XLVI
de la Basse-Louisiane nous permettront de faire pour la géologie parti- "cuUère de cette contrée.
Je ne saurais quitter le siget si fécond des eaux souterraines , sans dire un mot des êtres qui les habitent et s'y reproduisent avec des foroies toutes particulières d'existence. On connaît les poissons aveugles de la célèbre Mammouth Cave du Kentucky. Des êtres analogues existent dans la gigantesque caverne de Zirknitz , en Camiole. Ce qu'il y a de plus singulier dans cette dernière, c'est qu'on y trouve, en outre, des canards aveugles. Ces oiseaux aquatiques , faits pour vivre dans l'air presque autant que sur l'eau , sont , comme les poissons précités , privés nonseulement de la vue , mais aussi de tout organe visuel. Or, cette privation d'un organe , pour nous inséparable de la vie terrestre , est précisément ce qui soulève un des plus graves problèmes de la nature. Constitue- 1- elle, en effet, chez les canards et les poissons aveugles, un état embryonnaire , qui cesserait à la longue si leurs œufs venaient à éclore en plein soleil ? Ou bien est-ce un état fixe et normal , les constituant dès-lors en espèce à part, dont la cécité et la privation d'organe visuel seraient un des caractères distinctifs ? Telle est la question d'où peut-être dépend la solution des problèmes de l'embryogénie et de la progression des êtres * .
L'hydrologie souterraine ne saurait enfin manquer d'éclaircir une des questions les plus importantes pour les rapports de la géologie et de
1 Ma conyiclion intime qu*à Thydrologie souterraine devait correspondre une faune de mémo nature, vient de se fortifier de plusieurs faits nouveaux , dont je dois la connaissance à roon ami le Dr Girard.
Le poisson aveugle de Mammouth Cave, VAmblyopsis npeleus, a maintenant un confrère trouvé dans le même bassin hydrologique du Kentucky. Celui-ci a été ramené du fond d*un puits à Bo*cling green; et M. Girard, découvrant en !ui un nouveau type générique, lui a appliqué le nom de Typhlichthys. Le même naturaliste m'apprend, en outre, que des poissons aveugles, au nombre de plusieurs espèces, avaient également été découverts dans les cavernes de l'Ile de Cuba par M. le professeur Poey, de la Havane , lequel devait en faire le sujet d*un prochain mémoire.
J'ajoute enfin, sur la foi du Selma sentinel ( Alabama ) , que la grotte de Talladega, rivale de celle de Mammouth (?), lui ressemblerait non-seulement par son cours d*eau souterrain, mais aussi par lea poissons sans yeux qu'on y trouverait en grand nombre.
Les poissons ne sont pas les seuls êtres qu*on découvre dans ces cavernes; il s'y rencontre également des reptiles, des crustacés et des insectes qui paraissent propret aoi diverses localités dans lesquelles on les trouve , soit en lllyrie , soit on Amérique.
( XLTO )
l'histoire : c'est la question relative à la découverte de squelettes humains, trouvés soit dans des cavernes à ossements , soit dans des tufs identifiés avec des formations antérieures. Les grottes et cavernes de ces formations ne s'expliquent guère d'abord que par l'action dissolvante ou délayante des eaux souterraines ; mais leur vide une fois fait par voie d'entraînement ou de dissolution , d'autres courants ont pu survenir, qui l'ont de nouveau rempli de leurs propres matériaux de transports. C'est ainsi qu'ils y auraient entraîné des débris d'espèces depuis long-temps éteintes, en même temps que des ossements humains. Ce sont ces derniers qu'on a parfois considérés , mais sans raison suffisante , comme contemporains des premiers. Pour décider la question , il eût pourtant fallu tenir compte des pétrifications modernes et autres circonstances des métamorphismes aqueux. Aussi , n'est-ce guère qu'à cette condition qu'il sera possible de vérifier l'objet d'un ancien débat , et savoir si l'homme a été le contemporain des animaux gigantesques , aux ossements desquels les siens se sont trouvés mêlés *
DE l'hydrologie SODS-llARiriE.
L'hydrologie sous-marine, conunençaat où s'arrête l'hydrologie souterraine , achèvera de nous rendre compte de la distribution des eaux de pluie. Nous savons que la part de ces eaux , disparaissant par les fissures et les crevasses du sol , quelle qu'en soit la proportion , est toujours assez abondante pour former des courants considérables. Arrêtés à yne faible profondeur par les couches imperméable^ des terrain3 stratifiés, ces courants forment les réservoirs d'oti surgips^pt la plupart des eaux artésienne?; mai? d'autre? foi?, particulièrement
1 Ce sont les ossements des animaux de la période tertiaire , mastodontes , mammouths et autres , qoi donnèrent lieu à la tradition mytholo^que des géants.
Voir, sur la même question, Reeherchet géologiques et hiiipriqueê iur les eavemes, par M. Desnoyers, bibliothécaire du Muséum d*histoire naturelle; — De* oisemenU humaim et des ouvrugos de main d'homme enfouis dans les roches et les'couches de la terres par M. Alf. Maury, membre de rinstitut.