‹ Géologie pratique de la LouisianeChapitre 20 sur 60 · XL · texte numérisé non relu

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de la formation des montagnes par voie de soulèvement, il en résulte qu'à leur relief correspond partout un vide caverneux. Tant que les cavernes se maintiennent , les monts conservent leur élévation primitive ; mais souvent la voûte se rompt , des failles s'opèrent , et le soulèvement tantôt s'abaisse , tantôt s'affaisse entièrement. Selon la forme de ces ruptures , il se produit des cratères d'effondrement ou des vallées longitudinales. A ces conditions de l'écorce du globe il faut ajouter ses inégalités de contraction et de dilatation , qui n'ont cessé de multiplier les anciens déchirements et perpétuer ainsi les voies des écoulements souterrains , crevassant et fissurant en tous sens l'intérieur des couches terrestres ; ce qui doit ouvrir aux eaux torrentielles presque autant d'issues secrètes qu'elles en ont d'apparentes à la surface du sol.

Les matières entraînées dans les torrents ont, sans doute, maintes fois, bouché les anciennes issues ; mais combien d'autres ont été ouvertes par l'effet des mêmes causes, et où la circulation souterraine des eaux se perpétue comme durant les périodes antérieures ! Les eaux ont d'ailleurs une double action , délayante et dissolvante , également propre à élargir ou créer des conduits souterrains. Elles dissolvent les calcaires par leur acide carbonique , et mécaniquement elles délaient les couches marneuses, sableuses et autres, de manière à y produire souvent des cavités immenses où circulent de profondes rivières. Les faits connus à cet égard nous permettent d'imaginer ceux qu'on ignore , et de conclure avec certitude à la multiplicité de ces courants secrets et à l'abondance des nappes d'eau qui les alimentent &.

' Voici quelques exemples de la multiplicité des nappes d*eau souterraines, découTertes seulement par quelques trous de sonde :

« Les travaux entrepris pour chercher la houille près Saint-Nicolas d'Aiiermont , aux environs de Dieppe , y ont constaté sept nappes d'eau abondantes ainsi disposées :

■ La première de ^S à 30 mètres de profondeur, la deuxième à 100 mètres, la troisième de 175 à 180 mètres, la quatrième de 210 à 215 mètres, la cinquième à 250 mètres , la sixième à 287 mètres , la septième à 333 mètres.

» Toutes ces nappes étaient douées d*une force ascensionnelle remarquable. Pendant le percement du puits de la gare de Saint-Ouen , on a trouvé cinq nappes d'eau distinctes :

»La première à 36 mètres de profondeur, la deuxième à 45» 50^, la troisième à 51™ 50^, la quatrième à 59n^ 50c ^ et la cinquième à 66™ 50^.

» A Tours, les trois nappes ascendantes se trouvent sous le terrain de la place de la Cathédrale : la première à 95 mètres de profondeur, la deuxième à 112 mètres , la troisième à 125 mètres.

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Telle est la déduction qu'il s'agira d'appliquer à nos études , et qui , par la théorie des rivières souterraines , nous conduira à l'explication des phénomènes les plus singuliers , non-seulement du Mississipi, mais aussi du golfe du Mexique. Ces phénomènes , à leur tour, nous permettront d'éclaircir la théorie , et c'est en la complétant qu'ils feront peut-être faire un pas de plus à la science.

A cet eflfet , procédons avec ordre et méthode. Et d'abord , remarquons que l'écorce terrestre comprenait , dans son chaos primitif , de l'eau , de l'air , et toute espèce de gaz mêlés à ses autres éléments. Or, ces eaux et ces gaz , dilatés par la chaleur'interne du globe , n'ont pu s'échapper primitivement qu'en boursoufBant le sol , formant des cavernes et des fissures , ouvrant partout des issues dont les eaux de pluie ont dû nécessairement faire plus tard leur voies souterraines. Ce que le dégagement et l'explosion des gaz avaient dû produire à l'origine , les tremblements de terre et les déchirements volcaniques plus modernes n'ont cessé de le continuer depuis. Et maintenant , si l'on songe à l'étendue de ces déchirements, à la profondeur de leurs soupiraux d'explosion et à l'immensité des communications qu'ils établissent parfois d'une extrémité à l'autre d'un même continent , on comprendra aussitôt le rôle de ces conduits m^tstérieux et insondables , et comment ils absorbent , promènent sous terre et déversent au sein des mers l'immense portion

nAu sein des massifs stratifiés, on trouve parfois des nappes d'eau courante , plus ou moins profondément dans les intervalles compris entre certaines couches imperméables. On rencontre de ces rivières souterraines même sous le sol de Paris. Lors d'un puits artésien à la barrière de Fontainebleau , on perçait lentement un banc noir argilo-pierreux et pyriteux , de 33 centimètres d'épaisseur et d*une extrême dureté. Dès qu'on Tout traversé , la sonde s'échappa des mains des ouvriers et 8*enfonça brusquement de 1^ 50^. Sans la manivelle placée dans Tœil de la première lige et qui ne put passer par le trou déjà fait, la chute eût été probablement plus considérable: en effet, la sonde ne reposait pas sur un terrain ferme et se trouvait fortement agitée par un courant. Ce ne fut qu'avec peine que les ouvriers parvinrent à la retirer. Déjà l'eau les gagnait et gênait les manœuvres ; mais aussitôt qu'ils eurent enlevé la sonde et qu'ils l'eurent entièrement dégagée de l'orifice du coffre, il jaillit tout-à-coup dans le puits, par-dessus leur tête, à près de 10 mètres de hauteur, un volume d*eau considérable. De semblables courants ont été constatés à la gare de Saint-Ouen , à Stain, près Saint-Denis , à 6i mètres de profondeur. La célèbre fontaine de Nimes ne donne , dans les grandes sécheresses, que 1,330 litres d'eau par minute : s*il vient à pleuvoir fortement dans le nord-ouest, le débit de la fontaine est porté rapidement à 10,000 litres par minute. ■ {Géographie et statistique médicale du Dr Boudin, T. I, p. 108.)

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des eaux de pluie qui échappe soit à l'écoulement superficiel, soit à Tévaporation.

L'étendue des phénomènes volcaniques a plusieurs fois embrassé toute la chaîne des Andes , c'est-à-dire un espace de mille lieues de longueur. Le tremblement de terre qui, en 1755, détruisit presque entièrement Lisbonne, ébranla une grande partie du globe. Ce qu'il y eut de singulier et d'important pour la question qui nous occupe , c'est que les sources thermales de Bohème , d'Italie , de Provence et d'Espagne , éprouvèrent alors des variations simultanées; tandis que les Antilles étaient particulièrement envahies par les ondulations de la mer, et que le bassin du Mississipi et le lac Ontario en ressentirent aussi le contre-coup. De pareils tremblements ont produit des efiPets non moins remarquables en Asie , entre autres celui qui affaissa une province entière de l'Indoustan , bouleversa le Coutch et rendit navigable une branche de rindus*.

Ces gigantesques phénomènes supposent naturellement des bouleversements souterrains d'une égale étendue , et dès-lors des fissures , des crevasses et des cavités capables de livrer passage à la part des eaux pluviales qui échappent à l'évaporation et à l'écoulement superficiel.

L'énorme quantité d'eau , qui doit ainsi pénétrer et circuler sous terre , n'est encore démontrée qu'à priori; mais les faits abondent qui la proclament également. Quelle preuve en effet plus frappante de l'existence de ces rivières inconnues et de leurs réservoirs souterrains , que de voir les entrailles du globe ne s'entr'ouvrir presque jamais sous l'effort des volcans, , sans que l'eau , soit à l'état liquide , soit à l'état de vapeur, n'en sorte en même temps que le feu ? Ce phénomène est assez rare dans les volcans de la Méditerranée, qui se distinguent plus spécialement par des éjections de laves ; mais il n'en est pas de même de ceux de l'Amérique du Sud et des îles de la Sonde. Les volcans Javanais , par exemple , n'ont presque janaais donné de laves ; mais il en sort fréquemmei^t des torrents de boue et d'eau chaude , dont les vapeurs forment d'impénétrables nuages au-dessus des cratères. L'im d'eux , celui

' Voir la relation d*Alexandre Burns .

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de Papandayan, qui, en 1772, était la plus haute montagne du pays, s'engloutit alors dans un lac de boue, entraînant 40 villages et leurs habitants dans la catastrophe < .

Les volcans des Andes , dont M. de Humboldt a si bien esquissé l'histoire, se distinguent encore par la présence de Teau, puisqu'ils ne rejettent guère que des cendres et des vapeurs , et que Teau s*y dégage aussi en torrents boueux non moins terribles que les laves brûlantes de TEtna ou du Vésuve.

Les cavernes et les boursoufQures ne font , par suite , que s'y agrandir. L'épouvantable quantité de laves et de matières brûlantes que les mêmes volcans ne cessent de vomir, montre bien en efifet que les excavations , propres aux chaînes de montagnes d'origine i^née , se continuent. Le volcan du mont Etna a eu , depuis le XII* siècle de l'ère chrétienne, vingt-six éruptions, dont chacune a produit une quantité de lave suffisante pour former des élévations prodigieuses. Or, qu'en résulte-t-il , sinon que les excavations de ce fameux volcan ont dû, chaque fois , s'agrandir en proportion , et qu'aujourd'hui le Mont-Blanc ou les pics les plus élevés de l'Europe trouveraient peut-être place dans ses profondeurs? Celles-ci sont sous-marines autant qiie aouterraines , et dès -lors on peut se figurer ce qu'ime chaudière volcanique de cette étendue doit vaporiser d'eau de mer, quand bien même les éruptions ne s'en montrent guère composées que de laves. Les immenses formations de sel de roche enterrées sous le massif de l'Etna ne peuvent être que les résidus primitifs de cette ébullition souterraine.

On voit donc que des montagnes volcaniques , dont l'intérieur s'est évidé de siècle en siècle par suite des éjections de lave , de bitiune ou de boue , offrent aux eaux de pluie des réservoirs de plus en plus considérables ; et c'est à la vaporisation des eaux qui affluent au sein de ces montagnes embrasées , aussi bien qu'aux feux souterrains qui s'y élancent des couches inférieures, qu'on peut attribuer le phénomène des éruptions.

1 a Dans rUe Formose il exisle un volcan où Teau et le feu jaillissent d*une même source. A côté, il y a du feu qui ne donne point de fumde ; mais si Ton prend du bois sec et qu*on le place à son sommet, alors la fumée s'échappe aussitôt. > Ainsi s'exprime la carte chinoise que M. Jomard a publiée de cette Ile. {BuUetin de la Société de géographie dt Parié. Décembre 1858.)

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