DES ÉCORS OU BLUFFS DU MISSISSIPI , ET DE CEUX DE LA RIVIÈRE ROUOE
Importance des écors sur les rives du Mississipi et celles de la Rivière Rouge. — Ils en sont les points les plus abrités et les plus salubres. — Véritables positions stratégiques pour Tagriculture , le commerce et la navigation. — Les écors de la Rivière Rouge se distinguent par leurs argiles à lignite. — Trois sortes d*argile y représentent les systèmes de la Rivière Rouge , du massif de la Sabine et des monts Washita. — Importance du lignite pour cette région, où il servira également do combustible et d'engrais.
Nous savons déjà que les terrains tertiaires, limitant au nord les lacs Borgne, Pontcliartrain et Maurepas, apparaissent dès Bâton -Rouge sur les bords du Mississipi , et qu ils ne s'en éloignent par intervalles que pour y revenir. C'est ainsi qu'ils se montrent sur le fleuve, aux écors ou bluffs de Pori Hudson, Grand Goufre, Ellis' Cliffs, Natchez, Wicksburg, Memphis, Randolph. Ces écors appartiennent la plupart à la période tertiaire moderne ; ce qui les classe en dehors du présent travail. Aussi n'en parlons-nous ici qu'à titre de transition pour des études ultérieures.
Et d'abord , ces escarpements riverains , si fort appréciés des colons , le long des fleuves du Nouveau-Monde, le sont tout particulièrement sur le cours inférieur du Mississipi. La population, qui s'ac<:roit rapidement sur ces bords, y recherche à l'envi les situations les plus stables et les plus salubres. Or, les écors , par leur élévation comme par leur ancienneté , réunissent le mieux ces conditions indispensables à des établissements nouveaux. Dominant les terres basses et trop souvent marécageuses qui les ayoisinent, ils constituent de vraies citadelles, non-seulement contre les invasions du fleuve, mais aussi contre celles de la malaria. C'est donc là que des villes peuvent se fonder avec succès, et qu'en vue de leur fondation chacun voudrait y occuper la première place. En uitendant ces cités à venir, qui bien souvent n'auront pas eu d'autre cause d'existence, le commerce, la «navigation, l'agriculture se donnent un commun rendez-vous ^ur tous les emplacements riverains abrités des crues du fleuve. C'est ainsi que Wicksburg , Natchez ou BiUon-Ilouge , ont dû leur fondation ou tout au moins leur importance aux écors sur lesquels on les a bâtis. Ajoutons que, par leur petit nombre, ces positions devieiment encore plus enviables. Leur géologie ne saurait donc être trop bien étudiée ; et l'utilité ne s'en bornera pas à la Louisiane, carja vallée entière du Mississipi est intéressée à connaître ce genre de formations , où gisent bien des éléments agricoles et industriels dont elle recherchera plus tard l'emploi.
Le bassin de la Rivière Rouge a aussi ses écors , dont l'occupation remonte à Torigine même de la colonisation française : positions également enviées , dont le petit opmbre accroît l'importance, et où les nouveaux habitants concentrent de leur côté les produits de l'agriculture et du commerce. La géologie pratique de ces écors mérite d'autant plus notre attention , qu'ils se distinguent de ceux du Mississipi par l'abondance des argiles à lignite. Par exemple, au Grand Écor des Natchitoches , on voit très -bien deux couches de lignite entre trois bancs d'argile. Le plus élevé de ceux-ci est d'argile rouge appartenant au système de la Rivière Rouge ; le second , d'argile pâle avec cailloux et silex dépendant du massif blanchâtre de la Sabine ; et le troisième ou l'inférieur, d'argile noirâtre se rattachant au système des monts •Washita.
La position de Schreveport nous donne , à cet égard , le complément des notions recueillies au Grand Écor. C'est une colline parallèle au cours de la Rivière Rouge, formant à la fois promontoire et presqu'île, et s'unissant par son isthme au système des mamelons blancs de la Sabine. Les couches supérieures de cet isthme et de Schreveport appartiennent de nouveau au système Fouge , tandis que la couche inférieure des failles appartient au système des sables pèles et à silex des mamelons voisins. Les argiles blanchâtres y dépendent également de ce dernier système, et ce qui en indique encore l'identité avec les argiles médiaires de la formation du Grand Écor, c'est que les unes et les autres renferment des paillettes de mica.
Quant aux argiles rouges de Schreveport , elles se distinguent par l'abondance de l'oxyde de fer, lequel se transforme en mâchefer dans la cuisson des briques. Ce même système rouge, qui dans les basses terres environnantes n'offre aucun caillou , en offre au contraire ici un grand nombre , presque tous noircis, siliceux et mêlés à du minerai d'oxyde de fer. La plupart des silex y sont , en outre , fracturés et brisés , comme s'ils venaient de l'être sur place par l'effet d'un coup de marteau, ou d'une chaleur soudaine qui les aurait fait éclater en les carbonisant d'un noir aussi foncé que brillant. Un tel état s'expliquerait par les pseudo-volcans ou éruptions gazeuses, dont la carte de Lafoii nous a ccrtitié l'existence sur le cours supérieur et voisin de la Sabine. Presque tous les autres cailloux sont d'un noir terreux qui tient de ranlhracite. En un mot, tout y porte l'indice d'un sol carbonisé , et le caractèregB'en fait reconnaître bientôt au lignite qu'on trouve , à deux milles de là , dans une anse que je vis, en 1857, inondée par la crue du fleuve.
Au sud-ouest de cette anse, les collines appartiennent au système des sables pèles, dont les lacs de cette région sont environnés, soit au sud vers le Texas, soit au nord vers les gradins inférieurs des monts Washita. Ces collines abondent en minerai de fer, qu'on trouve aussi aux bords des lacs et le long des bayoux. C'est ce qui avait fait naître l'idée de l'exploiter, pour en retirer des fontes brutes et moulues , avec des fers bruts , laminés ou martelés ; mais ,
au lieu de rencontrer le rainerai par. masses qui en rendraient Textraction facile, on ne l'a vu jusquici qu'à l'état d'extrùme diffusion: ce qui a fait craindre des frais d'exploitation trop onéreux , et a suspendu les entreprises dirigées vers ce but utile. Tout cependant porte à croire qu'on reviendra plus tard a cette industrie des fontes. On n'en a recherché encore les éléments qu'à la superficie du sol ; mais rien ne fait désespérer d'en trouver en dessous de plus abondants et d'une qualité supérieure. Qu'on n'oublie pas non plus là facilité d'y avoir sur place les charbons de bois , autre condition indispensable pour obtenir les meilleures qualités de fer.
Puisque les argiles à lignite caractérisent les écors de la Rivière Rouge, c'est du lignite dont il faut nous occuper, en le considérant à la fois comme combustible et comme engrais. Le bassin inférieur de la Rivière Rouge est un des plus riches en dépôts de ce minerai, et si l'exploitation en a été négligée jusqu'à ce jour, c'est uniquement parce que l'attention des riches^ habitants, endormie dans une aisance traditionnelle, ne s'est encore tournée que vers l'agriculture. Le moment approche toutefois , où l'aiguillon du besoin chez les uns, l'ambîlion du ii.ieux chez les autres, appelleront dans un intérêt commuer les grandes entreprises du commerce et de l'industrie , et forceront les entrailles de la terre à rendre tous les trésors que la Providence y a déposés. C'est' en vue de cet avenir que nous donnerons quelques indications à suivre , pour arriver à la connaissance des richesses souterraines, dont les vestiges apparaissent si nombreux à la surface du sol.
Dans un pays généralement dépourvu de chutes d'eau, et où les forces mécaniques devront être mues par la vapeur, l'industrie, quoique ayant aujourd'hui dimmenses forêts pour ses fourneaux , ne saurait tôt ou tard se développer sans le secours du combustible minéral. Or, ce combustible, bien qu'il n'y soit connu jusqu'à présent que sous forme de lignite, abonde dans la région centrale du bassin géologique qui nous occupe : je veux parler des Natchi loches , qui par-là même sembleraient destinées à devenir industrielles autant qu'agricoles, et à doubler ainsi leur importance.
Le lignite se montre d'abord en trois endroits, caractéristiques de la presqu'île où cette ville est appelée à fonder son avenir: d'abord, au Grand Êcor, sur le flanc escarpé du fleuve; puis, à dix milles des NatchitOches , sur le bayou Provençal , où le colonel de Roussi le croit de la meilleure qualité; enfin , sous un écor du lac espagnol «. Ce qui ne laisse pas douter que la presqu'île entière ne repose sur des bancs de lignite. Ces bancs doivent, en outre, s'étendre sept ou huit milles au sud et en aval de la Cote Joyeuse,, jusque chez M. Fanor
* Ce liy^nite se montre à des intervalles très-rapprochës , sur une longueur d'un mille environ , aux bonis occidentaux de ce dernier lac, là où la côte présente un écor. La couche que j'y ai vue est à quelques mètres au-dessous de la superficie du sol , et offre une épaisseur de plus de 2 pieds , dans un terrain qui fait supposer d'autres couches inférieures.
Prudhomme , où des vestiges carbonifères ont été trou\és dans un puits artésien , à 300 pieds environ de profondeur.
Cette houille se trouve également à huit et dix milles des \atchiloches, et visible à basses eaux, sur les côtes a pinières formant la rive gauche de la Ri\ière Rouge, d'abord au Petit Écor, et ensuite au lac Campté. La couche de ce dernier lieu parait la plus abondante et aussi d'excellente qualité, si j'en juge par les échantillons que j'en ai. A la différence de plusieurs lignites du même bassin, ceux-ci sont tout-à-fait exempts de sulfures de fer. L'exploitation en serait très-facile ; et , grâce à la rivière , le transport et la vente des produits seraient également lucratifs. Ces deux derniers emplacements à lignite sont jusqu'ici les seuls connus sur la rive gauche du fleuve.
D'après MM. Ilyams frères, des Xatchitoches , en remontant la Rivière Rouge, et toujours sous des côtes à pinières, le lignite est encore visible : \^ sur \e bayou Dolet, entre le bayou Pierre et la route des Xatchitoches à Schreveport; 2° plus en amont, sur le bayou Pierre, à la côte Mac-Don; 3** à trois milles de Schreveport, au pied de Cosler Bluffa entre Silver lake et l'origine du bayou Pierre ; 4" enfin , je l'ai remarqué au-dessus de Schreveport , et on en trouve tout le long du fameux Raft , lequel s'étend à 60 et 80 milles au-dessus de cette place.
Comme nous venons de le remarquer, le lignite connu jusqu'à présent n est visible que sur les côtes élevées et à pinières ; et comme c'est à leur seul exhaussement qu'il doit d'être apparent , on ne peut guère douter de sa présence et de son extension sous la plupart des basses terres environnantes. Si donc il n'a point encore été trouvé dans celles - ci , ce n'est point faute d'y exister, mais uniquement faute d'y avoir été cherché , comme le prouvent les indices carbonifères découverts en maints endroits.
Quoi qu'il advienne de son exploitation , dans l'extrême abondance de combustible dont on jouit encore en Louisiane, c'est surtout comme engrais que le lignite doit être considéré. A cet effet, il n'y a qu'à le prendre dans son état naturel , en ayant soin de l'excaver et l'exposer à l'air plusieurs mois avant d'en faire usage. L'action atmosphérique le réduit en petits morceaux cubiques , ou le désagrège si bien , qu'on peut l'employer aisément en cet état fragmentaire , qui est le plus convenable pour en faire un excellent amendement de terres. Huit ou dix charretées d'un pareil lignite , répandu et labouré légèrement dans le sol, suffiraient largement par acre, et son influence s'y ferait sentir durant six ou huit années. Même le lignite, dont les sulfures de fer feraient un mauvais combustible , pourrait servir à cet emploi ^ .
' Tuomey , dans sa Géologie de la Caroline du Sud, a très-bien remarqué Timportance croissante du lignite :
• Since a few year^ (ht lignite has gained an importance ; it fias been found oui that it it not only a very gooi fuel , but that its aihei , ai well as the lignite in itt natural state , if
Une autre réflexion concerne la découverte des meilleurs lignites. Leur facilité à devenir friables par Taclion de Tair, nous indique déjà qu il ne faut point les apprécier par leur couche d'aflleureraent. La qualité, consistante et exploitable, en est le plus souvent cachée. Pour la découvrir, il faudrait creuser, dans la couche visible , une tranchée de quelques mètres ; et si la qualité s améliorait, comme on aurait lieu d espérer mieux encore par des fouilles nouvelles, il faudrait les continuer jusqu'à solution complète du problème.
N'oublions pas , enfin , que les argiles à lignite abondent dans le Texas et dans le massif des monts Washita , aussi bien que sur les bords de la Rivière Rouge. C'est ce qui nous conduira, des écors*de cette dernière, aux formations plus anciennes dont nous aurons à nous occuper plus tard.
either pulverised or allowed to crumble to imaJl fragments by exposure to the air ^ the operation of the rays of sun^ make an excellent manure. In Europe the lignite it used extemively for fuel in stoves as voell as furnaces, for blacksmith^s ihop and steam engine ; ^ if free or vearly $o from iulfuret of iron , it is good iubstitute for wood ^ coal. »