IX
spéculatives doivent toujours reposer sur les données de l'observation la plus positive , et même de Texpérience la plus usuelle. Ce n'est que par les phénomènes qui s'accomplissent sous nos yeux que nous pouvons juger sainement des phénomènes primitifs. L'action du Mississipi a pu varier dans la mesure de son influence et dans la puissance de ses alluvions ; mais les lois qui régissent ce fleuve n'ont pas changé , et , en les bien observant aujourd'hui , nous ne saurions manquer de découvrir comment elles ont fonctionné dès l'origine.
C'est sur le delta en cours de formation que le Mississipi nous donne le dernier chapitre de son histoire, le résumé de toutes ses influences. Là est donc le théâtre qu'on ne saurait trop bien examiner, et où les moindres phénomènes peuvent acquérir la plus haute importance. Sir Charles Lyell y dirigea son esprit d'observation , pour se faire une idée des atterrissements du fleuve. Malheureusement, les témoignages les plus irrécusables lui firent défaut ; aussi reconnut-il lui-même , après avoir publié ses impressions de voyage (vol. II, p. 189), qu'elles n'avaient à cet égard rien de précis ni de concluant. Par une méprise ou distraction également regrettable, ce célèbre géologue ne remarqua point le rôle des tnud springs et mud lumps, sources et monticules de boue , qui sortent des flots du golfe du Mexique , parfois même au milieu des passes du fleuve , et accusent la présence d'un nouvel agent dans la formation progressive du delta. Comme cet agent y intervient sans cesse, on n'en saurait trop bien rechercher l'origine. J'ai cru la reconnaître , et Fai rattachée à l'existence de nappes d'eau souterraines , dont ces sources de boue seraient les soupiraux visibles , tandis qu'une multitude d'autres orifices resteraient cachés à tous les yeux dans les profondeurs du golfe du Mexique. C'est ainsi que les bouches du Mississipi m'ont offert un sujet d'étude , dont la nouveauté n'était [)as le moindre intérêt.
Refaisant donc les calculs adoptés par M. Lyell , j'ai reporté la ques-
tion des Atterrissements sur un terrain plus sûr, celui de la cartographie comparée , dont les témoignages semblent les seuls concluants , surtout lorsqu'ils sont expliqués et confirmés par les relations des premiers explorateurs du fleuve.
Ayant d'ailleurs retrouvé les plus anciens de ces documents, ceux d'abord du célèbre De la Salle , ensuite ceux des ingénieurs qui songèrent un instant à fonder, devant l'ancienne Balise , un port et une place maritime , j'avais dans les mains le premier anneau qui a toujours manqué pour un pareil travail. — 25 à 30 autres cartes hydrographiques me sont ensuite parvenues , et compléteront la série des pièces probantes , dont la dernière sera la reconnaissance du delta , faite par le Coast Survey des États-Unis, sous l'exacte et savante direction de M. Bâche.
Une fois ces témoignages comparés entre eux et éclaircis , soit par des documents officiels, soit par les traditions les plus authentiques, il serait difficile , à coup sûr, de ne pas se faire une idée juste du progrès des alluvions du Mississipi. La précision des témoignages linéaires nous le fera toucher et mesurer au compas. Connaissant alors la quantité précise , dont le fleuve agrandit annuellement son domaine dans le golfe du Mexique, nous devinerons tous les développements antérieurs du delta, et pourrons en apprécier la durée. — Ajoutons que pour rendre ce calcul plus exact et irréprochable , on ne saurait y négliger le rôle des alluvions maritimes. Celles-ci , par suite des faibles marées du golfe , n'exercèrent peut-être pas en Louisiane une action aussi puissante que sur d'autres rivages ; néanmoins , faudra-t-il en tenir compte , pour savoir (Quelle part revient à la mer dans la formation du delta.
Le développement de ce territoire par le concours des alluvions fluviales et maritimes , offre un des plus beaux sujets d'étude que je connaisse, et il s'agira de lui donner un cadre , en dessinant les contours du ^and œstuaire. C'est alors que nous aurons à signaler Fintervention des forces hydro-thermales et volcaniques : notion entièrement nouvelle dans la géologie de la Louisiane , et preuve de plus que la variété n'y fera point défaut ! Nous verrons donc comment et vers quelle époque les soulèvements et les convulsions du sol contribuèrent à former les cordons