AFFAISSEMENTS
g 152. consUiérattoM séaérmles. — Quelle que soit la*hauteur à laquelle nous puissions reconnaître des dépôts fluviatiles, il n'y a rien qui doive nous étonner; car nous concevons parfaitement qu'à diverses époques il ait pu exister des lacs à tous les étages de nos continents, ^comme il s'en trouve encore aujourd'hui, et qu'après leur écoulement les dépôts soient restés à sec sur le terrain. Mais nous trouvons aussi des dépôts marins à toutes les hauteurs, en couches épaisses très-étendues, et il n'est pas aussi facile de s'en rendre compte au premier ùioment. De tels dépôts n'ont pu évidemment se former que sous les eaux de la mer; et, puisqu'ils se trouvent à des milliem de mètres au-dessus de son niveau actuel, il faut admettre de deux choses l'une : ou que les mers ont été élevées à ^ne certaine époque au-dessus de ces points, et pendant assez de temps pour y former des couches puissantes, ou bien que ces dépôts, formés au-dessous du niveau actuel, ont été ensuite soulevés du fond des mers jusqu'à la hauteur où nous les trouvons aujourd'hui. Or rien de ce que nous pouvons observer dans les phénomènes de l'époque actuelle ne nous autorise à penser que les mers aient pu se trouver autrefois à une pareille élévation pendant un temps suffisant pour y former des dépôts considérables, puisque leur niveau n'a pas changé d^epuis les temps historiques (g 34) ^ Rien en-
* Nous tîiisons abstraction du déluge universel, qui est indiqué dans les livres saints comme une catastrophe de très-courte durée, et par conséquent incapable
core ne nous conduit à comprendre ce que le surplus des eaux audessus du niveau actuel (un volume beaucoup plus grand que ce qui reste aujourd'hui (g 12), pourrait être devenu» à moins d'admettre le concours de la volonté divine, qui dès lors se serait plu, dans les temps anciens, à faire apparaître ou disparaître ces eaux un assez grand nombre de fois, et à interrompre même les lois de leur équilibre. En effet, très-souvent les dépôts coquilliers qu'on aperçoit çé et là à une grande hauteur ne se retrouvent pas sur les sommets correspondants, et se présentent, au contraire, à peu de distance, avec tous leurs caractères, à des milliers de mètres plus bas : dés lors il faudrait supposer que les eaux ont pu s'élever considérable^ ment dans le premier de ces points, et rester basses dans l'autre, ce qui est absurde; ou bien admettre que les mêmes animaux pouvaient vivre aussi bien à la surface des eaux qu'à d'immenses profondeurs, ce qui est contraire à toutes les observations. Il ne nous reste donc de raisonnablement admissible que l'idée des soulèvements, idée appuyée du moins sur les faits positifs qui ont eu lieu de nos jours, et qui, sans doute, ne sont pas les seuls qui se soient manifestés à la surface du globe. Si les soulèvements ont pu exercer subitement leur action sur deux cents lieues de côtes au Chili (g 32), en s'étendant au large jusqu'aux îles Juan-Fernandez, s'ils se font avec lenteur dans tout le golfe de Bothnie, dans la Suède et dans la Finlande (g 55), sur une surface qui n'est pas moins étendue, nous comprenons que de vastes contrées aient pu être également soulevées partout ailleurs et dans tous les temps. L'énorme masse liquéfiée qui forme l'intérieur du globe, oscillant d'un côté ou de Tautre sous sa mince écorce (g 8), a pu la bosseler dans tous les sens, et il n'en faut pas davantage pour pousser des continents hors des mers et en varier le faible relief de toutes les manières (g 11). Et qu'on ne s'effraye pas de ce que de tels effets paraissent avoir de gigantesque ; c'est parce que nous les comparons à notre faiblesse que nous les jugeons ainsi, car ils ne sont rien relativement au globe lui-même. Que sont don€ les 7821 mètres de hauteur de l'Himalaya, la plus haute montagne connue, et les 8000 mètres de profondeur fournis par les plus forts sondages au milieu des mers (g 12), relativement à plus de
d'avoir produit les immenses dépôts que nous connaissons, que tout doit faire considérer comme formés lentement. Cette catastrophe d'ailleurs est moderne, et na peul se rapporter qu*à la dernière modification de nos continents (§ 375 à 378); or tous les dépôts de coquilles dont nous voulons parler sont de beaucoup anlcricurs, et dès lors n'ont aucun rapport avec les faits décrits par l'historien sacré. Voyei la détail des principaux soulèvements.
6 millions de mètres que présente le rayon moyen delà terre? Et cependant de telles éminences, ou de telles profondeurs, qui ne produiraient que 1 millimètre de saillie, ou 1 millimètre de creux sur une sphère de 1 mètre de rayon, sont déjà des raretés ^ur notre globe, où les grandes inégalités ne sont pas même comparables aux petites cloques qui passent inaperçues sur les coulées de verre ou de métaux préparées dans nos usines. Si nous joignons à ces réflexions ridée de Timmense force qui s'exerce souvent de Tintérieur de la terre à Textérieur (g 75), rien ne nous étonnera dans les phénomènes qui se présentent à nous. Voyons cependant comment les faits justifient cette conséquence.
g 155. DépAto eoquillierii et plages «onleTées. — Ce qui caractérise les parties de terrain soulevées de nos jours au-dessus des mers, c'est la présence, à la surface des rochers mis à nu, de divers coquillages ordinairement fixés à fleur d'eau, comme les balanes, les moules, etc. (g 32) ; ou bien celle de quelque dépôt coquillier identique avec ceux qui se forment journellement au fond des mers voisines. Or, en examinant les collines qui bordent les côtes du Chili, on a trouvé sur les plateaux qui se succèdent en terrasses, et dont les bords sont parallèles aux rivages actuels, des coquilles semblables à celles qui ont été mises à sec sous nos yeux, et qui sont encore adhérentes aux rochers, ainsi que des dépôts coquilliers qui renferment les mêmes débris organiques que ceux qui se forment dans l'océan Pacifique. N'est-il pas de la plus grande probabilité que ces dépôts sont aussi les résultats de soulèvements successifs, semblables à ceux qui se sont manifestés de 1822 à 1837 ? Cette conséquence est fortifiée par l'observation faite à l'île San- Lorenzo, près de Lima, où l'on a trouvé, à 30 mètres au-dessus de la mer, des dépôts semblables qui renfermaient des joncs tressés» des portions de fil de coton, des débris de poteries, ce qui annonce évidemment une formation effectuée depuis la présence de l'homme dans ces contrées ; or, puisque le niveau des mers n'a pas changé depuis les temps historiques (g 34), il faut bien que ce soit par soulèvement que ces dépôts aient été mis au jour.
g 154. Les côtes de la Suède se soulèvent lentement, comme il a été établi par les observations les plus précises (g 35). Or, en creusant un canal prés de Stockholm, on a trouvé au milieu des lits de sable, d'argile et de marne, remplis de coquilles semblables à celles qui viyent dans la Baltique, des débris de vaisseaux fort anciens et ane cabane en bois. Donc toute cette contrée, jadis sous les eaux, a été soulevée depuis l'existence de l'homme, c'est-à-dire depuis que l'Océan est invariable. Il devient dès lors infiniment probable que le