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SOULÈVEMENTS

§ 165. Pourquoi il tant supposer des redressements. — Les dépôts arénacés et coquilliers que nous trouvons à la surface solide du globe se présentent fréquemment en couches sensiblement horizontales, comme ceux qui se forment sous les eaux,(gl08 à 116). Dans ce cas, les galets aplatis, les valves d'huttres ou d'autres bivalves sont déposés à plat, et les coquilles turriculées couchées sur leur longueur (fig. 112), circonstances qui s'accordent avec l'idée de formation lente par des matières livrées à la seule action de la pesanteur. Cependant il arrive souvent aussi que nous voyons ces couches plus ou moins inclinées dans certaine partie de leur étendue, redressées même jusqu'à la verticale, et quelquefois renversées; or on y reconnaît encore alors tous les caractères de l'horizontalité primitive, caries débris de coquilles et les galets aplatis se trouvent toujours disposés parallèlement aux plans des couches (fig. 113), comme dans la partie demeurée horizontale. Certains dépôts renferment aussi des géodes d'agates dans lesquelles on voit des stalactites

dont Taxe est plus ou moins incliné (fig. 114), ce qui est directement, opposé à la manière dont se produisent ces sortes de configurations.

««CS3S3 *sssss9

Fi>. 112.

Fig. 113.

Fig. lU.

Fig. 115.

Il résulte de là que ces dépôts ne se sont pas formés en couches redressées comme nous les voyons aujourd'hui : car, d'un côté, lesdé- Ws de coquilles et les galets auraient culbuté pour se placer en équilibre stable ou rouler au pied des talus; de l'autre, les stalactites Baseraient formées suivant la verticale (fig. 115). Tout nous montre donc que les couches étaient d'abord horizontales, et qu'elles ont été dérangées de cette position naturelle postérieurement à leur formation ; c'est là un des grands phénomènes géologiques dont nous avons à rechercher la cause.

g 166: Pour nous guidpr dans cette étude, nous avons, comme point de comparaison, les effets produits pendant les tremblements de terre, et ceux qui résultent des phénomènes volcaniques. D'un côté, les crevasses qui se forment alors dans le sol, jusqu'à une profondeur plus ou moins considérable, ne peuvent être évidemment que l'effet d'un soulèvement ; car l'écartement des parties ne résulte ici ni du dessèchement ni du refroidissement qui auraient pu produire des retraits dans la masse. Aussi remarque-t-on, dans le voisinage des fentes, que le sol ne se trouve plus sur le même plan que le reste de la contrée, qu'il est alors plus ou moins bombé, et que souvent une des parties est plus élevée que l'autre (§ 30). Or, pour que le sol ait été soulevé, il faut bien que les couches intérieures aient été dérangées de leur position ; par conséquent, lorsque, dans un terrain à couches horizontales, il se fait une fente en ligne droite (comme g 30, fig. 9), il faut que les couches se trouvent inclinées de part et d'autre sur toute sa longueur, comme les deux pentes d'un toit. Lorsqu'il se fait plusieurs fentes divergentes (comme fig. 10), les lambeaux de terrain doivent s'incliner symétriquement autour de l'axe de soulèvement.

Nous avons aussi, d'un autre côté, les phénomènes que présente

134 eÊOUOGXE.

' le Monte ff novo, d'aboid souleYé , puis creyé an sommet, et nous montrant anjooidlini, leleyés autour de son axe, tous les dépôts qui se trouvent en couches horiiontales dans le reste de la Campanie.Enfin, sur une plus grande échelle, nous ayons les couches releyéês autour du centre d'action de Santorin, et tous les faits du même genre, que nous yoyons dans un* grand nombre de lieux où Faction volcanique se manifeste encore de nos jours (§ 59 à 51).

Kaintenant, si nous trouyons que toutes les couches inclinées que nous observons à la surface du glohe peuvent être rapportée^ à Tune ou à l'autre de ces dispositions, nous serons en droit de conclure qu'elles ont été relevées par les mêmes causes; or c'est précisément ce que nous allons reconnaître partout.

S 167. raines. — Nous avons vu que, quand il se fait une creyasse, il arrive souvent (§ 30) que Tune des parties du terrain se trouve plus élevée que l'autre, tant lorsque la fente demeure ouverte que quand elle se referme subitement. Or les mêmes dispo, sitions se présentent très-fréquemment à ia surface du globe, et il est à présumer qu'elles ont été produites par une circonstance semblable, par un soulèvement. Les couches sont alors inclinées de part et d'autre (fig. 116), et l'une de?

parties se trouve plus ou moins élevée au-dessus de celle qui lui est adjacente; à la jonction on distingue Fig. 116. Exemple de faiUe. quelquefois, parles travaux souterrains, soit une fente ou verte, ou remplie postérieurement de gravier, soit une fissure légère, ou tout au moins une surface de sé^ paration, dont les plans sont lisses et quelquefois polis ou striés verticalement, ce qui annonce une crevasse fermée, un glissement d'une partie sur l'autre. Ces dispositions ont été désignées sous le nom de faxlle$y de l'allemand falU chute, affaissement, parce que l'une des parties se trouve plus basse que l'autre ; elles se mani-^ festent dans toute espèce de terrain, et présentent alors des crêtes qui s'étendent sur de très-grands espaces, à peu près en ligne droite, quelquefois interrompues çà et là, mais dont les différentes parties se trouvent dans la même direction. 11 en résulte des croupes de montagnes plus ou moins élevées, assez communes à la surface de la terre, et dont les Vosges, le Jura, les Alpes, les Cévennes, etc., nous offrent un grand nombre d'exemples.

Si les failles se manifestent à la surface du sol par des crêtes plus ou moins relevées, on les reconnaît aussi à l'intérieur de la terre

par les dérangeménls qu'elles ont occasionnés dans les dépôts exploités pour les besoins des arts. C'est ainsi, par exemple, que dans les houillères une même couche de combustible, a, b, e^

(fig. 117), se trouve quelquefois tellement dérangée çà et là de sa position, que le mineur, après Tayoir exploitée sur une partie de sa direction, de d en c, par exemple, la voit tout à coup Kg. 117. Couche duioquèepar des faiUef. finir, il abandonnerait évidemment tous les travaux si Texpérience ne lui avait appris qu'ensuivant la faille il retrouvera le dépôt soit au-dessus, soit au-dessous du point où il s'est trouvé subitement arrêté.

Quelquefois il est aussi résulté de ce dérangement des couches de funestes erreurs pour les spéculations. Voyant, par exemple, à la surfece du terrain divers affleurements de matière exploitable, a, bf c, d (fig. 118), on en a conclu la présence d'autant de couches différentes, et par conséquent une grande apparence de richesses, pour lesquelles on pouvait faire toutes les avances possibles, lorsqu'on réalité ce n'était que la même couche, disloquée et remontée à différents niveaux par des failles successives.

Fig. lis. Diêloeatw» domkoU à ime teule couche l'apparence de plusieun.

g 168. M«p«0lttoii cratériffurMe. — La formation connue du Monte Nuovo, en nous faisant comprendre le relèvement des couches que présente sa cavité cratériforme (g 40, 51), nous conduit à attribuer aussi à des soulèvements, dont les époques sont inconnues, la structure de plusieurs autres buttes de la même contrée, telles

que celles de la Solfatare de Pouzzoles, de Camaldoli, d'Asti*oni, etc., où les couches sont toutes relevées vers Taxe de l'excavation qu'on trouve au Rg. 119. DtsposUicn cratériforme avec centre. Dans ces buttes, le fond butte de trachyte au centre. de la cavité, surtout à Astroni

(fig. 1 19), présente souvent la pointe d'un dôme trachytique, qui

isn

Fig. 1^. Butte à couches relevées vers le sommet.

sans doute en se soulevant comme à Santorin (g 49, 57), a produit le relèvement des couches du tuf ponceux environnant. Ces buttes à cratères expliquent immédiatement toutes celles des Champs-

PhélégréenSy qui sont pleines au sommet, mais dont toutes les couches se relèvent également autour d'un axe (fig. 120); probablement il se trouve aussi à leur base quelque pointe de cône qui ne s'est pas élevée avec assez de force pour crever le sommet. Ce qu'il est important de remarquer, c'est que ces buttes isolées se trouvent , généralement alignées par files dirigées toutes de la même manière, ce qui semble indiquer des crevasses sur la direction desquelles, comme nous l'avons vu dans les volcans brûlants (g 66), les matières fondues tendaient à sortir.

Nous trouvons en beaucoup de lieux des circonstances tout à fait semblables sur une plus grande échelle. Dans le Cantal et le Mont- Dore, des nappes basaltiques et trachytiques (voyez Minéralogie), qui, d'après leur uniformité d'épaisseur, ne peuvent avoir été déposées que sur un sol horizontal (g 67), se trouvent maintenant relevées autour d'un ou de plusieurs centres, laissant vers leur point

de convergence un bassin cratériforme plus ou moins étendu, ou se dressant autour d'un dôme trachytique (fig. 121), quelquefois élancé, comme le pic de Ténériffe, au-dessus des escarpements qui l'entourent. Des masses granitiques, comme au hameau du Pal, près de Montpezat en Vivarais, présentent également des cirques au milieu desquels s'élèvent des buttes de basaltes ou de scories, dont l'apparition à sans doute suivi la première explosion» comme au Monte Nuovo et à l'île Saint-Georges (g 39, 40). Le bassin de Schemnitz, en Hongrie, n'est aussi qu'un vaste cratère de soulèvement, à peu près libre, n'ayant qu'une butte basaltique au centre, et dont le pourtour est en grande partie formé par des couches de porphyre vert qui sont relevées de toutes parts. D'autres porphyres forment de même un cirque, dont les sommets sont couverts de neige, autour de l'Elburz, le pic trachytique le plus élevé du Caucase. Dans tous ces cas, la masse de l'enceinte circulaire se trouve coupée par des vallées profondes, résultat corrélatif du soulèvement, et qui rappellent inévitablement les barancos de Palma (g 51); ces ruptures,

Fi;::. 1*21. fiappes redressées autour d'un dôme trachytique.

REDRESSEMENTS ET DISLOCATIONS ANCIENNES. iol

en un mot, présentent tous les caractères que nous avons indiqués dans les cratères de soulèvement.

§ 169. Mais ce n'est pas seulement dans les contrées qui présentent des basaltes, des trachytes, des scories et des ponces, que ces dispositions cratériformes se manifestent; elles ne sont pas moins communes dans beaucoup de localités où la nature des roches ne rappelle en rien les volcans. Et d'abord, au milieu des. Alpes, on voit des calcaires, des schistes, diverses sortes de roches former, par leurs couches relevées, un vaste cirque au milieu duquel s'élève le Mont-Blanc, à peu près comme le pic de Ténériffe dans son enceinte basaltique. Plus loin, à l'ouest, dans l'Oisan, le cirque qui entoure le hameau de la Bérarde, si bien décrit par M. Élie de Beaumont, présente, par la disposition de ses couches de gneiss relevées, par ses crevasses au pourtour, par l'unique vallée qui y donne entrée, les caractères les plus positifs qu'on puisse observer dans les cratères de soulèvement. Les cirques qui se trouvent dans le haut de la plupart des grandes vallées des Alpes et ceux que ton voit sur divers points des Pyrénées offrent encore des circonstances semblables ; c'est-à-dire qu'on y voit des couches relevées de toutes parts vers leurs centres, mais quelquefois interrompues, comme au pied du Mont-Rose, par des roches massives où la stratification disparaît (§116). Partout, au milieu des granités ou des porphyres divers, on rencontre des cirques analogues, dont les parois escarpées sont découpées par des vallées plus ou moins profondes, dont le centre est occupé par un laq, et où les rivières prennent leur source ; c'est ce qu'on voit dans les Vosges au pied des ballons, dans le Morvan, dans les montagnes de Tarare, etc. Ailleurs, des buttes de porphyre noir, ou mélaphyre, se trouvent ainsi au milieu d'un bassin autour duquel les couches de schiste et de grès houiller se trouvent relevées, comme à Bitschwiller dans les Vosges, etc.

g 170. Même dinposition dans les terrains calcaires. — Les

contrées calcaires nous présentent tout aussi bien que les autres ces sortes d'accidents; seulement les cavités cratériformes, au lieu d'être à peu près circulaires, comme celles que nous avons indiquées jusqu'ici, sont le plus souvent allongées et très-irrégulières, comme on le voit surtout dans les montagnes du Jura. Ce sont, en général, des effets produits en longueur, comme des fentes, qui s'étendent quelquefois à de très-grandes distances, et ont formé sur leur direction des buttes allongées, alignées entre elles, offrant çà et là des sommets plus saillants. Or ces sommets sont le plus souvent déchirés, et présentent ce au'on a nommé des vallées fer»

l'8 GÉOLOGIIÎ.

mées ou des vallées d^élévatioii (hg. ii% qnl,en dénoitive, n

sont que des cratères de soulèvement.

Fig. lîî. Plm d'a% eralere de iouIttmaU ilaiu lei lerraiiu CBlealrtt.

Les déchirements des montages calcaires ne présentent pas toujours Tuniformité cratériforme que nous avons jusqu'ici indiquée. D'une part, il arrive que sur l'une des pentes les couches déchirées sont restées en arrière, taudis que sur l'autre elles ont été soolerées : le déchirement se présente alors, dans la coupe transrerRalei comme lig. 133. Ailleurs, les couches supérieures se sont comme

DitpnUfoM iiimêt* itt erattrt» de iimièraiieu dam àa Utrtmt etkakm.

retirées dans le sens horiiontal, et, les couches inférieures se bombant sans se fracturer, il en est résulté des dispositions comme fig. 121. Souvent parmi les couches soulevées, il en est qui se désagrègent très-facilement et dont la saillie se trouve bientAt culbuta, ce qui entratne la chute des couches solides supérieures; il en résulte diverses crêtes de roches parallèles les unes ans autres, séparées par de petites vallées, souvent fermées, où se rendent les eaux pluviales, et qui se couvrent alors de végétation : la crête générale de la montagne se présente alors dans la coupe comme fig. 135. Quelquefois aussi le sommet ne présente plus qu'une masse de blocs calcaires entassés les uns sur les autres, et qui se

troayent disposés en lignes comme si on les avait rénnis par nature de pierre. Enfin remarquons que, qnand il s'est formé denx soulèvements parallèles (comme fig. 126), il arrive quelquefois qu'une portion a du terrain s'est trouvée emportée, et qu'elle forme alors le point culminant de tout le massif, en présentant l'apparence d'une répétition de certaines couches dans le même dépôt.

Dans les terrains calcaires que nous venons de citer, la partie centrale du soulèvement cratériforme ne présente le plus souvent que l'une des couches sédimentaires composantes, qui se trouve alors plus ou moins bombée. Mais il arrive quelquefois aussi qu'il apparaît au centre du déchirement des matières en masse, d'une nature ou d'une autre, très-différentes de celles du terrain bouleversé. C'est ce dont nous avons eu des exemples dans les Champs- Phélégréens, par les buttes trachytiques qui se trouvent au fond des cratères de soulèvement formés au milieu des couches sédimentaires d'agglomérats ponceux (iig. 119). Nous en avons aussi dans les Alpes, comme dans beaucoup d'autres contrées, où nous voyons des masses granitiques, et beaucoup d'autres roches cristallines, crevasser et redresser les divers dépôts de sédiment sous lesquels elles apparaissent, et les traverser quelquefois comme par une vaste boutonnière qui s'est faite au milieu d'eux. IVous apprécierons plus tard la valeur de ces faits.

g 171. Relèvement e( eoiitonmement mmMÈm dMleeation. «^ Si le redressement des couches est souvent accompagné de ruptures, il arrive fréquemment aussi qu'il se fait sans aucune dislocation apparente. Nous l'avons déjà remarqué dans les monticules isolés des Champs-Phélégréens (fig* 120), et on le voit également sur des longueurs plus ou moins considérables qui présentent alors des côtes plus ou moins saillantes, ou des lignes anticlinaks, suivant une expression reçue, formées par des couches relevées de part et d'autre comme. les deux pentes d'un toit : cette circonstance présente encore des effets comparables à ceux qu'occasionnent les fentes, mais produits alors sur des couches susceptibles d'un certain degré de flexibilité, comme les matières placées au centre des figures précédentes. Les montagnes du Jura nous en offrent un grand nombre d'exemples; on y voit souvent diverses crêtes parallèles de ce' genre que les plus simples cartes indiquent très-clairement, et qui laissent entre elles des vallées plus ou moins larges, sur les deux pentes desquelles les couches se trouvent relevées. 11 en résulte de grandes ondulations de couches, qu'on remarque surtout dans les escarpements produits par les divers déchirements, ou cluses, qui coupent transversalement les crêtes en un grand nombre de

lieux. Ces ondniations en grand, qui sont représentées fig. 137, n» sont interrompues que par les déchirements cratériformes des sommets, comme en a, que nous avons indiqués précédemment.

Fig. 137. dmloummenu du Jvra. VtUèa ie pliaumaU. g 172. PliMunneBt dea oanehea aeUsienBea. — Les COntOUr*

neraenls se font aussi remarquer dans d'autres circonstanœs, où il semble que les couches, à un cerlain état de flexibilité, ou peutêtre à l'état pâteux, ont élé plutôt comprimées en deux sens opposés que soulevées. C'est en effet l'idée à laquelle on est naturellement conduit par certains faits qu'on observe dans les dépôts de matière à structure schisteuse. Souvent il arrive que les feuillets de ces dépôts, au lieu de se continuer sur un mSme plan horizontal on incliné, se trouvent tous extrêmement contournés sans cesser d'être parallèles, ou repliés sur eux-mêmes en zigzags plus on moins aigns (fig. 128). L'idée de la cause d'un tel plissement a

Fig. ISB. CMioammeM da nMUe*. Fig. 139. Cmtannmai ta kauille*.

élé vérifiée jadis par sir James Hall, qui, après avoir placé les nnes sor les autres des galettas d'argile humectée, et les avoir

chargées d'un certain poids, imagina d'en comprimer latéralement l'ensemble. Toutes les couches se replièrent à la fois, comme il rayait pensé, et prirent une disposition tout à fait semblable à celle des dépôts schisteux qu'il avait observés. Le même effet s'obtient avec des feuilles de carton mince détrempées suffisamment, et qui ont l'avantage de conserver en se desséchant la forme qu'elles ont prise pendant l'expérience.

On observe fréquemment dans les terrains houillers des circonstances complètement analogues : toutes les couches de ces dépôts, tant argileuses que combustibles, se trouvent repliées à la fois, et souvent sous des angles vifs (comme fig. 129). C'est ce qu'on observe surtout îd une manière très-remarquable dans les houillères des environs de Mons en Belgique.

Maintenant, comment ces compressions ont-elles eu lieu? C'est ce qu'il faudrait en quelque sorte expliquer pour chaque localité; mais on conçoit que, dans un dépôt à couches inclinées dont la masse est poussée de bas en haut, la paitie supérieure presse de tout son poids sur la partie inférieure, et que les couches de celle-ci, placées dès lors entre deux forces opposées, peuvent se replier sur ellesmêmes si elles sont assez flexibles. D'un autre côté, comme des matières en fusion se sont souvent introduites de vive force dans les dépôts de sédiment, on conçoit qu'il en soit résulté des compressions latérales qui ont produit les mêmes effets.

§ 173. •rigine des Taiiées. — Si les montagnes ne sont que les résultats des dislocations qui ont eu lieu â la surface du globe, lès vallées ne peuvent plus nous offrir aucune difficulté. Les premières idées qu'on s'est faites sur leur origine ont eu pour base le creusement par l'action érosive des eaux; mais alors les montagnes devant être préalablement formées, il est clair que les eaux auraient toujours dû suivre la pente naturelle du sol, et le sillonner uniquement dans ce sens, comme font aujourd'hui les pluies d'orage; lorsqu'elles se trouvaient arrêtées par un obstacle, ou dans un bassin, elles auraient dû couper préférablement les dépôts de sables et de graviers, ou se déverser par le point le plus bas. Or nous voyons précisément le contraire de ces actions naturelles : les vallées ne suivent pas, en général, la pente réelle du terrain; ce n'est pas par la partie la plus basse des bassins que les eaux se sont généralement déversées, ni à travers les terrains meubles qu'elles se sont fait un passage. On ne voit pas, en effet, pourquoi la Meuse ne Vient pas se jeter dans la Seine, en suivant la pente naturelle du sol, et pourquoi elle coupe au contraire les Ardennes à contrepente; pourquoi le Rhin se détourne vers Mayence, en coupant un

i42 GÉOLOGIE.

terrain solide, plutôt que de suivre sa direction à travers des terrains plus bas et plus incohérents pour se jeter dans le Weser; pourquoi le Rhône, parvenu à Saint-Genis, ne. coupe pas les terrains arénaoés qui lui barrent le passage pour se continuer vers la Tour-du-Pin, et se détourne brusquement au nord pour aller passer à travers des calcaires bien plus solidement agr^s et plus difficiles à entamer. Partout on peut faire des observations du oième genre, et il semble que les rivières aient toujours reculé devant les dépôts qui, précisément, leur offraient le moins de résistance. La conséquence à tirer de ces faits, c'est que les rivières, au lieu d'avoir creusé leurs lits, comme on Ta pensé, se sont tout simplement dirigées par des canaux qu'elles ont trouvés tout établis. Or il n'est pas difficile de remonter à l'origine de ces canaux; ils sont évidemment le résultat des soulèvements qui ont bosselé et déchiré ' la surface du sol jusqu'alors horizontale. Il est clair, en effet, que les couches inflexibles ont dû alons se briser, et qu'il s'est fait en ifonséquence un nombre plus ou moins considérable de fentes, comme dans la coupe transversale (fig. 130). Ces fentes sontdeve-

Fig. 130. Production âês vallées par iitlocatUm,

nues des vallées, placées de différentes manières les unes par rapport aux autres, suivant les circonstances du soulèvement : parallèles si l'action, ayant lieu sur une certaine direction, s'étendait suffisamment en largeur; divergentes si l'action se manifestait en un point, comme dans certains massifs de montagnes; souvent enfin perpen* diculaires à la direction des chaînes soulevées, comme les fentes secondaires qui se manifestent pendant les tremblements de terre (g 30, fig. 9), ce qui dut avoir lieu surtout lorsque l'action intérieure forçait quelques matières cristallines à sortir par la fente principale. On conçoit facilement que les crevasses soient restées plntôtouvertes dans les matières solides que dans les dépôts arénacés, dont les éboulements tendent à combler successivement les vides; et voilà pourquoi les rivières semblent avoir fui les terrains meubles, qu'elles auraient pu si facilement entamer si elles n'avaient trouvé un lit préparé dans une autre direction. De même, dans les bassins successifs que la plupart des vallées présentent, et qui s'offrent à nos yeux comme autant de lacs (g 18), on reconnaît aisém^t la cause des défilés par lesquels les eaux s'échappent : ce sont encore des crevasses qui ont dû s'ouvrir surtout dans les matières solides.

^ g 174. iBfliMnee «m cmiz mar le0 ▼allées. *- Il ne faudrait pas conclure cependant que les eaux n'ont jamais eu aucune influence sur la configuration des vallées. 11 est à croire, au contraire, que, dans les éyénements qui ont si subitement crevassé une contrée et ont fait écouler tout à coup les eaux qui s'y étaient rassemblées, il s'est produit des courants d'une force effrayante qui, en arrachant et idéblayant toutes les parties fracturées par le soulèvement, ont modifié les passages qui leur étaient offerts (g 92 à 96). On ne peut douter que tous ces débris, charriés avec une vitesse prodigieuse, n'aient sillonné fortement toutes les roches qui restaient en place, et contribué pour beaucoup à l'élargissement et à l'approfondis- «ement des gorges que la rupture avait commencées; nous en avons pour témoins l'usure des roches et les sillons que nous apercevons sur le flanc des vallées, dans la direction des blocs qui ont été transportés au loin à l'époque de ces grandes convulsions de la nature (g 302 à 509). La plus grande partie de nos vallées ont été évidemment façonnées postérieurement par les eaux, et il n'y a que celles qui ont apparu les dernières, comme dans les Alpes du Valais, dans les Andes, etc., qui conservent des traces plus nettes de leur première origine.

n est probable aussi que certaines vallées qui traversent des terrains meubles, peu disposés à se fracturer, ont été entièrement produites par l'action des eaux. Les vallées auxquelles on peut attribuer cette origine présentent des caractères fort différents de ceux des premières : d'un ç6té, elles suivent les lignes naturelles des pentes ; d'un autre, elles se dérangent de leur direction à l'approche des masses qui offrent plus de résistance, et autour desquelles elles tournent, pour rester constamment dans les dépôts meubles. Telles sont les vallées qui sillonnent les grands dépôts de cailloux roulés qu'on trouve au pied des Alpes occidentales, dans la Bresse, dans

le Bas-Dauphîné, tout le long de

la vallée du Rhône et dans celle

de la Durance (§ 209). La plupart

^^^^^^^g^^^ïtàF de nos grandes rivières ont elles-

^^&^^^^v^^^^^l^ mêmes creusé leurs lits dans des

alluvions anciennes (fig. 1 3i ), fort

Fig. 131. faUie d^éroêion dans les différentes de celles qu'elles for-

urrains meubles. ment aujourd'hui : tel est, par

exemple, le cas de la Seine, à Paris, qui a creusé son lit dans un dépôt de cailloux roulés fort différents des graviers qu'elle dépose maintenant.

g 175. DivenM» Mpèee» û» vallée». — On voit^ d'après ces

observations, qu'il y a lieu à distinguer des vallées de diverses origines, et qu'on peut les rapporter à trois espèces principales.

i^ Vallées de déchirement. — Ce sont celles qui ont été produites tpar des fentes de toutes dimensions, quelquefois colossales, formées pendant les soulèvements qui ont amené nos continents à leur relief actuel. Elles présentent, en général, des escarpements rapides, sur lesquels on aperçoit les traces des couches fracturées, et où les angles saillants d'un côté correspondent souvent à des angles rentrants de Tautre. Les cirques qui les terminent fréquemment dans le haut, ou ceux qui les divisent sur leur longueur, sont autant de cratères de soulèvement, dont la plupart sont nettement caractérisés, soit par leurs couches relevées, soit par les barancos qu^ils présentent. Les vallées des Ardennes, des Vosges, des Alpes, des Pyrénées, etc., nous présentent de beaux exemples de cette formation. Dans diverses contrées de la France, nous trouvons également des vallées de même origine, mais la plupart sont beaucoup plus modifiées par les érosions qui ont eu lieu â diverses époques : tel est le cas, par exemple, des vallées qui sillonnent le plateau central de la France dans le Limousin, TAuvergne, etc.

On a distingué aussi des vallées d'effondrement; mais il parait en exister peu de véritables (g 52 et 163), et qui soient dues purement à cette cause. Les effondrements sont fréquemment corrélatifs des soulèvements; et les vallées aussi bien que les cratères de soulèvement peuvent offrira la fois Tun et Tautre effet, qui doivent avoir eu lieu surtout dans les cirques qu'on trouve sur leur longueur et à leur extrémité supérieure.

2* Vallées de ploiement ou de^ plissement, — Elles sont produites par deux soulèvements voisins qui ont déterminé les couches de terrain à se relever de part et d'autre, en laissant un espace libre . dont leurs plans forment alors les pentes : c'est ce que nous avons fait remarquer dans les parties hautes du Jura (g 171, fig. 127). Plusieurs rivières coulent ainsi dans des vallées qui résultent de deux redressements opposés du terrain : tel est, par exemple, le cas de la Loire, après Briare, qui se détourne tout à coup à angle droit en se jetant dans une dépression de ce genre.

5* Vallées d'érosion ou de dénudation. — Elles ont été formées la plupart dans des terrains meubles ou délayabl&s, comme les ravins que les eaux d'orage produisent sous nos yeux en emportant avec elles les matières qui constituaient le sol. Les derniers encaissements des grandes rivières sont formés de cette manière, et c'est aux érosions qui se font journellement dans les grandes crues que sont

dus les changements de lit que nous remarquons si souvent dans quelques-unes d'elles.

g 176. Origine de« eavemeii. ~ Voici encore un de ces phénomènes que Ton a attribués â Taction érosive des eaux; mais, bien qu'ion rencontre au niveau des mers quelques sillons, quelques cavités peu profondes, que Ton peut attribuer é Taction répétée des vagues, il est difficile de penser que ces grands couloirs, qui ont quelquefois plusieurs lieues d'étendue, aient été creusés de la mAme manière. On a si bien senti le peu de part que les eaux ont pu avoir dans ce creusement, qu'on a regardé les espaces, aujourd'hui libres, que nous rencontrons, comme étant autrefois occupés par des masses de sel que les eaux auraient plus tard dissoutes et emportées.

Au lieu de recourir à de telles suppositions, il est à présumer que l'origine première des cavernes est due à des crevasses qui se sont opérées dans l'intérieur dû sol. Nous savons, en effet, que, pendant les tremblements de terre, il arrive tout à œup que des rivières ou des lacs prennent un écoulement souterrain, tantôt momentané et tantôt continu (g 30 à 32) ; ce que l'on conçoit par des crevasses in- . térieures qui ont procuré les conduits nécessaires. Le phénomène coïncide quelquefois avec l'apparition soudaine de quelque source abondante dans des lieux plus ou moins éloignés; mais souvent aussi les eaux ne reparaissent nulle part, et il faut croire qu'elles vont déboucher immédiatement dans les mers. Ces circonstances nous expliquent la disparition de certaines rivières qui s'engouffrent aujourd'hui sousteri'e, après un cours superficiel plusou moins étendu, linsi que les sources que nous voyons tout à coup sortir des flancs i*un rocher. Elles nous montrent la formation et l'existence des canaux souterrains, et nous font concevoir que, mis â sec par un soulèvement plus ou moins considérable, ces canaux ont pu former les cavernes, aujourd'hui libres, que nous rencontrons à toutes les hauteurs, aussi bien que celles dont le fond est encore occupé par un ruisseau alimenté par les eaux qui suintent de toutes les petites fissures ou qui sont fournies par les lacs ou les rivières supérieures.

g 177. Cependant, si l'origine première de ces cavités souterraines nepeutètredouteuse,si l'on trouve évidemment toute l'irrégularité i'une fente dans quelques-unes d'entre elles, il faut reconnattre aussi que souvent elles ont subi postérieurement des changements importants. Il est évident d'abord que leurs parois ont dû subir ça et là des boulements, et ensuite qu'elles ont été modifiées par des eaux courantes chargées sans doute de sables et de limons arrachés de toutes parts; c'est ce que montrent les formes arrondies, l'usure et le poli des surfaces, les sillons qu'on y rencontre. Des excoriations parti-

140 6fi0L0Gl£.

culières, qui affectent même jusqu'à la paroi supérieure des Toutes, indiquent une action corrosive dont Teau seule n'est pas capable» et qui conduit à penser que ce liquide a pu être chargé souvent d'acide carbonique dont Faction s'est ainsi manifestée. On sait, en effet, que cet acide se dégage fréquemment par toutes le^ fissures du sol, surtout après les tremblements de terre, et que les eaux de sources en sont sguyent chargées.

Dépôts anciens âttribuables a l'action volcanique.

§ 178. Cùme» ▼iile«ù«ae0 et eonraato de UiTOi. — Lorsque, à la surface du globe» nous rencontrons des monticules coniques, tantôt isolés, tantôt alignés plusieurs ensemble sur une même direction, et couverts de scories, quelquefois avec des cavités cratériformes au sommet, entourés de rapilli, il est évident, par analogie avec ce qui . se passe sous nos yeux, que ce sont des cônes volcaniques, quelle que soit l'ignorance où nous pouvons être de leur époque d'activité. Si» sur le flanc des montagnes, quelle que soit d'ailleurs leur nature, nous voyons des masses étroites, allongées, terminées dans le bas par un culot, se creusant sur le milieu, s'amincissant et finissant dans le haut par une pellicule de scories disloquées (fig. 32), nous ne pouvons encore douter de leur origine, quand bien même toute autre trace de volcanicité aurait disparu. Des dépôts étroits plus ou moins allongés, dont l'épaisseur varie avec la pente sur laquelle ils se trouvent, dont la surface est scoriacée, tourmentée ou disloquée de diverses manières, doivent être reconnus pour des courants de laves (§ 67 à 69); si nous voyons ces matières en galettes, en nappes plus ou moins étendues, compactes à leur partie inférieure, poreuses, celluleuses ou scoriacées à leur partie supérieure, à surface à peu près unie, nous devons conclure qu'elles se sont accumulées sur un sol sensiblement horizontal, ou qu'elles sont venues à un état plus ou moins liquide se rendre dans un bas-fond. Ce sont là évidemment des dépôts sortis du sein de la terre à l'état de fusion, et les caractères en sont assez tranchés pour que nous n^ayons pas même besoin de nous occuper du point de départ; celui--ci n'est utile que pour les considérations subséquentes.

C'est par des observations de ce genre qu'on reconnaît partout les volcans éteints : par exemple» ceux de l'Auvergne, si manifestes etsi frais,malgré leur antiquité» qu'on les croirait prêts à bouleverser encore la contrée. Ces volcans» qu'il ne faut pas confondre avec les montagnes tràchy tiques dont nous iM»rlerons dIus tard (g 191), se

DÉPÔTS AfiaEWS AtraiBUABLES A L'ACTION VOLCANIQUE. 1*1

trouvent Ions sur une ligne dirigée â pen pr6s dn nord an sud, en passant par Glermont. qni peut avoir huit lienes de longueur, et qu'on nomme U chsbiedet Piiys(flg.l33). Use manifestent aussi

Rj. ni. r^e iftne iiarlic ie la, c\«i«c des P»i,».

nettement qu'au Vésuve, et avec bien pins de d iversité dans les ci^ constances, tontes les particularités que nous avons indiquées dans tes volcans brûlants (g 50 à 7S); une soixantaine de cCnes plus on moins élevés, formés on couverts de scories, présentent des en- > tëres non équivoques, les uns entiers, les autres ébréchés par la ■ortie des laves; ony renonnatlla formation de nouveaux cdnes an .milieu d'aucteos cratères démantelés, les décompositions produites fiar les émanations gazeuses, toutes les formes, tons les accidents des contées, dont les unes n'offrent que des pellicules de scories sur des pentes rapides, et dont les autres, qu'on nomme ckéres, présentent les grandes dislocations des pentes de 3 a 5° (g 67), en s'é- -tendant souvent à de grandes distances. Tous les environs sont couverts par d'immenses dép6ts de rapilli et de cendres volcaniques; enfin rien ne manque à l'observation, si ce n'est la gerbe d'artifices et l'incandescence des laves.

i 179. Plusieurs parties du Veiay et du Vivarais ne sont pas moins caractérisées que les précédentes. Deux lignes, dirigées à peu près dusud-est an nord-ouest, l'une dans la partie occidentale du Velay, l'autre dans le bas Vivarais, nous présentent encore des cAnes a cratères avec de véritables coulées, soit dans les vallées, soit sur te flanc des montagnes. Hais les produits de ces courants ressemblent beaucoup moins eux laves des volcans modernes; plus rarement poreux, ils se rapportent généralement à ce qu'on nomme les basaltei (8 313 i), c'est-à-dire à des roches d'un noir plus ou moins foncé, i base compacte de labradorite, renfermant du pyroxène noiret presque toujours de l'oiyde de fer magnétique, fréquemment du péridot, et quelquefois des fèldspatbs en cristaux, qui lui donnent la structure porphyrique {voyei Minéraiogie). Ces courants forment des dépûts ordinairement* asses épais, fréquemment divisés en co-

14S GÉOT/^GIE.

loDiies prismatiques, quelquefois en grandes pièces îrrégulières, toutes circonstances qui indiquent un refroidissement lent (§ 69). Une des plus belles coulées est celle qui a rempli la vallée d'Aulière près de Montpezat, sur la route qui conduit du haut Vivarais â Aubenas. Une partie en a été enlevée sur la largeur, sans doute par la force des eaux qu'elle avait arrêtées ; mais le reste repose sur les cailloux roulés qui formaient jadis le Ibnd du ruisseau : c'est là qu'on peut voir, sous la lave, une multitude d'appendices cunéiformes qui proviennent de Tintroduction de la matière liquide dans les crevasses du sol ancien dégradé aujourd'hui par les eaux. On peut suivre ce courant jusqu a la montagne d'où il est sorti, où l'on trouve un des plus beaux cônes à cratère de la contrée, et d'où Vôn peut suivre une coulée semblable du côté de Thueyts. Toutes les autres coulées du pays sont plus ou moins analogues à celles dont nous parlons, soit par la nature de la matière, soit par la po* sition.

Sur les bords du Rhin, dans les contrées d'Eiffel et de Neuwîed, les volcans à laves poreuses et à laves basaltiques sont en quelque sorte entremêlés, comme pour montrer qu'ils appartiennent à une seule et même opération de la nature : quelques-uns même ont fourni, par diverses bouches, tantôt un des produits, tantôt l^autre, ce qu'on voit surtout au volcan de Mosenberg.

g 180. Dépôts basaltiques de diverses sortes. — S'il existe des basaltes en courants bien déterminés qui se rattachent d des cratères, il se trouve aussi des matières semblables dans des positions très-différentes. Il en est beaucoup qui forment des nappes trésétendues dont l'épaisseur est souvent considérable, et qui constituent de vastes plateaux; d'autres forment des lambeaux éparpillés sur diverses montagnes, au même niveau, se correspondant entre eux, et semblant se rattacher les uns aux autres comme les parties d'un même tout et les témoins d'une vaste nappe disloquée. Il en est encore qui forment des masses isolées, des buttes au milieu des plaines, quelquefois très-éloignées de toute autre formation du même genre. On en trouve enfin en filons plus ou moinspuissants, tantôt encaissés dans le terrain qui les recèle, tantôt s'élevant çà et là comme des murailles (g 72), ou représentant diverses buttes alignées sur leur direction.

Toutes ces dispositions des dépôts basaltiques se rencontrent quelquefois ensemble dans la même contrée, en même temps que la disposition en coulée, comme cela se voit dans le Velay, le Vivarais cl sur les bords du Rhin. Ailleurs, au contraire, comme dans le midi de la France, dans diverses parties de l'Allemagne et dans un grand

DÉPÔTS A^aE^S ATTRIBUABLES l L'ACTION TOLGAHIQUE. ttt

jiombre de localités, il n'y a pas la moindre trace de cAnes volcaniques on de courants. Dans tous les cas, cependant, la roche prit)' cipale présente sensiblement les caractères généraux des basaltes en coulées, et semble reposer indifféremment sur toute espèce de terrain, même sur la terre végétale, comme dans quelques parties dn platean de Mirabelle dans les Coyrons.

§ 181. MûalM en nappes, — Les basai tes en nappes ue peuvent manquer de rappeler les grandes nappes de l'Islande, surtout celles de l'éruption de 17!J3; lia offrent d'ailleurs tous les caractères des 'aveaqui se sont arrêtées sur des terrains horizontaux, ou qui ont rempli des bas-fonds (g67 à 69). La partie iafèrJeure est compacte, cristalline, le plus souvent divisée en colonnes prismatiques verticales (fig. 135); et la partie supérieure est poreuse, celluleuse, scoriforme, divisée irrégulièrement, se terminant par une surface plaoe, sensiblement horizontale. Lorsque la masse se compose de plusieurs assises. Les séparations sont quelquefois formées par de petits lits de rapilli; et, le plus souvent, elles se distinguent par les alternatives de matière compacte et de matière poreuse qui annoncent divers épanctaements particuliers.

Ces caractères ne peuvent déjj laisser aucun doute sur l'origine ignée de ces dépfits ; mais il en existe encore plusieurs antres. Lorsqu'on peut parvenir sous les nappes basaltiques, comme dansle cas Où elles reposent sur des terrains meubles, on voit presque toujours que la partie ioférieure de la masse présente ulie multitude d'appendices (fig. 134), qui pénètrent dans ce terrain et indiquent une matière liquide qui s'est moi:Iée dans des crevasses. Les terres sur lesquelles la masse s'est placée se trouvent sonrent calcinées sur

une épaisseur plus ou moins forte, et les débris de végétaux qu*eUes renferment sont charbonnés, ce que Ton voit sur les escarpements du plateau de Mirabelle enViyarais, en descendant yersSainWeanle-Noir.

D'un autre côté, on trouve assez fréquemment à la surface de ces nappes basaltiques des points de scorification, des boursouflements particuliers et même des dépressions cratériformes, vers lesquelles la matière fondue semble s'être retirée en un certain moment avant de se solidifier. C'est ce qu'on observe dans beaucoup de lambeaux basaltiques des plateaux d'Auvergne, et surtout dans l'immense plateau des Coyrons en Yivarais.

g 182. Ces caractères ne peuvent laisser de doute sur l'origine des nappes ou des lambeaux basaltiques qui les présentent. Il est à ■présumer que ces matières sont arrivées au jour par certaines crevasses et se sont répandues sur les surfaces horizontales où elles aboutissaient (§67). Les dépressions cratériformes qu'on y trouve quelquefois sont peut-être les points principaux de l'éjection, vers lesquels la masse liquide s'est affaissée au moment où la colonne a, cessé d'être poussée par la force intérieure qui la sollicitait. Or l'ensemble des faits qu'on observa dans un grand nombre de plateaux, ou de lambeaux basaltiques, paratt prouver suffisamment, dans la même contrée, pour ceux qui n'offrent pas une aussi grande somme de données, et fournit tout au moins une grande probabilité lorsque, les matières celluleuses et les points de scorification ayant cessé d'exister, il ne r^ste plus que l'idenlité de la roche principale.

Tout ce que nous venons de dire concourt à prouver que les basaltes en nappes se sont répandues sur un sol sensiblement horizontal. Si l'on en trouve quelquefois aujourd'hui sur des pentes plus ou moins inclinées, allant même jusqu'à 8, iO ou 15®, il faut admettre qu'ils ont été relevés après coup, puisque des courants de matières fondues ne peuvent prendre une surface unie et une épaisseur constante sur des pentes de cette espèce. Nous avons vu, en effet (§67), que les laves ne peuvent s'amonceler sur des plans inclinés de plus de | degré, et qui doivent l'être beaucoup moins encore, lorsque la matière a beaucoup de fluidité, comme cela paraît avoir été le cas du basalte, vu la cristallinité des masses principales. Si nous trouvons en beaucoup de lieux des nappes de basalte inclinées, comme au Gantai: au Mont-Dore, dans la partie nord de l'Auvergne, nous reconnaissons en même temps une foule de circonstances qui nous indiquent des soulèvements du sol postérieurs à leur formation.

DEPOTS ABCIIHS ATTRIBUABLES A L'ACTION TOLCAHIQUE. 451

I 183. Buaito ea hottoa. — Ces buttes sont de diverses •ortea : il en est qui se présentent comme des restes d'une nappe étendue qni aurait été eu partie détruite, et dont il n'y a plus que quelques témoins; la masse principale de la bntle appartient alors i nn terrain d'une espèce ou d'une antre, et le sommet seul est basaltique. Pour d'antres, m contraire, tonte la butte est formée de basalte, et le pied se perd dans des masses de sables et de débris qui empêchent de voir ce qui se passe au-dessous; quelques autres enSn se rattachent â des filons, comme nons allons le voir.

Dans un grand nombre de buttes de l'une on de l'autre sorte, on trouve une composition semblable à celle que nous venons d'indiquer pour les nappes; c'est-d-dire une ou plusieurs couches compactes plus on moins cristallines, assez souvent divisées en prismes verticaux, et une masse supérieure, poreuse, cellnleuse on scoriacée. La masse compacte manque quelquefois, et toute la butte se compose alors de scories; ailleurs, c'est le contraire, et le basalte proprement dit est la seule matière apparente. Rarement la surface qui forme le sommet présente ces points de ecorifications, qu'on trouve dans quelques plateaux.

g 184. JBu*ii« ea Biana — Le basalte, avec tous les caractères que nous lui avons attribués (g 180 à 182, 312 t), se présente fréquemment en £lons; le centre de la France, où l'action volcanique se manifeste si fréquemment, en offre beaucoup d'exemples, aussi bien que les bords du Rhin, le plus souvent la masse du filon est compacte on fendillée irré^liÈrement; mais il arrive aussi qu'elle se trouve partagée en prismes (Sg. 135), perpendiculaires aux paroisde la fente, qui deviennent alors les surfaces de refroidissement; c'est un effet semblable i celui que nous avons déjà fait remarquer (§ 6fl) dans les grandes coulées de laves, dont la masse, arrivée sur

c .,. f. 1 , ,. . ., un sol horizontal, qui en sou-

tire alors la chaleur, sa divise en prismes verticaux. Rarement les matières qui remplissent ces filons sont scorifiées, et cependant on en trouve quelques exemples, comme dans le Vivarais, le Velay et rAnvei^, notamment auprès de Hurat, an pied du Cantal.

Ki CeOLOGIE.

Le plas BOQvent les filons basaltiques se prolongent jnsqa'i la

snrfece du terrain, oâ ils présentent leurs affleurements; mais il

■rrive fréquemment aussi qu'ils se terminent par le haut en masses

B effilées (fig. 136) quelquefois bi-

% furquées, qui se perdent dans 1»

proche qu'elles traversent. Cette

^ ci rconstance indique posiliveinent

^ que ce n'est pas par le hant que

J la matiëre s'est introduite, et

I qu'elle ne peut être que le résnl-

L' tat d'une injection de l'intérieur

•j à l'extérieur. Quelquefois le filon

I se glisse entre deux couches, qu'il

suit alors sur une étendue plu»

Rg. 138. Fiiim baïaiiiquftde Viiit- (,„ ^oins considérahle; ou bien ii

"" '■"""■ Innce, en se ramifiant, une partie ,

de sa niasse dans leur intervalle, et finit par s'y terminer en coin ou s'y répandre dans tontes les petites fissures de ia roche.

g tS5. On peut prendre une idée très-nette de l'origine des filons basaltiques, aussi bien que des effets qu'ils ont pu produire, près du hameau du Pal, en Vivarais.au-dessus de la petite ville de Mon tpezat, où nous avons indiqué un des plus grands uratëres d'éruption basaltique (g 179). U, au bout d'un défilé étroit, entre deux montagnes abruptes, on trouve un cirque entouré de montagnes granitiques, escarpées vers son intérieur, et au milieu duquel s'élèvent trois cAnes de scories. Or le granité y est crevassé dans tous les sens, et traversé par des filons basalUques, tes uns assez considérables, les autres très-minces, et dont la matière a pénétré jusque dans les plus petites fissures, ce qui indique à la fois sa fluidité et la force avec laquelle elle était poussée. L'un des grands filons conrt précisément dans la direction d'une coulée basaltique placée d l'extérieur du cirque, qu'on voit sortir évidemment du granrte, cl qui se dirige vers Hontpezat. C'est de la même manière qu'à la montagne de Chamarelle, près de Villeneuve-de-Bei?, dans la même contrée, ce basalte a traversé des masses calcaires, s'est introduit dans leurs moindres fissures, et de telle sorte que sur un échantillon de quelques centimètres on rencontre quelquefois plusieurs alternatives de calcaire et de basalte. Quelquefois aussi le fîloo s'est introduit entre les couches dont il a suivi quelque temps la Stratification, comme nous l'avons déjà indiqué (fig. 136). '

g 186. Sur la direction des filons basaltiques, dont on voit les' affleurements à la surface du terrain, il arrive fréquemment qu'on

DËPQTi AKCIBKS &TTR1BU&BLES A L'ACIlOfl VOLCAHlOtlE. 1!3

aperçoit dÎTerses buttes isolée» (fig. 157), dont souvent plusieurs se succèdent à des distences plus ou moins rapprochées, et qui paraissent n'être autre chose que des éjectionspartielles, comme les rànes qui se forment sur une même fente dans les éruptions modernes C8 Cfl). Le plus souvent elles eont i peu près entièrement composé^de scories, mais il s'en trouve aussi qui sont formées de basaltes purs. Quelquefois, au lieu de buttes, ce sont des épanchements en forme de galettes (fig. 138!, qu'on trouve aussi çà et là sur la direction du filon. Ces circonstances, dont on voit un assez grand nombre d'exemples dans le bas Vivarais, vers Rochemaure, VilleneuYC-de-Berg, etc.,et dans tes montagnes qui séparent cette province dn Velay. tendent à nous expliquer la formation des buttes isolées, aussi hieu que les séries de buttes alignées qui se trouvent <lans un grand nombre de localités où les filons intérieurs ont renconlré çà et fà quelques issues. Nous y trouvons encore l'origine de quelques plateaux basalliques; de ceux mêmes qui n'offrent aucune des traces ordinaires de volcanicité (% 181, IS4), parce que sur les escarpements des montagnes on les voit en communication avec des (lions de même nature qui traversent tout le terrain.

g 187. Action de* haanltea anr les rackes adjncexea. — A toutes ces preuves d'origine ignée, il s'en joint plusieurs autres qui résultent de l'action des basaltes sur les matières avec lesquelles ils ont été en contact. Nous avons cité {% 181) la calcination des argilessurlesquelles ils reposent, et la carbonisation des débris végétaux; nous devons ajouter que les graniteslraversés par des filons basalliques sont fortement altérés; que les portions do ces roches, qui ont été enveloppées dans le basalte, sont souvent fondues i leur ssrrace; que le quartz et le feldspath y sont fendillés, quelquefois enveloppés ou pùnélrés de matière vitreuse; c'est ce qu'on voit au volcan du fal, tant dans les buttes de scories que dans les filons et dans la coulée basaltique. Les calcaires terreux en contact avec le basalte ou baversés par ses filons, et surtout les fragments de ces

matières, entraînés dans la masse basaltique, sont convertis en eak caire compacte, quelquefois saccharolde, comme quand, sons une forte pression, suivant le procédé de sir James Hall, on les fond à une haute température. C'est ce qu'on voit quelquefois à Villeneuve* de-Berg, au plateau de Mirabelle dans les Goyrons, etc. Ailleurs ces calcaires sont devenus en outre magnésiens et présentent de véritables dolomies {voy, Minéralogie), qui se distinguent du reste de la masse par leur lente effervescence : c'est ce qu'on indique à Rochemaure et â Chenavari, dans le voisinage des dikes; c'est ce qu'on voit aussi autour des dépôts basaltiques de Lodëve et sur divers points du plateau de Larzac, où la dolomisation paraît due à la présence des produits ignés qu'on voit çâ et là dans la contrée. Lorsque les filons basaltiques ont traversé des dépôts charbonneux, les argiles sont calcinées, les charbons sont privés de leur bitume et affectent une structure bacillaire, comme au Meisner en Hesse.

g 188. Éien«ii«0 «M hmmmatem, — Les dépôts basaltiques sont beaucoup plus éparpillés à la surface du globe que les laves en courants déterminés, ce qui tient sans doute à leur mode d'émission. Il ne s'était point fait alors de centre volcanique; et l'action intérieure du globe, s'exerçant partout, s'est manifestée dans les points de plus faible résistance, par des déchirures qui oà et là ont donné passage aux éjections. En France on trouve des basaltes depuis la parlie septentrionale de l'Auvergne jusqu'au delà de Montpellier, et môme encore par lambeaux isolés jusqu'au delà de Toulon. Sur les bords du Rhin l'ensemble des dépôts basaltiques s'étend depuis les Ardennes jusqu'au delà de Gassel, et se prolonge à l'est, dans la Saxe, la Bohème, etc. L'Islande en renferme une grande quantité, et ce sont encore les mêmes roches qui dominent aux Antilles, à Sainte-Hélène, à l'Ascension, etc., et dans la presque totalité des tles de la mer du Sud.

Les terrains basaltiques ont été partout constamment remarqués par suite de la tendance des roches principales à se diviser en longs prismes, dont les dispositions variées ont excité souvent l'admiration des curieux. Ici tous les prismes convergent au sommet d'une butte qui se présente alors comme un gerbier: là ils offrent des colonnades magnifiques, de l'aspect le plus pittoresque; ailleurs toutes les colonnes, brisées sur un même niveau, présentent des pavés composés de pièces à pans régulièrement accolées, s'^ tendant sur un espace plus ou moins considérable, et quelquefois placés en amphithéâtre les uns au-dessus des autres. La grandeur, l'aspect imposant de ces pavés, leur ont fait donner le nom de pon vés ou chaussées des Géants,

DÉPÔTS ABCIBMS ATTRIBUABLES A L'ACTION VOLCAHIOnE, ttt g 189. Pandant longtemps on b cité l'Irlande ponr ses ioimeiuM et pittoresques chauisées des Géacts; mais, sans sortir de France, le Viyarais nous présente des effets non moins admirables, snrtont entre Vais et Entrajgues, sur les bords de la petite rivière dn Vount dont la figure 159 représente une partie. Us colonnades de

Fl|. (39. CtousA tsMlJif ne d» ValaU {MécUk

Ghenevâri, près de Hochemaure (fig. 133], les dikes qnî sont près de cette ville [fig. 137), et une innititude d'accidents de tonte espèce, ne sont pas moins dignes de captiver notre attention. Un voyage à travers le Vivarais, le Velay, si remarquable surtout anx environs du Puy. et l'Auvergne, est d'un attrait immense sous le simple rapport des curiosités naturelles.

g 190. Il s'est fait quelquefois aussi au milieu des masses basaltiques, ou des rochet Irappéennes (g 31Q A:), qui leur ressemblent, des excavations dont quelques-unes offrent des grottes, ou des ponts naturels, fort remarquables. H en existe dans le basalte proprement dit, comme on en voit quelques-unes en VivaraiSi et l'on en cite une assez renommée snr les bords du Rbin, entre Trtves etCoblentz, près de Bertrich-Baden, dont les colonnes sont formées de pièces arrondies, qui les ont fait comparer à des pile*

de fromages, d'où le nom de Grotte des Fromages (die Kasemrttrf usilé ilansie pays (flg. Uol. La plus célèbre de toute est la grolt^

Rg. 140. Grallt itt Frsnagn i Berlrkà-BaJet.

dite de Fingal, dans l'Ile de Suffa, l'une des Hébrides (fig Ul). qui est formée au milieu des Irapps, divisés en colonnes prls-

.¥is.UhGrvlU<lefiteiI,tnieiHSIaffi

naiiqde» de la plus grande rëguiarilé. et daus laquelle Ja mer pâuâDe et vient battre continuellement.

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