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avoir produit les effets qu'il a eus dans la baie , a dû , depuis un mois ou deux, décharger autant d'eau qu'ordinairement le Mississipi. »
On \oit par là Timportance de cette éruption d'eau douce. M. Denis crut pourtant l'expliquer par un écoulement provenu des marais des Everglades , situés en Floride , à 50 milles de Key-West ; ce qui serait attribuer un grand phénomène à des causes sans rapport comme sans proportion avec lui, à des causes vraiment microscopiques. Voyons plutôt les faits qu'il a consciencieusement recueillis , et dont il nous reste à user dans l'intérêt de la science. N'oublions pas aussi que , parlant d'un bruit sourd et d'une commotion inusitée des flots dont les pêcheurs de la Floride aiu^aient été témoins, il suppose à ce propos qu'im tremblement de terre , occasionnant une rupture de canaux caverneux , aurait produit cette éruption d'eau douce.
Ce qui me frappa le plus dans les autres témoins oculaires qui voulurent me donner une idée du même phénomène , c'est que tous le comparaient à l'entrée des eaux du Mississipi dans le golfe du Mexique. Les courants d'eau douce et trouble , me disaient-ils , arrivaient , en surnageant l'eau salée, jusqu'aux rivages de Key-West, et les pêcheurs en faisaient leur boisson en pleine mer, exactement comme des eaux du fleuve « . D'autres m'afiirmaient que cette révolution maritime s'était étendue vers la terre-ferme jusqu'à 30 milles au nord. Enfin , le commandant si expérimenté du steamer hahel , M. RoUins, qui était revenu plusieurs fois dans ces mêmes parages pendant la répétition du phénomène , m'affirmait encore , l'année suivante , en conserver le souvenir comme d'un événement qui avait rempli d'eau douce tout l'espace compris entre Key-West et la Floride , c'est-à-dire une mer de 30 milles de largeur. Or, si Ton remarque que le Mississipi , dans ses plus fortes crues, ne s'épanouit sur le golfe qu'à 15 et 20 milles au plus de ses embouchures a, on ne doutera guère que l'inondation dont il s'agit n'ait
' Un de ces témoins oculaires, M. Russel , chez qui je logeais à Key-West, m'ajoutait à ce propos, qu'une multitude de poissons soit d'eau douce, soit d'espèces marines, furent pêle-mêle jetés morts ou mourants sur la plage. Ce fut bientôt une vraie pesle , dit-il, dont une marée extraordinaire nous délivra fort heureusement, la grosse mer la remportant comme elle nous l'avait apportée.
^ Cet épanouissement en éventail ne doit pas être confondu avec les traînées isolées des eaux
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pu lui être à certains égards supérieure. C/était donc un vrai Mississipi sous- marin , dont Técoulement cessa d'être apparent , aussitôt que les nappes alimentaires se furent mises en rapports réguliers avec les eaux du golfe , et peut-être aussi avec le gulf stream.
Un dernier détail nous révèle encore l'importance de cette éruption sous -marine : c'est que les eaux douces diminuèrent de moitié la salure de la mer; ce qui fut constaté par le salomètre, instrument incapable d'erreur à cet égard , surtout manié par un homme expert et exact comme M. Denis, le propriétaire des salines du lieu. Qu'on réfléchisse donc à la quantité d'eau douce capable d'amener un tel résultat , et l'on devinera toute la portée de ce phénomène , considéré comme inouï à Key-West , uniquement parce qu'on n'y a pas tenu compte de ses semblables < . »
Après de telles irruptions , comment douter que le fond de l'Océan n'abonde en sources d'eau douce alimentées par des nappes continentales et formant des dépôts argilleux , calcaires et de toute autre nature. On y rencontre même des poissons qui, par leur faciès , semblent dépaysés dans le domaine des eaux salées. C'est ce qui aurait lieu pour certains poissons péchés dans les parages de Key-West , si je m'en rapporte au témoignage très -compétent du docteur Girard 2. D'autres fois les courants d'eau douce y jaillissent jusqu'à la surface. Dans un voyage
du fleuve, qui, par des temps et des brises favorables , s'étendent jusqu'à 50, 60 et même 80 milles en mer. A cette distance et bien avant , les eaux troubles se sont clarifiées et ne sont plus que des flaques miroitantes, que Tévaporalion amoindrit peu à peu et fait enfin disparaître de la surface des eaux salées. En pareilles circonstances, le Mississipi n*a pas même le pouvoir d'amoindrir tant soit peu la salure du golfe, ses eaux, spécifiquement plus légères, s* envolant avec les courants aériens, et retournant parfois avec eux dans le bassin supérieur du fleuve.
' Le D^ Drake rapporte un autre fait, confirmant ce phénomène des irruptions d'eau douce dans les bas-fonds de la Floride : c'est une destruction de poissons pareille à la précédente , durant une longue et violente tempête d*hiver. Il attribue , il est vrai , cette destruction à l'influence glaciale s'étendant au sud jusqu'à Key-Wcst. Mais cette interprétation, aussi étrange qu'erronée, est indépendante du fait qu'il atteste; et celui-ci rentre parfaitement dans Tordre de ceux précités.
« Commander Johntton, U.S, N.yWhen stationed on that coast, kax seen many ot its fi%h. benumbed and even destroyed , by one of the$e long continued and violent winter tempest, octing on the shoalwater oflhe Floridn Reef, » (Pag. 37, Deseases in the interior valley ofNorth America )
^ M. Girard est connu par ses Contributions à l'histoire naturelle des ptAssons d'eau douce de l* Amérique du Nord, et par ses travaux , publiés dans le Pacific Rail Hoad exploration and Survey, sur les poissons marins de la Californie et de TOrégon.
que je fis, en 1858, autour de la côte nord du golfe du Mexique, je comptais du pont du bateau à vapeur huit ou neuf larges nappes , surgissant , à 8 ou 10 milles en mer, avec des flaques d'eau miroitantes qui ne permettaient pas de les méconnaître. Elles provenaient des cotes ouest de la Floride, entre Apalachicola Bay et S' Marks ». Sur le rivage oriental de la même péninsule, les marins parlent aussi de rivières sous-marines , et j'ai cru les reconnaître à des nappes également miroitantes , sur les bords où les eaux chaudes du gulf stream se distinguent des eaux froides descendues du Nord a.
Un fait encore plus caractéristique rentre dans le même ordre d'idées. Par 37° 10' latitude nord , et 74o 10' longitude de Greenwich, vis-à-vis la baie de Cheasepeak , où affluent tant de courants d'eau douce , et à 100 milles du cap Charles, la carte du Coast Survey signale un parage océanique où l'eau est profondément décolorée : Water kighly discolored. Or, ce fait , permanent autant qu'exceptionnel dans ce parage où domine le bleu foncé (^deep Mue soundlngj, n'atteste -t- il pas un mélange d'eau douce? Le capitaine Murray, commandant le steamer Nashvtlle, m'a dit avoir plusieurs fois traversé cette eau verdâtre sur les limites intérieures du gulf stream j' et il ajoutait à ce propos : « Tous les navigateurs savent , aussi bien que moi , que l'eau est également décolorée et verdâtre au milieu du bleu océanique , vis-à-vis les côtes de la Caroline du Nord , depuis le cap Look oui jusqu'au cap Fear et plus au sud ; et cela a lieu
» Ces rivières souterraines me firent plus tard mieux comprendre quelques indications précieuses, trop oubliées, d'une des plus belles cartes publiées par TAmiraulé britannique: la Carte des côte$ de la Floride occidentale et de la Louisiane, relevée par George Gault, de 1764 à 1771, et publiée en 1803. Â côté du chififre des sondages, faits à 30 lieues marines environ en plein golfe et sous le méridien de l'entrée de St Rosées Bay, j*y remarque l'indication suivante :
R N. B. /n coming upon the Bank in sounding^ the water changes from the deep Sea-Blue ta a dirty blackish blue colour. » Eh bien! un pareil changement, en pleine mer, peut-il s'attribuer à autre cause qu*à une irruption d'eau souterraine et boueuse ?
Après avoir passé la baie d'ApalachicoIa et en contournant le golfe vers Test, on lit encore en maints endroits de la môme carte : «Fine Greenish sand ioith hlack tpeeks et broken shellt»; et puis : « Grassy bottom », ou bien encore : « Bere il shoals gradualiy to the thore, being an easy fiai with grassy bottom and sometimes flat rock like pavement. »
^ C'était durant un double voyage à bord du steamer Isabel^ où je n'ai eu qu*à me féliciter des altentions du capitaine Kollins.
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à 50 ou 60 milles en pleine mer, en même temps que cette eau verdâtre est aussi chaude ou à peu près que celle du gulf stream. »
Maintenant , je le deinande : d'où peuvent venir et cette chaleur et cette décoloration, sinon des écoulements sous -marins résultant de la constitution géologique de la Caroline du Nord ? On est autorisé à le croire pour ces parages , au moins autant que pour ceux de la Floride.
Voici encore un fait concluant , auquel on ne manquera pas d'en ajouter bien d'autres. « Un convoi anglais, sur lequel Buchanan se trouvait embarqué , rencontra par un calme plat , dans les mers de Tlnde , une abondante source d'eau douce à 45 lieues de Chittagong et à environ 35 lieues du point de la côte le plus voisin. Ce cours d'eau souterraine avait donc plus de 35 lieues d'étendue < . » Il débouchait en plein Océan , comme les eaux troubles ci-dessus signalées à 100 milles de la baie de Cheasepeak.
Après de tels faits , nous pouvons donc le répéter : le fond des mers n'étant que la continuation des rivages , on doit y trouver des sources d'autant plus abondantes, qu'elles y surgissent au thalweg des pentes du littoral. Ce qui est sûr, c'est que les formations d'eau douce y abondent ; on poiu*rait même dire que les calcaires d'eau douce tapissent en mille endroits le fond des mers. J'en ai , par exemple, découvert à Key- West , sur lequel l'oolite se trouvait déposé au bord du gulf stream : indice probable que ce courant maritime ne subit pas seulement l'influence des eaux salées.
Je ne laisserai pas le sujet de V hydrologie sous-marine sans émettre un doute relatif à certaines explications du gulf stream. Ce courant, renommé bien avant la découverte de la Louisiane , ne peut , quant à son mouvement initial , être guère attribué qu'aux vents alises. Ces vents soufflent , en effet , de manière à pousser constamment les eaux des Caraïbes dans le golfe du Mexique. Ces eaux, une fois entrées par le détroit de Cuba au Yucatan , n'en sortent que par le détroit de Cuba à Key-West , qui va se resserrant jusqu'au débouché du canal de Bahama. Or, comme cette sortie est deux fois plus étroite que l'entrée ; comme , d'un autre côté , la profondeur n'influe en rien siu* des écoulements de surface , il en
I Traité de géographie et de statistique médicales, déjà cité, T. l«r, p. 109. Paris, 1857.
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résulte : l^ qiie les eaux accumulées dans le golfe doivent s'y maintenir à un niveau supérieur ; 2^ qu'elles s'en écoulent avec une rapidité proportionnée à l'impulsion initiale et au resserrement prolongé de la sortie. Ainsi , leur écoulement , qui constitue le gulf stream^ tiendrait d'abord à la supériorité de niveau du golfe : fait non encore démontré , mais qui semble évident, quand on remarque l'élévation extraordinaire que des vents de quelques jours peuvent y donner aux marées. Le flux ordinaire s'élève d'abord de deux pieds. Qu'un vent violent souffle alors , il en neutralisera le premier reflux , puis un second , puis un troisième et un quatrième. Voilà aussitôt les eaux du golfe exhaussées de huit à dix pieds ; et cela , rien que par la durée exceptionnelle d'un fort vent de l'est , (oumant au sud et s'ajoutant à l'impulsion donnée aux mêmes eaux par les vents alises. Cette exception, heureusement fort rare, et •qui occasionne tant de désastres sur les terres -basses du littoral, nous montre comment , sous le régime de ces vents réguliers , les eaux du golfe s'y maintiennent à un niveau toujours supérieur et en même temps inaperçu^ par suite de sa constance même. Il en résulterait donc qu'à Touest de la Floride , ce niveau domine de plusieurs pieds les eaux de l'est ou de l'Atlantique. Ce qui nous expliquerait plus d'un phénomène propre à cette péninsule , et fixerait les opinions quant à l'origine du courant océanique , dont la permanence atteste une des grandes lois de l'économie maritime.
C'est ici que vient le vrai point en discussion , et c'est la température plus élevée, mais si variable des eaux du gulf stream^ dont je désire me rendre compte autrement qu'en l'attribuant à la seule chaleur des eaux tropicales , accumulées dans, le golfe du Mexique par les vents alises. Cette chaleur, on le sait, est constante comme une loi générale de la nature ; mais la chaleur du gulf stream présente des variations qui n'ont aucunement ce caractère. Celles-ci ont été constatées sur place par les officiers du Coast Survey^ et sous l'exacte et savante direction de M. Bâche. Or, voici comme il s'exprime à ce sujet : « Par rapport à la » température observée en février, si nous n'en avions pas d'autres pour • nous guider, l'irrégularité en est telle que nous- devrions désespérer «d'arriver à un résultat. » (Rapport de 1854 , p. 60.)