‹ Géologie pratique de la LouisianeChapitre 5 sur 60 · XI · texte numérisé non relu

XI

littoraux, derrière lesquels le Mississipi devait accumuler ses atterrissemeQts. Les buttes de Belle-Ile^ Cote Blatiche^ Grand' -Côte, Petite Anse, sont les témoins irrécusables d'une première convulsion souterraine qui sépara Taestuaire de la pleine mer , vers le sud-ouest. Un autre mouvement du sol , rayonnant au nord par les coteaux du Vermillon et des Opelousas, fixa de cet autre côté la limite des alluvions, et les distingua des terrains diluviens et tertiaires du Calcassieu et de la Sabine.

Sans examiner encore ces derniers terrains qui sortent de notre cadre actuel , nous irons reprendre l'œstuaire primitif , au-delà du Mississipi , à Port-Hudson et à Bâton- Rouge, pour le compléter, en contournant les lacs Maurepas et Pontchartrain. f^es terrains diluviens et tertiaires de ce dernier contour , aussi bien que ceux de Touest , nous rappelleront les limites de ce premier Essai , et nous y rentrerons pour nous occuper exclusivement du meilleur emploi des eaux et des alluvions.

Cette étude générale du Mississipi comprendra quelques études particulières , tout-à-fait négligées jusqu'à ce jour, et pourtant d'un intérêt majeur : entre autres , celle de ses fonctions absorbantes et de ses atterrissements souterrains , et celle non moins curieuse de son influence sur le climat du sud. C'est à la suite des crues , produites par la fonte des neiges dans son bassin supérieur, que l'influence du fleuve se fait sentir sur l'atmosphère , aussi bien que sur le sol de la Louisiane. Les eaux qu'il y entraîne alors sont à la glace , et leur action réfrigérante y modère les plus fortes chaleurs. C'est à la fois l'inverse et l'analogue du gulf siream y dont les eaux chaudes vont modérer les froids de l'Eiu'ope occidentale et la dotent du climat le plus tempéré.

Cette étude du Mississipi , que nous tâcherons de rendre aussi précise que complète , constituera V Hydrologie de la Basse-Louisiane , et en sera la première et principale étude géologique , puisque le rôle de l'eau y est vraiment créateur et souverain.

Le fleuve , dont le nom indien signifiait Pire des eaux, n'est guère enfin moins puissant pour le mal que pour le bien des contrées qu'il arrose. Les questions de salubrité dépendent beaucoup de ses crues , et c'est alors que l'ingénieur hydraulique et le géologue deviennent , à leur tour,

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de vrais médecins. Médecins des terres malsaines et malades , qui sait s'il ne leur est pas réservé de prévenir la fièvre jaune , comme d'autres ont mission de la guérir ? A chacun son rôle ; et , en attendant , cherchons à Tenvi un but pratique.

Le titre de cet Essai montre assez que l'application y suivra toujours de près la théorie , et s'éclairera même , à cette fin , de l'expérience des contrées étrangères , pour compléter l'étude de chaque sujet. Les aperçus comparatifs que donne l'habitude des voyages, deviendront alors nos plus utiles auxiliaires ; car eux aussi , comme tous les phénomènes en cours de développement , conduisent du connu à l'inconnu par la méthode de l'induction, et en jetant des éclairs sur les questions les plus obscures, permettent souvent d'en saisir les solutions les plus inespérées.

Grâce , par exemple , aux inondations périodiques du Mississipi, autant qu'à la puissance sédimentaire de ses eaux , la Louisiane est vraiment l'Egypte du Nouveau-Monde; ce qui devait bien lui faire imiter les chefs-d'œuvre de l'hydraulique des Pharaons. Malheureusement, la science qui inspira de pareils travaux , la géologie , fille de l'observation des œuvres de la nature , est restée jusqu'à ce jour négligée des populations ; et ce ne sera probablement qu'à la suite d'un enseignement populaire et répété , qu'on apprendra aux habitants à tirer le meilleur parti possible des alluvions du Mississipi.

Quant à notre méthode de traiter cette question , elle reposera sur des arguments visibles et concluants pour tous les yeux : le succès triomphant de l'hydraulique naturelle en Italie, et le témoignage des ingénieurs hollandais qu'on invoquait contre nous, mais qui s'est trouvé précisément le plus décisif en notre faveur.

Nous aurons encore à tenir compte du grand nombre de sources minérales résultant de la dislocation du sol sur les rebords de l'œstuaire, et y formant quelquefois par agglutination les roches sous-marines du cordon littoral. Telles sont les sources ferrugineuses , au nord du lac

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Pontchartrain ; les sources , salées et boueuses tout ensemble , qui forment des miid lumps à l'embouchure du Mississipi ; une autre source salée près du volcan de Petite-Anse ; d'autres , enfin , dans l'ouest , sur les bords du Tèche et les coteaux des Opelousas. Ajoutons ici que les régions à sources minérales sont généralement des régions à puits artésiens : ce qui déjà nous montre un des côtés les plus pratiques et les plus utiles de nos récherches sur le simple contour de l'œstuaire Louisianais.

Telles seront les limites de notre premier Essai , que nous compléterons plus tard par l'exploration des autres parties de la Louisiane , notamment par celle des monts Washita , la plus importante de toutes sbus le rapport minéralogique. Nous n'attendrons pas, du reste, ces dernières recherches pour donner à notre travail tout le caractère pratique qu'il réclame. Nous l'avons déjà dit : les études de géologie ne prendront racine en Louisiane que par l'utilité de leurs applications; aussi le but spécial de cet Essai est-il de multiplier le plus possible les rapports de cette science avec les grands intérêts de l'Etat.

Le premier de ces intérêts est l'agriculture. C'est à répondre à tous ses besoins que notre Géologie pratique travaillera d'abord , en recherchant, soit dans la connaissance du sous-sol, soit dans l'étude des éléments de la surface , la meilleure exploitation de chaque espèce de terrain. Bien entendu, à ce propos, que nous n'aurons pas la prétention d'apprendre aux planteurs ce qu'ils savent mieux que personne : par exemple, la culture des terres d'alluvion qui semblent inépuisables en Louisiane , et qu'il est d'ailleurs si facile de renouveler à l'aide de profonds labours.

Quant aux formations antérieures , spécialement aux terrains tertiaires de l'État, on ne saurait en faire l'objet d'une étude trop approfondie. Il faut , en effet, bien distinguer les diverses espèces de ces terrains. Quand ils ne renferment que les dépôts d'un seul et même élément , sable ou chaux, la terre végétale, dénuée d'autres élém^ents qui lui sont égale-

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