Voyage de Darwin
A la suite de la Relation du Voyage du Beagle, commandé par Robert Fitz-Roy, Darwin a résumé comme il suit son appréciation sur la géologie de l'archipel Fuégien ( Voyage ofthe Adventurc and Beagle, t. III, p. 266).
« Une grande formation de schiste argileux, contenant rarement des restes organiques, mais présentant quelquefois des empreintes d'une sorte d'ammonite, fait face, à l'Est, à des plaines qui appartiennent probablement a deux époques tertiaires. Sur la côte Ouest, le schiste a été métamorphisé par une prolongation de la grande crevasse des Andes, par où tant de chaleur s'est échappée de l'intérieur du globe. Là, cependant, se trouve une double ligne dont je ne comprends pas parfaitement la structure. La ligne intérieure est formée de granités et de schiste micacé; l'extérieure (plus moderne peut-être), de greenstone, de porphyre et autres curieuses roches de trapp.
» Je n'ai pas vu un seul caillou de roche volcanique, excepté à l'ile Wollaston où j'ai trouvé quelques masses arrondies de scories incrustées dans un conglomérat de date ancienne. Au point de vue géologique, cette circonstance nous permet de considérer la grande traînée linéaire de volcans anciens et modernes, dont relèvent les fissures parallèles des Andes, comme s'étendant de 55°4o' lat. S. à 60° N., distance peu inférieure à 7000 milles géographiques.
» Le trait le plus curieux de la géologie de cette région est peut-être l'étendue du morcellement de la terre par des bras de mer. Comme le remarque le capitaine King, ces canaux sont irréguliers et parsemés d'îles aux roches de granité et de trapp. Mais, quand il y a formation de schiste argileux, ils sont tellement rectilignes que, dans ces cas, une règle droite touchant d'un côté tous les points en saillie de la côte
Sud touchait également, quand on la reculait sur la carte, tous les caps de la côte opposée.
» J'ai entendu le capitaine Fitz-Roy faire la remarque qu'il fallait toujours être prêt à mouiller immédiatement en entrant dans un de ces canaux, quand on venait du large, car plus loin dans l'intérieur du canal la profondeur devenait bientôt énorme. En entrant dans le ChristmewSoM/irf le capitaine Cooka trouvé d'abord Sy brasses ('), puis 4o, 60, et aussitôt après pas de fond à 170. Je suppose que cette forme du fond dépend des sédiments accumulés près de l'entrée des canaux par la rencontre des marées et par la houle, et qu'elle dépend aussi de l'extrême dégradation des roches de la côte par une mer tourmentée de vents continuels. »
Nous extrayons encore ce qui suit du même ouvrage :
P. 274 : « La hauteur du niveau des neiges perpétuelles dans tout pays semble déterminée par le maximum de chaleur de l'été, plutôt que par la moyenne annuelle de la température. L'été de la Terre de Feu étant si froid, nous ne devons pas être surpris de voir dans le détroit de Magellan la limite des neiges perpétuelles descendre à environ 35oo ou 4^00 pieds, fait établi par le capitaine King. Dans l'hémisphère Nord, il faudrait aller i4° environ plus près du pôle, c'est-à-dire entre 67° et 70** sur les montagnes de Norvège, pour rencontrer une limite aussi basse. »
P. 279 : M L'existence des glaciers vient de l'accumulation d'une grande masse de neige soumise à certaines variations de température capables de fondre en partie, puis de reconsolider la masse neigeuse dans sa descente. Ils ont été justement comparés à de gigantesques glaçons, La limite inférieure des glaciers doit dépendre de celle de la neige qui leur a donné naissance, et a d'étroites relations avec la forme de la terre sous-jacente. Dans la Terre de Feu, la ligne des neiges descend très bas et les parois des montagnes sont abruptes : on doit donc s'attendre à trouver des glaciers descendant très bas sur ces parois. Néanmoins je ressentis une vive surprise la première fois que je vis, au
(» ) 1 brasse anglaise = i^jSîq.
Mission du cap Uorn^ IV.
milieu de Tété, sur la côte Nord du canal du Beagle, une foule de criques aboutissant à de hauts escarpements de glace qui surplombaient la mer. Les montagnes d'où descendaient ces glaciers étaient loin d'atteindre une très grande hauteur. Par la mesure des angles, le capitaine Fitz-Roy arrive à une hauteur de près de 4ooo pieds pour toute la rangée de montagnes, un point seulement, appelé Chain Mountain, atteignant 43oo pieds. Il est vrai que plus loin, dans l'intérieur, se trouve une montagne plus haute s'élcvant à 7000 pieds; mais elle n'a pas de rapports directs avec les glaciers dont je m'occupe maintenant. Cette rangée de montagnes, qui dépasse si peu en hauteur certaines montagnes d'Angleterre et qui envoie cependant, au milieu de l'été, ses glaciers jusqu'à la mer, correspond en latitude aux collines de Cumberland. — Il a été pour moi très intéressant d'observer la grande différence qui existe dans les matériaux charriés par les torrents et par les glaciers; les torrents forment une langue (spù) de graviers, et les glaciers un tas de galets. >*
P. 288 : « Si nous pouvions aujourd'hui submerger la plus grande partie de la Terre de Feu, ou faire abstraction des parties que nous savons avoir été récemment soulevées, nous aurions une île avec quelques petits îlots semblable à la Géorgie du Sud, et exactement dans la même latitude. Dans ce cas, devrait-on nier le moins du monde que la ligne des neiges descendrait près de la mer, que chaque vallée se terminerait par un amas de glace, et qu'en hiver des blocs de glaces détachés se disperseraient sur les flots, toutes circonstances qui se produisent maintenant dans la Géorgie qui est toujours couverte do neiges ou de glaces arrivant presque dans la mer? Les courants qui s'établissent toujours de l'Ouest à l'Est réuniraient ces masses flottantes en les poussant dans les canaux du côté de l'Est. Comme on sait qu'actuellement ces icebergs, dans les deux hémisphères, transportent parfois des blocs de roches, on admettra que les icebergs de la Terre de Feu ont ainsi fait peut-être autrefois. Quand la terre a été soulevée (ou exondée) on a trouvé ces blocs déposés sur le côté Est du continent en lignes représentant les anciens canaux. Que cette hypothèse soit vraie ou non, telle est la position des blocs erratiques dans la Terre de Feu. »