer, de la Trinité, Louis-Philippe, Graham, Adélie, Clarie, Sabrina et d'Enderby.etc., sont encore formées de roches cristallines primaires, comme celles du pôle boréal, et parfois éclairées aussi dans ces régions glacées par les feux volcaniques du mont Erehus , comme celles des régions arctiques par les volcans de l’Islande et de Jean Mayen, nous offrant à la fois, vers les deux pôles de la terre, les preuves de l’action ignée intérieure la plus ancienne et la plus récente.
RESUME
Si l’on fait abstraction des dépôts quaternaires qui recouvrent d’immenses surfaces dans le nord de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique, puis dans les grands bassins de l’Amérique du Sud, et enfin en Afrique et en Australie, et si l’on ne considère que les portions occupées par les sédiments de transition , secondaires et tertiaires , et les produits volcaniques modernes, on peut évaluer l’étendue superficielle des roches primaires à un quart de la partie géologiquement connue des continents et des lies.