‹ Géologie pratique de la LouisianeChapitre 52 sur 60 · PS · texte numérisé non relu

PS

leur casserait la leste et qu'ils eussent â fuir de peur peut-être que, moy y étant, je ne pusse apprendre la (in de cette embassade.

» Il est pourtant uray que les Iroquois n'avoient pas enuie de leur faire du mal ; car quoi(|ue cette fuile dust les rendre suspects, ils furent bien receus quand on les eust attrapez , niais ils ne voulurent point parler tant que je fus là.

» Depuis, aianl trouvé ces mcsmes embassadeurs en leur païs dont Tun parloit Huron, j'en sens des choses que je dois croire estre de l'invenlion de la malice saur nage. Néantmoins dès que la nouuelle a été porlée au village où est le Pèred'Allouez que j'élois arriué aux Uinois, on a député le nommé Monceau, un des chefs, qui a apporté sous terre quatre grandes chaudières, douze haches et vint couteaux , pour dire aux Ilinois que j'étois frère de l'Iroquois ; que je rospirois de son haleine; que je mangeois les serpens de son païs ; qu'ils m'a voient donné une seine pour les envelopper d'un costé , pendant que les Iroquois venoicnt de l'autre ; que j'élois hay de toutes les robes noires qui m'abandonnoient, ne me regardant que comme un Iroquois ; que j'auois déjà voulu tuer les Miamis ; que j'en auois pris deux prisonniers, et que j'anois de la médecine pour empoisonner tout le monde.

» Il me fut aisé de détruire toutes ces faussetés, et peu s'en fallut que ce pauvre Monceau n'y demeurast pour les gages , lui ayant été répondu que c'astoit luy qui avoit le serpent Iroquois sous la langue ; que ces camarades, qui avoient été en embassade, enavoient apporté et n'avoient pu fumerdans le même calumet sans respirer les baleines Iroquoises. Si je ne m'étois opposé, les Ilinois auroienl tué ce Monceau.

» Voici une autre affaire où je soupçonne un piège, qui est oppareminent une suite du désir que Ton avoit que Monseigneur le Comte de Frontenac fist la guerre aux Iroquois, quand on a vu qu'il abandonnoit les Ihnois. L'ardeur avec la quelle les Iroquois vouloient luy faire la guerre, s'est tout aussi tost rallentie quoiqu'en eflfel il en soit^allé quelques uns en guerre. C'est ce que l'on cache aux Outaouaes, afin qu'ils continuent d'y aller en traite, et que les Iroquois les prenant pour des Ilinois on les tue afin de brouiller. Bien plus, on a négocié en sorte que le plus grand nombre des Miamis, qui sont nos alliez, vinssent s'habituer auec les Ilinois, afin que l'Iroquois ne pust fraper l'un sans l'autre , et que Monseigneur le Comte fust obligé ou d'abandonner ses alliez , ou de faire la guerre aux Iroquois pour empescher qu'ils ne la fissent aux Ilinois.

» Peut-être est-ce un jugement téméraire. Pourtant ce petit nombre de Miamis chez lesquels s'est retiré le Père d'AIlouez, voiant que les Iroquois ne commencent pas la guerre assez tost contre les Ilinois, ont tué cet hyuer des Iroquois pour la haster, et ont coupé les doits à un Sonnontouân, qu'ils ont après renuoié en son paYs pour dire que les Miamis se joignent aux Ilinois pour tuer les Iroquois.

» Il peut être que la connoissance qu'auroit le Père d'AIlouez de la mauuaise inclination de ces Sauvages et de leur trahison, est ce qui l'oblige à les quitter comme il devoit faire ce printems. Cependant je suis seur d'arresler cette guerre,

principalement si Monseigneur le Comte vient cette année pleurer les morts des Onnontaez, aient empescbé les Ilinois de partir pour venir chercher les Iroquois et obtenu quMls me rendroient quelques esclaues quMls ont ; ce que les Iroquois aiant appris de moy m^en ont paru fort contons.

» Il ne faut pas s'étonner que les Iroquois parlent d'aller en guerre contre nos alliez, puisqu'ils en recoiuent tous les ans des insultes. J'ay vu à Missilimakinac , aux Pouleatamis , aux Miamis, les dépouilles et les cheuelures de plusieurs Iroquois, que les Sauvages de ces lieux là ont tuez en trahison à la chasse, ce printems dernier et le précédent: ce qui n'est pas ignoré des Iroquois. Nos alliez aiant eu rimprudence de le chanter en leur présence, lorsqu'ils étoient chez eux en traite, comme j'ay veu à Missilimakinac, aux Poutealamis, qui, dansant auec le calumet, se vantoient de ces trahisons, tenant ces cheuelures pendues à leurs bras, h la veue de trois Agniez qui y étoient en traite.

» Je ne saurois omettre la rencontre que j'ay faite d'un Sauvage de la nation des Loups, et des motifs de la difficulté qu'il auoit à se déterminer dans le choix de notre religion ou de celle des Anglois'par les deux différences qu'il trouue entre les Apostres , quelques Missionnaires de ce païs et les Ministres Anglois : voiant que ces derniers n'imitent point la chasteté des Apostres et les premiers estre fort éloignez de leur détachement par la recherche qu'ils font de la richesse, et enfin la consolation qu'il a eu , apprenant l'amour que les Pères Recollets ont pour la pauvreté ; ce qui l'a déterminé à venir chercher le batesme dans le choix de notre religion.

»Il y a aux Ilinois quantité de perroquets vers, plus petits que ceux des Isles, de la grosseur de ceux d'Afrique. 9

(Cette pièce porte au dos : Dup**. M, de Frontenac, 9 novembre 1680).

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