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oq \ Troisième fond de lac ou terre noire , comme les
/ N^Mete.
90 1 Sables et petits cailloux pareils à ceux du N^ 7.
> Les notions dont il s*agit ici, ne m*ont été données par M. Phanor Prudhomme qu*à titre de renseignements approximatifs.
On rencontra une 4® et 5^ alternance de terres noires , de sables et de cailloux, avant d'atteindre la profondeur de 310 pieds; la perpendiculaire, ayant alors été perdue, fit abandonner le puits. Avant cette profondeur, des traces carbonifères avaient , de plus, été remarquées, ainsi quun tuf calcaire jaunâtre dont les échantillons furent rapportés en poussière.
Pour mieux apprécier ces notions, n oublions pas la localité d'où elles proviennent. Celle-ci est située au sud-est des écors des Natchitoches , c est-à-dire dans le dernier des bassins topographiques , que traverse la Rivière Rouge pour affluer dans le Mississipi. Les rapports du grand fleuve avec cette rivière ont pu, dès-lors, commencer dans ce bassin, qui s'étend jusqu'aux Rapides d'Alexandrie, et d'où ils sont devenus plus intimes en se rapprochant du Washita, dit aussi la Rivière Noire.
Quoi qu'il en soit , la Rivière Rouge , comme on le voit par la carte ci-jointe, se distinguait, dès l'origine de la colonisation, par son inextricable réseau de lacs et de bayoux. Tandis que son grand rival s'était fait route nette, elle semblait, au contraire, vouloir fermer la sienne avec d'innombrables radeaux et des embarras de toutes sortes. C'est sans doute ce qui fit que Bienville, pour se rendre du lac des Taensa chez les Acassé, préféra à cette rivière une route de terre directe , à travers les cours d'eau et les nombreux marais qui le séparaient de cette dernière tribu.
Les progrès de l'établissement français aux Natchitoches mirent enfin les colons aux prises avec la Rivière Rouge elle-même; et c'est alors que diverses cartes , empreintes d'une exactitude remarquable , la firent connaître avec des détails du plus haut intérêt pour sa géologie. Ainsi, la carte particulière des Natchitoches*, reproduite d'après l'original dans la planche ci-jointe, nous y montre le radeau qui, en 1722, en embarrassait le cours devant cet emplacement. La seconde carte de la même planche est d'un intérêt plus général encore , et elle est accompagnée de notes qui en augmentent singulièrement le prix. En voici le titre , avec la principale des annotations:
« Le cours de la Rivière Rouge, relevé avec la boussole et toute la régularité
possible .
9 Cette rivière est fort rapide lorsque les eaux sont basses , et elles sont dans ce tems là saumaches et bourbeuses. On croit que cela provient des salines qui se trouvent au dessus et au dessous du fort des Natchitoches , où les sauvages font du sel. Elle est très difficile à monter à cause de sa rapidité , et l'on est souvent obligé de faire des portages. Elle a quantité de branches qui tombent dans des lacs et dans des pays noyés ; on peut y naviguer en tous tems , jusqu'au lieu appelé le Grand Rapide , et non au dessus, à moins que les eaux
* L*uriginal en est conservé aux Archives scientifiques de la marine, à Paris.
ne soient à demy hautes, ou débordées ; ce qui rend le chemin plus court, parce qu on passe à travers les bois où il n'y a point de courants , avec des pirogues seulement. C'est parce moyen que les voyageurs François se sont rendus, en cinq jours, de l'entrée de la rivière au fort distant de 73 lieues 3/^, suivant le rapport qu'ils m'en ont fait.
«Quand j'ay remonté cette rivière, les eaux étoient à demy hautes. J'ay observé que les arbres , qu'elle avoit mouillés , étoient teints depuis le bas jusqu'à dix pieds de hauteur d'une couleur rougeâtre, de mesme que ses bords ; ce qui lui a fait donner par les sauvages le nom de Rivière Rouge.
» Quand le fleuve du Mississipy déborde et que la Rivière Rouge se trouve basse , elle est refoulée par le Mississipy pendant plus de vingt lieues.
»0n trouve dans les principales branches plusieurs embarras d'arbres et beaucoup de rapides, ce qui oblige les voyageurs de les quitter pour suivre la route tracée dans cette carte; et on s'égareroit, si on n'avoit avec soy de bons guides sauvages, qui souvent même se trompent. Cette rivière est pleine de crocodilles et très poissonneuse. Ses rivages sont très abondants en bettes fauves, comme bœufs, ours, tigres, loups, cerfs et chevreuils. Il y a aussi quantité de gibier, tel que des dindes , oyes , outardes , cignes et canards de toute espèce. On y trouve encore des asseminiers,des piaqueminiers , des paquaniers, des pêchers, des oliviers et plusieurs autres sortes d'arbres fruitiers sauvages , avec des pieds de vignes qui portent du muscat et du raisin d'un assez bon goût ^ . »
L'ancien régime de la Rivière Ronge est on ne peut mieux indiqué par cette annotation générale. Depuis lors, un régime nouveau a commencé pour elle; la colonisation de ses rives , les tentatives faites par le Gouvernement Fédéral pour en améliorer le cours , enfin les coupures pratiquées à travers les radeaux qui en suspendaient la navigation dans la Haute-Louisiane , y ont ouvert aux eaux d'inondation une issue sans obstacle. Aussi le fleuve , se précipitant durant les hautes crues à travers les resserrements de son cours , cherche- t-il sans cesse la voie la plus courte. Coupant alors les presqu'îles de ses méandres , et modifiant sa direction principale par des raccourcis, il déplace les voies et moyens de transport , et compromet parfois la fortune des planteurs établis sur ses embranchements secondaires. Si l'on eût prévu ce résultat, on eût sans doute beaucoup mieux apprécié le râle de certain^ lacs qu'on s'est efforcé de dessécher, et l'on eût , au contraire , secondé la nature , qui en avait fait des réservoirs analogues à ceux que l'industrie s'efforce de créer dans les vallées supérieures, pour aménager l'irrigation des bassins inférieurs. Un système général d'hydraulique eût présidé à toutes les améliorations partielles, et au
* Cette carte , manuscrite et sans nom d*anteur, ne pent être attribuée , si j*en jnge par les carac* tères de récriture et la connaissance si précise des lieux, qu*à l'ingénieur Broutin, l'auteur de la Carte p&rHeulière des NatehUoehei. (Planche ci-jointe. )
lieu de sept ou huit mois de navigation quon avait auparavant sur la Rivière Kouge , on nen serait pas réduit à nen avoir guère plus de trois. De là, tant d'inconvénients pour les planteurs : précipitation dans les achats , cherté des approvisionnements nécessaires, et parfois même défaut des choses utiles. Quand les familles habituées à Taisance soull'rent de telles privations, la population ouvrière et le pays tout entier s en res^sent; de sorte que le manque ou Tinsuffisance des moyens de communication fait enfin comprendre toute l'importance de la Rivière Rouge, et des améliorations mieux entendues dont elle aurait été susceptible.
L'inondation d'août 1849 transforma tout le bassin de cette rivière en une véritable mer, ou les bateau:i^ à vapeur perdaient le cours du fleuve et allaient s'échouer dans des champs à coton. Tout fut submergé depuis Schreveport jusqu'au Mississipi , à l'exception de quelques collines et quelques liserés de terres sur les bords occupés par les planteurs. Au-delà de ces lieux abrités, les arbres , colorés et noircis par les eaux , attestent encore la hauteur efirayante de cette crue et les désastres qui en furent la suite.
Cependant la rivière , en se précipitant par une marche plus directe vers le Mississipi , a creusé et surtout élargi son lit, dont la capacité a diminué d'autant le danger des inondations ultérieures ; une révolution économique en est aussi résultée par le dessèchement progressif des basses terres. On m'a montré une foule d'emplacements , marais inabordables il y a quelques années à peine, et maintenant livrés à une riche culture. Le Lac Espagnol, où l'on a construit un bateau à vapeur, j'ai pu le traverser à cheval ; j'y ai vu aussi comment quelques digues , ou mieux encore , l'exhaussement progressif du sol par l'aménagement des alluvions fluviales , le transformeraient bientôt en un admirable champ à coton. Plusieurs autres lacs, atterris à demi et entièrement perdus pour la pèche , sont de même tout prêts pour la culture , et il ne manque à leur complète bonification que d'y appliquer le système de dessèchement et d'assainissement par les colmates.
Ajoutons que les changements de la Rivière Rouge ne sont qu'un accessoire d'une révolution fluviale bien plus importante. Celle-ci, comme nous l'avons précédemment indiqué , se manifeste sur des proportions grandioses dans le régime nouveau du Mississipi. Avec les progrès de la culture et le dessèchement progressif des lacs riverains et des basses terres , le grand fleuve reçoit instantanément toutes les eaux de pluies, si abondantes dans son bassin moyen et inférieur. Les lacs, qui en étaient les anciens réservoirs, s'y déversant de leur côté tout d'un coup, contribuent k ses crues soudaines et les rendent plus redoutables. Ainsi tout semble marcher vers un changement très-grave des conditions primitives du Nil américain. L'hydraulique de l'Egypte, qui utilisait si bien les réservoirs naturels, et en créait d'artificiels pour aménager à la fois les eaux et les alluvions, serait-elle donc perdue pour la Louisiane?
Quelle qu'en soit l'application à la Rivière Rouge , les plantations s'y
multiplient, ou plutôt les anciennes s'y étendent et s'améliorent avec la division des héritages et l'accroissement des familles. Ce progrès naturel de la culture et de la population ne répond sans doute pas h l'impatience des spéculateurs de terres; aussi le prennent-ils en pitié, et parlent-ils de la Rivière Rouge avec un dédain qui honore au plus haut degré les habitants attachés aux anciens patrimoines. Cet attachement au sol comme au\ traditions sauvegarde la ville des Natchitoches , en attendant le développement de ses ressources locales, entre autres la viticulture, dont les avantages furent entrevus par les premiers explorateurs français , et qui tôt ou tard viendra lui rendre l'importance qu'elle n'aurait jamais dû perdre.
Par un singulier contraste avec les habitudes locales , la Rivière Rouge se complaît aux changements les plus inattendus ; et , soit dans son cours principal , soit dans ses innombrables sinuosités, tout y est en voie de transformation. Au-dessous des Natchitoches, par exemple, l'ancien cours navigable a cessé de l'être depuis une vingtaine d'années, et le Rigolet du ban Dieu, qui était la branche secondaire, en est depuis lors devenu la branche principale. Vers la même époque, les eaux firent un énorme raccourci en débouchant dans le Mississipi, et maintenant elles tendent à se jeter plus directement dans l'Atchafalaya qui les avait reçues précédemment. Ainsi , les rives se font et défont h chaque crue de la rivière, au gré de ses remous occasionnés par les sinuosités de son cours, par les ensablements formés autour des chicots , et par des bois de dérive, dont les plus anciens radeaux apparaissent sur les bords décharnés par les inondations.
Ces radeaux, perdus dans les vieilles alluvions, sont des témoins qu'il importera (le faire parler; car la nature de leurs arbres nous dira de quelle région supérieure ceux-ci furent entraînés, ou s'ils grandirent là même où on les trouve aujourd'hui. On connaîtra mieux encore les houilles ou lignites à demi carbonisés, voisins des mêmes radeaux et placés à des étages inférieurs. D'autres radeaux, plus anciens encore et carbonisés par des influences thermales ou des émanations volcaniques , forment les bancs de lignite qu'on remarque en amont de Schreveport, et surtout aux environs des Natchitoches, au Petit et au Grand Ecors, au lac Campté et au Lac Espagnol.
Des bois pétrifiés, d'autres débris organiques silicifiés et ramassés sur les hauteurs des Natchitoches , aussi bien que les sources minérales des environs , attestent également les forces hydro-thermales qui ont dû concourir h la formation particulière de ces terrains. Quant aux changements tout modernes survenus dans les conditions générales de la Rivière Rouge , ils nous reportent , des causes actuelles , à celles qui durent présider à la formation de son bassin inférieur. Or, la question est ici de savoir si ces causes suffisent à expliquer les alternances des anciennes couches, superposées dans le puits artésien de M. Phanor Prudhomme, ou s'il faut y voir l'action des agents qu'on est convenu d'appeler diluviens.
Remarquons, comme exemple à ce propos, Vaction des fortes pluies, ravinant
les terres mises nouvellement en cultare ou de formation récente. Quand ces terres sont sablonneuses, l'érosion en est d'autant plus rapide, sillonnées quelles sont en tous sens, et laissant entre chaque sillon des crêtes dentelées, excavées, et déchiquetées de la façon la plus capricieuse. Viennent ensuite les fortes sécheresses , si propres à crevasser et fissurer les terrains argileux , et le sous-sol d'argile qui supportait les sables , s'ouvrant à son tour, n'attend plus que de nouvelles pluies pour leur faciliter de plus profondes dégradations. Les premiers sillons deviennent alors des fossés, puis des ravines, lesquelles se transforment en lits torrentueux et en gigantesques excavations , capables parfois de changer le cours primitif des fleuves. Des contrées prennent ainsi en peu d'années une physionomie nouvelle : témoin le bassin de la Rivière Rouge , où pareilles transformations s'opèrent fréquemment par le simple effet des pluies.
C'est de ces phénomènes , auxquels nous sommes tous familiarisés , qu'il faudra remonter à la période diluvienne , pour en mieux comprendre les résultats. Nous ne serons plus alors surpris que les eaux d'inondation aient labouré en tous sens les strates des terrains tertiaires, et creusé des vallées ou formé des battures qui étaient à celles de la Rivière Rouge et du Mississipi actuels, ce que ces fleuves sont eux-mêmes à l'Océan primitif et aux marées, qui mêlèrent et jetèrent à la surface du globe tous les détritus des formations antérieures.
Le rôle providentiel du diluvium semble avoir été de créer, par ce mélange universel, la terre productive et habitable pour l'espèce humaine, c'est-à-dire le vrai sol végétal qui seul pouvait In nourrir. Eh bien ! les écors ou bluffs du Mississipi datent la plupart de cette même époque, et les sables de Wickburg, des Natchez et autres falaises du fleuve, ne furent la plupart que les baitures de cette révolution maritime. Ce n'est guère qu'au point de vue pratique que nous avons à nous occuper en ce moment de ces formations; néanmoins leur témoignage , bien que limité à ce point de vue , ne saurait manquer d'avoir son intérêt.