ACTTON ACTUELLE DES EAUX
elles tendent à ramener sur les côtes basses, sous forme de cailloux et de sable, les débris qu'elles ont arrachés ou reçus de toute paît. Elles les accumulent alors sur le rivage sous forme de talus ou levées qui atteignent le niveau des hautes marées, et qui offrent dans leur profil la courbe la plus convenable aux mouvements des eaux. Elles constituent ainsi, d'abord des dépôts de galets, car elles laissent premièrement ce qu'il y a de plus gros; puis des dépôts de sables, qui souvent aussi forment seuls toute la masse. C'est du sommet des levées de sable que partent les dunes (§ 87), lorsque la matière, fine et meuble, peut ensuite donner prise aux vents.
Quelquefois les levées s'appliquent immédiatement sur les pentes des roches de la côte ; mais il arrive le plus souvent qu'après avoir en partie comblé les baies et les golfes, la mer ne peut plus pousser ses flots jusqu'au fond des anfractuosités du rivage, et qu'elle forme en avant une digue naturelle sur laquelle les vagues viennent mourir. Dans ce cas, il reste derrière des terrains plus ou moins inondés, des marais et des lagunes, tantôt complètement fermés, tantôt offrant une ou plusieurs ouvertures qui donnent passage aux eaux fournies par les rivières du continent. C'est ce qu'on voit sur toutes les côtes basses, et ce que présentent d'ailleurs toutes les cartes. Ces dépôts relient entre elles les diverses saillies des rochers, et joignent souvent les tles au continent voisin.
Ces levées constituent des bourrelets plus ou moins <^ntinus; nommés cordons littoraux, qui régularisent, par des courbes simples, les anfractuosités naturelles des côtes, et au moyen desquels la mer s'est formée à elle-même une enceinte stable qui la sépare définitivement des terres, en opposant une barrière à ses flots. Dans les tempêtes, ces digues s'ont quelquefois rompues ; mais dans les calmes, ces ouvertures se réparent bientôt d'elles-mêmes.
§ 109. Les torrents, après avoir arraché des débris de toute part, les avoir ballottés, entraînés à plus ou moins de distance, finissent toujours par les déposer à mesure que leur vitesse diminue, par conséquent à la partie inférieure de leur cours, â leur jonction avec les rivières ou les lacs. De là des amas immenses dont les parties grossières sont souvent liées entre elles par les limons qui se déposent en même temps. Les grandes rivières qui coulent dans des vallées peu inclinées laissent généralement en arrière les parties les plus grossières et n'entraînent plus que celles qui sont en rapport avec la force qu'elles possèdent. Or, comme il arrive souvenl. que les pentes diminuent successivement, ces rivières laissent aussi^uccessivement déposer les matières qu'elles charrient, et par h élèvent graduellement leur lit; elles finissent même, vers la fin de leur
8i GÉOLOGIE.
cours, par se barrer é elles-mêmes le passage, et par se diviser en plusieurs petites branches, qui se forment des lits au milieu des sables et qui se déplacent successivement. Cette élévation du lit des rivières n'est nulle part plus apparente que dans le Pô, dont il a fallu toujours élever les digues pour empêcher ses divagations dans les plaines de la Lombardie; aussi ce fleuve est-il maintenant plus haut que les maisons qu'on avait jadis construites sur ses bords.
Les rivières ont couvert de sables les pays plats qu'elles parcourent sur une épaisseur et une étendue quelquefois considérable. Dans les grandes crues, ces sables sont souvent remaniés, transportés d'un point à l'autre, et forment çà et là des amas plus ou moins puissants, qui constituent, tantôt des lies au milieu du fleuve, tantôt des alluvions sur l'un de ses bords. Mais c'est surtout à leur embouchure, dans les mers à cordons littoraux, que les atterrissements deviennent plus remarquables. D'une part, il se fait des barres qui forment le prolongement sous-marin du cordon littoral, et sur lesquelles il ne peut souvent passer que de petits vaisseaux. D'une autre, les marais et les lagunes restés derrière le cordon littoral se comblent successivement, et il se forme enfin ce qu'on nomme des deltas, à cause de la forme triangulaire qu'ils affectent, comme aux extrémités du Rhône, du Pô, du Nil, du Mississipi, du Gange, etc., où même les atterrissements, après avoir tout rempli, ont dépassé la digue naturelle et se sont avancés dans la mer. C'est ainsi que des villes où se trouvaient jadis des ports très-fréquentés, sont maintenant au milieu des terres, parce que les bras de rivières, les canaux, les lagunes au bord desquelles^elles se trouvaient, ont été comblés ; beaucoup d'autres ne se sont conservées que par des travaux extraordinaires contre les atterrissements.
Dans les.parties des mers où il n'y a pas de cordons littoraux qui aient préparé des réceptacles aux alluvions, les rivières débouchent par de larges ouvertures, comme la Gironde, la Loire, la Seine, la Tamise, l'Amazone, la Plata; les débris charriés par les eaux sont jetés dans la mer et s'y arrangent alors au gf é des vagues. Ces sortes d'embouchures libres ont été nommées deltas négatifs ou estuaires.
g 110. Les rivières transportent aussi beaucoup de débris organiques, surtout de végétaux qu'elles reçoivent dans leur cours. Il se fait dès lors çà et là des amas de ces matériaux, surtout dans les grands fleuves qui parcourent des contrées où la main des hommes n'a pas encore délruit les immenses forêts quicouvrent le pays. On en cite de grands dépôts dans le lit du Mississipi, le plus long peutêtre des fleuves de la terre, celui où les affluents sont les plus considérables; ils y forment d'immenses radeaux de troncs d'arbres