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GÉOLOGIE DE LA LOUISIANE EN RAPPORT AVEC SON HYDROGRAPHIE

La Louisiane est une nouvelle Egypte , où le Mississipi est tout-puissant pour le mal comme pour le bien. — Elle est, de plus, la contrée la mieux arrosée du monde. — Sa supériorité due surtout aux voies navigables et aux facilités d'embarquement dont la nature Ta douée. — Nécessité de les entretenir et améliorer. — C'est en concourant à cette amélioration que l'hydrographie de rÉtat aiderait également au dessèchement et assainissement de ses innombrables marais. — Importance de cette dernière opération démontrée par des chiffres officiels. — Dix millions d'acres inondés appartenant à l'État, des marécages privés sans nombre, et une foule de lacs cessant d'être navigables et en voie trop lente d'atterrissement. — Outre son utilité financière et politique , l'hydrographie de la Louisiane deviendrait Tauxiliaire de sa géologie ; ce qui assurerait d*autant mieux le grand résultat pratique que le pays demande à ces deux sciences, savoir : le dessèchement et l'assainissement de ses marais.

La LoQÎsiane, pour nous toas, cest moitié la France, moitié TAmérique, les deux pays qu'aiment le plus au monde bien des voyageurs désireux de s'y établir et dignes de s'entendre pour y marcher d'un même pas au même but. Pour l'atteindre, que nous manq^ue-t-il? Une chose d'abord : la complète salubrité du sol que nous voudrions occuper à demeure fixe et sans esprit de retour. Qu'on assainisse la Louisiane, qu'on puisse y conserver la santé durant les fortes chaleurs, et la population doublera en dix ans, et l'État tout entier reprendra une vie nouvelle pour s'élancer à la tête de tous les progrès. Il est déjà le plus riche de l'Union ; il en deviendra le plus heureux, conviant sous son beau ciel toutes les fortunes noblement acquises, et joignant alors le culte des arts, tous les privilèges du génie , aux dons que la nature lui a déjà prodigués d'une main si libérale. La Louisiane deviendrait l'Italie du Nouveau-Monde, avec des proportions grandioses. L'Egypte avec son Nil, émule du Mississipi, quand elle était le rendez-vous des influences de Rome , de la Grèce et de l'Orient , donnerait peut-être l'idée d'un pareil avenir; mais au moins devrions-nous imiter ses habitants, qui nommaient leur grand fleuve, non-seulement le père des eaux,

mais le père, le créateur de l'Egypte, et lui vouaient an culte dont le souvenir est éternisé par les chefs-d'œuvre de l'hydraulique des Pharaons.

Nul d'abord ne saurait oublier ici la singulière influence que le Mississipi exerce sur le climat de la Louisiane , et comment il le rend plus salubre et plus doux par l'efl^et de sa propre température. Toutefois, quand ses eaux, perdues dans les bas-fonds , y deviennent stagnantes en été , nous ne savons que trop les terribles miasmes qui s'en exhalent. De là, une tout autre phase de son influence, et un motif de plus à nous occuper sérieusement de l'hydrographie d'un fleuve, tour-à-tour funeste ou propice aux plus grands intérêts du pays. En considérant sa double influence , les superstitions antiques l'eussent vraiment divinisé comme le génie du bien et du mal ; elles lui eussent voué un culte destiné à conjurer sa colère comme à le remercier de ses dons. Mais les anciens portaient leur respect pour la nature jusqu'à l'idolâtrie ! Nous , au contraire , qui en parlons si familièrement au coin du feu , nous n'en faisons guère au fond qu'un objet d'indifliérence. Sa religion est trop froide pour nous inspirer, et nous la traitons comme lettre morte dans les œuvres du Créateur. Il s'agit pourtant d'une puissance de qui dépend, en Louisiane, santé, fortune et bien-être, tout ce que nous possédons ou pouvons espérer. Que faut- il de plus pour nous porter résolument à bien connaître le fleuve qpi détermine à l'avance les destinées du pays et en fixe l'avenir en caractères immuables et providentiels?

Pour comprendre aussi de quelle importance l'hydrographie de l'intérieur serait pour la géologie de la Louisiane , il suffit de jeter un simple coup-d'œil sur la carte de l'État , et de s'y rappeler les fonctions multiples de la Rivière Rouge et du Mississipi. Par l'action de ces cours d'eau, les transformations du sol s'y succèdent avec une rapidité sans égale dans les temps modernes : or, ce fait , quoique inaperçu des populations nouvelles , nous en dit assez sur l'intérêt du géologue à connaître toutes les conditions hydrographiques d'un pareil théâtre.

Et d'abord , où trouver pareil développement de voies navigables , soit par les fleuves, soit par leurs bayous? Nulle part aux États-Unis, nulle part peutêtre au monde. Les quatre fleuves qui arrosaient le Paradis terrestre se sont multipliés dans la Louisiane au-delà de toute espérance humaine, et l'imagination n'eût jamais pu concevoir système de navigation intérieure mieux harmonisé ni plus étendu. Â la Louisiane appartient donc par excellence le

premier des éléments civilisateurs , le premier agent de la richesse et de toute supériorité commerciale^ c'est-à-dire l'économie des transports par eau.

A cet avantage envié par tous les fondateurs d'empires , il faut joindre la facilité la plus complète de charger et décharger sur les rives comme on ferait sur des quais. Les quais, autre élément de l'économie des transports, ont toujours fait la fortune des cités maritimes ; aussi est-ce à qui d'entre elles en aura le plus et des meilleurs. Pour s'en créer, elles videraient, s'il le fallait, leur trésor public, tant l'intérêt des marchands aussi bien que des navigateurs est impérieux sur cette condition de progrès ! Eh bien ! ces avantages qui Grent la grandeur de Venise et d'Amsterdam, et que le Hévre et Liverpool se sont assurés à si grands frais , la Louisiane les possède par la seule grâce de Dieu , non-seulement à la Nouvelle-Orléans et sur le Mississipi, mais sur tous les bayous et devant chaque plantation , dont le maître n'a guère que l'embarras du choix pour en faire un excellent abordage. Ce n'est pas tout : les communications, d'une extrémité à l'autre de l'État, y sont presque aussi régulières qu'entre les divers quartiers d'une même ville. Les planteurs veulent-ils partir, des châteaux flottants sont là à leur disposition , presque aussi commodément que les omnibus des boulevards de Paris. De là, une navigation à vapeur proportionnée au nombre des passagers et à la richesse du pays , bien plus étonnante que le grand fleuve américain , et oO'rant au voyageur la plus incomparable merveille du Nouveau-Monde. Cette navigation n'est pourtant que le simple résultat des avantages naturels dont nous parlons, le résultat d'une flupériorité commerciale fondée sur une base inattaquable : l'économie et la multiplicité des transports par eau.

On comprend dès-lors combien importerait à la Louisiane l'exacte description de ses voies navigables ou susceptibles de le devenir, avec l'étude approfondie de tous ces cours d'eau au point de vue de leur entretien et de leur amélioration. Cependant ses fleuves et leurs quais naturels se détériorent en mille endroits, des bayous s'atterrissent, et des lacs jadis fréquentés se transforment en marais, bientôt peut-être en bourbiers méphitiques. La santé publique y perd encore plus que l'agriculture et le commerce ; pourtant nul ne sait encore où est le foyer de la nuUaria, comment elle se développe , ni comment il faudrait l'attaquer. Or, c'est à ces questions qu'une description hydrographique de la Louisiane devrait aussi répondre. Les conditions hygiéniques dépendent, au plus

haut degré, de Tétat des fleuves et des bayous, de Tétcndue de leurs débordements, peut-être aussi de Icpoque des inondations. Voilà ce quil faudrait connaître avec exactitude, et qui ne déparerait pas le travail purement hydrographique.

Mais se hâtera-t-on de me dire : Où sont les résultats directs et positifs de ce travail? Quel argent nous en reviendra-t-il ? Le voici.

D'après Tavant-dernier rapport de Tarpenteur général de la Louisiane , Thabile M. M^ Cullow, les terres submergées, et, à titre de swamp lands^ concédées h l'État par les actes du 2 mars 1849 et 28 septembre 185ft, s'élèvent au chifl're énorme de 10,105,455 acres, soit 15,781 milles carrés. Une telle superficie , perdue pour le trésor public , qui n y perçoit point de taxe , et injurieuse h la santé de tous par les miasmes qui s'en exhalent, vaudrait bien la peine d'être rendue à la culture et à la salubrité. Or, comment arriver à cette restauration du sol et du climat , sinon par l'étude qui peut seule la préparer, sinon par une hydrographie complète de la Louisiane? Ce n'est pas tout : aux

10 millions d'acres déjà mentionnés, il faudrait ajouter les lacs comblés à moitié par les alluvions et en voie de complet atterrissement , s'il était décidé qu'ils appartiennent soit à l'État, soit aux propriétaires riverains par droit d'accession..

11 est vrai que le Gouvernement Fédéral les réclame et prétend en vendre le sol à son profit; mais on pourrait en faire le sujet d'une négociation , où la description hydrographique , entreprise aux frais de la Louisiane , serait la condition d'un compromis fait au profit du progrès général de l'Union. Quoi qu'il en soit des réclamations du Gouvernement Fédéral , les lacs en question sont très - nombreux dans le district nord -ouest de l'État, et ils y assurent une importance toute spéciale à l'hydrographie du bassin de la Rivière Rouge .

A ces divers terrains submergés et en voie d'atterrissement , il faut joindre enfin les marécages des propriétés particulières, lesquels semblent dépasser de beaucoup les terres actuellement en cours d'exploitation. Ce qui est sûr, c'est que l'étendue et le nombre de ces derniers marais sont restés , jusqu'à ce jour , étrangers aux études générales du pays. Une statistique pourrait être fournie, à cet égard , par les planteurs eux-mêmes ; et leurs précieux renseignements hâteraient et compléteraient à la fois le travail d'ensemble, dont ils seraient d'ailleurs les premiers à profiter.

On voit donc , au premier coup-d'œll , combien d'intérôts privés ou publics militent en faveur de la description hydrographique dont il s'agit. Elle serait l'occasion d'une foule d'am«Miorations intérieures; et, h ne calculer qu'à un dollar par acre la valeur des terres , qui seraient par suite rendues à la culture et vendues au profit du trésor public , l'État en retirerait infailliblement 15 ou 20 millions de dollars , outre les impôts qui lui en reviendraient chaque année et s'accroîtraient avec les progrès agricoles et le nombre des habitants : de là , l'importance politique qu'aurait l'hydrographie de la Louisiane. De son côté, la géologie lui devrait de mieux connaître le rôle des eaux et leurs rapports non-seulement avec la climatologie , mais encore avec le sol qu'elles ont formé d'atterrissements si divers. Nulle part, en effet, se rencontrent des 'terrains plus mêlés de sable , d'argile et de détritus. Ces éléments y alternent presque en tous lieux dans les bassins de la Rivière Rouge et du Mississipi , ce qui explique bien l'effondrement de leurs rives., l'instabilité capricieuse de leurs bayous. Il y a plus encore : à chaque forte sécheresse, des crevasses s'entrouvrent dans ces alluvions de diverse origine; et il suffit ensuite d'une inondation, parfois même d'une pluie torrentielle, pour transformer ces fentes imperceptibles en ouvertures capables d'offrir de nouvelles issues aux anciens cours d'eau et même changer leur lit. De là, les changements aussi redoutables qu'imprévus , et les embranchements , les ramifications , les méandres sans nombre des fleuves de la Louisiane; méandres qui font pressentir les difficultés de la navigation, et faute de fondations solides rendent toujours précaires les établissements définitifs.

Pour se rendre un compte exact de cette situation , l'hydrographe devrait être aussi géologue et marcher la sonde à la main. Il devrait surtout, pour mieux procéder à l'examen des lieux, consulter les planteurs, témoins traditionnels des anciennes transformations du sol , et ne dédaigner aucunement leurs avis , sauf à vérifier leur expérience et à la compléter par une étude directe et approfondie du terrain. Le puits artésien de la Nouvelle-Orléans, et celui que M. Phanor Prudhomme fit percer sur sa plantation de la Rivière Rouge , ont donné , à cet égard , de précieuses informations qu'il ne s'agit que d'utiliser et multiplier. Les puits artésiens peuvent d'ailleurs se transformer en puits d'absorption , et devenir un des plus efficaces moyens de dessèchement. Ce but final de l'exploration hydrographique serait ainsi poursuivi en commun avec les planteurs , qui auraient pleinement droit alors d'en retirer leuF part d'honneur et de profit.

En résumé, cette exploration devrait se faire au point de vue de l'avenir, et préciser à cet effet :

1 ^ Les conditions de toutes les voies navigables , artères vitales et canaux distributeurs de la richesse du pays ;

2^ Les conditions des terres submergées et des lacs partiellement atterris , qu'il s'agirait de dessécher complètement , soit au profit de l'État , soit au profit des particuliers ;

S"* Enfin , la nature des divers terrains , formés jadis par les mêmes eaux contre lesquelles il faut maintenant les défendre : ce qui mettrait de nouveau l'hydrographie de la Louisiane en rapport avec sa géologie , et les ferait l'une et l'autre marcher du même pas au même but. — Â cet effet, il s'agirait de bien distinguer des rives en cours de formation sur les bords du golfe et des prairies tremblantes disséminées sur les bords des lacs , tous les bas-fonds solidement établis , sur lesquels il serait profitable de commencer les opérations de dessèchement. Une fois cette distinction faite et le public éclairé sur les points à s'établir, l'édification des spéculateurs serait complète , et ce serait à qui d'entre eux mettrait ses capitaux dans de pareilles entreprises. On sait combien les capitalistes sont friands de spéculations de terre. Ce ne sont donc pas eux qui feront défaut : ce qui manque seulement , c'est la connaissance précise et positive des terres à dessécher et des meilleurs moyens de dessèchement. C'est ainsi que l'exploration dont il s'agit , soit préparée en grand par l'État , soit faite en détail par les paroisses ou même par des associations privées , conduirait sûrement au résultat pratique d'où dépendent presque tous les progrès ultérieurs du pays , savoir : le dessèchement et l'assainissement de ses marais.

GÉOLOGIE DE LA LOUISIANE EN RAPPORT AVEC LA QUESTION DES DESSÈCHEMENTS.

Des dessèchements naturels. — Leur double procédé : !<> par atterrissement; 2o par absorption. — Singulière méprise qui, jusqu'à présent, a fait exclusivement préférer en Louisiane. les dessèchements purement artificiels. — Nécessité de reprendre cette question, conformément aux indications de la nature.

Le meilleur système de dessèchement applicable aux marais de la Louisiane ne saurait, h coup sûr, être sans quelques rapports avec la formation primitive du territoire à dessécher. Heureusement pour notre système, cette formation est fort reconnaissable sur tout le littoral du golfe de Mexique et bien avant dans l'intérieur du delta. Nous savons également les deux principales causes qui l'ont produite. Ce sont les alluvions maritimes et les alluvions fluviales, qui, tantôt s'exhaus'sant inégalement, donnent lieu à des bas- fonds, tantôt s'entrecoupant par bandes et côtes parallèles , interceptent encore l'écoulement des eaux et les rendent stagnantes.

Ce dernier cas se voit surtout entre le bayou Tèche et les bords du golfe de Mexique. Les relais de mer, y rivalisant avec les atterrissemcnls d'eau douce , y ont formé divers cordons littoraux , où les bas-fonds intermédiaires , si leur dessèchement ne devait d'abord être traité d'une manière générale , nous oflnraient en ce moment un excellent terrain d'application. Dans le cours de la génération présente et sans l'intervention de l'homme , bien de ces bas-fondsont en eflet passé par les conditions successives de lacs , de marais , de terre submergée, de prairies tremblantes, enGn de terre ferme et cultivable. Or, comment s'est opéré le passage graduel d'un de ces états à un état meilleur, et comment la nature procède-t-elle à celte transformation? C'est ce qu'il faut, avant tout , savoir chaque fois qu'il s'agit de terrains dont on cherche le meilleur mode de dessèchement.

Dans les terrains sédimentaires de la Louisiane , cette transformation du sol en bien et en mieux , dont la nature a fait jusqu'à présent tous les frais, s'efiectue par les procédés suivants , dont il ne s'agira plus que de perfeetionner l'application.

1 ^ Le premier de ces procédés est sans comparaison le plus eflScace , parce

quil est définitif. C'est rexhausscment des bas-fonds par leur comblement spontané , soit au moyen d'alluvions provenant des fleuves voisins, soit avec de nouveaux relais de mer charriés par les hautes marées. Ce dernier genre d'atterrissement , favorisé par les grandes marées océaniques , est usité en Hollande , qui a pourtant négligé lautre , mais de manière à regretter amèrement cet oubli. Le territoire hollandais paratt en eflet subir en maints endroits Vaction d'un afiaissement géologique; et Ton n'y a reconnu que bien tard, trop tard peut-âtre , l'avantage des atterrissements fluviatiles pour en exhausser la surface ou en neutraliser au moins la lente dépression. Une émergence non moins lente , mais bien plus réelle , semblerait au contraire la condition présente du littoral de la Louisiane. Ses plus anciens habitants, témoins des transformations et du raifermissement des terres humides , sont unanimes sur ce fait. C'est ce que nous verrons ci-après, avec détail; et il en résultera que la nature, aidant aux travaux de dessèchement, en rendra le «uccès d'autant plus infaillible qu'elle-même en multiplie le modèle sous nos yeux.

2^ Un phénomène assez fréquent indique un autre procédé. Dans les marais formés des eaux pluviales, qui, faute d'écoulement superficiel, reviennent périodiquement s'y reposer sur une couclie d'argiles et de détritus végétaux , il suffit parfois d'une grande sécheresse pour en fissurer et crevasser le fond. Celui-ci devient aussitôt perméable , et quand le sous-sol en est sablonneux , les nouvelles eaux ne pouvant plus y être retenues , le marais se trouve desséché sans retour. C'est ainsi que plusieurs petits lacs ont été rendus cultivables en maints endroits de la Louisiane. Or, ce que la nature a fait là, c'est encore à l'art hydraulique h l'imiter, pourvu que les conditions du sous-sol y assurent un résultat pareil. Des puisards, ou puits absorbants, parfois même de simples fossés qui mettraient les eaux de la surface en contact avec les sables des couches inférieures, y ouvriraient un écoulement souterrain aux eaux de pluies. Ils en préviendraient ainsi la stagnation, et assainiraient le

terrain en même temps qu'ils le dessécheraient.

Tels sont les deux modes de dessèchement suggérés par la nature, et dont les procédés d'absorption et d'atterrissement semblent mis par elle-même à la portCe de tous. Ce sont pourtant ces deux procédés, d'une application si sûre , si facile et si peu dispendieuse , qu'on a le plus méconnus en Louisiane. £t pourquoi ? Pour leur préférer des machines d'épuisement et des moyens

artificiels, dont la cherté égale Tinsaffisance. Ce dernier système a d'ailleurs un vice radical , qui n'aarait jamais dû le faire admettre au'à titre de pis-aller : ce sont ses perpétuels frais d'entretien , qui , absorbant les plus clairs profits des plantations , rendent d'autant plus énigmatique la préférence exclusive dont il a été l'objet. Tant il est vrai qu'en tous lieux et en toutes choses l'homme aime h commencer par le compliqué , s'évertue et s'épuise souvent h le rendre profitable , et , au lieu d'aller droit h ce qui est simple , n'y arrive qu'avec la plus grande difficulté et presque malgré lui ! C'est juste ce que nous allons bientôt voir, en traitant h fond des dessèchements de la Louisiane : question non -seulement inséparable de sa géologie, mais en constituant la portion éminemment pratique.

Revenons donc aux indications de la nature ; c'est à elles de nous conduire à la solution désirée , et cherchée si loin quand elle était si près. La plus importante à redire aux partisans des dessèchements artificiels , est le phénomène des atterrissements produits sans aucune intervention de l'industrie humaine. Ce phénomène , qui frappe à chaque instant nos regards, dont la permanence accuse une loi géologique , et à l'accomplissement duquel chacun peut aisément coopérer , est l'exhaussement du sol des vallées et des fonds de lacs par le dépôt des terres qu'y charrient les eaux des régions supérieures. Or , la Louisiane entière est traversée par une région de ce genre , constituant une vraie colline d'irrigation , et qui est le niveau même des crues du Mississipi. Grâce à ce niveau, supérieur à tant de bas-fonds à dessécher, le dessèchement de ceux-ci devient infaillible par le seul fait des atterrissements du fleuve. — Telle est l'indication ou plutôt l'ordre impérieux de la nature, dont on a beau contrarier l'exécution à grand renfort de levées , mais qui ne sait que trop bien passer à travers ces fragiles obstacles.

Une autre indication non moins significative sur l'emploi à faire des alluvions du Mississipi , est ce que ce fleuve en a fait lui-même dans le golfe de Mexique. Avec elles et en moins d'un siècle et demi, il a fondé, élevé, consolidé un vaste territoire , sur une profondeur de plusieurs centaines de pieds; ce qui réduirait le temps de cette même formation à deux ou trois années , si la profondeur des eaux du golfe n'avait été que de 2 à 3 pieds seulement, c'est-à-dire celle même de nos marais à dessécher. N'est-il pas dèslors évident que ce qui atterrit la mer atterrirait également ces marais ?

C'est très-clair, m'a-t-on répondu, quoique fait avec de leau boueuse.

Eh bien ! il s'agit de vériGer cette même conclusion , en appliquant l'action du fleuve, soit aux bas-fonds qu'il inonde, soit h ceux résultant de l'invasion des marées et qu'il pourrait également atterrir. S'il a fait reculer la mer ellemême, comment ne ferait«il pas reculer d'ici une couche d'eau de quelques pouces seulement de profondeur? Pour obtenir ce dernier et si facile résultat, il n'a qu'à y jeter une couche d'alluvions, et son œuvre est accomplie. — Telle est la solution du problème. Une difficulté pourtant la complique : celle des levées riveraines qui , à moins d'autorisation spéciale , s'opposent à la distribution méthodique des sédiments. Or, c'est aux législateurs de venir ici en aide à l'action du Mississipi et d'en assurer toute l'efficacité.

Les levées sont une cause de bien présent , mais trop souvent aussi de mal futur, qui fait de leur établissement et de leur mode de construction et d'entretien une des plus graves questions de la Louisiane.

Celle des dessèchements devant d'abord nous occuper, nous la reproduirons sous la forme épistolaire que nous lui donnâmes , en la présentant au feu de la discussion publique , dans les journaux Louisianais > . Cette forme ne peut d'ailleurs que varier le style de ce travail, et ne saurait en gâter le fond auprès des lecteurs sérieux.

Les diverses dates de mes lettres marqueront enfin le progrès de la question, depuis le moment oii l'on jetait la pierre à mon système d'hydraulique naturelle appliquée aux grands travaux de dessèchement, jusqu'à celui où ce système, reconnu conforme à l'expérience des planteurs, et au savoir des meilleurs ingénieurs publics, n'a guère plus eu d'autres adversaires que ceux qui ne l'avaient point encore examiné.

1 Particulièrement dans VAbeille et le Delta de la Souvelle^ Orléans et dans le Courrier de la Louisiane.

Ire LETTRE.

Nouvelle-Orléans, 16 janvier 1858.

Question des dessèchements, entravée en Louisiane par la lutte de deux systèmes exclusifs; elle ne sera résolue qu'à l'aide d'éléments mixtes et conciliateurs. — Systèmes contraires des levées et des déversoirs du Mississipi. — Troisième système qui comprendrait ce que les deux autres ont de bon et en rejetterait le mauvais. — D'après celui-ci , le dessèchement des bas-fonds se réduirait à utiliser les alluvions du fleuve, comme les planteurs font de ses bois de dérive. — Spectacle de l'activité riveraine à la descente de ces derniers ; et combien les travaux d'atterrissement le rendraient plus remarquable et plus utile. — Préliminaires de la question à résoudre.

Me voici de retour dans le Paris américain , et je reprends la question des dessèchements de la Louisiane, au point où nous l'avons laissée Tannée dernière. Dans ma lettre du 17 février 1857, je vous ai soumis le projet d'un système conciliateur par rapport aux rives du Mississipi que se disputent deux systèmes contraires d'hydraulique : Tun tendant à endiguer partout le fleuve , et l'autre à ne l'endiguer nulle part ; le premier fondé sur des rives purement artificielles , et , au risque d'empirer l'embouchure , rejetant toutes les alluvions à la mer ; tandis que le second leur abandonne à tout hasard le champ d'une inondation sans limite, alors qu'il s'agirait de les utiliser systématiquement pour exhausser les bas -fonds riverains et les mettre à l'abri des débordements ultérieurs. — Sauf erreur de ma part , le troisième système , en évitant les inconvénients des autres , en aurait très-bien combiné les avantages. Il aurait ainsi concilié tous les esprits, mis fin à des luttes stériles, et d'un même pas, d'un même élan , nous aurait fait atteindre un but aussi utile que glorieux , la conquête de la plus fertile moitié de la Louisiane.

Telle était ma pensée d'alors , qu'il s'agit de mettre en rapport avec la question du moment.

A la suite d'une terrible fièvre jaune et d'inondations destructives , les intérêts de la santé comme ceux de la fortune publique préoccupent aujourd'hui citoyens et législateurs ; et tous à l'envi de se demander : Que faut-il faire par rapport aux terres submergées de l'État, par rapport surtout aux marais pestilentiels qui entourent la Nouvelle-Orléans ? Les représentants de l'agriculture demandent à leur tour : Que faut-il faire avec les eaux formidables du Mississipi , que les uns essaient de contenir par des levées , tandis que d'autres voudraient

les livrer à leurs déversoirs naturels, et, au lieu de fermer, par exemple, le bayou Plaquemines, rouvriraient au contraire le bayou Manchac, au risque d'inonder les terres d'un niveau inférieur et de récente exploitation?

Le but de ces derniers est d'éviter l'exhaussement et refoulement du fleuve , causés par les barrières qu'ils voudraient abattre. Celui des autres est au contraire de les maintenir, et, s'il le faut, de les fortifier encore pour mieux se protéger , sauf ensuite à aider les autres habitants à se défendre de leur mieux contre les hautes eaux .

De graves intérêts, comme on voit, militent pour chacun des deux systèmes; et, si malgré leur difl'érence , si en dépit de leur apparente opposition il y avait, comme je l'ai déjà cru , moyen de les concilier, on obtiendrait par là un résultat capital : celui de satisfaire également les deux classes de planteurs qui , à elles réunies, représentent vraiment les grands intérêts de l'État. Si donc un système d'hydraulique pouvait aboutir à une telle conciliation , il serait à coup sûr le bienvenu. C'est maintenant ce que j'espère obtenir de celui dont j'ai à exposer les principes généraux, en attendant d'en faire l'application.

Remarquons, à cet eO'et, que les deux précédents systèmes sont l'un et l'autre partiellement inattaquables , et que leur seule faiblesse , leur seul tort est d'être trop exclusif. L'un voulant partout des levées et l'autre n'en voulant nulle part , nous y sommes réduits à l'alternative des débordements périodiques du Mississipi , ou bien d'un exhaussement indé&ni de son lit et de ses rives. Or, de ces deux maux il n'est point aisé de dire quel sera le moindre. Le premier de ces systèmes , fondé qu'il est sur des digues dont on ne connaît jamais bien la force , mé semble en efiet beaucoup trop artificiel pour être durable et sûr, quant au but qu'il poursuit ; le second , à son tour, est évidemment trop primitif , pour entrer comme élément de progrès dans les conditions présentes de la Louisiane. L'un et l'autre pèchent donc également par un côté, en même temps qu'ils sont irréprochables par l'autre. Ceci posé, je conçois tout naturellenoient le troisième système formé des deux autres , et consistant à prendre la portion de chacun d'eux directement avantageuse, en en rejetant celle qu'on reconnaîtrait nuisible ou inapplicable. Ce troisième système d'hydraulique unirait ainsi les deux précédents par tout ce qu'ils auraient d'utile ; et tandis que , d'un côté , il conserverait les plantations riveraines en fortifiant les levées là où le besoin s'en ferait sentir, de l'autre, .il agrandirait, s'il le fallait, certains

déversoirs du fleuve, mais de manière h faire servir Ténorme quantité dalluvions qu'il entraîne, à Tcxhaussement progressif des terrains submergés. Ce système mixte, ainsi que nous le verrons plus tard, sera en outre d'une extrême simplicité : privilège inhérente toute opération fondée sur le bon emploi des forces naturelles.

Un fait usuel sur les bords du Mississipi nous introduit maintenant dans le cœur de la question : il s'agit de l'indifTérence des planteurs à voir passer et se perdre au golfe de Mexique les riches alluvions du fleuve , tandis qu'ils savent si bien arrêter au passage les bois de dérive descendant avec elles durant les crues. C'est alors à qui saisira le plus possible de ces forêts flottantes. Ici , des ouvriers libres , n'ayant qu'à retirer les arbres qui leur sont prodigués par les hautes eaux , font du bois pour les besoins de la ville ou de la navigation. Là , des noirs attachent leur cordelle à des troncs choisis et les font échouer à la rive de leurs maîtres. Plus loin , des scieries s'approvisionnent de la même manière, et chacun de faire des planches ou du combustible à peu de frais , rien qu'en utilisant sous ce rapport les dons périodiques du Mississipi.

Ce spectacle est si familier aux Louisianais qu'ils ont peut-être cessé de s'en rendre compte. C'est pourtant en petit l'image de l'activité qui tôt ou tard se développera sur les mêmes rives, pour la conquête des alluvions destinées à dessécher et assainir les bas-fonds de la Louisiane. J'ajoute, de la manière la plus positive , que le nombre de bras actuellement employés au sauvetage des bois flottants serait plus que suffisant pour diriger et fixer ces alluvions. De simples saignées les conduiraient en eflet du fleuve sur l'arrière des plantations, qui s'exhausseraient ainsi peu à peu jusqu'à s'élever au niveau de la plate-forme riveraine. Ces dépôts de terre , successivement accumulés par millions et milliards de mètres cubes , d'après la méthode usitée en Italie , rendraient bientôt cultivables les fonds marécageux perdus jusqu'à ce jour pour les planteurs. Des canaux plus importants ou les bayous transporteraient les mêmes terres d'exhaussement dans les lacs inutiles à la navigation pendant l'hiver, et qui deviennent en été le foyer des exhalaisons pestilentielles. Les formidables alluvions du Mississipi , qui se perdent et s'égarent à tout hasard , seraient , dès-lors , systématiquement déposées où le besoin s'en ferait sentir ; et comme les dérivations du fleuve se chargeraient de leur transport et économiseraient elles-mêmes la plus forte dépense de pareils travaux , on obtiendrait en salubrité et en richesse

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des résultats incomparablement supérieurs aux frais de cette noble et patriotique entreprise.

Tel est le problème d'hydraulique qui me semble digne de préoccuper et passionner non-seulement la législature , mais tous les citoyens et tous les amis de la Louisiane. C'est le môme problème qui fut victorieusement résolu par les Égyptiens, quand ils se servirent des alluvions du Nil pour créer le sol de la Basse-Egypte , et aussi par les Vénitiens , quand ils fixèrent et assainirent sur le littoral voisin les atterrissements de même nature dont leurs célèbres lagunes étaient menacées. La salubrité de TÉgypte est depuis deux mille ans proverbiale. Quant à celle des maremmes vénitiennes , quoique laissant beaucoup encore à désirer depuis la chute de l'aristocratie qui en faisait l'objet de sa sollicitude, elle est néanmoins telle qu'on l'envie dans les maremmes de la Corse, de la Toscane et des États Romains. Les fièvres foudroyantes en ont pour jamais disparu , et l'on n'y connaît guère que des fièvres intermittentes du caractère le plus bénin. Un pareil assainissement pourrait donc être aussi envié par la Basse-i Louisiane, et les travaux hydrauliques qui obtinrent ce résultat mériteraient, sans aucun doute, d'être ici analysés avec détail. Mais le temps presse, il nous faut des exemples plus directement applicables à notre situation. Je préfère donc rappeler les travaux de dessèchement en cours d'exécution dans la Toscane et les États Romains , et qui ont déjà obtenu un assainissement relatif dans les conditions de topographie et de climat les plus analogues que je connaisse à celles du bassin inférieur du Mississipi. Quant aux progrès de la culture résultant des mêmes travaux , ils seraient dignes h tous égards d'être proposés pour modèle, si l'on avait eu la pensée d'y appliquer la race noire, cet instrument providentiel de la civilisation du Sud. Le problème économique du travail se lie intimement à celui des dessèchements; et c'est parce que la Louisiane tient déjà la solution du premier, qu'elle peut hardiment aborder le second , sûre qu'elle est d'en tirer une solution infiniment supérieure , et digne , à son tour, de rendre à l'Italie les leçons que nous allons d'abord demander à sa vieille expérience.

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lie LETTRE.

Nouvelle- Orléans, 16 janvier 1858.

Question des dessèchements en rapport avec les travailleurs. — Exemple pris des maremmes de la Toscane et des États Romains. — La terrible insalubrité de leur climat égale la richesse et la beauté de leur sol, et y produit des éclipses périodiques dans Tordre social. — Lutte héroïque delà race blanche contre la malaria. — Combien Torganisalion des travailleurs noirs rendra les dessèchements plus faciles et plus sûrs en Louisiane, dès que Tabondance des alluvions fluviales sera utilisée à cette fin.

Les maremmes de la Toscane et des États Romains, qui doivent nous donner les premiers modèles des travaux de dessèchement à exécuter dans la Louisiane, sont les basses terres comprises entre les Apennins et la Méditerranée, dans Tare de cercle qui court de Terracine à Livourne, en passant par Rome, Viterbe, Sienne et Florence. Leur étendue, en y joignant même les maremmes de nie de Corse qui leur font vis-à-vis, égale à peine une moitié de la Basse- Louisiane ; mais ce sont des champs historiques et féconds par excellence , où les fouilles découvrent chaque jour des monuments de Tart antique, et où la science voudrait s'établir à demeure fixe, aussi bien que l'agriculture et l'industrie. Tout pourtant y est encore précaire et nomade, nullement par défaut d'énergie , mais faute d'y avoir implanté une race de travailleurs capables d'y résister en été aux influences d'un climat qui rappelle celui des Tropiques.

A l'approche des fortes chaleurs, la nature du littoral devient terrible, et c'est le spectacle le plus dramatique que puisse ofl'rir l'Italie. Vingt à trente mille moissonneurs y luttent contre la fièvre et la mort, et cela durant dix à douze jours. Us commencent par les bords marécageux de la mer, et de là, gagnant peu à peu du terrain , ils s'ouvrent avec la faucille une route directe à la région des collines , où ils se reposent enfin , en supputant leurs petites économies. Mais combien de travailleurs héroïques succombent à leur tâche ! «Je viens de prendre ma dose de quinine, me disait froidement l'un d'entre eux; et si j'ai un second accès , demain je serai à trois.pieds sous terre. »

Quant aux propriétaires toscans et aux princes romains , pour qui se livre ce combat et qui ne peuvent y prendre part que de loin , ils font tous comme nos planteurs du Sud. Après avoir pourvu aux besoins de leurs ouvriers libres avec

une charité traditionnelle, et de leurs serviteurs personnels qu'ils appellent la famiglia, ils se hâtent d'aller respirer Tair des Apennins ; et ils ne reviennent jamais sur leurs terres qu après la rinfrescata de novembre , de même que les Américains ne rentrent sur leurs plantations qu'après la première gelée. Quant à la population laborieuse , elle suit de son mieux la classe aisée ; et jusqu'aux pasteurs et aux troupeaux, tous fuient comme à l'approche d'une irrésistible invasion. Ce qui caractérise enfin le climat des basses terres , c'est que la chance de santé qui reste à ceux qui l'habitent a été parfois accordée comme grâce à des condamnés , qui s'offraient à devenir les gardiens de ces solitudes et n'y régnaient que trop souvent en malfaiteurs.

Cette éclipse périodique de la société régulière , qui ramène vers la barbarie une contrée faite pour charmer la vie sédentaire et donner sans interruption les plus riches produits du monde , est un des plus graves enseignements que je connaisse. Ce qui le rend plus curieux aussi, c'est qu'il semble inaperçu de l'Europe civilisée, qui en a pourtant le spectacle sous les yeux. Deux causes également décisives nous donneront le mot de cette énigme : la première tient, sans aucun doute, au climat local , d'autant plus meurtrier qu'il est enchanteur, même en été , sous les miasmes empoisonnés des marais de l'intérieur et de ceux du littoral. Ceux-ci, rendus saumàtres par le mélange des eaux salées , sont le foyer des exhalaisons les plus délétères, et tous ensemble constituent une peste particulière dont on ne connaît que trop aussi les effets dans la Louisiane. Le nom de malaria, qui lui a été donné par les indigènes, a été adopté par l'idiome américain, et il indique, «^ lui seul, les analogies qu'il serait inutile de faire ressortir davantage entre l'insalubrité des maremmes italiennes et celles de nos terres submergées.

L'origine du fléau étant surtout dans les conditions marécageuses du sol , on a , de temps immémorial , eu recours au dessèchement pour y remédier. Mais depuis les empereurs romains jusqu'aux souverains pontifes et aux derniers ducs de Toscane, tous les gouvernements n'y ont jamais que partiellement réussi. Aussi, pour peu que la vigilance publique y fût en défaut, le mal reprenait-il de plus belle, et la înalaria, frappant à l'improviste les classes laborieuses disséminées et désorganisées , détruisait alors en quelques mois l'œuvre de plusieurs générations.

L'éparpillement et la désorganisation des travailleurs , mais plus encore leur

constitution native incapable de résister à un climat exterminateur de la race blanche, telle est la seconde cause de la situation présente des maremmes et de leur assainissement toujours incomplet et précaire , en dépit de tant d'argent et de génie dépensés à y créer les vrais modèles de Thydraulique naturelle.

Ce n'est point ici le lieu de traiter à fond un problème aussi inattendu que celui du travail de la race noire à substituer au travail des blancs , sous les yeux mêmes des prétendus philanthropes européens. Je ne demanderai même pas à ces derniers ce qu'ils ont fait , ce qu'ils ont proposé pour l'assainissement définitif et la civilisation des plus fécondes portions de l'Italie. Chaque chose a son temps. Qu'il suffise donc ici de mettre cette nouvelle question en rapport avec la méthode de dessèchement proposée pour la Louisiane. Là, grâce à l'emploi des noirs, la plus grave difficulté du travail est déjà résolue, et, par suite , l'application de l'hydraulique italienne y assurera des résultats d'autant supérieurs. Ils y seront à la fois plus faciles et plus sûrs. Quant à la masse de terres alluviales à fixer et à utiliser, quelle comparaison peut-il exister entre les alluvions descendues des Apennins , et celles qu'entraîne le Mississipi dans son cours de mille lieues , enrichi par tant d'afOuents? Toutes les conditions de succès , tous les éléments d'une solution aussi complète que rapide , se trouvent donc réunis dans la question qui préoccupe depuis si long-temps la Louisiane. C'est une question de haute économie politique, puisqu'il s'agit d'assainir le jardin des États-Unis, une question vitale pour la Nouvelle-Orléans, qui deviendra la première cité de l'Union! Et quelle sera, pour les entrepreneurs , la récompense immédiate de pareils travaux? Des avantages financiers et agricoles , qui seront à ceux obtenus en Italie dans les proportions des alluvions du grand fleuve à celles des petites rivières , dont nous examinerons bientôt les atterrissements, soit déjà consommés, soit en cours d'opération.

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