XLIX
du golfe du Mexique et aux bouches du Mississipi. Voyons, en attendant, si la question ne se présente pas sous d'autres points de vue , qui nous conduisent tous aux mêmes résultats.
Les sources thermales et minérales proviennent , comme on sait , des eaux superficielles qui ont acquis ces qualités dans leurs trajets souterrains. Eh bien! ces sources, si fréquentes dans le voisinage des grands aestuaires, y coopèrent toujours à la formation des cordons littoraux. Leur présence en pareils lieux est d'abord due à la dislocation des couches souterraines, dont ces eaux tantôt dissolvent, tantôt délaient les éléments. Ces éléments , à leur tour, donnent à ces mêmes eaux une puissance d'agglutination qui reforme les roches , particulièrement les grès et les calcaires. C'est ce que nous aurons encore occasion de remarquer dans Taestuaire du Mississipi , les sources minérales y abondant sur la base maritime, aussi bien que sur les côtés intérieurs de son triangle. Or, à chacune de ces sources correspondent presque toujours des concrétions ou pétrifications sous-marines, sortes de pitons rocheux qui, en s'exhaussant et se multipliant, forment les vrais cordons littoraux.
C'est à une base de roches semblables, mais beaucoup mieux enchaînées et presque continues, que s'appuie, par exemple, le delta du Nil. D'après M. Russeger, cité par M. Élie de Beaumont , ces roches , surtout les calcaires d'Alexandrie, appartiennent à la période géologique moderne, et elles seraient en cours de formation sur tous les contours du delta.
« Toute la côte de la Basse-Egypte , dit cet habile observateur, forme , depuis la tour des Arabes jusqu'à la bouche de Dybeb , près de Tisthme de Suez, une suite de récifs rocheux couverts çà et là de dunes. Ces récifs , qui résistent comme une digue puissante aux vagues de la mer, sont composés d'une roche dont la formation se continue encore ^ sous les yeux , d'un gris marin récent résultant de l'agglutination de coquilles brisées et de coquilles microscopiques. Parmi les débris organiques dont ce grès se compose , on trouve aussi très-fréquemment des coquilles d'eau douce et terrestres que le Nil entraîne dans la mer et que la mer rejette sur la côte pêle-mêle avec des coquilles marines.... La couleur de ce grès marin est d'un blanc grisâtre. Sa consistance n'est pas très-grande; cependant il est çà et là assez solide pour être employé comme pierre de construction,
et les anciens y ont creusé d'innombrables catacombes , ainsi que les excavations nommées Bains de Cléopatre. De nombreuses coquilles perforantes y ont creusé leurs demeures , et sa rapide destruction par Teau de la mer lui donne Taspect d'un corps rongé et celluleux. »
Ainsi , tandis que la mer détruit à la surface du sol la roche en question, celle-ci serait continuellement reformée sous les sables du littoral. Or, coomient se reformerait-elle , si ce n'était par TeiTet d'eaux minérales incrustantes et jaillissant du sol disloqué que nous retrouvons dans le voisinage de tous les delta? C'est ainsi du moins que se forment les grès qu'on fait sauter avec la poudre à la passe sud -ouest du Mississipi, et ceux qu'on rencontre à l'état naissant sur divers points de son aestuaire. Le travail des infusoires produirait-il de pareilles pétrifications ? Ce qui est beaucoup plus probable , c'est qu'elles résultent de l'infiltration lente d'eaux chargées de matières calcaires ou ferrugineuses ; et ce sont ces eaux , dont l'action chimique solidifie tant de sables mouvants sur les rivages , que nous croyons provenir des réservoirs cachés dans les plateaux voisins.
De9 sources d'eaux douces ou minérales voisines de la terre-ferme , passons à celles qui aboutissent au fond des bassins maritimes. La pente de ces derniers n'étant que la continuation des pentes du littoral , y appelle généralement les courants souterrains les plus considérables. C'est là qu'aboutissent les formations secondaires , celles qui se distinguent le plus , sinon par le nombre , au moins par la puissance des courants ; là enfin où l'émergence des continents a dû disloquer les couches terrestres et multiplier les issues pour les eaux d'infiltration.
Qu'on se rappelle , en outre , ce que nous avons dit des volcans et de leur relation avec les eaux souterraines ; ce n'était qu'une partie , et peutêtre la moindre de notre sujet. La principale concenierait , en effet , les volcans sous-marins , qui , bien que peu ou pas du tout observés , jouent un rôle pour le moins égal à celui des volcans terrestres , les seuls dont il ait encore été question. Ces nouvelles considérations s'appliqueraient surtout à la mer Mexicaine , qui n'est pas moins influencée par les feux souterrains que le Mexique lui-même. Le fond du golfe a été maintes fois ébranlé par des phénomènes volcaniques , et le goudron de mer qu'on
a vu flotter 8ou8 forme d'huile noirâtre et qu'on trouve si fréquemment échoué 8ur le littoral , soit à Cuba , soit à la Louisiane ou au Texas , atteste l'existence de nombreuses sources sous - marines d'asphalte, qui accusent à leur tour le voisinage et les effets de la chaleur centrale.
Le fond du golfe pourrait donc être considéré comme un foyer de volcans sous-marins , éteints sans doute , mais néanmoins susceptibles de nouvelles commotions , comme ceux qui ont soulevé l'île de Cuba , et pleins de cavités pareilles à celles existant sous la terre -ferme. Or, à des moments donnés , ces nouvelles cavités ne sauraient manquer d'être remises en communication , soit entre elles , soit avec les fissures continentales; peut-être même cette communication est- elle permanente. En tous cas , les eaux pluviales ne sauraient manquer de la rétablir sous la pression de leur colonne , souvent supérieure de plusieurs mille mètres au niveau des eaux salées , et dont la base peut en élever la puissance au-dessus de tout calcul humain.
Que se passe-t-il alors sous la pression d'une telle colonne , surtout quand elle est directement alimentée par la fonte des neiges perpétuelles ? Les sables , les boues et autres matériaux entraînés dans le courant souterrain en sortent avec Teau qui les rejette sur les bords de son orifice ; et c'est là que , se superposant en couches généralement concentriques , ils donnent lieu à des concrétions , à des monticules , ensuite à des îlots , lesquels se forment, comme on vient de le voir, autour de chaque déversoir sous-marin.
La nature de ces formations est celle même des éléments dont les eaux se sont chargées durant leur voyage sous terre : silicieux , argileux , calcaires ou ferrugineux , selon les roches et les stratifications qu'elles ont traversées en route. Si elles y ont rencontré de l'oxyde de fer, elles s'en sont colorées , ou bien du carbonate de chaux , elles le tiennent en dissolution j et de-là les concrétions qui doivent se former au sein des mers , comme on en remarque si souvent à la sortie des sources thermales et minérales. Le connu aérien nous conduit , à cet égard , à l'inconnu sousmarin, et en démontre d'autant plus la puissance, que le fond de l'Océan, étant le thalweg des grandes vallées souterraines , y reçoit forcément les eaux les plus abondantes.
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Sous reffort de la pression qiii nous occupe , il n'est pas de ruptures et de soulèvements des cavités sous-marines qui ne soient possibles; et c'est alors que des irruptiops d'eau douce , comme celle dont j'ai vu les suites à Key-West , viennent de temps à autre jeter la perturbation dans la faune des eaux salées. Le phénomène que j'ai à rappeler à ce sujet étant le plus significatif que je connaisse , il importe de lui bien conserver ses caractères d'aulhenticité. Je n'en parlerai donc que d'après des témoins oculaires, particulièrement d'après M. W.-C. Denis,.qui en fit alors même l'objet d'une enquête scientifique * .
Le journal de la localité, la Clef du Golfe, s'exprima d'abord en ces termes , dès le 3 janvier 1857 : « Depuis la semaine dernière, notre port » présente le plus singulier et le plus inexplicable phénomène , par la » dessalaison de l'eau et la grande quantité de poissons morts flottant » à la surface. L'eau est douce en des courants qui sillonnent la baie » entière , et en certains endroits elle est très-décolorée et boueuse fhighly » discolored and rnuddyj. Des poissons de la pleine mer, mêlés à ceux du » rivage et à des reptiles, surnagent dans le port en état de décomposition. » Ce fait est inouï dans l'histoire des cayes. »
V Le 5 janvier suivant , d'après M. Denis , un fort vent du nord porta le courant d'eau douce jusqu'au port ; ce qui se renouvela deux fois jusqu'au 19 du même mois. Le 28 février, même invasion des eaux douces par un vent nord-ouest. Or, dans l'intervalle et vers le 1^' février, un navire se rendant de Key-West à Cedar-Key avait rencontré, à 15 milles au nord, un courant d'eau trouble d'une largeur de 4 milles. Cette eau se distinguait aussi bien que celle des bouches du Mississipi , et elle courait du sud-ouest au nord-est , aussi loin que l'œil pouvait apercevoir.
» Deux semaines après , le même vaisseau , en revenant à Key-West, traversa le même courant, dans les mêmes lieux, direction et circonstances où il l'avait remarqué une première fois. Plusieurs autres vaisseaux ont également, depuis le l®*" janvier, rencontré beaucoup d'eau trouble et saumâtre. En somme, il semblerait que ce nouvel écoulement, pour
* Voir ses deux articles publiés dans le National InielUgencer, des 24 mars et 21 avril 1857. Son récit est d'ailleurs confirmé et complété par le journal de Key-West, iht Key ofthe Gulfy du 3 janvier.