CHAPITRE PREMIER
Géologie et Sources minérales, thermo-minérales de la Savoie.
Un bref aperçu de la géologie de la Savoie est indispensable pour comprendre le mode d’affleurement et la nature de la minéralisation des sources minérales, thermo-minérales, de cette région presque entièrement montagneuse. Les parties basses, de faible étendue, se réduisent en effet à des vallées profondes et encaissées, crêusées tantôt parallèlement, tantôt normalement aux plis par l'érosion fluviale et glaciaire. Quant aux montagnes, elles épousent la direction de l'Arc occidental alpin, dont elles sont parties inté-| grantes, sauf toutefois celles de la première zone, qui se rattachent au Jura.
Au double point de vue des terrains et des plissements, elles se distribuent, en effet, en plusieurs zones, qui sont, de l'Ouest à l'Est, par ordre de complexité et d'ancienneté croissantes, les chaînes jurassiennes, les massifs subalpins et les chaînes alpines propre-
ment dites.
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RÉGION JURASSIENNE. — Trois chaînes accidentent cette région, où elles représentent le dernier soubresaut et comme l'effort terminal de la poussée horizontale\ venue de l'Est, qui a produit la surrection des Alpes au tertiaire : la chaîne du Mont-Tournier de la cluse de Pierre-Châtel aux gorges de Chailles ; la chaîne de Lépine-Mont-du-Chat de Culoz aux Echelles; enfin, la chaîne du Gros-Foug-La Chambotte, du Val du Fiers à Aix-les-Bains. Elles sont dirigées du Nord-Nord-Ouest au Sud-Sud-Est, sur le prolongement du Jura méridional, et s’infléchissent légèrement à l'Ouest, avant de venir s’accoler aux massifs
subalpins ou plonger sous des alluvions récentes. Ce
sont des voûtes anticlinales simples, déversées à
l'Ouest, où elles dressent leur falaises abruptes produites par l'érosion ou l’écroulement des charnières, tandis que l’autre flanc des plis descend vers la vallée en pente douce. Les roches qui les constituent sont des calcaires, des marno-calcaires, des marnes ferrugineuses (source ferrugineuse de la Bauche), d’âge jurassique et erétacé (du Bajocien à l’Albien).
La zone jurassienne est limitée à l'Ouest par le Rhône et le Guiers, qui, avant de se réunir près de Saint-Genix-d’Aoste, franchissent le Mont-Tournier par des cluses, l’un à Pierre-Châtel, autre à Chaiïlles, isolant ainsi à l’ouest de cette chaîne une petite partie de la plaine dauphinoise et lyonnaise, à fond molassique recouvert d’alluvions glaciaires (cantons de Pont-de-Beauvoisin et de Saint-Genix-d’Aoste). Ces mêmes dépôts de la molasse, grès, poudingues, sables et argiles miocènes (de l’Aquitanien au Pontien), ainsi
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que les boues et cailloutis glaciaires forment également le remplissage de la vallée synclinale qui sépare le Mont-Tournier de la chaîne de Lépine, des Echelles à Yenne, par le lac d’Aiguebelette et Novalaise, et de la vallée du Bourget, qui s'étend à la limite orientale de la zone, entre les massifs subalpins (Nivolet, Revard), et la chaîne de Lépine. Au sud de Chambéry, cette dernière se prolonge par le vallon de Couz, tandis qu’au nord d’Aix-les-Bains, elle se bifurque, débouche à l’ouest de la Chambotte, par la cuvette du lac, dans la vallée du Rhône, et, à l’est de la même chaîne, se continue par la vallée de l’Albanais jusqu’en Haute-Savoie. |
RÉGION SUBALPINE. — Cette région est limitée à l’ouest par le val de Couz, les vallées du Bourget et de l’Albanais, et à l’est par la combe de Savoie (vallée de l’Isère, de Montmélian à Albertville), et la vallée d'Ugine. Elle comprend la presque totalité du massif des Bauges et la partie septentrionale du massif de la Chartreuse (bassin d’Entremont ou du Guiers-Vif). \Ces deux massifs sont séparés par la cluse de Chambéry-Montmélian, oblique par rapport à la direction des plis, qui fait communiquer la vallée du Bourget avec celle de l'Isère. à g
Dans cette région, la structure des montagnes change de style. Les plis se couchent à l’ouest, parfois s’empilent (Nivolet), les plis profonds ne concordant pas avec les plis superficiels (massif de Curienne, plateau de Jarsy). De plus, les vallées sont souvent logées dans les anticlinaux (Entremont, Sainte-Reine),
tandis que les synclinaux sont perchés au sommet des montagnes (Granier, Galoppaz, Colombier, Trelod, Arcalod, Arclusaz). Outre cette curieuse « inversion du relief », ce qui caractérise ces massifs, c’est le grand développement des formations secondaires, marneuses ou calcaires, auxquelles se superpose, dans les synclinaux, une série éogène plus ancienne que la molasse.
Les premières débutent au lias, pour se terminer à la craie. Dans le lias schisteux et tendre s’est ouvert le sillon subalpin, emprunté par l’Arly et par lIsère, d’Albertville à Grenoble. Il est surtout développé sur la rive gauche, où il sert d’enrobement aux massifs cristallins de la région alpine. Viennent ensuite les marnes du Dôgger et du Malm inférieur (Bajocien, Bathonien, Callovien, Oxfordien). Elles forment une ligne d’émergence de sources aux pieds des bancs calcaires du Malm supérieur (Séquanien, Kimméridgien, Tithonique) que l’érosion fait saillir en corniche (roches de Montmélian, Château de Miolans'. De même, à l’infracrétacé, avec les marnes du Valanginien et de l’'Hauterivien, surmontées par les formidables escarpements de l'Urgonien (Barrémien, Aptien), calcaires zoogènes, dont les gros bancs forment le couronnement de tous ces belvédères subalpins (Granier, Nivolet, Arelusaz, etc). Enfin, les couches phosphatées de l’Aïbien ou Gault (Entremont-le-Vieux, Bellecombeen-Bauges), et la craie siliceuse en dalles (Sénonien) terminent la série. Après une lacune et un épisodé continental] marqué par la présence de dépôts sidéro-
lithiques (Eocène) dans les poches des calcaires, on a
la série des grès du flysch et des calcaires nummulitiques (Auversien, Priabonien, Tongrien), au-dessus desquels il ne reste plus à signaler que des alluvions glaciaires.
RÉGION ALPINE. — A cette région appartiennent les hautes montagnes comprises entre le sillon subalpin et la frontière italienne, c’est-à-dire les Alpes de Tarentaise et de Maurienne. Elles contrastent avec les précédentes, non seulement par leurs altitudes, leur forme déchiquetée, leurs neiges persistantes et les glaciers qui étincèlent sur leurs sommets, mais encore par la variété, l’ancienneté, le caractère métamorphique des roches qui les composent et-surtout par l'extrême complexité de leur structure.
Les plis, en effet, présentent toutes les allures possibles: plis droits, déversés, couchés le plus souvent à l’ouest, parfois à l’est, et groupés en éventail, ou réduits par étirements à de simples écailles, qui chevauchent les unes sur les autres (structure isoclinale) ou qui, détachés de leurs racines, flottent sur des formations en place, comme des nappes ou des lambeaux de nappes (sommet du Mont Jovet). En certains points (nord du massif des Grandes-Rousses), on a reconnu, d’après les discordances, deux systèmes de plissements, dont l’un, d'âge Hercynien, intéresse les terrains anté-houillers qui furent ensuite repris et replissés au tertiaire avec tout l’ensemble de la chaîne. Très fréquentes dans les Alpes, où elles sont souvent accompagnées de brèches, ces discordances attesteui en outre divers mouvements du sol qui, du Houiller au
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Miocène, ont préludé en quelque sorte aux grands plissements tertiaires. |
On distingue, dans les régions alpines, {rois zones principales, clles-mêmes accompagnées de sous-zones.
a) Zone des massifs centraux. — On désigne ainsi les noyaux graniliques (amygdaloïdes cristallins), mts à nu par l'érosion et qui émergent du faisceau alpin sur la bordure externe où ils forment d'ailleurs les sommets culminants de la chaîne (Pelvoux, Mont- Blanc). Is affleurent le long de deux axes anticlinaux, séparés par une bande synelinale, qui constituent autant de sous-zones : à l’ouest, la sous-zone de Belledonne les Aiguilles Rouges; à l'est celle des Grandes Rousses — Mont Blanc, à laquelle se rattache le dôme granitique du Rocheray, près de Saint-Jean-de-Maurienne, Entre les deux, et marquée par une bande de dépôts vaseux, jurassiques (Jura moyen et liasique), la sous-zone synelinale, qui va du Col du Glandon à la vallée de Chamonix en Haute-Savoie,
Sauf l'extrémité nord de Belledonne, en partie granitique (granite d'Epierre), les autres massifs qui appartiennent, en Savoie, à cette zone, le Grand-Arc, Bellachat, le Mirantin sont constitués par des schistes cristallins, schistes amphiboliques ou sériciteux, micaschistes, souvent traversés par des filons métallifères, comme le granile lui-même, auquel s'associent localement de la granulite (Sept-Laux) et des euphotides (Lac Robert).
b) Zone intra-alpine. Ce sont les grès houillers anthracifères, qui représentent ici le plus ancien ter-
me de la série. Le Trias y est très développé, avec un