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Voyage de Dumont d'Urville et de Jacquinot

Une dizaine d'années après les premiers Mémoires de Darwin, parut en France, en 1848, la relation du voyage de Dumont d'UrviUe; nous en donnerons l'extrait suivant (*) où l'on retrouve la plupart des assertions présentées par Darwin et quelques passages même pris textuellement dans les publications de cet auteur.

Terrains secondaires. — « Au Sud de la Terre de Feu, la formation argilo-schisteuse présente des altérations très profondes et devient de plus en plus feldspathique. Ainsi sur l'île de Wollaston, la pbyllade et la grauwacke passent distinctement aux roches feldspathiques et aux diorites, renfermant des pyrites de cuivre, de l'épidole, tout en conservant leur direction et leur inclinaison habituelles et même des traces de clivage. Ces masses métamorphisées sont traversées par de larges filons d'épidote, de grenats et de calcaire blanc spathique.

» Au Nord de cette ile, il existe plusieurs masses de roches volcaniques vomies du sein des flots; elles appartiennent aux basaltes et à l'olivine décomposée, aux laves compactes mélangées de feldspath vitreux, à des conglomérats de scories rougeâtres avec des cavités amygdaloïdes remplies de carbonate de chaux. La partie méridionale de l'île Wollaston, les îles L'Hermitc et Horn paraissent formées de cônes de diorite.

» Les petites îles de lldefonso et de D. Ramirez, diaprés les échantillons rapportés par Weddell,- seraient formées de laves porphyriques.

» Dans la presqu'île Hardy, les phyllades, tout en conservant des traces de clivage, passent à des roches feldspathiques auxquelles succèdent

(^) Voyage au pôle Sud el dans VOcéanie, sur les corvettes V Astrolabe ç^i la Zélée ^ Qxécuté pendant les années 1837-38-39-40, sous le commandement de M. J. Dumont d'Urville, capitaine de vaisseau, publié sous la direction supérieure de M. Jacquinot, capitaine de vaisseau, commandant la Zélée. — Géologie, Minéralogie et Géographie pfnsique du globe, d'après les matériaux recueillis par MM. les chirurgiens naturalistes de l'expédition, par M. J. Grange, docteur es sciences et docteur en médecine des Facultés de Paris. — Paris, 1848, p. '20J.

des masses irrégulières de roches basaltiques et trappéennes contenant du feldspath vitreux et beaucoup de pyrites de cuivre. On a rencontré dans cette même localité des porphyres argileux rouges, et une variété de trachyte présentant des noyaux de hornblende. Sur un autre point, une roche schisteuse très curieuse se divise en colonnes quadrangulaires reposant sur des roches, presque entièrement semblables à des trachytes et présentant des cristaux trop imparfaits pour être mesurés, mais qui, d'après le professeur Miller, ressemblent à la zéagonite. Au milieu de ces roches, qui témoignent de l'existence d'un ancien volcan sous-marin, s'élève une montagne de phyllade feldspathique avec son clivage habituel. On n'a point encore trouvé de traces évidentes de volcans récents dans la Terre de Feu. Un seul a été indiqué par B. Hall qui vit une éruption en 1820 : son observation n'a pas été confirmée.

» A 5 milles à l'Ouest de la bifurcation du canal du Beagle, les phyllades deviennent, comme au Sud de la Terre de Feu, de plus en plus feldspathiques, s'associent aux roches trappéennes et volcaniques et passent peu à peu à des gneiss, à des masses compactes de schistes lustrés et enfin à des micaschistes contenant des grenats.

» Les feuillets de ces schistes métamorphiques sont parallèles aux plans de clivage des phyllades qui ont une direction très uniforme sur toute cette partie de la contrée. Les feuillets sont parfois ondulés et contournés lorsque les plans de clivage sont droits. Ces schistes composent la principale chaîne de la Terre de Feu, qui s'étend de l'O.-N.-O à l'E.-S.-E et qui est dominée par les pics Sarmiento (2073™) et celui de Darwin (21 3o™).

» Sur la côte Sud-Ouest du bras Nord du canal du Beagle, les strates de phyllades s'inclinent à partir de la grande chaîne, de sorte que les schistes métamorphiques forment un faîte borné de chaque côté par des schistes argileux. Mais un peu plus loin à l'Ouest, on ne retrouve plus de schistes argileux, mais seulement du gneiss, des micaschistes, des roches amphiboliques reposant sur des montagnes de véritables granités.

« Sur les deux côtés du canal du Beagle, on rencontre des roches cristallines formées par un mélange d'albite blanche, de hornblende noire, d'une quantité variable de mica sans trace de quartz. Cette roche res-

semble extérieurement au granité ou à la syénite; elle a soulevé les micaschistes sur lesquels reposent les phyllades. Cette roche plutonique particulière que l'on rencontre dans plusieurs points du détroit est extrêmement voisine des roches plutoniques du Chili, que Ton a appelées andésites et qui forment les roches d'intrusion des grands axes des Cordillères du Chili.

» La stratification des phyllades est généralement très difficile à reconnaître, leur clivage est au contraire très bien marqué; les plans de clivage près du détroit de Lemaire se dirigent de l'Est à l'Ouest ou de rO.-S.-O à l'E.-S.-E et sont très inclinés; la forme des terres voisines indique que les axes d'élévation ont suivi cette même ligne, bien qu'on ne puisse distinguer les plans de stratification. Ces lames de clivage présentent une direction très régulière sur l'île Navarin, sur les deux côtés du canal du Beagle, sur la presqu'île Hardy et l'île Wollaston; la direction générale est de l'O.-N.-O à l'E.-S.-E. Ces phyllades sont traversées dans plusieurs points par des joints de stratification parallèles, excepté dans cinq cas. L'angle d'intersection entre la direction de ces joints et ceux des feuillets de clivage était dans deux cas de -ij*" et dans deux autres de 79°.

» Dans plusieurs points, M. Darwin a vu de belles lames de phyllades qui, en traversant les bancs de stratification comme le font souvent les plans de clivage, présentaient des différences de nuances dans leur couleur, leur dureté, quelques-unes affectant l'apparence du jaspe : ce fait montre que la même cause qui a donné k ces roches la structure fissile a modifié à un haut degré les caractères minéralogiques de cette roche dans les mêmes plans. La direction du clivage paraît correspondre en général k la direction des montagnes, et cela sur une étendue considérable. Ainsi le clivage des phyllades et la disposition en feuillets des roches métamorphiques se montrent constants sur une étendue de 4o milles du Nord au Sud et de 90 milles de l'Est k l'Ouest.

» La partie centrale des Terres magellaniques, qui forme la deuxième province géologique, appartient donc aux roches crétacées, qui ont un développement remarquable dans l'Amérique méridionale et que l'on trouve sur les flaacs des Cordillères depuis la Colombie jusqu'k la Terre de Feu. »

Mission du cap Horn, IV. 5

18 UISSION DU CAP IIORN.

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