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de formation et s'allongeant sans cesse aux bouches du fleuve, avec son delta primitif, qui dut commencer au-dessus de l'Atchafalaya , à 250 milles et plus de Tembouchure actuelle. Celui-ci , formé tout ensemble par les alluvions du Washita , de la Rivière Rouge et du Mississipi , continua la triple opération de leurs atterrissements auparavant divisés , et , en les concentrant dans un lit commun , dut leur donner une rapidité d'accroissement inconnue aux dépôts antérieurs. Le fond de la Basse- Louisiane est sorti de ce concours d'alluvions , qui ont été se prolongeant sans cesse , en s' entrecoupant par des canaux naturels , selon la prédominance des courants et la nature plus ou moins meuble des terrains. C'est ce qu'après chaque inondation on peut très-bien encore remarquer aux diverses bouches du fleuve et dans leurs nombreux embranchements. Le sol inconstant de cette région inférieure y rend d'autant plus visible l'empreinte de la nature. Celle-ci y marche en souveraine , et l'on aimera à y suivre de près son travail conquérant dans les eaux du golfe mexicain.
Nous devinons , dès à présent , que ces bouches du cours principal du Mississipi ne sauraient trop fixer nos regards. Pour en comprendre l'im-
portance géologique , il suffit d'y remarquer comment elles se détachent de la ligne générale du littoral et se projettent sur les eaux profondes comblées par la marche rapide de leurs atterrissements. On dirait qu'elles veulent y faire province à part. En tous cas , nul autre delta , comparé avec son œstuaire , n'of&e un avancement aussi prodigieux , ni surtout aussi distinct que celui des bouches actuelles du Mississipi. Voyez celles du Gange , du Nil ou du Rhin : elles étendent leurs atterrissements vers la pleine mer sous forme de contours et comme par une loi régulière d'épanouissement. Mais le Mississipi, après avoir fait l'application de cette loi à son œstuaire et à son delta primitifs , s'en est entièrement dispensé pour ses atterrissements les plus modernes : c'est ainsi qu'il les a prolongés bien au-delà du cordon littoral , où les fleuves semblent reconnaître la limite naturelle de leurs alluvions. 11 a fait encore plus, comme l'indique le promontoire boueux qui jadis le faisait reconnaître dans le golfe de Mexique. Cabo de lodo, tel est le nom que ses empiétements sur la mer avaient reçu des anciens hydrographes espagnols ; ce qui montre